‹ L'UniversChapitre 42 sur 60 · AN · texte numérisé non relu

AN

peut être re^^ard^e comme un exercice d'éqiiilibristt* assez linsardoiix. reste, l'aspect de^ uiaisous a&i eu pariaite barmonfe avec celui des mes. A part celles qui appartiennent au goiiverneniont, et qui sont occupées par les runctionnaires, presque toutes ne sont qv» de pauvres cabanes bfltîes sur le même modèle, non pas comme celles d'Islande , avec des blocs de lave, ni comme celles de ISorwqje avec de grosses poutres arrondies , mais tout simpletnent avec quelques douzaines do planches clouées l'ime contre l'autre.

C'est un ^enre d'habitation qui forme lu transition entre la teule nomade et rédiflce cimenté. Elles sont si frêles , que, l'hiver, on est obligé de les amarrer avec des câbles, pour que le vent ne les emporte pas. Ces maisons n'ont qu*uD rez-de-chaussée, et sont uniformément coupées en deux parties par une cloison. D'abord on entre dans la cuisine, qui n'a ni planches sur le sul, ni fenêtres. Le jour y pénètre ou par la porte, ou par la cheminée. Pour tout meuble on y trouve ((uelques vases en terre, quelques ustensiles en bois, un ossement de dauphin pour siège, et d'autres ossements servant de pelle ou de fourgon. La seconde pièce est éclairée par deux ou trois vitraux : c'est la le séjour habituel de la fiimitle; c'est là que les femmes cardent la laine, tissent le vadmd; c'est là que père, mère, entants, reposent entassés l'un près de I autre sur quelques planches recouvertes d un peu de paille. Get espace étroit, privé d'air, inondé par la fumée du feu de tourbe, exhale une odeur nauséabondeà laquelle i'etrauger s'habitue difticileraent

Les habitants de Tborshavn sont pent^tre les plus pauvres de toutes ces îles, et ce n'est pas peu dire, faridis que les paysans des citmpnîines élèvent des bestiaux à l'aide du gazon de leui-s profondes vallées , les malheoraui citadins , entourés d'un sol absolument stérile» sont réduits à vivre du produit

(*) Marmier, ExpcdttioD de la Hediercfie M Spiisberg. (AeiiM d» é$v, nendes»

de leur industrie ou de leur pêche.

Quand l'agitation de la mer empêche le mari de sortir du port, et quand les bas trieotés par la femme n*oot po être vendus, il faut que le |iauvre ménage attende sa subsistance et celle de ses enfants de la coiumisération de ses voisins ou des autorités. Aussi la physionomie morale de Tborshavn n'est -elle pas plus gaie que son aiiipect physique.

On est surpris de trouver dans cette bourgade une bibliothèque publique, composée de près de cinq mille volumes, parmi lesquels ligurent bon nombre d'ouvrages d'élite. Le gouvernement danois a favorisé la création de cettf bibliothèque par un don de 1,500 fr. , et les principaux habitants, à l'exemple des prêtres et des fonctionnaires , payent une espèce d'impdt annuel pour au^Muenter le nombre des livres.

ïhorshavn possède aussi un hôpital où les malades du pays, comme les étrangers , sont traités avec une touchante sollicitude. Il est desservi par runi(|ue médecin de Féroé, qui réside dans la capitale et reçoit des appointements tixcs pour traiter gratuitement les pauvres de tout l'archipel. De quel zèle etde quel dévouement ne faut- il pas ^tre animé pour remplir ces f)énibles fonctions? car c'est à ce médecm que s'adressent les malheureux qui habitent les localités les plus éloignées. Souvent il faut qu'il traverse au milieu de la tempête les bras de mer qui isolent les îles; si le temps est trop mauvais pour qnll puisse s'aventurer sur les flots en courroux, l'infortuné qui réclame les secours de sa science et de son humanité 1 attend vainenient^ «t meurt en maudissant la destinée.

A voir cette humble capitale si ml« sérable, si triste, si abandonnée, on aurait peine à s'expliquer le som qu'on a pris de la protéger par une Ibrleresse, si l'on ne savait p«s que la construction de cette espèce de citadelle est due a des circonstances asseK extraordinaires. Après la reforme de Luther, un prêtre, ils d'un Norwé- ^en, vint s'établir aux Féroé : on pcétm s'appelait Hagans Bein«BeB ;

DES ILES DE L'OCÉAN

il avait la passion des aventures et un courage indomptable. Il se lit marin, et trouva éans cette nouvelle exis* teoce mille occasions de signaler son

intrépidité. Awc. un seul navire mal équipé et qtit'Ujiics hommes aussi entreprenants que lui, il allait hardiment donner la chasse aux flibustiers anglais at altemaRds, qui infestaient, à cette époque, les m^rs de rislandn et des Féroé. Chacune de vos «ourses audacieuses lui procurait un triouiphe et Bugmcutait sa réputation. Cefjendant il craignit que les enripmis ne vinssent le bloquer dans sa propre retraite , et U conçut l'idée de défendre sa ville par une forteresse. Quelque temps après, on vit sVle?«r à l'entrée du port un large bastion ^arni de pières « nrtillerie, et cette tortitiiation devint le bouclier de Thorshavn. Le renom du liéros des Féroé avait retenti à la cour du roi Frédéric II, qui, pour récompenser Magnus de ses nombreux servic6s,luicoQtia lecommandementd'une corvette danoise. Cette faveur fet la perte de Finfortuné marin. Il recommença à courir les mers, et parvint à capturer un vaisseau anglais qui s'en allait chargé de marchandises volées aux Féroé. Les Anglais réclamèrent, affirmant que leur chargement provenait des îles Sheîkmd. Ils insistèrent, et parvinrent a faire accuser Magnus de piraterie, Uû Pennemi des pirates, lui qui avait si souvent puni les flibustiers nriiihis de leurs brigandages iMiintiines. 11 tut jiisié, condamné, et exécute, maigre ses proicslalions d'innocence. Ce crime judicfaire ent lieu en 1589. La mémoire du martyr ne tarda pas à être réhabilitée; bientôt le mensonge dei> Anglais fut constaté; mai» il n'était plus temps , et le châttnient inflige au juge qui avait le plus contribué à faire condamner iMagrins ne put rendre aux Féroïens leur fioble ééfôUfieur. Le souvenirdu constructeur du fort de Tborsbavn 4îit reK^eueefinot^oaservé parmi les pédienrs da pauvre archi{>el , veuf de son héros :

dt s ( liants traditionnels ont consacré se£» exploits , et ces chants , répétés de bouche en boucbe jusqu*à nos joncs,

font encore le charme des longues veillées d'hiver dans ces Iles lointaines de la mer du Nord.

Il semble que les fortifications élevées p;tr Maî^nus eussent perdu toute leur utilité eîi perdant celui dont elles avaient protège Tasile. Depuis la u)urt inique ou prêtre marin elles n*ont plus servi, et, dans la seule circonstance où elles eii^seîit pu garantir les habitants de Tliorshavn des insultes de leurs ennemis, elles sont restées muettes comme de vieilles ruines. Un joar de l'année 1803, une frégate^ portant pavillon français, vint mouiller dans ia rade de la capitale. On ne tarda pas à s'apercevoir que le drapeau dont se parait le vaisseau étranger était destiné à cacher un piège, et que le port de Thorshavn s'était ouvert à un navire anglais; or comme la guerre était alors dans toute son ardeur entre la France et la Grande-Bretagne, et que le Danemark était notre allié, les intentions de la frégate anglaise envers la colonie danoise if étaient pas difficiles à deviner. Toute résistance edt été inutile; le gouverneur dut en conséquence songer à capituler. Il envoya douze parleinentaires à bord du navire ennemi : ils y furent retenus prisonniers. Douze autres habitants (]ui succédèrent aux preniiers fiiretit éiialement arrêtés. Alors les Féroïens, indignés d'une telle perfidie, résolurent de combattre, et se dirigèrent vers la forteresse. Maïs les A nirlais avaient mis à profit le temps qu'ils avaient perdu en délibérations : de nombreux soldats avaient été débarqués , et , avant

?|ue les habitants eussent atteint le ort , ils y avaient pénétré, avaient encloué les pièces d'artillerie, démoli une partie du bastion , et s'étaient enfuis sains et saufs vers le bâtiment; Des eet instant , Tliorshavn fut au pouvoir des Anglais. « L'histoire, dit M. Marmier, à qui nous avons emprunté ces détailB, ne nous a pas conservé le nom de ces hommes qui s'ea vinrent avec tant d'audace , dans une mer paisible, masqués par un pavillon étranger, qui eurent la gloire de faire prisonniers vingt^tre péefaem ,

L*UNlV£aS.

deioandre en pletn Jour m une terre sans défense, et de dévaster un bastion abandonné. II faut croire que les annales maritimes anglaises sont , à cet égard , plus oompl»es que celles des Féroé. Les héroê de cette glorieuse campagne doivent etrn inscrits tout près de ceux qui , dans un temps d'armistice, sans aucune déclaration de guerre, s'en allèrent, un matin, incendier la flotte de Copenhague. »

Ce qu'on vient de lire est la partie la plus itrtéressante et la plus drama* matique de Thistoire de Iborsbavn, liunilNe bourgade presque aussi ignorée que les pêcheurs qui l'habitent. Deux événements méritent cependant encore d'être rappelés : c'est Tadoption du flbristianismepar les habitants, en Tao M8, et leur conversion au protestantisme à la fin du seizième siècle.

^'ou$ ne dirons rien des outres villages que les Féroïens décorent du nom de Tilles. La description du cbef-lieu de Parchipel suffit nour donner une idée des bourgades ae second rang. Il y a toutefois une remarque à faire :

c*est que les maisons de Tborsbavn sont bien plus misérables et bien plus tristes que celles qui s'élèvent sur le rivage dans le pourtour de l'île. Cellesd sont plus commodes et plus vastes.

hd principal bâtiment, composé d'une cuinne et de deux chambres. Tune pour les provisions, l'autre pour le tissage du vadmel, est construit moitié en bois, moitié en pierre, ce qui est du luxe pour les Féroé. Tout auprès on voit rétable , la grange où le fermier conserve son fourrage et son grain, le four qui sert à torréfier Tor-

Se, et enfin plusieurs cabanes presque daire>voie, tant les planches qui les composent sont éloignées les unes des autr es. Ces espèces de buttes ou kiadl renferment la viande, qui doit constituer la partte essentielle des prori> sions de la famille. On y suspend, dans le courant de novembre, des moutons tout entiers ; i'air vif et froid qui se £tit jour par les fisntes des cloisons les dessèche et lesoonaerve; de sorte que,

Î|uelques mois après, In viande est eroie et pleine de suc. Ce qu'il y a de

{particulier, «^est qu^on la mange sauf a cuire et sans la saler , et que néanmoins, au dire des voyageurs, elle offre un mets assez agréable. On conçoit à quel point ce mode de préparation est commode et utile pour les p.iysanS et les pécheurs des Féroé :

un morceau de cette viande sèche les dispense , dans leurs courses sur mer on dans les montagnes, de s'occuper de la ouisson et de l'assaisonnement* de leur repas.

Le fermier est donc en général moins malheureux que le citadin, et sa demeure est plus saine. Parmi ces habitations disséminées ?iir les cotes des Féroé, on cite comme la plus belle celle qui est connue dans le pays sous le nom de Kirkeboe. Sa situation entre la mer et de hautes montagnes'est des plus pittoresques , et le paysage environnant a quelque chose de sauvage et de poétique à la fois. C'est là que résidaient les aneiens évéques catholiques, et que s'était établie une congrégation de moines. On voit encore, près de la ferme , les restes d'une église gotiiique commencée, que Tévéque Hilaire voulait élever au rang de cattiédrale.

L'introduction du protestantisme dans ces îles arrêta la construction de l'édifice , dont les débris sont le témoignage mttMel de la courte domination du catholicisme sur cet archipêl.

Histoire naturelle. Les trois règnes de la nature sont extrêmement pauvres aux Féroé. Nous ne parlerons pas des végétaux, dont le nombre est trop minime pour qu*on s'en occupe. Que pourrait-on dire sur la flore et lu faune d'un pays où les arbres ne dépassent pas les dimensions du genièf re ou du saule le plus chétif ? Parmi les ani* maux, les oiseaux seuls peuvent faire les frais d'une courte nomenclature, car, eu fait de quadrupèdes sauvages, on ne pourrait ater que les rats et les souris transportés dans ces fies par les vaissenux norwéi^iens. L'aigle cendré, le lanier, une espèce de hibou, Tépervier (*) , le corbeau et la corneille huppée sont les espèces nuisibles, l^f

(*) Tojes J>ebel| sur let féroe, iGjtt.

DES ILES DE L'OCÉAN. lOt

corbeaux, dit Pennant (*) , drtrui- en haut ei \n chasse par en bas. ha

saient tant d'aj^neaux et de brebis, première se fait, comme on le devine,

3u'autrefois ciiaque pécheur était tenu a l'aide d'une corde attachée au corps 'apportera la cour de justteejejour de du cbasseur, et tenue éloignée des Saint-OIaiis, le bec d^un de ces oiseaux, bords du rocher au moyen d'une plansous peine de payer une amende dite clie qui s'avance sur l'abîme et à l'examende du corbeau {roven fine) (**). trémité de laquelle elle est suspendue. Les autres oiseaux de terre aont le Quand il faut transporter d'un endroit frigeon, le ramier, Tétourneau, laber» à un autre le diasseur ainsi maintenu geronnette blanche ou hoche-queue, le en l'air, il y a pour lui grand péril, roitelet, et quelquefois l'hirondelle; parce qu'il se détache du bord des l'ortolan de neige se repose souvent pierres qui tombent sur sa tête, et qui au printemps dans les Féroé, lors de le tueraient infailliblement 8*il n'était son passage vers le Nord. On y ren- pns coiffé d'un bonnet épais, quelquecontre quelquefois le heron. Le bec fois trop faible cependant pour le gade cuiller ou spatule y est commun, rantir de l'atteinte mortelle des gros Le rflle d*eatt , rfaïuftrier et le TanDeau éclats de rocher. La dextérité de ces liréquentent les cdfeSf sur lesquelles se hommes est vraiment merveilleuse: rendent aussi en grande quantité des parfois ils placent leurs pieds contre oiseaux de rochers, tels que les puf> Je sommet d'un précipice, et se lanfins, lespingoins, les guillemots fous cent au loin pour retomber près d'un et noirs. Le get^ir fugl ou gerfaut j trou- qu'ils supposent contenir un nîd. vient aussi , mais seulement a certai- Quand les oiseaux ont pondu dans des nés époques de l'année. Ce dernier cavernes profondes , ils s'y abattent , oiseau , que ses ailes trop courtes em- se dégagent de la corde, la uxent à une pèchent de Toler, fait soobid au pied pierre, ramassent leur butin tout à des hautes et sombres falaises. Le «A'^/a leur aise-, et reprennent ensuite leur ou grisard est un oiseau de proie de poste aérien. D'autres fois, ils s'écarla grosseur d'un corbeau. On assure tent du rocher , et, avec un lilet placé que lorsqu'un homme passe près de au bout d'un bâton , ils prennent les son nid, il s'élance sur lui et lui dé- vieux oiseaux au moment où ils sor* chire le visage. Le goéland arctique tent de leurs retraites. La chasse terau dos noir, le bourgmestre, Toi- minée, ils tirent une ])etite ficelle liée seau des tempêtes, plusieurs espèces autour de leurs reins et tenue au soinde plongeurs, entre autres le plongeur met par leurs canM|rades; à ee signal , du «ord, le cygne, Poie sauvage, l'é- on les hisse, et ils remontent souvent der ou canartl à édredon , l'havelda blessés ou cruellement contusionnés, ou canard à longue queue, le cormo- Si par malheur il arrive que la corde ran et le goéland brun fou complètent 8*engage dans les interstices des rola colleetion des oiseaux palmés de ees chers , les malheureux restent suspentles sauvages. dus entre ciel et terre, sans pouvoir Les Féroïens sont d'intrépides chas- ni remonter ni descendre. « Il y a quelseurs, et la manière dont ils prennent ques années , dit AI. Marmier (*) , un les oiseaux de rivage offre les phis paysan de l*tle Rordoe passa ainsi un grands dangers. Les rochers qui con- jour et une nuit, privé de nourriture , tiennent les nids ont souvent deux à moitié nu, transi de froid et torturé cents brasses de hauteur ; mais rien par la corde qui lui serrait les lianes, n'intimide ces hommes courageux, plos Dans son désespoi r , il allait ronger le hardis peut-être que les Shetïandais et câble avec ses aents, au risque de se les Maltais. Pour atteindre l'endroit tuer en tombant dans l'abîme, lorsque désiré , ils pratiquent la chmse pwr d'autres paysans accoururent à son se*

{*) J/vde toology, C) Eevoe des deux nendei» «rlicle d^

(**) Toyet Bnuuiidi. die.

L^UNIYERS

cours. Ce lie ftit pss sans peine qu'on

le tira de son affreuse position, et en posant le pied sur le sol, il s'évanouit. »

La chasse qui se fait de bas en haut a aussi ses périls. La petite troupe

s'einbaraue, et, lorsqu'elle a atteint la base au roehrr, un des plus intrépides, ceint d'une corde et muni d'une longue perche armée d'un crochet de fer, grimpe ou se fait pousser nar ses amis, qui le soutiennent à l'aioc d'un bâton jusqii'.'i la première place où il peut poser le uied. Alors, au moyen de sa corde , il amène h lui un autre chasseur , qui en fait autant pOUf un troisième, et ainsi de suite jus-tpi'a ce que toute la bande se trouve installée sur le roc. Uopération se renouvelle s*il y a plusieurs de.i;rés à monter ^ et ils se hissent l'un l'autre, jfisqu'a ce que, (le rocher en rocher, ils arrivent à la hauteur de la retraite des oiseaux.

Pour débouvrtr les nids, il faut qu'ils errent autour de Tesplnnade , nu risque de £;lisser et de to!iil)er dnns le gouffre béant. Quand ils ont découvert l'objet de leur convoitise, ils agissent deux à deux : Ttan s'attache au bout (le In corde de son associé et se fait descendre, en confiant sa vie à la force et à la vigilance de son coujpagnon, qui doit aussi le remonter. II arrive quelquefois que le poids derhomme suspendu l'emporte sur la forée de celui qui le soutient : alors tous les deux tombent et se brisent. Quand la chasse a été heureuse, ils jettent Ic gibier dnns lt> !)nt'\'ni cpii stationne au pied (le la Inl.iisc. Mais souvent ils piisseut une sem;unc entière à dénicher les oiseaux, logeant dans les crevasses qiroffrent les bords du précipice, et se t^nnrriv^:uit du peu de provisions qu'ils ont emportées (*).

Habitants. Costume , mœurs , usages, .'iufjerstifions. Pour tracer le portrait des Féroïens, il suOit de dire qu'ils offrant le type et les traits des Norwcgieus, a\ec la force physique et le caractère de physionomie que peut

O Pennuit , Arctie loclogy.

donner Thabitude de la diasse et de la

pêche dans un pareil pays. Les femmes, sans être jolies, |)laisent par leur visage plein de candeur et de bonté.

En généra], on peut dire que toute cette population est fort belle; les êtres difTdrnies ou estropiés de naissance y sont exlrrinenient rares, ce qui est toujours un si^ne favorable.

^ Le costumé leroîen est d'une grande simplicité et bien approprié au genre de vie de ces honunes actifs et laborieux. 11 consiste, pour les hommes, en une veste ronde, bleue ou verte, semblable à celle des Tyroliens , en un fiilet de laine orné de "boutons brillants , et en une culotte en peau de mouton. Quelques-uns se laissent croître les cheveux , et les font retombcar en longues tresses sur leurs épaules, comme les filles de Berne. Un mantelet de tricot à manches courtes, montant jusqu'au cou, et serré à l'endroit de In taille, un grand jupon flottant, et un joli bonnet de soie qui laisse le front dicouvert et s'aplatit sur la tète, composent le coslunje des feuimes. Autrefois les Féroîennes portaient dans les grandes occasions, et particulièrement à la fête des fian( ailies, de riciies vêlements ehai-j^es d'or et d'argent, comme celui des fennnes d'Islande. La robe de damas, les manchettes de dentelles, les cheveux |>oudrés et coquettement relevés sur la tète , rien ne manquait pour ^ire ressembler la jeune nlle^, ainsi parée , à une Allemande du siècle dernier. Aujourd'hui tous ces oripeaux sont remj»l.'ices par un aecoutrement, moins original peul-ètre, mais plus commode et aussi plus gracieux.

Les habitants de ces Iles sont hoD^ nctes, doux et essentiellement hospitaliers. Ils accueillent avec un joyeux empressement l'étranger qui parait sur le seuil de leur humble cabane, et se font un véritable plai>ir de lui rendre tous les siM vires jiossibles. Ils se nmntrent huniams et ciiaritables envers leurs concitoyens; ils partagent leur repas avec le pauvre, et recueillent sous leur toit, d^à habité par une faimUe

DES ILES DE L'OCÉAN

nombreuse, Vorphelin sans asile et mns

protecteur. Leur humeur se ressent quelque peu du séjour qu'ils liabitent; elle porte Tenipreiute sombre et triste de la nature qui frappe incessamment leurs re'^ards. L*aspect de ces rochers b.ittiis par les vniiucs érumnntes, de ces montagnes au tVont «■liriuve, dtî ces vallves ob>curei> et froides, les rend taciturnes et mélancoliques; toutefois on définirait plus justement cette tendance morale, en disant qu'elle parlioipe du negme allemand poussé jusqu'à rexagérotion, bien plus que de la sau- Tagerîe de TEsquimau.

Ce (pii prouve la douceur du rarnctere des Féroïeiis et leurs bonnes qualités, c*est la rareté des querelles entre ^ pa\ sans ou pécheurs, et I absence com* piété de meurtres dans leurs nnnrt!e<; judiciaires. Ci'est la encore un trait de ressemblance avec les ^orwéçiens.

Les moBurs de ces insulaires sont très-pures : point d'adultères, pas d'enfants naturels. I,a jeune lille qui s'est laissé séduire t se marie sans être accompagnée à réglise des deux garçons d*honneur, qui assistent, en pareille circonstance, la fiancée «;ans tache. 1| va, dit un voyageur moderne, dans les relations des deux sexes , une liberté si chaste, une confiance si pleine d'abandon et de réserve, qu'elle rappelle les premiers figes du monffe.

Toutes les teuunes assistent au deshabiller et à la toilette de leurs commensaux, et les aident à se lever et à se coucher. On s'embrasse, le soir, en se quittant, le matin en se revoyant, avant et après chaque repas. Ces femmes, en apparences! fiMSiles, sont ( ependant d'une vertu cxein|)laire. Les domestiques des deux sexes couchent dans la même chambre, dans le môme Ht , sans qu'il en résulte des naissances iiié|;itimes. »

On remarque dans cette population un grand fonds de piété. Tous accompiiMeDt avee exactitude leurs devoirs religieux : aussi les prêtres ont-ils fort à faire. Ils ne sont qu'au nombre de sept , et ils desservent les églises de tout l'archipel. Ces pauvres ecclésiastiques vivent isolés sur dca grèves si*

lenoieuçes oik les suivent les souvenirs

de leur patrie, car ils viennent t< us du I) inemark , après avoir pris leurs grades a l'université de Copenhague.

Comme le médecin de ThorSbavn , ils sont obligés d*exiioser fréquemment leurs jours [lour aller porter aux fidèles des localités éloignées le tribut de leurs paroles évançéliques et les secours de leur saint ministère. Ils bravent la tempête avec un courage que soutient un zèle ardent, et, lorsqu'ils sont retenus pendant plusieurs jours loin de leurs demeures, il faut, en attendant que les vents cessent d'agiter la mer, quMls vivent de la vie de leurs hôtes indigents et qu'ils partagent leur humble oourhe. Autreiois ils bénissaient, sur différents points de ( i s îles , des sources où les parents allaient b;i|itiser les nouveau-nes, quand ils ne pouvaient les porter au presbytère; mais aujourd'hui il faut présenter Penfant au prêtre, et il arrive bien souvent que la frêle créature ne peut résister aux fatigues du trajet.

Telle est la vie de tout ee qui habite les Féroé; misère, isolement, tristesse, dangers continuels, hitle incessante contre la destinée , tel est le partage de ces pauvres gens, dignes assurément d un sort meilleur. « Les flots* et In terre, dit l'iiahile ecrivnin que nous avons deja cite, ne leur donnent qu'un moyen d'existence précaire , et leurs faibles ressources sont encore amoindries par le monopole OOinmercial qu'ils subissent comme une loi de servage. Le commerce des Féroé était libre autrefois ; les habitants s'en aU laient eux-mêmes à Bergen éehanner les productions de leur p ivs contre celles dont ils avaient besoin. Plus tard, ils renoncèrent à ces voyages, mais les marohands des villes anaéa* tiques venaient, chaque été, négocier avec eux des échanges de denrées, l'n beau jour, Fre^ieric 11 s'empara de ce commerce comme d'une propriété par^ ticuiière, et l'afferma a une socil^té de LulM'ck et de Hambourg. De cette époque date le régime du monopote, et depuis il a été parfois plus ou moi us rigonraux, mais il n'a pot easaé. fio

UUNITERS.

1607 , le roi transmit le privilège de oe oommeroe à des négociants de Bergen ; Frédéric l'abandonna f^éoéreuse* ment à un homme dont il voulait récompenser les services, et qui le transmit comme un iief à son uls. La dureté avec laquelle les possesseurs de ce mo* nopolc traitèrent les malheureuses îles excita des plaintes si réitérées et si éloquentes , qu*à la fin le gouvernement ▼int à leur seoours et reprit le privi- U^e confié à des mains injustes; mais c'était pour l'exploiter luî-ni('nie, et en vérité, cela ne valait guère mieux.

£n 1790, le roi, obsédé par de nouvelles sollicitations, promit de rendra le commerce libre dès qu'une occasion opportune se présenterait, et, chose suigulière, cette occasion ne s'est pas

encore présentée Il n'y a pas plus

de trois ans qu*il n'existait encore, pour toutes les Féroé , que le magasin de Thorshavn. Les paysans du Nord et du Midi devaient louer un bateau, payer des ramears, entreprendre un voyage di£BciIe et souvent dangereux, pour venir rerevoir à Thorshavn , selon la taxe, le prix de leurs pauvres denrées. Il arriva un Jour que , dans un de ces voyages, un bateau périt avec douze hommes -, ce malheur fit impression , et le gouvernement s'est enfin décidé a établir des entrepots sur différents

Ç)tDts. Il y en a un , depuis 1886 , à rangisranufiord , un autre à Bordoe.

On en étabtit maintenant un troisième à Westiiianna. !Mais ce n'est izuère là

âu'uu léger adoucissement a un elal e choses affligeant : la racine du mal existe encore tout entière. D'après les anciennes ordonnances, le prix des denrées féroîenoes et des denrées danoises, destinées à être offertes en échangé, devait être déterminé par la moyenne de leurs différents prix de vente pendant cinq années. Jusque-là il y avait au moins dans les dispositions de la loi quelque apparence de Justice, quoique ce vutximum imposé au paysan soit encore une dure nécessité. Mais voici qu'eii 1821 il survient une ordonnance, qui ajoute au prix moyen des denrées danoises une sur* cbttgedefnote-tnNSpouroeot; ctt

en 1834, une autre ordonnance, qui prescrit jpoor les denrées des Féroé une

diminution de cinquante pour cent, ce qui fait pour les malheureux condam« nés à de telles transactions un déficit net de quatre-vingt-trois pour cent. Et qu'on ne pense pas (|U*il soit feidle aux Féroïens de se soustraire à ces marchés cruels : ils ne peuvent négocier qu'avec les repré^ntants du gouverne* ment; s*ll8 essayent de vemfîe à d'autres la inoindre denrée, ils s*eKpoaent à être traduits devant le juge comme des malfaiteurs. Il y a quelques années , une jeune femme donna à un pécheur deDunkerque quelques tissus de laine , en échange d'une paire de boucles d'oreilles. Elle fut accusée, jugée, et condamnée à une amende de éfi francs. Un paysan paya la même amende pour avoir échangé , avec des matelots anglais, du poisson contre quehjucs bouteilles d'eau-de-vie. Cette loi de proscription à l'égard des étrangers est si rigoureuse, qu*tl n*est pas même permis, aux Féroé, d'avoir des rela(ior)s avec les îles les plus voisines. Les bâtiments danois n'arrivent à Thorshavn qu'au mois de mai , et font leur dernier voyage au mois de septembre. Tout le reste du temps, les habitants des Féroé sont privés de nouvelles et séparés du monde entier. Ils pourraient recevoir en hiver des lettres et des journaux par les lies Shetland ; depuis plusieurs années ils en demandent instamment la permission, et u'uut pu encore l'obtenir. En vérité, quand on voit de telles misèras, oa est tenté de dire avec un voyageur anglais qui a visité aussi les Féroé, et qui a vu, comme nous, les tristes conséquences du monopole : « Il semble que la politique du gouvernement danois soit de maintenir les habitants des Féroé dans un état de pauvreté et de dépendance continuel (*}. » Cette hideuse loi de monopole entrave toute espè( ( (J travail et paralyse toute industrie. Une grande paire de bas de laine tricotés se vend à Thorshavn 2 francs. Comment est-il possible que de

OBiMlMisie.

DES ILES DE UOCÉAN

pauvres femmes aiment à travailler, quand la matière qu'elles emploient et le fruit de leurs veilles doivent être livrés à un tel prix?

Nous ajouterons que le découragement gti*ttn état de eboaes aussi odieux Jatte oans Pâme des Féroîens retarde nécessairement leurs proférés intellectuels; aussi, quoiqu'un grand nombre d'eotre eux sachent lire, o'ont-ils ças les godia littéraires de leurs voisms les ulandais. Chez eux , les récits des temps écoulés n'animent pns les réunions de famille autour du foyer paternel. Point de sagas, point de traditions populaires fixées sur le parchemin ou le papier. La vie matérielle, la préoccupation du lendemain absorbent tous les instants de Texistence de ces victimes résignées.

Il va sans dire qu'il y a aux Féroé, comme partout ailleurs, des heureux, c'est-à-dire des riches. Quelques fermiers jouissent d'une aisance qui leur permet de s'entourer, eux et les leurs, de ce qui, dans ces pays, peut constituer le confortable. Il en est qui ont des troupeaux de six cents moutons ; mais eottx-là sont dtés comme de rares exceptions, et leur bonheur relatif fait un douloureux contraste avec l'indigence de leurs compatriotes.

On conçoit que les exjgences de la ▼îe animafe obligent les rérofèos à un travail continuel. La garde des troupeaux, la chasse et la pèche sont leurs principales occupations. Le mouton est pour eux une ressource inappréciable ; il leur donne tout ce dont i» ont besoin : sa chair qui les nourrit, sa laine qui fait leurs vêtements, sa peau qu'ils transforment en chaussures solides, ^ sa graisse dont ils font du suif. Le surplus de ce qui leur est nécessaire est vendu pour leur (lontier le moyen d'ar.heter ce qu'ils ne peuvent trouver chez eux. Ce qui est étrange , c'est la négligence avec lauuelle ils traitent cet animal : pas un fermier ne s'est encore avisé de construire uneétable pour ses moutons, ou tout au moins un hangar où ils puissent trouver un refuge dans la mauvaise saison. Les mal»

hemrauMS bétes «mot en toat temps

sur les montagnes ; l'hiver elles sont foroées de ebercber, comme les rennes, leur nourriture sous la neige. Si cetle nei^e est durcie par le iroid, elles périssent de faim; quelquefois elles sont englouties sous une avalanche ; pendant les jours les plus rigoureux, elles cherchent un asile dans les cavernes : des tourbillons de neige en ferment souvent l'entrée , et les moutons restent là des seoDaines entières, privés de boisson et d'aliments. On en a vu qui, dans leur longue disette, en étaient venus à se ronger leur laine. Au mois de juin , le paysan se met à la recherche de son troupeau avec des hommes habitués à ces courses et des chiens exercés à traquer le mouton récalcitrant dans les ravins et les grottes. Chaque paysan reconnaît ses Drebis à une marque particulière, et il les prend l'une après l'autre pour les tondre. Mais cette opér;ition se fait encore d'une manière barbare : le ireroïen ne coupe pas la laine du mouton, il l'arrache avec la main, et quelquefois si violemment, qu'il met la pauvre béte tout en sane ; après quoi Il lui rend la liberté et éh reprend sa. vie sauvage. Les chevaux sont égale* ment abandonnés l'hiver et l'été à travers chamj)s.On va les chereher à deux époques de Tannée : la première fois pour porter l'engrais dans la prairie, la seconde pour porter la tourbe dans les fermes. Les vaches , grâce au produit journalier de leurs mamelles, ont seules le privilège de manger à un râtelier et de dormir dans une étable.

« La chasse est encore pour les habitants de ces îles une ressource assez considérable. Il n'y a ici , il est vrai , ni ours, ni loups, ni renards, mais peu de pays renfermentune aussi grande quantité d'oiseaux : on les trouve par centaines sur toutes les cotes et sur toutes les montagnes. Les Féroîens les poursuivent avec une rare intrépidité :

ils ne se bornent pas à tuer ceux qui errent sur la grève et planent sur la colline, .ils gravissent, pour les dénicher,, les sentiers les plus rudes et les rocs les plus escarpés (*}.

• (*) ^<Mis avsM déait plus haut Ici de«

i06 L'UNI

«La pldie éudt autrefois , dans ces tles, une des occupations les plus im- Ijorianles et les plus fructueuses; depuis plusieurs années elle est beaucoup njoins abondante, soit que les bancs de poissons aient changé de place, scrit

Su'ils aient réellement dimintié; mais reste toujours la pêche (in dauphin, et celle-là pourrait faire oublier aux Férolens toutes les «litres. Dès qu'un pécheur a reconnu en pleine mer la

f)résence d'un troupeau de dauphins, il e signale aussitôt aux habitants de la côte, en arborant un pavillon particulier. Ceux-ci s'en vont sur la montagne, allument un feu de pazon , et Bientôt ce signal télé^raphi(|Uf annonce à toutes les îles la joyeuse nouvelle ; les tourbillons de fumée Qottent dans les airs { les feux éclatent de sommet en sommet : leur nombre, leur position indifjnenl aux habitants des cotes éloignées l'endroit où se trouvent les dauphins. A Tinstant le péclieur détache sa barque du rivaiîe; ses parents, ses voisins, accourent à la hâte se Joindre à lui ; des femmes leur préparent des pro?isions, ils s*éhinoent

Saiement sur les flots. A Thorshavn, y a ce jour-là un niouvement dont on ne saurait kc faire une idée. Des femmes, des enfants, s'en vont tout effarés à travers la ville en criant : Grindabudy grindabud (nonvt-lle du dauphin ! ) A ces cris de béiu'diction, toutes les portes s'ouvrent, toutes les fiimilles sont en rumeur : c*est à qui ira le plus vite à son bateau . à qui sera le plus tôt prêt a fendre la lame avec l'aviron, ou à dëplover la voile.

Le gouverneur et le landfoged accourent aussi , et se mettent à la téte de la caravane, avec leur chaloupe conduite par dix chasseurs en uniforme, et portant au haut du mal la banderole danoise. Quand tous les pécheurs sont réunis à Tendroit désif^né, ils se mettent en ord re df bataille, s avancent, selon la position des lieux, en colonne serrée, ou formant un grand demi-cer-

manières de faire la chasse. Notts ikjus abstenons donc de n-pruJuire ct que Marinier dit à ce sujol.

cle ; ils enlacent dans eette bairrièro

les dauphiris étonnés, les pourstiivnnt, ' les chas>ant jusqu'à ce qu ils les amènent au fond d'une baie. La, le cercle se resserre, les dauphins sont pris entre la terre et h .s bateaux , a m" tés, d'un côté, par la grève on le moindre mouvement imprudent les fait échouer« retenus, de Tautre, par des mains ar« mees de pieux. Dans ee moment-là seulement, les pécheurs sont préoccupes d'une sini;uliere superstition : ils ne veulent voir sur le rivage ni fein^ mes, ni prêtres, car ils prétendent que les femihes et les prêtres doivent mettre en fuite le dauphin. Une fois (jne cet obstacle a disparu , il se fait uu camàge épouvantable : les pécheurs frappent , égorgent , massacrent ; le sang ruisselle à flofs , la inrr devient toute rouge, et ceux des dauphin< qui pouirjiént encore échapper, jieident dans la vai^ue ensanglantée leur agilité instinctive, et tombent comme les autres sous le fer acéré. Souvent on çom|)te les victimes par centaines. ^uaaU le carnage est fini , on traîne les dau» pi lins sur le sable; le sysselmand ap» precie la valeur de chaque poisson , leur i;rave une marque sur le dos, et le gouverneur eu fait le partage. D abord on prend, à titre de dime« une part pour le roi, pourTÉglise, pour les f)rçlies, une autre pour les fonctionnaires, une troisième pour les [)auvrcs , une quatrième pour ceux qui se sont associes à la pécne, tant par barque et tant par homme. Celui qui a découvert le troupeau a le droit de choisir le plus ^ros de tous les dauphins : ceux qui ont été blessés ou qui ont souffert quelque avarie dans cette expédition ont une part snpplétnentaire; enlin on en réserve encore une

{)artie pour les propriétaires du sol où a péclie s*est faite, et celle-ci est

f)resque toute dcv^hic au roi, qui est e plus grand propi it îaire du [»ays.

Quand le partage est achevé, les animaux sont dépecés; on en tire la peau, qui sert à faire des courroies, la cliair et le !:ird , qui forujent une des iiinl- Uures provisions de la famille feruienue. Avec la graisse on fuit de l'huile ,

DES ILES DE L'OCÉAN

et la vessie deseMiée sert de vase pour

la contenir. I^s entrailles doivent ûire portées pnr chaque h.jleau en pleine mer, afin de ne pas infecter la cote.

Un dauphin^ de moyenne grandeur donne ordinairement une tonne dMiuile, qui se vend à ihorslinvii de 30 à 40 francs. La chair et le lard ont ù peu près la même valeur. Le uéclieur recueille avec soin tous les débris de sa cipriire, et retourne en triomphe dans sa famille (*). »

iVJalheureusenienl ce n'est pas tous les jours fête, surtout aux Féroé. Quand le pécheur a tiré de sa part du butin tout ce qu'il pouvait (mi espérer, quand la joie, produite par cette bonne aubaine, s cbt apaisée, chacun reprend ses travaux ordinaires et rentre dans le (*ercle de ses monotones préoccupations.

De quel droit, après ce que nous avons dit de la misère de ces pauvres enfants de la N(}r\s é;;e, leur ferait-oû un reproiiie d'avoir conservé des ^uperstiiious, absurdes à nos yt'ux, mais dans lesquelles ils puisent la résignation et la patience? N*estril pas tout naturel qu'ds attribuent à une certaine fatalité personnifiée dans des êtres fantastiques, tout ce qui leur arrive dlieureux ou de malheureux ? Cette croyance à des influences irrésistibles, favorables ou niallnis mtes , n'est-elle pas propre ;i leur inspirer rabnégation per^unneile qui leur est si nécessaire pour sup|)orter le fardeau d*une vie de privations et de souffrances? Ces parias de la société européenne sem- Llent comprendre l'utilité decctte tnste ressource, et apprécier les avanta^^es rel.itifs de ce culte voué aux esprits invisibles , e.ir plus leur position devient douloureuse, plus ils se complaisent dans leur foi à ces créations bizarres. Cest ainsi qu*aujourd*hui même ils croient à l'existence de jolis petits naîns, qui se blottissi rît sniis les pierres voisines des maii^ons, et sont d'une sensibilifé si grande, que le plus léger bruit les importune : amis, ils protègent les habitants de la demeure pris

{'y Maiiuier, Revue des deux mondes.

de laquelle fis se sont ^blis ; ils les

guident dans leurs courses sans être

vus . ils les aident dans leurs travaux et leur portent bonheur en toutes cho* ses; ennemis, ils sont implacables, et persécutent le paysan dans tous les inst.mts de sa vie; aucun accident ne lui nrrivp alors qu'il ne soit l'd livre du lutin déchaîne. Quant aux huUie' folk, ce sont des génies qui habitent le flanc des inontagnes, vivent de la même vîe que les hommes, et jiossèdent de nombreux troupeaux, invisibles dans les pâturages où ils paissent. Cette incarnation d'un être mystérieux dans l'homme n'est rile pns f)ien capable d'adoucir dans l'espiil du Féroien le sentiment de sa situation? iSe doit-il pas courber bien plus volontiers la tête sous le poids de sa destinée, du moment où il est convaincu qu'un autre que lui souffre de ses souffrances et a sa part de toutes ses vicissitudes? Ce peuple naïf croit aussi que les morts reviennent, et gue, lorsqu'ils reparaissent dans les lieux qu'ils ont liabitcb, ils peuvent exaucer les désirs de ceux qui ont le bonheur de les rencontrer. Il s'agit d'aller les atteudrb pendant la nuit de INoël, sur un chemin croisé; seulement il faut se garder de prononcer un seul mot, et de faire un seul geste en les apercevant; s'il en était autrement , le revenant disparaîtrait, et il u'y aurait plus rien ù attendre de lui.

Autrefois il y avait aux Féroé des esprits domestiques , espèces de dieux lares nui prenaient part aux joies nu aux afllictious de la famille et influaient ))ui5ssmment sur elle. On se les ren* dait propices en leur faisant des liba^ tions du lait d'une vache nouvellement délivrée. Pour préserver l'animal de tout sortilège, un lui arrachait quelques poils entre les cornes.

La marà, monstre hideux qui se précipite sur l'homme pendant Son sommeil , et uui, s'attachant à sa poitrine , retoulTe dans ses mortelles étreintes, n'est-elle pas la personnification de la maladie, remlileme de la ïlotileur plusique } Et quand le Féroïea agonisaut aitcad le médecin que

L*UIfIVER8.

Ja tempête retient loin de lui , cette eroyance à une force irrésistible, supérieure même à la science, n*est>eile

pas de nature à rendre pour lui moins poignante l'idée qu'il est privé des secours qui pourraient Tarracher à la mort?

Les nikar, ou esprits des eaux , les monstres de l'Océan et les hommes de m€i\ qui attirent les jeunes femmes sur la plage et les emportent dans Ip^ flots, préoccupent aussi les Féroîens.

Entre autres histoires n ee sujet, ils racontent qu'un jour quatre paysans d'une des lies septentrionales allèrent à la pèche; le soir, à l'heure ordinaire du retour, on ne les vit pas réparai* tre, et pendant plusieurs jours on les chercha inutilement. Un mois entier se passa dans ces angoisses cruelles, et les familles des hommes perdus n*e8« péraient plus les retrouver, lorsqu'un matin une énorme baleine échoue sur le rivage; on s'empresse autour d'elle, • on la tue, on l'oum, et la foule' stu* 'péfaite aperçoit dans ses entrailles les quatre paysans assis dans leur bateau, et ramant tranquillement sans souci de leur étrange situation. Cela est sans doute extravagant; mais on reconnaît encore dans cette tradition la trace évidente de cette puissance mystérieuse à laquelle les Féroîens attribuent les faits les plus merveilleux, accomplis en dépit aes dangers et des lois natuyelles du monde pliysimie.

Dans la croyance a Vliommede mer, cette espèce de fatalisme est encore dus frappante : quelques pécheurs dr Quanesund entendaient depuis plusieurs jours des cris singuliers, sans

{)Ouvoir découvrir d'où ils venaient. Un )eau jour cependant ils sur|)rirent un homme de mer et le conduisirent dans leur cabane. Le lendemain, ils eurent ridée de l'emuiener avec eux à la péclie. Connue ils dépassaient l'endroit le plus poissonneux , leur mystérieux compagnon Ht entendre un éclat dè rire : alors ils rétrogrndèrent et prirent du poisson en quantité. Dès ce moment ils surent mterpréter le silence et te rire moqueur de Thomme de mer;

ils allaient pécher tous les jours , rapportaient un immense butin , et après avoir donné à leur guide Gdèle du poisson cru pour son souper , ils l'enfermaient dans une étable, sur la porte de laquelle ils avaient soin de faire une croix. Malheureusement il leur arriva une fois d*oublier de faire cette croiZt et l'homme de mer s*enfuit, pour ne plus reparaître.

Comme il arrive toujours en pareille matière, les Féroîens poussent i amour du merveilleux jusqu'à l'absurdité la moins justifiable. Il existe, par exemple, à Stromoe, une famille qui se vante de descendre d'un phoque , et void comment les membres de cette heureuse famille expliquent le fait :

certaines femelles de phoques ont la faculté de laisser sur la grève leur peau de poisson et de revêtir une gracieuse forme de feniuie. Un pêcheur vit une de ces créatures séduisantes, et la trouva si belle , ^u'il l'aima d'amour passionné. Il réussit à remmener avec lui , la fit entrer dnus sa cabane^ et serra la peau de pho(jue dans un coffre. 11 épousa cette fennne , et en eut plusieurs enfants; mais un matin, en partant pour la jiéche, il oublia la clef du coffre : son infidèle compagne s*ea aperçut, ouvrit la boîte, reprit sa dépouiAe d'amphibie , et courut se jeter dans la mer, où elle disparut pour toujours.

Toutes ces superstitions, toutes ces croyances bizarres se perpetuerontsans doute indéfiniment parmi ïes Féroîens, ear le gouvernement danois ne s*oceupe guère des moyens de dissiper VU gnorance profonde et les erreurs de ce peuple intéressant. D'ailleurs, ces insulaires paraissent tenir beaucoup à leurs traditions, h leurs idées et è leurs habitudes. Comme toutes les races du IN'ord, ils adoptent sans passion et conservent avec ténacité. C'est ainsi gue la plupart de leurs usages d'autrefois subsistent encore aujourd'hui. Nous ne rappellerons en preuve de cette assertion que la manière dont ils célèbrent le mariage d'un des leurs. Cette cérémonie est caractéristique, et nous en

DES ILES DE UOGÉAlf.

AttpruoteniM eiMora le tableau à M. Bfannier :

« Comme autrefois, on voit des jeunes £ïens qui, pour toucher le cœur de celles qu'us doivent épouser , se choilissent on orateur : c'est on pécheur fCDommé pour son intelligence, un paysan habile à composer des vers.

Quand le jour du mariage est arrêté, on envoie des invitations dans tout le district. Parents, omis, hommes, femmes, enfants, arrivent à pied, à chevnl , et s'entassent pêle-méle dans la maison du fiancé. On fait rôtir pour ce joar-ià des moutons et des yeaux tout entiers. L*eau-de-vie coule dans de gratids vases, la bière bout dans la chnudière, la table est mise du matin au soir, et les convives agissent sans gêne; car, avant de s'en aller, ils sont tous, comme en Finlande, soumis à une collecte et laissent tous quelques species sur le plateau qu'on leur présente. La noce dure trois jours. Le plus beau , le plus pompeux est celui où les fiancés reçoivent la bénédiction nuptiale. Le soir , tout le monde se met à danser. Celle danse des Féroé est très-eurieose à voir. Les danseurs se pressent, se prennent par la main, sans distinction de rang, d'âge, de sexe, et forment une longue chaîne.

Ils n'ont point d'instruments de mu sique pour se donner la mesure, mais ils savent tous les chants traditionnels et les mélodies anciennes avec lesquels ils ont été bercés. L'un d eux eutuune une strophe , les autres fatlendent au refrain et le chantent tous ensemble.

Ce chant, composé seulement de quelques modulations, est grave, mélancolique , imposant. Au milieu des fortes iribratioos des voix dlmmmes , on entend de temps à autre percer la voix • aiguë d'une jeune fdie; mais en général, toutes ces accentuations rustiques sont très-justes et parfaitement «raccord. Au moment où le chant commence, la chaîne marche , tourne, se déroule d'abord lentement et avec une sorte de grâce nonchalante, comme les naïves rondes de Bretagne, quand le Ingnou fait entendre Pair populaire :

An lui goss puis bientôt eue s*anime,

elle a des moaTemeili plus vifs et plus rapides. Les chants caoisis pour ces

solennités sont presque tous des fragments ou des imitations du A œmpet'î.-çer danois, des histoires de guerriers, des récits de combats et d*amour , comme les strophes de la Jérusalem, que chantent les gondoliers de Venise. Peu à peu la danse prend le caractère d'une scène théâtrale : les conviés s'associent au récit du chanteur, ils suivent avec émotion les péripéties du drame, s'aitent, se passionnent, balancent les ras, frappent du pied, et, par leur

Sntomime,expriment en quelque sorte ut ce que le poète a voulu exprimer dans ses vers , et le musicien dans ses nif'Iodies. Les femmes seules, comme s il leur ctait défendu de montrer de rémotion, gardent, au milieu de cette animation générale, une réserve impassible : elles ne font aucun mouvement , et se laissent entrahier. A les voir piarfois, le soir, avec leurs regards immobiles et leur figure blanche, sui^ vnnt avec joie, et cependant avec une sorte de mélancolie, toutes les vives ondulations de cette chaîne qui se déroule comme un serpent et se précipite comme un tourbillon, on dirait des jeunes filles emportées par une force irrésistible dans les danses des espnts.

« Au milieu de ce liai dramatique,

un homme frappe sur une poutre pour uyertir la mariée qu'il est temps ne se retirer dans sa chambre ; mais la mariée doit faire semblsnt de ne pas l'entendre et continuer à danser. Bientôt après, un second coup résonne, et elle ne s*en émeut pas davantage. Enfin , au troisième coup, la mariée s'en va, et il est convenable , disent les bonnes gens, qu'avant de se mettre au lit elle pleure un peu. Le marié ne tarde pas a la suivre; et, quand tous les deux sont dans leur chambre, les con?ive8 récitent à haute voix une prière et entonnent un psaume. »

Nous n'avons rien de plus à ajouter, car la description détaillée de chacune des ties de cet archipel fatiguerait le lecteur sans grande utilité. Ici la nature est si monotone dans ses imau

lie

rUNIVERS.

et son aspect, que décrire un lieu c'est en quelque sorte les décrire tous. Quant à la population, elle porte les mêmes esracteres uhysiologiques et momix dans toutes les parties des Féroé. T /histoire, nous l'avons fuite en quelques lignes, et ces quelques lignes sufûsent pour foire eonnattre les annales d'un pLiys dont la vie passée a été presque auiisi luiifdrnie, sous la domination liorwégienue , que Test sa vie actuelle

sous rinfluence du monopole et de la misère (*).

(*) Pour de plus amples détails topogia* phiques , ou peut lire la description de cet dus par Landt (en anglais) et ruuvragi' de Mackenzie. Quant à Lowenbom et à Puanant que aoiia avons déjà cités, Ils se «>nt occupés. Ton dePhydrographie des parages où "ïoiif sifn(Vs les Fëro«, l'autre de l'iiistoire naturelle du pa)s.

DES ILES DE UOCEAll.

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