I. L'OCÉAN ARCTIQUE
Boréal , en réalité , par rapport à l'universalité du iilobe , ce premier Océan a le pôle arctique pour centre.
Les côtes de TAmériquedu KonI et de TAsie , tournées du côté de ce pôle, celles (le 1 1 cosse, de la Norvège et de la Kus.sie,en sont les rivages; le détroit de Behring d'un coté, etl'ouverture qui s'étend entre la terre du Labrador et la presqu'île Scandinave de l'autre , en sont les canaux de conmiunication avec le reste des régions océanes. Le G roenland , les terres récemment explorées sous les noms de Melvil , de Nouvelle- Géorgie, du prince Guillaume, de Cumberland, etc., entre la baie d'Uudson et celle oe Davis , qu'on sait aujourd'hui être un d<!troit, le Spit/.berg , la Nouvelle - Z( inble , r.irchipcl a|)p( Ié Kouvelle-Siberie, avec les trrres nouvellement decouvcrtcii vers sou pro-
longement occidental , l'Islande et même le groupe de Ferroer , y sont les tristes Iles où nous conduirons
bientôt le lecteur. IVs amas éternels d'eau congelée en occupent le milieu comme une terre fcnne désolée, inféconde, silencieuse, éblouissante aux rayons de jours de plusieurs mois, auxquels suaedent des nuits no?i moins longuet», mais quelquefois tout a coup illuminées par le fantastique édat des aurores boréales. Des montantes de glnrps se détachant de temps à autre d*! ce continent muet, s'en vont llotter jusque sur les conOns des Mers tempérées, où leur apparition est annoncée nu loin par le froid poignant qui en cmaue, et qui, au canir d'un été où le soleil se couche à peine , peut frapper de mort les récoltes des <»te8 sur lesquefles on en voit quelquefois échouer. De grands cétacés et autres mammifères aquatiques sont les énormes habitants de ces pars^es sujets à mille variations atmosphériques , produites par des dégels ou des rt doublements de froid subits; lesiles de glaces lloitantes y servent d'asile à cet ours blanc du nord, oélèfare par sa férocité, et qu'elles transportent parfois a de grandes distances. On n'y voit point se balancer mollement, a travers les ondes, de ces animaux rar diaires ou méduses de grand volume, diaprés des plus suaves couleurs et si brillamment lumineuses; ce sont de petites espèces , sans éclat, qui remplacent les élégantes créatures des mecs chaudes ; elles s'y inultiplient, au point d ep lissir la ma^.sc ili s eaux, j)Our 6er\ ir de nourriture au\ baleines. Le peu de coquilles qu'on trouve ddns ces limds parages sont également tristes et privées des teintes vives , ou de ce nacre chang<3ant dont elle^ s'embellissent •ous les heureux climats des tropiques* Les passons aussi s'y montrent tef> nés ; ce sont des L:ades , des dupes ou harengs , des chimères et quelques autres espèces sans beauté, entre lesquelles on ne rencontre point de ces lialistes bizarrement conformées , de l es s |naini)iîjMMi('s sj^h-mlides , de ces ciicluduii:> cuiia:)dc;> ou de lubrc^
DES ILES DE L'OC^^AN
peints aux mille couleurs tout resplendissants de l'éclat des pierres précieuses. Pour les oiseaux, ils sont disgracieux autant par leurs allures que par leur plumage : un ^rand nombre ap|)articnt au genre épais des canards, et presque tous sont oblii^és de fuir vers des climats moins durs pendant la longueur d'un insup|)ortable hiver. Ces côtes o»i les goUes demeurent encombrés de
glaçons, et d'où Ton peut apercevoir à e grandes distances la mer gelée durant presque toute l'aimée, supportent une végétation particulière, avec des animaux terrestres sul)ordonnés à la naturpde cette végétation qui les substanteà peine; les arbres, d'espèces pteu variées, y sont épars et clair-scmés, presque tous nains ou rabougris, taudis que les bydropbytes, ou plantes des eaux, y sont, ainsi que nous l'avons dit plus haut, gigantesques dans leurs genres resnectifs. Il n'y existe point de véritables forêts, les pins, les bouleaux ou les genévriers qu'on y voit formant bien plus des buissons que des bois. Des lichens cénomyces y couvrent les landes dont se couronnent des sauvages monticules sans cesse battus des vents. Les sphaignes molles et autres mousses y préparent, en se superposant de s<'uson en saison, les épaisses tourbières dont s'encombrent les vallons abandonnés.
Les végétaux aromatiques, ornés de brillantes lleurs, n'y sauraient parer un sol ingrat, dont la'bqie de l'airelle est le fruit le moins acerlw; aucun papillon ne s'y joue autour du peu de corolles p^îlês et sans parfum, qui s'épanouissent comme à regret à travers un feuillage parcimonieux. Les rennes, parmi les ruminants, divers renards et autres espèces du genre chien , des martes, quelques rongeurs, le glouton, qui donne la chasse aux rennes encore tourmentés pr des œ.stres, sorte de mouches féroces, sont les mammifères terrestres qu'y apprivoisent les lionmies, ou ceux auxquels on fait une guerre active pour s en prociircr les fourrures ; et ces hommes mêmes appartiennent à l'une dvs espèces ou roce^ ie^ moius favorisées de leur
genre. Ce sont des llyperboréens hideux et grossiers , attachés à leur sauvage p^ttrie au point de ne s*en jamais éloigner , dont la péchc alimente la misérable existence , dont le vin n'égaie jamais les taciturnes et malpropres repas, où l'ivresse d'une cervoise amère et du suc de champignons fermentés (*) apporte sejile quelque variété au plaisn* de boire de l'huile rance de baleine et de manger du poisson pourri dans une tanière enfumée. Sous le nom de Lapons et de Samoyèdes, cette sixième espèce, ai-je dit dans mon Essai sur V Homme (**} , habite, en Europe et en Asie autour du cercle polaire Arctique, la partie la plus septentrionale de la presqu'île Scandinave et de la Russie ; se prolongeant parallèlement à la côte mgrate du nord de l'ancien monde , les Ostioks, les Tonguses et les Jackoutes, tribus peu connues des rives de la Léna, les Jukagires, les Tchoudis , les Kouraiques et quelques hordes de Kamtchadales en font probablement partie : ces dernières peuplades, après s'être mêlées à des hordes scythicpies , ayant pu aisément traverser le détroit de Behring et se rendre dans les îles Aleutiennes , se sont propagées dans cette contrée de l'Amérique septentrionale , sur laquelle l'empereur de toutes les Russies prétend avoir des droits , parce qu'il s'est trouvé dans son conseil quelqu'un qui la lui a dite habitée par la même espèce d'hommes difformes dont la presque totalité dépend, sur l'ancien monde, do ses volontés absolues. Le long de ces rives malheureuses , l'espèce hyperboréenne descendit jusque dans l'île de Nootka, vers le SO" degré ; ce parallèle est à peu près celui où elle parvint le plus méridionalement dans le nouveau monde, puisque sur sa rive opposée on retrouve a la même lati-
(•) j4^ariciu acris. l. Les Kam&chaJales pariitulierrnu'nl, qui nomment ce rhampi- };non ninclwmor, hoivrnt qtielqtiofois de la lii|iif>iir sUi|)(-riante qu'ils eu oblienueat, jusqu'à SI" tuiT. " »
(••) L'IIoMMK Uomo. -x vol. in-i8, 1817,
tude des Hyperboréens vers la pointe nord de Terre-Neuve, avec leurs mêmes traits et leurs jnémes habitudes. Ce sont eux enoore qui, sous le nom d'Fsqnimnux , habitent la terre du Labrador, au nurd-est du Canada, et qu*on retrouve toujours sous le même cercle polaire, au nord-ouest de la baie d'Hudson, et près de ce point de la mer glaciale ou pénétra iiearne chez les Imliens cuivres. Ce sont eux enfin
?ul, avant probablement abandonné Islande , avant que des colonies de In race germanique la vinssent oœui)€r ▼ers le onzième siède, se sont établis sur la côte voisine aux approches du 80* déféré, c'est-à-dire sous le ciel le plus dut- et sur le sol le plus avare
Su'il soit possible, de concevoir, climat Igooreux où très-peu d'arbres peuvent résister aux tempêtes et à l'obscurité des lon^;ues nuits d'hiver, ou la verdure de quelques mousses et d'un petit nonibre de plantes amoindries est la seule qui puisse diaprer de lugubres rochers, quand In nei^re ne cache pas cette pauvre parure pour la protéger contre un froid à l'âpreté immédiate duquel rien ne saurait résister, climat enfînoù le rugissement des aquilons déchaînés, c/>nt()ndu avec le mugissement des vfigues brisantes, se nièle encore à Tépouvantable craquement des amas de glace qui se feiuient, se heurtent et s'écroulent en faisant retentir les sauvages échos de l'éblouissante solitiide de bruits perdus, d*un genre inconnu au reste de Tunivers.
Les Hyperboréens sont de petite stature; quatre pieds et demi constituent pour eux la taille moyenne; un individu de cinq pieds v passerait pour un homme fort granrf : i!s sont trapus, quoique maigres; leurs jnnihes sont courtes» et passableuieut droites, mais quelquefois si grosses qu'on les croirait enflées et malades. Leur téte ronde est d'une dimension démesurée ; leur visage, très-large et court, est plat . surtout vers le front; leur nez est écrasé, sans être pourtant d*nne trop grande largeur ; les pommettes sont élevées et les paupières retirées ven tes tempes \ la prunelle do l'ceil
est d'un jaune-brun , et Jamais bleue on cendrée ; la bouche est grande, gar- . nie de dents verticales , commonément
écartées; leurs cheveux sont plats, noirs , durs et naturf llement gras ; la barbe est formée de poils rares. Les hommes ont la voix grêle , à peu près comme celfe des Éthiopiens. J>es femmes sont hideuses; et c'est jcut-étrc dans le dessein d'en améliorer la progéniture que leurs maris en otTrent la jouissance à tout étranger que le hasard on la curiosité conduit dans leur triste séjour; elles sont, comparativement, plus musclées et & peu près de la même taille que les hommes; leurs mamelles, molles et pendantes, en forme de noire dès les premiers temps de leur développement , deviennent si longues , comme chez les négresses, qu'elles peuvent ^tre iotées par-dessus les épaules pour allaitf^r dts enfants, (jue la mère porte ordinairement sur son dos; le mamelon est grand , long , rugueux et noir comme du charbon. La nuÛlité se déclare tard chez ces repoussantes créatures , et se manifeste si faiblement, que certains auteurs ont affirmé que les Hyperlioréennes n'étaient pas sujettes au flux menstruel , re qui. n'est pas croyable. Absolument glabres, excepté sur la tète, elle^ accouchent avec une extrême facilité : ce qui tient à une grande dilatation de certaines voies. Quoi qu'il en soit, les deux sexes, plus basanés que ne le sont les peuples du reste de PEurooe et de l'Asie centrale, plus foncés même qu'aucun des autres Américains , sont d'aut mt
{>lus noirs qu'on s'élève davantage vers e nord ; preuve de plus que ce n^est point, comme on a l'habitude de lecroire, l'ardeur dusoleilqui fait les «Sèîîres dans certaines réîîions intertropirales.
Il n'est pas rare de trouver dci^ (Esquimaux , des Groenlandais et des Samoyèdes par le 70"deî:ré, qui, plus fonces en couleur que les Ilottentots , placés à Textremité opposée du vieux continent, soient prévue aussi noirs que le sont les JolofSi ou les Gafres de 1 équateur.
L'arc et la flèclie, l'arbalète et le iav^ot sont les armes qu'emploient (es
. ... ...... ^le
DES ILES DE L'OCÉAIf.
Ilyperboréerisbirn [iliis dans leurs cbasses que dans les roinhnts. Inli;ihiles à la guerre, on n*a jamais oui dire qu'ils aient disputé, à qui que ce soH , la possession du moindre coin de terre.
Ils n'ont ni religion ni culte, et cej>endant ils vivent eu paix avec leurs aemUables ; quelques pratiques superstitieuses, sans liaison ni rappoHs entre elles, et arbitr.iirpinent établies dans leurs diverses tribus, en tiennent lieu. Rarement malades , comme la plupart (It s brutes, privilégiées à cet égard, ils arrivent à la inortdnnsun ;1ge assez avancé sans passer p:ir la déi répitude. La cécité acconipai;ne ordinairenient leur courte Tieillêsse. Ils se vêtent de fourrures, de la tetr aux pieds; selon la contrée qu'ils habitent, ils ont attaché le diien à leur sort, soit en Tattelant à-leurs traîneaux, soit en rassociant aux travaux de la pèche, ou bien ils ont, ainsi que nous Pavons exposé plus haul,asservi le renne {Cermts tarandusy L.), qui leur fournît son lait, sa chair et sa peau; ils ne connaissent L' ]fTe d'autres doniestiqiiPS {\oy. pl 5). i';istenrs de ces rennes, compagnons de leurs chiens, ou pécheurs, ils ont, dans tout le pourtour de TOééan avetîqne, perfectionné les moyens de multiplier leurs animaux famdiers et de prendre les habitants des eaux ; ils préfèrent la paisse quelconque h toàte autre nourriture, et se délectant de l'huile qu'ils en expriment, ils boiveht toute celle que ne consomment point leurs lampies durant les longues nuits. Outre la chair des bétes sauvages qu'ils tuent à la chasse, ceile de leurs chiens, dont ils soumettent le plus grand nombre à la castration, et (le leurs rennes, qu*ils préparent en la fiimniit, ils mancrent neaucoup de })oisson séché. Ils f;il)i iquent avec les arêtes, torréfiées et broyées, mêlées h diverses espèces de lichens, à Técorce dtt jeunes bouleaux ou bien à celle des pi lis qu'ils réduisent en far i ne t;rossière, une laçon de pain massif, de vrai bonbemicle à h westphalienne, dont aucun autre estomac que le leur ne saurait sup-
Ijorterla charge. Ils n'emploient j^uère e sel, si recliercbé des li^uropéens et
des hommr?; rîc l' Afrique. Les liqueurs fortes et alcooliques sont peu de leur goiU : c'est en quoi ils diffèrent essentiellement de ces Cmadiens et autres indigènes de l'Amérique du iVord,dont l'eau-de-vie détruit annuellement un si grand nombre; ils préfèrent, à tmh autre boisson , Feau dans bgaelle on a fait infuser des baies de |i[enie?re. Ils ne bâtissent ni villes, ni villages; et ne vivant pas, à proprement parler, en société, leurs rares bourgades se composent de ({ih hjues huttes à demi souterraines , dans chacune desquelles s'entassent , enfumés et confondus avec les animaux apprivoisés, tous les membres souvent polygames d'une même famille, où nul ne se doute même de la signilicatif^n du mot pudeur. Du reste, l'espèce hyperboréenne, qui n est point ftroce et inhospitalière, est, après' la bottejitote, la plus laide et la plus sale de la terre; elle contracte par sa malpropreté une puanteur insupportable.
Tous les Hvpeiboréens , habitants des rivages , font usage dans leur navigation d'un genre de bateau qui causa l'admiration des plus habiles marins de TEurope quand ceux-ci les virent pour In première fois. Ces bateaux transforment, pour ainsi dire, en amphibies ceux qui les montent, ou plutôt qui s*y enferment : oe sont des espèces de caisses construites avec de légers branchages, pointues aux deux extrémités, longues d'une douzaine de pieds , et d*un pied et demi de larçe : on les revêt d*one d^pouiUe de chfen marin ou phoque , comme une malle se recouvre chez nous en peau sécliée ; un seul trou rond , environné d'un cerceau de bois, est réservé au milieu et en-dessits ; c'est par là que le nautonnier s'introduit et s'asseoit dans la nacelle; une sorte de tablier, qui au moyen &ë courroies se fixe au cerceau de l'orifice et tout autour du corps, ne permet point à l'eau de s'introduire dans la capacité de l'embarcation qui, ne pouvant sombrer, se dirige sûrement, à travers les brisants lés plus furieux, au moyen d'une rame à deux pelles
Digitizùu by C(.)0^1e
L'UNÏVBRS»
avec laquelle on frappe Teau alteroati- Tement à droite et a gauche.
Plus vaste que les autres Océ.'ms , celui-ci embrasse une bien plus grande étendue danis les régions australies que rOcéan arctique, (jui lui est pour ainsi dire antipode, n'en occupe au pourfour du pôle boréal. On recyiuiuit plus qu'ailleun, sur ses limites, comoien il est ftuz que les cercles de la sphère circonscriventdes climats naturels, car entre ies méridiens du cap de Bonne- fcLspéran- Mfltdelatenre deKerguélen,rinfluen- €• glaciale de cette Vler se fait ressentir jusqu'en (lehorsdu 50' degré de latitude sud, où flottent des montaiines d'eau congelée, semblables a celles qui , dans notre hémisphèra, ne descendent guère au-dessous (lu fiO" (Ici^ré nord , tandis
3 ne d'un autre côté, au sud desTerres e feu , les glaces fterneiles s arrêtent vers le Scbenand méridional et terre de Sandwich, c'est-à-dire dans une latitude correspondante ?i celle où les mêmes phénomènes s'observent vers les limites de l'Océan arctique. INul ecmtiiient n'est baigné par l'Océan antarctique, vers lequel se projettent néanmoins, mais sansy attemdre, toutes ies pointes méridionales de la terre liabitaUe. Ainsi, Teitréinité de 1* Afrique , les côtes de l'Australie y comprises, celles de la terre de Leuwin Jusqu'aux antipodes de Paris et l'éperon magel* bai^ue de TAïuérique méridionale, aont exposées à son austère influence sans que ses vagues en viennent immédiatement battre les rivages.
Le grand archipel , qui forme le
1)rolongeinentsi mal connu du midi de a Patagonie, les Malouines, dont les habitants de Saint-.Malo (lisi)utent la découverte aux Anglais, l'iie Saint- Pierre, trouvée en 167fi par Larodie, revuè cent ans plus tard j)ar le capitaine ('ook qui , la débaptisant , la nomma Géorgie ouXbulé australe, et h» Nouvelles^ndwich, par le 59* de-
§ré, S(mt sur ses limites aux oonGns e rOcian atlantique , par le sud du nouveau monde. Les iles Crouzet, récenimeat reconuues par des baleiniers
français, la terre de la Désolation , ou de Kerguélen, avec quelques autres rochers inhabitables du mfine parallèle,y occupent une position semblable par rapport a l'Océan indien. La terre désertede laTrinité, avec l'archipel à peu près contigu de la Nouvelle Shetland, sont, par le 80* degré de louf^itude occidentale de Paris, et vers le (i2' de latitude méridionale, les seules contrées v qui puissent être considérées eomme lui étant propres et sur lesquelles 00 ait pu aborder, tant les glaces se prolon-
ijent et rendent la navigation périleuse dans ces Mers.
Tontes ces terres se ressemblent, en ce qu'elles sont formées de rochers qui nulle part ne se recouvrent de forets. Les arbres y manquent entièrement; quelques buissons et un très -petit nombre de jilnntcs herbacées en forment la parure phanérogame, mais la Ilore cryptogame s*y montre plus prodigue. lîes mousses el les lichens y croissent en couches serrées, qui préparent à la surface du sol un lit épais de tQurhe , dans laquelle on enfonce souvent jusqu^à la moitié du corps; ces mousses donnent aux partics du pays où les pierres ne se montrent pas à nu , un aspect verdoyant lors(iue la ntige ne les recouvre pas en entier. Pendant Tété, où la température ne s'adoucit que durant peu d'instants, cette neige, ent'ondiUit, wrme beaucoup de lacs dont l'eau trèslimpide ne nourrit ni poissons, ni larves, ni même de conferves, tanteliedemeure froide. Aucun mammifère, aucun oiseau, aucun insecte n'anime ces points déshérités du globe , dont les cotes , presque continuellement fatiguées par les tempêtes , sont généralement composées de falaises à pic et déchirées par une multitude de golfes et de ixiie« servant de refuge à quelques cétacés égarés. Trop peu de points y peuvent supporter la vé^ctation marine nécessaire a la nourriture d'autres créatures vivantes, pour que ces lieux puissent être la patrie de beaucoup d^espices appartenant au règne animal.
Vers quelques-uns de ces affreux parages, les grandes haleines vienueut
DES ILES
cependant établir leur domicile pour se nourrir d'im frêle crustacé presque microscopiquç et de l'ordre des bnmchidpodesqui , s'v développant en prodigieuse quantité, y représente, par son abondance, ces bancs de petits mollusques que nous avons vus dans rOcéan antarctiqueépaissir les Ilots et servir aussi de pdture aux cétacés. Le crustac^ des mers australes, qu'on a quelquefois observé sur les côtes du Brésil, n'a guère
3ue deux lignes de long; sa couleur est 'un beau rouge : il sautille à la surface de l'eau, nu'il fait paraître en ébullition et qu'il colore au |)oint qu'on la croirait ensanglantée à une très-grande distance. Les longues bandes rouges qui sillonnent la .Mer antarctique de tout cùté, proviennent des myriades pressées .de ces petites bètes, dont la nuantité sembledemeurer toujours la même, quoique la consonnnation qu'en font leurs ennemis affamés soit immense. Lorsque la saison qui favorise leur développement cesse, les baleines s'éloignent, et ne reviennent qu'à l'époque où, l'année suivante, la multiplication de leur proie doit foisonner aux mêmes lieux.
liJn continent énorme de glace et de neige, dont les bords, se brisant durant la debàde oco*^sionée par la présence (l'un soleil de six mois, deviennent des montagnes vagabondes, expose à l'influence du pôle austral sa surface resplendissaiiteet frappéede mort. Cependant quelques grands phoques et des morses y sont, connue les ours blancs de l'Océan arctique, les habitants des glai^ons errants, tandis que des manchots et des pingouins y représentent les nombreux essaims de canards du nord ; mais comme il n'existe guère de rivages sur lesquels de tels oiseaux éprouvent la nécessité de se transporter alternativement, que tout demeure monotone et stérile autour d'une étendue sans plantes et presque sans poissons, les manchots, à demi-poissons eux-mêmes, n'avant pas besoin d'ailes pour ejïtreprcndre de longues migrations, la nature économe ne leur en a point donné; ils n'en possèdent que des rudiments.
De hardis navigateurs ont essayé