L'UNI
pour rév^ché des Orcades, et se troova réunir ainsi toute l'autorité. Il fit reconstruire en partir le palais de Birsa , résidence principale des comtes. Vers ce temps. Jacquet VI ayant éoousé Anne, foeur du roi de DanemarK, ce dernier signa une nouvelle renonciation aux droits qu'il pouvait encore faire valoir sur les Orcades et les Shetland.
Patrick Stuart, fils de Robrrt, succéda i\ son père. Les plaintes de ses vassaux contre les actes d'oppression qull ae permettait engagèrent le roi à traiter avee sir John A rnat , à qui le comte avait ençrasé ses fitats, qui r^^ inrent ainsi à la ronronne d'fxosse. îSir James Stuart fut envoyé aux Orcades seulement en qualité de ehambellan et de ^érifl^ Le comte cependant , retenu prisonnier dans le château de Dambarton , cliargea son fils naturel , Robert Stuart, de reprendre les châteaux de Kirkwall et de Hirsa , dont sir Jamea s'était tout d'abord emparé au nom du roi. Cette entreprise ayant réussi , le comte de Caithness fût a son tour chargé par Jsomies VI de venger cet affront. Le château de Kirk\\all fut alors repris et démoli , et Robert Stuart, qui y fut fait prisonnier avec quelquesuns des serviteurs du comte, fut en- ▼c^ à Édinbourç, où ils furent pendus. Le comte lui-même fut décapité l'année suivante (1615). Les Orcades furent administrées par des eouverneur8jus<]u'en 1647, époque à laquella lord William Dooglass , comte de Morton , fut créé, par Charles I", oomta des Orcades.
Son (ils, Robert Douglass, lui suc- ' eéda en 1M8. €*M en eette année qu6 le marquis de Moarose arriva de Hol« lantin avec quelques ofliciers et des troupes étrangères, qui furent tue^ OU prises à la bataille de Carhersdale.
En 1664 « WMIism Douglass prit la place de Robert, son père. Un vaisseau hollandais , chnrgé de nioiniaie d*or , ayant été capturé et amené aux Shetland , et ies lords de la trésorarie ayant forcé William k rendre compte de cette prise, il fut rontraint lytr un
décret spécial de revendre à l'Éoosse
son droit de seigiiearie.^l4t Oveades
furent alors annexées une dernière fois à la couronne ; et un acte du parlement ordonna qu'elles seraient, à l'avenir « administrées par im aimple intendant (1669).
Depuis cette épmpie, le titre de comte de ces îles, passé dans la famille Hamilton , n'est plus qu'honorifique , et les Orcades ne figurent plus dans riiistoire. Réunies aux Shetland dont nous allons nous ocx^uper, elles envoient un représentant au parlement d'Angleterre.
Nous avons donné à e« résumé des annales des Orcades plus d'étendue (pjo nos lecteurs ne s'y ntWndaient peut-être ; mais deux moti£s nous ont
f;uidé dans le plan de ee travail : d'a- K)rd l'histoire de ces lies , quoique fort intéressante, était presque inconnue en Europe ; elle n'existait que sous foroM de documents obscurs dans la chronique latine de l'Islandsis Torfœus, d.ins rOrkeneyinc;n-Sa^a, et dans quelques auteurs presque iiîiiorés ; c'était donc une page curieuse des ftstes du moyen âge à rétablir à sa place, restée vide jusqu'à présent ; en second lien. I:i bioi^raphie des comtes des Orcades se lie intimenient à celle des roisde^iorwege et d'Ecosse, qu*il nous a semblé qu^sUe formerait lin utile appendice au tableau de ces deux derniers pays. Ces considérations nous ont décidé à braver la poudra des in-folio , où dormait depuis si longtemps le passé historique dea Orcades, et à rassembler dans l'ordre logique la multitude des faits entassés dans le fatras des ciironiques. ^'ous regrettons seulement que le court m* paoa qui nous était assi^é ne nous ait pas permis de mm étendre sur les mœurs des temps barbares ; nous aurions décrit en détail les combats sanglants que se livraient ces rudes de^ cendants des nTicietis Scandinaves; nous aurions tait asseoir le lecteur aux banquets , ou plutôt aux orgies de ces hardis pirates, la terreur des mers du Nord; et da pareilles soèoes»
fidèlement retracées, auiaient offerl un intérêt puissfant.
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DES ILES DE L'OCÊAIV
ILES SVETLAHD.
T.cs Orcades et les Shetland ont entre elles tant de ressemblance sous le rapport du climat , des productions, et même des mœurs et des usages , que nous aurions pu les réunir (ians une seule et même notii^e; mais nous avons craint de rendre diffuse et inintelligible la description de ces ties nombreuses qu'il importe de bien distinguer les unes des autres. Le soin que nous avons mis à reconstruire, d'après les anciennes chroniques, le passé curieux et trop peu connu des Orcades, nous a déterminé à renvover «k un artiric sjx'cial l'archipel des ^hetlaud , dont nous n'avons presque rien à dire soutf le rapport historique, puisoue ces lies ont toujours suivi Je sort de leurs voisines. Mais nous avons redoublé d'attention pour ne laisser échapper, dans le travail qu'on va lire, aucun fait important parmi ceux qui sont relatifs à rhistoire naturelle et à la
fjéographie ; de sorte qu'en rénnissnrit es deux notices, on aura ce qui a été publié de plus complet sur les de^ nières terres boréales de la Grande- Bretagne, et ce que les chroniqueurs du Nord nous en ont dit.
Coup dgeil Gt^EiiAL. Les îles Shetland , appelées par les Hollandais Zetlandy et par les Danois Yelland, sont situées entre l'Atlantique et la nier du Nord, au nord quart-nord-est de Rocannets, en Écosse , dont elles sont éloignées d'environ quarantecinq lieues mnriiies, et à seize ou dixsept lieues marines des Oreadcs, auxquelles les rattache en quelque sorte nie de Fair, petite terre inhabitée, dont les parages servaient autrefois de point de station aux vaisseaux hollandais revenant des Indes.
Ce groupe a treate-six lieues d'étendue du nord au sud, et seize lieues de Test à l'ouest , entre les ^O'' f.v et er 12' de latitude nord, et les 3° 'J et 4° 36 de longitude ouest. Il est cornpofé d*uoe quarantaine d*tles, dont i||iiiiiie Ott vingt sont habitées. Les
plus petites ne sont que des îlots ou rochers appelés holnu. Parmi les lies habitées, trois seulement méritent une mention; ce sont Mainlarid^ qui s'étend du nord au sud sur toute la longueur du groupe; Yell , à l'est de l'extrémité nord de celle-ci, et Lnstà Test de cette dernière. IJI la mer qui entoure les Shetland est, dans la bonne saison, moins mauvaise que celle des Orcades, les côtes de ces îles sont, en revanche , d'un accès plus difficile, nies sont généralement hautes et s'élèvent perpendiculairement du fond de la mer. Sur plusieurs points, elles sont inaccessibles , coupées par d'énormes précipices, et hérissées de rocs effravants; elles offrent un aspect qui frappe î'fime de crainte et d'horreur. Le courant du Ilux porte au nord, et celui du reflux au sud, excepté aux extrémités nord et sud du groune, où le flux porte à Test et le reflux à l'ouest.
Le climat des Shetland est trèsinégal, mais plus sain et moins rude, en hiver, qu*on ne pourrait le supposer sous une latitude aussi élevée. On attribue ce fait à l'air de la mer, qui entretient constamment une i^nde humidité; mais cette explication nous semble peu acceptable , attendu que d'autres contrées, placées, sous ce rapport, dans les mêmes conditions , ne jouissent point des mêmes priviléges.Peut-êtreapprocherons nous davantage de la vérité en cherchant la cause de la température, qui , dans le courant de Tannée, est, terme moyen, de -4- 5* Réaumur, dans les foyers volcaniques souterrams , dont la configuration générale du groupe, et surtout celle de l'île Mainland, en particulier, attestent la présence; il faut aussi tenir compte des inextricables inégalités d'un sol hérissé de rochers qui contrarient et brisent les vents froids, dont le souffle agite ordmairement en février et en mars les flots de ces mers peu profondes. Le piiotempt oommeoce à '
LLNIVERS.
la fin d'avril ; les chaleurs vers le milieu de juin ; l'automine, qui amène de
EraiMtes mfatkmsdetempératttre, des rooîllards épais en septembre, et des vents violents accompagnés de pluies abondantes, est de cotirte durée; dès lu mi-octobre oncomaience à sentir les froids, qu i persistent pendant six mois. Comme dans les Orcades, la neige séjourne peu sur le sol , et les glaces sont peu fortes ; mais alors la mer esttrèsasitée, et les ports sont presque inaocessibles. La grande réfraction qui a lien dans ces latitudes septentrionales procure à ces îles, en été, la vue du soleil pendant près de trois mois, sans interruption, puisque dans 111e de Unst, la plus septentrionale dugroupe, il reste jusqu'à dix-huit heures cinquante-cinq nn'nutes sur riiorizon; mais, en hiver, où il ne parait que durant cinq heures, cet astre reste caebé pendant près de trois mois. En un mot, en juin et juillet, il s'en faut peu que les nuits ne soient aussi brillantes que les jours, et en décembre, les jours sont presque aussi ténébreux que lesnnits. Vers, le solstice, on voit chaque nuit raiirorc borénie, que les naturels du pays appellent merry dancers (les joyeux dan* sears.)
«Ces aurores, ditPemnntt copié
textuellement par Laing , voyageur plus moderne , accompagnent constamment les claires soirées dans toutes ces tles du Nord , et sont d'un grand secours pendant l'obscurité des nuits d'hiver. Klles commencent ordinairement à paraître à Theure du crépuscule, et offrent alors une couleur brune foncée approchant da jaune. Quelquefois elles restent dans cet état pendant plusieurs heures, sans aucun mouvement sensible , après quoi elles se divisent par bandes de lu» mièreplus vive, s'étendentencolonnes, prennent lentement et successivement mille formes différentes , et varient leur couleur, depuis le jaune de toutes les nuances jusqu'au rouge le plus foncé. Souvent elles couvrent l'hémisphère entier, et prennent la plus brillante apparence. Leurs mouvements alors sont extraoïdinaliement vifr, et elles
étonnent le spectateur par le rapide changement de leurs formes. Elles se montrent soudain sur des points où Ton
n'en voyait pas trace auparavant , et glissent légèrement le long des eaux ; le moment d'après elles s'éteignent et s'évanouissent tout à coup, en laisiiant après elles une étendiie obscure et uniforme. Bientôt ce sombre espace s'illumine de nouveau pour s éteindre encore , et ne laisser que le même fond ténébreux. Dans certaines nuits, elles s*étèvent en colonnes, qui présentent d'un rôté le jaune le plus foncé, tandis que l'autre décline, par des ombres graduées , jusqu'à se confondre avec le firmament. En général, elles ont, d'une extrémité à l'autre, un mouvement de tremblement qui dure jusqu'à ce qu elles s'évanouissent. >•
Pour clore celte description généraie , et avant de passer à celle des tles de Mainland , d'Vell et-d'Unst, qui nous feront connaître ce groupe dans ses détails , nous dirons que la surface des Shetland ne présente que dM montagnes noires et crevassées , et quelques plaines tourbeuses entremêlées de rares espaces verdoyants, qui paraissent fertiles. De nombreuses sources d*eau , qui descendent des montagnes constamment humides, donnent nnîs<;ance h une infuiité de cours d'eau et de kics peu étendus, mais qui abondent en excellents poissons, et surtout en truites.
Description géographiqve. — La configuration de Mainland est singulière; cette île s'étend du nord au sud , dans un espace d'environ vingt lieues; elle en a cinq dans sa plus grande larçeur, et deux dans sa partie la plus étroite; ses contours sont tellement découpés, uu'il ne s'y trouve aucun point oui soit a plus d*une lieue de distance oe la mer ; ses côtes for* ment ainsi une multitude de promontoires irréguliers et un grand nombre de presqu'îles , liées entre elles par des tstnmes étroits , de sorte qu'elles offrent d'innombrables baies et des ports vastes et silrs , désignés dans le pays sous le nom de voes. Elles peuvent être partagées en oeuf presqullei
DES ILES DE UOCÉAN
principales, en descendant du nord au sud. La première, très -petite, en face du holin nommé Petit V ia ; la deuxième, en fiioe de celui de Solo; la troisième, où se trouvent les bourgs ou hameaux de Cnrdstn , de Hammer et de ÎS'est; la<juatrieme, qui se trouve au centre: la cinquième où sont situés Date , Fiitabur^ et Skeida ; la sixième, à l'est, qui est réunie à la précédente par l'isthme de Mavisgrind, Inrge de quatre toises, et où sont bâtis Kirbuster, Nasting, non loin du promontoire d'Edwick, et Scalloway ; la septième, au sud , qui n'a guère plus d'im-
Eor tance que les deux premières ; la uitième , où sont places Lerwick , la capitate. Saint •Paul et Sandwick, è rextrémité sud ; enGn la neuvième, celle où est creusée la belle baie de Quendal, formée par les deux promontoires de Fitland et de Samburgh.
D*aprè8 ce qu*on vient de lire , on conçoit que la forme de la principale des Shetland soit, comme nous l'avons dit, des plus extraordinaires. Les seules villes dignes d^étrecitées sontRewteck, qui est peuplée de pécheurs, et où roii ne brùIe que de la tourbe, et Lerwick, qui compte mille habitants, et possède , en signe de sa suprématie , un fort nommeCbarlotte , occupé par une ftil»teganusoa d'invalides. Les rochers et leurs groupes affectent dans cette lie, connne. dans toutes les autres, des formes treà- variées : ils s'élèvent tantôt en pyramides aiguës, tantôt en cathédrales aux tours majestueuses ; tantôt enfin ils présentent au-dessus de la mer l'apparence d'une flotte composée de nombreux vaisseaux. Quel* ques sommets atteignent une hauteur
f»rodigieuse. Le mont Ronn, près de 'isthme de Mavisgrind, a vers sa base une lieue deux tiers de long, une lieue un tiers de large , et trois mille neuf cent quarnntf -quatre pieds jgéométriques d'élévation. Sur sa pointe on a construit uneéchnuîïuette, faite de quatre grandes pierres verticales; deux autres, placées horizontalement, fonnent te toitt au-dessus duquel on a dressé une pyramifle en pierre. Cinq ou six personnes peuvent tenir dans ce réduit.
Dans le voisinn£»e est un rocher perpendiculaire très- élevé, et qui , vu de quelque distance , ressemble à un vais* seau i la voile; tout auprès se dressent deux autres rochers en forme de colonnes, sur lesquels les cormorans viennent faire leurs nids tous ies deux ans. Dans le même canton est te rocher de la porte ^ Doorholm , dont une partie est arrondie, tandis que le reste semble une ruine composée d'un seul éclat de rocher , et contient une ma' cniiique arcade întértenre'de soixantedix pieds de haut, écteirée par une ouverture placée à son sommet. La mer pénètre dans cette salle souterraine, où entrent aisément les pêcheurs.
Mous allons maintenant , en commençant par la côte ouest , et en remontant du sud au nord , faire le tour de Mainland ; et, tout en signalant les principales lies et holms environnants, nous compléterons les notions nautiques qui seules ont quelque importance • pour ces parafes reculés.
A f extrémité sud , est , ainsi que nous l'avons déjà dit , le promontoire de Samburgh. Walter Scott ,' avec qui il est puéril de lutter pour la vérité des descriptions , s'exprime ainsi dans son PinUe :
« Cette tle , longue , étroite et déchiquetée, appelée continent (Mainland) de Zetland, se termine, comme le savent très-bien les marins qui naviguent dans les mers orageuses de la Tliulc des anciens (*) , en un roc escarpe, d'une immense hauteur, nommé Samburgh-Uead , qui présente son crâne dépouillé et ses flancs décharnés aux Ilob, constamment en courroux , d'un courant qui ne le cède en force qu'à celui du Pentland-Firtii. Du côté de la terre, ce promontoire s'abaisse ra- pidement jusqu'à un petit isthme , découpé des deux côtés en baies qui s'avancent graduellement f et semblent
(*) On voit que l'illitstre ronmcier admet trèt-gntiHtcflBent que Tbolé cil litoée dais
ces para^'i-s , tandis qu'il faut la chercher, ainsi qu'on le verra dans uolrc travail flir l'Hoode, vers k nord du Danemark.
Vs
Touloîr opérer nn jour une jonctfon ,
qui fprnitdu Sambiirgh-Hcad une montagne isolée entourée par la mer. »
Le bourg de Sandwick , qui descend jusque sor le port du même nom, s'rirvp sur la pointe de >^onmny. A un tiers de lieue .ni nord-est de cette pointe est rile de Monsn, qui aune demi-iieue au plus de longueur, et est trà^étroite. De nie de Mousa a l:i pointe de celle df Bressay, il y a deux lieues. Au centre du canal qne'forme rette dernière île, et sur la cote de Mainiand, est la rade qui porte également lenomdeBressay, et autour de laquelle s'élève en demicercle T.erwirk , avec le fort Charlotte dont nous avons parlé, et qui défend rentrée du port. En 1665 , pendant la guerre contre la Hollande, la flotte anglaise , commandée pnr le comte de Sandwick, mouilla tout entière dans cette rade , qui est excellente et trèsliréquentée par les pécheurs de harengs. C'est dans rîle de Bressay, longue de quatre milles, hvç^c dedni'x, et située par les 60° 1 4' de latitude nord, et 3» 32' longitude ouest, que les bati- . meots destinés à la pèche du Groenland viennent compléter leurs équipages ; car on y trouve de bonne eau , de la tourbe, et du poisson en quantité prodigieuse. Un |)eu au sud de Lerwick est Scalloway, avec les ruines da château qu'jf avait fait construire vers 1000 Patrick Stuart . usurpateur du comté des Orcades et des Shetland. Au ■ud-est, et à peu de distance de Bressay, est la petite île de Noss, dont le promontoire méridional s'élève à pic à quatre ceuti quatre-vingts pieds de hauteur.
« Vis-à-ris , et à mtfo-vfnct-setse pieds de distance de nie , dit le capitaine Laing, sVIèveunîlot debuiteur égale, dont le sommet est parfaitement uni , et couvert d*nn pâturage excellent pour les moutons. On avait cru qu'il f tnit impossible d'y transporter ces animaux; mais il suffit de montrer des ditUcultés à 1 homme, pour que ton esprit oherehe à lee vaincre, tin insulaire gravit sur ce rodier, y attacha des cordes à des pieux , qu'il ticha eu terre j on porta rautre bout
des cordes au cAté oppo!;é du détroit , sur le promontoire , où elles furent fixées oe la même manière. On arrangea un panier ou un berceau, pour qu'il nOt, à l'aide de ces cordages, passer par dessus l'abîme d'une île à l'nntrc ; et c'est le moyen qu'on emploie encore aujourd'hui pour transporter les moutdns. On y a aussi recours pour aller prendre sur le rocher les œufs ou les petits des oiseaux de mer qui viennent y nicher en quantité innombrable.
« La construction d'un phare sur nie de Noss serait extrêmement utile aux navigateurs ; car plusieurs vaisseaux , et entre autres une frégate russe de trente-huit canons , se sont perdus sur la côte orientale des Shet-
Fntre cette fie et celle deBressny est un canal nommé Bressatj-Soutuf. Pour le franchir en sûreté, il faut attendre la pleine mer, et éviter avec la plus grande attention les bancs et les rochers dont le fond est semé. Au nord-est de ces deux îles , est le Green-holm , rocher vert; puis, toujours en remontant, mais tout à cété de Mainiand , et en face de l'enfoncement près de l'extrémité duquel est , dans l'intérieur des terres , le lac Laxford , on rencontre six îlots nommés Catfurneff. Au-dessus de la pointe d*Eiwick , et à l'ouest , dans l'intérieur de la profonde baie qui existe en cet endroit , sont quatre Ilots ; six autres gisent plus liaut. Kntre nie de Whal ou Wolsey et Mainiand , et enfin dans le golfe creusé entre la troisième et la quatrième péninsule, on en trouve huit, dont les
Ërincipaux sont Fisholm , Santare et fça. An nord de la première péninsule , est l'holm Petit-via , et au nord de la deuxième celui de Solu. Kn descendant la côte occidentale , les îlots principaux qu'on rencontre sont Ruoystone ; Stenell , où les goélands viennent faire leurs petits ; le IMaidenskerry (roche vierge), ainsi nomme, parce que Jamais personne n'y a mis le pied ; TOcéan-Skerry , qui sert de point de reconnaissance pour les vaisseaux qui viennent du nord ; Papastone, qui renferme une caverne naui-
DES ILES DE L*OCÊAN
tavdie , peroée de tnds entréet par Iflsqnem le flux et le neflux prennent leur cours, et éclairée par un trou pinré au sommet de la voûte ; à l'ouest de cette dernière, et assez loin, Fula, longue de trois milles, large d*un et demi , avec un port nommé Ham (*) , est supposée, par quelques géographes, être la Thulé des anciens; Orna, Papa, GTeen, East-Burgo et West-Burgo, INarray, Tronza, Manvick, et la grande et la petite Herra. Entre celle-ci et Mainland, on trouve le canni Cliftt- Sound, les îles Saint-Ringius ou Samt- Theonus, et enfln Golse.
Yell , longue de vingt milles et large de douze , est In seconde des Shetland en étendue; elle a plusieurs bons ports, et notamment ceux de Lie, au nord, de Sandwick, à l'extrémité sud-ouest, et de Quia , an centre de la côte sud. Unst, la plus septentrionale des terres bntanntàues , a huit milles de long sur quatre de largeé Son port, Dooime Balta, sitaé smr la c6te onentnle, y forme on enfoncement de près de deux milles, Aii-devnnt est une crande lie étroite , qui se nomme égaiemeiil Balta, et qui le garantit contre tous tes vents. Les navires y trouvent des plages commodes pour le radoub, et il est le plus t>équenté par lee iwWms qui vont au Groenland.
Cest dans Pfte de Unet qne s'établit, en 1818, notre savant compatriote, M. liiot, pour se livrer aux travaux Ecicntifiuues dont le gouvernement anglais loi avait Mlite les moyens , et qui avaient pour but de prolonger jusqu'aux Shetland la méridienne d'Ks-
{)agne et de France. Ce physicien céèbre a laissé des pages intéressantes, et empreintes d*une véritable poésie , sur cet îlot , transformé par lui en observatoire astronomigue. La description qu'il en donne Uit bien connaître œ triste con déterre, « ooa> Irée bnHneuae,pietwaBe,sao8qicnMns, sans un arbre sur les montagnes ou dans les plaines pour reposer la vue ; royaume de la pluie , du vent et des (*) CMtTMiioB in vol namgien ktarn (port), rn dauoit Aom, m ma^iàê hmtm, SB françùi iWinv
tempêtes , eù ratnospbère , oonstam»
ment imprégnée d'une froideur hu»
niide , n'apporte quelque adoucissement à Tapreté des hivers que soug la triste condition de n'avoir pas d'été. » Tous ees inconvénients n'em* pèchent pas les habitants de Unst d'aimer leur pays. « Ce qui les attache à leur patrie , dit M. Biot , c'est rinaltérabie \mx dont ils jouisse;it, dont ils savourent toutes les douceurs.
Depuis vin^t-cinq ans que l'Europe se dévore elle-même (l'auteur écrivait ceci a la lin des guerres de l'empire) , on n'a pas entendu dans Unst , à peine dans Lorwiok , le bruit d'un tambour; depuis vînfît-eînq ans , la porte de la maison que j'habitais était restée ouverte la nuit comme le jour. Dans ttMit cet intervalle, ni conscription ni presse ne sont venus troubler ni affliger les pauvres mais tranquilles habitants de cette petite ile. Les nombreux récifs qui l^viroonent^ et qui ne la rendent accessible que par des temps favorables, lui servent de flotte pour la défendre des corsaires en temps de guerre. Et ^u'tât-ce uue des corsaires y viendraient chercner? Ici on ne reçoit les nouvelles d'Europe que comme on lit l'histoire du précédent siècle ; elles oe rappellent aucun malheur personnel , elles ne réveillent aucune animosité ; aussi elles n'ont plus cet intérêt , ou plutôt cette fureur iUx moment , que produit l'exaltation insensée de toutes les passions , et l'on philosophe avec tranquillité sur des événements qui semblent se lepporter à un autre monde. »
A un demi-mille de l'extrémité nord de l'île de Unst, s'élève le Wallafied , qui y aboutit après avoir couru parallèlement à la cote occidentale, il a six cents pieds de hauteur eo cet endroit.
Au centre , le CrossUed forme oresque un angle droit avec le Wallafied ; an nord, le Saxafortii s*élèveà sept c^nts pieds, et s'aperçoit à une grande distance en mer. Parallciement à la rote orientale , s'étend le Wordhill. Entre ces montagnes , dont la plus haute est couverte de quelques pieds de mousse, se trouvent des plaines iSertiles ; et de
leurs flancs coulent des sources qui aNmeDtent plusieurs lacs. Celui de ClifTadetix milles dp Ion;: sur im demimille de large; ses rivages sont agréables, et d'autres petits lacs lui font soite, et le prolongent en quelque forte jusque vers Textréinité méridionale de l'île. Dans les baies et les ports , les rivages sont bas et sablonneux , et les promontoires , qui sont en^grand nombre, ont jusqu*à trois cents et trois cent cinquante pieds d*élévation.
Unst possède aussi des cavernes naturelles fort curieuses; à Sha, il en ociste une dont la voûte est soutenue par des piliers octogones. A Burnrrith, il y en a un grand nombre qui ont leur entrée sur ia luer , mais elles sont peu considérables. Une seule est ▼isitèe, une fois Tan, par les insulaires qui y vont prendre des phoques. La plupart sont innrressihlps. A l'est de celle OÙ Ton pénètre, et au-dessous d'un bras du mont Saxaforth, on admire une magnifique arcade naturelle qui a trois cents pieds de long , s'élève a une bauteur considérable, et est assez large
()our qu'un canot puisse y passer à *aviron.
« Je m'embarquai, dit Laing, avec le capitaine, dans un des canots du navire, et nous voguâmes autour de quelmies-nns des promontoires de IJnst; us offraient une scène sublime : des brouillards couvraient leurs cimes; le bruit de la mer qui se brisait contre les rochers, les cris des aigles et des antres oiseaux de proie qui jouissent dans ces lieux d'une entière sécurité, l'aspect sombre et terrible de ces boulevards imposants, nous pénétrèrent de crainte et d*une espèce de saisissement qui n*avait rien de désagréable; T>n perspective était tout à fait nouvelle pour moi. Je n'avais parcouru jusqu'alors que des pays de plaines , et Je reconnus bientôt que ce n était qu'en voyant un tableau semblable à celui que je contemplais , que l'on pouvait se faire une juste idée de ce qu'il y a de vraiment magnifique dans la nature. >
Unst n*a qu'un seul bourg , Vosegart» presque au centre de llie. L'an-
tiquité la plus remarquable qu'elle renferme est un petit diâteau rond, bâti en ardoises minces, très-bien unies. Cette tour peut avoir cinquante pieds de diamètre ; les murs en ont quinze d'épaisseur: quantité de petites niches sont pratiquées dans leur intérieur,et communiquent entre elles au moven d'un escalier circulaire. On en altriliue la construction aux Norwé^ieus. Elle est aujourd'hui en ruine, etrintérteur, rempli de décombres , s'étant peuplé de serpents et d'animaux venimeux , le peuple évite de s'en approcher et préfend qu'elle est devenue la demeure des Trows , les successeurs légitimes des Duergardu Nord (*). Cette lie possède encore deux enceintes sépulcrales circulaires : la plus vaste est composée de cercles concentriques, dont le plus
frand a cinquante pieds de diamètre.
,e cercle extérieur est fait de petites pierres, et les deux autres sont en terre. Un passage très-étroit les traverse tous et conduit à un tertre placé au milieu de l'encfinte intérieure. L'autre monument est moins considérable; il n*a que deux enceintes en terre. .
Entre Unst et Fetlard , la plus méridionale du groupe que nous étudions, est une infinité d'îlots, tels que ceux de Via , Vederholm , Dan et Linga.
Fetlard, qui a un bourg nommé Felle, renferme une antiqui^ remarquable; c*est une tour qui paraît avoir fiût partie d'im camp. Cette tour occupe un espace carré entouré d'un mur, ceint lui-même d'un rempart de noéiue forme et en terre.
Gcoloaie et Ilixtoire naturelle. — La multitude d'îles et d'îlots qui entourent Maioland et les deux autres ties importantes de cet archipel, la forme des côtes placées en regard les unes des autres, les profondes déchirures qui les sillonnent toutes, et enfin, ainsi que nous l'avons avancé au commencement de cette no* tice, la nature même du climat , toal
(*) n existe dans Tile de Moiiit imedeoes tours ou lu/rg/is, aussi singulières par leur forme que par les détails de leur cunstnictioa inieriflurcu Nous en avons domié Timage dtns une de m» filaBcfacs.
DES ILES DE L OCÉAxN. 81
tend à prouver que les Shetland ne tion de quelques genévriers noueux dureat laire autrefois qu'une seule et et rachitiqucs , ni arbres , ni arbrismême terre, morcelée à la suite de seaux ; les parties occidentales surtout commotions dont le souvenir ne s'est sont sauvages; un pommier, cultivé point conservé jusqu'à mous. avec des soins infinis et qui était venu La minéralogie des Shetland est peu à bout de promettre cinq pommes, a conaue : on ignorait encore en J80G fait pendant longtemps l'orgueil de si elles contenaient de la houille ; on y sou propriétaire,. Le bois à brûler est connaissait pourtant des mines de « ut- remplacé par la tourbe, la mousse et vre , qui ont été promptement aban- le gazon séché., données parce qu'elles ne sont point Unoeu de seigle et de ble, de l'orge assez riches pour couvrir les frais d'ex- et deTavoine noire en quantité siiffiploltation , et ce n^est que tout récem- santé pour la consommation dans les ment que du chromate de fer a été bonnes années , mais donnnnt une découvert h Unst. Des pyrites de fer farine qui a le goût de brOlc, telles se trouvent en couches assez épaisses sont les céréales que produisent ces àDunrossness, et, ailleurs, despier- lies. Dans les jardins on cultive des res de fer micacées. Quant à la pierre pommes de terre, qui sont passables, de fer des marais, elle est, comme des choux , des navets , des carottes, Taimant, abondante partout dans lar- des pois et des fèves; les prairies don* chipel. Les cyanites, le$ actynolithes nent d'assez bon foin, sont dans le même cas, ainsi que le Les harengs sont la principale forgranit, le grès argileux et la pierre à tune des Slietlnridais , qui en exportent chaux , qui paraissent former la base jusqu'en Ksp.i^ue et en Italie. La baie des lies. On y trouve également une de Bressay est le principal lieu de tièB*belle pierre, nommée diallage rendez«vottS des pécheurs, tant natiorock, plusieurs variétés de schistes, naux qo^étrangers , et surtout hollandont quelques-unes peuvent être em- dais. A certaines époques , des bancs ployées comme ardoises ; de la pierre innombrables de harengs visitent les a bâtir, du cristal de roche, du soufire; Shetland. Au mois de jum , ils approquelques veines de jaspe rubanné, de cbent en colonnes immenses , font le la terre à foulon et de la terre à por- tour des îles, et ensuite disparaissent celaine, dont on n'a pas su Jusqu'ici entièrement, principalement dans les iaire usage : de l'argile compacte, sem« temps d'orage. Quand ils ont commencé blable à celle qu'on emploie en Angle- à arriver du cdté du Nord , Taspect de terre et en France à la fabrication de TOcéan est complètement changé; ils la brique ou de la poterie; et enfin de sont partiigés en colonnes de cinq h six Tasbeste de la même qualité que celui milles de longueur et de trois à quatre
3u'on exploite dans le comté d'Aber- de largeur; a mesure qu'ils passent,
een; mais de toutes ces productions la Teau est poussée en avant comme par
{)lus précieuse est, sans èontredit, un courant impétueux. Quelquefois ils
'hydrate natif de magnésie. s'enftnccnt pendant un certam temps.
Le sol qui recouvre ces richesses est, et ensuite revieunent à la surface de la
MMis le rapport du plus on du moins mer. Quand le soleil brille, la vue de
d*aridité, d'une variété infinie. En cette multitude de poissons est réelle- .
quelques endroits, il consiste en une ment magnifique; ils forment comme
mousse profonde, avec un fond sablon- un vaste champ couvert de fleurs de
oeux; aans d'autres, la tourbe n'a nuances variées et éclatantes. Les oi-
qu'un pouce de profondeur sur une seaux de proie et les poissons voraces
couche d'argile; dans les parties cuiti- observent leur marche. Des baleines
vces, le terrain est généralement com- de plusieurs espèces se tiennent sur
posé d un mélange d'argile et de gra- la côte , et ouvrant leurs vastes mâ-
vier. L'aspect du pays est triste et dioirea,lesenglontiss6nt par centaines,
moootone. On Q*y rencontre, à Texoep- Les goélands et les mouettes fondent
^ Lboréittm» (Du ilis i>b l*Océaii.) •
sur nix, et contribuent à diminuer
leur nombre.
La mer fournit encore des turbots, des morues, des églefîns, des merlus, des homards . des crabes , des huîtres ; les cavernes de Tiledlnst donnent asile au phoque, cette ressource provideatielie de toutes leseootrées glacées. Let lacs €i (es cours d'eau de i'intérietHr sont peunJésde truites, de carrelets et d'une iiinnité d'autres, poissons , dont Tabondauce sert à la fois la j^iaresse et le goût des Sbellaiidais.
Les oiseaux sont en espèces plus nombreuses : on élève des oies, des canards, des pigeons, des poules et quelques dindons; mais ces volailles •ont géoéralemeiit mauvaises, et ont un goût poissonneux, qui provient desdébrisdont elles t'ont leur prinri[>ale nourriture. On tiçuuve dans ces iies mais en petit nombre, des oourKs, des bécassines, des vanneaux, des ptuvimy des alouettes , des roiiîips - îiorsres , des râles de genêt, des lounie-pitrres, des moineaux, et une espèce de loittlet à huppe dorée, qui, en élé, passe des Oreades aux Shetland : son plus court vol, dans cette traversée, doit être d'environ dix-sept à dix-huit Heues, à moins au*ll ne se lopose à mi-chamin, sur rfle de Pair. La perdrix nianqjie nbsolmnent. Les baies sont fréquentées par des oies sauvages, des grèbes , des fous , des sarcelles , des maquereuses, des becs^n-eiseaux»
des mouettes cendrées U^s- nombreuses , d'autres espèces de mouettes , des plongeons, des cormorans, des huîiriers , des hérons , et d'autres échassiers et oiseaux aquatiques. L'oiseau des tempêtes, que nous avons déjà vu aux Oreades, se trouve également ici, et donne lieu aux mêmes terreurs.
Sileneieux pendant le jour , bruyant .pendant la nuit, il suit en troupes nombreuses les navire? (ju'il effraye.
Dans les îles d'l!nst et de Foula, on trouve le skea , ou goéland à manteau noir, oiseau palmipède, propre aux Shetland, à rexcinsion des Oreades. Il a environ deux pieds de long; ses serres sont aiguës, fortes et crochues, à peu près comme celles dftm milBn; il
attaque courageusement les oiseaux aquatiques, et défend si hardiment ses petits, qu'il chasse même les aigles de son nid. Ces derniers sont l'effroi des bergers shetlandais, dont ils enlèvent les agneaux ; ils ne sont malheureusement pas les seuls oiseaux de proie à redouter sur ces roches, que se disputent aussi les faucons et les éperviers, les corneilles mantelées , les corbeaux et la chouette-hulotte. Cette dernière ne vole jamais, comme les autres oiseaux de son espèce, |Kmr saisir sa proie : elle reste tranquillement perchée, attendant, comme le chat , qu'une souris ou quelque petit animal paraisse. Une prime de quatre fhmcs est accordée par tête d'aigle, et une moindre pour les autres oiseaux de proie, suivant leur nombre et les ravages qu'ils peuvent causer.
ÏÀ8 dievaux, de mène race que cens des Oreilles , n'ont que trois pieds à trois pieds et demi de haut; leur poil est très-loniiet très-fort. Vifsetdouesd'unc encolure assez agréable, leur pas est dur, dfunO sûreté à toute épreuve. Its n*ontd'autre nourriture que celle qu'ils peuvent se procurer en broutant le peu d'herbe qui verdtt en quelques endroits; «t conraïc ils né sont jamais mis à- cou« vert, chaque hiver en détruit un grand nombre. Le bœuf est si mauvais, qu'on ne saurait le r^jtir , et il n'est passable que lorsqu'on l'a fumé. Ainsi que le bceuft Is vache, de race nor»
Avé^ienne, est très-pethe; mauvaise laitière, elle doime à peine une demi-
f>inte de lait |>ar jour; elle n'a pour itière que de la bruyère , et quelquefois même de la terre tourbeuse.
Les Shpîlandaiscs ne savent pas faim le fromage ; mais le beurre qti elles préparent pour le marché vaut celui de tout autre pays. La manière de le ibire est assez singulière : on remplit la baratte de lait , et on l'agite à l'ordinaire pour séparer la partie butyreuse de la partie séreuse; ensuite on y jette des pierres rougies au feu, et on cotï'tinue à battre le liquide jusqu'à ce que le beurre flotte ù fa surlace; alors on l'enlève , on le lave et on le sale : ou met bodllfar le lait de beurre ; ce qui
DES ILES DE I.'OCÉAN
vient à flotter à la superflcie se rnanr^p, et le reiiidu est regardé comme une boisfioaflxoeileDte : quand il a traversé fhiver, et que la fermentation a développé le peu de principes spiritueux qu'il contient , il passe pour un remède efficace contre les maladies produites (Hurrusage constant du poisson.
On le nomme alors blwid.
Les moutons, éfialement très-petits, sout le produit principal de ces îles. Cependant un mouton oe trois à cinq ans ny vaut que de quatre francs quatrevim,'ts ("entimes à huit francs quarante centiuH s. On a calculé qu'en 180G ils étaient au nombre de cent vingt mille environ dans Tarchipel. En hiver, ils man- ^t>nt les plantes marines que les vagues jettent sur le rivage. Une sorte d instinct les y conduit; car, dès que la mer commence à baisser, tout le troupeau , fût il occupé à paître à plusieurs milles de distance , se met en marche vers la mer, et reste sur la plage jusqu'à ce que la marée montante ren chasser alors il retourne .à son pacage. Leur laine est très-douoe et très -fine: il y en a de nombreuses qualités; ses couleurs sont : le blanc, le noir, le gris clair, et quelquefois le roux. Elle est arrachée sur ranimai , et non pas coupée. On laisse dans l'opération les- longs poils qui se trouvent nièlcs avec la laine ; ils protègent celle oui pousse ensuite, et conservent à ranimai une toison qui le garantit contre le froid. On a voulu, mais en vain, introduire une race plus forte; le climat s y est oppose. On a décoU" vert récemment que la peau de cette race, garnie de sa toison, peut se pré-
{jarer de manière à faire une belle burrure. Son excellente qualité doit probablement la rendre propre à être convertie en maroquin.
Les porrs sont extr»^mcment petits ; ils se nourrissent facilement, et sont peu cliers : un cochon de lait, bon à mettre à la broche, ne coûte souvent que deux francs dnquante centimes.
Il n'y a ni lièvres ni renards. Les lapins sont en abondance. On ne trouve
^aotn bét» sauvage, dans les Shetland,
que la loutre, le rat d'eau , la souris t le putois et la cbauve-souris.
PopuloUon, mœurs et eouiumes,^ lia population de cet archipel , estimée à vmgt-six mille, et suivant d'autres à vingt-quatre mille âmes, est d'ori-
âine norwégienne. Les houunes sont e moyenne stature, très-bruns, bien proportionnés, robustes, courageux, actifs, ef très-hospitaliers. Les femmes sont biondes, ont le teint beau et coloré, et sont aussi chastes que laborieuses. C'est à elles que sont dévolus , dans la basse classe , les travaux de l'agrieulture. Cette population , dont la constitution physique paraît si bonne, ne peut cependant r&ister aux principes délétères d'un climat constamment humide, et aux fatigues d'un genre de vie qu'on supporterait à peine dans les conditions les plus favorables de température et de bien-être social. Les Sliet landais sont presque tous el très-prouiptement atteints d'une affection de nature phthisique et scrofuleuse, qu'aggrave , chez les personnes de la classe aisée, et surtout ehez les femmes, lyù ne sortent uère que pour aller à 1 église, l'usage u thé, si nuisible à la santé quand l'exercice et la transpiration ne neutralisent pas l'action interne qu'il exercé sur l'estomac et le système nerveux.
Les secours de la médecine sont malheureusement rares tt hors de prix dans ce coin de terre reculé; et quand on a pu payer la visite du médecin, on ne peut plus se procurer les drogues, qui sout encore plus chères.
La nourriture des Shettandais n^esf pas seulement mauvaise et souvent msîiffisnnte , elle est encore , pour ainsi dire, incessamment conquise au prix de la vie par le malheureux paysan.
Beaucoup d'entre eux se nourrissent, pendant In !)elle saison , des œufs et des petits des oiseaux sauvages qu'ils vont chercher au pied des rochers escarpés , hauts de trois à cinq cents pieds ; et ce n^est point par la grève qu'ils y arrivent. La mer, constamment agitée, n'a laissé qu'en bien peu d'endroits d'intermédiaire entre elle et tei rocbets de la cdte; fa*
▼cnturier hardi descend du haut du rocher avec une corde faite de paille ou de soie de porc, et que tient une
eirsonne placée au sommet du rocher, ans I île de Foula , on fixe en terre nn petit pieu , ou même une cheville au iJord du précipice , et l'on y attache une ligne à pécher. C'est avec un soutien aussi frele que les insulaires desrendent aux endroits où se trouvât les nids; ils prennent ce qui s'y trouve , et remontent avec une agilité surprenante. Les lois de Norwége regardaient, avec raison, cette manière de chnsfîpr comme une espère de suicide, et punissaient le mort dans les membres restants de sa ianiille , si le plus proche parent ne consentait à aller, par le même chemin , chercher et rapporter le cadavre du défunt. A Malte, comme nous l'avons dit , aux îles Hébrides, aux Orcades, aux Féroé, ainsi qu'on te verra plus loin, on retrouve la même coutume. Mais quand le pauvre chasseur shetlnndais ne trouve, pour se refaire , au retour de son expédition , qu*un verre de son détestable blond , ou de la mauvaise bière avarement fabriquée avec l'orge courte et maigre
3u'il récolte dans In tourhe boueuse e ses îles , il est certainement plus à plaindre que ses imitateurs ou ses maîtres. Le Shetlandais pourrait cependant avoir recours à une industrie moins périlleuse que la chasse et la pêche , 8*il voulait tourner ses efforts et son activité vers Tagriculture qu'il n^aliiiP et regarde comme au-dessous (le lui : « J'ai vu , dit Laing, les femmes effectuer ces travaux pénibles (tirer et oondi^re la charrue) , et les hommes les regarder, couchés nonchalamment. »
On estime qu'il y a dans l'arrhipe!
vingt-cin<^ mille acres de terre labourable, et vingt-trois mille acres de prairies et de pâturages. Mais on ne cultive guère que les bords de la mer; dans les petites îles , la terre est travaillée à la bêche. Dans Mainland, où les fermes sont plus étendues et le sol plus uni, on se sert d'une sorte de cliarruc semblable à relie inventée, dit -on, par Triptolème, et qu'un bomme peut porter très -loin avec la
main. Le laboureur marche a cMé de la ciiarrue, qu'il dirige j)ir un petit manche fixé à sa partie supérieure ; le conducteur marche en avant du bœuf, et le tire h lui par une corde attachée à la corne ; d'autres suivent avec des bêches, pour unir le sillon et briser les mottes de terre* Les semailles se font, dans les terres sèches sur fond cnlenire, vers la mi-mars, et dans les autres vers la mi-avril seulement. On s'occupe peu de l'engrais des terres ; cependant on y jette quelouefois du goémon seul, ou mêlé à de ta bouse de varbe. On ne sait ce que c'est que des
inchères. La température est si varia- >le (ju'on ne saurait marquer Tepoque préase des récoltes, qui sont pourtant assez hûtives dans les endroits où la couche inférieure est calcaire. Dans les bonnes saisons, on moissonne en septembre; autrement il faut attendre jus»
qu*à la mi-novembre, etalors la récolta est endommagée par les pluies, et devient malsaine. La moisson se fait 5 la manière ordinaire. Quand le grain est suffisamment sec, il est emporté soit sur le dos des femmes , soit sur des chevaux. Les charrettes sont un objet de véritable curiosité dans ces îles, oii d'ailleurs il n'existe pas un seul chemin battu autre que les sentiers tracés à travers les montagnes par les chevaux , les bœufs et les moutons. Les champs eux-mêmes ne sont point enclos, et restent à la merci des animaux et des troupeaux errants, souvent m^'rne sans berger. Les fermiers ne tenant leurs fermes que pour un an , et en vertu d'un accord verbal , on conçoit qu'ils ne soient pas très*9oueieitt d'amelioTer des terres qui leur seront devenues étrangères au bout de si peu de temps. Tout se ressent de cet état de souffrance. Les bâtiments de la ftnne sont en général des huttes chétives et basses , où Ton ne pénètre , par la seule ouverture qu'elles présentent dans leur pourtour, qu'en se baissant.
Gens et bêtes vivent sous le même toit. Le foyer, comme dans les huttes de sauvages , est au milieu de la pièce; la fumée s'échappe par un trou ménagé au sommet ae i habitation.
DES ILES DE i;OCÉAN.
Quelques-unes de ces demeures ont cependant quelques traces d'une civilisathm moins arriérée. On y troar^' daos Tintérieur des cloisons, des es^ pèces de chambres , ou plutôt des enloncements où sont cachés les lits des hôtes de ces petits paiaii> obscurs, sales, et ooostamment eofuniés par ]a tourbe et les préparations auxquelles est soumis le poisson, pour servir aux repas de chaque jour. Si ces lo^es, construites aux frais des propriétaires des terrains affennés, sont hideuses, on peut se figurer ce que peuvent être celles que les fermiers sont tenus d'établir et d'entretenir pour les besoins de rexploitation.
Les moulins sont très -petits, et d'une forme extraordinaire. La roue qui les fait mouvoir est horizontale; les dents sont tournées diagonalement rtsts l'eau , et le volant est attaché à une meule vraiment primitive ; le tout est monté sous une petite hutte couverte de diauine, qui ne ressemble pas mal à uDoétable à cochons. Il j a quelquefois, dans une seule fie, cinq cents oe ces moulins, dont nas un ne peut moudre plus d'un sac ae blé à la fois, et encore en admettant qu'il soit en bon état.
Tout cela n'est pas fait pour ajouter à l'intérêt du fermier pour In prospérité de son exploitation ; et si 1 on ajoute à toutes^ces causes de dégoût celles qui résultent de ses relations avec le propriétaire de sa ferme, on comprendra comment on ne trouverait pas un centime eu espèces, pour soulager la plus extrême misère, dans ce pays où il est passé en dicton que les aumônes doivent arriver du dehors, c'est-à-dire, de l'Écosse. Quiconque ie désire peut , sans offusquer ni propriétaire ni fermier, .s'emparer d'un morceau de terre, le cultiver, y récolter, puis l'abandonner sans remercier personne, et aller plus loin en faireautantLe territoire desiles, C[t même les mers environ nantes, sont la propriété exclusive des lairds, qui se dislin2;nent encore en lairds écossais et en lairds d'origine norvégienne ; ces 4mim pi9smA tUm le titre de
lairds udallers. Le pauvre, ou le paysan, ne possède en propre que sa liberté; et il estoblif^é ue payer la terre où il végète dans la misère , et la vague qui engloutira sa frêle barque de pécheur.
Autrefois les redevances des fermiers se payaient en deux termes : l'un en beurre , l'autre en argent ; mais, depuis longtemps , les stewards , ou délégués des lairds absents , exigent que les deux termes soient acquittés en argent.
. Tant de misère d'une part, de dureté et d'avarice de l'autre, chasseraient bientôt tous les habitants pauvres, si la ruse ne venait au secours de leurs despotes. Obliges de fournir un certain nombre d'hommes pour le service mi»
litaire, dont ils ont soin de laire un épouvantail h ces gens, qui voient si rarement un uniforme, ils désignent de préférence le Shetlandais qui a tardé a se marier, et à s'établir comme on l'y avait engagé dès l'âge de dix -sept ans. A ceux, au contraire, qui ont consenti à prendre ce dernier parti, ils donnent la valeur de trois acres de terrain stérile, et le retiennent ainsi au pays par l'attrait d'un simulacre de propriété; car donner, dans la langue des iairds shetlandais, ne signifie que prêter.
Mais si ila condition des fermiers est dure , celle des pécheurs l'est
f)eut-étre davantage. En effet, dès que e nouveau ménage est installé sur ses trois acres de terre , le mari ea confie la culture à sa jeune femme; quant à lui, il passe toutes ses journées sur les flots perfides d'une mer féconde en naufrages. Voici comment M. Biot, dans sa curieuse notice sur les îles Shetland (*) , dépeint les vicissitudes de la vie de pêcheur : « Six hommes, bons rameurs et sûrs les uns des autres , s'associent pour occuper une même barque, un canot léger, entièrement découvert. Tis prennent avec eux une petite provision d'eau et de
(*) NoUcê sur les opérathns êi^iwiêet
en Angleterre et en Écosse pour prolonger la méridienne cT Exoagne et ae France jusqu'aux iles Siietlund, i8i8,daii^ les
srfuwiTtsderAeadéwiediitcieDeti.
L'UiNIVERS.
§3t(*aux d'avoinp, une boussole; et, ans ce frcle esquif, ils s'en vont hors de la vue des îles et de toute terre , à une distance de quinze on vingt lieues ; là ils tendent leurs lignes, et passent un jour et une nuit ;! [lê' her. Si le temps est beau et la pêclie favorable, ils peuvent gagner chacun dix ou douze francs dans un pareil voyage ; si le ciel se couvre et que la mer ;xroiule, ils luttent , dans leur nncelle dérouverte , contre sa fureur, jusqu'à ce qu'ils aient sauvé les lignes, dont la perte serait leur ruine et celle de leur faoïille; puis ils rament et voguent, finns la direction de la terre, au njilieu de vagues hautes comme des maisons. Le plus expérimenté, assis à l'arrière, tient le couvernail; et, jugeant In direction de "chaque lame, élude son choc direct qui sufGrait pour les engloutir.
En même temps, il commande les mouvements de la voile ; il la fait baisser chaque fois que la barque est montée sur le dos d une vague, afin de modérer sa descente , et hausser chaque fors qu'elle est descendue au fond , aiOn que le vent la fasse voler sur le dos de la vaizue suivante. (Quelquefois, enveloppes d'une obscurité profonde, leg malheureux ne voient pas' la montagne d'eau qu'ils fîu'ent ; ils n*ont, pour juger son apftroehe, que le bruit de son mu2isseiiieut. dépendant les femmes et les enlants sont sur la cote, implorant le ciel, épiant l'apparition de la barque qui porte leurs seules espérances , croyarit parfois la voir soujpvf-e ou engloutie dans le roulis des ondes , 8'apprétant à assister leurs maris ou leurs pères, s'ils arrivent assez près pour qu'on puisse les secourir, et quelquefois appelant à i:ra mis cris ceux qui ne les entendront plus. Mais leur destinée n'est pas totijoors si funeste.
A force d*adre8se , de fatigue, de sang> froid et de courage, le canot sort vain-
§ueur de cette lutte terrible; le son len connu de sa conque se fait en> lèkkire; il arrive : alors les embrassements succèdent ;ui\ larmes, et la joie de se voir s'accroît p ir le récit de Taffreux péril auquel oii vient d'écliapper, « Toutefiris, pour ces pauvres gens,
ajoute I\t. Riot , IMnreté mémo de leur patrie a des cnarmes. Ils aiment ces vieux rochers, dont les formes hardies et l'aspect si souvent observé leur marquent l'étroit passage que leur barque doit suivre, lorsqu'au retour d'ime pêche heureuse, et ramenée par un vent favorable, elle rentre dans la baie protectrice, 'saluée par lés cris des oiseaux de mer. Ils aiment ces cavernes profondes oij ils ont souvent lancé leur nacelle au milieu des vagues, pour aller surprendre les [)hoques endormis. Moi-même, tranquille sous leur conduite, j'ai contemplé avec admiration ces hauts escarpements des roches primitives, cette vieille charpente du globe , dont les conciles , penchées vers la mer, et minées à leur base par la fureur des flots, semblent menacer d'ensevelir sous leurs ruines la frêle barque qui bondit à leurs pieds. A notre approche , des nuées d'oiseaux de mer sortaient par milliers de leurs retraites, surpris de se voir troubler par des humains, et faisant retentir ces lieux solitaires de leurs cris conÏFus ; les uns s'élancarit dans les airs , d'autres se plongeant dans les vagues et ressortant presque aussitôt avec la proie qu'ils y avaient saisie; tandis que des cétacft» et des phoques élevaient ch et là leurs têtes noirâtres an-dessus des ondes transparentes comme le cristal ; partout la vie semblait abandonner une terre froide et humide, pour se réfugier, plus variée et plus active, dans l'air et dans les eaux. Mais aussitôt que le soir étend son voile sur ces sauvages retraites, tout rentre dans la paix, dans le silence. Quelquefois un léger vent du sud adoucit la froideur de Pair et permet aux astres de la nuit d*éclahrer de l'édat le plus pur cette scène tranquille, dont aucun bruit n'interrompt plus la paix profonde, si ce n est , par intervalles , le murmure lointain des vagues mourantes, ou le cri doits «t plaintif d'une mouette rasant rapidement la socfoof des Ilots. »
La uetite cargaison des pécheurs se vend net pM de «hoct. Ù9tt l# il^
DES ILES DE LOCÉAN
ward qui la leur achète sur le pied de cif)q c-entiines pour chaque poisson appelé tusk, et de quinze a trente par firande morue. Le plas clair de leur Dcnéfice est la tête de cps poissons qu'ils gardent pour ietir nourriture.
C'est encore au steward que doit s'adresser le pécheur pour se prdcurer les objets dont il a besoin. Celui-ci lui fait pa\ or jusqu'à cinq schellings sterling pour huit livres de gruau , et ne gagne pas moins de cinquante pour cent sur les toiles de Hambourg , les esprits distillés des grains, les tabacs en poudre et à fumer communs, les chapeaux, les rubans et autres ajustements de femme , tandis que le paam Shetlandais né lui vend que vingt-cinq centimes la paire ces neaux bas de laine que s;i reninie et hii ont filés et tricotes, etqui serontensuite revendus en Ecosse le prix d*ane paire de bas . de soie. La métropole est du moins plus juste, cnr elle envoie, année commune, de deux à trois mille livres sterling en gratiQcation pour le poisson blanc exporté dans les ports étrangers, tels que Hambourg , Rilbao , Tînrcelone , et autres villes de la Mcditerrauoée.
Alla de compléter le tableau de fa misère du Shctinndais, et aussi pour faîrp connaître le caractère de ces insulaires, chez qui la civilisation pénètre si ditûcilement, en dépit des écoles paroissiales dont )*Éoo8Se fait les frais et où ils apprennent presque tous à lire, à écrire et même a com[)ter, nous emprunterons à la Bévue des deux mondes quelques passages d*an rédt dans lequel M. Frédéric Mercey a mis toute la minutieuse exactitude du peintre de mœurs. 11 a choisi pour sujet la tradition la plus répandue dans tes Shettand sur la mort de Patrick Stuart , cousin du roi Jacques VI d'Ecosse, par son père, lils naturel de Jacques V, et qui usurpa, pendant plus de dix ans , le titre Cl lé pouvoir de comte des Orcadcs et det Shetland.
Hhfoirr de Patrick Stnnrf, comte des Orcades et des Shetland. « Patrick, comte dM Oraklei, viTsil ctf
df^bauché et ne croyait guère en Dieu.
Qiian<l il pouvait jouer un mauvais tour a un urètre, ou séduire une jeune fille, il le Taisait avec une satisfaction' sans égale; et comme il était plein d'audace , tous les moyens qui pouvaient le conduire à ses' fins lui semblaient bons, les moyens les plus ini-
3ues comme les moyens les plus anprrnix. Patrick régnait depuis dix ans environ sur les Shetland, et malgré les plaintes des habitants de ces Ties, le gouvernement d*Écosse avait toléré cette sorte d'usurpation , incapable qu'il était alors de la faire cesser. Il eût fallu , pour y mettre fin, s'emparer de l'oppresseur de ces lies ; jl eût fallu équiper une flotte , lever une armée , et taire en règle le siège du ch.lteaii de Scalloway, qui passait pour imprenable. Patrick Stuart, qui savait combien il était en horreur aux habitants des Iles , ne sortait jamais qu'accompa^^né d'une troupe de satellites bien armés; c'étaient des aventuriers de Norwége, d'Irlande ou d'Écosse, qu'il enrichissait de ses rapines, et qu'il rrp;ardnit plutôt comme ses coni[)ai2;nons de débauches et d'aventures que comme ses soldats. '
« Lervick, la capitale de» tIes She^ land, cette petite ville qui, de nos jours, renferme à peu près deux mille habitants f*) , n'en comptait, du temps de Patrick , que quelques centaines.
Lerwick, depuis nombre d'années, est fréquentée par les fînttilles des vaisseaux p^chfurs de toulfs les nations qui relâchent dans son oort, soit au commeneement de Tété, lormer Tlnïmense armée de harengs fait lAfmiilr dans ces parages de rOcéan , soit à l'automne , lors de la pèche du cabillaud et de la morue. Du temps de Patrick Stuart, comme aojourd'hui, T.erwick était donc le port et le marché du pays. C'était là qu'a certains jours se rendaient les pécheurs et les paysans de ces fies , poar adieter des^ provisions, et pour vendre celles qu'ils avaient foites. Lerwick n'est distante
(•) Nou.s croYous que M. Mercey exagère le chiffre de celte poptditieib
que de quelques milles du château de Scalloway. Aussi Patrick y faisait-il de fréquentes incursions, soit qu'un jour de UKirché il voulut approvisionner à peu de frais sa maison , en enlevant arbitrairemanl les déniées que les pauvres gens apportaient de la campagne ou des îles voisines, soit qu'il resoliU de frapper la misérable ville de taxes onéreuses. Dans ces occasions , quand les insulaires avaient connaissance des projets du pillard, ils cachaient leurs provisions et leurs marchandises, et s'enfuyaient. Mais Patrick arrivait souvent irone manière si hrusque , qu'il leur laissait à peine le temps de fuir sans rien cacher. Les liabitanis de l'île qui se rendaient au marché, posaient donc aux environs de \é ville , sur un roc ou anr quelque éminencc qui dominait la campa^e^ des sentinoîles nui devaient les prévenir de l'arrivée du comte, et leur donner le temps de vider la place.
« I/hiverde 1614 venait de finir; les liahitants rerommencaicnt h se visiter; et comme leurs provisions étaient épuisées, ils se rendaient de tous les points de rile, et de toutes les ties voisines à Lerwick, où ils comptaient en acheter de nouvelles. Ces marchés qui suivent l'hiver, sont toujours les mieux approvisionnés et les plus fréquentés.
Cette année-là, le prenuer marché de Lerwick s'était passé sans mésaven* ture; le second marché venait de s'ouvrir, et les paysans, un peu enhardis, s'y étaient rendus en grand nombre.
Tout à coup, un homme monté sur un de ces slielties noirs, nux poils crépus et longs comme la toison des brebis, arrive au galop au milieu de la place, où se pressaient en foule fermiers, paysans et pécheurs : tes uns chassaient devant eux des oies, des chèvres, des moutons ou de petits bcrufs noirs appelés kyos, uui ont un air de famille avec les sheiUes, qui sont velus et laineux comme eux , oui, comme eux, ont l'œil espiègle et uer, et le caractère indomptable; les autres conduisaient leurs barques chargées de saumons, de raies, de harengs et d'oies Mttva^ jftiméea. — Pat» l^art I Pata
Stuart! s'écrie le cavalier d*ane voix tonnante ; et il disparaît par le chemin opposé à celui par lequel il était venu» En un instant la place se vide; mais avant qu'elle soit tout à fait déserte et le roarcné nettoyé, Patrick yçst arrivé au galop. Il monte, lui, un beau cheval que, à sa grande taille et à sa robe blanche, on reconnaît pour être originaire de rs'orwège. Il se contente de sourire d'un air de mépris ; cette fois il n'enlèvera à ses mallieurenx vassaux ni leurs bestiaux, ni leur pain, ni leur argent. 11 fait au pas ie tour de la place, suivi de ses gens. Arrivé vis4vis de la porte de réglise, il s*arréte tout à coup : son corps est immobile, son regara plonge «ous le porche; on dirait une statue équestre dressée devant réglise. Que regarde-t-il ainsi?
QaVt-il vu ? Une jeune lîlle est debout sous la vortte du porche ; elle est belle de la beauté du Nord; se^ cheveux sont blonds, ses yeux bleus ; sa * peau blanche est veinée d*azur et de rose. ')
Cette jeune fille c'était Éda, la fleur de Mainland. qui, aux cris de la vedette, s'était réfugié sous le porche de réglise. Patrick, que les menaces de la cour d'Écosse avaient déjà plus d'une fois troublé dans sa retraite, n'osa irriter contre lui le pouvoir sacerdotal et violer audadeusement un lieu d*asile.II préféra recourir à la ruse |)our assouvir sa passion. Éda devait faire seule, et à pied, une partie du chemin à son retour au rocher de Grunista, où elle habitait avec sa mère. Patrick rentre à Scnllnway, revêt un costinne depaysnn, monte sur le premier sbeltie qu'il rencontre, arrive, quelques instants avant la nuit, au pied du Grunista et attend. La nuit était venue, et du lieu où il se tenait rnobé on distinguait à peine les objets : il entend au loin un bruit de pas et distingue le frôlement de la robe de laine d*une femme. Il s'élance d'un seul bond sur la maliieureuse, et avant qu'elle ait pu proférer un cri il l'a enveloppée, enfermée dans un sac et s'est enfui, emportant sur ses épaules sou précieux urdeau. Sa victimef ^ui u'avait op-
DES iLEft VOCikK
posé qu'une faible résistance et n'avait pourtant oesaé de liire entendre de
sourds et plaintifs gémissements, 8*était tue tout à coup; et le comte gui, malgré sa force athlétique, sentait augmenter le poids d*un corps devenu immobile, n*était plus sans inquiétude.
Il n'osait rependfant s'arrêter; il se hâtait, au contraire, afin d être de retour à Scailoway avant le jour. Au tiers du chemin il est accoste par deux paysans, dont Vun était monté sur un sheltie. Ces bonnes gens parlaient du marché, d'où ils revenaient, et de l'effroi qu'y avait causé Tapparition de Pate Stoart. Patricli joignit ses malédictions aux leurs, et bientôt se plaicnit du poids de son fardeau. C'était, disait-il, un cochon d'Écosse qu'il avait acheté le matin, et qu'il n'osait laisser marcher de peur que les Trows ne le lui enlevassent. Ceihi qui était h cheval lui offre sa monture; Patrick l'accepte, et l'enfourchant vivement, s'enfiiit an grand galop, laissant les deux paysans émerveillés de l'aventure. — C'est le roi des Trows, dit l'un. —Ou Pate Stunrt, reprit celui dont le sheltie venait d'être si lestement escamoté ; j'ai vu briller sons son bonnet son œil de démon.
« Patrick , continue M. Rlerrey,
Salopa longtemps dans la direction e son château de Scailoway, dont il Yoyatt, par instants, briller les lumières à travers les brouillards.
Mais comme ce pays, que les anciens géographes ont, avec assez de justesse, comparé aux pomnons de la mer, est tout couvert ae marécages, d'étangs et de mousses flottantes, avant d'arriver au pied du roc du château de Scailoway, il fut obligé de faire bien des détours pour ne pas être englouti.
L'aube commenrait à poindre quand Patrick s'arrêta' devant la porte du château. Il mit pied à terre, pritlesac sor le dos du poney, qui s'enniit, et il poussa un grand eri. Sss gardes reconmirent cette voix, et ouvrirent la porte. Patrick rentra, chargé du sac où, depuis long-temps, rien ne remuait; il monta à rapptrtement au*il ataic coutume d'habiter, el an nnna soi*
gneusement la porte. Patrick était inquiet de l'immobilité de sa prisonnière. Il s'approcha d'une fenêtre, qu'il ou\Tit, pour que les premières lueurs du jour oui rougissait la crête des vagues de la mer, lui prétassent leurs clartés ; pla<^nt ensuite le sac debout dans l'embrasure de la fenêtre, il prit un poignard, et d'un seul coup déchira la toile dans toute sa longueur.
« Quelles furent la surprise et Tépou vante du ravisseur, quand, au lieu de la jolie fllle pale et évanouie, qu'il s'attendait à voir sortir du sac et à ranimer de ses baisers, il auercut ua horrible visage de vieille nmme, un visage osseux et tout sillonné de plis profonds.
« CestlaWalk^riur (*) que j'ai enlevée! é'écria Patrick, en se reietant en arrière aver un mouvement d'inexprimable dégodt. Puis, honteux de sa terreur et s approchant du cadavre, il le saisit comme un furieux et le précipita parla ftnétre, espérant ainsi se dénarrasserde cette horrible vision.
» Ce n'était point la Walkyriur, c'était la vieille MegDhu, la mère d'Kda, que le comte avait enlevée à la nuit, comme elle rentrait après avoir attendu sa fille sur le chemin de Lerwick.
« Éda pleura sa mère, mais elle jura de la venger. Elle avait deux amants : elle promit sa main à celui qui tuerait le comte; mais tous deux sucoombèrent, et elle resta saule pour aeoomplir son projet.
« Le roc de Grunista, au haut duquel était bfttie la cabane d'Éda, ressemble à une pyramide renversée, on plutôt à un champignon monstrueux dont la tige s'enfonce profondément dans un soi tout hérissé de rochers; cette tige est beaucoup phis étroite que In couronne, qm* est aplatie au sommet. C'est au nnlieu de celte petite plate-forme oue cette diaumière, seule habitation da rocher, était placée. Pour y arriver, quand on venait de la |)laine, il fallait de toute nécessité se servir d'une longue échelle, qu'on appuyait sur le rebord circulaire
n taunepNBdâe a» fMnicraMrti
L'UNIYEU.
du roo. Pendant longtemps, les habitants de Grunista s'étaient servis d*é-
( lielles ctablirs à demeure dons le rocher, r.omme les éclielles de r.ouèche, eu Suisse; mais depuis que le œnite des Oreades était renu s^etablir i Sealloway, amenant awc lui une bande d'étrangers qui couraient le pays , le rançonnaient, le pillaient, les habitants du rocher avaient détaché les liens qui retenaient l*échelle à la paroi du roc. T,n soir, quand tous étnient rentrés dans leur nid, ils retiraient l'échelle derrière eux, s'isolant ainsi du reste di rtle, et n'ayant plus rien à redouter des hommes. Peu à peu, les ermîtSi de Grunista étaient devenus moins nombreux: le pere d'Ivla était mort; son jeune frère s'étiit fait péclieur et vivait dans une autre partie de nie; et enfin, quand sa mère ét^iit devenue victime de Patrick, Éda était restée seule habitante du rocher. Les paysans, inquiets pour elle de la voit Mée de la sorte, Pavaient plus d'une fois en« gagée à venir habiter parmi eux; mais Éaa s'opinifitrait. Depuis la mort de ^Nlagnuà et de Swein , qu.oi(jue le péril fût plus grand que jamais, sa résolution était la même; et quand on la pressait de quitter sa solitaire retraite, elle répétait résolumeot que tant que le roc «It jfiffoafitt sentit debout, ello Q*aurait pas d^tredemeure.
« Nous avons oublié de dire que la plate-l'orme de Grunista n'est accessible que d'un cùte et sur un seul point. Ce n'était pas un eaprioe de jeune fille, c*était un plan bien arrêté qui retenait Éda sur le roc isolé. Elle s'attendait à uue nouvelle attaque de son redoutable ennemi. I^oin de la craindre, elle la désirait, certaine) qu'elle était d'en profiter pour sa vengeance. Le jour, elle s'écartait peu du rocher et ne sortait qu'accompagnée; 1^ sofr, elle rentrait soigneusement son échelle après elle ; elle plaçait en* suite i)!usieurs grosses pierres sur le rebord de la corniche. Ces pierres, à demi-suspendues sur le précipice, et que leur seul poids retenait, devaient infailliblement tomber si on essayait
de fusmiki^ ce cét^i si leur
BDidi n*éemiaft pat rttwIliBt; te ruit de leur chute avertiraitdumoint
la jeune fille du péril qu'elle courait. Éda ne s'était pas trompée dans ses prévisions. Un soir que, retirée dans sa cabane, et veillant comme une sentinelle attentive (elle ne dormait que vers le matin), elle pretnit l'oreille aiit divers bruits c|ui iuterrompaieut le silence de la nfuit, au souffle du vent dot mer, aux plainte.s de la cliouette, au cri aigti des sea fawls , elle entendit un froissement léger non loin de sa cabane, le bruit inusité d'un corps étranger qu^on dressait contre la roche. Gt' bruit fut aussitôt suivi de la chute d'une pierre, qui roula au fond du précipice avec un long retentissement.
Plus de doute, l'ennemi était làl Éda ne perd pas de temps; pleine d'érootinn et tierourn^e, elle accourt nu seul endroit du roclier qui fdt accessible.
La chute de la pierre n'avait pas déconcerté Tassaulant; réchello dont il* s'était muni avait été replacée contre le roc, et un homme eu avait déjà franchi les pren»iers échelons. Kda n'en put douter quand, saisissant les hfltons qui dépassaient le rebord de In corniche, elle sentit le poids de cet homme, qui montait rapidement. Le moment était critique, le danger pressant. Éda, recueillant toutes ses lor^/ ces, essaya de soulever l'échelle et d«. la rejeter en arrière; mais l'inconnu y pesait dfja de tout sou [)oids : la jeune lillc ne put réussir a ia renverser; ré»: cbelle retomba sur lerasber. Éda nn.
perdit pas courage: saisissant un seul»
Doutde Péclielle, elle le tira de côté, de manière à la faire glisser le long de la paroi du précipice. Cette fois, réchello obéit et glissa lentement ; l'homme qfd montait poussa une imprécation ter* rihie, et, comme il n'était plus qu*à quelques pieds du rebord du rocher, U essaya de s'y cramponner; mais ton, poi<& l'entraîna. L'échelle perdit Téquilibre et tomba avec fracas. La courageuse fille entendit le bruit sourd d'un corps couvert d'une armure qui roulait en bas du rocher. L'enn^ni'.
était-il mort? La nuit était profonde, et Mà n'avait aucun moiyea de s'oi^^;
DJBS ILES ]
fssurer; cependant, comme elle en?
trn lit l)ieiili>t, ati fond du précipite, des ( ris et des malédictions , elle ne douta plus que l'ennemi ne lUt encore en vie. Ces eris et ces imprécations étaient acconipairnés de plaintes que la douleur arrarhait à l'inconnu. Il était donc blessé. Ces imprécations et ces plaintes partaient toujours du même endroit; |a blessure de son ennemi ëtait donc assez grave pour rempccher de se relever et de s'enfuir. Éda comprit alors ce qu'elle avait à faire. £lle rassemble au sommet du roc toute la paille et toute la tourbe (jti'elle peut tro!iver, et elle y met le feu. La flamme s'elcve pétillante; Éda Taliniente en y jetant les bancs, les tables et les chaises qui garnissaient sa cabane, de sorte qu'à distance on doit croire que la chaumière nu^me est en feu. Ce moyen ne pouvait manquer de réussir. La flamme brille à peine depuis quelques instants, qu*on entend déjà le son des cloches du hameau voisin ; bientôt des cris se mêlent au son des cloches: ces cris rtMuplissent la campagne et s'ap- .prochent. Déjà les plus alertes des insulaires sont au pied du rocher. Les plaintes du blessé avaient cessé.
£tdft-il mort? avait-il fui? Êda n'héaite plus ; elle prend son échelle, l'aç-
Suie sur la plate-forme, descend rapiement, et raconte aux j)remlers arrivants ce qui vient de se passer. Le brigand est blessé, il ne peut être loin. On le cherche, et bientôt, à la lueur des torches, on aperçoit un homme couvert d'une armure, qui, comme le crabe ou le homard que la mer, en se )«tinint, a laissé à sec sur la plage, s'enfonçait à reculons dans une fente du roclier. Son visage est pâle et son regard menaçant ; son heaume est détaché ; les pièces de son armure sont feussées; le fer des cuissards pénètre dans les chairs et la jambe paraît brisée; cependant il lient toujours une liache à la main, et il semble décidé à
s'en servir
On Tentoure, on le Ke, les paysans furieux veulent le massacrer. Ce n'est qu'a grand'peine que la justice de Hainland Tarracbe de leurs mains. U