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LES EPREUVES DE LA PATRIE

pour y appeler des volontaires; à la campagne de Turenne : une des grandes joies de notre métier que de la raconter, de suivre le bon soldat le long des Vosges pour déboucher avec lui par Belfort, et du haut en bas de l'Alsace balayer en huit jours les Allemands par le pont de Kehl ; et quelques années après, à l'occupation de Strasbourg enlevée sans coup férir, sans opposition que celle d'une bonne femme dont le mari était rentré tard au logis, ayant bu et ri trop longtemps avec ceux qui venaient de France.

Louis XIV, si peu sympathique qu'il soit à certains à cause de son orgueil, de ses fautes et de la Révocation, fait l'unanimité de nos jeunes Français après Malplaquet, une défaite glorieuse à l'égal des victoires, quand il fait appel avec tant de dignité et d'émotion au dévouement de tous pour donner à Villars une dernière armée et sauver la patrie; et on dirait qu'ils partagent le sentiment de délivrance qui traversa toute la France à la nouvelle de la victoire de Denain : ils auraient un triple ban pour le vainqueur.

Ils sont malheureux de la perte de nos colonies au dix-huitième siècle : ils ont un culte pour Dupleix et Montcalm et le bailli de Suffren; ils sont très sévères pour Louis XV. Mais combien surtout il est agréable et bon de revivre en leur compagnie vibrante et nerveuse les victoires de la République et de l'Empire, de Fleurus à Waterloo, la prise d'Alger ou celle de Gonstantine, la victoire de Magenta ou celle de Fou-Tchéou, l'occupation de Tunis ou celle de Fez!

Et si quelqu'un d'eux, ayant entendu à la table de famille quelques propos critiques sur un point ou sur un autre, pense en atténuer le mérite par esprit de parti contre tel ou tel régime, il suffit de faire appel d'un mot à la pensée de la patrie pour qu'il sente aussitôt qu'au-dessus de tous les partis il y a la France ; que c'est un patriotisme imparfait, parce qu'il est fait d'égoïsme, celui qui n'aime qu'une part de la patrie, ou royale, ou impériale, ou républicaine, qui aime la patrie à condition, et sous réserves, oui, sans doute, mais qui l'aimerait mieux si elle avait été ceci ou cela, si elle avait été gouvernée par celuici ou celui-là; que le vrai patriotisme est Tamour de la patrie tout entière, dans toute son histoire, avec ses gloires éclatantes et ses désastres ou ses erreurs pitoyables, sans les distinguo subtils où s'évaporerait le sentiment s'il n'était pas enraciné au plus profond de l'âme de chacun.

Ainsi, en apparence, nous sommes divisés en partis opposés, et, si l'on nous en croyait, nous serions le peuple le plus désuni de la terre.

D'ailleurs, on nous en croit ; les étrangers prennent au pied de la lettre tout le mal que nous disons de nous-mêmes. En quoi ils ont bien tort; nous en disons beaucoup plus que nous n'en pensons; il leur faudrait baisser notre ton de plusieurs octaves. Et ils s'étonnent lorsque, en pleine dispute, tout à coup, nous nous taisons, nous serrons les rangs, face à l'ennemi. Alors ils'ne comprennent plus, et nous leur apparaissons comme le peuple le plus inconsistant

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