E L'OCÉAN
de trouver quel(jues c^ps d'un continent austral qu'on prétendait être pareil aux nôtres et devoir exister sous le pôle sud, pour y contre-balancer le poidsdes terres de l'hémisphère boréal.
Rien n'a pu servir à étaver ce bizarre système; et lorsqu'on filt parvenu, à travers mille périls, àdécouvrirenfm ce prétendu continent antarctique, dont BufTon voulait soutenir la nécessité, de quelle utilité réelle edt été cette rencontre? Quelles colonies d'Esquimaux ou de Lapons eussent voulu faire l'échange des frimas accoutumés de leur nord j)Ourdes frimas méridionaux non moins îipres ? Là , comice sous le cercle |)olaire arctique, le navigateur, morfondu à travers les vajieurs ou les brouillards qui s'élèvent de la surface de l'Océan , et les nuages pressés dont le ciel est sans cesse obscurci, sent sa propre transpiration se congeler dans I épaisseur de ses vêtements; son haleine sort
de sa bouche connue la fumée d'une fournaise ; une humidité, qui se résout dans l'air en poussière de neige, lui annonce l'approche deces immenses massesd'eau consolidée, llottantes sur les eaux demeurées liquides, au gré de courants prêts à se congeler eux-mêmes.
Ces amas solidifiés, qu'on a comparés à des îles, n'en ont cependant ni les formes ni l'aspect ; leur couleur est verdàtre, avec des reflets d'aigue-marine dans leurs cassures , et des pointes blanches sur toutes leurs aspérités. Leur mouvement est lent et balancé. Les parties que l'eiiu en cache sont aussi considérables que celles qui s'élèvent audessus de la ligne de flottaison , de sorte qu'on n'en aperçoit jamais qu'une njoitié à peu près; leurs bords sont coupés brusauement , et présentent l'aspect de falaises d'un cristal bleuâtre iwrsemées de saphirs et presf|ue toujours surplombées; on n'aperçoit rien à leur pied qui ressemble à une plage ou même à une rive ; la Mer, qui demeure liquide, avant, par cela même que les glaces y lloltent, une température plus élevée qu'elles, les faisant fondre par les parties plongeantes, il arrive que les cimes s'en trouvent bientôt plus lourdes que lu base, et des ren-
rUNlVEKS
versements en résultent dès que l'é-
Juiiibre est rompu. Noiis avons reprouit dans notre planche 6 la vue de pa* reîllcs îlos [)rètes h rli n irer. De telles culbutes ne produisent pas moins que le choc de deux niasses qui se rencontrent, oa que les éboulementa et les avalanches qui ont lieu tout autour des îles de gbre, des effets formidables dont ra|)prehension éloigne les vaisseaux; aussi les régions antarctiques , oîk nul avantage ne saurait balancer le' dangerquV courraient lesnavigatcurSi demeurent-elles inl'réqu entées.
m. OCftAN ATUKTIQVB.
Celui-ci sépare l'ancien monde du nouveau, en baignant les eûtes occidentales du premier et les oMes orientales du second.
Il est borné ati nord par l'Océan arctioue , dans la ligne que nous avons étaMtie précédemment (voy. page 16), et qui serait tirée de la terre du Labrador à la presqu'île Scandinave, en passant vers le nord des Hébrides et de rÉcosse ; au midi, l'Océan antarctique se confond avec lui, ensuivant une autre ligne oblique , que nous avons également indiquée, et qui, des terres magellaniques , passe pour arriver an banc des Aiguilles, vers le sud du cap de Bonne- Kspéranrc, par les Malouines. f'équateur le partajze en deux parties à peu près égales; de sorte ^u*on le peut subdiviser en boréal., Situé au dehors du tropique du Cancer, ('rfiii?inrial , entre les deux lignes solsticiales , et méridional, eh-delà du tropique du Capricorne. Les fies de la première subdivision sont Terre-Netive nvec Saint- Pierre et Miquelon , les Bermudes , les Iles britanniques avec les autres îles de nos odtes, les Aoores, Madère et les Canaries. Celles de la partie équinoxiaie sont l'archipel du cap Vert, l'Ascension, Sainte-Hélène, Martin- Vas, Sainte-Catherine do Brésil, d'un côté, Annobon, l'île du Prince et Saint-Thomas de Tniitre, ;ivef quelques rochers clair-senics d.ins le golfe de Guinée. Le petit arciupel de Tristan
d'Acuiia est le seul qui méritera de nous arrêter un instant à son tour, dans la portion méridionale.
Les vents, dans la partie boréale de rOcéandont il est question , suivent généralement la direction du nord-ouest et de l*ouest. Dans la région équatoriale de l'Afrique existe un grand espace où la .Mer est condamnée n subir des calmes brdiants, effroi des navigateurs, capables d*encliatner entre 'un ciel de feu et une mer morte , cotdeur de plomb ou semblable à de l'huile {*] , tout imprudent qui penserait que pour arri\'er d'Europe au cap de Bonne- Espérance la ligne la plus droite doit être la nlus courte. Il faut, pour se rendre ae nos ports à l'extrénn'té de l'Afrique, avec la certitude de ne pas perdre un , deux et même trois mois de traversée dans cette région des calmes plats , s'avancer le plus possible dans l'ouest , et reconnaître même la pointe que prolonge vers le rentrant de faiicien monde, le saillant de TAmérique méridionale.
C'est dans la moitié septentrionale de l'Océan atlantique que s'observe le Gul/'Stream , courant puissant , dont la marche est aujourd'hui aussi exactement (féterminee sur nos cartes marines que le peut être sur une carte géographique le cours des fleuves les mieux connus. Il parcourt un cercle irrégulier immense de trois mille lieues environ , en trois ans et dix ou onze mois {**). Des Canaries, le long desquelles le Gulf-Stream tSlt»
culé à partir des eûtes d'Kspagne , il pourrait conduire eu treize mois aux cotes de Caracas; il met ensuite dix mois à faire le tour du golfe du Mexique, d'où il se jette, pour ainsi dire, par une accélération de vitesse,
(•) T>e$ marias donnent ]c nom de Mer d'huile à ces fspares où le calme est telleinenl Pélat habitùd que la fiiee d« IVan ne s'y ridant en aucitoe ninnirre rénéchit des tlot.s de liimipn> (|im lui ôleiil sa belle teinte d'azur pour iuiduiiuer une couleur plombée qu'il faut avoir vue pour aNm fenuor une idée.
('*)OnalracéIainarchedece couratUdans notre plaoïsphère de la planefae x'*.
DES IttS DE L*OCÉAlf. i0
dans le canal de Babama, au sortir températures, une Cértaine conformité duquel il prend le nom de courant en toute chose; sMI jette les yeui sur des Floridfs; il longe alors les États- les rives les phis distantes, il aperçoit T'nîs, et parvient, en deux mois, que leur aspect ofïre, sous les mêmes vers le banc de Terre-ISeuve, qui doit latitudes, une ressemblance que n'ont peut-être son existence i ses dépôts, pas les côtes adossées des continente et que A^olney a inpénieuseinrnt corn- respectifs; aussi la Sénécambie, entre pré à la barre d'un grand fleuve. Ce autres, ressemble bien plus, sous tous Danc se trouve en effet au point de les rapports , à la région des Amazocontact d*un autre grand oourant sep- nés qn*au bassin de la mer Rouge ; lentrional, oui pourrait bien être aé- comme cette région des Amazones terminé par le fleuve St-Laurent. De ressemble bien plus aux contrées rive- Terre- Pïeuve aux Canaries , en passant raines et arrosées de TAfrique qu'elle
près des Açores et en se dirigeant sur ne rappelle les côtes du Pérou et du
te détroit de Gibraltar, d'où il se cour* Chili. Les parties littorales tempérées be vers le sud-ouest, ce Gulf-Strenm ou chaudes de notre Europe di forent
achève sn révolution dans le cercle de de jnème fort peu des parties littoralaquelJe, principalement près du tro- les tempérées des États-Unis. Ce sont
pique,8erencontrentces amas flottants les mêmes genres de plantes etd'anide sargasses dont furent si fort surpris maux qui en décorent la surface, à
les premiers explorateurs de l'Océan très-peu d'exceptions près; et, si l'on
atlantique. On signala sur les cartes plonge dans tes flots pour en examiner
informes des premiers temps, sovs le les productions, l'identité dieffient
nom de forêts marines, les es|)èces de presque complète; les laminaires et les
prairies brunâtres que composent ces fucus , que nous avons dit ( î 2 et 1 3 )
nydrophytes. L'abbe Raynal y voyait caractériser les Océans arctique et an-
lês débris de via végétation de cette tarctîque, diminuent en nomore et en
grande île atlantique dont les prêtres taille, ou disparaissent entièrement
de Saïs avaient conservé la tradition, pour faire pt;ice à des cystoceires. Ce
I.'.intique existence, contestée, mais sont les sargasses, inconnues aux appro-
évideute, de cette ile engloutie, peut se cbes descercles polaires, qui, arrachées
passer d'une preuve de ce genre, -à des profondeurs diverses, oommen- '
qui donne In mesure des connaissances cent , dns le 4y (li cré dc-pnrt et d'au-,
en l)otaiii(|uc où s'élevait l'historien tre, à Ilot 1er eu nappes énormes à la su-,
déclainatcur de rétablissement du corn- perticie des eaux. Des hydrophv tesde la
merce des Européens dans les deux In- plus belle couleur, mais de petitètaiUe,
des. C'est de cette grande île atlantique, y parent générà3ement les rochers sohs-.
très-célèbre dans la plus haute anti- marins. Les lamantins sont les herbivo-
quité , qu'est venu le nom de l'Océan res aquatiq,ues des deux rives de la ré-
qui nous occupe; Ptaton*nou8 en a glon très-chaude, où se plaît à passer ,
toansmîs l'histoire, dont nous trans- d*unbordàrautre,parlesmênies rou-
crirons quelques mots quand il sera tcsqueles nuafies, Toiseau comparé, à
parlé des Canaries. Quoi qu'il en cause de la témérité de son vol , à l'im-
soit, 0(1 sent que dans une Mer im- prudent fils de Climène(P/iae/on a?/Ae-
mense, qui s*etend d'un Océan ^la- reu^LOjf't ces autres grandr voiliers,
cial à l'autre, en baignant des rives entre lesquels se distingue l'infatiçjable
brûlantes , on ne saurait trouver à ses fréu^àtei felicanus aquiia L.), qui , pour
productions une conformité de pby- la plupart, appartiennent aux genres
sionoroie aossi frappante qu'en d'au- des pélicans, des pétrels ou des ster-
tres Océans plus circonscrits, tels que nés. L'apparition aes vols de canards
TArctique ou l'Indien, par evemple. vers le nord, et des albatros, appelés vul-
' Cependaut le voyageur qui visite l'At- gairement moutons du Cap, vers le sud,
lantique du nord au sud, y recon- avertit le nautonnier qu'il sort de TAt-.
naît , quel que, soit le changement des lantîque pour entrer, dians TOcéan arc-
Digitizùu by C(.)0^1e
(^ue d'un côté , ou dans rO( éan antarctique de l'autre. Le marsouin et le dauphin ordinaii^ sont les robustes nageurs qui le parcourent en tout lens f on les y retrouve sur tous les points; de plus grnnds cétacés n'y paraissent être que dépaysés ou comiiiede passage, les petites ciios , ou les grands Aicaoés que produisent les mers glaciales, étant indisprnsnblps à ceux-ci pour se nourrir. Ses poissons riverains sont ceux qui alinieuteut lialiituellement nos marohés; ceux des hauts pa* ragea sont de fitandes raies , des aoom* bres ou niaquereaux , des coryphrenes ou dorades, sans cesse orcupés a poursuivre les exocets ou poissons volants, enfin des squal&s voraces, entre lesquels se dislingue le retiuin ; et c'est ici le lieu de remarquer combien ritoinnje, dont nous avons plus d'une fois dans nos précédents ouvrages sigpalé le pouvoir sur la physionomie ék continents, dut contribuer à modifier jusqu'à celle des eaux. Nous ne citerons pas ces cy-
i)rins brillants que , des rivières de a Chine, il répandit dans les nioin* dres bassins de l'Europe ; ces gouraniis que, des fleuves de l'Inde, il transporta dans les il es et sur la terre ferme de TAmérique; ces marènes, qii*iui roi philosophe, poète^ gutfrier Ol amateur de bonne chère , emprunta aui laes de la Suisse pour en enrichir 08UX de to Poméranie; nous ne parleroDS cpie des races puissantes ou carnassières de l'Océan , que \os navigateurs ont presque partout dispersoes.
Les requins , par exemple, demeuraient originairement eonfines entre les tropiques, et les grands cétacés se plaisaient uniquement dans nos pâmées tempérés. Ce fut au sein de la iMedi terra née seulement que les anciens entrevirent la libieineTet sur les efttesde la France aqnitanifjneque les Basques lui faisaient d'abord la guerre. Les voyageurs qui , sur les traces de Gama et de Colomb, se iamiliarisèfent avec le passage .de la ligMoii destropiques, en rencontraient
(•) Auimaux Irès-moiis et trnnsp.iiciiis forment dus Imics iuitnensci» dum les
fréquemment; voyant aussi le requin, jus [u'nlors inconnu , ils s'émerveillaient de la f^^rce et de la férocité de ce tyran des mers les plus chaudes. Co> pendant les expéditions de pèche étant devenues familières à plusieurs peuples riverains qui, avant le tô*" sie<'le, ne possédaient pas une nacelle ; les procédés pour conserver la chair des poi»> sons s'étant perfectionnés et multipliés; la consommation de la morue et des hareo^ salés s'étant répandue dans toute TEurope, où la nligioo en fait une nourriture obligée ém fois par semaine et durant une quarantaine de jours d'abstinence ; les habitants de l'eau, poursuivis sans relâche, s'éloi-
Snèrent graduellement des oôées, oà es dangers nouveaux les menaçaient.
Les cétacés, efinlcment tourmentés, suivireut leurs proies, pensant échapper à Tennemi commun. Le nord leitt devint une nouvelle patrie, où les Européens le^ atteignirent bientôt , mais d'où ils commencent a émigrer pour chercher quelque autre asile, dans le fond duquel Tuidustrie les rctrou^em toujours. Quant aux requins, ils s'aper- (^urent aussi que les vaisseaux, dont, sans doute, ils s'étaient d'abord effra} és , portaient des hommes stgefes à mourir, et de qui les flots devenaient^ pendant la traversée, Tavide cimetière; sépulcres vivants, ils se mirent à suivre ces vaisseaux pour avoir part aux funérailles; ils s attachèrent surtout à rrtix qui faisaient le commerce de chair humaine, c'est-à-dire, aux négriers , dont ils sont demeures les dignes oonvoj'eurs. Cest ainsi qu'ils se sont répandus d'un monde à rmitK, et du sud au nord. Nous les rencontrons aujourd'hui dans la Manche, ou DOS aieux n'en avaient jamais vu ; ils s'égarent même, dit-on, jusque ▼«« l'Islande, depuis que, s'étant trouvés au passage des harengs sur nos bords, ils se sont également mis à suivre les
Srofondes colonnes qui font l'ordre e marche de ces poissons. Os colonnes tiennent une route constante depuis un temps inunémorial ; peut-être en changeront-elles quelque jour pour échapper aux périls qui se sont ao*
DES ILES DE L'OCÉAN
cumulés en plusieurs points de leur passade. Pour éterniser le souvenir de ce qu elle est maintenant, iM. Desniarest , de r Académie des sciences, avait tracé cette route sur une carte, et je la reprotluirai ici (*). Les harengs, dont la Hfcondité este\traordinaire ;on a compté jusqu'à vingt-cinq mille œufs dans une seule femelle), partent vers le printemps sidéral des régions du cercle polaire arctique, à l'est de T Islande, par légions innombrahics, qui se succèdent sans interruption, en laissant derrière elles une épiiisse traînée glaireuse et phosphorescente dans l'obscurité; ilssedirigentpar les îUs de Féroer sur l'empire britanniuue, dont ils font le tour, pour déboucner, par la Manrhe et le canal de Sl-(ieorge, dans la • grande iMcr. C'est au passage que les pécheurs hollandais ilu Dogrebanc, les Normands et les bretons en prennent, pour les saurer, des quantités incalculables. Le nombre, encore immense, qui échappe à ce trajet dangereux, poursuit sa route vers le couchant de Madère, entre cette île et les Açores, descend obliquenicnt jusque
Fir le 20" degré, tourne alors vers ouest , pour remonter en dehors des grand^ Antilles, et parallèlement aux côtes de l'Amérique septentrionale, qu'il longe jusqu'au sud de Terre- Weuve ; la d'autres pécheurs attendent les débris de la troupe. Ce qui )>eut M sauver de cette dernière extermi- ^nation continue sa pérégrination aux isdtfls d'Islande, qui furent le point du départ, mais auquelles n'arrivent guère que des mères, destinées par leur fécondité à réparer les pertes de l'espèce.