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LE MONUMENT DE LA FRANCE

l'équilibre des forces dans le monde, et que rien ne se traite en quelque point de l'univers que ce soit, sans qu'elle y intervienne.

L'ensemble de la politique extérieure de la France depuis cent ans se pourrait donc ramener à quelques simples propositions : — La reconstitution de l'Europe sous la forme des nationalités en a changé toute la face; la France y a généreusement aidé sans y trouver les profits qu'elle en pouvait espérer : elle est restée en Europe ce qu'elle était pendant que naissaient sur ses frontières deux grandes puissances nouvelles, l'Italie et l'Allemagne. Du moins, sauf en Alsace-Lorraine, la nationalité française, telle qu'elle avait grandi dans l'histoire, est sauve, et plus forte que jamais. Et, dans le monde, elle a, depuis Charles X, conquis une place qui la fait aussi grande qu'elle a pu être dans le passé, et ce fut l'œuvre de tous les régimes politiques, des rois, des empereurs, des gouvernements républicains, malgré les erreurs et les fautes.

Pourquoi cette œuvre unanime ne réunirait-elle pas tous les Français dans la conscience du devoir patriotique unanimement accompli et dans la même confiance en l'avenir ainsi promis ?

Les Capétiens ont fait la France en rapprochant ses provinces.

Les Bourbons ont étendu la France dans ses frontières nationales.

Le dix-neuvième siècle a donné à la France dans le monde une place considérable digne de son grand passé.

11 faut unir dans une même admiration tous les héros d'une telle histoire.

Il y a des peuples qui s'élèvent à eux-mêmes des monuments de leur gloire, comme la colossale Germania du Niederwald ou Timmense portique de Victor-Emmanuel à Rome. Il faudra un jour élever le monument de la France : une noble statue de femme au regard droit et lointain; à ses pieds, les héros des gloires françaises, saintLouis, Jeanne d'Arc, Henri IV, Louis XIV, Napoléon; en hauts-reliefs, le chêne de Vincennes, l'Édit de Nantes, la nuit du 4 août ou la Fédération, les soldats de Tan II, Austerhtz, Alger.

Et ce serait le plus beau monument de la terre.

L'unité de la France est profonde parce qu'elle est ancienne, la plus ancienne du monde, et qu'ainsi elle a pris un caractère de perfection exceptionnelle. Elle n'est pas seulement un « rassemblement » de provinces, chacune ayant gardé son originalité et son histoire, comme il arrive en d'autres pays : toutes ces destinées particulières se sont perdues il y a longtemps dans celles de la grande patrie, comme les rivières secondaires dans le fleuve principal.

Par suite un rapprochement a pu se faire entre tous les éléments de la nation, entre toutes les classes sociales. Que ce rapprochement soit achevé, que l'harmonie nationale soit parfaite, qu'elle le puisse devenir jamais, nul ne le soutiendra; nous ne vivons pas dans l'absolu et les contingences humaines sont toujours fautives en quelque point. Que cette unité soit pourtant d'une force singulière et que définitivement le sentiment de cette unité l'emporte chez

nous sur les divergences, cela n'est pas douteux et les preuves s'en multiplient tous les jours.

Le rôle universel de la France rallie les suffrages de tous les Français, qui ont conscience de sa haute dignité et de ses devoirs de grande puissance. Il n'y a pas un Français sans doute qui lui voudrait dénier le droit d'agir vigoureusement au dehors. S'en trouverait-il pour admettre que son grand rôle soit terminé et qu'elle doive se résigner à une lamentable abdication historique ? Il n'y aurait pas un peuple au monde qui eût cette tare: ce serait la lâcheté du suicide.

Certes, il y a entre les Français des différences d'interprétation sur la place que la ?>ance doit tenir parmi les nations. Il y en a qui rêvent pour elle quelque glorieuse entreprise de guerre, la revanche, la conquête, quelque nouvelle épopée comme celle de Napoléon, qui ne conçoivent la grandeur que par les armes, par la force. Il y en a d'autres qui n'admettent l'influence française que par les principes abstraits, par quelque universelle activité morale, comme celle delà Révolution de 1789 ou de 1798; ils mépriseraient volontiers les exploits des guerriers et désarmeraient la France pour prouver mieux la puissance de l'idée.

Mais dans le monde où nous vivons, qui n'est pas un monde idéal, qui est un monde plein d'imperfections, l'idée ne triomphe pas souvent par sa seule valeur. On ne peut guère dire cela que du christianisme, et encore a-t-il quelquefois employé la force,

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