‹ L'unité françaiseChapitre 92 sur 178 · L EXPANSION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

L EXPANSION FRANÇAISE

forte si elle ne s'était pas constituée aux dépens des droits imprescriptibles de la nationalité française.

Il est vrai que le souvenir inoubliable de la mutilation de la patrie n'a cessé de fortifier le sentiment de l'unité si cruellement mutilée : le grand deuil de la patrie a rapproché plus vig-oureusement tous les éléments de la nation.

L'Empire périt dans l'effroyable tourmente. Avant de disparaître, il avait lui-même repris, après dix ans de dictature, la tradition parlementaire; il avait rendu au Corps législatif le droit d'adresse, le droit d'interpellation; il avait admis la responsabilité ministérielle, et le sénatus-consulte du 8 septembre 1869, confirmé par le plébiscite du 8 mai 1870, avait restauré les libertés politiques essentielles et le régime de libre discussion.

La troisième République allait suivre aussi la tradition de l'égalité démocratique, sous la direction d'un personnel bourgeois, mais de plus en plus pénétré par les couches profondes du peuple, où se maintient et se fortifie de plus en plus l'unité française, malgré les bruyantes querelles des partis et des classes.

Tous les régimes politiques de la France au dixneuvième siècle ont travaillé à la grandeur nationale avec le même zèle et avec des succès comparables. Il est facile d'accabler Louis-Philippe avec l'affaire d'Orient, (( le Waterloo de la diplomatie »,

OU avec l'affaire Pritchard , — Napoléon III avec l'expédition du Mexique, à plus forte raison avec la guerre de 1870 ; la critique est aisée, mais l'art est difficile, et nous ne sommes pas sûrs de ne pas nous tromper demain. Il est facile aussi de reprocher à la troisième République Taffaire d'Egypte où le parti conservateur et le parti radical ont des responsabilités semblables. Cela prouve que tous les gouvernements sont faillibles, et on le savait, et on le sait d'avance.

Il est plus réconfortant, et en même temps plus juste, de reconstituer Tunité de la politique extérieure de la France depuis un siècle ; d'ailleurs, elle est l'expression même de l'activité nationale, et elle se poursuit avec une admirable constance, sous n'importe quel régime politique, comme l'évolution sociale; elle est elle-même une manifestation de l'unité française.

Depuis la prise d'Alger en i83o, la conquête de l'Algérie a été le grand bienfait du règne de Louis- Philippe ; elle explique et elle excuse toutes ses concessions parfois pénibles. Il se refusa pour elle à toute « guerre de magnificence ». Non pas que la gloire y manque, ni les actions d'éclat : il s'y rencontre d'admirables soldats, les fils du roi, Orléans, Nemours, Aumale, ou Bugeaud, Clausel, DamrémontjValée, Lamoricière, Changarnier; et des gestes splendides, la prise de Constantine, la défense de Mazagran, l'enlèvement de la smalah d'Abd-el-Kader, la victoire de l'Isly; toute une épopée d'exploits

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