LE SUFFRAGE UNIVERSEL
A la même époque, l'Angleterre, dont le gouvernement était plus aristocratique, et depuis plus longtemps, commençait d'organiser la classe ouvrière en associations de métiers.
Et c'est pourquoi les ouvriers de France s'allièrent aux républicains démocrates pour donner l'assaut à la bourgeoisie. Ils renversèrent Guizot et Louis-Philippe, mais non pas la bourgeoisie.
La seconde République fut accueillie par des applaudissements presque unanimes. Il sembla que le régime de la liberté illimitée ne pouvait produire que de bons effets, que le Peuple, maître du pouvoir par le suffrage universel, ne pouvait se tromper, était infaillible grâce au concours certain de la Providence. L'intervention du clergé catholique, notamment dans la plantation des arbres de la liberté, acheva d'envelopper le nouveau régime dans une atmosphère de mysticisme.
Le suffrage universel fut considéré comme une panacée : à lui de nommer les députés à l'Assemblée constituante et à l'Assemblée législative, et il le fit en effet avec une sorte de sentiment religieux ; à lui d'élire le Président de la République, et il choisit aussitôt un grand nom, Louis-Napoléon Bonaparte, qui ne pouvait faire que de grandes choses.
Comment dans cet enthousiasme unanime la question sociale n aurait-elle pas été résolue, comme par enchantement? Les chefs mêmes de la Révolution, les fondateurs de la République, avaient proclamé le droit au travail, c'est-à-dire pour le travailleur la
certitude du pain quotidien; et en effet on ouvrit aussitôt sur le Champ de Mars des ateliers nationaux, assurant à tous les ouvriers du travail et un salaire journalier; c'était d'un coup v l'extinction du paupérisme », et les travailleurs eurent quelques semaines d'illusion, au juste quatre mois.
En fait la seconde République resta aux mains des bourgeois, comme la monarchie de Juillet. Au moment même de la Révolution du 24 février, il y eut quelques ouvriers dans le gouvernement provisoire : il fallut bien faire une petite part aux vainqueurs; il n'y eut pas un seul ouvrier dans la commission executive qui fut instituée par l'Assemblée constituante. Louis Rlanc, leur véritable chef, fut immobilisé à la présidence de la commission du Luxembourg. Le plus bourgeois des membres du gouvernement, Marie, reçut mission de liquider le redoutable problème des ateliers nationaux ; il le fit avec le concours de M. de Falloux, rapporteur de la commission qui en était chargée.
Ensemble, malgré les promesses faites, malgré les illusions entretenues, malgré la certitude d'un épouvantable conflit, ils firent décider la fermeture immédiate des ateliers nationaux. Il en résulta aussitôt les journées de Juin où les ouvriers furent vaincus par le général Cavaignac : un torrent de sang entre la démocratie ouvrière et la bourgeoisie possédante qui risquait ainsi de devenir une classe sociale enfermée dans ses privilèges.
Les paysans, détenteurs de la principale part du