‹ L'UniversChapitre 18 sur 60 · MTAGONIE, TERRE>DU*FEU ET ILES KALOUINES. S · texte numérisé non relu

MTAGONIE, TERRE>DU*FEU ET ILES KALOUINES. S

essais. Toutefois, après la publication de la description des terres magellaniaues, par rAoglais Falkner, qui avait habité lon^teinps les Pampas , l'Espagne , effrayée des intentions manifestées par TAngleterre, à Tégard des contrées australes de TAinérique, avisa sérieusement à fortifier les points principaux du littoral patagOD et à y créer des colonies.

L'établissement de Saint- Joseph fut CD conséquence fondé en 1779, par don Juan de la Piedra , qui en abandonna bientôt la direction à Antonio de Viednia. Une épidémie meurtrière for^ les colons à se réfiigier à Montevideo. Dans la même année, un essai plus heureux de colonisation eut lieu à l'endroit où s'élève aujourd'hui le village d'el Carmen , à quelques lieues de Tembouchure du Rio-Negro.

En 1780, autre essai de colonie tenté par Francisco Viedma au port Saint- Julien. Le frère de ce sous-intendant^ Antonio Viedma construit un fort avec qiicl(}ues musons , et donne à cet endroit le nom de l'forlffa- Blanca. Le port Deseado voit pres<]ue en même temps commencer un autre établissement. Ces différents efforts ,

gui indiauaient clairement le projet icn arrêté d'assurer la possession de la Pâtagonie à la couronne d'Espagne, ne furent pas suivis de succès, car ceile-d fut obligée, en 1788 « d'abandonner tous les points occupés par ses nationaux , à l'exception toutefois de la colonie naissante du Rio- Tîegro.

Francisco Viedma, chargé de donner à ce dernier établissement tout le développement et l'importance dont il étatt alors susceptible, acheta d'un cacique le cours du fleuve, depuis son embouchure jusqu'à San- Xavier , et sut si bien capter la confiance des naturels, qu'il eut la satisfaction de voir ces hommes, si fiers et si jaloux de leur indépendance, l'aider volontairement à la construction du fort du Carmen, qui bientôt abrita les habitants, jusque-lè réduits à vivre dans de sombres cavernes. Ce ne Ait qu*en 1781» que le vice-roi de Buenos-

Avres, cédant aux sollicitations de Viedma , se décida à envoyer au Car* mensept cent trente-quatre individuf venus des montagnes de la Galice.

Dès ce moment , la colonie acquit une véritable importance.

En 1783, le pilote BasilioVillarino fut chargé de remonter le cours du fleuve pour chercher un passage vers le Chili par la rivière de Meudoza,

3u on supposait être un des affluents u Rio-Negro ; mais cette exploration, intéressante au point de vue géograr phique , n'amena aucun résultat matériel pour la colonie du Carmen

Tout réussissait au gré des colons du Rio*Negro , lorsque Juan de la Piedra, nommé en 1784 commandant du Carmen, eut la folle idée de faire la guerre aux nations indigènes , et att{U|ua le cacique dont rallianoe avec les F^îpapnols avait jusque - là favorisé l'essor de rétablissement.

La petite troupe de Piedra commit , dans cette malheureuse campagne, des cruautés dignes des sauvagiss qui en étaietit victimes. Tout ce qui s'offrit aux Kspagnois fut, sans distinction de sexe , ni d'âge , impitoyablement massacré; mais les Indiens ne tardèrent pas 5 prendre leur revanche, et les compagnons de Piedra se replièrent, décimés et épouvantés , sur Buenos*A3|rres. Les Espagnols purent alors apprécier toute I étendue de la faute qu ils avaient commise, car cette lutte sanglante fut le signal d une série d'hostilités , à laquelle aucune conce^aion ne put mettre un terme. ISéanmoins, la colonie se maintint, grâce aux forces que l'Espagne y entretenait. Le commerce y devint même assez actif, par suite de Tabondance du

('^ ÀI. d'Orbigny possède le manuscrit original et inédit de ce Tojnge dam rintérinir du coiilincnt américain, n nous a assuré qu'il portnit un grand caraclcrc de vérité et d'exactitude, ce qui lui permettra d'en fiûre OMge pour la narlie géc^phiqm de son oiivrnî^p. La publicaiioo des observations de Villarino sera d'un cnnd secours pour le tracé da court du Kio-Negro et de quelquet-uns de ses afQuenlt flsr Its carte» de l'eKlféaiité de i'Aménqut.

sel recueilli dans les environs du vil«

XaootoDfedeSalnt-JTosepb fbtplot

malheureuse. La conduite imprudente d'un chef espagnol causa sa ruine, alors qu*el!e commençait à marcher sur les uaces de celle du Rio-Negro et Qu'elle comptait fingt mille têtes de bétail.

Nous empruntons encore h M. d'Orbigny le récit de cette sanulante catastrophe, qui, dit-il, rappelle en petit les vêpres siciliennes, ét dont les détails lu! ont été racontés par un des trois Espagnols épargnés par les sauvages : « Les Indiens commerçaient journellement avec les établissements, et cherchaient à rtndrsaux colons une foule de petits services. La désertion de trois soldats du Carmen aux Indiens fit que ie commandant requit ceux-ci Û*tam eberebeir et de ramener les déserteurs ; et , à cet effet , il ofTrit de fortes récompenses aux caciques patasons qu i s'en chargeraient. Stimules par rappât du gain , deux de ces derniers ilArtir«nt; de retour, après quelque lemp?;, nver deux soldats espagnols, ils réclcitiièreiit re qu'on leur avait promis. Le chef espagnol regardant comme nulle, ft Texemple de beaucoup à»

ses compatriotes, toute parole donnée à des Indiens, ne fit aunin cas de la juste demande d^ caciaues ; ils insistèrent, et, pour s'en débarrasser.

Il leur dit enfin d'allerà Saint-Joseph ott le serg'^'nt étnit chargi^ de leur donner les objets promis. Ils Grent le voyaj;e, et non-seulement le chef de cet établissement b'avait rien ft leur donner, mais encore il n^avait reçu aucun ordre à cet égard. Les caciques irrités revinrent au Carmen, et reprochèrent au commandant son manque de foi.

Cdoi-d trouva mauvais que des barhnres osassent lui faire des reproches; il se fâcha, les menaça de sa canne et les fit chasser du fort. Les caciques , ii baina dina le cœur, résobirent de Tanger cetlaafianse à quelque prix que ce tut. Le Carmen étant trop bien défendu pour qu'ils pussent l'attifuier, ils dissimulèrent et attendirent ie moment ftvorable à Tafcéeatioo de leur desseiii. Us aa aaralant pas an jtista

lequel des deux les trompait, le commandant du Carmen ou le sergent de Saint-Joseph; mais oedemier endroit se trouvant plus accessible, ils résolurent

de s'y diriger. Plusieurs tribus de Patagons se réunirent, marchèrent sur la péninsule, campèrent aux environs, et un jour de féte , tandis que tous les habitants du village étaient sans armes , dans la petite chapelle , à entendre la messe, ils les y cernèrent et les massacrèrent. Trois Espagnols seulement échappés à cette boucherie , na durent leur snUit qu'à l'amitié qu'avaient pour eux quelques-uns des Indiens. L'établissement fut entièrement détruit , les maisons brûlées et une partie des bestiaux enlevés.

Le vi|la?:e du Carmen était destiné à devenir un bagne j>olitique, en attendant ou'il devint un repaire de .

voleurs. Vers Tannée 1809, au mo« ment où les créoles de Buenos-Âyres commencèrent le mouvement d'insurrection qui amena Pexonlsion de la nnonarchie espagnole de rAmérique , cinq des patriotes les nlu"; prononcés et les plus courageux turent exilés en Patagonie par ie vice-roi Liniers. Les asemplas de semblsUes d^rtations

f>our cause politique s'y sont renou veés depuis assez fréquemment. Mais on iinit par abuser d'une tout autre manière des fiieilités et des avantages Qu'offrait sous ee rapport la bourgade au ('armert :on y envoya le*; rriniinels a quf la clémence des Juges faisait grâce de i'échafaud. On comprend à quel point rinvasioD malheureuse d'une pa* reille population a dû influer sur ]« moralité des colons de cet établissement.

Comme tout ce qui nous reste à dire est relatif au Carmen, nous croyone devoir, avant de passer outre, donner en quelques lignes la description de ce village.

DesertpiUm du pUhge du Carmen, Le Carmen ouPatagones est situé sur la ligne qui, suivant la plupart des géographes, sépare la Patagonie du territoire de Buenos-Ayres, c'est -à-ûire près du 41* degré de latitude australe et par 6^46' de longitude ouest de

PATAG019IB, TKRRfi-DU-FEU £T ILES IfALOUDOSS. M

tAiis. le^iHage s^âève sur le bord 4q Kto-Negro ; il est dominé et prot^

par un fort de forme carrée qui commande les environs et le cours de la rivière à une certaine distance dé la bourgade. Quoique cet établis* sèment , le seul resté debout sur les côtes de la rnini^onie. soit pincé à sit lieues de l'em bon cl 111 re du lleuve, néanmoins les bâtiments, même ceux d'un tonnage assez considérable, y remontent aisément vt y mouillent en srlrcté dans une eau tranquille et profonde.

L'aspect du Carmen est agreste et pittoresque. Les saules qui ombragent les rives du Rio-Negro, les terrains d'alluvion qui, des deux côtés, offrent une longue bande de verdure, les hautes Glaises qui élèvent de distance en distance leurs tôtes nues, et dont les flancs impréiznés de terre végétale sont tapissés d'arores verdoyants, tout ce frais paysage , qui se déroule et serpente le long de la grande artère de la Patagonie, présente un étrange contraste avec les déserts environnants.

La population du Carmen peut 8*è*> lever a cinq ou six cents habitants,

composés des premiers colons, agriculteurs ou éleveurs de bestiaux, la plupart venus des montagnes de Caslille , de oommer^nts de toutes nations, de nèçres esclaves , employés comme ouvriers dans les divers établissements, et de Gauchos exilés pour crimes.

Ici le climat est tempéré, asiet

agréable pendant une grande partie de Tannée, et extrêmement salubre.

Il ^èle fort peu au Carmen , et il n*V neige jamais. Néanmoins 11 y fait ge^ péraiement plus froid que dans certaines localités situées 5 la mrnie distance de Tequateur dans riit uiisphcre boréal ; cette différence doit être attribuée aux glaces éternelles des andet chiliennes , et au peu d'obstacle que les vnstps pl.iines de la Patagonie opposent aux vents qui soufflent des régions magellaniques. Les nuits surtout sont extrêmement froides, à cause de l'absence du soleil qui laisse libre Tinfluence du vent, seul fléau de ce point

privilégié. Il pleut très-rarement à Paiagones; les vents d*ouest qui produisent la sécheresse soufflent |)resque constamment, Cpîte sécheresse est telle dans la Patagonie en gênerai , que la pluie est presque immédiatement évaporée, et que les corps des animaux se dessèchent au contact de Tair, et restent ainsi pendant plusieurs années sur le sol même, sans se décomposer.

Le commerce du Carmen consiste en sel recupilli dans Ips salinrs naturelles, en cuirs, laine de mouton, viande salée, grains, pelleteries, plumes de nandu, fruits, tels que pommes et raisin, huile de phoque , et Jambons aussi estimés à Ruenos-Ayres que le sont chez nous ceux de Muyence. I.es habitants font aussi un commerce actif avec les Indiens , qui , à cet effet, se rendent en foule dans If^ v(iisin;i;:e de l'établissement. Pour queUpK s verroteries, de l'eau-de-vie et du tabac, ils achètent aux Patagons les riches tapis qu'ils fabriquent avec la dépouille desguanaques, des renards, des mouffettes et des autruches ; les Aucas et les Puelches des Pampas leur apportent leurs tissus de laine, des rênes et des sangles de cuir tressé « Sînsi que de belles pelleteries.

Le village est administré par un tommandant militaire, délégué et re* présentant du gouvernement de nue-»

nos-Ayres, et par un employé des douanes. Le preuiier exerce un pouvoir absolu sur la colonie, excepté en matières de finances , cette branche étant attribuée au douanier, qui est cbariré de la perception des droits sur les troupeaux et sur les produits du nays. '

Sutie de ràtsfotre des éfaweee»

ments espagnols ife Patagonie.

La partie de la l'ataîronie la pîu^ voisine des frontières ne pouvait manquer de ressentir le contre-coup de la révolution qui eut lieu a Buenos-Ayreg en 18t0. Le parti réptiMicnin nv:iit triomphé, il ne tarda pas a faire marcher un corps de troupes contre le Carmen, avec ordre dé s'emparer de ce village. L'expédition réussit à mer> vdlle, et qui mieux est, sans coup férir. Mais le délégué du gouverne-

ment de Buenos- Ayres abusa de la docilité des habitants : il affecta les allures du despote le plus iutraitable ; il ninçonna iropitoyablemeot tous ceux qui possédaient quelque dioie, ruina 1 agriculture par ses exactions, et pressura la [lopiilntion de tonte manière. Cette conduite impolitique devait infailliblement amener une réaction: les habitants, exaspérés par les iniquités du commandant, s'associèrent avec empressement aux projets de deux exilés espagnols qui conspiraient contre Tautorité républicaine.

Le moment de Taction fut judicieusement choisi: c*était en 1812 ; Montevideo était assiégé parles patriotes, et cette importante opération inquiétait vivement le gouvernement révolutionnaire, en même temps qu'elle divisait les forces dont il pouvait disposer.Les conspirateurs ne i^rdirent pas ud instant: ils s'emparerentdufôrt, ainsi que d'un vaisseau de guerre qui stationnait dans te Heuve. Il n'en fallait pas davantage : la tyrannie espagnole remplaça la tyrannie d'un chef coupable.

Les auteurs de la révolte ne tinrent aucune des promesses qu'ils avaient faites à leurs complices, et semi>lèrent nrendre à tâche Je faire oublier, par leurs odieuses injustices, les brutales façons d'agir de ceux qu'ils avaient renversés. Du reste, leur triomphe ne Ibt pas de longue durée. De nouveau menacé par un bataillon républicain, le Carmen se soumit humblement, comme il avait fait une première fois.

Malbeuieusement, ce forent les habitants qui eiplèrent le crime des conspirateurs; en représailles des vols commis par la faction espagnole dans 1^ estancias de l'État, les propriétaires Tirent leurs bestiaux tués, leurs niaisons livrées au pillage et leurs champs dévastés. Ce futun coup terrible pour la pauvre colonie. Détestes des patriotes à cause de leur eonniTenee avec les partisans de fautorité royale, atteints dans leur fortune et jusque dans leurs moyens d'existence, les habitants se virent réduits à la plus profonde misère; obligés de tivre de la chasse.

ils se répandirent dans les plaines et sur les rives du fleuve, ou ils menèrent quelque temps la vie nomade et pré* cairedeshidigèMs.

Cas désordres n'étaient pas funestes aux colons seulement , ils l'étaient encore, et d'une manière très-sensible, aux nouveaux maîtres du pays. Ceux-ci s'aperçurent bientôt qu'il ne leur restait plus rien à prendre, et que le moment viendrait où les établissements agricoles, complètement ruinés, ne produiraient mmie plus de quoi fbumir à la subsistance dl la eamison.

Force fut, en conséquence, de quitter la place; et c'est ce que fit le œmmandant, qui contia a un subalterne la tâche difRcile de se maintenir dans un pays où tout désormais devait conspirer contre la domination de Buenos- Ayres. Hâtons- nous d'ajouter que la triste siluation du Carmen était rœuvre du gouverneur seul et non ceilede la nouvelle républi(iue,trop occupée alors des guerres ae Montevideo, du Paraguay et du haut Pérou, pour se laisser distraire par les soins qu'exigeait l'adininistratlOII de la colonie patagone.

Cependant l'excès de la misère avait foreé les habitants à nouer avec les indigènes des relations de commerce qui jusque-là leur avalent toujours répugné. Les Indiens Aucas leur portaient des pelleteries et les tissus qu'ils fabri<|uaient, et les celons leur donnaient en échange le peu qu'ils avaient pu sauver du naufrage de leur prospérité.

Ce trafic attira peu à peu les naturels, et leur suggéra l'idée d'aller piller les fiiontièresoe l'État de Buenos-Ayres, pour vendre ensuite le produit de leurs rapines aux Espagnols du Carmen. Ce singulier genre d'affaires fut profitable aux uns et aux autres ; peu a peu, la population du village, naguère aux abois, retrouva un semblant de bien-être. Les habitants avaient remarqué que les bétes à cornes, laissées en toute liberté'après le massacre des colons, avaient multiplié prodigieusement; un cacique, après s'être assure du débit de tous les bestiaux qu'il pourrait eonduire au Carmen, en

PÀTAGONIE, ET ILES MAI0UINE5. 41

anit 'prit «t amené près dis miUê en deux voyages. C'en était assez pour inspirer aux colons le désir de profiter de ce précieux avantage : ils se rendinnt à la PéoiiiBule, et tout Im ans, à la même époque, ils traversaient courageusement les déserts arides de la Patagonie pour aller cberclier des testaux. Ils parviiirent ainsi h regagner ce qu'ils avaient perdu, et à donner un nouvel essor à Tagriculture, source principale de leur richesse.

r Cepeadant, en 1819, un danger menaçant vint m^tre encore en question l'existence même de la colonie ressuscitée. Les soldats laissés au Carmen par le commandant républicain, après les désordres de 1819, sMnsargèrânt, assassinèrent le gouverneur, se souillèrent des crimes les plus horribles, et traitèrent ce malheureux pays en province conquise. On raconte que, dans leur ivresse de sang, ils fùsillèrent quelques-uns de leurs officiers et forcèrent les autres à traîner leurs cadavres à l'endroit où eux-mêmes devaient être enterrés vivants jusqu'au cou. Ces enfants perdus de la république de Buenos- Ayres furent enfin obligés de mettre un terme à leurs fureurs : attaqués par les troupes du

f^ouvemement central, ils s'enfuirent âchenient et se réfugièrent chez les Aucas, où ils continuèrent leur vie de brigandages.

Le Carmen s'était resseoti de cette nouvelle et rode secousse; mais il se dédommagea ensuite par un redoublement d'activité commerciale. Les Indiens, ne trouvant plus de bestiaux à Saint-Joseph, prirent le parti de les voler dans les fermes des çays limitrophes; et ils furent bientôt si experts dans ce métier de larrons, que ne sachant oue faire des animaux tombés entre leurs mains, ils allaient les vendre an Chili et dans d'autres lieux tout aussi lointains. On porte à plus de 40 mille le nombre des bêtes à cornes vendues par les indigènes aux colons du Carmen , pendant les trois années de l'administration du commandant Oyuela. On peut se faire une idée, d'après eela, oe TeitaniioD que prit, à cette

époque, le commerce des coin etdela

vianTle salée. On vit d'étranges spéculations réussir au delà de toute espérance raisonnable : des commerçants de Buenos -Ayres firent Inrtone en très-peu de temps à Patagones, aux dépens de leurs propres compatriotes dont les troupeaux passaient successivement dans les mains des sauvages et dans celles des effrontés acheteurs.

Le gouvernement de la république aurait pu couper court à ces insolents brigandages, et Ton ne saurait trop le biflmer dVoir auterisé par son indifférence un état de choses aussi contraire à tout principe de justice et de moralité.

JjfB rapports eommcMisnix des eo« Ions avec les naturels ne furent pas la seule cause de l'importance que ces derniers acquirent à l'époque dont nous

Karlons. Un événement imprévu et de I nature la plus grave vînt rappeler aux colons les dangers de leur position au milieu des tribus barbares dont la timidité et la division avaient fait jusau*alors la faiblesse : pendant la guerre de indépendance qui ensanf^ta les plaines de Buenos-Ayres , un officier du parti espagnol , nommé Pincheira , déserta et passa aux Indiens avec la plupart de ses soldats. Il s'associa à la vie df meurtre et de pillage que menaient alors les Araucans , et devenu le chef d'une bande redoutable, a^ milien de laqueHe se trouvaient ptès de trois cents hommes armés à reuropéenne et façonnés à la discipline, il dévasta les frontières des républiques de Buenos-Avres et du Chili. Bientôt les autres tribus d'indigènes se recrutèrent de nombreux déserteurs ; la contagion gagna les Gauchos , et même, à ce (]u'on prétend , quelques fermiers, qui préférèrent les émotions du vol à main armée aux paisibles jouissances de la vie domestique. Enfin Taudace des bandits s'accrut a tel point, que personne ne fut en sûreté dans restancia la mieux gardée, et dans les asiles que Ton décore daoicepays dn nom de châteaux forts.

Ces désordres ont continué depuis cette époque , moins langlaats et par

L'URIVEES.

•bHft MtiBiTCdoutés, mais tout aussi

funestes auf intérêts et à la tranquillité des habitants. Les colons des établissements espagnols sont sans œssi Mr l« oui vif», craignant à oliaqm instant les agressions del dignct COID»

pagnons de Pincheira.

La guerre qui éclata en 1826 entre le Brélil tt Biwiiw>AyreR eut me tfnga* Hère InfloeM sur le Carmen. L'psca* dre brésilienne ayant bloaué leRio-dela-Plata, les corsaires de la république Argentine, mal protégés par les forts de rEnsenada et au Tuyu, conduisaient dans le Rio-Negro les nombreuses prises faites sur la marine du Brésil. I.e sol du Carmen fut alors foulé par des m8 de tOQtei nations , qui, chargés de butili et peu scrupuleux en matière de morale, introduisirent dans la paisible colonie , devenue pour eux une terre neutre, le goût des objets de luxe et dei haMtodea licencieuses. Il est Trni que ce qu'il perdit du coté des mœurs, le Carmen le retrouva du coté du bien-être et du progrès matériel.

L'affluenoe dM étrangers, la présenta des ofBciers de corsai FMqui dépensaient follement le fruit de leurs rapmes, produisirent un mouvement commercial extraordinaire, et augmentèrent dans une proportion considérable la richesse des Habitants. Ce n'étnit plus le modeste village où les Indiens conduisaient leurs bestiaux pour le prix le pttti modique; Patagones était derentl un centre important et le rendea-voua de tous les individus, Fhiropéens et Américains, chez qui les guerres des ré" publiques voisines avaient éveillé des idéea de cii{iidité et l'amour des aventures.

En 1828, les Brésiliens, irrités de la prospérité d'un établissement qui était ooamne l'entrepôt des marchandises

3u'on leur volait, formèrent le projet e l'enlever à la république de Buenos-Ayres. Bientôt en effet, cinq navires de guerre se présentèrent à l'emboochara du Rto-ne^ro ; trois seulement réussirent à franchir la l)arre du fleuve , et s'avancèrent vers la colonie, a Le Carmen n'avait pour tioté êlÊmm ^ des matelots de

corsaires, quelques soldats d*itifiinteHè

et la milice du p'iys, composée des habitants et des Gauchos. Ou se rassembla, on tint conseil , et l'avis unanime fiit de se défendre. Les capitaines

de corsaires armèrent d(^ suite âeux bîUijnt^nts, et, de rona^rt avec tous les tnariiis , prirent la résolution d'aller attaquer les navires,' tandis que In ca* Valérie devait tomber sur les troupes ennemies. Le générni brésilien , Anglais d'origine , crut qu'avec des soldats aguerris il était facile de vaincre une poignée d'hommrs non discipH* nés et de ^'empnrer de l'établissomt-nt. Sans perdre de temps , dès le lendemain matin il opéra son débarquement, mit sept eents hommes à terre, et laissa peu de monde à bord des navires. bas de la rivière, il avait six lieues à faire pour arriver au Carmen. Le guide qui le dirigeait lui conseilla , de peur d'embâenes , de pren« dre l intérieiir des terres, pour tomber a i iiiiproviste sur le Carmen; mais parmi des hommes habitués aux petites ruses de guerre des Indiens, 0 était impossible que toutes les démar* ches de rennemi ne fussent pas connues. Les miliciens , au nombre de cent à cent vingt, prirent immédiatement la résolution de le vaincre par la soif, et l'exécution de ce projet commença de suite. Les troupes brésilienneSf toutes composées d'infanterie, étaient parties sans prendra bi pmiotion de se munir de rafhitebia* sements; aussi, après quatre ou cinq heures de marche forcée, au milieu de déserts arides , une soif dévorante, augmentée par la chaleur de Tété , ae frt-elle bientôt sentir. L'armée approchait de son but et voulait pasner le Rio-JNegro. Vains désirs!- • .Elle rencontra la milice, prête à l'en empêcher. Il y eut plusieurs escarmouches , plusieurs hommes furent tues do part et d'autre. L'affaire paraissait s'echnuffer, lorsque le général , point de mire pour les Gauchos, à cause de son uni»

forme chamarré d'or, fut renversé par une balle. Le dérnurnîiPinoftt se mit parmi ses gens; une soit cruelle tourmentait les soldats et les fliisait mar*

PATAGONTE, TERRE-BtJ-FEtJ ET ILES MALOUTNES. 4i

inorer; les officiers cherchaîent en vain à les rallier ; le cri général de se rendre les contraignit à remettre leurs armes aux miliciens, qui lesflrent tous prisonniers. Pendant que les habitants du Carmen remportaient cette victoire Bipnalée, les navires arrivèrent près du mouillage. On combattit avec ardeur ; déjjj l'un des bâtiments brésiliens venait d'être pris , lorsque la nouvelle de la défaite de l'armée obligea les deux autres à se rendre. Tel fut le résultat de l'expédition des Brésiliens (*). » Un trait de barbarie et de cupidité effrénée marqua l'engagement dans lequel le général brésilien fut frappé. A peine fut-il renversé, qu'un Gaucho descendit de cheval, se précipita sur lui , le dépouilla de son riche costume , et s'apercevant quMI portait un anneaa précieux, se mit en devoir de couper le doigt dont il ne pouvait l'arracher. Le général n'était

a ne blessé et s'était tenu immobile ans l'espoir de se sauver. Mais la douleur occasionnée par le couteau du Gaucho fut si vive , qu'elle lui fit pousser un gémissement qui le trahit; alors le soldat lui enfonça son sabre dans le cœur, et s'enfuit triomphant avec la bague qu'il avait convoitée.

Un an après cette lutte sanglante, on voyait encort les plaines du Carmen jonchées d'ossements épars et couvertes d'oiseaux de proie qui se disputaient des lambeaux de chair dessécliés par le soleil : c'étaient les restes des cadavres des Brésiliens morts dans le combat. Les vainnueurs ne les avaient pas jugés dignes aes honneurs de la sépulture. Il paraît, du reste, que tel est l'usage des partis ^ui se font une guerre acharnée en Amérique, même dans les régions où une certaine civilisation a pénétré. M. de TValdeck , qui a voyagé longtemps dans la république mexicaine , et h l'amitié duquel nous devons des renseignements précieux sur ce pays , a vu les champs de la Vera-Cruz et des provinces intérieures offrir , long^

' (•) D'Orbigny , t. U de la partie historique t p* 290.

temps après les batailles dont ils avaient été le théâtre, l'aspect de cimetières bouleversés; speclacle bien propre à inspirer de tristes réflexions sur les agitations violentes auxqtuHes la majeure partie de la société américaine est en proie. Heureux, du reste, ceux qui succombent ! car les vivants expient cruellement entre les mains de leurs ennemis leur dévouement à leur cause. Ainsi les prisonniers brésiliens faits dans le combat du Carmen furent, de peur d'encombrement, dirigés sur Buenos - Ayres , à pied , pendant la saison la plus chaude de I année , et sous la conduite d'officiers aussi barbares que leurs subalternes.

Ces malheureux firent trois cents lieues dans des déserts arides et brûlants, dévorés par la soif, soumis aux plus dures privations et aux traitements les plus inhumains. Un grand nombre périrent en chemin ; d'autres, épuisés de fatigue, ou affaiblis par les maladies, ne purent suivre le convoi, et furent abandonnés dans ces plaines inbospitalières. A leur retour, les soldats qui les avaient escortés se vantèrent d'avoir acquis , par la manière dont ils avaient persécuté les infortunés prisonniers , de nouveaux titres à la reconnaissance de leurs compatriotes.

On a vu sous l'empire de quelles circonstances la prospérité du Carmen s'était accrue dans une proportion extraordinaire. Pur une conséquence toute naturelle et facile à prévoir, cet heureux état de choses devait disparaître dès que l'aflluence des corsaires et des étrangers cesserait. En effet, la

f)aix conclue le 3 octobre 1838 entre e Brésil et Buenos-Ayres fut le signal de la décadence de cette colonie. Une nouvelle ère de calamités et de ruine commença pour elle. Les Indiens reprirent lê cours de leurs dévastations, et la terreur qu'ils répandirent au loin sur les deux rives du Rio-Nepro fut telle, qu'un grand nombre d'habitants du Carmen allèrent chercher dans les environs de Buenos -Ajrres la tran*

3uillité dont ils ne pouvaient plus jouir ans le voisinage des Aucas et des

Mlgoni. Ai^ourd'hui , cet établisse- qui le fait communiquer avec le grand

ment , qui a eu tant d'alternatives de Océan. Les côtes de ce détroit sont en bonheur et d'adversité, est dans la général très-élevées, et atteignent sousituation la plus déplorable ; il est vent deux et trois mille pieds de liau* mitoe à mindre que Vindifrérence du teur perpendicalaiie au-dessus du gouvernement de Buenos-Ayres n'ait niveau de la mer. Elles offrent de pour résultat final son anéantissement nombreuses ouvertures ou baies. En complet. Alors les sauvages de la Pa- général, le vent d'ouest est tres-viotagooie, désormais affranchis du Gon- lent dans oe détroit. Entre le canal tact des étrangers , camperont inso- Saint- Jérôme et la baie de Gallantt la lemment dans la demeure de l'homme côte nord (Patagonie) présente une civilisé, et suspendront les harnais de perspective variée et assez agréable, leurs cbevaux aux lambris qui reteo- tandis que, dans le lointain (au sud), tissent encore aujourd'hui des sont on aperçoit des pics et des roontagnee d'une musique harmonieuse. La des- couverts de neige. Elle offre une surtruction de la colonie du Carmen sera cession de montagnes, de collines et une véritable perte pour les naviga- de plaines arrosées par des rivières et teun et les conmierçants de Bu» des ruineaui. On y trouve aussi quelnos- Ayres-, elle rendra, en outre» ques rades sdres. » extrêmement difficile tout autre éta- Nous allons compléter et rectifier blissemeot dans les mêmes contrées, sur certaints points cette brève des>

cription du détroit auquel son premier

DEimorr db kageixan. . explorateur, Tillustre Magellan a

laissé son nom.

Legranddictionnaire public, en 1829, Considéré dans son ensemble, ce

par Piquet, s'exprime ainsi à Tartide détroit présente la iigure d'un aogle

hétroUdeMa^^thn: •Ventxéeàuelité obtus dont le centre est au sud, el

de PAtlantique se trouve parTC'SS'de dont les côtés s'élèvent vers Test el

longitude occidentale entre le cap des vers l'ouest, profondément accidentée^

Vierges, sous 52*21' de latitude sud, à l'est, par trois renflements deter-

et le cap du Saint-Esprit, sous 62" 46'. minés par deux goulets, et à l'ouest

Elle a dix lieues de large. Celle du edté par *une infinité dtles, de baies , de

du grand Océan se trouve par 77' 14' promontoires et de cours d'eau. Wal-

de longitude occidentale entre le cap lis trace ainsi le tableau des distancer

Victoire, sous 62" 19' de latitude sud, respectives des principaux caps et des

et le cap de Los-Pilares, sous 63* 4^^. baies qui découpent wrtout la odte

Elle a oase lieues de large du cap des nonl :

Vierges au cap Froward m.i détermine ^ ^ y^v- k ^ ©««S—

a peu près le milieu du détroit; celui- mmC\ !T s

ci se dirige généralement au sud-ouest; ^ «Ht-d i cdi« d« la ruMotM «t

du eap Froward au cap des Vierges , ^^^H'; ^l^^'' p'*;

il se dirige au nord-est; sa longueur DeUaa op ô^oire! >>

totale est de cent trente lieues (*). La d« » «p à u pointe de rîie da Dtapiua. . u

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