‹ L'UniversChapitre 38 sur 60 · II.BS SB L'OCÉAN · texte numérisé non relu

II.BS SB L'OCÉAN

Paa m. FRÉDÉRIC LACROIX,

UXS ORCADES.

DiscinnnoN eiHiiAis. Les Or-

cades forment un archipel d'une trentaine d'îles, situé entre le Pentland-Firth au midi, l'océan Deu- «alédonien ou Atlanliaue à Fouest, et la met du T^ord au nora et à l'est. Elles gisent par 68° 42' et 59'* 22' de latitude nord, et par 4** 35' et ô'Sâ' de lungitode ooeidentale. Appelées Orhney par les Anglais, les Latins leur ont toujours donné le nom û'Orcades. On Ignore rétymologie de ce nom. Quelques-uus le font îdéri ver U'Orca^', dont Ptolémée hit un promontoire do comté de Caithness sur la côte septentrionale de l'Écosse ; d'autres en rapportent l'origine à quelque colonie picte qui s*y etaUit dans les premiers temps de l'histoire moderne. Quant ao nom anglais, on ne l'explique pas mieux.

Ces îles sont situées dans la zone tempérée. Le plus long jour y est de dii-nuit heures et quel(|ues minutes; il fait si clair à minuit, dans la plus grande partie du mois de Juin , qu'on peut, à cette heure, lire une lettre dans sa chambre. Cependant, comme le foitolMerferWalIace, il ne peut être vrai que du sommet de la montagne de Hoy , dans l'île de ce nom , ou puisse apercevoir le disque du soleil à minait, puisque, au moisde iuin, le soleil est autant au-dessous dfe notre horizon qu'il est élevé au-dessus dans le mois dedécembre. Bleau qui , le premier, avait avancé cefait,avait pris sans doute pour le corps du soleil lui-mlme, son itiinge r(^fractpe à travers les vapeurs humides condensées à l'horizon.

Les Or cades peuvent être partagées M deux groupes, dont le premier , aa

nord, composé de seize ties et flots, est séparé du second par les canaux , ou Jirths^ de Westray et deStrorosay ; l'autre, qui comprend le reste des terres, est séparé du comté de Caithness , en Érosse , par le firth de Pentland. Les nombreux détroits que forment ces îles entre elles occasionnent des courants rapides et dangereux qui augmentent Taction de la mer sur les côtes, et donnent à ces dernières les formes les plus irrégulières. Les côtes du Nord et de l'Est sont généralement belles \ celles de rOoest, au contraire, se terminent en rochers escarpés, affûtant les formes les plus bizarres. « Depuis Dungsby-head , les Orcades , dit Pennant, se rangent le long de l*liorisoQ et présentent la plus charmante perspective. Quelques-unes d'elles sont assez voisines pour offrir la vue distincte des roclies de ces promontoires aigus qui soutiennent tout le poids des vastes courants qui viennent de l'Atlantique. D'autres, en s'éloignant, S'effacent davantage , et présentent une belle dégradation snooessive de monts , que Tœil suit jusqu^ux plus reculés, et dont l'azur terne, se confondant avec relui des cieux, laisse à peine discerner leur élévation au-dessus de rOoéan. »

Avant de nous oecnper plus particulièrement de ces îles , nous croyoH^ devoir parler d'abord des mers qui les entourent, et surtout du firth de Pentland , dont la navigation est encore dangereuse aujourd'hui que les vaisseaux, mieux construits et mieux dirigés que ceux des anciens, triomphent plus aisémenl des diffleultée que prémtenl tas

ILES DE L'OCÉAN

vents et les courants. Les marées dans le firthde Pentlandetdans le voisinage ' de nie de Stroma, située à environ qaatre niyriamètres du rivage de Gaithness en Ecosse, présentent Taspect le plus eCfrayant. Elles viennent du nordouest, tandis que le flux opposé, qui part de l'île Lewis , la plus septentrionale des Hébrides, se oirige do sud au nord, de sorte que la iner, qui court sur Stroma et sur Swina et Fictlaod , placées au milieu du courant , ae divise et se brise avant d*y anri- W. Les deux courants se confondent ensuite à quelque distance de rextrémité opposée de Stroma, et n'en forment plus qu*un seul , dont (a ni* pidité est de neuf nœuds à l'heure dans la haute mer et de trois à basse mer. Le choc de ces courants inverses exécute un mouvement circulaire, qui produit dans les fortes marées des tournants en forme de cloche renversée , dont le diamètre le plus large est d'environ un mètre. Ces tournants ne sont point stationnaîres et n'ont pas de durée précise; ils se succèdent avec impétuosité, disséminés et là suivant l'endroit où se sont heurtés les courants qui les emportent et les reforment successivement. Peu dangereux pour les bâtiments, qu'ils peuvent quelquefois pourtant faire pirouetter, ils ne pardonnent point aux petites embarcations. Leur mouvement en spirale ne se faisant

f)as sentir bien loin de leur centre, es pécheurs qui se trouvent inopinément dans leur dangereux voismage se bâtent de jeter en avant un corps Tolumineux, dont la dmte détermine aussitôt un nouveau tournant qui attire à lui et absorbe celui qu'ils redoutaient. Cependant, Tespace compris entre les courants déterminés par les marées reste complètement tranquille et comme stagnant. Ces espaces s'étendent quelquefois à trois ou quatre m^riamètres en avant des différentes èiMnités des Iles situées dans le flrth de Pebtland ou à proximité , et offrent aux vaisseaux une sorte de refuge où ils attendent sans danger que la mer soit redevenue praticable.

Les tournants WLiwelchiet que nous

venons de décrire ne sont pas le phénomène maritime le plus curieux à examiner, ni même le plus dangereux; celui que les Oreadiens nonmient rmat présente des effets encore plus extraordinaires. Pennant en donne la description suivante : « Un roc sous l'eau , près du confluent de ces rapides marées, présente un aspect formidable : le courant trouvant un obstacle, fond dessus avec furie, pénètre jusqu'au fond des eaux qu'il émeut, et en rapporte avee lui sable, coquilles, pois* sons, en un mot ce qu'il rencontre; et le tout, avec les chaloupes ou autres objets qui se trouvent là , est lancé en tourbimnnant du centre de l'éruption avec une incroyable vélocité ; la surface troublée bout par gros bouillons, comme une grande chaudière , et fuit ensuite comme un trait avec une suceession de tournants produits par les ébullitions successives. Ces tournants menacent du plus grand danger les petits bateaux , qui sont agités avec une telle violence, qu'alors même qu'ils ne sont pascnlbiftâ, les hommes sontjeléB à la mer , pour y périr sans ressource. C'est durant le reflux que les rousts sont le plus terribles ; il en est de même quand le vent souffle de Touest, et cela dans le temps le plus calme; mais tant que dure le flux, on les passe sans danger. Les vaisseaux , dans un calme , ne courent jamais risq|ue de toucher une île ou un rocher visible; lor8<|u'ils enfllent un courant, ils sont toujours colportés rapidement, mais avec sûreté. »

Après les swelcbies et les rousts viennent les wells on puits, qui'so forment dans les courants , encore plus nombreux et plus rapides, qui environnent la petite tle de Swioa , placée à environ sept mille quatre cent sent mètres au nord de Stroma. Ces weUs présentent les mêmes phénomènes que les autres tournants, mais à un degré infiniment plus remarquable.

La multitude d*tles dont se eompose l'archipel des Orcades , le peu de profondeur de la mer et l'irrégularité du fond (*), circonstances qui tendent à

(*) Tenleaûiim du eu»l, entre ftrsaHi

prouver que la portion sud de cet archipel n*a fait autrefois qu'une seule terre avec l'île Poinona ou Main-land, sont , sans contredit , la cause de la violence des marées dans ces parages, où la mer, resserrée, contrariée, voit accroître la force de ses courants en raison directe des obstacles qui leur sont opposés. Cela est si vrai , qu'au nord de l'île de Mainland les eaux se retrouvant au large, les marées ne sont plus aussi fortes et ne s'élèvent généralement, même durant les équiiioxes, qu'à deux mètres cinq cent quatre-vingt-dix-huit millim. ; les vents les plus impétueux ne les peuvent porter au delà deauatre mètres cinq cent cinquante millim.

Le groupe septentrional de l'archipel des Orcades se compose des îles suivantes, en commençant par le nordest et en descendant au sud pour remonter au nord-ouest : North-Ronalsbay; elle a trois milles de long sur un dans sa moyenne largeur. Le terram en est bas et peu fertile. A son extrémité nord sont deux skerries ou rochers à fleur d'eau, l'un, an nordest et nommé Seale, l'autre au nordouest, et connu sous la dénomination d'Altorf.

Sanday : sa forme est très-irrégu- Jière, et sa côte, profondément coupée en plusieurs endroits, offre de bons )orts. Sa longueur est de douze miles, et sa plus grande largeur, prise a a hauteur du oourg de Lady-Kirk, est de huit milles. Son terrain est sec et sablonneux. En face de son extrémité nord-ouest est la petite Ile de Reinabrakay.

Le Sanda'y-Sound sépare Sanday de Stromsay , qui n*a que six milles de longueur sur trois de lareeur , et qui est fréquentée par les pêcheurs qui se rendent aux Shetland. Son port, oom-

et les côtes d'Écone, on ne trouve que dix brasses de profondeur. Autour de cette ile le plus bas fond est de dix-huit brasses. Les tondes varient autour des îles voisines de trois à quarante-six, quand la profondeur des eaux qui environoent rensembie des deux grou|)«s n'est que de vingt-cinq brasses.

mé Holland, est en effet assez bon. Au nord est la petite île de Papa, qui n'a qu'un mille de long ; au nora-ouest Pîlot ae Nipe, et un peu au-dessous celui de Lingav. L'île d'Auskcrry, longue à peine de deux milles sur un de largeur, et qui pourtant a un bourg, forme la pointe sud du triangle que nous avons décrit. Nous trouverons en remontant au nord-est Eday, qui a dix milles de long et cinq dfans sa plus grande largeur : elle est complètement inculte. A sa pointe nord-est est la ])etite île du 6alf of Eday. Deux autres plus importantes, et dont l'une se nomme Favray, séparent Eday de Westray, qui a liuit milles de long sur cinq de large. Cette île semble formée de deux îles allongées, dont la plus grande, allant en diagonale du nord à l'est, aurait été rattachée par sa pointe nord au centre de la moins grande, qui descend perpendiculairement du nord au sud. Elle est entourée de skerries et de quatre îlots, dont le premier est placé à l'ouest de sa pointe sud-est; le deuxième, à peu de distance au-dessus du premier et au nord ; le troisième, en lace de la pointe ou cap Nouphead, situé au centre de la côte ocddentale, à l'onposite du point où, sur la côte est, vient se réunir la portion qui s'étend de nord en est ; enfin , le quatrième îlot est jeté à l'est de la pointe septentrionale, dans le détroit de Saint-Boniface, qui sp|)are Westray de Papa-Westray.

Très-fréquentée par les pécheurs, qîii forment d'ailleurs la presque totalité de sa population , Westray ne compte pas moins de quatre bourgs : Our- Lady ( Notre-Dame ) au nord, Pirwa au centre, Kroskirk au sud, et Rapness à l'autre extrémité sud-est.

Papa- Westray est, à l'ouest, la plus septentrionale des Orcades ; elle est quelquefois nommée North-Fara , et a trois milles de long. Vers le milieu de sa côte orientale est placée la petite île de Hoy. Le canal qui sépare les deux îles a reçu le nom de Saint- Tredwell.

Le groupe méridional pourrait encore être subdivisé en trois portions, dont la première, au nord, comprendrait

DES LIES DE L'OCÉAN

les îles entre.Rowsay et Shapinshav; la seconde, au rentre, Pomona et les ties ti flots situés dans les renfoncenwnts de ses edtes; et la troisi^e, au midi , toutes celles renfermées dons le triangle formé par Hoy à l'ouest, Stroma au sud, et South-ÀoDalsbay à Test.

Ifous avons en déjà l'oocsiion de

rapporter l'opinion de quelques géo-

ârapbes au sujet de l'ancienne union e toutes les îles composant ce groupe avec celle de Pomona , la plus grande de toutes: union qui aurait cessé par suite de commotions volcaniques sur- Tenues à une époque plus ou moins nciiléa. IVoQt toflMnes lote da f#jpaosaer eeNa théorie que nous avons nous - même admise , notamment à propos de fa Terre-du-Feu et des îles Malouines; nous ferons toutefois obsarrer que ce sont là de ces moyeaa d'explication dont il ne faut pas 'abuser, sous neine de tomber dans d'inutiles banalités. En effet, ii est certain que plus d*UM contrés, tant de rancien que du nouveau monde, porte l'empreinte profonde de convulsions qui ont modifié sa forme, fait •pénétrer la mer dans son intérieur , et -faolé) ainsi telle ou talla de ses parties; cependnnt n'est pas seulement aux feux voIrauKjues qu'il faut attribuer ees modilîcations , et la force des -coufaaita a aufi osrtaiMiiiant pour prodnire à la longue des effets tovt semblables. Nous ne discuterons donc pas la supposition d'une seule île formée jadis par l'ensemble des groupes dont P9m aOaas essayer de déorira Isa différentes parties avrr !a même exactitude que nous I avons fait pour le groupe septenUriottai , et en admettant M iWdivfBlmi que noua ao avons propoaés, en portion septentrionale, por- Ifcm centrale et portion méridionale.

Rov^'sav, la plus septentrionale des lies de la première portion, située •M aud de Wcatray-Firth : die a huit 'BiUaa de Ions; sur six de large. Ses côtes sont peu accidentées. Sa partie nord est montagneuse et couverte de bruyères; le sud est haaat Mité. Son floi» «MitettmMdkil.iM Mé« da

l*orge et quelques légumes. Entre sa cote sud-ouest et la cote nord-ouest de Pomona est la petite lie d'Inballo; à l'est , et sur la même ligne que cette dernière, est celle de Wire, qui partage le courant qui vient de l'Atlantique. Le Wire-Sound, ou détroit de Wfre, sépare Rowaay da Itia d'Eçleshsy , qui a deux milles et demi de long; celle-ci est assez fertile, et a un bourg du même nom; au nord est un Ilot nommé Killa , et a Test deux autrsa flots juxtaposés , et dont le plus considérable est désigné par le nom de Green. En redescendant au sud-ouest de ce dernier, on reueoutre 4ila de Gairsay avaa un Ilot pveaqoa adhérent à sa cdte nord. Entre Gairsay et Sbapinshay au sud -est sont deux ou trois îlots, que nous ne mentionnons que pour donner une idée de Paxtréme fractionnement de ces ter^ res. Sbapinshay, la plus orientale de cette subdivision, est placée au sud de l'entrée du Stromsay-Firtb : elle a ail oiiilsa da 4onK sur cnvimi "Iroîa railles de lari^c; elle est fort basse et couverte de bruy^. Elwick, son meilleur port , est placé dans un enfonœment ou espèce de golfe qui se trouve sur sa cdte aud , as M de la patito lia d'Elgar.

Pomona , dont nous avons fait la deuxième portion de notre subdivision du groupa Baéridkmal, Pomona, appelée aussi Main-land comme la priacipaie des Shetland , a été désignée par quelques anciens géographes comme lormant une espèce de continent. Sa ionie cal «xtremement irrégulièra; ses côtes méridionales sont en général bordées de ruciiers, et son sol, bien que peu profond et reposant sur m lit de reabe ealoaira, aat asaaft fortila. C'est dans eette tle, et à randroit où deux golfes au nord et au midi s'avançant Tun vers l'autre produisent un étranglement qui partage presque i'tke en deux jparties, qu'est Dâtie Kiik* wall, le chei-iieu de toutes les Orcades. A Pextremité sud-ouest de l'île est situé le bourg de Cairston , et à Peat de oa bourg sont deux grands lacs gui ooBunifMBt 1* un ai? ec i*aiitit ft

avec la mer; ils sont indiquéB dans la carte anglaise de Wallace aoof le mm de Slen7ies»Lttugk» Ltle est tîUoiiiiée

par plusieurs cours d*eau ; mais aucun n'est assez fort pour mériter le nom de rivière. Dans ces cours d'eau cepeadant, aineiquedaiiioettiquenoiisamHif négligé de mentionner dans les autres fies , on pèche des truites délicates , et souvent du saumon , poisson d'ailleurs tellement commun dans les mers du nord de TÉcosse, que le peuple ea fait sa principale nourriture, et que les domestiques mettent pour condition à leur engagement qu on ne leur doonera du saumon que deux fois la ■emaine. Il est vrai que^ depuis quelques années, les Anglais sont venus exploiter à leur tour cette branche de commerce, et que, sans diminuer seo* siMement Tabondance de respèoe, ils Tont pourtant rendue plus rare sur les marchés à certaines époques. Ce détail aurait été mieux à sa place, peut-être, dans la partie de cette notice relative àl*histoire naturelle; on nous pardonnera cette sorte d'interversion, nécessitée })nr ce que nous avons dil dire des cours d'eau.

Kirkwall, bourg royal, est, ainsi que nous l'avons dit, la capitnle des Orcades. Les Norwégiens, ses fondateurs, l'appelaient Cracoviaca, Elle est diluée dans une jolie anse, et son port est assez profond pour recevoir des navires de mille tonneaux. Ses trois œnts maisons, couvertes en ardoises, sont répandues, eu rues ctroiteii, sur environ un tiera de lieue de longueur.

Elle est le siège de toutes les autorités Judiciaires et administratives du comté des Orcades. Ses édifices les plus remarquables sont la cathédrale, dédiée à saint Ifagnus, et le palais de Tévéquc. î>e premier de ces édifices, fondé par Rognwalld, en l'honneur de son cousin, est construit en forme de croix, d'après le système de toue les temples dits gothiques, et son cIo* cher, haut de cent trente-deux pieds , contient un assortiment de cloches nui ne serait pas deuiacé dans une

église allemande. Le oiâleao qu'habitaient leaanâeosoonilea des Orcades a

dû être très-fort. et. à en juger par aes ruines, il a dfl présenter un aspect

majestueux. Il a probablement été construit par l'un des évéques du comté , car on aperçoit encore, sur une pierre scellée dans le mur de la fa<^de, des armes surmontées d*une nutre.

Les Anglais, du temps de Cromwell, ont construit au nord de la ville un fort entouré de fossés, et armé d'une batterie destinée à déondre rentrée du port. Cette ville qui, entre antres établissements publics, possède une école de grammaire, a été éricée en bourg royal par les Morwégiens. En i486. Jacques ill d*Ëoosse octroya à ses lubîtants une charte confirmative de leurs anciens priviléges,en leur donnant droit de tenir cour de justice, de faire des ordonnances et des lois, d'élire tous les ans leurs magistrats , et d*avoir deux marchés, l'un deux fois par semaine, et l'autre trois fois par an, les assimilant, en un mot, sous tous les rapports, aux habitants des autres bourga royaux. Un point fort remarquable, et qui peut servir à faire connaître l'esprit public des Orcadiens a cette époque, c'est que Jacques lil leur accorda, toujours à titre de privilège, le droit de ne point envoyer de représentant au parlement, à moins que leurs propres intérêts ne leur fissent juger cette oorvée indispensable. Il est a croire qu*une telle exemption ne viei^ drnit aujourd'hui à l'esprit de personne pour être octroyée ni pour être sollicitée. Jacques V, en lôao, Cliarles II, en 1661, et le parlement d'Édimbourg, en 1670, confirmèrent ces privilèges. Kirkwall est administrée aujourd'hui, comme toutes les communes de l'Angleterre, par un prévôt, quatre baillis et un conseil municipal.

Il nous reste à décrire h troisième subdivision ou portion méridionale de l'archipel :

Hoy, la plus ocddeiitale du groupe, s^étend du nord au sud en s'inelînant d'ouest en est sur une longueur de seize à dix-sept milles; sa plus grande largeur n'excède pas cinq milles. A son eitréoiité sud-est estune tite lie Bommée Waei, à laquelle «Ils

DES ILES DE L'OCÉAN

est réunie pnr un isthme de snble, visible dans les marées basses. Une grande partie de cette Ile est haute et montagnense; soa fameux pic nommé H^ard'HUl, et qui sert de point de reconnaissance aux nnvi^îitcurs, a, diton, près de cinq cent vingt-six mètres de haut. Au sommet de ce pic on aperçoit de loin, dans les mois de juin et d»' juillet, un point très-brillant, dont on a en vain ciierché à expliquer la nature ou la cause. Le peuple pense que c'est une esGàiboitcle enchantée : TYallace fiiit observer avec raison qu'il ae po!irrait <\m cette lueur ne filt que le ^ resdllat de la réflexion des rayons solaires par quelque filet d^eau qui suinte au haut du rocher. Au pied du promonto're "NVaes est la pierre nommée dn-arltij-stonc ( pierre naine ) :

elle a trente-quatre pieds de long sur dtx-sept de large et nuit de haut. Elle a été creusée de main d*hoinme , on ignore à quelle époque ; sur l'un de ses grands cotés est une ouverture carrée d*environ soixante-six centimètres de liant, et qui sert d'entrée : elle est fermée par une pierre soigneusement ajustée. On trouve <à l'intérieur, et pris dans le bloc même, un lit avec ses oreillers, où deux bommes se peu- Tent commodément étendre; un banc et un foyer, au-dessus duquel est pratiquée au travers de la pierre une ouverture pour donner passage à la fumée. On prétend que eette singulière retraite a servi d'habitation à un ermite. Vis-à-vis de la pointe nord-est de lloy est la petite Ile de Gramsay, puis, sur la même ligne, un îlot, au dessous duquel on en trouve, au «id, un jiltis î^rand nommé Cavay; en dcscemlant, on rencontre vers l'est l'île de FairaVi puis celle de Flott ou Flotay, qui a cinq mîHes de long sur trois de large : entre cette dernière et la pointe nord-est d'Hoy est Swinthay. Au sud-est de cette dernière est Swinay, et à l'est de ces trois îles s'étend Sooth-Ronaisbay, l'une des plus peuplées des Orrades : elle n environ six milles de lon^ sur cinq de large.

Elle produit de bons pâturages, et renferme un bourg nommé Our-Lad^

4* lÀvraison, (Dbs ius db l'Oc

(Notre-Dame), comme le chef-lieu de l'île Westray. Vis-à-vis de la pointe nord-est de cette île gît, au milieu du canal de Wate^Sound, le petit tlot de Lippa, et au-dessus l'île Burra, qui a trois milles de long sur un de large, et produit du blé, de l'orge et du bétail. INous citerons, seulement pour mémoire, Munday h l'ouest de Burra, et Lnniliolin, au nord« dans lecand de Ham-Sound.

Les deux îles dont il nous reste à perler ne sont pas généralement con- ' sidérées comme faisant partie de l'ar* chipel des Orcades : nous, croyons pourtant qu'on doit plutôt les y rattacher, surtout celle de Pictland , uu'a ri^cosse, à laquelle appartiennent d'ailleurs les Orrades. Pictland est située au midi de la partie sud de South- Ronalshav; dans son voisinage sont disséminé une quantité de ces redoutables skerriesqui rendent ces parages si dangereux, et c'est dans les environs de Stroina que se l'ont sennr les swelchies et les roustsdont nous avons parlé au commeneement de cette notice. «

Stroma, nommée Ocetis par Ptolémée, est située a environ deux milles du rivage du comté de Caitimess, en Écosse, et n'a été célèbre autrefois qu'à cause de ses catacombes, où les corps se conservaient intacts pendant un nombre infini d'années. Ce lieu de sépulture existe encore sur une langue de terra qui s'avance dans les flots; mais les portes des cavernes ayant été détruites à la longue, et le Mtail s'étant introduit dans ces lieux jus^'alors respectés, les momies qui j étaient renfermées ont été mises en pieces. Ce coin de la petite île de Stroma ne jouit cependant pas seul de ce privilège, dont on retrouve même quelques exem*

fdes dans nos climats méridionaux : les labitnnts de la plupart des îles Orcades conservent, en effet, leurs viandes eu les suspendant dans les cavernes du rivage. Ce phénomène est probable" ment dil, dit Pennnnt, à l'ecumc de la mer, qui, bottant sans cesse les rochers du rivage, imprègne l'air d'un sel qui chasse les iniectes et les détruit

âA?(. ) 4

LOnilVSlLS.

Le nom de Thulé, si célèbre dans Tautiquité, et surtout purini les poètes qui manouatent rarement à loi don* lier répitnètc d'uMna, pour exprimer qu'elle était la terre la plus reculée , ne s'est pas présenté sous notre plunie dans la nomenclature, trop longue peutéireetquelque peu ennuyeuse, que nous venons de taire. Plusieurs géographes ont pourtant voulu reconnaître cette Sie , ou , pour parler plus justement , cette ooûtne dans Tane des Oreades ; AV a llioe décide que, sans le moindre doute, les écrivanis latins ont entendu désigner le nord de TÉcosse. Ce n'est point ici le lieu de discuter le mérite de eet opinions ; nous reayoyoos à 11 notice sur l'Islande ee que nous avons à dire de Thulé.

CUnuU et nature du soL — Malgré b deserîptiOQ poétique donnée par Pennant oe Taspeet des Oreades , description que nous avons (idèlement conservée au conimencement de cette notice , la surface de ces lies est trèsinégale et d'un aspect triste. Le dinat en est très-variable ; les vents de sudouest et de sud-est y sont les plus fréquents et les plus violents : le premier est toujours accompagné de grandes pluies. Ceux de Test et de I*Ottest sont iaibles et de courte durée; ceux du nord-ouest, du nord et du nord-est amènent uu temps sec, sereiu, mais froid. Les pluies y sont IMqueates, surtout sur les côtes ouest : c est une des causes qui font que la neige , apportée ordinairement par les vents du •ord-ouest et du sud-est, ne séjourne que peu de jours sur la terre. Au nifieu de juin, le \ent du nord, accon pa^ue de neige et de grêle, souffle et « rréte la végétation pendant quinze Joirs ou trois seoMines. La onaleur n)( yemie, dans les Oreades, est de 4-6* ( Léaumur ). Les plus longs jours et les plus longues nuits y sont de di.vbtit heures un quart; et enûn, nous te marquerons que d'épais brooiUarde et des tempêtes incessantes rendent il uossible toute communication avec rÉcosse durant une grande partie de I hiver, saison pendant laquelle le ton- Bocn est le plus fréquent.

Le arés pur et le ^r^s brèche forment fa base du sol, qui , mélangé de asbie, d*argile et de gravier, atteint rarement à plus de deux pieds de profondeur. On trotivp dans les nionta-

§nes quelque peu de fer et quelque peu e plomb ; mais il n'ést point vrai ou^on y rencontre de l'argent et de Tetain.

La chaux est au contraire commune dans un assez grand nombre de ces îles. On a calculé que moin:> du tiers de leur superficie est cultivé; cependant, et malgré le peu de progrès qu'y a fait Tn^riculture , les récoltes en grains sutiisent à la consommation.

Les montagnes sont en uartie couvertes par des bru3rères ; les vallées et les plaines offrent en revancfie une vé. gétation plus variée, sans être fort riche toutefois. AYestuab|, versl ouest de Pomona, et près du lieu nommé la Maison de Skeil, est on pavé naturel très - extraordinaire , il consiste en pierres de dilferentes formes, orn<^8 de signes ou figures ; ces pierres reposent sur un lit d*aigile rouge adossé à un rocher d'imc grande hauteur; la longueur du pave est d'un

Juart de mille sur environ vingt pieds e largeur. Ce qu'il y a de euneux, c'est que plusieurs de ces pierres ayant été déplacées, on a trouvé dessons les nicmes signes (]ui avaient étonne sur leur surface, iiieii que cette chaussée soit placée sur un lieu assez élevé, elle est pourtant baignée par la mer dans les temps orageux, et on pourrait attribuer à l'action de oeUe-ci sur les surfaces molles du rocher les dea< sins dont nous parlons, si ces devina n'étaient pas repétés dans des parties à Tabri de tout contact extérieur. Les iiobitants, peu soucieux de ces merveilles, emploient tout bonnement œa pierres à la oonstructioB de leuis cfaeminée.s.

HisTOiRKNATLftELLE. — Le frêne, l'épine et le prunier, sont presque les seuls arbres des Oreades; encore n*jr viennent-ils que dans des jardins entietenus à grands frais. A Kirkwnll, il y a quelques cerisiers et quelques pommiers, mais leurs fruits ne mû* lissent que ianiiNBt« §1 ces artm

DES ILES ])£ L*OCÉAIf.

ne dépassent jamais^ d'ailteon, la

hauteur des murs de clôture. L'île d'Hoy n'a d'autres arbrisseaux que le rosier sauvage , le génévrier, la fougère el le myrtiltew. H est difficile de rexpKquer pouraaot les Orcades sont sî pauvres en arnres et arbustes, quand, en ISorwt^e, el ineuie plus au nord, on en trouve justiue sur les rocbers baignés de tous cdtés |>ar la mer. Cette dernière circonstance contredit un peu, à notre avis, l'opinion qui attribue la stérilité des Orcades à la violence des venta qui , soulevant une pluie fine et balayant au loin l'eau de mer, détruit les principes de la végétation. Pinkerton fait remarquer, a ce sujet, que le bouleau, résistant à cette cause de destruction, Il conviendrait d*en planter le long du littoral , pour abriter les autres arbres qu'on essayerait d'acclimater dans Tintérieur des terres. On trouve pourtant en mille endroits la preuve évidente que ees Iles fiirent an* . trefois boisées, puisque souvent, a[)r^s un violent orage, la pluie qui tonihe alors par torrents luet à découvert de vastes étendues remplies de débris de gros arbres , les uns dans la position où ils avaient crû , les autres couchés horizontalement, tous dans le même sens comme s'ils avaient été renversés du même choc, ce qa\ prouve (pie ces arbres n'ont pas été détruits par une force aussi lente que les brouillards de la luer. La grande quantité de tourbe qu'on exploite aux Oicadss est eoeore un indice de la présence, à une époque reculée, d'arbres et de végétaux aujourd'bui perdus dans les sables.

Le eatalogue dressé par Wallaee ne

donne que cent vingt-huit espèces de planter. ISous croyons inutile de le reproduire. De toutes ces plantes, dont plusieurs ne se sont trouvées là que comme des échantillons de ce que pourrait produire le sol îles Orcades, aucune ne saurait, pour l'utilité, être comparée au varech, ou iiQcmon, d'uù on retire la soude à l'aide de la oombustion. Cette industrie, praticpiée surtout depuis le dix-huitième siècle, oocupe aiyouni'hui près de trois miik

personnes , et tous les ans on eiporte

environ deux mille cinq cents tonneaux

de ce sel précieux.

Après un violent vent d'est, on trouve souvent parmi les plantes marines et dans les endroits qui regardent l'Océan occidental, ees phaseoli désignés sous le nom de fèves des Moluques. Un ar^ ticle des IraniacUonsphiloaupkiques^ recueil des Mémoires de TAcadémie des sciences de Londres, contient une explication très-plausible de la présence sur les côtes d« l'Irlande, de l'Êcosse et des Orcades , de ces plantes qui croissent dans les Indes occidentales; l'auteur l'attribue aux ventSy et surtout aux courants.

La morue, l'églefîn, le merlan.

Je maquereau, le turbot, la raie, le congre , la sole et même l'esturgeon , fréauentent les côtes de ces îles. Lapécue du hareng, abandonnée autrefois, quoique ce poisson s'y trouve en grande abondance, et suivie avec activité par les Hollandais, a été reprise dans ces derniers temps et donne des résultats avantageux. On y voit aussi beaucoup de marsouins; le souffleur vit en grand nombre dans les mers environnantes. En 1691, près de Kairston, bourg à l'extrémité sudouest de Pomona, on en prit cent qua> torze à la fois. Les skernes sont aussi à certain temps de l'année couverts de phoques; quelques baleines apparaissent de loin en loin; mais on trouve surtout beaucoup a'épaulards (espèce de cétacé connu ioos le nom scientifique de delphinus orca).

Les coquillages mériteraient uni| éoumération plus détaillée, moins à cause de la variété de leurs espèces que de celle de leurs genres. v\'allace en a noté huit dans la seule espèce des buccins, trois dans chacune de celles des aérites et dei trochites. Il a surtout appelé Tattention sur la grande huître commune ; il en a vu de si larges, dit-il, qu'on ne pouvait les avaler qu'en les coupant en deux ou trois morceaux ; mais, ajoute* t-il, les Orcadiens sont si négligents mrils ne se servent presque pas de la drague ; la plupart s'en vont à mairéf

L*UNIVEES.

basse fouiller les rochers et endétocher

les huîtres à la pointe du couteau.

liCS oiseaux sont en plus grand nombre encore que les poissons. Nous nommerons d'abord parmi les espèces aquatiques : le cygne sauvage , qui pond dans certains lacs de Pomona -, le courlis, le pluvier vert, le bécasseau aux

i lieds rouges, le héron, le pingouin, e petit pingouin, oiseau rare dans le reste de la Grande -Bretagne , et qui fait son nid dans les trous des plus liauts précipices, et le cormoran. La plupart de ces oiseaux, toutes les bahweUit ou maquereuses , tous les cramn»

ou oies nonnettes, se retirent au prîntempsdansdes latitudes plus septentrionales ; tandis que le canard à queue d'hirondelle et celui à queue d'épingle viennent, au contraire, se réfui^ier, en hiver, dans les baies les plus abritées des Orcades. La litorne y fait peu de âéjour ; elle se retire dès que le jiois- SOO, dont elle est avide, s est éloigné des côtes. L'ortolan de neige est dans le même ras que le canard. Le hibou aux courtes oreiller, ou scop , fait son nid dans la terre, et, plus frileux encore, passe, aux approches de Phiver, dans les parties méridionales de r Angleterre. Le guîUeraot fou ne reste ausn aui Orcades que jusqu'au nM>is de novembre.

Une espèce d'aigle habite, par cou-

I)les séparés, aussi bien que le faucon, es parties élevées des rochers. 11 est le plus redoattdile des oiseaux de proie qui fréquentent ces parages, qu'attriste encore le pétrel, ou oiseau des tempêtes, qui niche dans les interstices des pierres, rase les flots, et effraye, par sa présence de mauvais augure, le matelot superstitieux.

Le guillemot noir est particulier aux Orcades. Cet oiseau, comme le

Srécédent, se loge dans une crevasse e rocher; il y pond np œuf unique couleur d'olive sale, avec des tacoes rondes, olive plus foncé.

Enfin, le lyre, ou bec en ciseaux, dont la plume est un objet de commerce, aussi bien que sa chair, que l'on sale, se tapit dans la terre parmi les rochers de lioy ou d'Edday.

Les Orcades possèdent aussi des

oiseaux domestiques, tels qoe oies, poules et canards. On y chasse quelques coqs de bruyère et quelques bécasses.

Il y a Maucoup de porcs et de vaches. Ces dernières, quoique petites , sont bonnes laitières. Quant aux moutons, leur produit ne commence à être de quelque imjportance que depuis une vinf taioe 4rannées. Les lapins s'y sont , de même que dans la Grande-Bretairnc , multi-

i)lies d une manière si prodigieuse, que eur peau seule constitue un article de commerce important. Les chevaux des Orcades , comme ceux des Shetland , ont acqiMs une certaine réputation , qui commence à pénétrer même en France, où ils ne sont encore cependant importés que comme oiijet de curiosité et de luxe : on les appelle shelties ou ponies. Ils sont petits, uien foits et vigoureux; ils errent librement dans les pâturages pendant la belle sai<^on, reconnaissent la voix de leur maître et lui obéissent parfaitement. Les quadrupèdes sauvages ne sont dans ces Iles qu^au nombre de cinq espèces : la loutre, le rat brun, la souris coniiiiur)e, la musaraigne puante et la chauve-souris.

Le crapaud est le seul aniiiMl véné* neux que l'on y trouve.

Généalogie des Orcadiens. — Les premiers habitants ou possesseurs des Orcades furent les Pictes. On peut apporter àTappui de nette opiidon, et indépendamment des ruines auxquelles l"s Orradiens se sont toujours accordes a assigner une origine pictiquc, la langue norse , qui a été parlée par le peuple jusque vers le milieu du dernier sièrle. et qui a !a plus grande affinité avee fidiome izotiiiaue, peu différent du teuturnque que Ton croit avoir été employé par les Pictes. Ce peuple était originaire de la Germanie; il venait des bords de la mer Baltique, du duché de Mecklembourg et de la Poméranie. Les Orcadiens justifient encore de hos jours la réputation de beauté et de vigueur dont jouissaient leurs ancêtres. L'époque à laquelle cette peuplade germaine descendii aux Or-

DES ILES DE L'OCÉAN

omIm «st à peu près inconnue. Quelques-uns la font remonter à l'an du nnonde 48(57; d'autres pensent qu'ils n'y sont arrivés que beaucouj) plus tard et du temps de Reutber, roi d'Écoese.

Ils racontent ainsi cette émigration : Les Écossais étaient alors en proie à la guerre civile, et chacun des deux

Kartis comptait dans ses rangs un nomre consiaérable de Pietés. Ceux de ces derniers qui rornbnltnient sous les ordres de Gethus, leur roi, ayant été presque entièrement détruits , et une invasion des Bretons en Éoosse leur faisant craindre de ne pouvoir résister à ce nouvel ennemi, ils se réfimièrent dans les parties les plus reculées du comté de Caithness, et de là passèrent ma Orcades. T.e précis historique qui ta suivre nous offrira l'occasion d'entrer dans de nouveaux détails à ce sujet. La rapide excursion que nous allons isire dans ces Iles pour en sigiuiler les principales antiquités , y constatera d'ailleurs In présence, à diverses époques, des Pietés, des Danois, des Bretons, et même des Romains.

Mamtmenti aniiquei et euriotUés, — Des anciens monuments qui restent, dit Pennant, plusieurs sont communs à la Scandinavie et aux anciens habitants de la Grande-Bretagne ; d'autres paraissent propres à leurs conquérants du Nord ( les Norwégiens ).

Parmi ces derniers sont les bâtiments circulaires nommés Maisons des Pietés y Burghselt Duns. Les premiers sont d'une date moderne, et doivent être rejetés comme n'ayant jamais été l'ouvrage des Pietés; les seconds sont certainement authentiques, et révèlent leurs fondateurs, qui leur donnaient le nom de Borg^ défense ou forteresse, mot sueo-gothique. Les montagnards appliquent universellement a ces monuments le nom oelti<|ue de Dunsj qui aigniOe une colline défendue par une tour; on ne les trouve que dans les contrées jadis assujetties à la couronne de ^orwége. A quelques exceptions prés, ils sont bâtis près de la mer et en vue l'un de l'autre, de sorte qu'un signa! quelconque pouvait donner à toute heure avis du danger, et mettre

les habitants à m^me de se prêter um

secours mutuel. Dans les Shetland et les Orcades, on les appelle le plus souvent IVartOM ff^ mrd-liUU (montagnes gardées ou montagnes de garde ) ; ce qui prouve qu'il y avait des garnisons. Un wardmadher on guetteur, espèce de sentinelle, se tenait sur le sommet, et obligeait tous ceux qui s'approchaient à se nommer, lîous verrons , dans l'af^rçu historique que nous donnerons ci-après , que le gakman était un ofilcier de la même espèce que le wardmadher. Ces tours lormant une espèce de chaîne le long du rivage des Orcades et des Shetland, tenaient les habitants en sujétion ; elles étaient commodément situées pour protéger le débarquement de leurs compatriotes, qui étaient toujours errants et occupés à des expéditions de pirates. On ne trouve de monuments Dorw^ens dans aucun autre pays , excepte en Scandinavie.

Ces tours se ressemblent toutes, elles ne varient que dans leur construction intérieure; seulement quelques-unes ont un mur ou une fortification de idns au dehors.

Les Romains n'ont visité ces îles

Î[ue deux fois : la première, lorsqu'elles urent subjuguées par la flotte d'A(^oola ; la seconde , lorsque Honorius défit les Saxons dans les mers des Orcades. Une njédaille de cuivre de Ves-

Easien , portant une Judée vaincue sur \ revers, a été trouvée dans hi partie méridionale de Mainland , peroue là sûrement par les premiers envahisseurs , dont plusieurs avaient servi sous rempereur aue nous venons nommer. Les seules antiquités qu*oa ait trouvées dans ce lieu sont six pièces d'airain enveloppées dans des morceaux de peaux sans apprêt. On ne peut dire si elles oiit appartemt à ci'ux qui ont occupe ce camp. Des pointes de flèches et des haches en pierre, des epées faites d'os de baleine, des

Srains de verre et d*aotres antiquités oivent être attribués aux andens habitants. Les cercles druidiques ne sont pas rares dans les Orcades; les plus beaux sont ceux qu'on trouve à Sten-

Bis , dans Poiiîona. Aa sud de la ebaoa-

aée de pierres qui srrt de [K^rt au lac, on voit une enceinte faite de pierres liantes de deux à trois mètres et larges de deux, presque toutes épaisses de

-trent»>troiBà 8oixaiite>six centimètres.

Efjtrr rv^to enrointe et le port sont deux pierres isolées de la même dimension , dont une est percée au centn* A un mille de Tautre cdté du port, se trouve une autre enceinte de cent dix pas de diamètre, environnée, romme la première, de larges dalles dont quelques-unes sont renversées. Ces oeui eereles sont entourés de fossés.

A Tniipst et n l'est du dernier se trouvent deux tertres artifiriels maintenant couverts de verdure ; on croit qu'ils ont servi de eamp à deux armées ennemies; il est plus probable qu'ils ont été autrefois des lieux de sarrifices , et qu'ils servaient h recevoir les cendres des victimes. Boethius, dans la

^ie de Mainus, roi d^Éoosse , parle de ces pierres; il les nppelle temples des dieux. On trouve aussi dans le pays des espèces d'obélisques , ou immenses pierras semblables à oeHesnm forment les enceintes, mais isolées les unes des antres ; on les considère comme ayant été élevées en rnénioire de quelques fameuses batailles, ou comme ser- ▼antdemonumentsfîinèbres.Les monuments de celte rj^pèce les pins nombreux et les plus avérés sont les borrows.

Les sables de Skail, dans Sandwich, dit Pennant , à qui nous empruntons ane partie de ces détails archéologie ques, sont remplis de borrows circu* laires; quelques-uns sont en terre, d'autres sont de pierres recouvertes de tsrre. Dans les premiers on a trouvé un cercueil fait de six pierres plates. Ils sont trop courts pour recevoir un corps dans toute sa longueur. Les squelettes qu'ils contenaient sont couchés les genoux relevés contre la poi« trine et les jamlies repliées le long des cuisses à la manière de quelques tribus sauvages d'Amérique. 11 y avait aux pieds de quelques-uns de ces squelettes , un cotfre de joncs renfermant des os; dans d'autres on a trouvé une

. multitude depetits escargots.l( avaient-

ils été plaeés, ou s^ étaient-ils logés

par hasard ? Comme on a découvert de semblables animaux dans le coffre qui renfermait l'ibis sacré, on peut supposer que la nation à laqôelte appartenaient ces tumulî partageait la superstition des Fg}'ptiens sur ce point. On a tiré d'un cerctuMl extrait d'un de ces borrows des cendres renfermées dans une urne ayant une pierre plate pour couvercle. Ce borrow , différent des autres , appartient à coup sdr à un autre siècle

3ue les premiers. Les tumoli étaient es espèces de caveaux de famille; les cercueils y étaient généralement disposés sur deux rangées. On a cru reconnaître aussi à Skail, à Stromsay et Rowsay, des restes de sépultures romaines, mais cette origine nous semble très-contestable. Il n'en est pas de m^me des tombeaux danois découverts à Trasnabie , dans l'île de Westray. On a trouvé dans une de ces sépuitîires le squelette d'ti n homme : il tenait d'une main un snhre, et de l'autre une hache. Dans quelques autres on a constaté la présence d*ossements de chiens, qui auront été probablement ensevelis avec leurs mnîtres.

Dans l'île de Hoxssay est situe, entre deux montagnes , un endroit appelé le camp de Jupiter-Fring. Ce nom mdique un événement remarquahle qui s'est accompli là, et dont la mémoire ne s'est point conservée jusqu'à nous.

PoptUadon. — L'histoire de ces ties si peu connues parmi les nations du continent donne à penser qu'elles durent être beaucoup plus peuplées autrefois qu'elles ne le sont aujourd hui ; sur trente de quelque importance, vingtsix seulement sont habitées. Partagées en dix-sept paroisses, ressortissant à Tcvédie de Kirkwall, leur population peut élre ainsi estimée :

Cron et BarnCM ••^^Q

I). nrrif ft s.iint-Andrë ..... t.V^S

Evie *!l RpmJall i,S04

Finli et SlcinncH..* x,i86

Barra j cl Bîrsây. *,oii

Rotm 70»

HoT et Gramsajr 4io

Kirkwall *,bio

LMiT-lirk SeS

DES ILES DE L'OCÉAN

Rowi.y ex Egllitef ♦ . . . WMm

Sliapin^hay . . . . , 7)0

Soutb Roiialrlshay ••••• >i9&4

StroawcM «t Saûdivick • l,*ta

StrmtMy «t Bday tty

W.ills et Fîolta 99 1

WCTtraj et Pajja-Wia!r.iv i.Gag

Eatout.... a3,oSi bab.

partagés en trois classes : 1* les seigneurs, propriétaires de presque toutes les tems; S* les marchands et les artisans; 3«» les fermiers et les laboureurs^ qui forment plus des huit dixièmes du nombre total {*).

Mmm et vtaaeê* — Cette petite population, évidemment formée du mélange de plusieurs nations du nord de l'Europe, a, comme nous Ta vous déjà remarqué, conservé plus soigneu- •émeut les caractères eitîériears- de la raccpicte, qui semble en former ninsi la souche principale. Les Orc.iiliens, en effet, sont assez grands, robustes, «t ont en général une physionomie ai^éable. Les femmes surtout sont tres-jolips ; elles sont fécondes , et ont des enfants dans un âge très-avanré.

En 16S3, une femme de soixante-trois ans accoucha d'un garçon; et, dans le siècle suivant, un des propriétaires du pays eut un fils à l'âge de cent ans, et fécut assez pour voir les enftnts de ce fils. On attribne cette Ion* fl^vfté à la salubrité de Pair et à fal vie simple et frugale des Orcadiens.

Ces deux points, i1 est vrai, sont fort contestes, le dernier surtout : les habitants de cet archipel consomment, en effet, une énorme quantité de bière forte; il n'y a pas longtemps encore, ils jugeaient du degré de confiance que awiUBt un nouvel évéque par Tapiomb avcG lequel il s'entonnait une énorme coupe remplie d'ale. Toutefois, il faut en convenir, un climat sombre, froid et humide, et une existence passée toot entière aoit à la pèche dans des mers incessamment tourmentées, soit à la chasse, que les Orrndiens pratiquent, comme les habitants du Goze près de Malte, en se laissant glisier la long des rochers où s'abritent les ol* ieuiyd'atttresciramstancea noBoaoinf

iaspérieBses et aiir IssywilBt niina ne

pouvons ici nous étendre, comportent une hygiène qui serait fatale dans nos contrées et avec nos habitudes. La coupe de révéque ne vaut pas qu'oa fasse le procès aux pécheurs des Or* cades , si l'on veut nien se reporter au temps où cette coutume a subsisté, et considérer que dans les pa^s les

fil us renommés pour la sobriété de eurs habitants , dans les montagnes de la Suisse par exemple, on peut citer des écarts tout aussi singuliers.

Quant an dimat, H est plus dlfBdle da le défendre en présence du scorbut « de la consomption et des fièvres intermittentes : celles-ci sévissent chaque printemps. Malheureusement la mé* aecine a de la peine à se mettre en crédit dans les Orcades; le rèp:ne des charlatans y est encore dans toute sa splendeur , et celui des sorciers n'est pas près d'y finir. La cause de cette dernière disposition est dans re8> prit religieux des Orcadiens. En aucun autre lieu, peut-être, sans en excepter l'Espagne ni le Portugal , on ne trouve, toute proportion gardée^ autant de chapelles et de fondations pieuses. L'église de ce pays, ainsi que celle des Shetland , était jadis sous la juridiction d'un même évéooe. Ce diocèse était alors fort riche, révéque étant le seigneur temporel et le propriétaire de la presque totalité du sol. Mais à travers les révolutions sans nombre dont les Orcades furent' la théâtre, cet état de rhoses changea , et la réformation acheva de ruiner le riche prélat. L'évéque , aujourd'hui presbytérien , ne tire guère plus de 19 a 1& mille francs de son siège.

En somme, de bien faibles traces des moeurs antiques se sont conservées parmi les Orcadiens ; ils semblent prendre à tâche d*imiter les habitudea des Écossais , leurs voisins et presque leurs frères, dont ils copient jusqu'à l'accent, au lieu de conserver celui oui aurait pu rappeler leur origine da* noise ou norwésienne. Ils sont intelligents, polis, hospitaliers, et éminemment susceptibles d'être entière* ment civilisés.

L*UlfIV£R8.

fnduttrte y eommerce. — L'industrie s'alimente de quelques fabriques peu florissantes de gros draps, ôv bas tt de couvertures ae laine; les fabriques de toile et les filatures de lin sont plus importantes; mais, de toutes les industries, la pitis prodiirtive est celle qui a pour objet rextractioti du sd de soude, et dont nous avons parié à l'article de l'bistoire naturelle. I^s autres objets d'exportation consistent en bestiaux, porcs, beurre, suif, peaux, poisson salé, buile et plumes de IVTe.

On envoie aussi au marché de Londres pour environ 25,000 liv. de homards chaque année ; mais la valeur de ces exportations, qui n'ont lieu que pouria Grande-Bretagne f et qui peuvent être estimées à un million , est à peu près lialancée pnr relie des importations, qui se composent principalement de bols y fer, bu, tabac, savon, divers outils en fier, draps larges , toiles imprimées, et tissus de coton.

Histoire des Orcjidfs. — Tenn Bromton, dans sa (^ironique du règne de Henri II, d'Angleterre, dit que Garguncius, lils de Bélîn, roi de la Bretagne, trouva aux Orcades, à son retour de la Dacie, des Basques qui, venus d Kspagne, ciiercliaient des terres pour s'établir, et qu'il les envoya dans rHIbernie, alors déserte, après leur avoir ddiiné pour chefs quelques-uns de ses olficiers. Ce Garguncius était neveu de Brennus, par

?ui ftome fut prise Tan 875 avant (•sus -Christ. Tritbèiiie , dans son Abrégé des chroniques, raconte que , 07 ans plus tard , un roi des Orcades déelara la guerre aux Sieambres ou Francs, à Toccasion d'une injure personnelle. Buchanan parle d'une descente que les Orcndiens auraient faite en Angleterre , sous la conduite de Bels, leur roi, et dans laquelle, repoussé^ par un roi d'Écosse, ils auraient J péri jusqu'au dernier. Bels Iui-n)éme, désespéré du mauvais succès de son entreprise, se serait tué de sa propre main. date de cet événement est fort incertaine; on ne peut cependant la tixer après la 12'' année avant Jésus- Uirist, ni avant la Saxon le

grammairien rapporte more une diw

constance qui prouverait que les Orcades avaient déjà une importance véritable a répo<]ue de l'apparition du Christ. Hermann, dans son Tableau de la conversion des gentils , assure que saint Paul alla prêcher dans les Orcades. £utrope, Orose et Bède prétendent que remperevr Claude soumit les Orcades ; mais cette assertion est réfutée par d'autres écrivains, et surtout par le silence de Tacite, qui dit expressément qu'avant l'arrivée d'A*

§rippa, Tan Si du Christ, cette partie e la Grande-Bretagne était complétement inconnue aux Bomains. Carnnden et Mercator affirment que, lors de hi cliute du pouvoir romain dans les Iles Britanniques , les Pietés s'empa* rèrent des Orcades. Cette opinion semble cependant moins probable que celle qui attribue a l'une des nombreuses nations gothiques la swxession des Romains. En effet , Herrald , le premier comte des Orcades dont il soit fait mention , et qui vécut dans le même temps à peu prés que le poète Claudtus , porte un nom gotb et non picte. Bélim , roi d'une partie du Dnnemnrk, combattit et tua ce comte , dont il offrit les Etats à Thorstein , qui les refusa. Ils passèrent alors à un nommé Angantyr, à la condition d'une redevance annuelle. Les historiens font l'éloge de la prudence et de l'activité déployées par ce comte , tant pour le bien de ses sujets que pour celui des malheureux que la tempête jetait sur les côtes inhospitalières de ses îles. 11 avait établi, sous le nom de gackmoMis, des sentinelles qui se tenaient sur le haut d'une tour placée près du rivage, et étaient chargées d'avertir toutes les fois que des embarcations demandaient du secours ou paraissaient en avohr besoin. Le gackmann était armé d'une énorme corne ou rython , u'il vidait et remplissait sans cesse 'une liqueur fermentée qui l'empêchait de s'endormir ou de s'ennuyer.

La charge de gackman était exercée dans le palais d'Angantyr par sespro»

près courtisans et a tour de rôle. Un jour qu'on l'avait confiée à un certain

DES ILES DE L'OCÉAN

if

Hallvadus, reliii-cî aperçut un nnvîrc étranger, qui, dans l'état <ie délabrement le plus complet, ne pouvait atterrir. Ce navire portait Fritliiof , fils de Thorstein , qui avait refusé la souveraineté des Orcades, et à la mémoire duquel Augantyr rendait, à ciiise de cela , tm culte de pieuse noonnaissance. La ré|N]tation de bra* voure et de force musculaire du jeune prinre danois était déjà parvenue jusqu'aux Orcades; aussi lorsque le gackmann, jetant son rython par la fenêtre de In chambre oii le comte était à table en ce moment , appela au secours des naufrages , ne manqua-t-il pat d*ajouter qu'il apieroevaît un honn' me qui apportait à terre, et un à un , ses compagnons sur ses épaules, et que cet homme ne pouvait être que Frithiof. Angantyr donna aussitôt l'ordre d'aller à leur rencontre, et, se rendant sur le rivage , il permit, pour s'assurer de l'identîté de son nouvel hote, que le plus redoutable des chefs de pirates qui TeotouraieDi provoquât au combat le jeune Danois exténué de fatij^ue : « Vos mentons barbus ne me fout pas peur, répondit Frithiof, et je suis prêt à me meiorer seul contre dix d'entre vous. »

Cette épreuve, tout h fait dans le goût des héros d'Homère, suffit au comte pour lui faire reconnaître le lils de son btenfaiteur; il raccueillit avec les dIus grands honneurs, le retint jusqu'à la l)elle saison, et ne le laissa repartir que comblé (le présents pour lui et pour le roi de Danemark , leur commua suzerain.

Si le berreau d( s i^raodes nations reste couvert de voiles impénétrables, si la critique ne peut pas toujours réussir non -seulement à discerner la vérité sous le merveilleux dont chaque peuple aime à entourer son enfance, mais encore à préciser Tépoque des faits les plus importants et les plus avérés, on conçoit que l'his* toire des Orcades, dans ces temps reculés, n'est pas chose facile à écrire; ce n'est donc qu'en faisant toutes reserves que nous conliuuoiu» notre analyse.

Vers l'an 617, les Orcades formaient de nouveau un royaume sous l'autorité de Ganbald , contemporain d'Eduin, roi do Northumberland. Plus tard, Un?;nnr Lodbrok, roi de Danemark , les soumettait , ou , pour mieux dire, les saccageait de nouveau et les donnait à son fils Fridiess. Du temps (PHarald à la belle chevelure , vers 854, elles paraissent avoir été gouvernées par Kenneth îï , roi d'Ecosse. Ce point, fort peu important par lui-inéme , a été le sujet de longues discussions entre les infatigables savants du moyen à^e, les uns prétendant que les Orcades ne pouvaient appartenir à l'ÊGOSSe, puisque TÉcosse |lle-niéme était alors sous la domination de la Norwége; d'autres restreignant cette domination à quelques colonies envoyées par cette puissance sur les cotes de llrlande.

A partir d'Harald aux beaux cheveux , les faits deviennent plus distincts et les dates plus sûres. Lorsque ee souverain , pour obéir aux capriees de la jeune fille qnii n'avait voulu accorder sa main qu au maître de la INorwége entière, eut, de proche en proche, porté ses armes victorieuses jusqu*en Ecosse, les Orcades, enveloppées dans cette longue série de conquêtes chantées par Horn KIors, changèrejit encore une fois de maîtres. Le comte Kognvald, fils d'Eysteia, avait Ikerdo son fils dans un combat, et Harald , pour le récompenser de sa fidélité, et pour réparer autant qu'il était en lui cette perte cruelle, lui donna ces tles, libres de tout tribut et de toute redevance, sans autre charge, en un mot, que de relever directement de la courotme de jNorwégc. Kognvald céda bientôt son nouveau titre à son frère Sigurd , oui , ayant fait alliance avec Thorstein le Roux, soiuuit à son obéissance une partie de l'Kcosse. Ici trouve place , à propos de la mort de ce comte, une oe œs histoires que , malgré leur invraisemblance, il est bon de conserver, parce qu'elles peigrient les inœiirs de cette époque. Il y avait en Ecosse un comte nonmié .Melbridge, surnommé la Grosse-Dent»

parce qu*il avait , eo effet, une dent

Sii fois&ît saillie en dehors de ses ms. Une conférence avait été arrêtée entre ce seigneur et Sigurd. Chacun devait s'y rendre accompagné seulement de quarante cavaliers. Sigurd craignant que l'Écossais ne profitât de cette circonstance pour lui dresser un piège, et ne se fît suivre par un plus grand nombre d'hoimncs, imagina de placer deux cavaliers sur chaque cbe-* val. Melbridgc s'en aperçut : « Si^çurd nous trompe, dit- il, je vois deux jambes pendues à ciiaque (lanc de ses quarante clievaux. » 11 était trop tard pour revenir sur ses pas, il exhorte seulement ses homhies à vendre chèrement leur vie et les dispose à tout événement Si;;urd voyant qu'il a été deviné, n'hésite plus : * il fait mettre pied à terre à ses quarante fantassins cfaar« gés de le soutenir, et se précipite avec ses quarante cavaliers sur les Écossais, qui se font courageusement tuer jusqu'au dernier. La téte d*un ennemi a, chez toutes les nations à demi sauvages , été considérée comme le plus glorieux trophée; les Arabes n'ont pas' ei.corc , de nos jours , renoncé à parer de cette horrible dépouille le pofiwneau de leur selle; Sigurd attacha la téte de Melbridge à Tun de ses étriers ; niais voilà qu'en voulant précipiter sa course et donner de Téperon a son cheval, son talon se plante précisément dans cette énorie.e dent dont nous avons parié. Le vénérable et docte Torfo'us, à qui nous empruntons ce détail, ajoute sérieusement que cette dent , qui , comme toutes les dents humaines, portait avec elle un poison actif, donna presque subitement la mort au traître Sigurd , que sa généreuse indignation ne peut flétrir de termes assez lorts.

Son fils Guttorm lui succéda. Ce Thorstciii le Koux, qui l'avait aidé dans ses conquêtes , inérite d'arrêter un instant notre attention. Il était flîs d'Olaf, roi de Dublin, et, envonsé-

Îiueoce de celte royale origine, il avait ui-méme érigé en royaume les terres qui lui étaient échues en Éoosse. A peine Sigurd, son protecteur, était-ii

mort, que les Écassais, fatigués de son Joug, conspirèrent contre lui et»

tuèrent. A cette nouvelle, sa mère, qui se trouvait alors dans le comté de Kaithness , s'enfuit secrètement aux Orcades , où elle maria sa petite-ûUe è Dungas,. comte de Kaithness. De cette union naquit Grelod, qui épousa dans la suite Tliorllnn, le coupeur de télés , l'un des comtes des Orcades.

Andar était une femme d'un rare courage, et si ce qu'on raconte de ses derniers moments est vrai , elle était de beaucoup supérieure à son siècle.

On dit que, sentant sa lin apurocher, die fit préparer un grand festin , auquel elle invita tous ses parents et tous ses amis, qu'elle en fit gaiement les honneurs, et, après avoir distribue à chacun d*eux un présent proportionné à sa dignité, les entretint de discours OLi la grâce s'alliait à la plus austère sagesse; puis les ayant assignés à trois jours pour une nouvelle fete, où de« valent se rétier ses fiinérailles, elia mourut paisiblement la nuit qui suivit cette dernière et solennelle en* trevue.

Guttorm n'occupa qu'un an la place de son père Sigurd , et les Orcades re*

vinrent, par droit de suercssion, au comte Kognvaîd, son oncle, qui déjà en avait refusé la souveraineté, et qui, voulant la céder de nouveau à son fils Hallad , désira toutefois que le roi de Danemark sanctionnât encore cette transmission. Des qu'Hallad eut reçu l'investiture sollicitée en sa faveur, 'il se retira dans Ttle de Rowsaf , et là, caché comme dans une caverne , il s'endormit dans la mollesse et la débauche, laissant les pirates piller et ravager les autres fies, etnes'en inquiétant pas plus que si ces îles ne lui eussent point appar»^ tenu. Il en vintàce point d'avilissement, que, lassé des plaintes de ses malheureux vassaux, il aima nn'eux abdiquer

Îue de se mesurer avec ses ennemis, icntré en Danemark après cette lâcheli , il fut dégradé de sa noblesse, et traîna dans l'obscurité une existence ignominieuse.

Après le départ d'Hallad , deux pirates danois, Thorer Treskegg et Kalf

DES ILES

Scurfa , s'emparèrent des Orcadcs restées à ia disposition du premier occupant. Dès que le ▼icux comte Uognvald apprit cette nouvelle, il assembla ses cinq nutres fils, et après avoir maudit Hallad, qui venait de ternir I honneur de sa famille, il leur demanda .lequel d^entre etix se sentait le courage de réparer cet affront. Einar, le

S las jeune de tous, et qu'il avait eu *une concubine^ fut ceuendant choisi par lai de préférence à oeux autres de ses frères, comme étant celui qui , par sa naissance et S(^s dispositions, lui donnait le nioius d'espérances pour soutenir en INorwége la gloire de sou nom. Einar partit arec deux vaisseaux, et ayant rassemblé çà et là le plus de troupes possible, il aborda aux Orcades, attaqua les deux corsaires Tborer Tresfcfgf;^ et Ralf Scorfa, et les défit compI( tcinent. Ce comte reçut le surnom de Tort", parce qu'il enseigna le

1>remier aux Orradiens à extraire de a terre, comme il l'avait vu pratiquer en Ëoosse, la tourbe destines à remplacer, pour le chauffage, le bois qui manque totalement dans ces îles. Harald vieillissait ; ses fils, indignés de Toir les provinces de la Norwége partagées, à leur détriment, entre ses ▼ieux frères d'armes, résolurent de se faire leur part. L'un d'eux, Hnifdann, tomba à 1 improviste sur les Orcades, et força Tori*£inar à chercher un refiige en Écosse; mais celui*ci étant revenu en force, dès l'automne suivant, le défit à son tour, et, étant parvenu à s'en emparer, le pourlendit de sa propre mam , s*il faut en croire Torfeus , qui ajoute qu'en manière d'actions de grâces Torf-Einar consacra à Odin les entrailles d'Uaifdanu. Ces atrodtéB se passaient vers Tan 898 de Jésus-Christ. Les frères d'ilalfdann, ' déjà réconciliés avec Hnrald, brillaient de punir Torf-Einar, dont eux-nu-ines avaient tué le père; mais llarald les contint jusqu'à ce que, irrité lui-même

gir les poétiques bravades du comte des rcades , le plus intrépide faiseur de ballades de son temps , il vint lui demander raison du meurtre de son fils.

Toff-£lDar se saava encore une fois

E L'OCT^APî. S»

en Écosse, d'où il traita de sa rançon et de celle de son comté moyennant soixante livres d*or. Son régné , dont les eommencements avaient été si orageux , fut ensuite, pendant Innçues années, paisible, et même beureux.

On ignore l'époque de sa mort.

Dans ces temps reculés, alors que le peuple n'étant comiité pour rien$ une nation se r<'duisait, en réalité, au plus ou moins grand nombre de oetits souverains, affiés plutôt que feuda* taires d*un suzerain toujours inquiet pour son autorité, l'histoire de presque tous les rèçnes se ressemble , et, qu'il s'agisse d un petit coin de terre OU d'un grand État, les enseignements à en tirer sont les ninnos. On nous pardonnera dune de traiter des faits et gestes des comtes des Orcades, avee la même gravité que Tacite ra* contant les gigantesques aberrations des maîtres de rancien monde, llarald aux beaux cheveux était mort, laissant deux fils, Eiric Blodox et Ilacon. Héritier légitime du trdne de Norwége, Eiric ju^ea inutile de se concilier I affection (le ses vassaux; Hacon, ainsi que cela s'est pratiqué de toute éternité parmi les cheu des branciie8.cadette8, ne manqua pas de tenir une conduite toute contraire , de sorte que , quand son frère voulut le rappeler à ses devoirs, ce fut lui qui lui imposa silence et le força à se retirer en Angleterre. AmkeUet £rlend , filsde Torf-Einar, et qui paraissent avoir joui ensemble du comté des Orcades, restèrent presque seuls fidèles à la fortune d' Eiric, et l'accompagnèrent dans les nouveaux États que Adalstein lui céda dans le ISorthundjerland, à In seule condition, aussitôt acceptée, d'embrasser le christianisme, lut et les siens ( Tan 940 de Jésus-Christ ). Ib se firent même tuer avec lui lorsque Edmond , successeur d'Adalstein, voulut recouvrer ce fief pour le donner à son tour à quelque ^ nouvel ami. Cependant les Orcades ne paraissent pas être restées sans maître pendant l'absence de^ deux comtes dont il est parlé plus haut, puisque rbistoire rapporte qu'après leur mort et celle d*£iric, arrivée en Ml» la

veuve dp ce dernier re<;ut, pour pn<;ser en Dnn( iii;irk , aide et assistance d'un Thortiiwi iiausakliaf, comte des Orcades, au fils duquel (*) elle donna même sa Glle en mariai^. GeTliorfina est représenté comme un prinrp magnanime, un guerrier iiabile et valeureux , enfin comme un homme du plus haut mérite. Mous ne con n a issonsde hii que deux choses fort indifférentes pour sa gloire , à savoir : qu'il fut inhumé dans Roguvaldzeya, et qu'il laissa cinq fils : l'un, Arnflnn , époofii Ragn^ hiki, fille d'Kiric de Norwége, femme sanguinaire qui devint successivement, et par l'nssassitKit , l'épouse et la veuve de deux IVcres et de l'un de leurs neveux. Cest roccasion de liiolh, son dernier époux, (jue l'Écosse exerça pour la première fois, nar suite de ranarchie de ces temps déplorables, le droit de suzeraineté nir les Orcades; droit que, plus tard, elle devait

acquérir légitimement.

Sigurd , lils de T.andon , remplaça dans la souveraineté des Orcades son pere , le dernier des enfents de Thorfinn et la dernière victime de Ragnhild. Ce prince fut, sauf la différence du temps, un souverain aussi habile^ un guerrier aussi intrépide et aussi heureux que celui qui le premier avait illustré ce nnm. Iiulc[)(Midamment du comte iW. Knithiiess, qu'il retenait en dépit de Kenneth 111, roi d'Écosse, il parait avoir été mettre d*une partie de la Russie, de la Moravie et du Sunderland. Il envoyait, en outre, chaque année, unt' Hotte rava;^er et piller les cotes d'itcosse et d'Irlande, et percevoir un tribut aux Hébrides. Ces expéditions n'étaient point alors considérées connue elles le furent (pielfiues siècles plus tard; le plus hardi pillard était le plue respecté. L'histoire ancienne a eela de bon, qu'elle fait aimer le temps présent. Le règne de Sigurd 1 1 , fort mêlé d'incidents , ne présente que trois faits dignes de notre attention : il ressort du premier, relatif seulement à rétablissement d*uiie

(*) Amfioo qui jilus tard succéda à son •pète»

sorte de cour, que le blason était déjà en usage dans ces temps reculés; du second, que le christianisme ne dut pas k la vérité de ses dogmes son établissement dans les Orcades; voici ea quels termes l'auteur de la Saga OrknPifinfja raconte la conversion de Sigurd : « Le roi de ISorwege Olaf, revenant d'une course, aborda aux Orcades, enleva le comte, qui n'avait en ce moment qu'un seul bâtiment retenu dans le port de Rowags , et ne IttI laissa te vie qu'à la condition de recevoir le baptême et de travailler à la conversion de tous les Orcadicns.

Pour page de la complète exécution de ce traite, Olaf emmena comme otage en Norwége Hvelp, fils de Sigurd. Mais celui-ci étant mort peu d'années après, son père refusa de se reconnaître plus longtemps le vassal d'Olaf. » Le troisième fait éclaircit un point d'histoire beaucoup plus important provoqué au combat par un comte d'Fcosse, nui assigna lui-même et sur ses propres oomaines le terrain sur lequel se vida cette querelle, Sigurd fut obligé, pour se composer une armée, de rendre à toits les Orcadiens leurs terres précédemment engagées à leurs seigneurs particuliers, soit par suite d'emprunts, soit par suite de redevances non acquit* tées. " Ce qui prouve, dit Torfieus, que pas plus dans les Orcades qu'en iNorwége et ailleurs, les princes ne pouvaient, suivant leur bon plaisir, foreer les citoyens à servir hors des frontières de leur patrie. »

Sigurd II mourut dans un combat auquel il était venu prendre part en Écosse, dans Tespérance d'ajouter de nouvelles terres à celles qu'il possédait déjà ( 1013 ). A la nouvelle de sa mort, ses trois lils Sumarlid, Brus et Einar, se partagèrent ses États. Thor- . finn, le plus jeune, eut pour lui le comté de Kaithness et le Sunderland, dont Malcolm d'Ecosse, son aïeul maternel, lui conlirma la souveraineté.

Ces princes différaient complètement de caractère : Einar, rude de langage, âpre de manières et laid de visage, no rêvait que dangers à affronter, que grandes choses a accomplir. Brus , au

DES ILES DE L'OGÊAIÎ

contraire, étatt doux, ftdle, studîftix

et éloquent. Sumarlid lui ressemblait, il est vrai, en presque tous ces points, niais il mourut peu après ce partage, ne laissaDt point de postérité. Thoritnn réclama alors son tiers dans la possession des Orcades. Einar s'y refusa, en disant que la part qui lui avait été laite en Écosse valait mieux à elle seule que toutes les Orcades; et Bros, plus juste, s'étant empressé de mettre n In disposition de son jeune frère le tiers de ce qu'avait laissé Sumarlid, Einar s*en empara. Son esprit inquiet et arentnreax ne lui permettait pas de laisser un moment de repos à ses sujets. Mais bientôt ceux-ci murmurèrent, et lui firent connaître par l'intt rmeiiiaire deThorkell, Tun des principaux d'entre eux, que la famine se faisait déjà sentir à cause du manque de bras pour cultiver les terres ; par suite de cette calamité, il allait leur devenir impossible de foomir aux levées qu'il ordonnait chaque année, pour piierroyer sans autre profit que des dépouilles dont lui seul se reservait la propriété. Le pouvoir dei seigneurs sur leors vassaux était bien exorbitant à cette époqne, puisque nous ne voyons pas que ces représentations aient eu le moindre résultat. Nous trouvons, au contraire, qu'à quelques années delà, Thorfinn, toujours reléi;u(' en i'rosse , ayant de nouveau rcclanu' son tiers dans la souveraineté des Orcades , le paciGque Brus , pour mettre fin è ees démêlés , et pour obtenir d'Einar qu'il aecordât à Thorfinn sa part légitime, conrifjt avec son avare frère un arrani^ement par lequel il lui cédait ses pro|)res domaineSy sinon en toute propriété, du moins pour en jouir à titre d'usufruitier, jusqu'à ce que le décès de l'un des deux vînt rendre le survivant unique possesseur des flefs ainsi réunis.

Cet accord , par lequel Brus sacrifiait l'avenir de son fils a Einar nui n'avait point d'enfant, paraît aux nistoricns danois une oreuve que les Orcades étaient un fier mflle qui ne passait point aux filles. Nous avons peine à nous rendre compte des motifs qui ont pu tour faire tirer de ce fait une telle coq-

dusion, è moins que quelque autre clause de ce traité n'ait prévu que dans le cas où Einar, héritier de son frère, décéderait ne laissant que des filles, le fief passerait au fils de Brus. Quoi qu'il en soit de ce traité, nous verrons qu'il ne fut pas exécuté dans la suite sans de vives réclamations de la part de celui-là même dans l'intérêt de qui il avait été conclu. Ce ThorkelJ, oui s'était chargé de présenter à Einar les justes réclamations des Orcadîens , n'avait pas laissé d'être profondément blesse du peu de cas que son souverain avait fait de ses avis, et s'était depuis lors retiré en Écosse auprès de Thorfinn , qu'il avait surtout excité à réclamer son tiers. Ce motif de querelle lui échappa ; alors il eut recours à la ruse : feignant d'avoir peur que la colère d'Einar ne l'atteignît en J^'cosse, il obtint de Thorfinn la permission de se rendre auprès d'Olaf , roi de Norvéf^e; il eut à lutter contre les répugnances de ce monarque, qtii regardait probablement en pitié les misérables discussions de deux princes pirates se disputant la jouissance de quelque»

rochers pauvres d'hommes et de productions ; mais il intrigua avec tant d'adresse, qu'il décida le roi à se porter médiateur entre eux , quand il aurait pu ifitimer ses ordres à Einar et les lui faire exécuter. En conséquence, Olaf envoya un vaisseau à 'I horliim , en faveur de qui il avait été prévenu par Thorkeir, et l'invita à ae rendre auprès de lui. Thorfinn n*eut garde de refuser cet honneur, qui excita sans doute la jalousie de son sauvage frère. Ce n'était là pourtant que le prélude des grâces qu'Olaf voulait répandre sur lui , et le commencement de l'exécution du plan secrètement arrêté par Thorkell, qui faisait ainsi, et à leur insu , servir deux volontés de rots à ses projets de vengeance. L'année suivante, en effet, Olaf voulut faire rentrer lui-même Thorfinn dans le tiers de la souveraineté des Orcades. F^innr s'émut, rassembla des troupes, fit mettre ses v:iissp;uix à la mer : c'rtait laque l'attendait Thorkell; mais le bon BruS| l'hoDime de la paix, iuterviat

de nouveau , et Kinar, de son côté, réllécliissaiil aux forces que la .Norwége pouvait en un instant diriger contre fui , feignit de consentir à une récoadliation, qui ne pouvait être franche ni d'un côté i\i de r.ititrc. Dos festins homériques fuient <•( Iud^c^ , et Olaf s'en rttourua coiivaiiicu que sa présence avait sufQ pour éteindre ce vaste incendie. Il n'en ftait rien. Einar n'avait j)as été ioni^tcmps à s'a [lercc voir du rùle que s'était donné Xhorkell; mais peu mibile à dissimuler, H 8*était (Sacilement laissé deviner par celui<d, qui comprit que le temps était venu où Tim «les deux devait disparaître devant 1 autre. Psous uppeious l'attention sur cette partie de notre récit, que nous extrayons [>res(^ue textueUcMnent (le Torfaeus et de la Saga Ork?ieyinga; elle offre quelques détails de mœurs intéressants.

Einar avait à recevoir les premières civilités de Tliorkell, car alors tin sou- \erain des Orcades savait gre a 6on vassal d'une invitation à diner; celui-ci, qui avait fait de son mieux pour recevoir le comte, et qui devait le reconduire, le soir, à Tliabitation particulière qu'il lui avait fait préparer, remarqua pourtant chez lui une certaine préoccupation de fflcbeux augure. Il soupçonna qu'on pourrait bien avoir prépare quelque embuscade sur le chemin qu'il aurait à suivre pour rentrer citez lui. Il voulut s'en assurer. Tratnaut donc le temps en longueur, il dépêcha des éclaireurs, qui revinrent lui annoncer qu'en effet ils avaient découvert, en trois endroits différents , des soldats à rafmt. Il n*y avait plus à hésiter. Il fait secrètement et en toute liAte mander ses domestiques, ses ferriiiers, tout son monde , et , sous de futiies prétextes, il retient Einar, impatient de partir. La salle du repas était oblospue ; aux deux extrémités étaient placées deux portes vis-a-vis l'in^^ de Tautre, et le foyer était établi à terre au milieu de la pièce. Einar restait assis à la place d'honneur , pendant qpe Tliorkell , feignant de soigner le teu ou de \eiller au service, allait et venait par 1 uue cl par i autre porte aiiu

de presser lui-même ses amis. Lorsque tout fut disposé, il rentra une dernière fois, suivi d'un irlandais qui commença d*abord par fermer soi-

Î;neusementla porteà laquelle veillaient es gardes d'Einar. Celui-ci demanda alors à ïhorkell s'il était décidément prêt à partir; aussitôt, et pendant que Thorkàl iui répondait au*M était à ses onlres, l'Irlandais déclinrgea sur la léte du comte un coup d'épée qui l'envoya tomber la jface au milieu du feu.

Thorkdl et les siens s'échappèrent en toute hâte et se réfugièrent encore auprès d'Olaf, qui ne leur fit pas plus mauvais accueil que si de telles faisons d'agir avaient été la chose du monde Is plus simple et la plus naturelle.

Uaffaire du tiers réclamé par Tliorfinn et arrangée par Brus fut de nouveau remise sur le tapis à la mort d*£inar. Brus, en effet, se fondant sur le traité dont nous avons parlé , commença par s'emparer des deux tiers dont son trere avait eu rusufriiit ; mais Xhorûuu, qui disait que iirus eu aurait enooie assez quand il ne lui resterait que son premier tien, ne s*aecommoda point de ce nouvel arrangement, et lit observer que le précèdent traite n'avait pu préjudicier à ses droits à venir. Quand nous étions trois , disait-il, j'avais droit à un tiers; nous ne sommes plus que deux, la moitié me revient. 11 avait raison, sans doute; mais Brus ne Tavalt pas moins en lui répondant : Quand pour faire reconnaître ton droit je consentis à renoncer à l'exercice uu mien , tout en prévoyant pourtant l'éventualité qui se

Îirésente aujourd*bui et dont tu me reuses le bénéfice, tu étais moins formaliste et ne regardais pas d'aussi près à la rigoureuse exactitude du partage de l'héritage de notre père.

Tborbon avait, on le voit, profité des leçons de Tliorkell , et , certain d'être, en toute hypothèse, appuyé par le rot d'Écosse, son grand-pere, il ne se départait en rien de ses prétentions. Le bon Brus voyant qu*il en faudrait venir aux pands moyens, à la lutte à main armée, préféra tenter encore la voiti dcn uc^ociaUuuj» \ et , paila^edut

Digiiized by Goôgle

DES ILES D£ L*OCÉAN

l'erreur de tous les hommes généreux, il se figura que le roi Oiaf qui, dans une cause Juste, avait donné a Thorlimi un appui si désintéressé contre Einar, oe manquerait pas de prendre encore en main la défense de la franeliisc et du dévoiiciiient contre l'ingralituUe et la duplicité. 11 alla dune riovoquer à son tour. « Je suis prAt, lui dit Olaf , à considérer vos intérêts comme les miens, mais il est une petite formalité que je tiens à vous voir accomplir auparavant : les Orcades, comme vous savez, appartiennent aux rois de ISorwége, qui les ont, suivant leur bon plaisir, données tantôt à l'un, tautot à 1 autre. Je serais certainemeui eodiaDié de vous en oonGer également la moitié^ pourvu que vous commenciez , ainsi que cela avait eu lieu pour votre pere Sigurd, par me reconnaître pour votre suzerain. Je vous préviens, au surplus, que Je n'aviserai pas moins au moyen de laire valoir mes droits, soit que vous acceptiez ma proposition, soit que vous la rejetiez* • Brus fut ^andement sur-

{tris deeette déclaration; il y réfléchit ongtemps, réclama les avis de tous ses conseillers; mais enfin se voyant, d'une part , menacé par son frère , aidé du voi d'Éoosse, et par Olaf lui-même, s*il se montrait trop difficile; d'autre part, considérant qu'avec l'appui d'Olaf il recouvrerait toujours un pouvoir assuré, quuique moins grand , H 80 décida pour le parti le plus sûr , et pro* Biit tout ce que le roi voulut.

Thorfînn , cependant, dès qu'il avait appris la demande de son irere Bit» 9 rétait hâté de Tîmiter, se confiant dans les margues d'intérêt qu'Olaf lui avait autrefois données contre Einar. Olaf, enchanté de Tempressenient que les deux frères mettaient à venir ainsi lui ofirir d'eux-mêmes l'occasion de recouvrer le droit qu'une paisible transmission par héritage lui aurait fait perdre sur les Orcades , et comptant d'ailleurs avoir meilleur marché de lui, son ancien obligé, le mitbientôt au fait et de ses prétentions et des conc( ssi<»iis deja faites par Brus. Thorliua «iiaik moins facile qu'il ne l'avait

es

cm; il résista , disant que le roi d'Écosse auraitde meilleures raisonsqu'Olaf pour reclamer la souverameté qui lui avait été transmise, et que emndant 11 la lui refuserait. Le roi deriorwége menaça; alors Thorfiun , voulant gagner du temps, retourna dans ses Klats pour s'y mettre en défense. Mais Olaf lui déclara qu'il n'était pas be> soin de tant de réflexions pour se déterminer à une chose juste et toute dans son intérêt; au'il s'asissait, en un mot, de se dmler ou crentrer en hostilités avec son suzerain. Thorkell, qui était alors auprès de Thorfinn , lui conseilla de se rt\sif;nc'r aux nécessités du moment , sauf à revenir plus tard sur ee qui aurait été IVNivrage de la forée. Thorfinn se décida en conséquenceà suivre l'exemple de son tVt re. Olaf convoqua aussitôt une assemblée, en présence de laquelle, et après avoir reçu l'hommage des deux comtes , il les étonna par cette dernière déclaration : « Je garde pour moi le tiers laisse par Einar ; je le ^arde en réparation du meurtre oorama sur la personne de Vvn de mes favoris, et je me réserve d'en faire don plus tard à qui bon me semblera; de plus , comtes , je vous ordonne de recevoir Tun et l'autre Thorkell dans votre grdce. »

Le dernirr point était trop peu de chose en comparaison du premier, pour Que Brus s'y refusât. Quant à lliormm, il était parti, impatient d'aller apprendre au loi d*Éoosse, son beaupere, le guet -apens qu'on lui avait tendu. Brus , au contraire , mettait dans ses apprêts une sage lenteur; Olaf, satisfiiit de cette preuve de soumission , le fit appeler au moment de son embarquement , et lui dit : « C est à vous que je donne le tiers que je me suis réservé; matf tre de presque toutes les Oreades, vous serez ainsi mieux en mesure de contenir votre frère, en qui j'ai peu de confiance. Vous me laisserez toutefois votre fils Rôcnvald en otage , pour me répondre de la complète eiécution de ma volonté souverame. » Brus ne trouva riefi que de très-naturel dans cette restriction , et , laissant àou iUs

en Norwéîie , il retourna chez lui, enchanté d'avoir, en dernière analyse, atteint le but de son voyage, c'est-à-dire, Texécutton du traité, origine de cette

querelle.

Cet Olaf , qui déploya tant de ruse et dUiabileté pour en venir à ses fins , a été depuis béatilié. Cette particularité n'est pas la moins curieuse de

cette histoire.

Nous appellerons l'attention sur la nature et les etïets du droit de suzeraineté, tel qu'il résulte du récit (fu'on vient de lire : le fief, ou la terre , D*était pns donné a une famille j mais à im homme ^ et au décès de chaque donataire il retournait au donateur ^ui était libre de ne pas conGrnier l'héritier dans la possession du fief, et pouvait le donner à un autre. Cette donation viagère , en outre , ou cette commission, n'entraînait passeulement une simple prestation de foi el liomniage; le fief restait toujours domaine utile du suzerain, puisque celui-ci était Ubra d'exiger du tenancier une redevance quelconque. Tel fîit aussi en France le droit politicpie sous la première et une partie de la seconde race de nos rois, avec cette différence toutefois, qu'en France les souverains ne paraissent pas avoir toujours considéré les fiefs qu'ils distribuaient, comme iàisant partie de leur domaine utile, c'est-à-dire, comme terres données moyennant une redevance pécuniaire.

Plus tard, en France comme ailleurs, les fiefs , d'abord viagers , étaient devenus peu à peu héréditaires, et la Yoyauté dut recommencer par la ruse et la force la lutte qu'elle avait, dans le principe, soutenue par la seule autorité de son bon vouloir contre des vassaux impatients du jous monarcliique.

L'arrangement &>rcé dicté par le roi fut exécuté. Nous ne suivrons pas les deux frères dans leurs deinch s nu sujet de la part qu'ils auraient dû prendre également à la défense générale des ties contre les incursions des pirates, démêlés qui furent enfin apaisés par Malcolm d' Ecosse, auquel succéda peu de temps après Karl Hundason.

Le premier soin de ce nouveau roi

fut d'exiger de Thorfinn, pour son comté de Kaithness, la redevance im> posée à tous les autres fiefs, et Thorfinn ayant refusé de se soumettre à cette prétention , la ^ruerre fut aussitôt déclarée de part et d'autre; elle fut longue, sanglante, et marquée par toutes les borreurs qui caractérisent les luttes de cette triste époque. Brus étant mort sur ces entrerailes, Thorfinn se trouva le seul maitre des Orcades. Ce))endant la possession de ces tIes n'était pas près de passer pleine et entière à un seul maître. Le fils que Brus avait laissé en otage à Olaf, Bognvald , survint encore avec ses prétentions aux deux tiers possédés par son père ( 1035 ). L'histoire de Rognvald occupe une large place dans les vieilles annales d'où nous exhunions cette notice. Nous en faisons grâce a nos lecteurs; il leur sufDra sans doute de savoir que ce jeune prince s'était acquis l'amitié de Magnus, Uls et successeur d Olaf, en l'accompagnant dans ses suerres en Russie et en Suède, et en lui donnant des preuves éclatantes de son courage et de son dévouement.

Aussi, lorsqu'il apprit la mort de son pure Jirus, obtinl-il facilement de Ala-

f;nus le titre de comte des Orcades et es secours nécessaires pour faire reconnaître ce titre par son oncle. Son arrivée mettait dans un grand embarras Tborfinn , alors en guerre avec les Hébridiens, ses anciens alliés. Aussi ne mit-il pas d'autre condition à ses restitutions que d'être fidèlement aidé et soutenu par son neveu , qui lui tint religieusement parole.

Ce bon accord ne dura que quelques années- , et la question du double tiers donntt ii Brus par Olaf et réclamé par Rognvald fut encore la c^iuse o'une guerre qui devait se terminer en tO tn par le meurtre de ce dernier. L'ouvrage que nous venons de citer raconte cette catastrophe à peu près en ces termes : Rognvald était a Kyrkiovog et s'apprêtait à repasser dans la petite Papa. C'était peu de jours avant la fête de Noël.

Tout son monde et lui-même étaient occupés à faire lécber dans des fours

DES ILES DE VOCtASf.

le grain qu*il se proposait d'emporter pour passer l'hiver, lorsque, vers le soir, on vint lui annoncer que fe village était cerné par des lionimns rn nniif^. Cette surprise avait été dirigée par le comte TtiorliDD lui- même i qui donnait rmemple à soldats en jetaat sur les huttes de bois, dont se compo* sait le village, des tisons enflammés.

Tj^lncendie fut bientôt assez fort pour ne pouvoir plus être éteint. Thorfînn, qui n'en voulait qu'à Rôgnvald et à SCS défenseurs, avait déjà accordé à presque tous les habitants dn village la permission de fuir ce lieu de déso- IstioD , quand un jeune homme, véài d'âne simple tunique, apparaftau bont d'une palissade, prend un élan vigoureux , franchit û un bond un espace Gonsidérablu , fuit et se perd bientôt dans rohseurité. « C'est RdgnTald, i'écrie Thorfinn ; Rôgnvald seul est capable de tant d'audace et décourage.

(Ju'on le cherche partout et qu'on ne lui fasse point de grâce, quels que soient les trésors qu'il offre pour sa rançon. » Tous les rocliers, toutes les broussailles, les moindres ravins de nie avaient été minutieusement AHillléSj et l'on ffétsAt point parvenu à décionvrir te prince , quand un soldat annonce que , du côté d'un bas-fond inaperçu jusqu'alors , il a cru entendre des imrlements plaintifs. Cet indloB guide les assassins, qui découvrent en effet Rôgnvald exténué, blessé, sans connaissance, et gardé par son pauvre chien. Tous deux furent impitoyablement massacrés.

Thorlinn était de nouveau seul mettre des Orcades. De tous les partisnns de Rôgnvald, il n'avait épargné qu'un seul soldat qu'il avait chargé d'aller annoncer à Magntn la fin de son ami.

Cette bravade imprudente &illitle perdre, car Magnus, qui avait su apprécier les grandes qualités du fils de Brus, s'empressa de conclure, pour le venger , un traité d*allianoe avec Ulfsson, roi de Suède, qui partageait ses regrets et son indignation.

Despotes chez eux, les petits souverains de ce teuips-là étaient, bien plus qne ne sauraient être de nos Jours

b* Uvraiion (Ilbs db l'Ocvan.)

les nations faibles , soumis à la nécessité de complaire à leurs voisins puissants. Les comtes des Orcades avaient beau joindre à leurs îles la possession de terres ns<:cz considérables, soit en Ecosse, soit en Irlande, soit méiue dans le nord du continent, ils n'en étaient pas moins de très-petits seigneurs par rapport aux rois d'Kcosse, de IS'orwége et de Danemark. On se ferait de très-fausses idées si , prenant à la lettre les paroles des historiens, on pensait que les flottes et les armées de ces petits princes ressemblaient aux flottes et aux armées que pouvaient réunir les souverains que nous venons de citer; Thorfinn lui-même, qui, une fois unique possesseur des Orcades, tint, en réalité, peu de compte de l'hommage qu'il avait prêté au roi de Norwëge, et parait même n'avoir Jamais payé de tribut ; Thorfinn, que les chroniqueurs représentent presque comme un homme de génie, ne fut , après tout, qu'un chef de pirates , plussouveiit heureux dans ses excursions ntinucllcs , niais non moins sauvage et non moins pauvre que ses devanciers. Il est vrai qu'il Ot bâtir r^ise où il fut enterré après un règne dont la fin fat aussi paisible que les commencements en avaient été orageux; jnais nous ferons observer que la construction d'une église n'exigeait point alors les frais qu'elle nécessiterait aujourd'hui.

Le meurtre de Rôgnvald avait, comme nous l'avons dit, péniblement affecté Magnus, roi de Pîorwége. Thorfinn , dans le bat de prévenir Tes efliets de In colère de ce souverain , se rendit auprès de lui , et réussit à capter sa confiance au point de devenir son conseiller le plus intime. Une imprudente réponse qui lui échappa en sa présence, au sujet de la mort de Rôgnvald, dont venait Iin' demafider compte le seul soldat qu'il eût laissé survivre au massacre de Ryrkiovog, lui fit cependant perdre le fruit de son habileté et le força à regagner précipitamment les Orcades. Mais Magnus étant venu à mourir à quelque temps delà, et Herald, son onde, lui ayant succédé,

Thorfinn , (fui M 'frouvait sans doute h l'étroit dans ses petites îles , se luHa d'accourir auprès de ce dernier qui n'avait point nérité des atïectioos de ion neveu eomine de «on royaume.

Enfin , et peut-être est-ce là son plus grand titre à l'indulgence de ses patients clironiqueurs , ce remuant personnage poussa jusqu'à Rome , et se fit dévoteroeut absoudre de ses péchés et de ses crimes. « Il en revint , dit Torfœus , lieaucoup plus religieux , car il s'abstint dès lors de la piraterie. » Thorfinn mourut vers Tan

Paull et F.Hend , ses fils , lui succédèrent conjointement. L'événement le plus important arrivé sous leur règne est la mort de Barald, roi delrn^ wége.

La discorde se mit pourtant entre ces deux princes , dont l'union avait été exemplaire jusque-là, et die lut rouvrage>de leurs enfants. Hacon, fîls de Paull, se croyant bien supérieur à ses cousins, autant par la naissance de sa mere , fille de roi , que par ses qualités personnelles, ne souffrait qu'avec peine l'égalité dans laquelle on les maintenait tous vis-à-vis les uns des autres. Il se rend en Suède, y consulte un devin, dont les paroles ambiguës lui semblent promettre le pouvoir. Il va ensuite en ^'o^v^•éf^e, et la , apprenant que ses cousins sont tout-puissants aux Orcades, et que son père lui-même ne désire pas plus son retour que le peuple «t la noblesse , il cramt qu'on ne finisse par lui rendre impossible l'exécution de sen projets ambitieux. Il ne pouvait rien par lui-même; il engage donc Magnus (*) n tenter une expédition qui rendrait de nouveau la Norwége maîtresse des Iles et des autres contrées que lui avait aitrefois soumises Harald à la belle chevelure. Un tel conseil ne pouvait être que favorablement accueilli par Magnus; mais llacon eut bientôt lieu de se repentir de sa perfldie. Magnns, en effet, passa dans les Orcades, et, après avoir en-

{*) SarDommé aux pieds nus.

voyé prisonniers en Hovwéfte Paull et

Enend , et inscrit au nonirbre de ses puerriers les enfants de ces comtes, et llacon lui-même, il érigea en royaume ; au profit de son fils Si^ufd, les Orcades, auxquelles il joignit les Hébrides et toutes les îles situées le long des cotes de TÉcosse. Ce royaume nt subsista pourtant que du .vivant de Magnus. Ce roi ayant été toé

fiar trahison en Irlande . v^s fils, qui ui succédèrent, rendirent les Orcades à Hacon , lils de Paull , et à Magnus , fils d*Erlend (1099). Hacon voulant à toute force régner seul, tua son cousin Magnus en 1110. Ce prince, bien que marié depuis dix ans, ne laissa point d'enfants. Les historiens content des merveilles au sujet de sa continence. Sa mère nynnt obtenu la

f permission de le faire ensevelir dans 'église construite à Mainland par l liorflnn, son tombeau devint aussitêt célèbre par une infinité de miracles.

Guillaume , premier évéquc dont il soit fait mention dans les Orcades, et qui administra ce diocèse pendant soixante-six ans, fit tant, qu*en d^t de sa jalousie, il fallut bien que Hacon rendît hommage à la mémoire de son cousin , qui fut immédiatement béatifié; saint Magnus devint, dès lors, le patron des Orcades.

Après la mort de Magnus, Hacon avait réuni sous sou pouvoir toutes les lies qui auparavant étaient partagées . entre eui, et H exerça d*abord toute sorte de vexations contre les partisans de son cousin; mais rien ne changeait alors un homme, et surtout un souverain, comme un voyage en terre sainte ou seulement à Rome.

Thorfinn avait déjà éprouvé les effets njcrveilleux de cette panacée morale :

llacon en voulut essayer aussi : il alla doncettpèlef1nageàRooMd*abord, puis à Jérusalem; il se baignadans leeaaax du Jourdain, et revint, comme disent les moines, pénétré de la grâce de Dieu et tout dis()osé à faire le bonheur de ses sujets , qui plenr^wit sa mort.

Hacon était à peine enseveli, que la mésintcUigeuce se mit entre ses deux

DES ILES DB L*0C£AN. «T

fils, Pault le Sileneietix eC Harald lH)ra- à Penvf , et Paul! 6e refusant h traiter

leur. Ne pouvant régner de concert , avant que Harald lui eût li\Té tous ils s'entendirent pour se partager les ceux qui avaient trempé dans la mort terres de leur pere. Les iles lurent ré- de Thorkell , SIembi fut, comme de parties «vee assez de justiee entre les faison , sacrifié par Harald. Cet aven* deux princes; mnis la protection du turier devait plus tard mourir dnns les roi d'Ecosse ayant faitadjuî^er le comté tortures, après avoir usurpéun iostaot de Caitbnessa Harald, réquilibrefut la couronne de jN'orwege. , rrnnpu, car celui-ci fut incontestable- Ici nous avons encore à raconter ment le plus puissant. Il naratt même one de ces traditions dont le caractère qu'Harald avait encore a^autres fiefs mystérieux caehe les faits les plus poen Écosse. Pendant un séjour qu'il fit sitifs. Pour sceller leur réconciliation , dans le Sudurland, un bonime, nommé Harald se préparait à donner à Paull SIembi le Diacre, se rendit auprès de son frère, et aux seigneun des érax lui. Il était fils d'un prêtre norwégien, partis, un immense lestia dans SOU nommé Adalbrict,et deThora,smiir de habitation de Jorsinra. Sa mère et sa Sigridis, de laquelle Magnns aux pieds belle-mere t< rakaurk l'aidaient dans les nus, roi de Norwége , avait eu Olaf de- préparatifs de cette fête. Un jour que , Tenu roi à son tour. Tbora se vant^ dans une pièce reculée du palais, elles d'avoir eu SIembi du même Magnus. apprêtaient des ajustements de toilette, L'aventurier, tirant vanité du déshon- Harajd survint, et, admirant une tuiieur de sa mère , et se fondant sur sa nique de lin lamée d'or, qu'elles acbe- Bâîssanoe lllégitbiM pour réclamer le Taient de préparer : « A qui donc destitrdne de Noivége, ne craignit pas de nez^Tons, leur dit -il, ce magnifique se présenter comme étant le fils de vêtement ? — A Paull votre frère , lui Magnus. A ce litre, il avait loncrtemps répondit Frakanrk. — Vraiment, rejuui des plus grands lionneurs à la prit-il , vous ne vous donneriez pas conr du roi dlÊcosse David. Arrivé tant de peine pour md. » Et il se ois* 4Miprès du comte Harald, et, bienvenu posa à s'en couvrir. En vain sa mère de lui, il raccompagna dans les Orca- voulut-elle le lui arracher des mains ; des. Son arrivée reveilla les factions en vain sa belle^mère se jeta-t-elle à ipii commençaient à s'assoupir, et les' ses genoux, lui avouant que cette tuprincipaux cTentre les Orcadiens re- nique était empoisonnée, et qu*il commencèrent à se partager en deux mourrait s'il la revêtait ; il n'écouta camps ennemis. Parmi les conseillers rien, et expira bientôt dans des douintimes de Paull figuraient Sigurd leurs atroces. Paull , se doutant bien de Vestnesia, mari d'Ingilbiorg, et nue le poison qui venait de le délivrer Tliorkeil Sumârlid, açiirt du comte de son frère lui avait été d'abord dessaint Magnus. Ce dernier ne quittait tiné , chassa des Orcades, dont la soupas le comte Paull, et cette assiduité verainete lui appartenait dès lors sans lui avait mérité, comme à son bi- contestation, sa mère, la belle-mère nîeui, le totenr du jeune comte Tbor- d'Harald , et toute leur famille. Eilet finn, le surnom de TzowmrîT. Thorkell se retirèrent danslecomtédeCaithness, était fort suspect aux partisans d'Ha- et de là en Écosse, oij Frakaurk avait raid , qui le disaient violemment ir- plusieurs terres. Elles emmenèrent rité de la mort de Magnus, et dis- avec elles quatre princes jeanei enposé, pour le venger d'uM ounnière oore , et qui, plus tard « au sappMi de érlaiante, à détruire l'un par l'aii- quelques historiens, revendiquèrent tre les enfants d Hacon, le meurtrier, successivement leurs droits sur les iiarald cbargea SIembi de l en débar- Orcades , mais qui ne paraissent celasser. Paulh, irrité , marcba aussitôt pendant pas avoir troublé Panll, oontre contre son frère. Les Orcadiens, pré- qui allait s'élever un compékitciir bien voyant tous les malheurs qui résulte- autrement «!nn!irreux. nicot do cette colUsiou, s'interposèrent Kalr , liis de Miii et beau-fVère

es

L'UJHZVERS.

saint Maf^nus, vivait retiré à Ogdum en Norwége, et n'avait jamais pensé à venir se iixer dans les Orcades. Kali , son fils , jeune bonmid doué des pins rares qualités , avait quinze ans lorsqull accompagna des marrhands qui se rendaient avec une pacotille à la foire de Grimsbaer, en Angleterre. De tous les points de la Nonrége, des Orcades, de TÉcosse etdes Hâmdes, on se dirigeait alors vers ce lieu de réunion. Kali y rencontra un certain Gilla Kristr,qui avait des prétentions à la couronne de Norwége, en qualité de fils de Magnus nux pieds nus, mais fils, à la vérité, inconnu. Ces deux

I'eunes gens excitèrent sans doute à 'envi leur folle ambition , et ne se sé> parèrent qu'après 8*étre promis de se prêter en toute circonstance un mutuel appui. Un an ou deux s'écoulèrent avant qu'ils eussent à se rappeler leur promesse. Dans œt intervalle cepen* dant, Kali , à la suite d'aventures et de querelles personnelles beaucoup trop longues a raconter, avait appelé sur lui l'attention de Sigurd, roi de ^orwége , qui lui donna en toute propriété la moitié des Orcades, et lui imposa l'obligation de quitter son nom

{)Our prendre celui deRognvald. sous equel il Alt connu depuis. Cette tnvestittire rîngulière , qui prouve combien les suzerains disposaient légèrement alors des terres ae leurs grands vnssaux, fut, avec la parenté de saint Ifagnos, le titre que nous verrons tout à rbeure invoqué par Rognvald pour réclnmer de Paull un partage auquel celui-ci dut se soumettre. Sigurd était mort; Magnus l'avait remplacé sur le trône de Norvège; le moment était venu pour Gilln Kristr, qui, de son côté, avait pris le nom d'Uarald, iiis de Magnus aux pieds nus, de fsire valoir ses droits. Rdgnvald fut sommé de lui prêter assistance; et« lorsque après une lutte de quatre ou cinq ans, l'Harald , faux ou vrai , se fut entièrement emparé du sceptre qu'il convoitait, il n'oublia point son ami:

>en sa qualité de suzerain, il lui confirma la donation que lui avait faite Sigurd. Ksàï, le père de Rdgnvald,

ne se dissimulant point le p€u de fond

2u'il y avait à faire sur les droits de son Is, pensa quMiniportaitd' user de ruse, sinon pour les faire reconnaître, du moins pour habitoer les gens à les voir invoqués. Par son conseil, des ambassadeurs sont envo5'és à Panll, pour l'inviter à se conformer aux volontés de deux souverains qui ont suoeessivement donné à Rdgnvald la moitié des Or* cades - et comme le refus de ce comte avait été prévu, les ambassadeurs se rendent sans retard en Ecosse, auprès de Frakaurk , que nous avons vue s'y retirer après rempoisonnemcnt d'Uarald l'Orateur, et lui offrent, au nom de Rognvald , Tautre moitié des Orcades elle veut le seobnder et Taider h en chasser Paull. Cette proposition souriait trop à la baine de cette femme vindicative pour n'être pas favorablement accueillie. Ainsi, en même temps que le comte Paull appdrenait oue Rognvald avait paru aux Shetland à la tête d'une flotte considérable, on lui annonçait que Frakaurk s'avançait d'un autre côté avec une flotte assemblée aux Hébrides. Il n'avait en ce moment que çin(| bâtiments à sa disposition , et a peine assez de monde pour les gouverner et les défendre ; il n'hesite cependant pas , et va droit à Frakaurk , rattaque, la met en fuite, s'empare de plusieurs de ses navires, revient toucher aux Orcades et rembarque les troupes que, dans Tintervaiic, ses vassaux ont rassemblées à la hâte; pois il court à Rognvald , l'atteint avant qu'il se soit éloigné des Shetland , et , après un nouveau combat où lui et les siens font des prodiges de valeur , il anéantit la flotte de son compétitemr.

Celui-ci , aussi actif que lui, réunit les débris de ses troupes , forme son armée sur le rivage, et invite son ennemi h venir tenter sur terre la fortune oui lui a été si favorable sur mer. PiniÛ était trop prudent pour courir un danger aussi inutile; il revint aux Orcades rassurer ses amis, aviser au moyen de défendre ses ties, et préparer pour le printemps prochain une deroim descente aux Shetland. Son premier soin fut d'élever dans cliaque iiedes tours de

DES ILES DE L'OCÉAN

bois, dont l'incendie pi1t servir de signal en cas de descente. La |)remière fut construite dans l'île de Fridareya , la plus prodie des Sbetland. Il envoya ensQÎte Olaf, fils de Hrefr, prendTre le commandement et la défense du comté de Cnithness.

Tantde courage, tant de prévoyance ne serrirent pourtant qu*à retarder, si nous en croyons Torfœus » la chute du malheureux Paull. Poursuivi nnr un ejinemi jeune , audacieux , et par des femmes acharnées à sa perte , il soo- 4X>mba Tannée suivante. Fait prisonnier dans les Shetland , et livré à Frakaurk qui l'abandonna à Marguerite (1137), cette sœur dénaturée , non contente d'insulter à son malheur par les paroles et les actes les plus outrageants , l'amena en Écosse ; et , après lui avoir fait crever les yeux , le jeta dans un cachot, où il est |)robaliie qn*elle le' laissa s'éteindre misérable* ment.

Rôgnvald, que 1rs historiens anglais nomment quelquefois Konald , régnait depnis deux ans et sans partage sur les Orcades. Un jour qu'il célébrait une féte dans son chAteau de Knnrrnrstad » on apernit un bâtiment qui arrivait du côte'de l'Écosse. Le comte, ses courtisans, et parmi eux Rolfr, son confesseur, virent quinze ou seize hommes en sortir et se diriger vers eux.

A leur téte marchait un homme revêtu d*une longue robe bleue , la téte couverte d'un bonnet qui cachait sa che- ▼elure , la partie inférieure du visage entièrement rasée, mais portant des moustaches qui descendaient jusuu'audessous du menton. Chacun s étonnait de ce costume singulier; nnais Rolfr les tira d'incertitude, en leur annonçant que celui qui s'avançait était Jon, évcque d'Atjoklis en Écosse.

Un évéque était à cette époque , une puissance qui ne se déraniienit pas ^cilement, et pour Tunique plaisir de visiter ses ouailles ou ses confrères. Rôgnvald le savait , et à coup silr, tout en allant dévotement à la rencontre de l'évéque, il dut faire plus d'une fâcheuse réllexion. Jon le laissa pourtant plusieurs iours dans l'attente, et œ B0 flitqu'apr» être alléchwdier

Guillaume , évéque de Eigilsey, que, se sentant mieux appuyé, il osa s'ar-

âuitter de son message. Il s'agissait *un nouveau partage des Orcades.

r^ous allons essayer d*exposer cette ' affaire le plus cbirempnt possible.

Marguerite, bile d Hacon et épouse du comte écossais Maddad, Marguerite, qui avait été si cruelle envers son malheureux frère Paull devenu sou prisonnier, avait un fils encore enfant et nommé Harald. Il paraît que pour ft^assuier rappui de Maddad , de Frakaurk, de IMargueriteet de tous leurs partisans, Rôgnvald, au temps de sa lutte contre Paull , avait promis nonseulemeut de dédier une é^^lise à saint Hagnus, mais encore de partager avec Harald le comté des Orcades. Or, saint Magnus avait bien vu s'élever un temple sous son invocation : ceci n'ôtait rien au pouvoir du comte vainqueur; mais Harald avait été complètement oubli{\ îVun autre c(jté, ce jeune prince avait, disait-on, des droits plus positifs encore à faire valoir : son onde Paull, avant de mourir, lui avatt fendn verbalement la portion des Orcades à laquelle il pouvait prétendre romme descendant, par sa mère, de Ilaron, père de Paulletdeliarald l'Orateur; et c'étaient précisément ces droits et cette vieille promesse que venait rappeler le digne evéque Jon , assisté de son confrère Guillaume, et appuyé au besoin par des seigneurs écossais qui avaient plus ou moms pris part aux complots tramés entre Rôgnvald et Frakaurk contre le ronite Paull. Rôgnvald , toute réilexiou faite, jugea aue Uarald, encore enfont, ne pourrait le gêner beaucoup dans l'exercice de son pouvoir, et qu'au contraire, un refus de satisfaire a ses prétentions entraînerait une nouvelle guerre. Il céda donc, et le jeune Harald, accompagné de Thorhiorn Klerk, son maître et son tuteur, vint, Tannée suivante, prendre possession de la moitié du comté des Orcades.

L'empire romain , à sa décadence ,

ne vit pas de plus nombreux ronipétiteurs se disputer et se partager ses provinces. En l'an 1149, Rôgnvald se vit encore l'objet d'un message venu

du dehors ; mais celui-ci n'avait rien que d'hoDorable el de rassurant £is-

tein-Ings et Sisurd-Bronchs se parlogeaient alors le trône de Norwéççe.

Rognvald avait dil se faire une certaine réjjutatiou de put^isauce et de sagesse, puisque les conseillers de ces jeunes souverains les engagèrent à inviter le comte à se rendre à k-iir rour. Il n'était plus question de suzeraineté à exercer d6 la part de la Norwége ; c'était seulement deux {prands rois faisant à un petit souveram l'honneur de s'occufHT de lui. Rôgnvald partit, et Harald, à^é de dix-sept ans, l'accompagna. Ils trouvèrent à cette cour un jeune et noble guerrier, Endrid-Jungs, qui arrivait de Constniitinople , où il avait passé plusieurs années au service de l'empereur Emmanuel Comnène. On ne se lassait point de Pentendre raconter les miracles de splendeur et de uissance des empereurs d'Orient, si ien que Kôgnvald, qui le ramenait sans cesse sur ce sijet ùVori , se décida à aller s'assurer par ses propres yeux de la vérité de ce qu'il fntendait. Pareille curiosité s'einpar.i de (jliisieurs seigneurs norwégiens, et une sorte de caravane maritime fut organisée jpour la saison suivante. Le voyage dâiuta mal : une tempête dispersa de trop faibles embarcations, et ce fut à grand peine, et non sans avoir perdu tout ce i|u*il avait emporté de ndiesses avec lui, que Rôgnvald regagna les Orcades. L'année suivante cependant il se remit courageusement en route ; cette fois ce ne fut plus Çonstantinoplc qu'il prit pour but de son voyage « mais Jé* rusnipm. Aujourd'hui que les notions tendent a se mêler de plus en jilus, et que les voyages ne sont que de^î vi^ite^ à des frères plus ou moins éloignés , on est moins frappé qu'on ne le fut à cette é[)oque du mouvement qui poussa l'Occident vers l'Orient. Les uns n'y ont vu qu'un esoèsde ferveur reiigieu* se , d'autres en ont fà\t honneur à la politique romaine. Sans nier ni l'une ni r.iutiede ces cnu.ses, nous {)ensons qu'il eu est une autre non moins puissante : c^est un vague désir de eonnattrc, quand rit-n de nouveau ne restait à explorer autour d« soi. L'histoire

ne dit pas que Hôgovald se soit fort préoccupé des intérêts du catholicisme ni de ceux de la cour de Rome; il voulut en même temps voir du pays et

faire ses dévotions.

]\ous ne le suivrons point dans son voyage, que nous soupçonnons fort les chroniaueurs d'avoir quelque peu arrangé à leur fantaisie; nous dirons seulement qu'après être ailé à Jérusalem, et de là à Constantinople par mer, Rôgnvald ^gna Rome, où il ne parnît pns (ju'il ait songé à aller se présenter au pape; puis il revint eu X)orwége par terre.

Il trouva, à son retour, bien du changement dans les affaires des Orcades: Eistein, l'un des deux rois deNorw'ége qui lesavaiejit si ;ijn irai enient accueillis lui et Uarald, son copartageaot dans la souveraineté des Orcades, s*était, on ne snittrop pourquoi, brouillénvec ce jeune prince, l avait attaqué à l'improviste^ s'était emparé de sa personne, et lui avait imposé pour raiù^on la condition de se reconnaître sonfeudataire. I>*UQ autrecùté, Malcolm, roi d'Ecosse. donnait un nouveau maître à ces pauvres Orcades, si incessamment disputées et partagées. Ce nouveau maître était Briand,nls d'Harald l'Orateur, qui certes avait au fond beaucoup plus de droits au comté qu'Haraldet que Rôgnvald. Ce dernier, à son retour, étourdi du tumulte de toutes ces prétentions, fit à tout hnsnrd alliance avec Erland, qui lui semblait le plus solidement ap-

t)uyéi mais, réfléchissant bientôt que a conduite d'Erland en cette ciroonstance pouvait bien n'être pas sans reproche, puiscjue rien n'annonçait qu'il diU être le plus fort, il fahandonna pour se réunir de nouveau à ilarald, qui feignit de ne pas s'apercevoir de ces évolutions intéressées. Après bien des combats suivis de fortunes diverses, ils s'emparent enfin du comte Erland et le tuent Svein, le moteur de toute cette guerre, Svein, qui ne pouvait pardonner à Harald de l'avoir exilé de ses domaines lui et sa famille, parce que Gunnius, son frère, avait été ramant heureux de cette Marguerite dont nous avons si souvent ^ulé déjà,etqui étaitiamèicdujcuDecoiPtc;

DES ILES DE L'OGfcAN.

Svein , qui tenait encore la campagne après te mort d*Erlaiii,était anhomme trop supérieur à Harald pour que Bdgnvald ne fût piis en secret porté à une certaine indulgence pour lui. 11 n'épargna donc rien pour les remettre d^accord; mais en bonne politique, c'était du côté de Svein qu'étaient 1rs torts, et tout en le condamnant ;i payer aux deux souverains des Orcades une flirte amende, il i*empre^ de lui remettre la part qui, à ce titre, lui re« Tenait à lui-même.

Cette querelle ne finit pourtant pas la : on se brouilla de nouveau, on batailla encore, mais en définitive Svein et Harald firent une bonne fois la paix. Rôfînvald touchait au terme de sa carrière ; un assassinat devait la finir. Tborbiorn Klerk, que nous avons vu arriver dans les Orcades à la suite du jeune Harald, et en qualité de son mentor, en avait toujours voulu à RÔgnvaid de ne s'être pas laissé placer aussi sous sa tutelle. Une antre eir* constance plus récente avait encore animé son ressentiment : il avait osé, malgré les ordres de RÔgnvaid, violer un lieu d'asile, une église, et y donner la mort à Thorarini, son ennemi; et Rognvald l'avait chassé des Orcades. Un jour que le comte était à la chasse dans le comté de Caitliness, Tborbiorn lui dresse une embuscade, et régcvge avec cinq cavaliers quiTaecompagnaient (20 août 1159).

Nous nous sommes à dessein étendu sur le règne de Eùgavaid, parce qu'aucun antre ne présente une plus nombreuse série de faits capables de bien faire comprendre ce qu était, non pas seulement le gouvernement des Orcades et la politique de leurs comtes an moyen âge , mais encore le* gouvernement et la politique de tous les États grands et petits. Le gouvernement des peuples n'étant alors basé sur aucun pHncipe, le pouvoir et les institutions variaient suivant chaque nouveau chef : forts avec celui-ii, faibles avec ceiui-là. Rien n'était précis, déterminé, encore moins reconnu ; une tore était un héritage que des collatéraux pouvaient disputer aux descen- «QUgMdiieotC} resseotiei était

d'être assez fort pour oser l'entreprendre et pouvoir réussir. HMonSt toutefois, en passant, qu*aa fond de

cette anarchie vivait déjà une pensée juste et féconde : l'usurpation sentait qu'elle ne se suffisait pas à elle-même^ et eHe demandait chaque fois à la nation assemblée de sanctionner son succès.

RÔgnvaid) aussi infatigable poète

r{ bon guerrier, ne laissa pa^ passer moindre des événements sans le

célébrer dans ses chants, qui sont parvenus par lambeaux jusqu à nous.

Celait sans contredit l'un des lioniraes lee plus remarquables de son temps. Il partage avec Magnus Thonncur de pouvoir figuier sur le calendrier romain.

Harald succéda de plein droit à Hognvaid , et réunit toutes les Orcades sous son autorité. Svein , avec qui il avait été si longtemps en guerre, et que Rôsnvald avait en derpier lieu réconcilie avec lui, était le plus re* doutable pirate qui fût encore sorti des Orcades. Il fut enfin tué en Irlande par les habitants de Dublin, au moment où il se présentait pour prendre possession de cette ville. Tout semblait promettre à Harald un rè^ne paisible. Il était encore dans la joie du second mariage ou il venait de contracter avec la lllie du comte de Mo* ravie, lorsqu'il reçut la nouvelle que Magims, Cls d'Erling-Skack et neveu par les femmes de Sigurd le Hiérosoiymite, lui préparait de nouveaux embarras. Harald, fils d*Eiric-Slagbrellr, et neveu du dernier comte Rognvald, était venu réclamer de ce roi la moitié des Orcades et le titre de comte qui avait appartenu à son grand-père; et Maçnus avait accédé à sa demande. lia* rn!(T, que nous nommerons le jeuM^ pour le distinguer de raiicien associé de Rognvaid , que nous distinguerons par l'épitfaète Aanekny s*écait ensuite rendu auprès de Guillaume , roi d'Écosse, pour en obtenir pareillement et au même titre, l'investiture delà moitié du comte de CaithnesS;et Guillaume s'était montré aussi facile que Magnus. Ce n'était là que le renouvellement de ce qui avait dqà eu lieu si

72 L'UJS]

soaYOït, et la preuve que les rois de

>'orwége pouvaient bien quelquefois ne pas invoquer leur droit de suzeraineté , mais non jamais l'oublier entièrament.

Nous ne suivrons plus pas h pas les faits et gestes des comtes des Orcades ; les mœurs restant ton jours les mêmes, nous ne ferions que repéter, sous d'autres noms, et en d'autres termes seulement, les mômes inlri;:iips, 1rs mêmes combats et les ménu'S rf'sultats obtenus par la victoire. Les fon os militaires des Orcades, et par ooDscquent la population decestles s'étaient ce- |)endant arrnies , puisque après les guerres d'Ilarald le jeune et sa mort, nous trouvons dans les historiens qu*Harald le vieux put mettre en eampagne sept mille fantassins et un corps de cavalerie. Il est vrai que cette petite armée, destinée à combattre Guillaume d'hxosse, qui s'obstinait à réclamer le Caithness, fut détruite par lui aussitôt qu'elle se montra, en 1197. Les Caithnésiens s'etant révoltés de nouveau sous la conduite de Roderick et de Tborfinn, fils dUarald Tanden , Guil* laiime alla à la rencontre de leur armée et la défit près d'Inverness. Roderiek mourut dans le combat, et Guillaume ayant sur^>ris Harald l'ancien au fond du Caithness, et ayant déclaré qu'il le retiendrait prisonnier jusqn'à ce (|uc Thorlinn fiit venu se mettre à sa disposition , ce jeune homme accourut ; mais peu de temiME après, sous prétexte qu' Harald remuait encore, Guillaume Im lit crever les yeux et couper les parties sexuelles; l'infortuné mourut bientôt des suites de ces traitements barbares. Harald raucien, son père, expira aussi en 1206, à Tâge de soixante et treize ans, et avec lui finit la dernière des souverainetés indépendantes du nord de TÉcosse.

Ses Gis Jon et David lut succédèrent , et à ceux-ci, en 1230, Mni:nus, remplacé lui-même . rn 1 2ôG , par Gibbon , qui , en 1207, céda la place a un nouveau Magnus, fils de Gilbert. A celui-ci succéda un troisième Magnus, fils de Gibbon, qui régna jusqu'en 1274.

Après la mort de ce dernier comte, les Orcades paraissent être restées sans

maître pendant quelque temps; car ce

n'est qu'en 1276 que son fils, portant le mnm nom que lui , fut appelé à recueillir son héritage, qu'il conservajusqu>n 1384. JoD , son lils et son sueoesseur, épousa, en 1300, la fille do roi (le Norwégc , Kiric. Un an après , un pirate, nommé Lokuland , dévastait les Hébrides , et y faisait forger environ cinq mille hommes, et trois mille femmes et enfant?.

Lu perdant de leur importance comme princes visant à l'indépendance, et en se plaçant SOUS le patronage plus immédiat des rois de!Sorwége, les comtes drs Orcades avaient acquis à la cour (le leur maître cette sorte de grandeur factice si jalousée des courtisans. Jùn effet, loraqu'en 1S08 le roi de NorwéffeHacon abolissait, dans ses États, les titres de comte et baron, il ne faisait d'exception qu'en faveur des prmces de son sang et des comtes des Orcades ; et quand , en 1343, Ma?nus, fils d'Kirie, roi de Suède, de ^'or^vé^c et de Danemark, mariait i>a liile, Argirel, comte des Orcades à cette époque, était appelé à Tbonneur de signer le premier au contrat. Ce n'est pas cependant qu'il n'y eût de temps en temps , et comme' par le passé, de secrets compétiteurs à ce poste, environné encore d*un certain éclot. Une lettre écrite, en 1357, au roi de Norwége par les principaux d'entre les Orcadieos , fait mention d'une prétention de ce genre, qui ne paraît pas avoir exdté , à cette époque , les troubles fluî en seraient résultés deux siècles plus tôt. Un nonuné Ëringils occupait alors le comté.

Henri de Sinclair n*obtint, en 1369, l'investiture du comté des Orcades, de la part de Hacon III de ISorwège, qu'à des conditions qui restreignaient l'autorité déjà si amoindrie des seigneurs de ces iU», Alexandre deArd,qni lui succéda m 1375, fut soumis à la même obligation, que dut contracter, en des termes encore plus formels, on antre Henri Sinclair ou Sinclar, en 1379. Par l'espèce de traité vraiment curieux, mais trop long pour <^trc transcrit ici, qu'il signa dons cette circonstance, ce comte s'obligeait

DES ILES DE L'OCÉAN

à fournir rrnt soldats pour le service du roi de Korwege, et s'engageait a n'avoir d'autres ennemis ni d'autres amis que «eux de ce souverain. Il promettait, en outre , de mettre son oomté à la disposition du roi , à la seule condition

3u*il ne le [lartaizerait pas, et ne le onnerait à personne. Lu point qu'il importe de noter en passant , c'est que l'évôque des Orcades paraît avoir été , à cette époque , de bien moins facile composition que le comte, puisque ce- Iai*ci prend YÎs-à*vis du toi de Nor* wége rengagement de ne rien conclure avec cet évéque sans Tagrément préalable du suzerain.

Cet acte de soumission dut être renouvelé, en 1418, ^r Jean Sinclair, et, en 1438, par David Meiner, seigneur écossais, appelé évidemment au comté des Orcades oar un caprice du suzerain de ce lier. David Meiner indisposa tellement ses vassaux qu'ils présentèrent contre lui , au roi de Norv t i^e, une accusation portant sur trente-cinq faits, dont les plus notables étaient d*avoir exporté des grains en temps de disette, et altéré la monnaie. Ké- Yoqué en 1427, il fut temporairement remplacé par l'évèque , qui , ainsi qu il s'y était engagé dès le principe, remit ses pouvoirs , en 1434 , à Guillamne oe Sinclair, autre gentilhomme écossais, auquel , au dire de Bucanan, Robut, son (ils, succéda en 1463. JNous nous expliquons difBdlement cette préférence pour des étrangers au détrmient des nationaux. L'histoire de ces temps étant celle des hommes plus que celle des choses, il fiiodrait , pour édaircir les points obscurs qu'elle présente, beaucoup plus de matériaux nu'il n'en serait besoin pour embrouiller celle d'une de nos grandes périodes modernes. A ia vénté, les historiens anglais disent que les rois de ^'or\vége ne possédèrent les Orcades que jusqu'en 1266, époque à laquelle Magnus IV de Norwéi;e, étant en guerre avecrÉoosse, les oeda à Alexandre III , moyennant la somme de quatre mille marcs sterling, une fois payée , et celle de cent marcs sterling, payable par année. Ils ajoutent qu'en ISia Hacon confirma cette do-

nation. La seule transmission bien avérée ne date cependant que de 1464:

Christian V , roi de jNorwége et de Danemark, donna alors ces tin en dot à sa fille Marguerite, qui épousait Jacques III d'Ecosse. Toujours est -il que de 12G6 à 1404 les comtes des Orcades prêtèrent constaniment serment de fraélité aux rois de Danemark.

Robert Sinclair aynnt refusé d'obéir à un ordre de conibaraître oui lui était adressé par le parlement d Ecosse, le comté des Orcades fut réuni i la couronne d'Écossê, et y resta attadié jusqu'au rèiine de Marie Stuart.

A cette époque, elle créa duc des Orcades Jacques Hepburn, comte de Botwell , afin de le rendre , par ce titre , plus digne de devenir son époux. Ils furent mnriés le 15 mai 1567, dans le château d'Uolyrood , et d'après le rite de l'Église réformée, par Adam Botvell , évéque des Orcades et frère du nouveau duc. Celui-ci , prévoyant combien ce mariage soulèverait de jalousie contre lui parmi les meinbres de la noblesse d'Eeosse, et connaissant d'ailleurs les soupçons qui pesaient sur lui au sujet de ^assassinat de Darnle)[, premier mari de la reine, fit bMir dans l'île de VVestray , l'une des Orcades , un château fort , nommé Noat> Jand , qui pilt lui servir de retraite en cas de danger. L'événement justifia ses craintes; car, ayant été abandonné par b reine, et étant poursuivi par les lords de la congrégation, il renftiit avec deux ou trois vaisseaux , et se réfu£ri;i aux Orcades, Mais son chi'iteau de iNoutland n'étant pas encore entièrement bâti, et rentrée de celui de Kirkwall lui avant été refusée par le gouverneurGilbertBalfaur, il se remit en mer et se livra à la piraterie , jusqu'à ce que 'V^'illiam Kirkaldie le forçât à se rendre en Norwége. Arrêté et conduit en Danemark , il y fut jeté dans un cachot , ou il mourût au bout de dix ans de captivité.

Après sa mort , lord Robert Stuart, nis naturel de Jacques V , fut fiiit , en 1581 , comte des Orcades. Comme il avait été auparavant pourvu de l'abbaye d'Holyrood, il l'échangea avec Adam

Botvell> Il firèro du dernier comley

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