‹ L'UniversChapitre 41 sur 60 · ILES · texte numérisé non relu

ILES

Description. Les Féroé forment utk archipel qui s'étend du 61' degré 15' jusqu'au 62'' 21' de latitude nord,et du 7* de^ré 56' au 10" 25' de longitude occidentale. Elles sont éloignées d'environ trois cent qu.itrcvini^ts niiik's anglais d<' la cote de Norwége, et de deux cents des Sbetland. Elias occupent dn nord au sud un espace de soixante-sept milles, et de l'est à l'ouest une cU tidue de qunrnntc-ciiuj milles. Klles sont au nombre d'une trentaine, dont dix-sept habité- Voici les noms de ces dernières : Fugioe, Srinoe, l'ideroe, Dordof , Konoe, halsoe, Osteroe, StroDKK , KoUtr ^ J/estoe, jSoUoe^ yaayut , Myggenœs^ Saïuioe, Skuœ, la Grande Dimon et Suderœ.

Tl y a lien dr croire que les aventuriers qui autrefois parcouraient les nicrs du INord, ravageant tous les pays auxquels ils abordaient, découvrirent les Iles dont II est ici question, et y tr ansportèrent un grancf nombre de moutons, dans le but d'y trouver d^amples approvisionnements de viande toutes les fois qu*ils seraient forcés d*y relfli'her.

Du temps d'Ilnrald aux beaux cheveux, roi de iNorwégc, c'est-à-dire dans le neuvième siècle , ces lies étaient

habitées par (juelques Norwégiens mécontents, qui s'y maintinrent longtemps [lar la piraterie et par des incur.sions dévastatrices dans leur propre pays. On présume que cette population sauvage fut soumise à la domination norvégienne par le roi Hagen- Adelstccn; mais ces insulaires ne tardèrent pas à secouer le joug, et restèrent indépendants jusqu*à la fin du quatorzième siècle, époque à laquelle ils furent de nouveau réduits à Tobeissance par le roi Magnus le Bon.

Depuis ce moment, les Féroé ont ap-

Çartenu à la Norwége, et ensuite au innemark , p tr suite de l:i réunion des deux ( ouroimes. Files sont niainlenant admioiiitrées par uu gouverneur da-

nois , et divisées en six districts oU

Sfjssrfs.

On croit généralement que les Norvégiens donnèrent à ces îles le nom de Faarœ , à cause du grand nombre de montons qu'ils y trouvèrent, /flar, en danois, signiliant mouton (*}. Celte dénomination, altérée par une prononciation vicieuse, se siaraît transformée en Fêrœ. Ce nom pourrait aussi dériver de.^aBr ou^om, qui veut dire

éloigne.

Faut -il reconnaître, avec iMalle- Brun, les ties Féroé dans la Frislande

de la Carta di navigar d'Antonio Zéno? Il est certain que les Féroé furent autrefois nommee.v fer-eyar au pluriel, et plus souvent fers-cy au singulier, ou par une prosthèsc commune dans les langues du ISord,/<?r- ( tjs-lanf/, comme on dit , par exenijile, bonihoiin.sland, quoique Uoliii veuille dire Ue et semolerait, par làt devoir exclure le mot land, (pii signifie payt, Frislande ne serait alors qne la prononciation corrompue de Jcrciislund, Il n'est pas sans imoortance d'observer, en outre , que Vile de Frislande npereue par Zéno se trouve placée sur la Meille cart<' italienne et sur plusieurs anciens globes , au même degré de latitude que les Féroé; les longitudes seules sont différentes (**}. Cette question est à coup sdr assez intéressante, au point de vue de la science géographique , pour mériter d être sérieusement examinée.

Les Féroé consistent en un groupe de rochers on de monticules «'élevant au-dessus de la mer, presque tous de forme conique et placés très-prés les uns des autres. Les côtes sont presque partout formées de roches perpendicu-

(*) II eil bon d'observer que la tertninaison oe siguiûaut ile , c'est faire uu grossier pléonasme qoe de dire let //a» F<^. Mais l'usage ^1 tout-puinant* et nous nous j sou-

nu-tloiis.

(") Voyei Maite-Bruu, I. IV, p. 45a.

DES ILES DB L*OGEAN

Mref, haotM do deux et nème trois cents brasses, de sorte que, sur certains points, les hnbitnnts sont obliL'és de descendre et de monter au inoyt n de grosses cordes. En allant d'une ile a l'antre, on passe tantôt au pied d'une pyramide naturelle , dont le sommet , aijiu comme une flèche, se rarlie ou milieu du brouillard, tantôt sous ua majestoeiix are de triomphe, formé par un de ces jeux terribles de la mer qui détrnispnt ou métamorphosent les grandes îles et les continents. Ici, c'est une masse sombre et gigantesque qui, minée à sa base par lea uots, se (Manche sur r.ihîme en menaçant d'enfiloutir l'esquif qui glisse sous sa voûte efihiyiuite ; là , c'est une caverne ténë« brewe où le péi:lieur iérofen pénètre sans erainte pour y faire la ehasse aux pboqnes qu'elle abrite. Partout, à i'intérieur comme sur les cotes , c'est une nature sauvage et triste, un paysage ailiistre et pittoresque à la faia, surtout 9iand une épaisse brume s'étend com nie un linceul sur ces îlots battus de la tempête, et couvre de blanches nuées les erétes nues de leurs montagnes.

La mer dans ses parages est tunnib* tueuse et menaçante; à l'est et à l'ouest, les marées varient considérablement; à l'ouest, le flot monte de sept brasses, et dPestmtroisasQlemeiit IJngrand nom* bre de|;oiiiAres tourbillonnants agitent Ii»eaux dan<; toute la profondeur de TO* eéan. Dans le nombre on cite surtout te fameux Suderoe , près de Tiie de ce nom. Il est oeeasiosné par on eratère (le soixante et une brasses (ou toises) de* profondeur au centre, et de cinquante à ciaquante-ciuq sur les bords.

£a itm y ibrme quatre tournants impétueux ; le point de leur naissance esS sur le bord d'un large bassin, où commence une rangée de rochers, qui s'éteud en spirale et sç termiue au penohantda cratère. Cette ebalne sM»

extrêmement acore et couverte d'une eau peu profonde. Dans presque tous les moments, et surtout pendant les tempêtes , si fréauentes strass ote , ce gouffre bouillonnant offre aux marins un danger extrême. Les vaisseaux y sont invinciblement attirés. Le câble

perd sa fores) les vagues s*élè?ent

aussi haut que les mâts, et les imprudents qui se sont aventurés dans le voisinage de ce Charybdedu >or(l, n'écliappent a ia uioil que par miracle.

Cependant au moAMRt du reflux, et par un temps bien calme , les Féroïens se hasardent dans leurs chaloupes près du tourbillon, pour pécher dans les eaux poissonneuses qui baignent les rochers enviroimants (*).

Des ouragans terribles se déchaînent quelquefois sur ce sombre archipel. Ces espèces de trombes , nommées par les Danois oe$ , agitent prodigieusement la mer et enlèvent de grandes masses d'eau, qui transportent a une distance surprenante tout le poisson qui s'y trouve. On assure que des bancs en* tiers de harengs ont été ainsi jetés sur les plus hautes montagnes des Féroé.

Sur terre, les ouragans ne sont pas moins formidables ; ils déracinent les arbres, entraînent au loin les bommes et les bestiaux, renversent les cabanes, et arrachent des rochers , qui , roulant du sommet des monts, écrasent, parfois, dans leur chute, Thumble de* meure du paysan.

Les montagnes sont si rapprochées, que l'extrémité de la base de l'une est le coiumencemeut de ia base de l'autre. Souvent elles ne sont séparées que par ' un ruisseau , ou un torrent On trouve sur les plateaux les plus élevés de grands espaces couverts de débris oui semblent des efflorescences toniLées dea rochers. Ces espaces ne produisent ancune espèce de plantes, parce que la terre nécessaire à la végétation est emportée par la violence des vents, ou détrempée par la pluie à la fonte des neigoB. Dans d'autres endroits , les montagnes sont couvertes (V^m sol de peu d'épaisseur, d'une fécondité reniarquabie. Le seigle, qui, dans les Feioe, remplace le blé, rend, dans ces terrains, plus de vingt pour un, et le

f*'^ Pour tout ce qui concerne rhvdrographic (ic« l'éroe et la navigalion sur ivurt edic», M pnil «DMuIlBr av«e fruit Iw ob> scrvntioiis de ramiral danois Lowenhom (bibiiodièciue du dépol de U iiMuriM.)

UUNITEES.

gazon offre mie nourriture abondante aux brebis.

TuT plus hnntc montapie est celle qui porte le nom de Skûlimjield , et qui est située dans ia partie méridionale de Stromoe. Sa hauteur perpendiculaire est de deux mille deux cent qiinrante pieds anglais. Par un temps liair, on voit de son sommet toutes les autres Iles.

Toutes cei montagnes paraissent être le produit d'une révolution iin»ureîle, telle qu'une violente secousse sous -marine, ou rabaissement graduel de la mer qui les recouvrait autrefois. Il n'est guère possible d'attribuer leur formation à des cruptinns Tolcaniriues, car, suivant Landt, on ne trouve dans les Féroé aucune trace de cratères; on n'y rencontre même ni lave ni pierres ponces. Ce groupe mérite donc particulièrement l'attention des géologues (*).

Les Ferœ renferment un grand nombre de lacs, et sont sillonnées par une infinité de cours d'eau extrêmement rapides, mais fort peu larges.

Comme la plupart des montagnes où ces torrents prennent leur source sont très-abruptes et presque perpendiculaires, il en résulte un grand nombre de cataractes dont plusieurs servent à (aire mouvoir des moulins. Quelquesunes de ces cataractes ne paraissent qu'après les grandes pluies d'orage, et se précipitent du sommet des rocs sourcilleux dans des endroits où d'ordinaire on n'aperçoit pas apparence d'eau. Si, pendant que le torrent et la cascade sont en activité, un vent violent vient tout à coup à souffler contre le rocher , l'eau est dispersée au loin et tombe sous la forme d'une pluieex- Ir^mement fine. Si le vent se change en tempête vérit:ii)lc, aucune parcelle de l'eau ne tombe à terre; elle est tout

Q Le capitaÎM Boni, qni • eonramidé

peiiuant pliisinurs nnnét>s d.ins les Féroé, a publié dans le Hulletiti de la Société iriu'sloire naturelle de Copenhague une îNulice géokigiqiie sur ces îles. Nous aoriow voulu pouvoir ro])roduire ici on fragmMl detOt intèi-cMaiil mémoire.

emportée dans Fatmosphère , où elle se forme en un brouillard ou en une fumée épaisse, au milieu de laquelle brille un arc-en-ciel aux couleurs éclatantes.

Les Féroé, outre un nombre eonsi*

dérable de sources d*eau vive et pota-

bl(% possè lent des sources d'eau chaude qui sont d uu grand secours pour les habitants. C'est là un trait frappant de lessemblanoe avec l'Islande, qui du reste n'est pas très-éloignée de cet archipel. La plus remarquable de ces fontaines brûlantes est celle de A'armakielde qui se trouve au nord de Noraçota, dans l*fled*08teroe,etsorg!t du sein de la terre , non loin du rivage. L'eau en est si chaude en hiver, que si l'on y Jette uu coquillage, l'animal est bientôt séparé de son enveloppe.

Autrefois on s y rendait dans l'été autant dans un but de plaisir et de distraction que pour boire de cette eau comme remède. Maintenant la société qui s'y donne rendea-vous est beaucoup moins nombreuse; ce dont les habitants du voisinai^e se plaignent amèrement, car ils trouvaient dans cet usage une occasion commode de réaliser dies profits qui leur procuraient une honnête aisance.

Près de Famoyen, dans Pile de Suderoe , se trouve un lac qu'on dit sujet au (lux et au reflux. Plusieurs savants^ et entre autres le naturaliste Fleisher, ont cru trouver dans ce phénomène une preuve de la communication de ce lac avec la mer. Une objection bien simple détruit cette opmion, c'est ue, d'après le témoignage de l'auteur anois traduit par George Landt (*) , l*eatt du lac dont il est question est parfaitement donce. Il est donc plus probable que la mer, en s'engouffrant dans quelque cavité voisine, exerce sur l'eau douce, qui y est contenue, une pression assez forte pour la refoaler «t occasionner dans tout le réservoir un mouvement quotidien de hausse et de baisse. Du reste, il parait que rien n'est moins prouvé que le fait attribué

(*) A description of thc Féroé isïanJa ^ Uwulaudjnm the Duau/t, hy G. Laudl.

DES ILES DE LOCÉAN

à ee lac. II est positif qa*è certaine»

époques de Tannée, en été par exemple, le volume d'eau qu'il contient augmente dans une proprtion remarquable, maia très -irrégulièrement. Les naturalistes auront donc probablement confondu avec un autre lac plus petit, situé tout près de la mer , et dans lequel le mouvement des marées est trèssensible. On sait, au- surplus, qu*on a remarqué ailleurs le flux et le reflux , ron-spuiemenl dans des lacs, mais même dans des fontaines situées à une grande distance de la mer. Il n'y aurait donc rien de surprenant dans le henomène dont on a fait à tort les onneurs au lac de Kirkvu.

La plus grande des FeVoe est Stromoe; elle a vîni;t-sept milles de Ionueur sur sept de largeur, et s*étend ans la direction du sud-est au nordouest. Klle renferme plusieurs villages dont aucun ne mérite une mention particulière. Il en est un cependant sur lequel on n fait une singulière observation : cV'st (jue les taureaux et les vaches uu'on y élève, ou qu on y envoie d*un lieu quelconque , deviennent excessivement farouches et dangereux. On explimie ce phénomène en disant que le villape en question est situé entre deux montagnes qui proflttisent unécbo très-remarquable, et que lorsqu^un taureau ou une vache mugit, l'animal prend la n^pétition de son cri pour une provocation de quelue autre mdividu de son espèce, et evient furieux. Nous ne savons Jusqu'à quel point on peut admettre cette explication qui nous semble plus ingénieuse que rationnelle.

Au nord du villaj;e de Tyorneviig\ Pextreniité septentrionale de Stronioe est percée de part en part à quelques pieds au-dessus de la mer. et offre une galerie longue de plus de deux cents pieds, dans la direction du sud-est au nord-ouest. Lorsque, pendant une matinée d'été, on navigue en canot près de cet endroit , on peut , en regardant par une des ouvertures de cette singulière galerie , apercevoir à l'autre bout le soleil qui se lève resplendissant au-dessus des flots ; et c'est

là un spectade aussi beau qu'extraordinaire.

A quelque distance de la pointe de rile on voit surgir du sein Je la mer un rocber élevé nommé Slapken. Le côté sud de cette niasse imposante semble avoir été déchiré pnr qtielque convulsion violente ; le coté nord offre la vue d une réunion d'immenses troncs d'arbres rapprochés les uns des autres , et couronnés par de longues branches qui s'entrelacent de la façon la plus étrange et la plus fantastique.

Frederiksvaag était aulreluis l'établissement commercial le plus important de Stroinop; ses habitants entretiMiaieiit de trcquentes relations avec TKcosse; et comme ce port était l'entrepôt des marchandises danoises des Innés oi'xidentales et orientales, ceux qui se livraient nu rnbotnpe réalisèrent des beiiclires considérables, surtout pendant la guerre de rindépcndance américaine; mais dès avant 1810 cette jolie petite ville était devenue entièrement déserte, et elle n'a pas encore retrouvé la vie et le mouvement.

Thorsiiavn est la capitale de Plie et de tout l'archipel : c'est la résidence du gouverneur, du juge et de quelques autres fonctionnaires ; c'est aussi actuellement le centre du commerce. La Situation de cette ville est des plus singulières : « Qu'on se représente au fond d'un golfe un demi-cercle de montagnes escarpées et sauvages. Là s'élève une langue de terre, ou plutôt un banc de roche posé en droite ligne au milieu des Ilots , au rentre du cercle, comme une licche au milieu d'un arc. C'est sur ce banc de roche que la plupart des maisons ont été construites. Elles sont toutes rangées symétriquement sur deux lignes et serrées l'une coiilre l'autre. Les rues qui traversent ce triple amas d'habitations sont si étroites, que deux clievaux n*y marcheraient pas de front , et si rocailleuses, si escarpées, que, pour pouvoir y passer en certains endroits avec quelque chance de séouritéi il fiiut se cramponner au roc avec les pieds et les mains. En hiver, par un jour de verglas, la descente d'un de ces rocs

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