‹ L'UniversChapitre 32 sur 60 · IV. OCtLAN PACIFIQUE · texte numérisé non relu

IV. OCtLAN PACIFIQUE

Correspondant à l'Océan atlantique dans la partie opposée du globe , celui-ci s'étend enire les deux Améri- «ue d'un cdté et l'Asie orientale avec i Australie de l'autre. Borné au nord par les îles Aleuliennes et par l'imihense courbe que forment en se ra|>prochant l'ancien et le nouveau monde ,

(•) Voyezloplanis|ihèredcla planche i".

l'équateur le coupe par le milieu ; il s'ouvre considérablement vers le sud, et confine dans cette exj)osition à l'Océan antarctique en suivant une ligne qu'on tirerait du midi de la Terre de Dieinen au sud des Terres magellaniques. On peut le di\ iser comme le précédent en trois régions, la boréale en dehors du tropique du uord^V australe en dehors de celui du capricorne, l'equitioj'iale entre les deux lignes. Des archipels nombreux y sont répandus.

Ce ncst pour ainsi dire que de nos jours qu ont été visitées soigneusement les îles qui les coin|)osent et dont nos pères ignoraient jusqu'aux noms. Presiique aussitôt ces lieux sont devenus célèbres par le naufrage de l'un de leurs explorateurs n la recJierche duquel la France ex|)édia plusieurs navires , chargés en même temps d'y étudier la géographie et les productions de la nature. Il est curieux aujourd'hui de comparer les cartes que nous donnèrent les premiers circumnavigateurs , et entre autres celles de Cook ou de Bougainville , vers les trois

3uarts du dernier siècle, avec celle u voyaM de l\istrolabe , la plus complète qu on i)Ossède encore. Quelle indigence chez les anciennes ! quelle multitude d iles dans la dernière ! Et cette masse de connaissances géographiques s'est acquise en cinquante ans tout au plus!

L'humidité perpétuelle qu'entretient une abondante evaporation autour de indie )>oints exondes, mais toujours battus des vagues dont est parsemé l'Océan pacifique, contribue à parer la surface de ses moindres rochers d'une végétation riche, fraîche et brillante. Les palmiers, les fougères et autres tribus cryptogames entrent |)our une innnensê proportion dans la îlore de ces lieux, en dépit des prétendues lois trop précipitamment établies p{ir les arithméticiens de la botanique. Nulle piirt les madrépores et autres jK)lypiers pierreux avec les spongiaires et les mollusques marins ne sont aukisi multiplies , variés par leurs for> mes , ni enrichis de plus brillantes couleurs. Le luxe et la bizarrerie in-

finie des configurations n'y sont pas restreints à ces dernières légions aquatiques du règne animal; les poissons , les cétacés eux-mêmes y participent. La succession active , .jamais interrompue par les hivers, de toutes les créations marines y produit avec une incroyable rapidité l'augmentation des rochers du rivagp et rélévation du sol sous - marin , partout où quelque ccueil peut abriterd'innoinbraDles ardiitectes d'une terre à venir , terre dont les lies actuelles sont comme ces pierres d'attente qui, dans les monuments élevés par nos mains, indiquent où se doivent joindre les constructions qu'on y ajoutera. On voit naître a (!( ur riVati comme des bosquets (le pétrifications, des arbustes de ciiaux vivante qui, entrelaçant leurs rameaux solides, abritent d'innombrables coquilles , pour se transformer bientôt, ainsi qu elles, en terres nouvelles des que leur cime aura atteint la surface des flots. Si Ton en juge nar les excellentes cartes que nous ont données de beaucoup de ces îles , MM. Duperrej( etd'Lrvifle, elles sont toutes construites sur un même modèle à peu près ; œ sont des noonts d'origine volcanique, soulevés par quelque révolution locale en des temps ignorés, et qui, parfois couronnés de cratères, ont étendu par des vomissements de laves leur nnsr, qu'ont encore accrue des atterissenienls tr;msportés de leur laite par les eaux pluviales. Ces attérissements ont servi d'abri à de nombreux polypiers litho-

fihytes, qui, consolidant sans cesse eiu s demeures les ont disposées en ceintures de récifs très-dangereux. On remarquera que ces ceintures 4e rochers nouveaux , et toujours croissants , ne reposent pas sur les rives même du noyau qui les i)rotét'e; elles s'y forment à une certaine distance et à peu près comme se voit 1 anneau de Saturne autour de sa

Slanète. 1.^1 raison en est sensible; f§ pentes de Pancien volcan, noyaa des récifs , descendent aux temps des pluies des courants d'eau douce, et nul polypier ue saurait vivre

dans une telle eau; cVst donc hors de riniluence de la zone adoucie des courants pluviaux que les animaux constructeurs vont s'établir, et ce n'est que vis-à-vis des rivières un peu considérables, quand il en existe, que se trouvent les passes par lesquelles on peut pénétrer entre nie centrale et les murailles environnantes (jui l'accroîtront quel(|uejour en s'y incorjwrant Le tribut que portent ces rivières en adoucissant la Mer dans la direction de leur cours, agit alors comme écluse de chas* se. Il est arrivé en beaucoup de lieux que le noyau volcanique avant disparu en s'écroulant sous lui-même, la ceinture seule est demeurée , et c'est ce qu'on voit chez beaucoup d'îles basses, principalement dans les Caroiines, où les conslructioi»s des polypes persistent seules aujourd'hui. Pour peu que de tels bas-tonds soient rapprochés, ils ne doivent pas tarder à s'unir. Ainsi les détroits se comblent , et dans tel parage où les pyrogues des I9eptuniens(*),'^ même les vaisseaux des Kuropéens cincilent maintenant à pleine voile, on ne passera bientôt plus; aussi , malgré la sérénité d'un ciel où ne régnent que des vents modérés, la naviaation d'un Océan qui mérita par son calme habituel le nom de Pacifique que nous avons dd lui conserver, estelle répotée fort dangereuse et même presque impossible en certains parni];f s pour les b.Uinients d'un trop grand tirant d'eau. Où voguaient de mémoire d'homme de puissants navires , une lé* gère chaloupe toucherait a cette heure.

On retrouve dans l'Océan qui nous occupe, comme entre l'ancien et le nouveau monde, au revers opposé du globe, de ces bancs flottants de sargasses, genre de fucacés entièrement étranger aux deux Océans cwcumpoiaires qui produisent les laroinariées; oes sargasses y sont également aecumoléesdans certains end roits eu prairies sans racines par l'effet d'un

(*) Nom MHS lequel noos avons désigne,

dans noire Es&ai sur l'homme, l'cspcrc qni linhile les rivages et le« U«c dtt TOcéail pi* dfique, 1. 1, p. a;^.

DES ILES DE L'OCÉAN

courant circulaire semblable au guifstream. Ces amas de plantes que les Uots agitent en tous sens ; les innombrables mollusques qu'abritent les eaux transparentes de certains parages de cette mer ; les monstrueux cétacés auxquels l'espadon, leur ennemi mortel, livre des combats terribles; les lésions de pboques oui dorment au soleil sur les plages sablonneuses des îles basses; les serpents marins qui se jouent, par milliers, sur le dos des vagues écumantes, tout contribue à donner à l'océan Pacifique une pbysionomie à la foii pittoresque et grandiose.

ISous avons nommé les serpents marins. Ces reptiles se reproduisent exclusivement dans les mers les plus chaudes du fîlobe, telles que celle qui baigne les cotes du nord-ouest et du nord de la IS'ouvelle-lIollaude, l'océan Indien, le colfe Persique et la mer Rouge. La haute température de ces mers n'est pas la seule cause de la multiplicité des serpents; il faut l'attribuer aussi au calme dont Jouissent d'habitude ces divers parages, et à la quantité prodij^ieuse d'animaux qui y vivent et qui font la nourriture des reptiles ophidiens. Remarquables par leur queue aplatie en forme de rame , par leur corps comprimé comme celui d'une anguille, presque anguleux en dessous, et par d autres caractères qui les distinguent essentiellement des serpents terrestres, les reptiles marins offrent les couleurs les plus brillantes et les plus variées. Rien de plus intéressant et de plus curieux que de les voir se précipiter en phalanges pressées à la poursuite des petits poissons ou des mollusques dont ils veulent faire leur proie. Malheur au naturaliste imprudent qui, maître d'un de ces redoutables animaux, et le croyant inoffensif, sur la foi du préjugé populaire, approche sans précaution ; car, parmi ces espèces aquatiques , il en est plusieurs qui portent un venin mortel.

Ce n'est pas à nous qu'est réservée la Xûche de aécrire les îles nombreuses et les races d'hommes qui ()euplent les plages de l'océan Pacifique. Ce que

8* lÀoraiion. (Des iues db l'0(

nous en avons dit dans nos ouvrage!

f)rouverait, s'il nous était permis de e répéter ici , que tout ce que contient cette mer, si longtemps ignorée , a un caractère tout particulier, qui ea fait un monde à part.

Page 1