LA. BOURGEOISIE CONSERVATRICE
suffrage universel, furent gagnés à la même cause par l'agilalion du spectre rouge. Les élections de 1849, habilement menées par le Comité de la rue de Poitiers, produisirent une Assemblée législative qui ne fut pas sensiblement différente de la dernière Chambre du règne de Louis-Philippe; elle fut en majorité orléaniste, et sous l'influence des mêmes orateurs, Thiers, Berryer, Montalembert.
Elle se mit en défense contre les « partageux ». Elle enleva le droit de vote à la plus grande partie de la classe ouvrière, en imposant aux électeurs la condition de trois ans de domicile dans le même canton : c'était revenir indirectement à une sorte de cens électoral. Par la loi Falloux de i85o, non seulement elle institua la liberté de l'enseignement, mais elle confia à l'Église le contrôle de l'enseignement à tous ses degrés : elle voulait écarter les nouvelles générations de toute doctrine subversive. La bourgeoisie, jadis voltairienne, s'appuyait maintenant sur l'autel : une caricature du temps représentait le Constitutionnel, sous les traits de M. Thiers, un cierge à la main, faisant sa première communion. Cette conversion de la bourgeoisie devait avoir une longue portée.
Ainsi elle se préparait à reprendre définitivement le pouvoir lors de la nouvelle présidence qui succéderait à celle de Louis-Napoléon. Celui-ci la prévint. Il l'emporta surtout par la violence du coup d'État de décembre, qu'il n'avait pas cru devoir être si difficile à réussir. Il dut aussi son succès et les
gros chiffres du plébiscite postérieur aux déceptions éprouvées par la classe ouvrière et par les républicains eux-mêmes à voir la République orléanisée par la bourgeoisie. Beaucoup préférèrent l'Empire démocratique à la République bourgeoise et virent dans le coup d'État du 2 décembre la suite et le complément de la Révolution du 2^ février, de la Révolution du sutïrage universel.
En effet, le suffrage universel fut rétabli par l'appel au peuple lui-même. Ce fut une restauration de la démocratie, personnifiée par un homme, princeprésident ou empereur. La démocratie, encore jeune et mal assurée, n'osait se gouverner elle-même, confiait le soin de ses destinées à un homme dont le nom lui était une garantie. De même, pendant des siècles, avant de s'émanciper, la bourgeoisie avait fait son expérience politique au service de la royauté, à côté du trône.
Peut-être aussi, par son éducation romaine de cinq siècles, et monarchique de dix siècles en outre, la France a-t-elle, pour longtemps, ou pour toujours, une tendance naturelle à abandonner son gouvernement à de fortes individualités, à se personnifier elle-même dans un homme estimé supérieur. Est-ce un aveu d'inexpérience ? Ou, si l'on songe à certains de ses choix, comme celui de Napoléon, ne serait-ce pas comme une suprême sélection ?
En tout cas, le suffrage universel a été définitivement fondé par le second Empire, et qu'elles qu'aient été les méthodes alors employées pour le consulter,