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L EMPIRE COLONIAL DE LA FRANCE

polémiques entre les partis, et du détail des circonstances quotidiennes que l'on voit de si près qu'il est malaisé d'y retrouver la grandeur de Fensemble. Et nous sommes mal renseignés sur beaucoup de points, quelques-uns de grande importance.

Par suite du régime démocratique où elle s'établissait, par ce fait aussi que les vaincus ont peu d'amis, elle resta vingt ans isolée. Elle y garda toute sa dignité : « l'Europe » l'avait laissée aux prises avec un ennemi impitoyable ; la France ne demanda rien à l'Europe. Elle refit ses forces en silence, paya en deux ans son indemnité de guerre, libéra son territoire, se remit au travail.

Cependant, même alors, encore toute meurtrie de la défaite, elle se jeta dans les grandes entreprises coloniales : en voyant naître et grandir des nations nouvelles qui allaient être bientôt de redoutables puissances productrices et des concurrentes acharnées sur le marché du monde, elle voulut avoir des débouchés qui ne pussent lui échapper, qui ne pussent lui être disputés; elle voulut éviter, selon le mot de Jules Ferry, « un Sedan économique » . Dans le temps où l'Allemagne, gouvernée par Bismarck, enrichie par sa victoire, exaltée par une gloire inouïe, disposant de quelques-unes des mines de fer ou de houille les plus abondantes de l'Europe, négligeait de s'assurer les débouchés indispensables à une production énorme et rapidement croissante, de conquérir un empire proportionné à ses besoins, la France prenait en quelques années la Tunisie, l'Indo-

Driault, Unité. 12

Chine, Madagascar, le Maroc, l'admirable empire de l'Afrique Occidentale, ses Indes Noires, aux incalculables ressources: soit au total soixante millions d'habitants, donc de clients.

Elle restait par là une des plus grandes puissances du monde, déclarait ne pas accepter sa défaite, affirmant que cette défaite était un accident qui serait réparé et non pas un définitif arrêt du destin, refusait de s'hypnotiser sur la frontière mutilée, préparant la plus noble des revanches, celle qui consiste à grandir plus que le vainqueur.

Elle y trouvait aussitôt les éléments d'un développement industriel et commercial en quelque sorte ' indéfini, la certitude des lendemains, un avenir de travail incalculable. Qui pourrait dire dès aujourd'hui quand les domaines asiatiques et africains de l'empire français seront en état d'exploitation méthodique et complète, ou seulement dans l'état économique où est la France ? Ce sont des siècles d'histoire dont la perspective s'ouvre devant nous.

Quelle tâche aussi que de faire l'éducation des races jeunes de l'Afrique, ou seulement d'y ressusciter les œuvres de la domination romaine ! De réaliser avec l'Islam arabe ou berbère, qui a joué un rôle si brillant dans le passé, une concihation, une collaboration, dont les résultats seront assurément magnifiques, mais ne peuvent pas même être présumés ! C'est la grande Croisade de demain, et elle est déjà commencée.

Et enfin cette activité considérable — car nul

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