‹ L'UniversChapitre 17 sur 60 · PATAGONIE, TERRE-DU-FEU ET ILES MALOLLNLS · texte numérisé non relu

PATAGONIE, TERRE-DU-FEU ET ILES MALOLLNLS

Cbili et les Pampas. ÎVous parlerons plin loin des Fuegiens , dont la taille médiocre a donné lieu à la longue

controverse sur les petits et les {grands Patagons. Nous nous occuperons seulement ici de la nation patagooe propreinent dite. Ce peuple , qui parcourt les immenses espaces renlermés entre l'Atlantique et le versant oriental des Andes, se subdivise en deux tribus, celle des Téhuelcbes au nord , et celle des Inaken qui occupe les bords du détroit de Magellan. Toutefois, on nous permettra de ne pas nous astreindre, sous le rapport de la distinction de ces races ou tribus , à une exactitude minutieuse qui exigerait à chaque pas des dissertations, au moins fatigantes <tu wilieu d'une analyse aussi rapide que celte à laqueiie nous sommes obligé.

TN'ous appellerons donc, avec les Espagnols , au nom de Patagons ( hommes aux grands pieds), le peuple dont nous avons à parler en premier lieu , sauf à tenir compte des principaux faits qui nous paraîtront de nature à établir une différence bien tranchée entre telle ou telle des tribus que noub aurons occasion de nommer (*).

Population de la Patagonir. Huit ou dix niillf! âmes, divisées par hordes, chacune sous la direction d'un cheft composent la population des

(•) Le nom de Patagon fut donné à ces lodieus eu i5ao par Magellan. D'après OU- VMT de Moort (dans 1*11 istoir« dci uviga-

tious au\ ferres ausnales, par le président de Brosses) , les iiahitaiits de la Terre-du- Feu désigoeot les Patagouà sous le nom de TcrsMWiw»; les Clionos du Chili, d'après Frélicr, les appellent Cancahucs ; Rougainville les nomuie ChaouQf |>arce qu'il leiu- a souvent entenda prononcer ce mot.I'^lkner, qtii les conroiid souvent avec les peuplades voisines, les appelle Tcluulhets. 1rs ruions espgnoU du Cjtrnjeu leur appliquent la dénonimlion de Téhuefches ; e'cst la même SMS doute qu'emploie Falkner, et il y a lien de croire qu'elle leur a élè donnée par les Pnelebcs. Les Araurana In appellent Uitilicites ou homme* du Sud; enfin les Pala^ottt eux-nième.4 nrentienl deux noms difléietiis, celui de Tchueicite pour ceux du Hwd el celui âUoûAeH pour l«« iialtireb du Sud.

T Uvraison, (Pàtagomb, 'Iuxul

pays compris entre leRio-Negro, l'Atlantique, le détroit de Magellan et les Andes. Ce chiffre , qui ne donne, pour les vingt-six mille lieues carrées contenues dans cet espace immpnsp,qu'une moyenne d'un homme pour trois lieues à peu près , s'expliquera facilement si Ton réfléchit à la nature de ces terrains arides et à la surface nécessaire à l'établissement de chaque tolderia^ ou village formé de quelques tentes. Sur ce sol ingrat, chaque famille doit, pour trouver sa nourriture, s'étendre Iieaiicoup plus que dans un pays fertile. Un sait, d ailleurs, qu*un peuple chasseur a besoin, pour vivre, d'une pins grande surface qu*un peuple agriculteur.

11 est , du reste , à reniarquer que les iMuplesdes deux extrémités de Tamérique sont bien loin de se reproduire dans la même proportion que les autres races du continent. On a expliqué ce fait , pour les Indiens de l'Amérique du Nord, par Thabitude qu*ont leurs femmes d'allaiter les enfants jusqu'à l'àije de sept ou huit ans , par les occupations guerrières qui absorbent l'activité deshommes, et par d'autres causes parraiten)ent admissibles. Quant aux naturels du Sud, on n'a pas encore trouvé la raison logique de l'état stationnairede leur population, et ce phénomène est d'autant plus étrange que l'amour de la famille paraît, comme 00 le verra plus loin, très-developpo ehex les Patagons , ce qui seul semblerait devoir provoquer parmi ces tribus sauvages le désîr de se reproduire.

Pataoons du Aord. PortraiL Toot le monde sait que les anciens navigateurs, à commencer par Magellan qui, le premier, visita la cote de Textrèmité de la Patafjonie, ont débité des fables ridicules sur les peuples de ce pays. 1/amour du merveilleux (pii , dans ces temps d'ignorance, et;iit général en burope, trouva surtout une ample satisfaction dans les exagérations absurdes que ces vovageuis se permetudent sur la taille des Patagons.

Pourtant, à voir la peine que Fré-

Dt-FtU £1 ILES MaLOL'INES.) 2

zier punait dsBS UàixMUèiç^ «ièçje pour convaiaerejei.lKtétirBile.la véracité de ses devanciers et de ki sienne, il y a lieu de supposer qu'on n'ajoutait pas une foi explicite à .rexisteaee de ces prétendus géants. Il rappelle qu'jii mois de juillet 1701 les geas du Jacques^ de Saint - Malo , commandé

Sar le c<fpitaiue Uarington, virent e ces gtoits 4laii8 la, baie Grégoire; que ceux du Saînt-Picrrc , de Marseille, commandé par Cannon, autre ariunteur de Saint- àlalo, en avaient vu 8ix deneiifà dix pieds de.hautFroger, rédacteurdu voy^de M. deGeonas, avait le premier révoqué en doute ces récits merveilleux : « Ce qui l'a trompe, dit Frézier , c'est qu'on a vu dans le 4létroit de Alagellan des Indiens d^une taille qui ne dépassait pas celle des autres hommes. » Il convient, il est vrai, que l'étrangetc du spectacle <^(fert pir ttDe population robuste et vigouretise sur un sol ingrat et sous un ciel inclément a pu occasionner <|uel-

Î|tie exagération ^lans l'évaluation de a taille des iodivîdus aperçus ; mais il ajoute que, si Ton veut ne oensiderer les mesures indiquées que comme approximatives, on trouvera , en définitive , une concordance pamite entre tous les voyaceurs qui en ont parlé ; et il se Iiâte d invoquer le témoignage d'Antoine Piit^afelta, à

3ui nous devons le Journal du voyage e Magellan , et .qin «aauie que dans la baie SaiotJulien les Espagnols virent plusieurs géants si hauts , qu'ils n'atteignaient pas à leur ceinture. Il cite aussi Barthélémy Léonard ^'Arcinsola , qui , au lim I** de eon Histoire de la conmiéte des Moluques, dit que le même Magellan vit dans le détroit qui porte son nom, des géante ayant plus de dix de nos pieds; et qui, au livre III, revenant sur le niéoie sujet, prétend que l'équipage des vaisseaux de Sarmiento combattit avec des hommes qui avaient plus de trois varres ou trois mètres de haut. C/est quelque chose qu'une diminution d'un pied sur une première évaluation de cette nature; aussi IMiier a'eBipnaie4^1 de prmte sa

revanche ^ 4^ revenirii wi4am[||^

vori, en i'^irmnnt du témoignage de Sébald de W^erd , d'Olivier de Noort fit de celui du .jUoiUndaLs Gtoi^e Scboufen , qui portent À.plus de-nenf pieds la, hauteur de oes coloaies. Xe premier, pour donner appremment un plus grand air de vérité à son assertion, prétendqueceslitdiens, épouvantés par le feu de la .mousqueterie ne sachant plus comment se garantir (le ses effets meurtrîmes, arrachaient des arbres pour se mettre à couvert.

Quaiit,.àScnouten, dont le ténM>i^oaga en (qualité de chirurgien ne serait ^ à dédaigner, s'il n'rnait parfois tait preuve d une crédulité un peu trt/p grande , son observation est fontiéc sur des ossements trouvés sous des tas de pierres qui avaient attiié l'attention des gens de l'équipage din navire à l'ancre dans le port ijesi^i.

JOalheureusement ces débris n'étaiml ^ue des os d'un mastodoDte.paitieuiiqr n l'Amérique. Dom Pernetty, qui a j&s^ni aprcs>Frezier,donaedu voyage^u Moimodove Byron autour du monde, en 1764 et l7Gd, un eitralt BoomaMi curieux n ce sujet :

I-e 'l'I décembre 17f>4, dit-il , les Anglais étant dans le détroit de iMagellan, à cinq lieues de laTerw4tt-Fea« découvrirent de la Année qui s'élevait de dilTérents endroits sur la côte des Patagous. Us s'en approcbèreut , jetèNBt.fancre h environ un mille dè tmrae, et y virent distinctement des' lioinmes à cheval qui leur faisaient des Signes avec leurs mains. En approchant de la côte , des marques sensibles de frayeur te manifestèrent sur le visage de ceux qui y nllnient nborder dnn^ le canot, lorsqu'ils aperçurent sur le rivage des hommes d'uiie grandeur prodigieuse. Le Commodore Byron, excité par ridée de faire une découverte au sujet de ces Patagons dont l'cvistenee était depuis longtemps en Angleterre un sujet de conversation , sauta le premier à terre, et fut suivi par tes oflîeiers et les matelots bien nrtné^, et s'y mit en état de défense. Alors les sauvages accoururent à eux , au nombre de deux oenta an? iroo , les re«

PATACONIE, TKRRE.DU.Fi:U ET ILES MALOULNES. 19

gardant avec Pair de la plus grande surprise, et souriant, en çbservant la disproportion ife.\a taiUe des Anglais avec la leur. Le cûnuuoaore leur ayant fait 8i|çne de s'asseoir, ils le firent; alors ti leur passa au cou des colliers de grains d'éniail et des rubans, et distribua à chaeim un de ees petits coli»

fiehets. Leur grandeur est si extraordinaire, que, même assis, ils étaient encore presque aussi /laïUs ^ue .le êmmoâove Mma ( ayron ««ait tin nètre quatre-vingt-rtroiseentiniètres) ; leur taille moyenne lui par ut être (F environ huit pieds (deux mètres soix;interfiix centimètres ), et la, plus, haute de neuf pieds ( tvois^mètrés.) * et da* vantage. » Pernettv reniarquequ'au dire même des Anglais, ceux-ci rravaient employé aucune uiçsure pour assurer de la JuateMe-dei leur évaluation; mais il accepte comme bonne et valable l'assurance qu'ils donnent d'avoir plutôt diminue qu'exagéré la grandeur uidiquée per eux. H ajoute emuite , toujours aaprés ks mêmes téoiOMS , que la taille des femmes est aussi étonnante que celle des hommes , et que les enfants étaient dans la même proportion ; et il termine par ce trait qui nous semblerait une liAblerie de touriste, si le grave et savant bénédictin n'en avait pris en quelque sorte la Mponaabiltté en le raeontaat aériensèment : » Parmi les Anglais était le lieutenant Cummins ; les Patagons palissaient surtout le voir avec plaisir è cause de sa grande taille oui était de six pieds dix pouces (deux mètres vingt* sept centiinètres). Quelques-uns de ces Indiens lui frappèrent sur rofxmle, et quoique ce fdt pour Itu faire caresse, leurs mains tombaient avec tant de pcaanteur, que tout son corps en était ébranlé. » Banks , qui , deux ans plus tard, en 1766, accompagnait le capitaine Wallis dians son voyage autour du monde, renonçait pourtant au pri* vilége si amplement exercé par ses prédécesseurs, et réduisait la taille des Patagons a des proportions beaucoup plus ralsonnablas. Le plus grand de ceux ^u'il mesura n'avait, suivant lui, ig(M «U pieds aept pouces anglais (en-

viron six 4e nos pieds.) ; quelques autres six piâjs çlfifi po.uces , et le plus ^rand nombre de cinq' pieds dix pouçes a six pieds.

En résumé , çt pour .donner une idée des assertions eoiitradirtoires hasardées, par ies djfiërents navigateurs sur çe problème fi intéressant au point de vue phvsiolomque, nous allons donner en quelques lignes le tableau ,de tous Qfis teinoignt^es , en laissjant de çdté f Opinion des voyageurs qui ne se .^o,nt pas prononcés cat^ginriguemei^ sur la

question :

En lâ20 , Magellan , suivant le chevalier Pigafetta , dit : « Ho^re Ute iû\k' ehaît à peine à Imtr ceinture, »

En Loaysa, d'après son l]|storien Oviedo , dit treize pQlmejS.

.En 1578, Drake affirme, au CÇAtraire, qu'// y a des Anglais plus grands que le plus haut Pqtagon,

En 1579, Sarmiento parle de géants de trois varres, ou envirou ueuf ae j^ûs pieds.

En 15(tt, .Caven^iili ^dliprne à dire que les P^t^go^s ,i^nt ^ai^Js et

robustes.

.Ën l.>U3, Riciiard 4i^\\kiiis ^Ufle de .véritables géants.

En 1615, Lemaire et Shoutcn , d'après des ossements trouvés en Pata- ^nie , assurent que les habito^l^ ont de ^ix k onze pieds de' haut.

En 1670, Karborough .^t Woo<l , observateurs plus judicieux et [)lu3 digues de foi, ne sjig^eitt^qKuuc taj^c niQyenne.

En 1704, Carmon -la (pf^te à dix pieds français.

En 1745, les Pères Cardicl et Quiroga confirment l'opinlç^ de ^aroorough et de Wood.

En 1764 , Byron donne le à^Su^àB sept pieds anglais, c'est-à-dire, six pieds sept pouces français ciiviroo.

;En 17€6, Duclos-Guyot et la^iraudais donnent aux plus petits Pataçons eina pieds ^tj^ouoes français.

En 1767 , Bougaioville renchérit sur cette évahiation, et va jusqu'à cinq pieds dix pouces pour les plus petits.

Cottmffaoa>soucooipognonde.voyage,

L'UMVEKS.

leur donne de cinq pieds huit pouces à six pieds quatre pouces (mesure française).

La même année, Wallis et Carteret assurent qu'ayant mesuré un des plus grands Patagons, ils trouvèrent six pieds sept pouces , ou un peu plus de aix pieds français ; mais que le plus prnnd nombre n'avaient que cinq pieds dix pouces a six pieds, c'est-,i-dire, en moyenne environ cinq pieds cinq poucea fraiiçaîa.

La même année encore , le jésuite Falkner aflirme que ces Indiens ont rarement sept pieds anglais de haut, et que la plupart n'en ont mie aix, e*est-à-dire, moina de aii pîMa Irançala.

En 1820, M. Gautier, armateur de baleinières , ne parie que de six pieii:> français.

Ce conflit d*opinions avait laissé le problème de la taille des Patagons dans la plus complète incertitude; mais, aujounfhoi, il est définitivement résolu: M. d'Orbigny, qui a vu un grand nombre de Patagons de différentes localités, après des obaervations rigooreusea et répétées, aprèa une étude approfondie de cette race, a fixé la tn il le des plus grands à cinq pieds onze ponces , et la moyenne a cinq ^ieils quatre poucea. Cette appréciation est confirmée par le témoignage du capitaine Kîng, dont les travaux sur toute 1 extrémité de l'Amérique du Sud méritent une enti^ confiance, et 4|ui voyageait en même tempa que notre aavant compatriote.

La moyenne de la taille des Patagons est donc bien réellement cinq pieds quatre pouces français; certes, c'est encore là une taille' fort belle; mais eUe n'a rien d'extraordinaire, car les liaititants de quelques-uns de nos départements atteignent en moyenne le même chiffre.

Ainsi , il est constaté, une fois pour toutes , que les Patagons sont remarquablement grands, mais que ce ne •ont paa des géants , dana la véritable acception de ce mot.

Ce qui distingue particulièrement

les Patagons des autres indigènes et des Européens, ce sont des épaules largea et effacées, un corps rouuste, des membres bien nourris, des formée massives et herrnléennes. Ilsontlatéte

f grosse et un peu aplatie par derrière; a face large et carrée, les ^iumuiettes peu saillantes, les veux honaontaux et petits; leur front, leurs sotireils, et les lèvres épaisses qui Iwrdent leur grande bouciie, sont tellement saillants , qu'une ligne perpendieulaire tirée du front aux lèvres eflleurerait à peine le nez ; celui-ci est épaté et à narines ouvertes. Malgré ce portrait peu flatteur, on trouve quelques-unes de ces figures qui ne sont point par trop désagréâilea. Les jeun«s femmes ont même une expression spirituelle qui annonce chez elles de la vivacité, de la douceur, et les rend quelquefois paaaabf es. EUea jouissent de certains avantages qui seraienti coup sûr enviés par nos dames : elles ont la main et le pied petits; leur taille ne manque pas d'unecertaine élégance, et quelque vieilles qu'elles meurent, elles emportent toutes leurs dents, un peu usées sans doute, mais bien raiiées, bien égales, et surtout d une lancheur extraordinaire.

Le teint des Patagons ressemble plus à celui des mulâtres qu'a la couleur du cuivre rouge, dont on ieur a fait les honneurs, et peut4!tre la blancheur de leurs (lents est-elle ainai plus apparente que réelle ;*).

Costume. Le costume de ces Indiens ae compose de foorrurea. La peau du giianaque est celle qu'ils préfèrent pour cet usage: les parties du dessous du cou et des jambes sont seules employées, parce que la laine en est plus douce et plus soyeuae. Ils en réunissent plusieurs au moyen ét teii-

(•) M. d'Orbigny n'a pas jugé à propos de coiiipléler le |>ortrail pbysi<(ue des Pftlagons par reunnen phrmologîque de leur lëte. Cependant la phrénulogie tient i aujourd'hui «me trop large place dan% k physiologie générale jtour qu'où puisse l lâiM ineonvéoienC ae diapeiuer de h fùre < entrer roiiim<; éIcmeni essentiel dans réleda ' d«8 race^ bunuùau d'un ooatineiit. 1

PATAGONIE, TERWDTJ-FEU ET ILES MALOITINES.

SI

dons d'autruche, dont ils se serrent en guise de fil, et pamennent à en oom*

poser de vastes manteaux carrés. Le renard et la mouffette sont également mis à contribution ; mais comme ia fonirrure qu'ils donnent egt beaucoup moins chaude que celle du guanaque , et que le Patagon passe sa vie entière dans son manteau, ta peau de ces deux animaux constitue leurs vêtements de luxe. Tout, sous cet âpre climat, devant ^tre calculé pnur l'utilité, le côté du poil et le côté de la peau sont tour à tour, et suivant la température, mis en dedans ou en dehors. Afin que le côté de la peau présente un aspect moins repoussant, les l'atnj^ons le décorent de dessins de couleur rouge

2ui figurent des espèces de grecques, ndépendammentde ce manteau , ils portent un bêtement composé également de fourrures, et qui, attaché autour de la taille, se termine en pointe par-devant « pour passer entre les cuisses, et remonter s'attacher par derrière. Ce costume peu chargé est complété par des espèces de bottes formées d*on morceau de peau , relevé el fixé autour de la cheville. Leurs cheveux, longs et noirs, sont presque toujours attachés sur la tcte avec un cordon de cuir ou un ruban de laine.

Le tatouage ne leur est pas connu.

« €ej)en(l.int leur figure, dit M. d Or- Ligny, reste rarement de sa couleur naturelle; le plus souvent ils se la peignent en rouge, en noir ou en blanc, tout en suivant certaines règles pour l'applicntion de re fond d'un nouveau Çeure. Le rouge occupe presque toujours fespace compris entre les yeux et In boiicne, à l'exception d'un espace d'un pouce, au-dessous de la paupière inférieure, consacré au noir. Le blanc forvM une tache au-dessus de chaque oeil. Les femmes mettent aussi les mêmes couleurs, à l'exception du blanc,

3ui m'a paru réservé pour le costume e guerre. Jamais un Patagon ne marche sans avoir plusieurs petits sacs de peau contenant les couleurs qui lui servent à se parer. Le costume des femmes comporte un ajustement de plus que celui des hommes. Elles ont,

avec le manteau et la pièce de devant qu'elles ne font point remonter par

derrière, une autre pièce semblable oui

s'étend des aisselles aux genoux. Elles portent leurs chtveux tantôt flottants sur leurs épaules et séparés seulement sur le firwil, tantôt réunis en deux cordes ou tresses qui retombent sur chaque épaule, et auxquelles elles suspendent ce qu'elles peuvent rassembler de plus précieux en menus objets de verroterie, entremêlés de petites plaques de cuivre et de monnaie. Klles ont emprunte au luxe moins barbare des Araucans des boudes d*oreille8 en argent, de près de quatre-vingtun millimètres de diamètre , ornées de morceaux d'argent carrée et extrêmement lourds. Comme presque tout les peuples d'Amérique , les Patagons s'épilent avec soin la barbe; aussi voiton les hommes continuellement armés d*une petite pinee en argent, avec la* quelle ils t'arrachent les poils qui poussent. »

Caractère, I^s voyageurs ne sont point d'accord sur le caractère des Patagons : les uns les ont vus humains et sociables ; d'autres les accusent de jiertidie et de cruauté. ]i nous senible, d'après les divers récits que nous avons consultés, que ce |)euple est du moins susceptible de civilisation , puisque , maigre? le peu de rapports continus qui existent entre les Espagnols et lès naturels du ISord , on remarque une dîfr férence notable entre ceux-ci et les indigènes du Midi. Kn attendant que TéducM.tion ait effacé leurs vices et leurs défauts naturels , on leur reproche d'être faux , arrogants et encims au vol. Leur discrétion est , dit-on , à toute épreuve , surtout lorsqu'il s'agit d ua secret qui intéresse la sûreté de i«*ur tribu ; cette dernière qualité nous rend moins sévère pour des imperfections qu'on retrouve bien autrement choquantes au milieu de notre civilisation, sans qu'elles soient compensées par la même vertu.

Mœurs et usages. La paresse des Patagons est extrême : ils ne s'occupent que de leurs armes, et passent leur temps dans une itupide oisiveté, lia

n'oQtauoun^aptitude pour la pèche; les babitaott ét la Tme^inFeii wnt l«i seuls' navigateurs de toute la pointe de rAmérique méridionale. Chasseurs, et partant nomades^ ils n'ont aucune in> oustrie, tanëis que les Araucanos SMit beaucoup plus avancés soot ce ra()port et Irnr fournissent le peu de tissus (le l.iiiic dont ils l'ont us.'iu'p. Ils excellent pourtant duns l'arianj^enicnt des uianteanx dont nous avons parlé, «t les préparations qu'ils font subir aux tendons d'autruche pour en faire du fil, indiquent chez eux une certaine habileté manoeUe. La oonséqoenoede oett» par«880 ét de catta sorte de dédain pour ce que nous appelon!^ le confortable, est une malpropreté inimaginable. Ils ne baia^'-ent jamais leurs huttes ou toN dos, nites da Immchn^ plantées en rond, rrtrnties pnr le haut et couvertes de peau de guanaques ; quand les immondices qui finissent |)ar sV amonoder lès inoommodcnt, ils l*èilèrent' et vont porter leur demeure plus loin.

Ils ne se baignent que durant les chaleurs, et uniquement dans le but de se rafhifoliir. « II» n*ont soin qoe de leur figure et de l^nre cheveux : de la première pour la couvrir de couleurs mélangfos et de graisse de jument, et des seconds, pour les peigner avec mte clkpèee de Inrosse de racine (*). >>

T es amusements dfs Palagons sont très-bornés. Indépendamment d'un jeu pour lequel Us se servent^ de dés sem* Diables a ceux qu'on emploie au trlctrnr, ils en ont un autre exclusivement réservé aux jeunes Jiens, et que les Araucans désignent sous le nom de pilma. En voici la dèscription : « Les joueurs se ranirrnt sur deux lignes, vis-à-vis les uns des autres; un clianipion de chacune d'elles est muni d'une balle de pean remplie d'air; l*un la tient du côté gauche et Poutre du côté droit, et bientôt ils commencent à jeter ensemble leur balle, non devant eux, comme on le fait ordinairement, mais eti àMère dH corps, dto manière à oe que-, pour qaWrâvfeime Itbreinenf

(•) DDibi^y.

en avant, ils doivent immédiatement lever la jamile ^aadle; ils reçoivent la

balle dans la main, et la renvoient à l'adversaire, qu'ils doivent atteindre au corps, sous peine de perdre uq point; ceï|Ui oblige le vis-à-vis à faire, pour Péviter, nulle contorsions, se baissant ou sautant, afin que la balle ne le touche pas et sorte du rercie , <t qui fait perdre deux j)uiuti> au premier joueur, alors oblige d*en sortûr lullui-ni^mp potir l'aller chercher. Si, au contraire, le second est touché, il faut qu'il saisisse la balle et la renvoie au premier joueur, qu'il doit aussi frapper, sous peine de perdre lui-même une marque; puis c'est à celui qui suit, du coté opposé, à recommencer. On sent bien qu un telle combinaison doit amener les mouvanents les plus singuliers, tant de la part de ceux qui jettent là balle sous la jambe, que de ceux qui cherchent à se plier, comme des serpents, pour l'éviter; ce qtii leur lait prendre les postures les plus çrote%- (jnes, aux grands éclats de rire du parti opposé. Les Indiens df ploient au jeu' dit pilma la joie bhjyajite de nos écoliers : rien de plus plaidant' alors, d'un peu loin, que les contorsions que font lès joueurs en faisant leurs gambades et en agitant les bras et les jambesT; on prendrait vraiment cet exTrciee poin* une danse. Il a, sans doute, été inventé par eux pour se réchauffer, pendant l'hiver, au sein des r^orts placées qu'halUtênt quelques^ unes dë leurs tilbus ; mais dàns le mois de février, nti milieu du jour, par une chaleur excessive, on ne conçoit pas comment ces athlètes peuvent y résistter. » La balle , ajoufifdotre auteim', est (înne de tous les pays. Il l'a en eîUii retrouvée sous le nom de guaforoch dans lii province de Gii^ilos, en Bolivie, OU' ce jeu est deirenu une joût^ trè^ - compliquée , ayant' ses jugef , ses fanfares, son public nombreux^ et tout ce qui peut lui donner de la pompe. j i

Le Pata^on n*est pas foft d«icaA éSi le choix de sa nourriture. Crue ou cuite, là viande, surtout la chair dç jument, lui est cgalemeut bonne. iV

PATAGONIE , TERBE»I»*BE1I BT ILES IIALOUINES. M

maog^ énormément, mais il estoapirbl» a» supporter un \oê§ jeâneu ]^

graisse et le suif le plus rance sont ses mets de prédilection, comme le beurre fort est raliment le plus recherché des Islandais, et rbuile la plus grosMèi»

le ré^al des Esquimaux.

Les armes otfensives des Patagons QOBsistent en un arc et des flèches.

L'arc, long dequatre^ngt-disoMtiinètrès, est sans aucun ornement : il est fa* briqué avec du biiis blanc fortement recourbé , et muni de cordes faites avec des tendons d'animaux. Les flècbes, ai bois et tiès^urtes , sont gamiesi à une de leurs extrémités de plumes blanches d'oisenux de mer courtes et roides ; rextremile ouposee est années d^ufi fragnent de silex, ou piievre àfiisil, artistement taillé en fer de flèche, avec deux crocs recourbés en sens inverse. Cette jwinte est faibiemeot attaohée, de-softe qae eiMnè on ebe»die à retirer le trait oe la blessure, elle s'élarî^it considérablement et le dnrd se st p.ire île la hampe. Ha s'en servent avec une adresse merveilleuse.

Us finit usage aussi d'un javelot osse» court, et d'une fronde des plus simples, faite en peau , élargie vers la mojtie de sa longueur pour recevoir la pierre qu'ils kMMOit à une grande Mbêêêo e^ avec une dextérité presque sans égale.

Mais, de toutes leurs armes, la plus redoutable est celle qu'ils appellent bolas : elle oonsiste ea deux^ pme», du- poids d'environ une livre onaeuno, recouvertes de cuir et attaohéee aux deux bouts d'une corde de sept à' huit pieds de long. Pour s'en î^ervir, ils neoDentime de^aieim dans ki Mân; font tournoyer l'autre au-dessus de leur tête jusqu'à ce qu'elle ait acquis une iorce sufnsaute, et la dirigent alors m Ifldfatit la mniiièw; onlbs m fa»

atteindre des QSitt plsim à la fois et à une distance assez considérable, un but d'un pouce à quinze hgn^ de diamètre. Ils s'en servent encore comme 6*vm espèce de pMne-sr la ohaKe^ iMiè^ alors le?; hotas sonT doubles, et même triples, et ils les lancent de manie r*e à ce que les^oofdes s'embarrassent daoo les jambii àt'VmÊimt^qafiito pttfmd»

vept,, et leuK Uvnnt le gibier saB& blessure.

Us seservent souvent de feux comme signes télégrapiiiques, et s'avertissent,* par ce moyeu, à des distances consirablca, des dangers qui leomeoaceiit* Cette coutume est, au surplus, com»

mune à un grand nombre de peuples.

Leurs armes défensives sont a[>propriées aux moyens d'attaque , et contribuent singulièrement a rendre les Patagons hideux. « Au jour du combat, ils restent presque nus, avec leur espèce de ceinture de cuir à Isi] utile sont attsebées leurs araisa; mais les grands guerriers, ou les ciiefs, sont couverts d'une armure assez originale qu'ils ont empruntée au» Aueas. Ils s*aniibleiit d*uiie (ongna cuirasse à manches , ressemblant à ime ample chemise, et composée de a^t à huit doubles d'une peeu souple psrfbiteaient préparée, peinte eo des* sus eo jauBe, et muaia d'une lann bande rofi^e sur la ligne médiane; le col de cette cuirasse s'élève jusqu'au menton et couvre une partie de la figure. Avec cette stasuro, ils portent une espèce de casfjue fomié Je deiir peaux épaisses cousin ensemble, te* uréseuiant un grand chapeau a larges, mnda^ aHrmontèd'unorOfébi d^trrmm en aveutv o»fié de ptequsedtarjsit ost de cuivre, attaché par derrière au col de la outrasse, et retenu |)ar devant au UH^isadluDe mentonnière en cuir »

ha euirBSse descend jusqu'aux genoux et est fort gênante à oheval. Ceux qui n'en portent pas, ou qui n'ont pas le droit d'en porter, laissent flotter leurs ebseauu aui» Isnirsiépaulea. Va dépit de cet appareil belliqueux, leo Palagoiis sont loin d'être aussi redoutables que les Aimicaos» Maigre leur baute' stature kmr fiiFOs physique, il»MBl le» bIu» pusillanimes du tout les- peuples de ces contrées. Ils en ont * été la terreur, cependant ; mais décimés par une maiadje épidémiyie de 199^ h iMtv^ sHuyiei snsuilu ysf les Araucans, qui en flrent un horrible Biassaons, ils eut penki à-l»âBto ieui

floarage et leur importance nationale, r

lips Pntafçons ne sont donc pnî? fort redoutés de leurs voisins. En temps de guerre, ils déploient la ruse et l'astuce dont tous les sauvages de TAmérique font preuve. Ils n'attaquent' jamais sans que le chef ait fait préalablement une longue harancue pour exciter Fardeur de ses compagnons. Il Diut aussi, et avant tout, qu'ils reconnaissent la position de l>ni)pi)ii; et ils envoient, à cet effet, des cctaireiirs h dix ou douze lieues de distance. Cette précaution et l'usage des surprises constituent pour eux tout l'art de la guerre. Quand ils veulent assnillir leurs adversaires à l'improviste, ils se montrant d'une patience et d*une adresse merveilleuses ; ils attachent leurs chevaux au loin, afin de ne laisser aucune trace de leur passage; ils se traînent souvent sur les pieds et sur les mains, et rampent même quelquefois sur le ventre, de peur d'être nperriis. Pour entendre le moindre bruit, ils applimient leur oreille contre terre , et ils (listingoentapproxlmativement le nombre des guerriers qu'ils auront à combattre. Quand ils sont suflisamment préprés , ils attendent le retour de la nuit, et dès que la lune est levée, ils tombent nver fureur sur leurs ennemis, qu'ils égorgent sans pitié, ou sur les ^bestiaux, qu'ils emmènent. Ces surprises n*ont jamais lieu qu*au temps des pleines lunes, parce ifu'alors les assaillants n'ont pas à craindre de funestes erreurs , et qu'ils ont , en cas d*éehec, deux Jours et deux nuits de marche non interrompue. On reconnaît dans ces ruses de guerre les habitudes et l'admirable instinet des Américains de l'hémisphère boréal; seulement ceux-ci portent Tadresse et l'habileté à un degré beaucoup plus re- ' marquable. Cooper, dans ses Derniers Mohicans et dans sa Prairie ^ a merveilleusement décrit les singulières pratiques des Indiens du haut Mississipi,en temps de guerre; et ce que les voyageurs nous ont appris de la drcompeetion et de rintelligence des indigènes du Canada , dena les mêmes

circonstances , prouve que les naturels du Sud pourraient encore, en cette mstière , recevoir des leçons dtt Hommes

Rouges.

I^es Patagons, il y a moins d'un siècle, combattaient encore h pied. Le

cheval , en effet , n'est pas originaire de l'Amérique; il va été naturalisé par les Européens, à qui les Indiens ont emprunté , avec une supériorité merveilleuse, le moyen de maîtriser ce superbe animal et de s'en servir utilement. Aujourd'hui , les Patagons du INord sont presque inséparables de leurs montures, si bien que la plupart des voyageurs ne les ont vus qu'à cheval. Les selles dont ils se servent n'ont rien de remarouable. Les étriers sont de bois, et à peine assez larges pour recevoir le gros orteil; ils sont même quelquefois remplacés par un nœud qui sert de point d'appui et qui j)a.sse entre le gros doigt et le second* Les éperons sont faits 16 plus souvent de deux petits morcenux de bois mobiles réunis par une courroie. La selle des femmes est bien différente : «Elle consiste en deux rouleaux de joncs, recouverts d'une peau très-mince et ornés de peintures variées. Lorsqu'une Indienne veut seulement se promener, elle ne met sur son eheval qu'un morceau de cuir sur lequel elle s'nssied.

Elle a un etricr des plus singuliers et pour lequel elle épuise tout le luxe que loi permet sa position. Cet étrier, nommé kéka-kénohué, est commun à toutes les Indiennes des pnrties australes des Pampas ; il consiste en une forte pièce de tissu de laine, ornée de couleurs vives, et large de trois à six pouces, dont les deux extrémités, réunies ensemble et lixées par Je tissti même, viennentse séparer ensuite pour former des franges en dehors de leur jonction. Il est passé nti mu du rhvval et pend sur sa poitrine; quand l'Indienne veut monter, elle y pose un pied, tout en saisissant une poignée de crin au garrot, et se trouve ainsi, d'un saut, sur le dos de sa monture, où elle reste comme encaissée entre les deux bourrelets, les genoux très-élevés et les jambes pendantes eu avant;

PATAGOmE, TEBRE-DU-FEU ET ILES MALOUmES.

{>05iition des plus gênantes, mais qui ne *empéche pas de galoper aussi vite que les hommes. Souvent dnns ces promenades elle se couvre de son chapeau de voy age, ressefnblant à un très-iar^e

8lat ten versé, formé déjeunes pousses e saule et de laine artistement croisées, et qu'elle orne quelquefois de plaques d'ar|;ent ou de cuivre; ce chapeau singulier nommé Joa, presque toujours réservé pour les voyages, est fixe derrière la téte par deux petits lils attachés aux cheveux et par une mentonnière qui passe sous la gorge (*). »

La polygamie n*est pas en usage parmi les Patagons comme chez les Araucans. Le mari n'abandonne jamais sa femme légitime; un homme ne peut même quitter une concubine que quand il n'en a pas d'enfants. Si, dans une guerre, il fait des captives , elles deviennent les domestiques et non les rivales de sa femme. Les maris sont excessivement jaloux , et punissent très sévèrement la moindre mlidélité.

Mais , jusqu'au mariage , les femmes jouissent d'une liberté entière.

LesPatagones sont d'une chasteté remarquable; elles ne vont jamais nues, même avant Vi)iie nubile.

a Pour satisfaire a un usage commun aux Patagons, aux Araneaos et aux Puelches, dit le savant naturaliste qui a répandu tant de lumière sur ces contrées, dès qu'une jeune iille s'aperçoit des premiers indioes de sa nubinté, elle en prévient sa mère ou sa plus proche parente ; celle-ci en avertit le chef de la famille, qui choisit immédiatement sa jument la plus grasse , afin d*en régaler ses amis. La jpnne fille est placée au fond d'un foldo (tente) nommé /)t/f7<?nMca, séparé des autres et décoré à cet effet ; là , sur une espèce d*antel , elle reçoit les visites successives de tous les Indiens et Indiennes de la tolderia , qui viennent la féliciter d'être femme et recevoir d'elle un morceau de la jument proportionné à leur rang ou à leur degré de parenté. Aussitôt que tous les visiteurs sont venus, et que personne

O D*Oilnsiiy.

n'ignore dans la tribu que la jeune In* dienne est nubile, on rassied sur une

mantede laine que sa mèreprend pardevant, sa plus proche parente par derrière, et, ainsi soulevée, on la promène, tandisqu*une vieille fenime remplissant les fonctions de devin ou de prêtre , marche en téte en chantant, sans doute pour coniurer le malin esprit. Ce cortège s'acMmine lentement vers un lac voisin, sans que personne le suive; la prétresse entre la première dans l'eau, prend un peu d'eau et la jette en l'air, en parlant longtemps, sans doute aiiu de prier le dieu du mal de protéger la jeune Indienne dans sa noiivrllp position. Les autres femmes entrent aussi ■au sein de la lagune ; la conjuration terminée, elles y plongent la jeune fille à trois reprises difiérentes, l'essuient bien , étendent quelques pièces de tissus à terre sur la rive, rv couchent, en la couvrant de ce qu*ellet ont de meilleur; puis, plus tara, torsque la prêtresse a terminé et recommencé ses prières, la néoph}'te revient vers la toldéria, où, dès lorsjelle doit jouer un rôle.» Cette cou tu me est généra le parmi les peuples de l'Amérique méridionale, seulement , les cérémonies différent suivant les pays. « Les Guarayos, par exemple, la signalent en imprimant de profondes cicntrices sur la poitrine de la patiente. Les Yuracarèsdu pied oriental des andes de Cochabamba, plus insensibles aux maux physiques, non-seulement lui couvrent les brasae blessures, mais encore s'en font à eux-mêmes et à tous les membres de la famille. Les animaux domestiques ne sont pas exempts de sanglants stigmates, et ainsi la féte, qui a lieu ordinairement à la suite de jeûnes, se passe en libations et se termine par cette scène barbare.»

" Lors du mariage, le prétendant est obligé de faire des cadeaux aux parents de la future, qui souvent même fixent le prix qu'ils veulent de leur fille; et, s'il n'est pas au-dessus de la fortune de l'Indien , tout s'arrange facilement ; bien entendu qu'il n'est pas question de la conduite passée de la fiiture : comme il est reconuo qu'elle

rUNlVERS.

est maîtresse de sa personne, on ne s'occupe nullement de ce qu'elle a fait, n'étant obligée d'être fidèle qu'à son mari. Dès que les jmrties sont d'accord, la mère de la fliture et ses amis constniisent le toido de niariacie que doit occuper le nouveau ménfiçe; on V renferme les deuv époux, puis tous les devins et parentes se réunissent autour. Les devins commencent par dormer des conseils au mari , sur la conduite qfi'il doit tenir avec sa femme, sur ses devoirs, puis en font autant à celle-ci, en lui jpréchant surtout la soumission. Une fois que tous les conseils sont donnés, les devins avec les parentes chantent et dansent autour de la tente, tout en exécutant une musique diabolique avecdegrandescalebasses, ou en soufflant dans de grandes coquilles. Les hommes, dans cet ititenallc, allument un grand feu et font rôtir de la viande, dont ils offrent de temps en temps quelques jjelits morceaux aux époux, en leur faisant encore de nouvelles recomniandations. La nuit se passe ainsi, et , le lendemain malin, ils ne sont considérés comme définitivement mariés que lorsque tous les habitants de la toldéria les ont visités au lit. Aussitôt après, la nouvelle épouse aime à se parer de tout ce qu'elle a reçu de plus précieux de son mari : ainsi elle prend ses énormes boucles d'oreilles , et la plus grande jouissancequ'ellenuisse éprouver, c'est si son mari, à l excnijiic des Aucas, lui a donné un bonnet fait de perles de verre de couleur, enlllées dans des tendons d'autruche et réunies par mailles, comme des filets. Les bijoux consistent en verroteries; si elle a un cheval, elle le selle, l'orne de tout ce qu'elle possède, et va ainsi se promener, étalant toutes ses richesses aux yeux de ses voisins.

0 Lorsqu'une f( inme s'échaj)j)e de la tente de son mari , pour aller rettouver un amant aimé et vi\Te avec lui , répofix , sM est d*un ranç supérieur ou s'il a dés amis plus puissants que le ravisseur, se fait rendre sa fenune; mais si, au contraire. re!rii-ci est dans une position plus c . le mari

doit patiemment se voir enlever sa compagne sans se niaindre. Le plus souvent les intéressés entrent en composition , et s'arrangent njoyennant quelques cadeaux. »

liCS femmes fbnt tout , exi;epté Ih chasse et la guerre; leurs occupations sont multipliées et leur condition est très-dure, même pendant leur grossesse. Lors(i«'el les accouchent, à peine leur accorde-t'on deux ou trois jours de repos. Une devineresse leur sert de sage-femme, et la naissance dè l'enfant est quelquefois célébrée par des chants, des danses et des festins; souvent même des conjurations contre leniauvais esprit ont lieu dans ces circonstances. Les Patagons aiment leurs enfants jusqu'à Pacïoration : ils sont pour eux d'une faiblesse si extraordinaire , qu'on a vu des tribus, sur le simple vouloir d'un enfant, abandonner u:i parage, ou y séjourner plus qu'elles ne devaient le faire.

S'il est un fait digne de remarque , c'est l'unanimité des peuples pour rendre hommage à la mémoire des morts.

Le sauvage^ l'emporte même ici sur l'homme civilisé : il s'occu|)c du mort, rien que du mort; pour lui seul la tombe et les cérémonies funèbres, pour lui seul l'énergique expression d'une douleur véritable. Il ne comprend pas le faste du désespoir, et ne concevrait pas davantage le despotisme de ce que nous appelons les convenances.

« Les Patagons conservent longtetnps la mémoire de ceux qu'ils ont aimés , et souvent on les entend se lamenter et retracer les vertus et les bonnes

?|ualités du défunt. Dès qu'urt chef de amille meurt, les amis se peignent denoirct viennentsuccessivement consoler sa veuve et ses enfbnts. Le corps du défunt est immédiatement dépouillé de ses vêlements par les parents; puis, tandis qu'il est encore chaud, on lui place les jambes de manière à lui mettre les genoux au menton, lès talons à la partie inférieure du tronc, et on lui croise les bras sur les jambes. Aussitôt après, une partie de ce oui lui a appartenu est l)rulé en signe (le deuil. Sa demeure est anéantie; sa t^nnie

PATAGOiSlE, Ï£HR£;-1>U-F£U £ï ILES MAL0UII4£S. H

«t Mi eoliu^i sont dépouillés de tout n qtii ne leur est pas propre; et la Yeuve« sans asile, souvent presque nue, attend, aux environs, que quelques parents viennent lui donner des vêtements. Klle se barbouille de suite la figure de noir, se coupe les cheveux de devant, peigne les autres qu'elle laisse tomber sur les épaules, et se renferme dans une vieille tente, d'où, pendant une année, elle ne sort pas, g^ardant des habits lugubres, la ligure teinte en noir, sans pouvoir se la laver qu'une année après, et astreinte dana cet inlcrvalle a la conduite la' plus austure. La moindre iofractton À cet usage serait', pour la mémoire du défunt, un affront que les siena auraient le droit de punir par la mort de la coupable et de son complice.

« Lorsque le corps du defunl est ainsi ployé , que sa tente est brûlée, ses proches immolent à ses milnes tous les animaux qui lui ont appartenu :

s.s bestiaux sont tués daus la campof^ue, ainsi quo sea die vaux, etaueun Indien ne mange de leur chair; sea chiens mènc^ (i<lè!es Qompagnons de sa chasse, sont aussi egoroés ; on ue réserve que son meiUeiir cEeval , destiné à porter son oorpa juaqu'à la sépiilture, avec ses armes et ses bijoux, qin' doivent être ensevelie avec lui. Ses lila ou ses neveux raccompagnent jusqu*à sa dernière demeure; ils marchent au loin dans I;i cimpagne, surtout lorsqu'il y a aux environs une nation dilférente de la leur, ou des chrétiens, afin de ne pas être aperçus: d*eux. Dès qu'ils se croient seuls et assez éloignés pour ne pas être dépistés, ils creusent une tusse circulaire, de deux pieds de diamètre tout aif plus, et assez profonde |)our que le corps, déposé assis, puisse avoir quelques pieds dfi terre sur la téte (*)» lis

(*) M. d'Orbigny contredît ici l't^nion de FallLner ( Desciiption de* ttHWmfrf^ Iani(|ues), qui dit que les Pala|^ns et let Auc<is foiU des «{ueleUtt du oor|i» cb Uuat BROrL>, cl uu'ils let iniMforlMtSH.IoÙKlA' coutume oont parle M. irOrhiguy parait éire oonnuiie à la tribu de» Moliidie». Tou*

«slffWrt avee lui «s armes, ses épik

roosd'areent, ses meilleurs vétetnents, afin qu'il les retrouve dans Tautre vie, le recouvrent de terre, et immolent ensuite le coursier sur sa tombe, aHo qu'il l'ait lorsqu'il voudra s'en servir; puis ils revienrjent tristement, en faisant lie grands détours, pour ue pas indiquer où ils sont atlés. Ces préeait* tiong sont des plus nécessaires, car si dans la même tolderia un Indien ii^'tttait pas assez hardi pour aller profoner la tombe dar aon- ftère, de son . ami, le» antres tvifana, toujours peu scrupuleuses sur ce point, et surtout les chrétiens qui peuvent se trouver parmi elles ou auir environs, ne manqueraient pas de rechercher osa tombes, afin a en enlever les vêtements et les ornements d'argent qu'on y |)lace; violence qui souvent, entre les nations, ai|»ène des riieset(|es haines mortelles. Conmie tous les troupeaux, tous les chevaux sont au chef de la famille, lorsqu'une Indieiuie meurt avant son mari, on ne peut anéantir que ce qiii lui appartient en propre, ee qui se réduit à des habits et a quelques ornements, en y joignant ce qu'on met avee elle dans la tombe. On fait, au'rasttf, absolument la même cérémonie ; mais le veuf ni les enfants ne portent aucun deuil extérieur, et le premier peut se remarier immédiatertient, si bon lui semble. »

Patagons ui Srn. M. d'Orbignv n'ayant visité que le nord et le nordest' de la Patagonie, et ses observations ayant porté plus pafrCfeuKèrement sur l'espace compris entre les quarantième ef quat:ailtî8 - deuzièmc dégrés de latitudë sud, nous croyons dbvoii^, dfln der reàdre notre! travail •plus complet, raasettibltfr les renseignements que nous fournissent Wallis et Parker Rins sur les naturels de Textremité méridionale.

lA taille des Fattigon& du Sii^oiL

tefois les voyageurs ajouloni qup, parmi lc« Molucb^ , une fei)uiie>4gétt u&t ciiargée d'ou- \âr chaque «aoép la caveau, etiMNipas la fosae où a été dépoté le oor|ki,2 de* aa^ toyer et d'habiller oelui-d.

L'UKIVERS.

Inaken paraît ^tre la même que celle des indigènes du I^ord. Ceux

Sue le capitaine K\n^ vit à la baie Irégoire avaient de cina à six pieds anglais; la lar^ur de leurs épaules et la lonsueiir de Irur btistp leur donnaient au premier coup d'œil I apparence d'une race vraiment gigaatesgue; mais, quand teurt manteaux de fourrures^entr'ourraient, on s'apercevait qjie la partie inférieure de leur corps n'était nullement en harmonie avec les proportions de la partie super km ire. Leurs cuisses et leurs jambes étaient courtes et grêles (•); c'est à celte ronformntion qu'ils doivent de pcirjîlre a cheval beaucoup plus grands qu'ils ne le sont ï-éellement.

Kini; mesurn In t^^tp pt 1rs ppnules d'un Patngon , et voici ie résultat de ses observations :

Du sommet du crâne à l'extrémité

supérieure des yeux 4 9o*

Au bout du nez 6

A la bouche 7

Au menton 9

Largeur de la téte entre les

tempes 7 1/3

Largeur des épaules 18 1/2

« La téte d'un autre Patn^ion, njoute le aipitaine King, était Ionique et aplatie au sommet, le front large et élevé, mais couvert de cheveux jusqu'à la distance d'un pouce et demi ae l'arcade sourcilièrc, qui était prjt^sque entièrement nue. Les yeux étaient petits, ie nez aplati , la bouche trMeodue, les l<'vrps épaisses, le cou court, les épaules trcs-Iarges, les bras peu musrnleux, ainsi que les cuisses et les jambes. La poitrine était haute et bien développée. La taille deTIodien était de près de six pieds. •

(*) M. d'Orhigny dit n'avoir pas observé celte disposition physique chez les PHUlgODS dti Sud ; r»; qui notis fait conjrrturer que les oatiireb qui se sont dooocs à lui pour été Immmbcs de b partie méridioasle, D*eB élaîeill pM réflUonent. Le capitaine King el acs eompai^nons de voyage sont trop bout observateurs pour qu'on puisse révoquer m doulo TeiaotiUido de leur r^ iMrqiie.

On foit quMI n'y a pas grande différence, quant au phys'que, entre les naturels du Sud et ceux de la partie septentrionale. J^e trait caractéristique des premiers est la ténuité des membres inférieurs.

Les toldos des Inaken sont de forme rectangulaire : ils ont dix ou douze pieds de long, dix de large, sept de haut sur le devant, et six seulement sur le tlerrière. Le plan de ces sales demeures est formé par des perches fixées dans le sol, et fourchues à leur extrémité sup^eure pour soutenir les chevrons qui stipportent le toit. Le toido est couvert de peaux si bien cousues les unes aux autres, qu'elles sont presque impénétraMes à In pluie et nu vent. Les pieux et les ehevrous ne se trouvant pas facilement, les naturels les emportent et les traînent après eux dans toutes leurs excursions. Quand ils ont atteint \o Heu de leur bivouac et choisi l'endroit le moins exposé au vent, ils creusent des trous avec une barre de fer ou un morceau de bois pointu , et y plantent les pieux. Comme tout l'ensemble et la toiture sont faits d'avance, la hutte est achevée en très -peu d'instants.

Le centre du toIdo est occupé par le foyer. On a observé que les Patnirons du Nord ne regardent jamais ie feu comme les t^uropéens , mais qu'ils lui tournent le dos, afin de mieux voir ce qui se passe autour d'eux. Les voyageurs qui ont été en rapport avcMc les habitants de la partie Sud , ont attribué, au eontraire, non-seulement à la fumée, mais encore à la vue dn feu, les maladies d'yeux , presque générales parmi ces Indiens.

ISous ne prononcerons pas sur cette question peu importante.

La polygamie est fréquente parmi les Patagons du Sud ; ils achètent les femmes très-jeunes. Ils donnent en échange du grain , des cascabels ( pe* tites sonnettes ), des vêtements ou des chevaux. Elles sont vêtues, comme les hommes , de peaux de guanaques. l^i mante qu'elles se font de la dépouille de cet animal est retenue par-devant an moyen d'une épioglette d'argent;

PATAGOmR, TERR&OU-FEU ET ILES MALOUINES. 30

leurs cheveux sont disposés coinme ceux des Indiennes du Nord.

Les naturels du Sud enterrent leurs morts autrement que ceux du ^ord.

Ceci résulte de la description suivante que Parker Ring donne de la tombe d*un enfant près de la baie Gréi;nire : « C'était un monceau conique de brandies séclies et de broussailles , ayant dix pieds de haut et vingt-dnq de circooference, le tout entouré de bandes de ruir. Le sommet de la pyramide était couvert d'un morceau d'etolie rouge, orné de clous de cuivre, et suriiioDté de deux bâtons supportant des drapeaux rouges et des sonnettes qui, agitées par le vent , ne cessaient de tinter. Un fossé de deux pieds de large et d*un pied de profondeur était creusé autour du tombeau , excepté à l'entrée qui avait été remplie de nuissuus. Ën face de cette entrée étaient étendues les peaux de deux chevaux, récemment tués , lesquelles étaient soutenues par quatre pieux. Les têtes des clievaux étaient ornées de clous de fuivre, semblables à ceux du sommet de la pyramide. Enfin , en dehors du fossé on voy;iit six bûtons portant clia- ( un deux petits drapeaux l'un au-dessus de Tautre. »

En faisant même la partde rinfluence des mœurs espagnoles sur celles des indigènes de la baie Grégoire, parmi lesquels il s'en trouve qui viennent des Pampas , il n'en est pas moins constant, d'après cette curieuse description, que les Patagons méridionaux ne se bornent pas à inhumer leurs morts dans des fosses circulaires. Peut-être cette différence tient-elle à ce que les tribus du Midi n'ayant rien à craindre des Aucas et des rfirétiens, elles peuvent marauer par des monuments grossiers la place où reposent les objen de leur affection.

Les Patagons du Sud, qui n'ont pas encore appris à leurs dépens combien le voisinage des Européens est dan»

gereux, sont plus affables et plus familiers que ceux des autres parties du pays. Ceux qui habitent les bords du détroit de Magellan accueillent les étrangen avec cordialité; mais, lonq^*iJ•

sont en nombre, ils imposent aux vi* • siteurs un large tribut de tabac, de pain, de fusils, de poudre, de balles et d'autres articles dont ils rafloilent. On raconte que l'équipage d'un shooner de commerce anglais ayant abordé à la baie Grégoire, en 183-1, refusa aux Patagons les objets qu'ils désiraient. Le capitaine eut la maleucootreuse idée d*aller i terre ; aussi^t les indigènes se saisirent de sa personne, et le retinrent prisonnier jusqu'à ce aue le couimgeut de paiu et de tabac lat livré.

La confiance et la familiarité ne sont pas le seul trait caractéristique des Patagons méridionaux ; il en est un autre qui ne doit pas être passé sous silence : c'est l'espèce d'indifférence et d'apathie qu'ils réiiioignent dans toutes les circonitances ou Ta curiosité instinctive des hommes du r^ord serait vivement excitée. Le capitaine Wallis raconte que, lors de son voyage au détroit de Magellan, il lit amener plusieurs Indiens a son bord, et ne put parvenir à éveiller chez eux le moindre sentiment de surprise : « Je les menai dans toutes les parties du vaisseau , dit-il ; ils ne regardèrent avec attention que les animaux vivants que nous avions à bord. Ils examinaient avec assez de curiosité les cochons et les moutons, et s'amusèrent inliniment à voir les poules de Guiuée et les dindons.

Ils ne parurent désirer de tout ce qu'ils voyaient que nos vétementJ, A un vieillard fut le seul d'entre eux qui en demanda. I^ous leur offrîmes des feuilles de tabac roulées; ils en fumèrent un peu, mais ne parurent pas y prendre plaisir. Je leur donnai au bœuf, du porc, du biscuit et d'autres provisions du vaisseau; ils mangèrent indistinctement de tout ce qu'on leur offirit, mais ils ne voulurent boire que de l'eau. Je leur montrai les canons; ils ne témoignèrent pasavoir connaissance de leur usage. Je fis mettre les soldats de marine sous les armes et leur fis exécuter une nartie de l'exercice : à la première decliarge de mousqueterie, nos Américains furent frappés d éton&ement et de terreur ; mais voyant

quenos gMis ët«i<wt Ubh g Iwimir

et qu'Us n'nvnicnt d'ailleurs reçu niinin mal, ils reprirent bientôt leur uaieté, et «ntendirent sans grande éaiotiou ane dmièine , puis une MitèmeHlèobarge. »

Mais quittons les détails, pour rentrer dans les généralités communes aux tribus des deux rétzions.

Crofoncei religieuses. 5u/mm#tions. On trouve rbe/, les Patapons, en fait de culteet de notions religieuses, les disiiarates les plus étranges. Ilscroi^t i r immortalité de !*âmê, et, eomme les anciens peuples du nord de l'F.urope et ceux qui rouvrent encore une grande partie de l'Asie, ils se tisurent on jparâqis matériel, vue antre^fe tmlérielle, une atÂre ter^ eiffin où les suivront les mc^mes passions et les niâmes besoins. Comme ces peuples, ils ensevelissent avec le mort, ainsi qtie nous Tavons dit , tout ee qui podrra lui être utile dans cet autre morde et l'y mettre en position d'y faire meilleure figure; ds adorent en définitive m lenl étreqai, stma le nom ilVé^ kenat'Kanety est tour à tour pour eux le génie du m'en et le génie du mnl , et qu*à ces divers titres, ils conjurent ou consultent; ils pamfasenrt «voir de lui une si haute i<rae, qu'ils ne le représentent sous aucune forme et sourient de pitié à la vue des objets de notre culte. Cependant, chose bizarre, fis ont aussi leor fétichisme : qu'ils rencontrent un obst.irle, r>t ils lui adressent leurs supplications; q'iils apen^oivent quelque accident physique , et il devient poor ewc reiilet «e manifestations religieuses qui constituent un véritable culte. M. d'Orbigny en cite un exemple singulier : « S'ils voyagent, dit-il , et que , pastant pièi (fmie litière, ils anercoivent quelques gros morceaux (le bois emportés par les eaux, ils les prennent pour des divinités rniUaisantes, ils s'arrêtent pour les co t ij u rer et leur parient à haute voix. Si le hasard fait que ces troncs, transportés d;uis un remous de la rivière, semblent entraînés moins rapidement et tournoient sur eux-mêmes, btlodienscroîent qii*ilss*arrêlentpottr

'l«»)fiflotftor; «1er»fls promettent bM-

coup pour se les rendre favorables , remplissant ensuite scrupuleusement -leurs promesses. .Leurs armes, leurs oMets Iesolus précieux sont, pour ce nreme motif, jetés dana-reau , tt même, dons les grandes occasions, ils y précîpîtentjusqu'à des chevaux attachés 'ensemble par les pieds, se croyant ainsi plus à l'abri des événements. » D'un autre coté, observe le même écrivain, ce sont les seuls sacrifices qu'ils pratiquent ; et tandis que des peu[>les plus avancés qu'eux sur d^autres points immolent leurs semblables à leur barbare divinité, et (}ue d*autres petiples, reconnus pour leur civilisation, faisaient eottler % flots sur les autels de'ieurs Innombrables idoles le sang des plus utiles nnimatix, 1*» Pntncîon , encore à demi sauvage, reserve ()Our de rares ^t importantes occasions la mort de quelques chevaux.

T.es Pa(n2;ons sont, comme tous les naturels des terres australes, fort superstitieux et enclins à la magie. Les •^lles femmes, les sorcières , prophétesses ou devineresses , que nous avons déjà vues h l'oeuvre dans la cérémonie

8ar laquelle on célèbre la nubiiité des Iles, sont les ministres principaux de leureulte, et elles accroissent leur importance en joignant à ces fonctions sacrées celle de médecin. Ce sont elles qui invoquent Achelienat- Kanet lorsque la famille, asifse en rond, croit devoir fléchir sa colère ou le remercier de ses bienfaits. Les paroles qui leur échappent lorsque, à la lin de la cérémonie , elles sont parre* nues rin |)lus haut degré d'csaltatiOD , sont avidement recueillies par les assistants et considérées connue des oraeles infaillibles. Mais leur plus beau triomphe a lieu, sans éontredit, lors(|u'clles exercent, à leur manière, les fonctions de ninlpcin. « L'n malade souffrait d'une lurte lièvre due à rimprudenoe avec laquelle il »'était jeté tout en sueur dans l'eau de la rivière qui est des plus froides; il était étendu dans son toldo. La vieille Iiidienne devineresse gui le sbignait, le fit mettre le ventie deutM titve et m

PATAGONIE, TERRE-bu-FEU ET ILES MALOUINES. §i

mit à l« SQcer «ur la nusue; puis , en faisant beaucoup de coifioréions , jdie ke frappa de ^nds xoujpa nous <ke menton et sur la poitrine, apoeiant le aénie du mal, et le priant den sortir. Puis elle suça successivement les épaules et lès autres parties dn corps, en contiBonitle «line manège; retourna le malade, lui im-

Erima sa succion sur le nombril , sur is bras, aux veux, -sur la bouclie et wa nés ; mais «le intistt dmraKtage sur cette dernière partie et manifesta plus d'espérance d'obtenir ce qu'elle désirait. Tout à coup elle lit des grimaces affreuses et parut souffrir elle-même ; «prés avoir recommencé trois fris con opération , se frappant avec force, elle s'écria qu'elle tenait le mal et qu'elle allait le montrer. En effet, après beaucoup d'antres rimagrées, clé fit:seniblant de tirer de la bouche du patient un gros insecte du genre cerambi.T, qu'die montra aux assistants comme CcmUème do démon qui tiossédcitaoa oorps. Soufcnt alcis la {onglcnie an- QOlîee que le mal ne rentrera plus, et ellefait disparaître Tanimai quelconque qu'elle e^t supposée avoir fait sortir du «ofps de lindien; ou bien elle chante de nouveau, lui place l'inspcte sur la bouche, sur les yeux , sur le nez, et, après avoir changé la nature de l'esprit malfaisant et Tafclr rendu bon, elle le fnit rentrer dans le corps souffrant. » Cette docilité du patient et des assistants surprendra moins quand on saura floe telle est la confiance des Inritem 'dans Je pouvoir de ces soreièws, que lorsque, par extraordinaire, ils coupent leurs cheveux, ils ont grand soin de les jeter au feu ou à la rivière, de -crainte qu'une f icHIe femme, en s'en emparant, ne les fasse mourir, soit en leur jetant un sort, soit en leur faisant jaillir tout le sang par les

Kres. Qjuant att>nMil repféseiite par un iccte, les Patagons partagent avec dea peuples beaucoup plus civilisés qu'eux l'erreur qui personnifie le bien et le mal ; seulement ils la poussent dans se dernière conséquence. Sont-ils en marche et SC sentent-ils fatigués ,

Ua accusent un malin génie de s'être

glissé dans Ifur corps pour les em- ^îéeher d'avancer, et s'ils n'ont pas sous lii niaiu quelaue sorcière pour l'é- Mouer, ils^ taiUcdeDt.ies riaen^^ «t les épnu 165; , afin que le démon^ScCn aille avec leur san^;. Cette superstition paraitètre suitouUtreîirrè^aMl^e.cbise

« La crainte ^mmàÊftiimÊ «wnj

souvent les Patagons, ainsi qne les autres iuiiions australes, des plus inhumains; mais ne sont-ils pas excu- •aUcs^afffèsMoir.'vu laoBoitie desiaun emportés par la petite vérole, f)ar suite de leurs relat^ous avec les blancs? Ils regardent cette maladie, apportée d^Airope, ocnuaC'Un eUet-particulier du uMlrn esprit, qui passe successivement d'un corps à un autre ; aussi , dès qu'ils craignent une épidémie , et qu'un «wnrine tienne 4b km» ftmllles leur fait soupçonner qu'il en est atteint, de suite tous s'éloignent de In tente, ne laissant au malaile qu'un peu de viande «dte et de l'eau ; puis ils vont s'établir Ml loin. Si un.aeo9Bd individu n^urt, et que d'autres soient immédiatement atteints des mêmes symptômes, dès Jors, plus de doute. La tribu entière abandonne le lieu etfles^malades, leur laissant le faible secours que nous venons d'indiquer ; et afin que le mal ne l'accompagne pas, les Indiens s'en vont en dconantdms r«ir^ de distance en distance, de grands coups de leurs armes tranchantes, dans le but de couper le til dii mal et d oter tonte nonuttunieation «fvee Uji, jetant, eu mémetemiM, de l'eau dans l'espace, pour conjurer le dieu du mal. Une fois arrivés à quelques journées <le marche, assez loin pour ne plus craindre ia maladie, ils plaçant encore, par le même motif, tous leurs instruments tranchants d.uis la direction du lieu qu'ils ont abandonné. Si, dans ce nouveau .séjour, quelques maladies viennent à se déclarer, ils fuient de nouveau avec les mêmes démonstrations .superstitieuses, semant ainsi leurs nvalades.sor tous les points où ils s'arvétént. Leur fiiitc cependant n'est janiaîs assez précipitée pour qu'ils en viennent aux méaics cxtrcButcs qfà» les Ufàm

rUNlVERS

des plaines du Missouri, qtii abandonnent le lieu où vivaient leurs ancêtres, et, dans leur terrciir, brûlent leurs cabsiMS et tuent leurs enfants.

On sent combien peu de nu lades doivent é<'liapper; car si une crise heureuse sauve ceux qui soot ainsi délaissés, ils consomdMBl, dans les INremiers jours de oonvaleseenoe, tout ce qu'ils ont de provisions , et ineurent ensuite de faim ou de misère ; seuls, à pied, ils sont au milieu du désert, sans lOrMi sans secours, sans espoir de regagner jamais rhabitation des leurs, souvent éloifrnéede plus de cent lieues, surtout lorsqu'il y a eu plusieurs luîtes iueoesiives. Se l^ure^^n quelles doi- ▼eot être les angoisses du malheureux revenu à la vie, n'ayant autour de lui que le spectacle de cadavres devures par des milliers d*oiseaux, qui déchirent aussi par moreeaux les chairs de ses frères pendant leur léthargie? Il craint de se livrer au sommeil, car il pourrait devenir aussi la victime des monstres ailés, même avant sa mort. "

Ou u vu que, malgré leur dédain

i>our les objets d'un cuite quelconque, es Patagoos révèrent certains fétiches et font des sacrifices à leur divinité. O n'est pas la seule contradiction que présente l'ensemble de leurs croyances ; il en est même une nui mérite d*étre signalée: ils personnuieDt, de concert avec les nations voisines, leur dieu Achekenat-Kanet dans un arbre isolé nommé par les Puelches gualichu, et qui est connu dans tout le pays sous cette fienomination. " Ce méchant dieu est tout simplement un arbre rabougri qui, s'il avait crû dans un bois, n'aurait pas attiré Tattention, tandis que, « perdu au milieu de plaines immenses, il anime cette étendue et sert au voyageur, il est haut de vingt à trente Dieds, tout tortueux, tout épineux, rormant une coupe large et arrondie; son tronc est gros et noueux, à moitié vermoulu par le nombre des années, et le centre en est creux; il appartient aux nombreuses espèces d*acaeias épineux qui donnent une izoïisse dont la

pulpe est sucrée, et que les iialùtaots

confondent toutes sous le nom comman à'aUjarrobo. Ce qu'd v a de singulier, c'est de trouver cet arbre seul au sein des déserts, comme jeté par la nature

Êoiir en interrompre la monotonie.

Lemarqué par les petiples voyageurs de ces contrées, il a dû les étonner ci leur paraître une merveille, ce qui a peut-être contribué au cult<*dont il est Tobjet. Les branches de l'algarrobo sacré sont couvertes des offrandes des sauvages; on y voit suspendus là une mante, ici un poncho; plus loin, dee rubans de laine, des (ils de couleur, et de toutes parts des vêtements plus ou moins altères par le temps, et dont Tensemble n*offre pas l*aspeet d*un aittel, mais bien plutôt teUii d'une triste friperie déchirée par les vents.

Aucun Indien ne passe sans y laisser quelque chose; celui qui n*a rien se contente d'offrir du crm de son cheval, qu'il attache à une brnt)ehe. Le tronc caverneux de l'arbre sert de dépôt aux présents des hommes et des femmes : du tabac, du papier pour faire des cipares, des verroteries; on v tro ne niéine quel |uefois des pièces de moun.iie. Ce qui atteste encore plus que tout le reste le culte des sauvages, c'est le grand nombre de squelettes de chevaux égor^'es en I honneur du uénie du lieu, folïrande la plus précieuse qu'un Indien puisse loi faire, et celle qui doit Itre la plus ellieace; aussi les chevaux ne sont-ils sacrifies (ju'a Tarhre du gualichu et aux rixieres, (jue I on révère et que l'on redoute également, parce qu'on est obligé de les passer continuellement , et de braver à la fois et leur courant et leur profondeur (*). •

On 8*étonnera peut-être que ces absurdes croyances et ces pratif|ues plus absurdes encore n'aient pas disparu au contact du christianisme, qui a pris peesession d*une si grande partie do nouveau monde. C'est là un des faits les plus caractéristiques de certaines races australes. Jamais un Patagon, un Puelche ni un Araucan n'a voulu embrasser la religion catholique* Us

(•N D'Orbigny.

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PATAGONIE, TERRE-DlJ-FKU ET ILES MALULl.NES. 88

ont toujours résisté aux pieux efforts opprimer Thomme primitif sans résis-

d^s luissioQDaires, et sont restés in- tance de la part de celui-ci. L'Europe

variablement Hdèles à lears divinités. ebrétienBe a abusé de sa supériorité;

Ce qu'ils étaient autrefois sous le rap- et oertes* aa point de vue de la OMirala

port des croynnnes pt de la supersti- sociale, son plus grand crime aura été

tion , ils le sont encore aujourd'hui . et d'avoir démoralise et dépeuplé tout un

ne paraissent pas le moins du monde monde nouveau que la Providence li-

disposés à accueillir d'autres idées et vniit à sa domination et à ses ensei-

d'autres principes. C'est donc dans ces gnements. Les Patagons et leurs voi-

contrées éloif^nées (ju'il faut aller étu- sins des Pampas et du Cliili ont été

dier \ homme américain proprement favorisés par la nature des contrées

dit; 4fest là qo*il eiiste dans toute la ÇuMIs habitent; et c^est^âoe peut-être

viri^inité de ses traditions et de son a leur éloignement instmctif {)our des

ancien type; c'est là que le philosophe croyances nouvelles, qu'ils doivent de

et le pbysiologi&te peuvent trouver le pouvoir encore fouler en paix le sol où

fioint de départ qui leur manque pour reposent les cendres de leurs pères, eurs spéculations sur l'anthropologie. La cosmogonie des Patagons, si elle Il n'en est pas ainsi dans l'Amérique n'offre pas une grande variété de faits du ^ord; car on sait que l'Indien de et ne prouve pas de leur part de cet hémisphère a complètement perdu grands frais d'imagination, a clu moins sa physionomie première, et s'est eu- le mérite delà simplicité. Dieu,disentropéanisé sous l'inlliieiH e de la religion ils , alors génie bienfaisant , créa les du Christ. Les Hurons, les Aliion- hommes sous terre et leur donna leurs quins, les Cbactaws, tant d'autres armes. Ils expliquent encore, dune fapeu pies septentrionaux si misérable- çon assez originale, l'apparition sur le ment décimés depuis un siècle, ont-ils continent dediversesespecesd'animaux

fjagné à cette modification profonde de qui y étaient inconnus avant l'arrivée

eur caractère et de leurs mœurs na- des Européens. Ils supposent qu'après

tîooales? Qui oserait raffiroDer? L*in- la création de l'homme, les animaux

troductiott du christianisme dans le sortirent tous de la même caverne,

nouveau monde n'a-t-elle pas coïncidé niais que dès que le taureau se pré-

avec l'importation des fléaux physiques senta à la porte , il effraya tellement

et moraux les plus funestes a l'espèce les hommes avec ses cornes , qu'ils la

humaine? Parcourez les villages in- fermèrent précipitamment et la oon-

diens du Canada , et vous verrez ce qui damnèrent en entassant des pierres

reste des peuplades nombreuses qui- énormes au-devant. Mais ils ajoutent

habitaient autrefois ce pays; entrez que les Espagnols, en arrivant à leur

dans les cabanes où la parole des pro- tour, laisaèrent cette malheureuse

gateurs de la foi catholique a pénétré, porte ouverte, et qu'alors parurent

et vous verrez à quel état de aégrada- le taureau, le cheval et tous les ani-

tion et de misère sont aujourd'hui ré- maux qui y étaient restés enfermes

duits ces hommes qui étonnaient les Jusqu'alors. Cette fid>le, il faut en con-

inremiers vojrageurs par leur intelli* venir, n'est pas plus merveilleuse que

gence et leur intrépidité chevaleresque, celle de l'arche de Noé. Oui, l'initiation de l'Amérique a la Génie national^ langue. Malgré

civilisation a été et est encore bien les assertions tranchantes de Pauw

douloureuse; il en a été à peu près de et de quelques anciens auteurs espa-

méme d'une partie de rEuro|)e; seule- gnols, il est certain que les Pata-

ment l'Amérique s'est révélée à l'an- gons ne manquent pas d'intelligence,

cien monde à une époque où il ne et que leur génie national mérite

pouvait plus y avoir éplité dans la d'être pris en considération. Nous

futtequi devait s'établir entra les deux avons ait qu'ils n'attaquent Jamais

colosses, c'est-à-dire, nu moment où leurs ennemis sans que le cncioue

l'homme policé pouvait corrompre et ait harangué ses guerriers. Ces dis*

V IMraUon, CPaiàqonib, Tsajui-DU-jpBu ex ilbs Milouinu.) s

L'UNIVEES.

cours sont toujours empreints d un caractère dVnergie très-remarquaMe ,

et ne le cèdent pas à ceuï que Cooper met d.ins la bouche de ses «auvoiics du iSord Les Patagons Lnt aussi preuve d'éloquence dans leurs entrevues avec les Espagnols ou avee les chefs dvF tribtis vdis'nes; ils ont surtout à un degré incomparable le talent de parler très-longtemps, sans hésiter et sans sortir du sujet de la conversation; talent que possèdent , du reste , aussi les Araueans. Ce qui distingue leur génie national, c'est une tendance à donner plus d'énergie à ce qu'ils disent, par l'emploi fréquent de la eom* paraison; rette tournure d'esprit les rnpproelie des peuples orientaux, qui, connue ou sait, font consister la poé« aie dans Fusage etagéré de la métaphore. Ainsi , M. d*Orbigny a entendu un Indien dire an sujet d une femme aciiriàlre^qu'tWeGliiit méchante comme du piment^ un autre lui raconta , un jour, qu'il avait bu long comme un tazo (*). Ils représentent la force par une charrette avec son attelaf^e , et le courage par un cœur de taureau. Pour exprimer que quelqu'un des leurs a eu peur devant Tenneini , ils disent volontiers que ses éperotis ojit Iremblé. Ce pencliaiit à Tinja^^e et a l'exagération n'exclut pas chez eux la rectitude d'esprit et la concision dans la manifestatiiïH verbale de leurs pensées: ils ont, par exemple, deux expressions parfaitementjustes pour designer la fausseté en paroles et la fausseté en actions : celui qu'ils accusent de la première est V homme à dcnrr langues^ et l'autre est Y homme a deux cœurs; pour faire entendre que, dans une certaine circonstance , les caciques avaient agi en toute franchise et de bonne foi , un indigène disait : « Les caciques n'ont pas deux cœurs; ils n'en ont qu'un, pas davantage. » Tout cela indique à la fois chez ces Indiens une grande logi(iue et un instinct poétique incontestable.

L'habitude de la chasse et la néces-

(*) Cette arme de chasse est, en eSÎBt, le«r plu grande SMiiire de longueur.

site de se diriger, pendant leurs longues excursions , d'après le soleil êt !••

étoiles, firent naître parmi les naturele de ces eontrées quelques idées aslroDO* miqnes. Ici encore leur penchant à la poésie trouva à s'etercer : ils transfor* merent la partie du firmament qui leur était connue en un immense tableau représentant la chasse de l'Indien.

« Ainsi la voie lactée ne fut pas pour eux le chemin pareoum par la enem Amaltbée, mais celui du vieil Indien chassant l'autruche. Les trois rois furent les boules (tapolec) qu'il jetait a cet oiseau, dont les pieds sont la eroix du Sud, tandis que les taches australes qui accompaunent la voie lactée fie sont a leurs yeux que des amas de plumes formes par le chasseur. »

Ces allégories ingénieuses, qui valent bien les ^adeuses lantaisies du polythéisme grec, n'ont pas détourné les indigènes du but pratique et utile de l'astronomie : c'est ainsi qu'ils ont adopté une division du temps tièe-r«tionnellc; ils ont partagé Vannée en douze mois {fcechnina); et tons les ans , au printemps , quand les plantes recommencent à pousser, ils reotiieitf et règlent les jours supplémentaires.

Le man(j|ueal»olu de renseiL:nements nous empêche de donner une idée complète du système astronomique des sauvages de Patagonie ; Nous le regrettons d'autant plus que les eonnais>ances de cette nature peuvent, bien plus que les croyances religieuses , servir de crUerivm à robsâirateur pour apprécier les qualités inteHectu elles d'un peuple et ses aptitudes caractéristiques. Quoi qn il en soit, le peu que nous en avons dit suliit pour prouver ce que nous avons avancé, savoir, que les Bâtions qui habitent l'extrémité sud du continent américain sont bien loin d'être dépourvues d'intelligence , et qu'en outre, leur génie national porte un cachet essentiellement poétl»

que.

La langue patagone est beaucoup lus eutturale que celle des Aucas , ifBeileà prononcer, et pleine de sons que nos lettres ne sauraient exprimer. Des observations réoeotes y ^

PATAGONIE, TERRX-DU^nO ET ILVS MALOUmES.

goalent une richesse et des combiuaisous reiiiarquabieâ; nouv elle preuve 4e ce que plusieurs écrivains Mt avuMé au sujet des ressources et des nuances intinies des ^nfi»^ awWirifwnfti en géoéral.

L*idfome patagon est beauooap plus ridw en noms de nombre que certaines langues du même continent (*). Les indigènes peuvent compter Jusqu'à cent mille. Il est vrai que leurs nombres eeni et iiiifi;? leur ont été tfansiiiis par les Puelchcs et les Araucans qui , euxmêmes, les tenaient des Incas; mais cette quantité de désignations numéliquet n'en atteste pas moins la multi|Nieité des combinaisons de calcul auxquelles se livrent les Patngons.

Gouvernement. Le système politique des Pa lagons est des plus simples. La nation est (gouvernée par un chef supérieur, désigné par le titre de caras-ken , et dont le pouvoir, trèscîrconscrit , ne s'exerce qu'en temps 4e gnerre. Il réunit alors tous les cbeCé flubalterups et leur cociroande. En -temps de paix, on a pourhii beaucoup de respect, mais il n'a aucune espèce de droits personnels, de sorte que s'il ne pourvoi! pas à «as besoina , aueoa de ses prétendus sujets n*;n pr*nd souci.

A la guerre même, les avantages de sa position se lyorneot à une plus forte part du butin. Ce poste , si peu di|^e d'envie , n'est même pas héréditairB de droit : il faut que le Gis , pour succédera son père, ait fait preuve de courage et d'éloquence ; autrement la plafia est donnée à on aniae, plue imképide et |»hii capable.

Lois, Point de lois parmi ces peuples; partant, point de punition pour tes coupables. Chacun vit à sa guise, et la plus voleur est le ploa «tima comme étant le plus adroit.

Ne connaissant pas le partage du territoire entre les membres de leur société» lea ridieaMi ne pen? ant étoa

(•) On peut citer en exemple ta langue des Cihiquilos qui n'a pas un seul nom de nombre, quoiqu'elle soit parlée par une

éssnsiioiu lea alas ininmiei de tÂM

chez eux que mobilières , et l'usage d'anéantir, à la ^lort de cbaçon, toni ceçniluia af^artennteaea «lowia,

mettant les lamilles dana la cantt-

nuelle nécessité de trouver de nouveaux moyens d'existence, il en résulte que la propriété , telle que nous Tentendons , n'existe point parmi les Pata^ons. Ceci explique à la fois leur opmion sur le vol et le peu de COOSii* tance de leur état social.

Hiavoiu. Un coup ugiât sur l'histoire des établissemaala tomés par les Européens dans ces contrées reculées , terminera cette notice que nous nous sommes efforcé de rendre aussi complète que possible, eu é^ard aw iUuUaa qm Mwa étaiaMt

tracées.

Seize ans après la déeottverte de FAmérique par Q^ristophe Colomb,

Juan Diaz de Solis et Vicsnte Yanez Pinzon reconnurent l'embouchure de la Plata, et longèrent lacûte vers le sud jusqu'au 40* degré de latitude australe. En 1620, Magellan IMwna daai le port Saint-Julien, et emmena m force sur son bâtiment un Piitai;on (*). Ce ne fut qu'en ld7â qu une auU c n^tioo, les Anglais , fou» le sol da ee pays, jusque-b exclusivement exploré par les navigateurs espagnols. Le capitaine Drake démentit pour la pcemiéra fois les contas merveiiieux répandus en Europe sur h taille et l|i habitudes des Patagons; mais l'erreur devait prévaloir longtemps encore.

Pour réhabiliter lu fable inventée par aea compatriotes , Saraûento (Hiê^ toh'p de la conquête des Molugue^) représenta encore les habitants de ces contrées çimaa» des géants de trois auBft da baut Lea ftntwtiqaea aaasptions d'Argînsola, historien do voyage de Sarmiento , décidèrent le gouvernement espagnol à tenter un établissement daus un pays où, sur la foi de quelques enthousiastes, on espérait trouver des villes considérables, des ^ifices magnifiques, et d'immenses ricbesses. Un assez grand aondMre

«alaévitla

d'individas furent en effet débarqués, eo sur la partie est de la peninêâi de BRiMWick « à Teodroit qu'on appelle aujourd'hui Porê-Famine, Ces

•aventuriers, pour commencer l'œuvre delà colonisation, à laquelle présidaient Sarmiento lui-même et un certain Diego Flores, jetèrent les premiers fondements de In ville de Snint-Pliilippe. Ce fut alors qu'ils s'aper(^'urent que cette terre, dont leur chef s'était plu à faire un el Dorado, était ingrate et inliospitalière. Les vivres qu ils avaient apportés furent bientôt épuisés, et le froid commença à se faire sentir de la façon la plus cruelle. Sarmiento résolut d'aller chercher des provisions dans les colonies du ÎN'ord; il s'embarqua , lit plusieurs fois naufrage et fut pris par les Anglais , qui le retinfent prisonnier. Pendant ce temps, les quatre cents malheureux colons qui attendaient son retour, mouraient de faim , de froid et sous le fer des indigènes. Réduits à vingt-cinq, ils prirent le parti .de chereher par terre un lieu plus propice et où ils trouveraient de quoi soutenir leur misérable existence. Ils partirent, et le seul d*eDtre eux qui eût refusé de les suivre ne les vit pas reparaître. Ce dernier fut trouvé, en 1 587 , sur les ruines de la ville naissante, parle corsaire Cavendish , qui remmena captif. Dès lors, PEspagne , quelque peu dégoûtée de ces expéditions linsardeuses , s'en tint à ses établissements de la Plotn.

' Durant plusieurs années, les A nglais visitèrent seuls les différents points du détroit de Magellan. Cavendish aborda plusieurs fois au port Désiré ; John Cnidieyjeta l'ancre en ir»90 dans le Port-Famine, muet témoin du désastre de ta oolonie espagnole ; trois ans après, le vaisseau de RicluirdHawkins sillonnait les eaux du port Saint-Julien. Bientôt les Hollandais, qui, eux aussi, aspiraient à Tempire des mers , paru* rent sur ces côtes encore si peu connues. Sébald de Weert, Simon de Cord, Olivier de Noort et Spielberg, s'engagèrent dans le terrible détroit , et viaitèreut quelqoet localités de la Patagonie méridionale. A peine les

Espagnols osèrent-ils, en 1601, entrer sur le territoire patagon en partant de BuenoB-Ayres et en tra?ersant lus

Pampas. Cette expédition , conduite

par Hernandarias de Saavedra . fournit aux naturels une occasion de s'a> percevoir que les Européens n'étaiciii pas in^ineinles , maigre leurs redoutablps moyens de destruction. I,a troupe espagnole et son chef tombèrent entre les mains des Pata^ons, et n'eu sortirent qu'à grand'peine.

En 101 5, deux ilollandais, Lemaire et Schouten, découvrent le détroit qui a depuis jyorté le nomdel'un d'eux, et dont l'existence prouva aux géographes de cette époque que le détroit de î\îngellan n'était pas , comme ils le croyaient , la seule artère par laquelle l'océan Atlantique communiquât avec la mer Padfimie. En 16I8,hm Espa* gnols, jaloux de ce succès , dont tout l'honneur revenait àla Hollande, chargent Garcia de Nodal d'explorer le nouveau pssage, et six ans après , un Hollandais, Jacgues l'Hermite, wî^at côtoyer l'extrémité de la Terre-du-Feu.

A la fin du dix-septième siècle , ces terres australes sont de nouveau visitées par deux Anglais, Ifarborough et Wooîd ; enfin , après une certaine période, les Français se hasardent dans ces régions qu'ils ne connaissaient pas encore. De 1696 à 1712 , Degennes, Beandiesne-Gooin et Frézier y paraissent successivement. Depuis cette dernière époque , les navigateurs les plus illustres du dix-huitième siècle, Idis oue Anson, Byron , Bougainville , Walfis et Cook, ont exploré les (tarages de la Patagonie et de ia Xerre-du* Feu.

Les succès des jésuites du Paraguay et du haut Pérou, en matière de oolo* nisation, inspirèrent à l'Espagne Ti* dée de contier à deux de ces religieux, les Dères Quiroga et Cardiel, la mission de former un nouvel établissement sur tel point de la côte patagonienne qu'ils croiraient le plus favorable. Ottc tentative, qui eut lieu en 1745, n'amena aucun résultat, et le rapport des deux Jésuites ne fut pas dénature è eooourager à i^avenir de semblableu

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