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L ALLIANCE FRANCO-RUSSE

peuple n'a autant agi que la France depuis une trentaine d'années — Ta relevée à ses propres yeux (quelle joie chez nous tous en 1884 à la nouvelle des victoires de Courbet !), a refait en elle l'enthousiasme de l'effort qui est la vertu des nations généreuses, lui a rendu l'estime de soi-même et l'espérance, la certitude d'un avenir réparateur et glorieux.

Il fut bientôt impossible de la traiter comme une nation finie, ou seulement en décadence; il fallut au contraire la considérer comme une nation de ressources infinies, compter avec elle. Elle eut des amis qui comptèrent sur elle. Elle rentra par l'alliance russe dans la grande politique universelle ou, comme on dit, dans le concert européen.

Du coup la puissance politique et militaire de l'Allemagne et de la Triple-Alliance se trouvait balancée par des forces à peu près égales. Sauf des exceptions peu nombreuses, cette alliance fut accueillie en France par un grand enthousiasme : c'était la joie de la sécurité retrouvée, après vingt ans d'anxiété ; c'était aussi un espoir de revanche, à quoi d'ailleurs la Russie ne voulait pas donner satisfaction.

Une alliance n'est bonne, c'est-à-dire solide, que si elle est à peu près également avantageuse aux parties qui la contractent. La Russie ne vit d'abord dans l'alliance que le moyen d'emprunter les milliards nécessaires à ses grandes entreprises économiques et de soutenir diplomatiquement son action transsibérienne et transmandchourienne. La France y trouvait un bon placement de ses capitaux, à

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4 et demi et 5 pour loo, et le moyen de pousser tranquillement ses conquêtes coloniales, dans l'Afrique équatoriale, à Madagascar, au Maroc.

Ainsi Talliance eut d'abord pour objet d'immobiliser les puissances de l'Europe centrale dans l'équilibre rétabli, et de permettre ainsi aux deux alliés de grandir en Afrique et en Extrême-Orient, aux deux extrémités de l'ancien monde. Sous cette forme première elle a donné des fruits remarquables.

Voici qu'elle prend maintenant un autre caractère; que les Russes apparaissent comme les plus redoutables ennemis des Allemands, que tous les Slaves semblent s'accorder contre tous les Germains ; que la dernière guerre des Balkans vient de révéler entre les uns et les autres des antipathies et même des antagonismes peut-être insolubles; qu'une question vient de se poser soudain: l'Orient sera-t-il aux Slaves, ou à la colonisation germanique sur le chemin de Bagdad; et que la victoire des Slaves balkaniques compromet déjà l'expansion, sinon l'existence, des puissances allemandes.

Dès lors l'alliance franco-russe ou franco-slave semble « encercler » les races germaniques, comme au temps où l'alliance de François P' et de Soliman le Magnifique enserrait l'empire de Charles-Quint et cil les armées turques remontaient le Danube sur Bud^a et Vienne.

Mais il est trop tôt pour appuyer sur ces considérations. Il nous suffit pour l'instant d'observer que la France est redevenue un facteur essentiel de

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