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A>r^.oommandéparlec8pitameStrad* ling.< Seikirk , au rapport de quek|uet
marins qui Tont connu et mm s en ont laisse le portrait, était un lionime de bonnes mœurs, grave, réfléchi, mélancolique, et plus adonné aux joies spirituelles de la [)rièreetdu mysticisme qu'aux plaisirs ou aux travaux du monde. S'etant pris de querelle «▼ec son commandant, il se sentit saisi d*un profond dégoilt de ia vie, et demanda a être abanflonné sur l'île de Juan-Fernaiidez. La relâche du ( itiq- Ports dura plusieurs jours, pendant lesquels Seikirk eut le temps de làire. des réflexions sur ce bizarre accès de misanthro{)ie. Il se soumit donc, et pria le capitaine Stradiing de le rece- - voir de nouveau à son bord; mais cet homme dur et vindicatif ne voulut pas
consentir. A quelques mois de là, e Cinq-l'orts fît naufrage, et l'on serait tenté de voir dans ce malheur la Justice divine, si une partie de l'équipage , innocente de l'abandon du nnnrin écossais, n'avait pas péri en cette circonstance.
Livré à luMnéme, Seikirk puisa dans ses sentiments religieux cette résignation et cette lorce d'âme qui devaient le soutenir dans le long exil auquel il se voyait condamné. En quittant le vaisseau, on lui avait laissé emporter son lit, un fusil, iir>e livre de poudre, des balles, une ha< he, un couteau, de^ vétenu'nts, un chaudron, du tabac, une Bible, quelques livres de piété et ses instruments de marine.
Tant qu'il eut de la poudre, il tua des clièvres, ët fournit sans trop de peine à sa subsistance; mais cette ressource lui manqua bientôt, et son entretien de\ int alors plus précaire et plus pénible. Quelque temps il y pourvut au moyen de la pédie et de la rérx)lte des fruits sauvages; mais enfin, éprouvant le besoin d une nourriture plus substantielle, il tendit des pièges aux jeunes chevreaux. I*eu satisfait de ses succès, il entreprit de se procurer à la course les animaux dont la chair et la peau lui étaient également indispensables.
Ses premiers essais ne furent pas heureux; cependant, ia nécessité, l«
désespoir même, lui donnèrent des feras nouvelles; il persévéra dans son projet, et un long exercice Taraena
enfin au but qu'il se proposait. Nu
1*usqu\î la ceinture, ainsi qu'aux iam- »es et aux pieds, couvert sur les hanches seulement de quelques morceaux de peaux de chèvres (grossièrement cousus, il sautait de roclior en rocher, s'élançait sur les parois les plus escarpées, sur les arêt«s tranchantes ou les pics aigus; il franchissait les torrents et bondissait par-dtssus les buissons avec une agilité incroyable, sans crainte comme sans précaution, et sans se reposer, jusqu^ ce que l'anini.)! qu*il poursuivait se rendit à lui\ h ilctant et blessé. Ces expéditions n'étaient pas toujours exemptes de mésaventures.
Un jour, entre autres, au moment où Seikirk venait de saisir une chèvre, il tomba avec elle au fond d'un précipice, et y demeura longtemps privé de oonnaissanoe. Ayant enfin repris ses lens, il s*aperçut que la chèvre gisait morte sous lu*, et qu'il ne devait son salut qu'a la précaution qu'il avait prise de ne pas abandonner sa proie, et de tomba- avec elle. Au bout de queloues mois il avait acquis une si grande ai^ilité, (|ue cette chasse péril- Kuse n'était plus qu'un jeu pour lui ; il lui arriva souvent, après avoir pris une chèvre, de la marquer à l'oreille, et de la relâcher, |K>ur avoir le plaisir de la rattra|)er. D'autres occupations apportaient encore un té^er adoucissement à cette pénible existence. Les Européens' qui , les premiers, étaient venus dans l'île, y avaient planté des navets et des choux palmistes. Seikirk entreprit de les cultiver, se procurant ainsi, avec la chair des chevreaux, quelques fwîssons et des fruits, une nourriture saine et aurealJe. Ses vêtements étaient usësdepuis longtemps; fl les remplaça par des peaux de <sbèvres. Enfin , pour se délivrer do voi* sinage importun des rats qin' rongeaient se& vêtements et dévoraient ses provisions, il se mit à apprivoiser de jeunes chats sauvages. — Il avait construit deux huttes dont la plus petite lui servait de cuisine \ là, quand
il avait besoin de feu, il s'en procurait à la manière des Indiens, ea
frottant l'une contre l'autre deux pièces de bois résineux. Le manque absolu de sel fut une de ses plus cruelles privations; c*est ce qui Tempéchait souvent de manger au poisson, et toujours de conserver une certaine provision de gibier. T. a plus grande de^ deux huttes servait à ses repas; c'était là aussi qu*il retrempait dans leaom-* meil les forces de son corps, et, dan9 la prière, les forces de son .Ime.
Ainsi s'écoulait cette existence solitaire! La prière, la chasse et l'agriculture en absorbaient la plus grande partie. Enseveli vivant, inscrfl déjà sur le livre des morts , et se sentant fait pour la vie, ce malheureux, que les hommes abandonnaient, ne trouva de refuge que dans le sein de Dieu.
Quand une pensée mondaine venait l'assaillir, quand un souvenir de famille lui arrachait quelques larmes , et que son imagination errait sur les montagnes de sa patrie, il lisait în Bible, il priait, il priait encore , et se sentait consolé.
Un jour on navire espainol aborda i Juan-Fernandez; d*aboro Seikirk se cacha dans fes bois, résolu à ne pas rentrer dans la société. D'ailleurs,^ comme il l'a depuis avoué lui-même à Steele, qui Ta rapporté, il craignait que les T-'spagnols ne l'envoyassent aux presidios (*). Cependant la vue des hommes produisit bientôt sur lui une impression à laquelle il ne put ràiister : il se montra donc snr ta li* sière des bois; mais les Espagnols, effrayés de cette étrange apparition , lui tirèrent quelques coups de fusil, qni robligèrôit I se cacher de non* veau.
Quatre ans et trois mois s'étaient écoulés, et Seikirk avait perdu i'esnoir de revoir le monde, quand le ciel lui amena un libérateur.Woode-Rogen et Dampier croisaient alors sur les côtes du Chili avec deux corsaires, le
n Vîllei de guerre oà Too eonroyait ki soldats maliasi m ndfiùteun et ks vagtboods.
CHILI
Duc et la Duchestê de Bristol. Le 1*' février 1709, ils abordèrent à Juan- Feraandei, et Sdkirk serendU à eux ;
Dainpier, qui l*ïivait connu autrefois, intervint en sa faveur, et détermina Woode-Rogersà le recevoir à sou bord.
Cest ce dernier qui nous a conservé les détails les plus ciroonstaneiés sur le naufra.^R et les aventures de ce marin, dont le nom est devenu inséparable de celui du héros imaginaire de Daniel de Foê. Rogers prétend qu*il avait tellement perdu rhabitudede parler, qu*il fiit assez lon;:temns avant de pouvoir se faire comprendre. On ne nous a pas dit si Selkii k, rentré dans la société, plongé de nouveau dans le bruit et les miséresdu monde, regretta jamais les so itudes de Juan-Fernandez.
Aprts Seikirk, cette île fut fréquemment ?isitéa par les flibustiers et par les corsaires qui croisaient dans la mer du Sud ou sur les côtes du Chili pour arrêter les riches g.dions. Ces hommes y étaieiit surtout attirés par la facilité de t'y procurer des chèvres sauvages.
Les gouverneurs du Cliili, voulant alors leur enlever cette ressource, ne trouvèrent pas de meilleur expédient ^e dMntroduire dans l*tle quelques couples de chiens. Ces animaux y multiplièrent rapidement, et ne trouvant plus, au bout d*un certain temps, une nourriture suffisante à leurs besoins , ils firent la chasse aux flhèfres dont ils diminuèrent prodigieusement le nombre. Celles qui échappèrent ne purent trouver d'asile que sur les cimes des montagnes, inaooessibles poord*autrès que pour elles. Privés de cette ressource, les chiens virent, à leur tour, leur nombre diminuer sensiblemeut; et enGn, lorsque cette race ennemie eut dlsperu entièrement, les chèvres descendirent de leurs solitudes, et pullulèrent si bien que, peu de temps après, les ravages de la guerre n'étareot MHS visibles. Aiisod aborda à Juan- Fernandez le 9 Juin 1741. Les hommes de son équipage , attaqués par le scorbut, s'y rétablirent promptement; l'île oootenait quelques chieus affames , et tascbèviesétakttteiioore Ibri rares
O àmoù fthmA fnW des chèiiei
tl
En 1792, les pirates ayant cessé de se montrer dans ces parages , le gou- ▼ernemeni espagnol envoya àne colonie à Juan-Fernandez, y fonda une
fietite bourgade, et y fit élever des ortilications au-dessus des habitations et sur le riva&e de la mer, vers la pointe occidentale de 111e. Il y envoya éi^.ilemrnt quelques troupeaux de moutons, des boeufs et des vaches.
Pendant la guerre de Tindependance, et aujoordliui enoorOi on voit Juan- Fernandez servir de lieu de déportation, où les partis vainqueurs qui se succèdent au pouvoir envoient les vaincus. L'industrie agricole y a fait quel-
aues progrès, et on peut s'y procurer es û|iues, des pommes, des cerises, des amandes et des plantes potagères, indépendamment des auiœaui ineutionnés j^us haut O-
LES àaaucahs.
La partie basse du Chili, ou Cbilî
proprement dit , forme deux divisions : la première , qui s'étend au nord, depuis le Pérou jusqu'au fleuve Bio-Bio, est le Chili espagnol j la seconde, qui commence au Bio-Bio, vers le 36' degré 49' de latitude, et s'étend jusqu'à l'archipel de Chiloé vers le 41« degré, est le ChiU indien ^ ou partie indépendante. La république n*y possède plus que la ville de Valdivîa, celle d'Osorno, qtielques torts limitrophes et l'arcliipel. Les Molouches, que les Espagnols api>ellent JraucanSf sont ïm maîtres de cette faste contrée, qui n'a pas moins de cent cinquante lieues de longueur sur trente environ de profondeur. Le mot AraucanSf tiré de la langue chilieiuie, équivaut maintenant
tuées par son équipage , portait sur l'oreille la marque de celles que Seikirk relâchait. Mais « fait est dilTicile à croire, quand on songe rjtie M*} artnrrs s'étnieni écOttlécf de* puis le drpaft du uiariu écossais.
(*) Vu^ez Onnipie»*. WMde-Rogers , Anson, SÎolMia, Vancouver, Laplace , le Voyage de la corvetle la Favttrite, en (S3o, 3i ot 5a. Voyet aussi riutêresuate notice ^ue M. F. Daoiia ^tée à la MMvdle édilmi duBebioNU» traduit p«ffwnntoa|,
chez les Espagnols à une injure; il est le synonyme (k brigands, hommes fS»
roeeSf tandis que ces Indiens se donnent a eux-tiiémrs le nom de Molouches, qui, en leur langue, veut dire guerrkra, ou celui à\-iucasy qui correspond à hommes fibres , et appellent les^pagnols Chiapi, mauvais soldats, ou fluinca, assassins.
Les Araucans sont les Gis aînés de la famille chilienne. Ce peuple n*a jamais pu être dompté; il est le seul, sur la suri'ace des deux Amériques, qui se soit maintenu chez lui en opposant la force à la force. Les Espagnols avaient élevé sur son territoire des villes importantes : f iUarica, Impériale y Osoniùy Canpff, Angol, chiUan et f (Udivia, il en est plusieurs parmi elles dont aujourd'hui il serait difficile de retrouver même remplacement, et c'est sans fondement que quelques géographes modernes s\;bstment encore a les faire licurer sur leurs caries : telles sont Viiiarica, Impériale et Cenete. Une autre circonstance vient ajouter encore à la confusion qui règne dans la Réograpliie de certames contrées de FAmérique du Sud. Ce que les Espagnols nomment viUa n>st souvent ici qu'une réunion de cabanes dressées ^ar une tribu nomade, qui, après avoir épuisé le sol, va chercher ailleurs de nouveaux pacages pour ses troupeaux , et emporte avec eue la prétendue vUla.
Les Araucans ont ure taille élevée, mais des formes peu agréables ; ils ont le visage aplati et les pommettes saillantes conune les Mongols, le regard féroce et meliant, le teint cuivré ou d*ttn brun rouaeâtre, le nez court, la bouche grande, le menton épilé, et une iongue che elure noire (voy./>/. 9); ils sont robustes, adroits et excellents cavaliers. Les premiers ils se sont occupés à dompter ces chevaux espni;nol8 dont la race sauvage 8*était prodigieusement multipliée depuis la conquête.
Une simple lauiére de cuir leur sert de bride, une peau ou on morceau d*étoffe leur tient lieu de selle ; quelques-uns cependant , Tnnis en petit nombre, font usage d'etners ea bois, et
de selles grossières assez semblables à celles dont on se sert pour les mu«
lets. Leurs armes de guerre consistent en flèches, lances, massues et Inço. Les Espagnols leur ont procuré quelques armes a feu , niais ils en font peu de cas ; c'est la lance qu'ils préfèrent à tout, aussi s'en scrvent-ih avec une dextérité prodi^:ieuse. Cette arme; dont le fer a quelquefois deux pieds de long, est emmanchée d*une tige de bambou longue et pleine. Ils manient éçalemrnf \v (<irn nvcc une grande habileté, le lai.^^ant touriiover sur leur lêle jusqu'à ce qu'iis aient jugé le moment favorable pour lancer les terribles bo^ las, et arrêter ainsi dans sa fuite l'ennemi qui se croyait déjà hors de tout danger. L'Araucan, ainsi que le Uanero de la Colombie , combat sans ordre et sans tactique, à la manière des Cosaques. Il se susj)end quelquefois à la crinière de son cheval, se caclie derrière son flanc, et, la lance en arrêt, il se précipite sur son adversaire et le frappe avant de se montrer. Ses armes défensives consistent en cuirasses, boucliers et casques de cuir.
Rblioioh. La base sur laquelle ce peuple a assis sa religion est le dua^ lisnie, la lutte du bon et dir mauvais génie, de Mculen et de ff^'ancubu. Il a conserve la tratlition d*un déluge universel, ouvrage de Wancub;i, et celle d'un patriarche, jnstc entre les justes, conserve p;»r la protection de Meulcn.
Il reconnaît un Être suprême, ou'il nomme tour à tour PUUtn ou Gueim' PUlan y esprit du ciel , Duta-Gen , grand être, Thalcavey le tonnant, l uvem' roc, le créateur de toiites choses, / Upelvilvoé, le tout-puissant, Moluhellej l'éternel, et ^KRoÂoAif, Tinflni. Ledieu de la guerre se nomme Epunamum.
Viennent ensuite les lUmenes et apouinienes , tl u i n ites secondaires des deux sexes , q u i rappellent les rêveries mytbo» logiques de la Grèce. Cette troupe immortelle a ses vertus et ses faiblesses ; elle fait la guerre et l'amour; elle diante ses triomphes oo noie ses chagrins dans le nectar. Tous combattent pour Meulcn , le génie du bien, et s attafJient à éloigner de la cabane des
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fidèles Araucans l'esprit maudit, le cruel Wancubu. Chacun a son uluiène pariiculier qu*il invoque dans les moments de péril. Cest ce génie tutélaîre qui s'attache à rhomine dès le premier moment de la naissance; c'est lui qui le conduit par la main sur la route de la vie, qui s'afQige ou se rejouit avec son élève, qui Tassiste de ses conseils, le rouvre de son bouclier, et ne le quitte (ju'aux portes du tombeau.
La sujjcrstition des Âriiucans, bien qu'elle ait ses analogies avec celle de toutes les nations incultes , porte en« core l'empreinte d'un caractère de pusillanimité bien extraordinaire ciiez un peuple aussi belliqueux. Il sutlit du passage fortuit d'un oiseau sinistre pour faire pâlir d'effroi le guerrier le plus intrépide. La nuit, il croit voir des fantômes se dresser sur la cime des monts , et des spectres livides qui sortent de leurs tombeaux pourdansersur la verte prairie; il écoute et croit entendre craquer leurs ossements. Si la tempête grpnde au front de la Cordillère, c'est un combat acharné que les esprits des î^uerriers morts viennent livrer au génie du mal. Avec de pareilles idées, il est bien naturel que ce peuple entretienne des sorders ou macAw;maisce qui l'est beaucoup moins, c'est de le voir (juelquefois punir la sorcellerie de la peine de mort; aussi les maehii se bornent-ils prudemment h exercer la médecine. Ils pr^endent guérir leurs malades au moyen des exorcismes, et autres jongleries de même nature.
Dans ks actea importants de leur vie politique, les Araucans immolent des animaux, et trempent dans le sang qui en découle des branches d'arbres odoriférants; ils brûlent du tabac ou d'autres herbes , et consultent leurs augures sur rêvent tialité des projets qu'ils méditent. Ce sont la des sacnlices à la inanière antique, et cependant la religion des Araucans ne revêt aucune forme extérieure; ils n'ont ni temples, ui fétiches, ni cérémonies religieuses; seulement, ils se bornent , dans les moments de daneer, à invoquer les génies bieoûJsantl. lis admettent d'ailleura
deux substances dans l'homme : le corps, être matériel et périssable, et l'âme, substance incorporeliç et éternelle.
GoirvBBiiBiCEiiT. Le gouvernement
des Araucans est celui d'une aristocratie militaire. Les emplois y sont héréditaires de mâle en mâle, mais par élection, et non par ordre de prinoogé» n itu re . Le pays est divisé en tétrarchiet, appelées L that-MapuSy gouvernées par des toquis ou caciques ('). Ces tétrarébies sont les suivantes : i» le pays de la mer, Languen-Mapu; 2» le pays de la plaine, Lelbun-Mapu; 3° la basse Cordillère, Mapire-Mapu; 4° la Cordillère , Pire-Mapu. Ces gouvernements sont autant de zones parallèles avec la nier d'un côté et la Cordillère de l'autre, et à peu près égales entre elles.
Chacune d'elles embrasse cinq provinces ou aliarégues, et chaque province neuf districts ou régiÊtii^*). Le gouvernement de la mer comprend les provinces d\^/ûi/6-o, de Tucapel, d'/lmsura, de Boroa et de i\ag- Toitetif celui de la plaine, ^ngol, Puren, Re* pocura , Matjupga et Mariquina ; celui de la basse Cordillère, Marven, CoU hue y Ciacaico, Queceregua et G«anagua; eniin, le gouvernement de la Cordillère embrasse toutes les tribus de montagnards appartenant à la famille clii tienne. Les quatre toquis de l'Araucanie sont indépendants l'un de l*autre. mais confédérés. Les gouverneurs des cinq provinces d'une tétrarcbie premjent le titre de apo-ulniénes , et les cliefs de districts celui iïulmènes. On voit donc que ce mot indique à fal fois un pouvoir spirituel et une autorité
(•) Tétrarcfiie de Tï'rrapa ( tettara) quatre* et «px,fi (arcbt) pouvoir. C'est doue la quairième partie d*un gommtMtiiait ; et on a lieu de s'cidniicr di la di.ttractiou de quelques vojfageum (|ui uot cci il que rAraucaaie ctuil dîviiêe eii quatre tatrarchies , comme tll pouvait j CD avoir 3 ou SI
(**) PluKieiirs écrivaintet séogranhes pré* t»Ti(lciit que cha(|ue ictrarehie est ai\is('«* en neuf proviaecs; uutis Motiita dii |)ositivenent qu*il n'y eo t que cinq, el il les nomme, ce c|ui MOUS semble rèMnidi» la question.
UUIfITEES.
temporelle : dnns les deot, les «M-
fW'.vsont les divinité*^ bienfaisantes; sur la terre, ce sont des hommes revêtus du pouvoir. Les toquis ùorient, pour mapqtie distinctive «le leur aatorité, une hache de porphyre ou autre piorre; lefi ctfXHilmènes portent un b.lton surmonté d'une téte d'argent; un anneau do même métal est encMÉsé dans le arilieu du bâton. Les simples tàmèna portent également cette marque d'honneur, mais sans anneau. Les divers fonctionnaires d'une tétrarchie forment le conseil simple ou ynq, chargé de statuer sur les affaires aviles ou militaires qui ne concernent que la pro- YÎnce. L'assemblée composée des fonc- Honnatm de toutes les tétrarcbies, constitue le grand conseil , appelé dueaco ou butaco-t/og. C'est là que se débattent les affaires qui intéressent la confédération, telles que les traitée de paix, les alliances, les déclarations de guerre, etc.
Guerres. Quand le grand conseil a résolu de faire la guerre, il envoie de tous côtés d«i auerekénU oa messa* gers en porter n nouvelle. Alors les guerriers se rassemblent au son de la trompe, chacun apportant avec lui ses armes et ses provisions. Les piques, les lances, tes frondes, les daras, les flèches et les massues hérissent la plaine; les chevaux hennissent et caracolent; le$ fantassins, namuntuiico, s'organisent en régiments, et les femmes courent çà et là afin de tout disposer pour le départ des guerriers.
£ulin, le caci(|ue paraît, tout rentre dans Tordre, et la troupe enthousinste, afTamée de carnage, se dirige à marches forcées vers le lieu désigné pour servir de rendez- vous général. Le commandement en chef est déféré à l'un des quatre toquis; mais il n*est pas rare cependant de le voir confié à un simple ulmène, qnnnd celui-ci en est juge plus digne. Ces e\[)e(litions militaires se font ordiuairiMiient avec tant de célérité, que Tennemi n*a pas le temps de prendre ses mesures de défense. Les villes de Coticeplion et de Talcahuano, sur la lunite septentrionale de l'Arauconie, et celle de Valdi-
Tia, endarée dans la partie sud, ont été souvent détruites par de semblables irruptions. Reprises et relevées plusieurs fois, elles conserverout toujours les traces de ces dénstres. Autrefois les Araucans ne faisaient pas de prisonniers; mais aujourd'hui la coutume barbare de les immoler est à peu près entièrement éteinte, et peut-être doit-on cette circonstance à l'introduction qui s'est opérée parmi eux d'une population im tisse, provenant de l'union des indigènes purs avec les femmes espagnoles qu'ils ont enle* vées. Des couvents de religieuses ont, plus d'une fois, servi de motifs à la guerre. La passion de ces indiens pour Tes femmes blanches est si grande i qu*on n*a pas d*exemple de prisonnières rendues à leurs fanniles. Les hommes sont emmènes dans rintérieur du pays et réduits à l'elat d'esclavage. L'etehdard des Araucans porte une étoile blani he sur ch imp d'azur.
Leoislatïon. L'homicide prémédité, la trahison, ladultere, le vol et la sorcellerie, sont dudîs de mort; mais le coupable a la nculté de racheter sa vie en transigeant avec la famille qu'il a offensée. Le thaulonco est la peine du talion , q^u'ils infligent dans les circonstances moms graves. Le mari a droit de vie et de mort sur sa femme, et le père sur ses enfants; In société ne leur en demande aucun compte.
MaRIXOBS; CORDlTtOIl DBS PfeV-
MES. La polygamie est permise chez
les Indiens de l'Araucanie; mais la première femme est seule considérée comme l'épouse eu titre; les autres habitent séparément, et chacune a sa cabane; aussi compte-t-on les femmes d'un guerrier par le nombre de ses cabanes. Quand un Araucan veut se marier, il rassemble ses amis et ses parents pour enlever sa tiancée, et, à cette occasion, les deux familles se livrent des combats de convention, qui dégénèrent quelquefois en sanglantes mêlées.
La condition des femmes est des plus malheureuses; ce sont elles qui sont duirgée^ des soins les plus pénibles, non-seulement daus l'iQtéheur du mé-
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nage, mais encore dans les travaux de l'at^riculture, à la chasse et même à la guerre. Partout elles remplissent un role de servitude humiliant et cruel; r'pst ainsi qu'on les voit panser les olievaux , nettoyer les armes , porter les furdeaux et apprêter les aliments , pendant que leurs maris se reposent, fument ou se promènent. Le même usage pxiste d'ailleurs chez bien d'autres nations sauvages, et il est à remarquer (lue, parmi celles qui ne le sont pas, rinfériorité relative delà femme diminue d'autant plus que la civilisation acquiert plus de développement.
1' LiiSË&A.ii<L£S. Un guerrier vient-il h mourir, ses amis enlèvent le corps pronessîonnellcment; des femmes se joignent au cortège, et rhantent les hauts faits d'armes de celui qui n'est
Phis. Le convoi funèbre se dirige vers eUuny ou cimetière de famille, dans lequel une fosse a été préparée. Le guerrier mort est mis en terre avec ses armes, ses habits de luxe, des provisions de bouche , et quelques obiets de valeur destinés à payer le prix clu passage à la nochère des enfers, la vieille Tempu-Laggif qui conduira l'âme au séjour de Pimmortalité. Si e'est une femme qui a succombé, on enferme avec elle des ustensiles de ménage ou autres objets à son usage; puis les as- 'Sistants comblent la ibâe, élèvent audessus un tertre en pierres et l'arrosent (le chîcha , leur boisson de prédilection. Les jeux commencent ensuite, et la cérémonie se termine par un festin.
Tel est le emieehhfdn, ou divertissement noir, qui ressemble beaucoup aux jeux funèbres de la Grèce; mais on a pu s'apercevoir déjà (jue les Molouches ont plus d'un i)oint de ressemblance avec les Spartiates : leurs vices les plus détestables ne sont, en quelque sorte, que l'exagération de la vertu.
Dais SE. Ce peuple sérieux et farouche offre fétran^e contraste d*aimer la danse nver passion. Leur snpafrra est devenue la danse favorite des Chiliens, et cependant elle oÛ're des allusions Erotiques, qu*il semble qu'une femme ne saurait tolérer sans un excès d*ingénuité ou d'impudence.
Repas. Les Molouches niangent peu de fruits et d'herbages ; ils se nourrissent habituellement de viande de mouton ou de bœuf, de ckarque(yÎMiéo broyée), de volaille, de poisson, et de milcow, pâte faite avec des citrouille5 ou des pommes de terre pétries dans du lait. Ils assaisonnent leurs mets avec du poivre et du piment. Dans leurs expéditions, ils emportent de la viande desséchée au soleil et coupée en minces lanières , et du maïs. Ils man* gent également, dans ces sortes d'occasions, de la chair de clieval et de mulet. La chicha et le cici sont des boissons faites avec du maïs ou des fruits fermentes. On assure que la préparation de la chicha est réservée aux vieilles femmes, qui mj\cbent et triturent le mais , leur salive ayant une propriété convenable à cette opération.
Avant l'arrivée des Espai^nols, les Indiens du (]hi!i ne connaissaient ni le blé, ni l'orge, ni l'avoine, ni les légumes, ou les fruits qu'ils cultivent aujourd'hui avec succès. Ils aiment passionnément l'eau de vie et les liqueurs fortes , qu'ils se procurent à la Conception et u Valdivia.
Habitations. Arauco est la seule ville du territoire indépendant; partout ailleurs, les Araucaus ne possèdent que des villages ou des campements provisoires. Aranoo est entourée de murs; mais sa principale défense consiste dins nne fortification peu importante, élevée sur une colline au pied de laquelle la ville est bâtie. L'église se trouve sur la place du marché. Du temps où cette ville appar tenait aux Espagnols, la population n'excédait pas 400 âmes. Il y avait un collège de Jésuites, devenu plus tard couvent de franciscains. Les maisons, rouvertes en cbnume, sont divisées intérieurement en plusieurs cases, où l'on trouve quelques meubles qui rappellent le voisinaee de la civilisation.
Otte ville est située à vimit lieues environ au sud de la Conception. Dans les autres résidences , les nabitationa indiennes ne sont que des cabanes grossières ou des tentes en jpeaux disposées circuiaircment. La puce du mi«
Digitizùu by C(.)0^1e
L'UMVËKS.
lieu est réservée au pacage des bestiaux; et dès que reux-ci n y trouvent plus une nourriture sufiisante, la peuplade enlève ses tentes et va camper ailleurs. Le petit hameav de Tubulf à peu de distance d'Arauco, est la résidence d'un toqui; on y trouve une belle rad» et un bon mouillage^
InousniB; goutumbs ditbbsbs; cOïfiiAïasAiicBS 0ÉicÉ]iALBS.Les Araucans ne ae sont jamais élevés nu même degré de civilisation que les Péruviens, les Mexicains et les Muvscas. Cest 5nns doute dans le but ae pallier les défaites qu'ils ont éprouvées en combattant contre cette nation, que les Espagnols ont tant exagéré les proj^rès de son état social. Un de leurs poètes^ Alphonse Ercilla, a même compose sur ces luttes sanglantes, dont nous aurons bientôt à présenter l'historique, un |>oeme épique intitulé f^roiieaiio.
Q^oi ou*il en soit , on ne saurait nier que, ae toutes les nations indiennes qui vivent encore indépendantes dans 1 Amérique du Sud, il n'en t^i plus d'aussi avancée dans les voies de la civilisation. La passion de ce peuple , et on pourrait dire son culte, pour la guerre , a imprimé à ses mœurs un caractère de cruauté et de violence qui le rend Teffroi de ses voisins; mais il a plusieurs qualités estimables , telles sont In bonne foi dans ]<'S truites, le respect du serment, Thospitalité, et même Turbanité à Tégard des étrangers oui voyagent sur son territoire avec 1 assentiment des chefs, (^uand un marchand étranger veut trahquer avec eux, il se rend directement chez Vidmène, et s'assied devant lui sans prendre la parole, ce qui serait une loconvénance. Le chef lui dit alors :
Es4u venu? à quoi l'étranger répond : /esub venu. — Et que m*apporie$4uf — Du vin, des étoffes ^ etc. Ici commence le détail des présents destinés à Vulmène. Cette cérémonie terminée, le chef fait publier dans son district qu'un marchand étranger est arrivé, et qu'il apporte avec lui des objets d'échange. On aeeourt aussitôt; chacun choisit ce qui lui convient, et retourne ensuite à ses oocapatioos. An boot de
quelques jours, lorsque le mardiand
veut partir, Vulmène fait avertir ses administrés qu'ils aient à venir paver le prix des marclmndises qu il:> oui choisies, et chacun d'eux alors, nvatt une religieuse exactitude, vient remettre à l'étranger la valeur, en nature, des articles qu'il a achetés {*). Ce couimeroe d'échange consiste, pour rimportation, en étoffes européennes, en couteaux, haches, boutons, colliers, bracelets, etc., et pour l'exportation , en ponchos, bœufs, moutons, chevaux, etc.
On a dit qtie les Araucans avnicnt des notions en géométrie, qu'ils cultivaient la poésie, la rhétorique et la médecine. C'était en faire un peuple supérieur à certaines nations euro-
[>éennes. La vérité est qu'ils ont d:ins eur langue des mots pour exprimer la ligne, le point, l'angle, le cone, le cube et la sphère; que les poètes , api>elés gempir ou seigneurs de la parole, improvisent des chansons guerrières ; que leurs an{fU)eêf décores par les Espagnols du nom de médecins , connaissent assez bien les qualités de certaines plantes médicinales, et qu'ils ont entin des cliirurgiens, ou gutarces, habiles à çuérir les plaies et les blessures; mais on peut faire de sembla* Mes observations chez d'autres peuples dont l'ignorance n'est pas nuse en question, et nous ne saurions voir en cela autre chose que le caractère d'une simple tendance vers le progrès. Du reste, les Araucans ne connaissent ni l'art de l'écriture, ni celui de la lecture. C'est à l'aide de nœuds , semblables aux quipoi péruviens, qu'ils conservent friirs traditions historiques et le souvenir de leurs affaires domestiques. La connaissance des çuZ/joà passe chez eux pour une science importante, et sou- i vent ce n'est qu'à son lit de mort qu'un père dévoile a son (ils le mystère des nœuds de famille. En 1792, on arrêta à Yaldivia des Indiens soupi^onnés de tramer une conspiration. L'un d'eux,
(•) Voyez Frc/irr, Rrlalion d'un voyage de U mer du Suii aux cotes du Chili , etc. Pirii, 173», f vol. iB«4«
Uiyiiizea by ^OOgle
CHILI
wmmé Marican, aTOoa qQ*un des principaux instigateurs du cotnpiot lui avait envoyé une pîor*^ de bois lonjiue d'environ un quart de verse; que ce bois avait été tendu , et qu*on y avait trouve, dedans, un doigt humain. Ce doigt étiiit entouré d'un cordon, au bout duquel se trouvait une frange de laine rouge, bleue, biaiiclif et noire.
Sur la taine noire on remarquait quatre noeuds, ce qui indiquait que le porteur de re inrss.nge étnit pnrli do Paqui- PuUi le quatrième jour après la pleine lune. Sur ta laine mandie on voyait dix nœuds, c^est-à'^ire, que dix jours aprèt le dépnrt dti inessa^cr la rovolte éclaterait. Si rindien a qui le message était adressé consentait à prendre part à cet événement, il devait faire un nœud sur la laine rouge; dans le ras conlrairc, il en devait faire un sur la l.iine bleue et la rouge réunies ensemble, afin que Ips conjurés pussent connaître, au retour du chasqui ou lïPiMfi». If^ itomhrf d'amis sur lesquels ils pouvaient couipter (*). * En astronomie, les Araurans ont uelques notions plus positives. Ils isliiiirucdt les platièt^s, les étoiles; cofinai^>eut les s(tlsliees, les e(jiiiriO\es, les constellations, la voie lactée, et comprennent divers phénomènes célestes, tels q:ie les éclipses et les phases de la lune. Leur année, qu'ils pomment f/iipaufUf commencé' le T2 décembre, après le solstice méridional, dont la dési^catioii , en leur langue, Correspond a /l'/a et queue de raniu'e {thaumuthipantu), !/annee se divise en douze lunes ( cujen ) ; la lune en trente jours, le jour en douze heures; viennent ensuite cinij jours couiplémentaires. Cette analogie avec l'année égyptienne est vraiment trèsremarquable. Chaque mois, ou lune, est désigné par une qualité spéciale; diTcmbre est hitevun-cvjen^ le mois des fruits nouveaux; janvier, avunciiJeHj le mois du fruit ; lévrier, cogieiijeny le mois de Ja flM>i8son; enfin,
(*) W. lî. Stevenson, Relation d'iiu st'jotir de au ans au Chili, vie, de 1804 à x8a5. lAndies et Piris, 3 ^-ol. iii-8.
TUmUtfm. (Chili.)
ce sont les mois de récome, désagréable, traître, des nouveaux vents, da
maïs, etc.
Le salut de ces Indiens consiste dans les mots marry-mmrry; et lors* qu*un chef envoie le marry-marry k
un Espagnol, celui-ci peut compter sur son amitié, et même sur 500 alliance en temps de guerre.
Les femmes indiennes fréquentent les villes espagnoles voisines de leur territoire ; elles y apportent des fruits, des légumes, dû poisson et de la volaille, qu'elles écnangent 'contre des niareiiandises à leur usage, et surtout contre le sel, dont la plupart des tribuS manquent complètement.
Les jeunes gens, désignés sous le nom de mosotonesy fréquentent égalenjent les mêmes villes, en temps de paix , dans Pespoir dV trouver des étrangers qui les prendront pour guides , moyennant un salaire convenu.
Ce sont des conducteurs fidèles et intelligents; ils so!)t snrtoiit utiles pour un voyage dans les monUignes, ou pour le passage sur des rivières à ponts suspendus (*).
l-ps Araucans cultivent le maïs, le blé et autres céréales; quelques plantes potajjeres, le chou, le na\et, la rave; plusieurs arbres utiles : la vigne, le tabac, le cotonnier et le psoraliercoulen. Les bonimes et les femmes bé^iicnt la terre , les femmes seules ensemencent et récoltent. La prim*ipole occupation des premiers, en temps de paix, est de conrir, le la(jo en main, après les chevaux et les taureaux sauvages. Les chevaux, comme nous l'avons déjà dit , sont issus de ces beaux coursiers ca"?fi!lans que les Espagnols introduisirent dans le nouveau monde.
Ils y ont multiplié prodigieusement, et n^ont rien perdu ni de leurs qualités ni de leur beauté. Seulement oa
(•) T>os ponts sont assez rares au Cliili; nw)i& l« passage à gué des rivières y esl ordinairement fuoile. l'aruii les ponis susiMrndus on peut citer celui de Ciiubra, sur M Rio- Qiiillota, dans la provinre J'Aconcngna. Il consiste en un cla) onnage soutenu par des ■ " de cuir (voj. //A 5 et fl.)
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IS
remarque une vieillr^îse plus pr^core chez ceux que les Araucans ont domptés; mais cette circonstance tient à Texcès des traTaux que rindien exi^e de ce nohle anfmal. Les soins qu'Os donnent à leurs grnnds troiipeniix de bœufs prennent nu ore une lari;»! part de Texistence des indiens. ISotre la J*érouse a fait observer avec raison que rintroduclîon de deux animaux, le cheval et le bœuf, avait complètement cliangé-les mœurs de utusitiurs nations américaines. Les intrépides Araucans, les Guaycurus, les iluilliches, lesPehuenrhes, et bien (T iu t rès encore, montés sur de rapides chevaux, armés de ongues lances, et poussant devant ' eux de nombreux troupeaux de liœufs ou de chevaux , ressemblent plus aux Tatares ou aux Arabes qu'à leurs pro-
i)res ancêtres , dont l'existence indoente végétait sur le bord des rivières, ou se traînait sous les hautes graminées des Pampas.
Les leuunes des Araucans se livrent avec quelque succès à la fabrication des étoffes. Les ponchos^ qui forment la pièce principide du vêtement des guerriers, sont leur ouvrai^e. Le poncho est un morceau d'etotle de laine quadrilatère, de trois aunes de long sur deux de large, percé au centre d'une ouverture assez j^rrMide pour (^u'on puisse v passer la totc, et (l<'s- Imé à couvrir les épaules et le haut du corps jusqu'aux hanches. Ce vêtement, qui peut servir de manteau pendant le jour et de couverture pendant la nuit, a maintenant été adoplé d;uis tout le Chili. Les ponchos araucaniens, tissus avec la laine du guanaco, le chamois des Alpes, sont tres-eslimés. La fabrication d'un poncho de luxe occupe une fennne pendant près de deux anSj et vaut cent dollars Il est ordinaire^ ment bleu-turquoise, c'est la couleur favorite des Cliiliens, qui l'extraient de diverses substances végétales. Les autres couleurs sont le jaune, le vert et le rousse. Cette nation se livre encore à la fril nrntion d'une grossière poterie, et à celle des armes. Avant l'arrivée
Xnfiron 5oo fisBCt.
des Espafinoîs, les Tiidirns se scrraîent, au lieu de fer, de pierres dures ou d'une sorte de bronze natif, appelé campanUe par les Espagnols, mélange de cuivre, de zinc et d'antimoine.
Cependant ils n'ignoraient pos l'art d'extraire l'or et I ament du minerai; ils les faisaient fondre dans des vases d'argile au moyen d'un courant d*atr.
Les Araucans connaissent encore Part de se servir du colon pour tisser des iiamacs et de la toile, ouvragt s grossiers, il est vrai, mais enfln qui prou» vent que ce peuple a fait déjà plus d'un pas dans la voie de l;i civîlis.ition. La giKTre et la chasse étant lOcciipation favorite des honmies, la navi^^ation et la pèche tiennent peu de place dans rhistoire de leur industrie. Ils font ns.iiic, sur les c()tes et les rivières, d'un sorte d'embarcation appelée balsa. Elle consiste en deux peaux de phoques cousues avec soin et ballonnées au moyen de l'air atmosphérique, de maniéré à former deux énormes vessies qui conservent eucore assez bien la lorme primitive de l'animal.
Ces deux ballons supportent des bandes transversales, recouverte*^ en peaux de bétes fauves et en brandies d arbre. Le navigateur s'assied sut ce popt, en tâchant de maintenir son embarca* tion M parfait équilibre.
l .e territoire araucan est une vaste conlréi aussi riche que fertile, et bien propre à éveiller la convoitise des Européens. Indépendamment de ses nom* breuses mines de métaux précieux, de ses vignes, de ses vergers, on y voit errer d'immenses troupeaux des plus précieux animaux domestiques introduits par !rs r>j)n::nols, tels que le cheval, la vache, la dievre et le mouton.
' GosTUMB. Nous avons dit déjà que le poncho est la partie essentielle des vêtements d'un Araucan. Il faut y Joindre une veste qui descend jusqu'à la ceinture, une culotte courte, une ceinture de cuir, un chapeau en pain de sucre, des sandales de peau nommées ojotcsj et quelquefois une paire d'éperons. Les femmes vont la tete et les pieds nus; elles portent des rota
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CHILI
longues, de couleur ordinairement bleue, sans manches, et ouvertes sur le edté. Un manteau de même couleur,
retenu sur les épnulps par des agrafes d'argent, des brnrrlets et des pendants de même métal complètent à peu près knr eostume. Lears cheveux , qu'elles portent très-longs par derrière, sont tressés, et coup<^s courts sur le front. Ces Indiens sont assez propres i ils se baignent souvent, et nettoient leurs eheveux avec Pécorce du quillay. Les liotnmes s'arrachent la barbeau moyen de pinces faites avec des coquilles.
Langue. La langue des Araucans est le chilien proprement dit ; les na« turels la nomment Chllidugu. Molina, qui la connaissait parfaitt-mcnt, assure qu'elle est douce, harmonieuse, expressive, régulière et riche. Elle n*a ni verbes ni noms irréguliers, et ses rè;^les sont d'une telle simniicité, que peu de langues sont aussi uciles à apprendre.
Telle est la nation belliqueuse des
Molouches ou Araucans! On ne peut lui refuser la prenuère pince parmi les peuples indigènes qui, a Tepoque de I invasion européeime, ne s'étaient pas élevés déjà à un état de civilisation complet ; et qui sait si elle ne IVilt pas atteint également sans l'arrivée de ces Euroi)éens atfamés d'or, qui, tranchant avec le glaive les liens sacrés de rbumnnité, ont fourni aux Américains des motits léiiîtimcs de haine, de discorde et de destruction (*) !
Tbibus oiteesbs bb la famillb CHiLiuiNB. Les Puelches et Pampas
(*) Les matériaux sur les mœurs et Thistoire des Moloudiei sont Irà-aombreus.
Li s oiivngM qui nous ont été Jb phu uUlet en ceta sont les suivants :
Chilidugu,sivc Kes Cbileiues, etc. Opéra Bernardi Havestàd, etc. Bfuarter, 17 77*79.
Air. Ërcilk, L'Anueana» poêne» ete, Madrid.'
Moltna , Storb dv9o dd Cbili ; Fyèner,
id. ; W.B.Stevenson, Rvlilion d'un st'jonr, etc., déjà cité; Faikciier , Description oll^tk» tagonia and (be adjoining part:i , etc.
Lesson, Journal d*nn voyage piuoresque autour du motide, ig3o. — > HntOitre de f iMouM, auites à Jbuffoa.
qui habitent la partie méridionale de la confédération du Rio de la Plata , mais dont plusieurs tribus sont errantes sur le territoire chilien; leS Cunches, qui sont établis au delà de Valdivia en redescendant vers la Pafaçonie; les Chonos et PoTUS des archipels de Ghiloé et de Chonos; les Uuilliclies, qui habitent au sud des Cunches; les Pehucnches, enfin, que l'on trouve dans les Andes du Chili , entre le 34* et le 87* degrés, appartiennent, comme les Araucans, a la famille chilienne, ou plutôt, ne sont que des tribus dispersées d'une seule nation. Ils parlent è peu prà le même langage, et adorent les mêmes dieux; mais ils n'ont suivi qiie de loin la marche progressive des Araucans. Les Puelches sont considérés comme les Araucans de TEst. Les Pehuenchei tirent leur nom du Pehuen ou Pi/?a/, le Pinux araucanus dont nous avons déjà parlé, et qui croit en abondance sur leur territoire. On trouve, d*8illeurs, dans les écrits des vo\;igeurs espagnols, les noms d'une loulc de tribus indiennes qui couvraient le sol chilien à Tépocpiede la conquête; ce sont, entre autres, les Copîapinis, les Coquimbis, h s (Juillotanes , lei» Mapucines, ICsS Proniauques ou Pronijuciens, les Curis, les Cauquis, lus Pea* oones, et autres. C'étaient autant d« peuplades de la nation des Araucans, vivant sur le bord des rivières ou dans les vallées qui |>ortent encore leurs noms: le Copiapo, le Coquinibo, le Quillota, le M^iioco, la contrée à% Penco , etc.
POPILATION liNDIGÈNE. Un 83-
vant statisticien, M. Ad. Balbi , a dit avec raison que les géographes an* glais ou allemands ont singulièrement ex;jgcre le chiffre de la population indépeiidante des deux Amériques. Il ne faut pas perdre de vue que ce qu'on appelle nation nombreuse dans les solitudes du nouvcnu monde n'a qu'une importance relative, et ne se compose souvent que de quelques centaines d'individus. «Les Araucans f dit le même écrivain), que M. Basse! et « d'autres savants géo^^aphes estiment
so
L'UMVËRS.
lie, dans les usqufs aux 1ère. Le Pé-
« encore quatre cent mlUe et même « quatre cent cinquante mille âmes, ne
« comptent que soixante à soixante- « di\ mille individus, selon des rensei- « gnenieuts positifs que nous ont four» « nis des Cliiliens mstruits oui ont « visité cette intéressante peuplade du « nouveau continent. Cette évaluation « s'accorde avec celle qu'ont donnée «des voyageurs français ^ui ont vi- « stté dermèrement le Chili (*). •
HlSTOmE.
Les Tnc4S. Les nremirrrs notions histori(|in's stir lo ciiili ne reniontt nt pas au deià du milieu du quinzième siècle. Pendant que les hommes de Tancien continent se disputaient avec acharnement l i possession de quelques provinces épuisées et ineendiees, des peuples, dont Texislence n*était pas même soupçonnée, étendaient aussi ce prétendu droit de eonfjuéte sur les bords fertiles de l'Orétioi brillantes Pam{)iis , et , cinifs glacées de la Cordi rou était a l'apofiée <Ie sa fzloire. Yupnn(jui, ledixietise Irica , ayant entendu vanter la fertilité des contrées situées au delà de la limite méridionale de ses États, sur le revers oi'cidental des Andes , se ren lit lui-même à Atacaiiin , ville frontière de IVujpire péiusieri, pour V orj^aniser une armée de dix mille nommes, qu*il conlîa à Chinchiruca, son général. Celui -ri, a[)rrs avoir livré aux Copiapinis des combats sanglants qui atiaiblire.nl beaucoup son armée, pénétra enfin dans la vallée de Coquimbo, où il attendit une seconde division de dix mille I.ommes que riiira lui envoyait. Des que ce renfort fut arrivé, Cliimhiruca entra dans le pavs des Quillotanes et des Mapocbos C*). Ces belliqueuses tribus
A. Balbi , Essai sialisfiqne sur le nouveaumonde. — ReTnct'nr)rlojK'diqiie, i8a8, tom. XXX Vin, pag. 3o7 et suivantes.
(•*) Le Qtti//olU cl le Mnpocho, qui ont donne leur nom aux Iiidit'uv établis snrlnirs rives, comme la plupart des fleuves du Chili, oRraicnt peu d*obstacles i rcnvahissesMiit,
de la famille diilîenne résistèrent avec
un cournîie diiine d'un meilleur succès. Vaincues a la (in , elles se soumirent à payer le tribut qu'on e\i^eall d élies, et 'à reconnaître Tupanqui pour leur mattre. Cette conquête importante avait coûté aux Péruviens une année entière et six années de guerre, et rinca n était pas satisfait! Il envoya de nouvelles troupes à son général, avec l'ordre de poiirsinvre sa marche vers le sud. (^Iiinchtruca franchit donc le Hio-iMauie a la tète de vingt mille hommes. Le pays était habité par les Promauques {punimauquas) , nation lîuerrière, plus disposée à mourir qu'à se souniettre.. Allies avec les Peurones , les Antales et les Cauquis, les Promauques livrèrent une sanj^lante bataille aux Péruviens. l a lutte dura, indécise, pendant trois journées cunbecutives, chaque parti cherchant à lasser Topiniâtreté de l'ennemi. Enfin, le quatrième jour, Chini hiruca donna le sii;nal de la retraite , et repassa le Maule pour y attendre les ordres de rinra. Olui-cl lut enjoignit de fortifier les bords de la riv iere, de cultiver |j* pays conquis, de traiter avec paternité les nations soumises, et d'otabtir des relations amicales avec celles qui ne Tétaient pas. Afin d'ùter à ces der* nières tout espoir de le troubler dans la {possession de si s nouvelles acquisitions, il porta a cinquante nulle hommes la force de Tannée d'occupation.
Celte conduite liii r(ussit, et, peu d'années après, les liers Promauques, séduits par le voisinage de cette demicivilisation , reconnurent spontané* ment la suprématie du (ils du Soleil.
].e Hio-Maule devint ainsi la limite méridionale de l'empire des Incas, et, de nos jours, on voit encore, prés de ses rives, quelques traces des fortifications élevées par les Péruviens.
DECOLVEhTB DU Chili. L'an 1520, un Portugais au service d'Bspagne, Hernando Magalbaés ou Magellan , découvrit, entre la Patagonie et la Terre de feu, un passage auquel il
Ils sont toujours gucables cb de certauies
CHILI
imposa son nom.Parvenii dans le grand Océan par cette route nouvelle, il dut être le premier à voir l arcliipel de Chiloé et les cdtes du Chili. Mais ce ne fut qué seize années après, que les Européens mirent le pied sur cette terre que leur insatiable cupidité avait tant eonvoîtée.
Conquête du ChI!.!. La conquête du Pérou fJrvait amener celle du Chili. • Poussé par cette soit' de l'or dont tous ses coiiinatriotes étaient alors haletants, I Espagnol Vasco Nanez de Balboa s'était aventuré dans rintérie'ur du [K»ys de Panama, <î la suite d'un jeune cacique qui lui promettait de le conduire en une terre où le métal, objet de son adoration et de tous ses désirs, était aussi commun que les cailloux sur le bord de la mer et que le sable au fond des rivières. Aucun obstacle ne put arrêter l'avide Espagnol, ni les solitudes, ni les fleuves, ni les gii:antes(iues montaijnes, ni la désertion des Indiens qui lui servaient de guides. Enfin , arrivé sur Pun des sommets de la Cordillère, il aperçoit l'Océan qui se déroule à ses |.ieds, immense et sans horii^on. Son premier mouvement fut de tomber à «zenoux et de rendre grâces à Dieu d'une décou* verte si g'orieusee! si îrnport;iiitc; puis il descend préciprtamment de la (Cordillère , s'avance sur le bord du rivage, entre dans l'eau jusqu'aux genoux , et, tirant son épée, il prend possession de la uit r ilu Sud au nom de son illustre maure, le puissant roi de Castille et de Léon. Balboa termina là son excursion, et revint sur ses pas après avoir reçu de riches tributs que lui apportèrent les caciques voisins; ntaisil avait appris dans ce voyase IVxistence du Pérou, de cette ter re promise que rêvait idors l;i cupidité des conquérants, et, à son retour, il en lit un ncit (|ui excita l'enthousiasme gênerai. Lue expédition fut concertée; rintriguç et la jalousie lui en ravirent le commandement ; bien plus , le nualheureux , accusé de crimes unaginaires, périt sur un échafaud ; tel fut le bon plaisir du roi d'Espagne! Pedro Arias, bourreau et successeur de Balboa » découvrit le pays
qui depuis a été appelé successivement Terre fenne de C Occident ^ Nouvelle- Grenade et Colombie. 11 fut suivi par une foule d'aventuriers, dont aucun ne pénétra au delà. Mais en 1534 , époque où Ton commpn(^ait à reléguer dans le domaine de la fable les brillants récits que Nunez de Balboa avait transmis sur le Pérou, trois habitants obscurs (le Panama conçurent l'espoir de voir t e rêve brillant se réaliser en leur faveur. François Pizarre, d'abord gardien de pourceaux , et plus tard soldat ignoré, Diégo d^Alniagro, enfant de troupe, qui avait autrefois suivi Gonzalve de Cordoue dans les guerres d'Italie, et Ferrtand de Luqùe, prêtre et maître d'école à Panama, mirent en connnun leur mince patrimoine et leur immense ambition. Le détail des revers et des succès de ces trois aventuriers n'appartient pas à cette histoire (*). Nous nous bornerons à dire ici (|ue, réuiu's et solidaires dans les temjis d'adversité, la fortune les désunit. Rouvres ils s'aimaient, riches ils se haïrent. La jalousie, une insatiable cupidité, une aveugle ambition, toutes les passions mauxaise^ que l'éducation n*a pas comprimées, servirent de base aux rapports qu'ils conservèrent. Pua avec l'autre, dans les jours de prospérité. Nous la ssons a un autre histi^rien le soin de flétrir l'infilme conduite de Pizarre à Pétard de Pinfortuné Atahualpa, et de dire conunent cet In« a, jtloin (le aénerosité et de amdrur, se rendant auprès du général espa^inol sur la foi des traités et de ses promfsses, fut lâi*,bement assailli et jeté dans les fers, fXMKl int (|ii'on massacrait ses fidèles Péril viens i i onunent, après sa condamnation, il demanda vainement à être conduit en Espagne pour y être ♦présenté au monarque dont il avnit recontui Kl suzeraineté, et romnient, enlin, après avoir religieusement accompli deux promesses qu'il avait faites à Pizarre |)our obtenir la vie et la liberté, savoir celle de se laire baptiser, et celle de remplir d'or une chambre de vingt-deux pieds de long et seize de
O Voyez raiiloire du Pérou.
LUNIYERS.
large, à la hauteur que peut atteindre un nomme, il fut attaché à un potcou et étrani;Ié(*). A cette époque les chefs espagnols faisaient la guerre en iiéros, et exploitaient la victoire en brigands. Feroand de Luone flit promu à la dignité d*évéque, François Pizarre élevé a celle de capitaine général du Pérou, et Diego de Almagro fut nommé adélantaae, ou gouverneur général d'un territoire qui devait avoir deux cents lieues d'étêndur, (Irptn.s la frontière du Pérou , en reda^cendant vers le sud. Il partit doue pour conquérir ses nou- Teaux États, et mit à cette expédition un empressement d'autant ulus ?rand,
au'ii avait entendu parler du Chili par es naturels qui vantaient la fertilité «I les richesses de cette contrée. Almagro, après avoir pris les mesures que commandait sa position, fit don à ses soldats de cent quatre-vingts chrirçes d'argent et de vingt chari;es d or, a valoir sur leur part du butin qu'ils allnipnt conquérir. Manco, successeur d'AtahuaIna, lui fournit une armée de
Suiiize mille Indiens, et lit même parr son frère Paullo Topa , et un çrand prêtre nommé Viléhoma, pour lui préparer les voies. L'ndclnntjde se fit en outre précéder par son lieutenant Saavédra, à qui il enjoignit de s'arrêter à cent cinquante lieues de Cuzco et d'y fonder une colonie. Cet ordre fut exécuté ponctuellement, et Sa.ivrdra jeta les fondements de la ville de Paria.
Ceci se passait en 1S85. Almagro se mit en route lui-même, arconipagné de cinq cent soixante-dix KspniZTiois, indejMiiidaniineut des Indiens que Tlnra lui avait donnés. Arrivé à 1 upisa , viiic de la province péruvienne de Chicas, il y trouva le grand prêtre Viléhoma, ainsi que Paullo Topa, qin" lui reîtiit quatre- vin^t-dti mille pesos d'or lin, que les nations trilHitaires du Chili en« ToyaieutàTlnc a Ainsi, dans toutes les occasions , les Indiens se montraient aussi généreux que les Espaguois étaient
(*) Toycz Herrera, dec.5, liv. m. — Carrilasso de la Véga, liv. X. — Xérès, liv. I , etc.
(**) Le 9é$o vaut a5 franc».
insatiables. A quelques jotun de là, et
avant son départ de Tupisa, Almagro fut abandonné par le grand prêtre Viléhoma et par un interprète indien , qui emmenèrent avec eux plusieurs d« leurs compatriotes. l(*interprète fut ra* ' pris et écartelé. A lujuy, ville du Tu« cuman, Almagro s'arrAa deux mois, eut quelques deméies avec les naturels du pays , et se décida enfin à s*acliem!« ner vers les montagnes neif^euscs, ou il arriva vers la fin de l'année. T.es fatiizues de cette route dans le désert et l'intempérie de la saison lui tirent perdre une partie de ses gens, avant d*avoir atteint la vallée ûr< Turquoises, la riche province &û Copayapo ou Copiapo. Alors seulement lé Chili fut véritablement découvert par les Espa* gnols.
Diego de Almafiro, lieutenant d*un prince à qui le Micf essenr de saint Pierre, le vic^iire dv Jtsus-Christ, avait octroyé tous les pays découverts OU a découvrir dans le nouveau monde, prit possession de cette terre nouvelle en récitant la formule d'usage, que le pape avait fait rédiger par une commission spéciale de théologiens Ct de juriseonsiiltes (*\ Couvert de ses armes et revêtu des insignes de sa dignité, entouré de se^ lieutenants et des princi|>aux caciques qui étaient venus lui rendre lionunage, il tira son é|R''e, ramassa quelques poignées de terre, et s' écria d'une voix lorle, en s'adressant aux Indiens : • Moi , Diéfo de Aima- «gro, serviteur du très-iiaut et très- « f>!iis^T!it einperetir Charles-Quint , roi "de Ca^Hile cl île Léon, son adelan- « tade et ambassadeur, je vous nolilie « et vous déclare, avec toute Tétendue «des pouvoirs que j'ai reçus, que le « .Srii:nrur notre Dieu, qui est un et «éternel, a crée le ciel et la terre, « amsi qu*un homme et une femme, de « qui sont descendus vous et nous, et « tous les hommes qui ont existé ou
(*) Le pape à qui les rois d'Espagne doivnil wtte étrange cooocMioii eH Alextiidra
T1. \.e pmiiier Espagnol qui ail fait u&age dt> la roriiiiile de prise dé |IOIIgiilTTn Ml Àiuxixu d'OjcUa (x5ui^^.
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CHILI
« qui existeront dans le monde. » Ici radélantadc explique aux Indiens que la générations sucoessiTCS, pendant plus de cinq mille ans, ont été dispersées dans les différentes parties du monde, et se sont divisées en plusieurs royaumes et provinces, attendu qu'ua seul najrs ne pouvait ni les contenir ni leur rournir fa subsistnnrc nécessaire, et que J)iou a remis le soin de tous ses pciijilLS a un homme nommé Picr^'e, qu'il a constitué seigifëur et dief dQ genre humain, afin que tous les hommes, en quelque lieu qu'ils soient nés, ou dans (Quelque religion qu'ils' aient été instruits, lui obéissent. Cet homme et ses successeurs ont été nommés paprs^ ce. qui veut dire admirable, grand, père et tuteur. L'un de ces Dontifes, comme maître du nionde, a fait la concession de la terre ferme et des îles de l'Océan aux rois de Castille ét à leurs successeurs. Ku conséquence, l'adclantade leur enjoint de se reconnaître sujets et vassaux de son propre souTeraiDi et de consentir à ce que les missionnaires leur prévient la f(i!.
« Alors, ajoute-t-il, Sa Majesté, et moi «en son nom, nous vous recevrons « avec amour et bonté, et nous tous « laisserons vous , vos femmes et vos « enfants, ('\<'iiij)ts dr servitude, jouir • de iajjropneie de tous vos biens, de c lu même manière qoê les habitants «des i!(>s; Sa Majesté vous accordera « en outre plusieurs privilégies, exemj)- « tions et récompenses. Mais si vous « refusez ou si vous différez malicieu- « sèment d*obéir à mon injonction, « alors, avrn le serntirs de Dieu, j'en- « trerai par force dans volrc pays, je « vous ferai la guerre la plus cruelle, «je vous soumettrai au joug de l'obéis» «sance envers l*Église et le roi; Je « vous enlèverai vn=; fenmv^s et vos enci fants pour les faire cstlaves et en « disposer selon le bon plaisir de Sa « Majesté; je saisirai tous vos biens, et «je vous ferai tout le mal qui dépen- « drn de moi, comme a di« sujets re- « belles qui refusent de se soumettre à « leur légitime souverain. Je proteste «d'avance que tout le sang qui sera « répandu , et tous les malheurs qui se-
« ront la suite de votre désobéissance, < ne pourront être imputés qu'a vous « seuls et non h 8a Majesté, ni à moi^ « ni à ceux qui servent sous mes or- « dres; c'rst pourquoi , vous avant fait «cette déclaration et réquisition, je « prie le notaire id présent de m'en « donner un oertiflcat dans It foaoê « requise (*). w
I.es habitants de la vallée de Copiapo étaient alors divises eu deux factions.
Leur cacique légitime avait été chassé par un usurpateur, son parent, qui n*avait pu réussir h faire oublier par sa justice et sa bravoure la tache originelie de son autorité, le vaincu errait dans les bois et les montagnes, cherchant à recruter des |)artisans , et à rassembler surtout auprès de lui les mécontents du parti contraire, lorsqu'il entendit parler de Tarrivée des Espa-
§noIs. Ne prenant conseil que de son ésespoir, il courut immédiatement se livrer aux mains de ces étrangers, dont il invooua la générosité et la protection. Almagro fiit assez bon politique pour comprendre tout ce qu'if pouvait y avoir d'avantageux pour lui à mettre ^ur le trône un prince qui lui devraitson autorité, et lui serait entièrement dévoué. 1! arcueillit donc le fugitif avec une bonté paternelle, et, peu de jours après, il le reinstalla à la téte de son neui)le , et fit périr rnsurpateur sur un oâcner. Les Indiens approuvèrent généralement cette action, et proelamèrent que le juste et puissant Almaçro était un envoyé du dieu Vizacocna.
Cette bonne harmonie ne ftit pas de Ion;[rue durée. Trois Fspa^nols qui marchaient isolés f&rent tues a Guasro, et cet événement fournit à l'adélantade le
Ï rétexte de la plus odieuse exécution.
I fit saisir Tulmène et son ftère, ainsi que vin;;t-se|it Indiens pris parmi les guerriers, et les fit brûler vifs. Les lùspagnols eux-mêmes qui obéissaient à Tadélantade furent indignés de cette atrocité; quant aux Inoiens, lli
(*) Herrera, dec x, liv, vn. — Dufey de PTonne), Résumé des révolutions de l'Amérique sséridioiMlfl. Mê, iM » a voi
Jurèrent dès ce moment mie haine implaeaUe à ces barbares étrangm. Al-
magro, poursuivant sa route, arriva à Conconiicagun, résidencedu cacique, et principale bourgade du pays des Copia-
fn n is . Hod r igueOrgones etieondeRada e rejoifïnirent en cv Wcu avec quelques renforts qui portèrent son armée a cinq cent soixante-dix K^pagnols, indépendamment de quinze mille Péruviens
Î|u*il avait amenés avec lui(*). L'adéantade, suivi de toutes ses forrcs, pénétra dans le pays des Promauques, où il essuya un échee sur les bords du Bio^Clâro. Ses soldats, consternés de ce revers, et \mi sotisf.iits de l'.ispect du pays où l'armée (.aiiipait .ilors, le
S ressaient de retourner dans les vallées e Gopîapo, et Tadélantade nottaït indécis entre le désir de venger son affront et la <T;iinte d'éprouver de nouveaux desastres en s'obstinant a ta poursuite d*une chinfière, lorsqu'il reçut Tavis au'une révolte sérieuse venait d'éclater dans le Pérou. Le même messager qui lui apporta cette nouvelle lui remit sa patente de nomination au grade de gouverneur du Chili. Dés ce moment toutes srs incertitudes furent fixées. Sa réi'oiicili.'ition nvec Pizarre n*avait jamais été sim ère, et le moment de 9tt venger de ce rival odieux lui pa* riit arrivé. 11 lève le camp et annonce à ses troupes qu'il va les ramener sous les murs de Cuzco, où les frères de Pizarre se trouvaient assiégés par des forces imposantes. Qnel(|ues mots sur ce qui s'était fiasse au Pérou sont indispensables à rin'elligence des événements que nous avons a raconter.
Manco-Capac régnait alors sous le bon plaisir des Espagnols. Ce jirince se trouvait à Cuzco, anticjoe resuit'jice des Incas, et il y vivait sous la surveillance des trois frères de François Pizarre. Plus d'une fois il avait tenté de s'évader, et n'avait pu y parvenir; cependant les principaux otiiciers de sa cour, fidèles et dévoués à son malheur, le consolaient dans sacapifvitét et lui fournissaient même lëS niovens de correspondre avec les partisans
O Zarate, liv. m, cap.* x et a.
dans tous les ooins de Tempire. Une
consi^ration s*ourdit dans le secret, et réchange des (fuipos (*), langage symbolique et mystérieux, se faisait journellement dans son palais, et presque sous les yeux des Espagnols. François Pizarre, que sa polit»q»ie tenait éloigné de rinca, avait fondé une nouvelle cauitale dans la riche vallée de Lima; c*etatt là qu'il niéditait d'abjurer la fidélité qu'il avait promise à sou souverain, et de se taire reconnaître pour JiLi du soleil et successeur des Incas. En attendant que les riroonstances lui
f ter missent de réaliser ce r^ve, il vouut honorer la fondation de I,iina par une fête splendide qui devait se célébrer aux environs de cette capitale.
Manoo-Capac obtint de Ferdinand Pizarre !a permission (r.issivter à cette solennité, et ce fut le nioinent qu'il clioisit pour mettre ses projets à exécution. A peine était-il sorti de Cuzoo, que les Péruviens se levèrent armés sur tons les [loints de Tempire. Le cri de guerre retentit de montagne en montagne, et trouva partout des échos.
Deuxrânt mille guerriers accoururent se r.incer sons l'étendard de l'Inca , et cette armée formid.ible vint, incontinent, mettre le siège devant Cuzco, pendant qu*une autre division Moquait étroitement la nouvelle capitale du Pérou. Manco-tiapac montra, en cftte circonstance, la hardie.sse d'un chef de parti , la valeur d*un brave soldat et le talent d*un capitaine ex périmente. Convainrti par une funeste expérience de l'infériorité des annes péruviennet», il ht distribuer à une divi.sioii d^éiite les casques, les épérs, les lances, les boucliers ainsi qne les chevaux [iris aux Kspamiols, et luimême, arme dune lance, il s'exerça à combattre à cheval. Cependant les frères de Pizarre, enfermés dans Cuzco avec une poignée d'I^pagnols, soutinrent vigoureusement pendant neuf mois un siège que les ennemis poussaient avec une rare intrépidité. Tel était Pétat des cboaes loia-
(') ^oycz ce que nous avoiu dit de$ quiftos à la pge 16, eol. a.
Digiii^eu by Coo^l
CHILI
que Diego de Alma?;ro quitta le Chili. Ce capitaine prit une nouvelle route ||our rentrer dans le Pérou , celle qui lui fut désignée comme la plus courte, mais la plus périlleuse. Ce ne fut qu après des efforts inouïs que 80D armée put atteindre le sommet des Andes; et là, les plus cruels désastres lui étaient réservés. Le sol était couvert d'une épaisse couche de neiiie, et les routes impraticables. Les ouragans , si terribles dans ces montagnes, se surcidnient avec une opiniîûrelé désespérante, et nul secours n'était à espérer dans ces affreuses solitudes, nul autre que celui de ta Providence, qui, cette ibis, se montra inflexible : Almagro perdit ses chevaux, son battage , deux cents tispagnols et dix mille Indiens, indépendamment de ceux nui eurent les pieds ou les mains gelés.
Cinq mois nprrs , une (lt\ isif>n espagnole, (jui fraiichit ce inèmc p.issaue, retrouva lesuialheureux oui avait ut ainsi suonombé à Texeès du froid. Plusieurs, appuyés contre des rochers, tenaient encore la bride de leurs chevaux. La chair de ces animaux, ditZarale (liv.
III, ch. 1 et était encore assez fraîche pour que les voyageurs pussent en r)iani:er une bonne quantité Arrive devant Cu/.co avec les débris de son armée, Almagro y fut rejoint par plusieurs transfuges du parti des Pî/arre. Ayant ainsi repris de nouvelles forces, il livra bataille aux Péruviens, les vainquit, et mit à son tour
(•) Aiijoiinrhuî les fféons ou pàîros d'oripinc eN|)ai;i»o!p. (|ni seneal oi'<linairoti:eiit de ^iiult'A |i<)iir le pa.%<i<<ge des Aiidtv. , ont su Taincn» à peu prfs loiis le» daitf^rs de ce vovaj;e. Lfiir auditrr vl Ifiir sang- froid eu CCS gruvi'.s cirron.siuuce.s sont vraiiueul iuconrvvaltles. Rie» de pliis «•yrieu» que de les voir desrendre la Cordillère à ta ramasse, c'est-à-dire, sh laissint ^Iis<i< r «nr l.i iuM;;e depuis la cime d'une uioniagtie jiis(|u'a son pied, nm autre prémuiioii (pie celle de s'asseoir sur uut* |>eau de Ixpiif duni ils lieunenl forJenieni l'exlrêMiitc inférieure. Pour ae guider, iU foui UNage de leurs longs bàiuus, et quelquefois d*uu çraiid eouleati quilt enfoncent d-ms la neige durcie quand ib veukal s'orrcier {\oy,j/L 7.)
le siècle devant la villeoù s'enfermaient les trois frères, qu'il força bientôt à se rendre à discrétion. Vaincu à son four, après une alternative de bons et de mauvais sucres, dont le détail appartient à une autre histoire , il tomba au pou?oir de Francis Pizarre, qui le condamna à mort Xe prisonnier fit valoir en vain, nupr^ de son juge, l'ancienne amitié qui les avait unis, les services qu'il avait rendus à la cause commune, et vainement il le conjura, en versant d'abondantes larmes , d'avoir pitié de ses cheveux blancs (il avait alors 75 ans). Ainsi ce vieux soldat qui , dans le cours de sa longue carrière, avait toujours montré une bravoure à toute épreuve, eut peur de la mort, et s'abaissa à n)endier un pardon qui lui fut refusé. Il fut étranglé dans sa prison , et décapité ensuite sur la place publique. Nous avons fait l'éloge de la bravoure d' Almagro; la vérité exige que nous ajoutions que c*était là, à peu près, la seule qualité de cet aventurier féroce, ambitieux et cupide. Il périt au nmis d'avril IÔ3.S, laissant un (ils qu*il avait eue d une Indienne. Il légua sa suceession à ce jeune homme et à remf>ereur (*).
K\ PRniTlON l>F VaI.OIVIA ; FONDA- TIO:>i DE PLUSIEURS VILLES (de IÔ41
à I&&4). Après la mort d*Aln)af;ro, Pizarre songea à adiever, pour son
propre compte, la conquête du (,hi!i; et,. a cet efOt, il jeta les vetix sur un oflicier, nouuiie iMerre de Valdivia, natif de Villeneuve-la-Séréna, en Estramadure, qui avait servi avec honneur en Italie, et qm" vivait alors à Cliarcas, ou il avait un petit commandement. Pizarre lui adjoignit Sandiez <ie Ho/, en qualité de lieutenant, et bn' conlia un corps de cent einqiiante Kspaifnols. On est surpris, en passant eu revue l'histoire de la conquête des deux Amériques, de voir avec quelles misérables forces les Européens se ha- ' sardoieut aux expédilious les plus pé-
(•) Zarafe , loc. cit. — Herrera , dee. v et VI. — Ovalle, liv. IV. — Comara, liv. v,
— Molina. !iv. i, «'tr. — Wardeu, l'Art de véi'iiitir la dates, iii^ farlie, t. XI,
rilleuses dans des contrées inconnues, faériitécs de montagnes , couvertes de
fleuves et de marais, et défendues par des peuplades belliqueuses, lis recrutaient, il est vrai, des auxiliaires, mail <f était paniiî cette race ennemie dei IndigèMS, toujours disposée à les abandonner ou à les trahir. Valdivia emmena avec lui un corps de pltisirurs milliers de Péruviens, indei)etidaiumeut des femmes et des prêtres qui le suivirent pour former une colonie. Cette troupe conduisait aussi avec elle plusieurs animaux domestiques d*Burope. Telle est l'origine de ces grands troupeaux dechevaux , de bwul's etde moutons ([-lî forment .injonrd'hui In principale ricliesse de cette parlic (I«î l'Amérique du Sud. Les Espagnols aimaient assès à les échanger contre des animaux propres au Cliili, surtout contre ceux à précieuse fourrure , tels (pie les mouffettes et les chinchillas C)- Valdivia, résolu à pénétrer aussi avant que possible dans rintérieur du Chili, arriva sur les bords du Kio-Mn[)0('hn, dans une province qui lui parut fertile et |K)puieuse, et la il ji ta les fondemeots d'une Tille qu'il plaça sous Tin- TOCation de saiiit Jacques', ajoutant à ce nom celui de S\lbihi llslmmadiiraf qui lui rappelait sa patrie. Ce dernier est tombé en désuétude, et le nom de Santiago a seul prévalu. Cette ville est aujourd'hui in capitale du Chili; ninis on ne s'explique pas pouripiui, ayant la faculté de choisir remplacement qui convenait le mieux, il a préféré les bords du Mapocho, qui n'est qu'un simple nflluent du Mnypo.
à ceux de ce dernier lleiive, que peu de travaux auraient surti pour rendre navigable depuis son eml)ou( hure jusqu'à la ville. Les premiers fondeujl'tits de Santiago furent posés le 25 février 1541. Les Indiens, cependant, ne cessaient de harceler les travailleurs; chaque Jour les comliats recommençaient, et n^amenaient aucune solution
Nous avons parlé plus haut du chindiilu el de la mcaflSette ou ehinche à Tarticle Zoulugie, nng. 6. Yojet-en k repré- •entaliou à la /mL S.
à ce débat entre le droit de la propriété et celui de la conquête. Valdivia, vou*
lant enfin pousser la guerre avec plus d'ardeur, feignit quelque temps de renoncer au projet d'établir une colonie sur cette terre étrangère; puis, à la faveur de la sécurité qiiecette conduite avait inspirée aux indi:£f'nes, il Gt arrêter leurs prineip.iiix chefs, et les enferma dans la forteresse sous la garde de son lieutenant Alonxo de Monroy. Lui-même, à la téte d'une soixantaine de cavaliers, fit une incursion dans l'intérieur de la province pour observer les mouvements de rennemi; mais celui-ci, trompant sa vigilance, rtMJuit toutes ses forf (>< , rt vint, pendant son absence, ni^.nllir In nouvelle colonie, dont il incendia les maisons, dévasta les champs et arracha les semailles. Les colons se retirèrent dans le fort, déterminés à s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité. Pendant que les Espagnols se battaient sur les couronnements du fort , les chefs indiens que Valdivia avait fait enlever complotèrent de s'évnder; mais une fennue, dont l'histoire a conservé le nom, dona Inez Suarei, voulant pré* venir un événement qui pouvait-avoir la plus f;kheuse influence sur le sort de la colonie, tua ces prisonniers à coups de hache. principale force des assiégée consistait oans leur cavalerie, et celle-ci IfMir rt.iit devenue inutile de,puis f)(ip l(s Indiens avaient pris la précaution de se retrancher derrière des palissades. Monrov, dans une pareilie extrémité , ne vit d'autre ressource que celle d'abandonner le f.n t el d'attirer l'ermemi en rasecaniprtL'nc. Cet expédient lui réussit, et, bientôt ajjrès , Voldivia ayant rejoint la colonie , les r.sj)nL'nols reprirent l'avantage, cl se mirent eu devoir de relever leurs fortifiitatious , et d'aqhever les constructions commencées. Valdivia se Ot nommer ensuite ( 1542) gouverneur de la ville, et, en cette qualité, il lit mettre a mort plusieurs de ses gens qui avaient ourd» un complot dont le but était de ramener les colons ao Pérou. Vers cette même époque, ayant découvert une mine d'or dans la vallée
CHILI
de Quillota, il la 6t exploiter sous la proleetion d*OD fort qu'il éleva dans les environs. T/annéesuivante( 1 ') (3), huit de ses oniciers,sous la direction de Ikionroy, et accompagnés d'une tretitaine de malien, se mireot en route pour Je Pérou, dans Tintention d*ou* vrîr une voie de communication entre les deux pays. Les Copiupinis attaquèrent cette troupe, et tuèrent tout, à Texception de Mouroy et de Pedro Miranda. Ces doux capitaines olitinrent leur grâce par l'intercession d'une Indienne, feinnae de l'ulmènede (^opiapo, à qui ils avaient promis , pour prix de celte faveur, qu'ils apprendraient à son fils Part de monter à cheval. Cette malheureuse mère ne tarda pas à se repentir erueltement de sa générosité; les deux Espagnols poignardèrent leur jeune élève, et se sauvèrent dans le Pérou. Vascn de Castro, gouverneur de Cuzco, informé par ces déserteurs de la détresse des colons de Santiago, leur envoya un détaclirment de cavalrrie sous le comnaandainent de Monroy.
jOe 154SA1560, on ne trouve dans
les historiens espagnols que les détails
f>eu importants de l;i uuerre des Qiiilotanes et des Copiapiuis avec les nouveaux colons : ils. brâlent une frégate que ceux-ci faisaient construire à Teinbourhiire du Kio-Quile, incendi<'nt leurs moissons, tendent des embiu lie.s aux hommes qu'ils assassinent, et aux femmes qu'ils enlèvent, se retirent dans les déserts auand ils sont battus, et reparaissent bientôt avec de nouvelles forces. V'aldivia, de son côté, poursuit ses projets avec une admirarable constance; il fonde à ren)l)()uchure du Coquimbo, par le dv-^ré 55' de latitude, une ville à I.Kjtu nc il donne le nom de celle où il avait reru le jour, la SéréRa,qu*on a depuis appelée indistinctement de ce nom ou de celui de Coquimho. Il soumet les Promauques, qui habitaient au sud de Santiago, et trfMive en eut des alliés oui lui seront toujours fidèles. Aujourd bui la nation des Promnuques est presque entièrement éteinte, et ses rares débris sont encore pour les Araucaus i objet
d*one plus grande haine que les Espagnols eux-mêmes.* Geux-d sont désignés, ainsi que nous Tnvons déj^idit, pnr le nom de huinca, assassins , tandis ^ue les Promauques le sont par 6elui de eubne-hutneaj misiMNe|i assassins. En 1547, les A raucans détruisent la ville de Coquimbo, que les Espagnols , persévérants autant que braves, s'empressent de relever. En cette même ann^, Valdivia f^iit un voyage au Pérou pour y chercher les secours qu'il attendait vainement. Il eut, dans cette occasion, à se disculper auprès du président la uaaca des inculpottons portées contre lui par quelques colons auxquels il avait demandé Tor qu'il avait porté au Pérou. Pendant son absence, son lieutenant, Prancisoo de Villagra, avait eu non-seulement à soutenir contre les Indiens une lutte de tous les moments, mais encore il lui avait fallu étouffer les germes d'une guerre civile. Pédro Sanches de Hos, nommé par une commission royale gouverneur des pays découverts où à dérouvrir au sud dû Pérou , s'était d'abord opposé à ce que Valdivia reçût le même titre. Obligé de céder h la force, il dissimula jus(ni*;i ce qu'une occasion favorable se présentât pour faire valoir ses droits. Cette occasion, il avait cru la trouver dans l'absence de son rival, et avait en conséquence ourdi un conjplot dont l'ol)|et était d'arriver au pouvoir qui lui avait été injustement refusé, et de foire périr le lieutenant François de Villagra. Mais celui-ci, informé à temps de ce qui se tramait, lit arrêter de Uoz et son complice Roméro, et leur fit trancher la tête.
A son refour, Valdivia, dont les forces s'('ta;ent considéralflcinent accrues par les renforts qui lui avaient été accordés, s'occupa sans relâdie à pacifier le pays, et maître désormais de tout le territoire qui avait appartenu aux incas depuis les frontières du Pérou , il fonda des oommanderies qu'il répartit entre ses officiers et ses soldats , s'arrojîeant également le droit de leur donner les naturel^ établis sur leurs propriétés respectives. Jugeant,
enfin , que ie moment était venu d'étendre ses conquêtes vers les contrées
méridionales, où il se flattail de trouver cette profusion de richesses métalliques qu'il nvait jusque - là vainement cherchée dans le nord , il se dirigea vers la province d'A rauco. 1>s Pencones , coalisés avec it-s Indiens des vallées de Tucapel et de ('.omar eas, défendirent bravement leur territoire contre renvahissement des Espagnols; mais leur courage désordonné dut céder au rourase uni à la tactique.
Vaincus, ils se retirèrent chez ies iMolouches, au delà du lleuve Bio-Bio« les exhortant à se joindre à eux pour chasser ces avides étrangers qui menaçaient de se fixer h jnoiais sur ime terre qui ne leur appartenait pas. Et»
en effet, Vahlivia, parvenu dans la ▼olléc (lit fleuve andalien, près de la baie (le |»enco , par 30* W de latitiule , y bâtit une nouvelle ville qu'il appela Omceptkm (f5S0). Les Araucans ou Molouclies, ces fils ainé.s de la famille chilienne , se présentèrent alors pour défendre l'intcLTite du territoire sur lequel la Providence les avait lait naître. Ils étaient au nombre de quatre mille, et obéissaient à un c^iciqne ou toquî , nonnné ^ïUnrllu. I.'.iir dcterniiné de ces guerriers, leur physionuinie souihre et féroce , leurs cris , leurs armes nou- Telles pour les Kspaunols , leur nombre enfin, tout contrihunit à donner aux soldats de Vahlivia une juste défiance sur l'issue de leur entreprise. Cependant, après une mêlée sanglante et loniitetnps donlense, dans laquelle Aillavilu fui tué d'un coup do feti , les EsiKi^nols demeurèrent maîtres du eliainp de bataille. Mais les Molouches revinrent hientdt à la charue sous la conduite d'un nouveau to']ui , l.'tncoyan. à qui sa stature colossale et sa forfanterie avaient acquis une réputation de bravoure: mais dans le fond, c'était un lioninic timide <el irrésolu, plus fait poiir obéir que pour commander. Il amenait avec lui des renforts sî considérables, que les Es« pagnols ( lïr iM s SI- retirèrent précipitamment derrière leurs forlificati(>ns.
Liucoyau n'eut pas le courage de les y
attaouer ; il ramena ses troupes dans IMnterieur du pays où elles se dispersèrent. Les Espagnols s'attendaient si
peu à une délivrance aiivsi nrompte,
aue, dans le transport de leur joie, s en attribuèrent Thonneur à saîot Jacques. D.ins ce temps-là on était dévot et batailleur, et le peuple espagnol plus que les autres; il ne manqua j)as de gens, dans cette armée, qui afiirmèrent avoir vu saint Jacques nionté sur un cheval blanc, chargeant les ennemis et les mettant en fuite. Cependant les Indiens ne s'étaient pas éloignés à la manière de gens qui fuient, mats en bon ordre et lentement , comme de,s iruerriers qui , ne vovant pitis l'ennemi devant eux, rentrent dans leurs foyers, où les travaux de l'agriculture et'les besoins de la subsistance réclament leur présence. Valdivia put enfin sortir de ses retratichenients et continuer les opérations de la camp<içne quMI avait projetée, grâce aim renforts que lui envoya le vice -roi du Pérou.
.T<Ton{mo de Aldérete, François de \ illagran et Martin de Averjdano lui amenèrent successivenjent environ cinq cents hommes de cavalerie. Cette arme faisait alors la princip.de force des conquérants ; les indigènes qui , depuis , sont devenus de si habiles écuyers, man<)itaient encore de chevaux, et n'étaient pas aguerris contre cette manière de combattre, dooi la rapidité et le fracas leur inspiraient tant d'effroi.
Les Molouches et la nation des Cunelies b.iltns en diverses reneontre.s, ^a!di\ia \)u\ croire que l'Araucanie entière allait se soumettre a ses armes. Ayant franchi les LIanos qui sVtendént an sud de la province d*Aranco, il s'arrêta nu connuent des rivières Caiiten et l)au»as, par le SH" deiire 12' de latitiule , et y bâtit , à trois lieues de distance de la mer, une ville qu'il dédia à remnereur; nous saurons buMitôt que les (lestinées de la \ illa-lnipériale repondirent mal au puis.sant jiatronaee de Charles -Quint. Valdivia espérait sans doute, en multipliant le nombre de^ villes e^pnLnvtes . affermir Ja possession des provinces qu'il avait
envahies, car nous allons le voir m fonder trois encore ; mais l'événement a prouvé, depuis, au'en disséminant ainsi les forces dont il pouvait disposer, au lieu de les réunir en faisceau, il commettait t:ne faiito îirîivc dont 1rs conscfiiicnceiicJi'vaient lui ètretunesles. A soixante-cinq lieues au sud de la Conception , sur une péninsule formée par l'embouchure d'une jir.inde rivière de la vallée de GuadallaHoiicii , Valdivia jeta les fondements u une ville à laquelle il donna son nom ; il en fit de même pour la rivière qui baignait cette nouvelle colonie T.a rade de Valdivia est une des pins sures et des pins étendues de tout le littoral. A peine les premières constructions étaientelles achevées, que le iioiiveroetir en- "X'ovn JéKune de Aldérete nN'<!iiiiiiitre l'intérieur du pays, en remontant le Bro-Valdiiia. Arrivé au pied des montagnes neifieuses, Aldercle découvrit iiiif vallée où les courants d'eau eharri lient des pa celles d'or, et ayant fait cvplorer les environs , il y trouva plusieurs mines du même métal , circonstnnecs (jiii le détenuitioreut à s'arrêter en ee lieu pour y fonder une colonie qu'il nomma la \ille-Uicbe, Villarica.
Il était alom par le 39*" degré »' de latilude, à quatre lieues des Andes et à dix-huit d'Impériale , sur le bord du grand lac de Tauquen Knlin une nouvelle cité, celle de la Frontera, aussi appelée par quelques historiens Villeneuve des Infants ( / lllanupra de /os Infantes) , fut construite par les soins de V aldivia , à seize lieues de Santiago, dans la vallée d' A n^ol , abondante en mines d'or (I ')52). Ainsi , dans l'espace de dix ans, nous venons de voir le même capitaine élever successivement sept villes, savoir : Santiago de la Nuéva Estramadura, destinée à être la capitale des possessions espntnoles; la Séréna ou (/jquinibo, (|ui devait assurer une libre communication entre le Chili et le Pérou ; la Conception ou Penco, Impérble, Valdi-
Cette ville, cl nous l'avons déjà dit, D*exute plus, bieo que les cartographes en fusent toujours mention.