LA FRANCE DANS LA MEDITERRANEE
pittoresques, avec quelque chose d'élégant, de crâne, de bien français ; une incomparable école qui fut la pépinière des officiers du second Empire. Nous attendons les mêmes bénéfices de nos guerres coloniales contemporaines.
Mais la conquête de FAlgérie fut encore plus profitable que glorieuse. Cela n'a pas besoin d'être démontré. Il suffît de rappeler que la France est devenue dans l'Afrique du Nord l'héritière de Rome, que, si elle avait attendu, si elle avait laissé l'Italie plus tard s'établir dans l'ancienne province romaine d'Afrique, ses destinées eussent été toutes différentes et son avenir en un sens compromis. Les pages de Prévost-Paradol à cet égard sont définitives, et il les écrivait il y a plus de quarante ans.
Napoléon III a eu une grande politique extérieure, une sorte de politique impériale. Le temps est-il venu de lui rendre justice ? Nous le croyons sincèrement. On ne peut le connaître par sa seule politique européenne; il a conduit avec bonne foi, avec une sorte de candeur, l'évolution des nationalités; il a été vaincu par Bismarck, moins scrupuleux, dont l'œuvre aussi n'est pas sans reproches.
Mais la grandeur du second Empire est ailleurs. Napoléon III exerça sur la Méditerranée une influence qui rappelle à cet égard les temps les plus glorieux de la politique française dans le passé, par exemple au dix-huitième siècle, ou, si l'on veut même, au temps des Croisades. En dehors de l'Italie, dont il demeurait le protecteur, bien que méconnu,
et de l'Algérie dont il acheva l'occupation, il était écouté en Grèce; il soutenait la Turquie, après la guerre de Crimée, dans ses tentatives de réformes ; il arrêtait les massacres de Syrie ; il travaillait à la grandeur de l'Egypte. Il s'attacha particulièrement, avec Ferdinand de Lesseps, au percement du canal de Suez, et quand l'œuvre merveilleuse fut accomplie, le 17 novembre 1869, elle fut inaugurée par l'impératrice Eugénie au nom de la France : une admirable victoire du génie français.
Au delà du canal, dans l'Extrême-Orient, Napoléon III commença d'établir la colonisation française en Nouvelle-Calédonie, en Cocliinchine, aux portes du marché chinois. A l'autre extrémité du monde, il essaya de fonder au Mexique un grand empire latin; il n'était pas ridicule, au moment où les Etats-Unis étaient déchirés par la guerre de Sécession, de travailler à la renaissance latine dans le Nouveau Monde, et d'en disputer la domination aux Anglo-Saxons.
Il y a assurément plus d'échecs que de succès dans la politique extérieure de Napoléon III; elle était pourtant riche d'idées, quelques-unes généreuses autant qu'ambitieuses. Comme celle de Napoléon P\ elle s'efTondra dans les désastres : ce n'est pas à dire que tout en soit perdu.
Depuis plus de quarante ans, la politique extérieure de la troisième République n'a pas été indigne de ces prémisses. Il faut aussi être juste pour elle, quoique ce soit plus difficile encore, à cause des