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L EMPIRE ET LES OUVRIERS

il demeura l'intangible loi des régimes nouveaux, et l'égalité politique se trouva achevée, complément de l'égalité civile, préparation de l'égalité économique, si elle était possible, ou du moins d'une équitable répartition des bénéfices du travail.

En attendant, le gouvernement démocratique de Napoléon III ne put pas se désintéresser de la question ouvrière. L'Empereur était tout pénétré des idées saint-simoniennes. Il institua de grands travaux à travers la France, routes, canaux, ports et voies ferrées, notamment à Paris, boulevards, égouts, éclairage, Bois de Boulogne, sous la direction du préfet Haussmann. Le ouvriers gagnèrent de l'argent, les salaires augmentèrent par le besoin qu'on avait d'eux. Même ils commencèrent à s'organiser, et ils reçurent en 1864 le droit de grève : la France arrivait à la conception d'une législation ouvrière que l'Angleterre avait inaugurée trente ans auparavant. Des traités de commerce d'inspiration libreéchangiste multipliaient les transactions, ouvraient des débouchés en tous sens, et l'activité et la prospérité des classes laborieuses s'en trouvaient naturellement favorisées.

Mais aussi les gouvernements personnels tendent presque forcément à l'action extérieure ; ils ont l'ambition louable de grandir leurs noms en grandissant la patrie; ils ont peut-être aussi celle, moins louable, de faire diversion aux revendications libérales, de faire oublier la liberté par la gloire, plus captivante encore.

Le second Empire fournit d'abord à la France une nouvelle provision de victoires prestigieuses, l'Aima, Inkermann, IMalakoff, Magenta, Solférino. Il reprit par la force des choses la propagande révolutionnaire du premier ; il contribua comme lui à achever l'unité italienne et l'unité allemande, sans compter qu'il suivit en Orient la môme politique antirusse favorable à la fois à la Turquie et aux nationalités chrétiennes, comme la Roumanie.

Cette politique pouvait et aurait dû amener, au cœur de l'Europe, autour de la France, par la ruine des « odieux traités de Vienne », la formation d'une sorte de Sainte-Alliance des peuples et des nationalités. La France, amie et libératrice de Tltalie, recevait la Savoie et Nice et achevait son unité jusqu'aux Alpes. La France amie de la Prusse, comme au temps delà Révolution, permettait la formation de l'unité allemande autour d'elle, pour achever sa propre unité dans les cadres de la frontière naturelle du Rhin.

Napoléon III se trompa et fut trompé. Bismarck fit d'autres calculs moins généreux, ruina cette forte logique de l'évolution des nationalités, jeta l'Allemagne dans d'autres voies qui ne sont peut être pas, môme pour elle, les meilleures.

Au lieu de se développer et de s'achever selon ses voies traditionnelles, l'unité française fut terriblement blessée par la perte de l'Alsace-Lorraine. Il n'est pas nécessaire aujourd'hui de démontrer que l'unité allemande serait incomparablement plus

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