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L UNITE DANS LA VARIETE

de la terre, aux manifestations incohérentes, aux insaisissables caprices.

C'est bien simple pourtant : s'ils veulent nous comprendre, qu'ils se persuadent une fois pour toutes que nos divisions ne sont pas sérieuses, que nos querelles sont du bout des lèvres, qu'en vérité nous sommes, entre tous les peuples, le plus uni, le plus un.

Certes il y a des différences entre nous. Il y a des blonds et des bruns, il y a aussi des roux; il y a des méridionaux expansifs, des septentrionaux graves. Il y a, du reste, aussi des septentrionaux qu'on croirait nés aux bords de la Garonne, et des méridionaux sérieux. Il y a des Bretons rêveurs, des Lorrains solides et tenaces, et des gens du Centre qui ont toutes ces qualités à la fois. Mais il y a aussi des différences de caractères entre les enfants d'une même famille et qui s'aiment bien.

Il ne serait pas facile de retrouver des différences de races entre les Français, ou des différences de langues. Il est vrai que les gens du Nord n'ont pas l'accent et que ceux de Marseille en ont un, qu'il y a encore quelques dialectes dans les montagnes de l'Auvergne, au fond de la Bretagne, et que Mistral a rendu au provençal la dignité d'une langue littéraire.

Mais l'unité française n'est pas faite d'uniformité; toutes variétés y sont fondues, et ainsi elle en demeure plus vivante et richement colorée.

Faut-il parler des querelles religieuses, dont nous avons dit que depuis la Révolution, elles avaient créé un schisme entre les Français. Oui, sans doute, il y

a schisme, mais sur un point qui ira s'atténuant, sur une conception particulière au sujet des relations de rÉglise et de l'État, mais non pas sur le fond et la nature même de la conscience.

Au risque d'encourir le reproche d'exagération ou d'optimisme inadmissible, nous pousserons jusquelà notre effort de synthèse; nous prétendrons qu'il y a unité religieuse entre les Français, que leur mentalité est la même, qu'elle est non seulement chrétienne, mais catholique pour la grande majorité, et que dix-neuf siècles d'une pareille éducation ont marqué définitivement la race d'un sceau qui consacre son unité morale ; que les protestants y sont peu nombreux, qu'aussi la Réforme et la Révolution ont obligé le catholicisme à une plus grande rigidité morale par où il s'est tenu à l'observance des vertus chrétiennes ; que, s'il y a opposition apparente entre catholiques pratiquants et libres penseurs , ou, comme on dit vigoureusement, entre Jésuites et Francs-maçons, les libres penseurs sontquand même, qu'ils le veuillent ou non, de formation catholique ; et qu'il leur faudra du temps, de longs siècles, avant qu'ils puissent échapper aux lois de leur atavisme cathohque. Aussi y en a-t-il qui ne sont libres penseurs qu'en politique, ou par politique, non en famille. Nous rappellerons qu'il n'y a pas opposition, mais concordance entre l'enseignement de l'Evangile et la doctrine égalitaire de la Révolution. Et puis surtout nous observerons que les questions de religion étant retirées du domaine politique, enle-

vées à l'action de l'État, à César, pour être rendues à Dieu, enfermées au sanctuaire de la conscience, il y a là, comme au lendemain de TÉdit de Nantes, une promesse décisive de paix entre tous les Français de bonne volonté : consciences de foi diverse, communion dans le culte de la patrie.

L'école.

C'est dès le berceau, dès Técole, que pour la France d'aujourd'hui l'unité nationale se fonde dans les générations nouvelles : ceci a l'air d'un paradoxe, ce n'est que la suite de notre effort pour trouver la vérité sous les apparences et sous l'esprit de parti.

Tout d'abord l'instruction obligatoire a effacé les différences profondes qui séparaient les ignorants des instruits, les instruits plus forts, mieux armés pour la vie, les ignorants enfermés dans la misère et dans la sujétion, sauf les rares exceptions individuelles qui étaient de taille à s'en dégager. Il y a à la base de la société française l'unité d'instruction primaire pour tous les enfants.

Sans doute il y a plusieurs sortes d'écoles, deux surtout, l'école publique et l'école libre, généralement confessionnelle, et, comme ce dualisme se poursuit parfois jusqu'à l'âge adulte entre les écoles secondaires et supérieures, on a établi des théories retentissantes sur les deux jeunesses. Ce fut l'objet d'un célèbre discours de Waldeck-Rousseau.

Ce n'est encore qu'une apparence. En fait, il y a

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(les disciples de l'école catholique qui font leur chemin dans la politique laïque, voire anticléricale ; chacun a des noms sur les lèvres. Et il est sorti, et il sort chaque jour de TUniversité laïque des catholiques convaincus et militants : on trouverait d'autres noms sans chercher beaucoup. Échange de bons procédés singulièrement significatif et qui tendrait à prouver que les cloisons ne sont pas étanches.

De même qu'il a été remarqué plus haut que Voltaire, et les philosophes du dix-huitième siècle, et la plupart desorateurs delà Révolution française, étaient des élèves des Jésuites, il n'est pas difficile de constater que le monopole universitaire institué par Napoléon a formé les générations de la Restauration et du second Empire; que la loi Falloux a formé les générations de la troisième République ; d'où Ton conclurait par assimilation qu'il pourrait arriver qu'un autre monopole laïque conduisît à quelque nouvelle réaction religieuse.

Sans soutenir qu'il convienne, dans l'intérêt de la liberté, de fonder une sorte de monopole catholique, il importe du moins, d'après tout cela, de raisonner,' un moment, de sang-froid, s'il est possible.

Certes, il est juste, il est nécessaire — et nul sans doute n'y contredit — que les écoles de l'État soient laïques, c'est-à-dire que tous enfants, protestants, israélites, libres penseurs, comme catholiques, y reçoivent un enseignement qui ne blesse en aucune manière leur conscience d'autant plus respectable qu'elle est en formation et infiniment délicate.

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