‹ L'UniversChapitre 43 sur 60 · ILES NOR1IA1IOE · texte numérisé non relu

ILES NOR1IA1IOE

JEB8XY , Gtisftimiy , siBX ST Ausieiiy.

Vescription, Les îles de Jersey, Giiernes^ et Aurignv, désignées souvent sous le nom û*Uu nermandes ou iV archipel ancjlo- normand , gisent dans la Manche, entre la l^'raoce et TAngletcrre.

« Cest une présomption, fondée sur les autorités les plus respectables, que, bien antérieurement à renvaliis.seiiient de rOcéan sur nos cotes , au mois de mars 70d , Jersey , Guernesey , et en général tout le r^ste de cet archipel angio-normnnd, appartenaient à In terre ferme. C'est même une tradition dans la première de ces îles, tradition appuvéè sur de très-anciens manuscrits , qu encore au temps de saint Lô, mort le 21 septembre .')65, Jersey n'était séparé du territoire de Coutances, dont il dépendait |H>ur le spirituel , que par un simple ruisseau , sur lequel les habitants étaient tenus de fournir une

f)lancheàrarchidiacre de l'église mère, orsqu'il allait faire cliez eux sa visite. Mais quand nf)énie Thistoire serait demeurée muette sur ce point, la surprenante chaîne de rochers qui entourent c«tte île et ses pareilles, et qui se projettent plus ou moins sensiblement vers nos paraçes, suffirait seule pour convertir en démonstration ce que nous n'avan(jons pourtant que comme simple conjecture; car c'est un fait qu'on peut YmAer tous les Jours par les sondes , que si la Manche asséchait en entier, depuis Calais jusqu'aux approches du Havre de Grâce seulement^ ce retirementdeseaox laisserait également sec à peu près tout l'espace en de<^à du rayon visuel, depuis l'île d'Aunpny înclusivprnpnt jus(}u'a celles de Ikitz et d Uut ssant. De façon que dans cette hypothèse , tout Tattollon dont il s^açit redeviendrait, comme il Tétait (i.ins le principe, une partie intégrante de la INormandie, »

Le savant abbé Manet, à qui nous ampnmtons oe passage de son ]U(é*

moire iuliluié : De Véiat ancien et de tétai actuel de la baie du mont SainU Michel et de Cancale, des maraia de Dol et dr ( Jtàtcauneuf y ménioire couronné en l^i28 [jar la Société géographique de France, va plus loin qu^ ne l'avait osé Buache dans son travaU si remarquable sur la continuité sousmarine des chaînes de montagnes, Ira*»

vail iuséré dans les Méuioires de l'Académie des sciences, année 1753. Cet ecclésiastique , s*appuyant constamment sur des tériioii;nages historiques ou i-cicntiliques , fait l'histoire de la submersiojj successive d'une portion notable du ^rand enfoncement comprie aujourd'hui entre le cap de la Hogue, près d'ilarlleur en Norfiiandie, et les lies d'Oucssaut oui gisent uou loin du Bec du Ratz, en Bretagne.

L'archipel anglo-normand est rcn<« fermé entre les 49*45' et 49" 12' d^ latitude nord, et les 4" 22', 5" 10 de longitude ouest, il se compose, en descendant du nord au sud, des fies et îlots ci-après : Alderney ou Aurigny, en face du cap la Ilogue; le ^Vael, Guernesev', au sud-ouest, lierais, à Test du Wael ; Serk on Gers au sud-est de cette dernière; puis enfin, au sudest de Serk , Jersey. De nombreux bancs de sable et des rochers les entourent, A l'est d' Alderney ou Auriguy sont les Casquets, pointes de rocliert irrégulières, et qui ont tant de rapport avec celles qui bordent les côtes de cette île, qu'on doit les considérer comme ayant les mêmes bases. Entre Aurigny et rtle de Serk s*étetid te banc de la ('hole, et entre Jers» y et In côte de Normandie on aperçoit les rochers de Furco, du Tôt, ceux d'Écrehon, du Bœuf et des Bœuftins. Quant aux bancs de sable ou bas*fonds, ils sont innombrables dans ces parages, et y rendent la navigation difficile. '

Jebsey. Cette île, connue dajis l'antiquité 8008 le nom de Serok, noou&ée

lia

rUNIV£R&

ensuite par les Romains Cxsarea, hesia on Lesîa insula; depuis, et par corruption de ce dernier nom , GermtthtGersiek^ Jersey située à cinq lieues ooestmt-oueside la pointe de Carteret et h. trente lieues de la cote inéridionale de l'Angleterre. Sa longueur de Test à 1 ouest est de quatre lieoes, et sa largeur du nord an sud-est de deux lieues; sa superGcie totale de huit lîpues carrées. Elle est entourée de vastes bancs de sable : les principaux sont, au sud, les Minquiers, les Greteis et le banc âelaMoye; à Tonest le Grand- Danc et le Banc-du-Nord ; h Test, ceux de Sainle-CatJierine , du Chàleau et de la Grosse-Haie, Sa surface est très-inégale ; elle est comme partagée par une chaîne de montagnes ui est assez élevée au centre et court u nord au sud , envoyant a l'est et à l'ouest plusieurs rameaux qui forment entre eux des vallées étroites et profondes, dont les bords sont souvent escarpés , et qui sont arrosées d'une infinité de ruisseaux. Au nord, ces hauteurs se terminent brusquement dans la mer par des rochers qui s^élèvent jusqu'à près de quatre cents pieds audessus des flots. Au sud , le sol va en s'abaissant Jusqu'à ce qu'il forme une vaste plame. Cette dbpositioa inclinée lui procure deux avantages, celui d'être plus propre à recevoir les impressions du soleil , et celui d'avoir des courants d'une force plus grande ^ue si, après un cours moins prolonge, ils descendaient tous du centre de l'île pour se rendre immédiatement à la mer. Les petites baies situées au nord sont d'un accès fort difficile, tandis que celles de Siiint- Aubin et de Saint-Brclade au sud , de Saint-Ouen à l'ouest, de Sainte-Catherine et de Granviile à Test, sont accessibles à des bâtiments d*un asseï fbrt tonnage. Le sol de l'Ile est très» accidenté. Il est formé d'une marne sablonneuse, qui recouvre une nr^^ile rougeâtre. Dans les montagnes, la couche est faible , pierreuse et de peu de valeur; mais dans les vallées , la terre

O u tenmoai«oii 9- signifie l'ic.

végétale aune grande profondeur. Les

vents qui régnent sur les mers environnantes emportant l'humidité bien avant dans les terres, les rendent fertiles, et surtout très-bonnes pour les brebis et les autres bestiaux , qui prospèrent surtout dans les pâturages voisins des côtes.

L*blver est générriement court et

doux, mais désagréable à force d*humidité. Dans la portion supérieure de Pile, les sources d eau sont abondantes dans les terrains d alluvion de Saint Uelier, Saint-Clément et Granviile; au sud, elles deviennent troubles après les fortes pluies, et contractent avec le temps une saveur fade et une odeur désagréable. A Touest de Ttle est une assex vaste étendue de terre qui, il y a troît siècles , a été envahie par les' sables : c'était jadis l'un des cantons les plus fertiles, et aujourd'hui ce n'est plus qu'un désert ande. Ce n*fst pas la seule révolution qu'ait éprouvée ce sol : l'histoire nous apprend que la baie Saint- Oueu elle-même était, il y a quatre cents ans, un canton non moins ridie et non moins peuplé que ceux du Yalle et de Saint-Samson dans Guerncspy.

La fiéolotiie et l'histoire naturelle de Jersey offrent peu de particularités dignes de remarque, he granit paraît v former la h;)sc des montagnes, où l'on trouve de l'ocre et du tripoli.

Quelques sources ferrugineuses coulent ^ et là, mais elles n'ont pas été assez étudiées ni essayées pour avoir encore quelque réputation. A l'exception du varech ou algue marine dont, à défaut de bois , les habitants se servent comme combustible, et de la cendre duquel ils extraient de la soude pour la fal)rirntion d'un verre grossier, le règne vcuctal est a peu près le même que dans nos provinces de Bretagne et de Normandie, ha poiriers et les pommiers sont surtout abondants et d'un grand produit; on en fabrique à très-bas prix d'excellent cidre et d'excellent poiré. La pécbeest peu active; les cdtes cependant sont rréquentées par la raie, le mulet, Tanguille de mer , et l'on y trouve en quantité des bulties, des liouiards et des crabes. Il

DES IL£S m L*OC£AN.

y a quelques couleuvres, de beaux lézards et des rrn pauds de grosse espèce. La volaille est commune ; les clievauxsontpetitset vigoureux; les vaches Irès-boDBes laitières , et les mootons donnent une assez belle laine.

L'agriculture est très - florissante ; rémigration française en 1790 a augmenté sa prospérité soos ce rapport : on peut dire que cbacuoe de nos discordes est urip bonne fortime pour nos voisins, chez qui nous allf)ns porter notre activité et nos lumières.

La situation agricole de Jersey tient surtout aux soins tout particuliers (|ue Ton prend des voies de commimiration. Nous dirions qu'il se mêle à ces soins auelque chose de superstitieux, si la religion entrait pour quelque chose dans la bizarre cérémonie qui se pratique de temps en temps, pour examiner si les grands ebemins sont dans un état satisfaisant d'entretien. Ces grands chemins sont de trois sortes :

les premiers ont seize pieds anglais de large, y compris les bas cotés pour les piétons; les deuxièmes, huit; et les troisièmes, quatre seulement; ces derniers sont réservés pour le passage des bétes de charge.

« Anciennement, dit G. Syvret, l'historien le plus moderne, puisqu'il a écrit en 188f, anciennement il y avait une autre sorte de rhcniin, d'une perche de largeur et d'un usai;e tout différent, qu'on appelait oeruuage, du mot penica , parce qu^il était exactement large de Tingt-quatre pieds, mesure d'une perche; il n'y en avîiit que douze semblables dans toute 1 ile ( un par paroisse }. Ce chemin menait de chaque église à la mert et servait k conduire les criminels qui s'étaient réfugiés dans les églises. .. Les ecclésiastiques raccompagnaient dans cette route jusqu'à la mer, et, tant qu*il était dans ces perquages, on ne pouvait le saisir; mais pour peu qu'il s'en écartât, il pouvait être traduit devant la justice et puni suivant ia nature du crime qu'il avait commis^ » Les> perquages ont disparu avec le droit d'asile; mais il est singulier que des gens qui ne donnent que seize pieds de lar-

b' livraison, ( Dss ILSS de l'O

geur à leurs plus beaux chemins, en

aient donné vingt-quatre à ceux nui ne servaient que d'asiles aux maliaileurs.

Les habitants de Jersey sont, en général, d*un taille moyenne. Ils ont conservé beaucoup du caractère de leurs ancêtres les Celtes et les Scandinaves, surtout dans les cantons du Nord où les races n*ont pas subi le moindre mélange. Leurs membres sont musculeux sans être gros, leur teint basané, leurs cheveux brun noir ou cliâtatn clair. Ils sont principalement remarquables par la mobilité de leur physionomie naturellement donre.

Ils professent la religion protestante.

La révocation de l'édit de INantcs, ce crime politique, qui fit sortir de France tant de familles et tant d'industries, devemies rivales de celles de l'Angleterre sur les marchés de l'Europe, amena à Jersey un nombre considérable d'émigrants, qui, en y perpétuant l'usage de la langue française, n'y apportèrent cependant aucun regret pour l'ingrate patrie qui les avait repoussés. Ce sentiment de répulsion, habilement entretenu par l'Angleterre, n'a pas cessé d'exister, et semblerait plutôt s'être accru.

Enattendantqu'ilsdeTiennent moins hostiles à la France et qu'ils veuillent

bien renoncer à écorrher notre langue, les habitants de Jersey font la contrebande de France en Àii^leterre et d'Angleterre en France, fraudant ainsi et leur patrie d'adoption et leur patrie véritable. Ce n'est pas que leur commerce ostensible n'ait à lui seiif une véritable importance ; mais il iaui bien que le système prohibitif profite à quelqu'un. En 1812, Ils avaient cinquante-neuf vaisseaux du port de six mille trois tonneaux ; ils ont aujourd'hui cent soixante-deux bâtiments.

Jaugeant ensemble dix-sept mille neuf cent soixante-dix-neuf tonneaux. Leurs principales relations sont avec l'Amérique du Sud, l'Afrique, Terre- ÎNeuve, les Indes ocddentates, la Méditerranée et les Iles Britanniques. Leurs exportations eonsistent surtout en bestiaux, cidre } beurre, et en une immense

LkN. 8

lu

quantité de bas de laine , dont certaines de leurs inaïuifactures livrent à la consonimation plusieurs milliers par semaine.

En temps de guerre il sort des ports

de Jersey et des îles voisines des corsaires qui font beaucoup de mal à Tennemi. «

L*ne est divisée en douze paroisses^ et clmctino de celles-ci en vingtaines ou Quartiers. La population a presque doublé en un siècle et demi ; elle s'est accrue sortoot dans une proportion étonnante de 1831 à 1881 , époque à lamielle un nouveau dénombrement a fixé le nombre des habitants à trentesix mille cinq cent quatre-vingt-deux.

Cette population, qui, en 1831, ne montait qu*â vingt-huit mille six cents, se répartit entre cinq mille cent cinq feux ou familles, tandis que Tîle n'en comptait que deui mille neuf cent quarante-huit en 1688.

I/ile de Jersey renferme deux villes, Saint-Uélier, la capitale, et Saint- Aubin.

Saint-Hélîer est située sur la cdte

méridionale, au 8ttd«0Uest de la baie Saint- Aubin , dans une vallée formée

{)ar le mont Patibulaire et le mont de a Ville. Le premier a reçu son nom du gibet qui y est en peniianance; sur le sommet de l'autre n été construit, en 17.S7 ou 1788, le tort Régent. Tout proche de la ville est le petit port Marie, nommé le Havre-Neuf^ bon pour de petits* bâtiments. Le fort Sainte* Élisabeth, bati sur un rocher n sept ou huit cents toises de la ville, et où Ton ue peut arriver à pied qu'à marée basse, complète avec ses dépendances le svstcme de défense» La ville e«t sale et la circulation des eaux y est trèsvicieuse, ce qui, d'après les observations du docteur Uooper, nuit à sa salubrité. Les maisons, asses bien bAties , n!ii;nientent tous les jours eu nombre ; les rues sont larges et l)ien pavées. Le seul monument public qu on puisse citer est ce que les gens du pays appellent la Cohue, vieux mot français qui signifie lieu d'assemblée : c'est là

Î|uc siège la juridiction de l'île. Ce paais, ou, pour mieux dire, cette mai-

son, si mal appropriée à sa destination, mie, dans la grande salle d'audience, il n'^ a presque pas de place pour le

Ï»ublic, fest construit sur le plan de 'ancien marché, devenu une promenade, au milieu de laquelle s'élève la statue de George IL

L'église paroissiale est grande, et renferme plusieurs tombeaux. Les ca^ vinistes et les inétliodistes ont des rhnpelles spéeiales. Les entlioliques romains be rassemblent dans une maison particulière. Jersey possède, en outre, un petit théâtre, desservi le plus souvent par des troiifies nomades de comédiens français; mie bibliothèque publique, et enliii un grand arïsenal maritime et militaire. Une correspondance régulière de paquebots est établie de Jersey à Weymoutli et l\ Sontbampton; on y trouve également des L)âtiments de transport pour Bristol et des bateaux a vapeur français qui font périodiqiMK ment le trajet de cette Ile à DOS ports de INormandie.

Saint-Aubin est située dans la même baie que Saint>Hâier, et |)resqa*en re* pard de cette dernière, à environ une lieiie de distnnre. C'est tOUt 00 îgék nous avons à en dire.

Jersey a quelques monuments antiques : le séjour qu'y fit, dit^n, Cé»

sar, uendant Tun des moments de repos que lui laissaient les Gaulois, est, si Ton en croit les savants de Tile, prouvé par les restes d*uu camp romain à Rozel, dans la partie nord, et par les ruines du château Montorgueil , évidemment bâti par le conquérant. L« traces du culte druidique sont beaucoup plus a{)parcntes : • Ce sont, dit Falle, des pierres plates, d'une gran* deur et d'une pesanteur considérables; il y en a d'ovales, d'autres quadrangulaires, élevées de trois ou quatre pieds de terre et supportées par d'autres d'une plus petite dimension. 11 paraît par leurs figures et la grande quantité de cendres qui se trouve alentour, qu^elles servaient d*autds. Elles sont presque toutes placées sur des émineo* ces au bord de la mer. A dix on douze pieds de distance de chacun de res autels on trouve uue plus petite pierre

DES ILES DE L'OCEAN

en forme de dé à peu près , où l'on présume que le prêtre faisait quelques cérémouies , tandis que le sacrilice brûlait sor Tantel. » Stxrcy parle d'un monument de même espèce qui fut découvert en 1785 et offert en don au général Cornwav , lieutenant gouvermnf de llte, qui ^empressa de le faire eolerer et transporter en Angleterre « pour Pinh( Ilir un de ses parcs. » Quelques inf'diiillesde l'empereur Claude, et d uulrts de petit bronze qu'on trouve encore quelquefois , sont tout ce que Jersey possède en fait d'antiquités.

GiiKRNi-sEY. Cette tlea reni de tous les auteurs qui en ont parle un nom différent. On ne doute pas que ce ne ■oit la SarMa de ritinâraire d'Antoniii ; Cœnalis l'appelle (irenezeium { vtilgà Grenespfj ) ; le P. Ponimeray , Ghernecium ; Ferrary et Baudran , Gamesia; Lucas Chartier, Gûmsey; Froissant, Grenesk $ Ch. Bourqueville, Jamsefj\ et de Thou,- Crenesia.

Ell'^ est située à , onze lieues ouestsud-ouei>l du cap la liogue, quatre et demie de Jersey, vingt de Sain^ Malo et douze de Cherbourg. Sa forme est presque triangulaire. La petite île nommée le Wall , qui est en race de son extrémité nord et n'en est séparée que par un étroit chenal , en complète la pointe septentrionale. 1,1 le est, comme Jersey, entourée de rochers, dont les principaux sont, au nord du Wall, les Brayes; à l'ouest, en descendant vers le snd, Granis^ la Jambule, les Hanovaux; et, nu sud , la Pinte. En face de la cote orientnle sont l'île de Serk, distante de deux lieues un tiers, ct celle d*Herais, à une lieut et demie. Au nord-est de la pointe sud -est de Guernesey s'étend un banc de sable, et entre ce banc de sable et nie de Herms, au'nord-est, sont des rociieri qui entourent cette dernière à l'ouest, et, touchant presque ceux qui avoisineiil la côte orientale du Wall, resserrent singulièrement eolre ces lieux terres le passage déjà étroit entn to banr. de sable et Guernesey ; c'est ce qu'on appelle le petit Ruau : il faut une longue habitiîde pour naviguer dnns ce passage di£Uciie. La passe qui se

trouve entre l'île d'Herms et celle de Serk, et qtu'senomme le grand Ruau, est un peu plus libre. Au surplus, la navigation est trèsHlaneereuse autour de cette île , par suite du ^rand nombre des courants occasionnes par un fond inégal et hérissé d'aspérités. La marée y monte jusqu'à trente-deux pieds.

Guernesey a environ cina lieues de lonii sur quatre dans sa plus prnnde lar;ieur, et onze lieues et demie de circonférence. L'inclinaison de son plan est dans le sens oontrairè à eeint dt Jersey, car il est plus élevé au sud qm du côté du nord, ce qui fait pour ainsi dire une double obliquité, l'une qui vient de la position naturelle du soleil, surtout pendant le solstice d'hiver ; l'autre, de la position du sol. ï)e\a vient sans doute la différence de climat remarquée entre ces deux iles. 11 est moins Immide à Guernesey qu'à Jersey , et si doux , que le myrte et le géranium y fleurissent en plein air« et que l'oranger y fructifie; le figuier y devient magiiifique. Le sol y est aussi meilleur et plus léger. A uuer* nesey et dans les autres îles nor*^ mondes, le principal agent de la cul* ture est le varech , qui croit sur les rochers environnants. On le coupe au printemps et en été. Celui qu'on re> cuedie dans cette dernière saison sert au chauffage quand on l'a bien fait sécher, et les cendres servent soit à la fabrication d'an verre commun , soit à composer un engrais excellent. Le varech d'hiver, semé clair dans les^uérets et enfoui après sous Us sillons avec la charrue, échauffe la terre dans les temps de gelée, et la pénétrisnt dt sa substance onctueuse, tient le pied du blé frais dans les plus grandes chaleurs de l'été. A Jersey, il y a des per^sonnes préposées à la récolte du varech et à sa répartition entre les habitants) à Guernesey, chacun est obligé de penser à faire sa provision soi*méme et a l'apprêter.

Les cnevanx sont cfaétift et mal soi* gnéSf mais les vaches de Jersey sont renommées et donnent un lait excellent. Ees habitations des fermiers sont ea général petites , mai distribuées et

d'un nspect misérable. Dans tontes on trouve ce qu'on appelle une cliajnbre de réunion , et, dans un coin de cette chambre, un endroit élevé d'environ dix pouces el garni de feuilles sèrhes, sur lequel les gens de la maison restent souvent des heures entières dans rinaetion la plus complète.

« A l'enlour des îles Guernesey, Serk et Herms, dit G. SwrPt, on peclie des coui^res et des homards en grande quantité; on y trouve aussi ïorma, qui n*est connu que dans ces fies. Orma est un abrégé d'oreille de mer, nom qui lui a été donné à cause de sa ligure qui ress(Mnble assez à i'oreille d*un homme. La niasse de chair qui est dans la coquille est une espèce d'huître très-hlanclie , fort douce et savoureuse. L'oruia n'a point de coquille dessous connue l'huître, parce

3ue le poisson s'attache au roc par le oa, et celle qu'on lui trouve sert à lui couvrir le ventre ; il se trouve romniuncnicnt dans la bnssc nier de^ grandes marées du printemps. Pour les poissons à peau, tels que ceux qu'on y connaît sous le nom de rousses, roussets, etc. , ils y sont tres-communs , et il n'y a que le bas peuple qui en achète : c'est une chair grossière , et on les y donne presque pour rien. On peut appeler la mer des avant dites îles le royaume des congres ; il s'y en trouve en toute saison , et ou en prend quelquefois qui pèsent depuis cinquante jusqu'à soixante livres. Otho de Grandeson , gouverneur de l'île de Jersey sous les règnes d'Édouard l*""^ et d'Edouard II, mit un impôt sur les congres et sur les maquereaux péchés autour des îles et salés pour être transportés , impôt qui se monta à «100 livres tournois dans une année ^ et 1 liard toarnois par chaque congre de dix livres et au-dessus, destiné au transport. »

^'ous avons parlé, à propos des clieniins de Jersey, des soins apportés par l'autorité a leur entretien ; nous ne connaissons que la féte de Tagricul* ture en Chine qiiî puisse ^trc comparée à la cérémonie appelée a Guerncsev Ja chevauchée du roi , et qui a poui

but de vérifier si toutes les routes sont dans un état d'entretien convenable.

ISous nous hâtons d'ajouter pourtant que la chevauchée du roi , dont nous allons donner la description, est]àus bouffonne aue grande et utile.

L'objet de cette chevauchée est de promener le long du chemin du roi le* plus large une lance portée horizontalement et longue de onze pieds trois quarts, tlle doit passer partout sans le plus petit obstacle , ni pour elle ni pour celui qui la porte; ta moindre pierre, la moindre branche, la moindre ronce vaut au propriétaire du champ le plus proche de l'obstacle uue amende de 1 franc 50 centimes, et le montant de toutes les amendes sert à payer les frais d'un ^^rand repas.

Cette cérémonie, établie par une charte spéciale et qui devait avoir lieu tous les trois ans , n'avait pas été renouvelée depuis vin^t-sept ans, lorsqu'en 1813 on pensa a la rétablir. Rien ne lut oublié, pas^méme le costunie des pions, ou valets des autorites, qui Alt ainsi réglé uniformément : une calotte noire, avec un ruban rouge derrière; une chemise blanche avec une collerette ou fraise ; un gilet blanc , rond et bordé d'un ruban rouge ; des culottes blanches, longues et attachées d'un ruban ron^c par le bas; des bas blancs, et une rose de ruban rouge autour du fer de la lance. Le sénéchal de nie convoqua pour le 9 juin , à sept beui du matin» à la cour Saint-Michel , les onze vavasseurs , les quatre prévôts, et ensuite les représentants des bordages et ser^entés de l'île. Au jour et à l'heure indiqués, tout le monde étant réuni , on se mit en marche graveuient. " A l'entrée du Valle, dit Syvret a qui nous empruntons ce singulier tableau de moeurs, le sénéchal linéra les pions , comme de coutume, et leur permit d'embrasser les fdles , et leur enjoignit de se bien conduire et de rejoindre leurs maîtres à 4a Hougue à la paix. La chevauchée alors prit le chemm de la maison Sohicr, les landes, etc., et arriva sur les dix heures au lieu dit, où son exeelieuce le iieutcnaut gouverneur de Jer-

DES ILES J

9Bf rattendait à la tête de son brillant

état-major, doot les chevaux étaient décorés de rubans bleus . à l'exception (ie ceux (iudit lieutenant gouverneur et de sa maison, qui, par complimeDt, avaient des rubans rouges semblables à ceux de la chevntu liée. Son excellence et sa suite se rauf^èrent à la queue; la procession étant précédée des niusicieiis du 4* régiment de la garnison , vêtus en reîtres , avec de longues camisoles et grands chapeaux rabattus, s'achemina vers Tégiise de la capitale Saint-Pierre-Port, où elle arriva vers les onze heures, et fit le tour d'une table ronde qui avait été placée proche la porte de Touest de ladite église, laquelle table était couverte d'une nappe et garnie de biscuits, de fromage et de vin, qu'un des sous-prévôts avait fait préporer pour se rafraîchir ; et à mesure que chaque cavalier passait la porte, le prévôt et le sert^eut du roi, qui étaient à pied, leur offrait à boire et à manger. A midi , la chevauchée arriva à l'héritage appelé la Ville au Aoi, où le propriétaire distribua du lait ffratuitement, comme ç*a toujours été la oooturoe d'en distribuer lorsque cette chevauchée passe par ledit héritage. De la Ville au Roi , la chevauchée s'en fut à Jerbourg. en la paroisse de Saint-Martin , oô elle s'arrêta à la terre appelée le Feugré, aujourd'hui en Jaonière; là tous les cavaliers descendirent de cheval pour quelques instants , comme d'ancienneté , mais on omit la cérémonie qui se pratiquait autrefois, car c'était là que toute la procession pi...atà qui mieux mieux. Rebroussant ensuite chemin , le cortège 80 mit en route pour le château des Paizeries, au delà dePlainmont, où ils arrivèrent à deux heures trois quarts, où ladite chevauchée se reposa quatre heures et lit collation de viandes froides et de vin La route de retour

se fit par le château des Paizeries , la baie de Roquaine, Roque-Poisson, le bas des Bouvets , où ils firent le tour d'une pierre, suivant la coutume; de là, par la grande me de Saint^auveur, jusqu'aux p:rnnfîs moulins;... et après avoir examiné de la farine et du blé

que le meunier du moulin du roi leur

présenta, sm'vant l'usage, ils contl* nuèrent leur route par la haie du Puits, Saumarez, le camp du Key, les Salines, etc., jusqu'à ladite cour Saint- Micbel, où ils arrivèrent à sept heu* res. Le greffier de ladite cour fit ensuite la prière, et la chevauchée se termina.... par un d^ner aux frais de Sa Majesté , auquel l'avant dit lieutenant gouverneur et sa suite assistèrent, w

Ne dirait - on pas un cbapitre de Gargantua?

On nous permettra de dire , avant d'aller plus loin , ce que c'est que la cour de Saint-Michel. En Tan 1032, Robert, duc de Normandie, Ut don aux moines de Saint-Michel de la moitié de nie de Guernesejr, avec droit dé Juridiction. Lorsaue, sons le règne de Henri VIII, les biens ecclésiastiques furent confisqués au profit de la couronne, la juridiction établie près ie couvent de Saint-Michel fut conservée et érigée en cour féodale, composée d'un sénéchal et de onze vavasseurs faisant les fonctions de président et de juges. Cest à cette cour que ressorti ssent tous les autres triounaux de l'île.

Lorsque nous avons reproché aux Jersiais de se livrer à la contrebande , nous n'avons pas eu la pensée de ne

faire tomber que sur eux une accusation qui doit être commune à toutes les îles de l'archipel normand. Le commerce de Guernesey est loin d'être aussi important que celui de Jersey.

Les productions suffisent à peine à la consonuiiation ; les exportations se bornent à quelques vaches et à une ^rte de granit oleu , qui , en Angleterre, sert au pavage des rues. Le nombre des navires de cette île, qui, en 1813, était de quatre-vingt-treize, jaugeant ensemble dix raille huit cent quatre-vingt-douze tonneaux, s'est beaucoupaugmenté; ces bâtiments sont employés au commerce des colonies espagnoles et portugaises, et à celui de diverses contrées du continent.

La population de Guernesey, par suite de la franchise de taxes dont jouissent les objets de consommation.

frandiiae qui provoque de nombreuses en Bretagne , et par liqml CIkiidebeft

émigrations d'Anglais, a augmenté F"" donnait , dans les premières années

(ians une proportion aussi forte que du sixième siècle» les îles de Guerne-

celle de Jersey. En 1621, les dix pa- sey, Serk et Auriguy^ à saiutSamsoD,

1 entre lesquelles elle est pana- arcbevAque de ce dioeèie. ^uaieiurs

gée, ne eomptalent que onze cent cin* monuments prouvent qu*à cette époque

quantc-cinq habitants; et, en 1831, les habitaatà suiv^ienlle CuUe drui-

elles en avaient vingt-quatre mille trois dique.

cent quarante-neuf. Saint-Pierre-Port est la capitale de

Indépendamment de ces dix parois- nie; elle est bétie en amphithéâtre ses, G uernesey possède plusieurs cha- sur plusieurs rollines, et renferme, pelles pour les c^ilvinistes et les nié- à delaut d'édifices, quelques jardins thodisles. Beaucoup de quakers s'y tenus avec beaucoup de soin. A l'est flont aussi établis en 1781. 11 y a peu de <fo cette Tille , assise elle-mftne sur catholiques romains. Leconverneinent la côte orientale, est le port ou hade file est sur le modèle de celui de vre de la Chaussée, dont le haut a cent Jersey. Les autorités judiciaires et pieds de largeur , et le has soixanteexécutives réunies sont designéos sous nuit. Les cnaussées qui Tenfermeiit le mm d*as$emblée des états; cette ont trente-cinq pieds de haut, afin de léuniOB se compose d'un bailli , douze n'être pas dépassées par les marées, jurats ou vavasseurs, un procureur oui pourtant les francnissent quelquegénéral de la cour royale, huit recteurs lois et vont mouiller les maisons de i'audes paroisses , deux constables, et cent tre cùtédu quai. Ces chaussées sont en trente-deux douzainiers. partie pavwe et fonnent une prome-

Regies par le droit de Normandie, nnclc assez airré^ble; mais le lieu le

et jouissant encore des priviléues que plus recherché à ce titre est un parc,

les ducs de cette province avaient tout proche de Saint-Pierre- Port,

œtro^ aaY mnniapaKtéi de leurs nommé Plifi^nreuif . Cest un csptoe

domaines, ces îles ont un pouvoir lé- entoure d'une allée d'arbres de teille

pislatif partagé par le roi d Angleterre futaie, où le lieutenant çouveineiir

el le eor»seil des états. Le vote des im- passe les revu&s de la garnison,

pùts appartient entièrement à ce der- Parmi les ouvrages fortifiés de Guer^

nier ; cependant la sanetion du rot ert nescnr nous citerons , après las travaui

nécessaire, sauf les cas d'urgence, pour de Saint-Pierre-Port, 'le cliâteau de

valider les ordonnances de levées que TArchange, dans la paroisse du Yalle;

décrète ce conseil. ' on en attribue ia construction aux

Malgré leur éloignement pour nous, moines de Saint-Michel oui , comme leiGuemesiais, tout comme les Jer- nous Tavons vu , étaient oevenus profilais, sont plus Français qu'Anglais; priélaires de eette extrémité de l'île, leur manière de vivre', leur costume, Ce château a perdu de son importance tout , jusqu'à leurs instruments d'à- deimis que le port de Saint-Samson gricuiture , sont à la française, et à qu^il protège n'est plus le seul port dt peine quelques personnes haut placées I tle. Il n'en reste plus que quelques parlent-elles l'anglais. Cependant , les tours et un ancien portail. Le chànombreuses émigratinni qui ont lieu teau Cornet, dont il sera fait menjournellement de la Grande-iireta^ne tion dans l'histoire générale de 1 arrm cea lies, tendent à af&ibUr ia chipel, est bâti à environ six cents teinte française, et il est probable qu'un pas au sud-est de la chaussée de Saint- Jour viendra où le mauvais jargon nor- Pierre-Port. Il consiste en un donjon, mand fera plaee à la langue anglaise. avec une plate-forme et une enceinte

On ne sait à quelle époque Guernesey bastionnée. Sa construction date, eu

ftit habitée pour la première fois. Il en grande partie, du règne d'Élisaboth.

est question dans un acte conservé I,e tonnerre avant, en 1671, abattu la

daasieaafebîvea del'évéchéde i>oiet «irosae tour» ks états de aueraesiy

DES ILES DE UQGËAN

lia

arrêtèrent que tous les habitants ca> p.ibles de travailler, soit en personne, soit par autrui, seraient tenus de fournir autant de journées que besoin serait : ce qoi fut loyalement exécuté.

llERMs. —Entre Giiprnesey et Serk, est la petite île d'IIenns , distante d'une lieue un quart nord-ouest de rttedeSerk, dont la sépare le grand Ruau , et d'une lieue de celle de Guernespy. Cette île, qui ne contient que Quelques pâturages à la disposition du neatenant gouverneur, n*a qu'une demi-lieue de longueur sur un quart de largeur. Deux fanaux , Tun au nord et l'autre nn sud , v ont été élevés dans les dernières années. Près de son extrémité méridionale est Ttlot de Jethon, qui n*est que la crête d'uo récif un peu plus élevé que ceux du voisinage.

Sebk.— Dans le quatorzième siècle, les Français s'étaient emparés de rtJede Serk , dans le but d'y établir une colonie, qui fut bientôt abandonnée. Elle resta ensuite plus de deux cents ans inhabitée, quand un des principaux personnages de 111e de Jersey, comprenant nmportancc militaire de cette île par rapport à l'archipel , résolut d'y former un établissement, et l'acheta, avec ses dépendances , moyennant une rente de cinquante sous tournois payés au roi. (le n était pas chose facile que de former un établissement dans ce lieu désert depuis si lon^^temps; écoumm le récit «rup chroniqueur :

« Il n'y 'afoit en toute ladite iale de Sercq maison à y loger, hormis une petite chapelle faite a votUe là où ledit seigneur et sa dame et leurs gens se tenoyent jusqu'à ce qu'ils trouvassent le BM>yen de faire lever quelques murailles de pierre quy estoient auprez de ladite chapelle, là où autrefois il y avoit eu une église viron deux cents «ns pasNt < , et y firent faire un lo^t qu'ils firriit rouvrir de fougères pour les gardes de la plage et du vent; cependant ils faisoyent venir du bois et du gliet de Jersey et toutes aultres choses nécessaires pour y faire bastir des maisons, tant pour eux que pour

leurs gens Bref, il fallovt que tout

passast par la mer, quy leur estoyt

des coustages inestimables. Davantage, ladite isie de Sercq estoyt pleine de terriers à couils et de bruères, d'épines et de ronces, de fougères et de troismes, et de toutes sortes de brebailles, ensorte que ladite isIe estoyt tellement déserte, qu'il sembloyt irppossible de pouvoir lu jamais cultiver, ny labourer. Et mesmement, il Q*y avoyt nul chemin ny endroict où on eust pu mener une rlin reste, ny havre de mer où on eust peu deschar|;er des bisteaux , synon de force et à grand'peine, et à force de coustages et dépens | mais, pour tout cela, ledit seigneur et sa dame ne perdirent point courage, mais petit à petit faisoyent ruvncr les terriers et destruyre lesconils.— Ib firent becquer et arracher les épines et les ronces, couperet deffaire les haies et autres choses nuisibles, tellement que, à la parfin il y eust, et de présent il y a d'aussy bons et beaux froment et blé, avoine , et légumes , qu'en plares puissent , tellement (jiie en ladite (sle de Sercq il y a présentement quarante ou cinquante bons mesnagers, lesquels ont leurs maisons et terres k suffisance, tant à labourer que pour nourrir et entretenir leurs bestes, tant bestes à cornes que bestes chevalines, de toutes espèces et bercails , beitet porchines, que pour l'entretiennement de leurs maisons et familles, voire et si abondamment que beaucoup de gens,tantde Normandie que d'ailleurs, y viennent par chacun an pour y acheter blé, bercail et toutes autres choses qui leur faut; et, qui plus est, tous ceux qui passent et repassent uar ladite isle , de quelque endroit ou heti qu'ils soient, y sont tous les bienvenus et reçus, y sont traités fort humainement sans en payer aucune chose pour leurs dépens.— Ijcditseîgneur de Sainte Oabn voyant l'incommodité des chemins de ladite isle de Sercq, et en s[)écial pour v aller à la mer, ad visa un endroit en ladite islesoubs une haute montagne par un creux de rocher tout auprès de la mer, lequel creux de rocher éloit merveilleusement grand et s'emplissoyt d'eau de la mer par chascune marée. Ledit seigneur pen^u en lui-mes-

LUNIVERS.

mn qu'en remplissnnt Tendroit par où la mer venovt, et en trouvant inoven de percer la falaize par devers le bord de la mer du costé d*une petite grève ou galey quy étoyt là en une petite baye, qu'il seroyt facile d'v fnire un chemni fort ronvenableet fort profitable pour ladite isie. Sur quoi, ledit seigneur se délibéra de faire totalement ledit chemin, et manda quérir gens reconnaissant audict affaire. »

L'île de Serk a peu changé de physionomie depuis cette époque , moins éloignée que ne le ferait supposer le style du naïf écrivain. Seulement, les points abor(lal)les et les chemins sont devenus plus nombreux , et les ménasgers ou métayers se sont réunii au centre de Plie et ont formé aiosi

un fort joli vill.iire.

AuBiGNY. — La dernière île de Tarchipel normand est Aurigny^ appelée par les Anglais jéidemey, et quelqueîbis Ornyy ou Oarncij. Dnvity pense que c'est Pile d'Arien dont il est f;iit mention dans Tltincraire d'Antonin ; mais ce n*est <iu*une simple conjec- * tura, car on ny trouve que le nom snn«; nuriiiie particularité. Elle est située à trois lieues ouest du cap la Uoguc, en Normandie, et à sept lieues de Jersey. Elle a une lieue et demie de long sur une demi-lieue de large.

On ne connaît pas l'époque à laquelle elle commen(|^a a être habitée; il y a lieu de croire pourtant qu'elle le Ait en même temps que les îles de Serk et de Giiernesey, ses voisines. Les archives d'Aurigny ayant été détruites, on est obligé de s'en rapporter à la tradition pour faire Tbistoire de ses commenoement8.il parait qu'elle formait autrefois une espèce de |)éninsiile attachée à la cote de Normandie par des terres et des bancs de sable que la mer a envahis peu a peu. Une fois séparée du continent, quelques pc'^rhenrs s'y étnblirent, et bdtircnt nu sud-est un petit port dans la baie de Châtel; mais la mer ayant suocessivement envahi et ce port et un autre qui en était voisin , on éleva la chaussée appelée le Havre de Braie; mais ce havre est peu %\\r\ aussi le counnurce de Pile est-il au-

jourd'hni presque nul, et la population , nu lieu d'augmenter, diminue sensiblement tous les ans. Le plus batit point où elle soit parvenue est treize mille âmes, en 1815; il n*y a plus maintenant que huit à neuf eenls personnes tout au plus. L'île est fortifiée par l'art et par la nature; et la garnison de trois cents hommes u'on y entretient , suffirait pour en éfendre les abords contre des forces imposantes. Son administration civile est calquée sur oetles de Jersey et de Guemesey; mais sa cour n'est point supérieure, et on peut interjeter appel de ses sentences, tant au civil qu'au criminel , par-devant la cour royale de Guernesey.

A l'ouest de cette tle, à deux lieues environ , sont les rochers appelés les Casquets. Sur le principal on a construit trois phares à feux tournants, nommés le Saint-Pierre , le Saint-Thomas et le Donjon. Les Cnsquets portent encore d'autres constructions , telles que des maisons pour les gardes des phares et un télégraphe de nuit.

Ces rochers ont été funestes à Henri V\ qui y perdit ses enfants dans on naufrage.

Auriguy n'est pas riche eu antiquités; tout ce qu'on y a découvert est une pièce de monnaie du dbuiièaM siècle, et sept cercueils en pierre, sans aucune inscription.

COUP d'oeil historique sub

L*ÀBCHIPBL ANGLO- NOBMAND. César, durant son séjour dans les Gaules, se trouvant près de Coutances y entendit parler d'une petite île inhabitée, sans nom, etqu*un faible bras de mer séparait seulement «lu continent. T.e lîénérni romain, curieux de voir cette petite i!e, y nbordn dans une frêle en^barcation construite en osier recouvert de peaux , et y laissa douze de ses officiers, en les enga»

peaut à se la partager le mieux possible. Pour prouver ce point d'histoire, fort contestable au moins dans lA détails, les habitants de Jersey cteni d'abord le nom de leur patrie :

Jrr , Ger ou Ccar est évidemment, selon eux, une abréviation du nom de

DES ILES 0E L'OCÉAN

César, et la terminaison Eu signiûait Ue dans la langue des peuples qui enfahirenf le midi de l'Europe vers la fin de rempire romain. A ceux que cet

argument ne convaincrait pas , ils ont a nioiitrer, près du château de MontorgueiU une vieille fortification qui porte encore le nom de César; à Rozel , dans la pnrtie «^pptentrionale dePiie, une autre fortilicilion appelée encore aujourd'hui la petite Cesarée; et enfin, les restes d*an camp romain , tout près du manoir de Dielament. Nous n'avons pas l'intention de nier la visite de Ccsar dans Tîle de Jersey , et encore moins le séjour qu*ont pu y faire les Romains; nous pensons seulement que le récit que nous avons lidèlement rapportéest maladroitenient imaginé \ en effet Jersey, (]u'un faible ra^seau serait du territoire du diocèse de Goutances, dans le sixième siècle, ne pouvait, dès le temps de Jules César, t'ire bornée de ce coté par un bras de mer, et, bien loin d'être in> habitée et sans nom à cette dernière époque, elle avait déjà porté ceux de Sero/if Gersuih ou Gersieh^ et possédé une population régulière, puisqu'on y a trouvé des monuments druidiuues où ne se remarquent pas, comme dans ceux élevés sniis la domination romaine, ^es traces du mélange d'autres idées mythologiques.

Jersey, Guemesey et les fies Toisir nés n'apparaissent, au surplus, distinctement dans l'histoire que vers le tiers du neuvième siècle ; c est à cette époque, en effet, et sous le règne de Louis, fils de Charlemagne (837), (^ue tes Normands commencèrent leurs incursions. Ces îles, situées près des c6tes des provinces sur lesquelles ils s'abattaient de préférence, souffrirent cruellement EHes étaient déjà converties ao christianisme, et les Normands étaient encore idolâtres. Un saint homme, nommé Hélier, s'était retiré dans un coin de Jersey ; ils le tnèrent , et la réputation du' martyr, grandissant à proportion de la terreur qu'inspiraient ses persérutetirs. Jersey et son erniita^e de Saint-ilélier devinrent bicutùl oânras. Soixante^ainze ansploB tard,

Rollon et ses Normands étaient enfin paisibles possesseurs de la Neustrie et des fies dont nous nous oocupons; ils

se mêlèrent à la population , embrassèrent le christianisme, devinrent colons, de guerriers qu'ils étaient, et la paix succéda à ces longues années de meurtre et de pillage. Six ducs avaient gouverné la Normandie, quand Guillaume U' Conquérant y commanda à son tour. Après sa mort, l'Angleterre et la Normandie ftirent de nouveau séparées : Guillaume Rofus, fils cadet du Conquérant, s'empara de l'Angleterre; Rohert, son frère aîné, garda la Normandie et les iles de la iSÎanclie. Rufus ayant été tué à la chasse, Henri Beauclerc, troisième fils de Guillaume le Conquérant, usurpa encore, au détriment de Robert, la couronne d'Angleterre, et s^étant emparé de lui à la suite d'un combat , lui lit crever les yeux et l'enferma dans le chdteou de Cardiffe, dans la principauté de Galles, où ce malheureux prince mourut après vingt-six ans de captivité. Henri, seul maître des Ktats de son père, ne put laisser d'autre héritier que son neveu f.tienne de Blois, à qui succédèrent Henri II, puis Richard Cœur de Lion. « Pendant tout cet espace de temps, dit G. Syvret, la Normandie et les lies étaient tellement unies, que les habitants ne faisaient qu'un même peuple ; leurs intérêts tant civils que religieux étaient les mêmes. Plusieurs familles, établies dans l'île de Jersey , avaient des terres et des biens dans le continent , et , de même , plusieurs qui demeuraient en Normandie en avaient à Jersey ; enfin, on peut dire que nous étions à tous égards aussi Normands que les Normands mêmes.

Mais riieure était venue où tous ces liens qui nous unissaient les nns aux outres allaient être brisés, et que ces îles n'auraient rien à faire avec la Normandie, si ce n'est de se traiter les nns les antres en ennemis. •

A la mort de Richard Cœur de Lion, Lt couronne d'Angleterre revenait de droit à Arthur, lils de son 8efX)nd frère Jefirev s, mort du vivant de Henri M son père. Jean, onde de oe jeuM

prince, f'en étant emparé, celui-ci eut recours à Philippe-Auguste , paie se réconcilia avec son oncle , et fut enfin assassiné par lui. Philippe-Auguste, seigneur suzerain de la ISoruiaodie, cita Jean à comparaître pour ce Élit k U barre du jMirleineot; et Jean ayant refusé d'obéir, fut déclaré déchu de ses droits sur la Kormandie et sur tous les Ltats qu'il tenait en fief de la couronne de France. Les ' roif de France ont souvent rendu de pareils arrêts; mais tous n'eurent pas, comme Philippe- Auguste , une armée prête à les mettre à exécution, Normandie fut conquise; mais les îles, deux fois attaquées, restèrent à Henri, qui vint lui-même à Jersey et la mit en état de défense. C'est dans ua de ces voyages que, s'exagérant sans doute rimportaeee de ees points maritimes pour la conquête d» ses domaines de France , il donna aux îles normandes la charte suivant laquelle elles sont encore gouvernées aujourd'hui , charte qui les constitue en réalité aussi indépendantes , malgré leur adjonction a la Grande-iiretagne, que si, de fait, elles n'avaient aucune susseraineté à reconnaître. Henri III, qui succéda en 1916 à son père Jean , surnommé saîia terre^ fut obligé, afin de repousser les prétentions de Louis (*) au lrùi»e d'Angleterre, de céder volontairement à la couronne de France ses droits sur la ?{ormandie confisquée. Il se réserva nérinnioins les îles, qui furent alors si complètement sepa* rées de la province cédée, que olusieurs seigneurs qui y avaient leurs nefin principaux, maisqui étaienten même temps propriétaires de terres moins nobles, mais beaucoup plus riches sur le continent, furent sommés de renoncer à ces dernières. Un seul obéit, le seigneur de Saint- Ouen de Jersey, originaire d'une famille normande qui avait pris son titre princioal des fiels de Carteret et d'Angeville en Normandie.

Cependant, sous Édouard Y' à^Ast-

Q Ce dernier était fils de Philippc-Aupirie «t nari d*uie MBtr dm rois ftidiard Qm» dt lion «I Jha uns Beor.

déterre, fils de Henri III, les Français firent une nouvelle tentative, peu sérieuse à la vérité, pour s^emparer de

cet appendice de l'une de leurs plus riciies provinces. Elle n'eut aucun résultat. Mais lorsque plus tard Edouard III eut fait connaître ses prétentions sur la France, la guerre s'étant rallumée, les Français, connnandés par l'amiral Hugues Gueriel, firent une descente dans Guernesey et s'emparèrent du cltâteau Cornet, là place prmcipale de l'Ile. Les habitants de Jersey, qui avaient mieux su que leurs voisins défendre leur patrie, donnèrent en cette occasion un exemple de patriotisme rarement imité : ils se cotisèrent entre eux pour subvenir aux frais d'une expédition contre Guernesey, se joignirent a la Hotte anglaise et prirent part à la victoire qu'elle remporta ( 1S49 ). D est à croire pourtant que les moyens d'attaque et de défense employés de part et d'autre n'étaient pas bien redoutables, puisqiie, peu de temps après le départ des Français, qui avaient, pendant trois ans, occupé Guernesey, un corsaire, Alain le Breton, ravageait les lies et s en retournait paisiblement chargé de butin. (Test pendant le séjour des Français qu'eut lieu Tarrivée sur le continent du fameux prince IVoir, fils d'Edouard lii, qui devait en si peu de temps reconstruire a son père, sur les terres de France , un ai beau royaume, reconquis bientôt par l'épée dé du Guesclin. En 1351, Charles de I^avarreetÊdouard III, unissant un moment leurs intérêts , convinrent d'une entrevue à Jersey, pour combiner une descente en INormandie , incessamment prise et reprise. (Charles manqua de parole , se reconcilia avec la France , et dix-buit ans plus tard , en 1373, tenta , avec quatre mille soldats, une inutile attaque contre le chi\teau Cornet, delèudu vaillamment par les Jersiais.

Jusqu'alors, comme on le voit, les efforts avaient été principalement diritiés contre Guernesey, soit qu'elle fdt moins dttlicile à prendre , soit que sa situation parût plus fiivorable. En 1874, Bertrand du Qucadins'attagaaà

DES ILES pc; yOCÉAN. m

Jersey; mais eUe fut secourue à temps, extrayons d'uM obrof^qœ écrite à

et M dut se retirer, aux termes d'une Jersey vers le seizième siècle, le récit

capituiatioi) qu'il ayait accordée lui- de ce siège, où assaillants et assiégés

même. Sous Henri IV, successeur de firent preuve d'une égale intréj)idité :

Riciiard II, qui, lui-iii^ine, avait rem- <i F.n l'an de grâce 1463, étant le

f)lucé Henri III , i'iuniral breton Pen- 3* an du rè^ne d'Édouard IV dti nom, )Ouet descendit dans ces îles en 1404, roi d'Angleterre, sire Richard Harlisles pilla et ^e retjra. Ueuri V, qui ton, vice-amiral dudit royaume, étaut ▼QOfait fessttsoiter les prétendus droits eu nie de Gueroesey* alors avec queh de Henri HI sur la couronne de Fran- que quantité de navires du roy, ayant ce, s'oceupn tout particulièrement des entendu parler rominent le seiirtieiir îles, et fit de nouveau fortifier le châ- de Saint-Ôuen, iiouiiué Phiii()|)(' de teau de Montorgueil; cequi n'empéclia Girteret, avec plusieurs gentilslioinpas oette place de tomber au pouvoir mes et aussi sou Gis atné, résistoient ites Français sous le rri,'ne de lien- et avoient toujours résisté et fait dè* ri VI; mais, cette fois, la ruse fît fense contre les Franç^)is qui pour lors plus que la force. Henri VI avait à &e tenoient le château de Montorgueil et défendre ches lui eoatre les prétenlioiie une partie de ladite fie de Jersey eu d'Edouard IV , qui le rempla^ plus subjectioo, et espéroient s*eœpaeer dis tard. Sa femme Marguerite, Française ladite île movennant des forces qu'ils d'origine, appela à son secours Pierre attendoient de jour à autre, ledit sire de Brézé, comte de Maulevrier, qui Harliston se délibéra de se mire uasser pusa en Angleterre avec environ deux secrètement 4^ nuit en ladite Ile de mille hommes. Les conditions de oe Jersey; et v étant arrivé à Piain mont, secours étaient qu'en cas de succès les se fit conduire nu manoir de Saintfles de Jersey, Guernesey et Aurigny Ouen, là où il trouva le seigneur de seraient données au comte pour en Saint-Ouen, lequel fut fort joyeux de jouir loi et sa postérité , sans relever sa venue. Après avoir consulté ensemde la couronne d'Aniîlpterre'. Mnule- ble de leurs nffairps, ils conclurent vrier voyant que les affaires de Henri que ledit sire Harlistonretourneroit en prenaient une mauvaise tournure, ue toute diligence, et le plus secrètement voulut pas avoir perdu sa course : il qu'il pourroit, en Guernesey, pour envoya, en conséquence, un des siens, mettre ordre à ses navires et les laîre porteur d'un ordre de la reine Mar- reconduire en ladite île de Jersey , et guérite, s'emparerdes iies,qui ne firent que, en outre, ledit seigneur de Saintaucune résistance, attendu sans doute Oueu asseinbleroit le plus de gens qu'il la clause dindépendanoe stipulée dans pourroit. Or, ledit Harijston étant r^r le contrat ; mais quand Maulevrier , tourné en Guernesey' en toute hastéi prrivé à Jersey, voulut faire acte de mit ordre à ses affaires, puis se fît commandement au nom du roi de repasser à Plainmont, tout de nuit, et France, Jersey résista, se souleva, et y étant arrivé lui et ses gens , le sei- Maulevrier put à peine en occuper la ^neur de Saint-Ouen manda sans démoitié. Les choses se maintinrent en lai les siens; et étnjit tous assemblés cet état jusqu'à la mort de Henri VI; partirent sans perdre de temps et bien ce fut seulement lorsque Edouard IV secrètement raarcl)èrent en toute difut paisible possesseur du trdne d'An* ligence le long de la côte du nord de gleterre, que le vioe-amiral Hariiston lile, et firent si bien leur debvoir, vint, avec une escadre, seconder les avecq l'ayde de Dieu, que, à soleil leefforts du sire de Carteret ; ce dcr- vant, ils etoient tous campez devant uier, retranche dans le fort de Grouex, à ledit château; et ainsi ils mireut le ' l'ouest de nie, faisait téte aux Pran> siése tout alentour, tellemeut que nul cals à qui Maulevrier, retourné en dudit château n*osoit sortir hors d*i* France, avait confié la garde du châ- celui. Or, le siège dura si longtemps, toiMi de Montorgueil «itué à Test. J>iouf que les Fran\;o4S te voyant ^uasi altia-

iu

mez et fort affoiblis tant de leurs gens que de toutes choses , et que leurs ennemis étoient de jour en Jour rafraîchis tant d'hommes que de provisions, se advisèrent de faire bfttîr un bateau dans ledit château, le pensant dévaller subtilement de nuit par-dessus les murailles, du côté de la nier^ et ainsi Tenvoyer'willdi^àndie pour avoir da secours. italÉ autant qu'ils ne pouvoient pas faire ledit bateau sans que ceux de l'ouest n'entendissent bien les coups des charpentiers, ils s'avisèrent de faire un autre bateau à la vue de ceux de l'ouest; et comme l'on fnippoit sur l'un des bateaux, les autres irappoient sur 1 autre, en sorte que l'on ne s*apereeToit que d'un bateau seuto* ment. Ledit bateau étant quasi adievéet prêt d'être dévallé par-dessus les murailles, comme ils avoicnt advisé, quelqu'un de l'île, car pour lors les François y endétenoient beaucoup par force et malgré eux pour défendre ledit château, écrivit secrètement une lettre , laquelle il attacha h la vise de son arbalestre, et de nuit la tira parmi le camp afin qu'ils la trouvassent. Ceux de l'ouest ayant vu et lu ladite lettre firent si bon guet, que ledit bateau étant déyall4eft.la,mer fut incontinent prins j4fVHMMIix qui le pensoient mener on ncrmandie. Après quoi les Pranroîs voyant leurentreprinse rompue et leur secret tout à fait découvert, et qu'il n'y avoit plus d'espérance de leur coté d'aucun secours , se rendirent audit sire Rarliston, lequel, accompagné du seigneur de Saint-Ouen et de tous les principaux de ladite ile de Jersey, ayant eu les clefs du chflteau, entrèrent en icelui avecq grande joie et tnomphe. Et ainsi ledit H irliston renvoya lesdits François en leur pays et tout leur bagage. »

VtL'honneur de cette entreprise et ce* lui du succè» appartenaient bien certainement au chevalier de Carteret qui l'avait conçue; Harliston seul en recueillit pourtant les fruits, et fut nommé gouverneur de Jersey. L'Ansleterre crniiinait sans doute de trop faire en ûcconhmt à ces îles un gouvernement indépendant et un gouverneur choisi

f)armi les habitants. L'histoîre ne peut a blâmer de cette prudence. Les Jersiais obtinrent pour marque plus particulière de la satisfaction du prince la permission de foire Ogurer w lau* rier dans leurs armes.

Les règnes d'Kdouard V, de Richard ni, de Henri VII et de Henri VIII ne virent aucune tentative des Français contre les Iles. En 1549 , sous li minorité d'Édouard VI, une flotte partie de Saiiit-Malo vint s'emparer de Serk et y fonder une colonie. Cette colonie , qui importunait beaucoup les îles voisines, fut reprise sous le règne de ^înrie, p;ir une ruse de p;uerre assez singulière. Les eûtes de Serk sont élevées et abruptes; peu de monde niffirait pour en défendre les approches contre des forces cousidérables. Les colons oineiiés par les Malouins n'ayant

f)as fait leurs affaires aussi bien qu'ils 'avaient espéré, s'étaient en grande partie retira, et pourtant les Anglais n'osaient se risquer à attaquer l'île sérieusement. Un bâtiment conduit par un gentilhomme des Pays-Bas s'approcha un jour de la côte. Son pilote venait de mourir, et l'on deinaiidait aux Français la permission de Tudiumer en terre sainte dans le cimetière de la chapelle de Ifle. Une prière semblable ne pouvait guère être refusée; on n'y mit qu'une seule condition, ce fut que les hommes qui descendraient n'apporteraient aucune espèce d'armes. Le eereueii est reçu à terre, les gens qui le portent soigneusement visités , et

f rendant qu'ils montent à la chapelle , es Français se rendent à bord du vaisseau pour y recevoir les présents qu'on leur a promis en échange de leur pieuse complaisance. A peine y outils mis le pied, qu'ils sont saisis et désarmés. Dans 1 intervalle , les An-

5 jais, enfermésdanslacbapelle, avalent ébarrassé le oercueil des armes dont ils l'avaient rempli, et venant prendre par derrière le reste des Français restés sur le rivage, les envoyèrent à bord rejoindre leurs compagnons de captivité.

Jusqu'au temps de Charles I*% ces fies marquent peu dans l'histoire; à

DES ILES DE L'OCÉAN

cette époque difficile, rlles restèrent fidèles ati parti du roi contre le parlenieut. Élisabeth avait commencé à Jersey le châteaa qm s'élève ouiourd'Iiui entre Saint- Bélier et Saint- Aubin , et qui porte son nom ; les fortifications des autres pinces avaient été coinpiétées. Jamais, en un mot, les ties n'avaient été sur un pied plus respectable. George de Cnrteret, descendant du Carteret qui avait, sous Henri 111, préféré perdre sa terre de KoriMndîe plutôt <|ne de changer de souverain , et petit-tils de celui qui, en 1463, avait repris sur les Français de Mauievrier le château de Montormieil, résolut de servir de son mieux la cause du roi Charles. Il arma dix à douze corsaires, qui courant sus à tous les bâtiments naviguant sous une patente délivrée par les délégués du parlement, fatiguèrent singulièrement le commerce anglais; mais le gouverne* ment était alors beaucoup trop occupé à l'intérieur pour donner une sérieuse attention à des démonstrations moins importantes, au fond, qu'elles n'avaient Tintention et la prétention de l'être.

Il laissa donc les îles, et Jersey en narliculier, donner même, plus tard, à Charles II, qui s'y était rendu déjà plusieurs fois, IM preuves du dévouement le plus absolu. Les habitants le reconnurent pour roi le 23 février 1648, après la mort de Charles. Charles II revint à Jersey le 17 février 1649, accompagné du duc dTork son frère et de trois à quatre cents personnes, et en repartit, après un séjour de vingt et uoe semaines, pour se rendre en Éeosse où il fut couronné à Sooone , le 1'*^ janvier 1650, par suite du traité qu'il était parvenu à conclure avec ce peuple jaloux de suri ancienne indépendance. George Carteret n'avait pas toutefois laissé s'éloigner son souverain sans lui faire donner par les îles un nouveau témoignage de fidélité.

Les états, convoques par lui, avaient consenti une contribution qui produisit une somme de ir>,2l0 f. Ooniwell, las à la lin de Taudace des Jersiais, fit adopter par le parlement une ré olution» parbuite de laquelle une flotte

de quatre-vingts voiles partit sous le commandement de Tamiral Blake. Elle arriva en vue de Jersey, le 20 octobre 1661. L'histoire doit conserver avec respect le nom du brave Carteret : fidèle jusqu'au liout, sourd à toute autre considération qu'à celle de son devoir de gouverneur de Jersey pour le roi Charles, rien ne l'épouvante , ni lev forces déployées contre lui , ni la nouvelle de la défaite de Charles à Worcester, ni sa fuite précipitée en France, ni même la prise de la totalité de l'île, à l'exception du fort Sainte-ÉUsabeth, où il s'est renfermé avec une poignée d'hommes. Il tient bon, et refuse d'accepter toute capitulation avant que son souverain, lui-même, lui ait tait dire qu'il peut le faire avec honneur. Carteret vint se réfugier en France, on on lui tint peu de compte de son admirable conduite. Guernesey s'était trouvé dans la même position à peu près que Jersey durant le siège du fort Sainte-f'lisabeih, Le château Cornet résistait seul aussi, et dut, comme le premier, se rendre aux troupes du Proteeteor. L'histoire n'a pas conservé le nom de celui qui commandait dans cette île. Charles II, remonté sur le trône, n'oublia point Jersey ni le chevalier de Carteret; il plaça celui-ci auprès de sa personne, en qualité de vicechambcllan et membre de son conseil privé; puis, il envoya au bailli de l'ile une malle en vermeil, destinée à être placée devant la cour et devant les états de l'île, et sur laquelle était gravée une inscription qui rappelait et les services rendus et la reconnaissance.

Ces fies avaient résisté jusqu'ail^nier moment à utt^^poiivoRt^t ne changeait que la forme politique d'un gouvernement, auquel elles pouvaient d'ailleurs se considérer comme étrangères, puisqu'elles jouissaient d'ui^e constitution particulière; mais elles s'émurent quand Jacques II entreprit de porter atteinte à leur religion, et leur envoya un gouverneur et une garnison papistes, accompagnés d*un missidtmaire chargé de commencer le grand œuvre de la conversion. Aussi, lorsque les intrigues de Marie st de

L'UNIVËM.

Guillaume d'Orange eurent forc^^ Jacques à aller achever ses dévotiou;s à Saint:Germaiii en Laye, elles s*eiDpressèrent d*imiter le reste de rAngleterie

et (le reconnaître le lîoiiveau souverain, conservateur de leur foi.

A partir de celte époque, il n'est plus fait mentioD de Jersey qu'à propos de deux tentatives faites par les Fraticais, Tune en I77U, sous les ordres du prince de Nassau, et qui n'eut point de résultat; Tautre deux aus après, et dont nous allons donner la

récit suceinet :

Le baron de liuleconr, brave officier, niais sans fortune perbonneile, avait reçu de Louis XVI la promesse d'être nommé gouverneur des îles normandes, où il avait déjà combattu sons le prince de xNassau, s'il parvenait à les enlever aux Anglais avec qui nous étions alors en guerre, par suite de notre alliance avec ses colonies révoltées de rAmcrique du Nord. Rii leçon r,

aui paraît avoir eu des intelligences ans rîie, partit de Granville le jour de Noël 1780, avec douze cents hommes, détenninés comme lui, quatre petites [)iè(TS de campagne et deux mortiers. 11 espérait arriver de nuit, et surprendre l*lie pendant que les habitants seraient à prier ou à se divertir. Le vent devenu contraire le contraignit G relâcher dans l'île de Chansey, où il resta jusqu'au 5 janvier suivant, qu'il débarqua pendant la nuit dans la baie de la Roque, conduit par un pilote du pays, qui y avait coiiseuti pour se soustraire a une accusatiou de meurtre. La baie de la Roque est encomfafée de rochers à fleur d'eau qui la rendent très-dangereuse : Bulecour v perdit deux de ses bateaux et les soldats qui les montaient, et débarqua avec sept oents hommes seulement Il en laissa cent à la garde des chaloupes, et, avec le«? six cents autres, s'avança vers Saint-llelier à travers cliampi». Arrives sur la place publique, les assaillants s'emparent du poste* à Texception d'un soldat, qui court donner l'alnrmt^ à un régiment de liiuhlanders,cast!rne à Thopitai gênerai. Les Ibieet anglaises furent en un mviiMOt

sur pied, et nul doute que Bulecour ntùi réussi, s'il avait eu quelques hommes déplus, car le eouvemeiir Corbet avait perdu la tete dès le commencement de l'afiaire, et signé, avec les principaux oflicicrs de son état-major, une capitulatiou par laquelle la garnison anglaise devait loimediatemeiit évacuer i*île, déclarée acquise à la couronne de France. Heureusement le capitaine Mulcasta , qui commandait les troupes enfermées dans le château Elisabeth, etiecommandant de ce fort, P. Ailwards, s<' retusrrent à exécuter cette capitulation que Corbet, accompagné de l'audacieux Bulecour, venait leur signifier lui-même.

Ce premier échec fit évanouir toutes les espérances de l'officier français, qui savait trop bien que les quatre mille, les six mille, les dix mille hommes de renfort qu'il s^était doa* nés suivant le besoin du moment, n'arriveraient jamais. Il se renferma dans Saint-llélier, et s'y retrancha dans la grande place. Cependant les troupes anglaises, secondées par les milices de l'île, et cniidnites par le major Pirrson, jeune oflicier de vingt-quatre ans, s'avançaient en bon ordre. Le feu «'engagea ; mais dès les premières déchargf» Bulecour fiiMtemt d'une blessure mortelle. Ses six cents hommes faiblirent alors, et, accablés par le iionibre , ils se rendirent, sous la condition toutefois d'être ramenée k Grai»ville; ce qui fut exécuté.

Pendant la révolution française, les lies ando-normandes Jouèrent un rôle qu'explique leur position dans le voisinage de la France. Elles furent à certains moments le rendez -vous des én^iJ^res armés contre leur jiatrie, et nn des foyers d'intrigues les plus dangereux pour le gouvernement français.

Le génie machiavélique de Pitt avait compris tout le parti rju'il pouvait tirer de ces possessions ( (ïloniales f>lacées aux portes de noire pavs. Aussi la Convention jugea-t-elle indispensable de s'emparer de l'archipel normand. A la fin ne l'année 1794, on organisa avec vigueur, et sous le plus grand secret, une eipéditioa contre Jènejr «t

DES ILES DE L'OCÉAN

Guernesey. Maïs les vents contraires retinrent quelque temps notre escadre sur nos cotes. Ce ne fut qu'au mois de mars qne te gouvernement britannique songeo à envoyer un renfort de troupes- flnns ces îles, dont l'cTnipHtinn lui liait d'une si haute importance.

Par un jeu cruel de la politique des ministres de George III, ee fut à des Français, à des nobles réfugiés en Ançletcrre, que Ton cotifin la f:lorieu«e mission de défendre les deux îles contre des Français, contre des frères.

Quelques bataillons d'émigrés passée rent n Jersey et à Guernesey. IMnis Pitt et ses colièi^iies n'eurent pas Id sotisfaction de voir s'engager cette hor> rible lutte. Des dissensions intérieures absorbèrent nos forces destinées à la descente projetée, et l'entreprise dut être, en conséquence, ajournée.

Pendant plusieurs années encore, ces aneiennes anneies de la If orman* die, ces îles tontes françaises, et de mœurs et de langage, ne cessèrent d'être l'arsenal des armes déloyales avec lesquelles l'Angleterre combattait notre révolution. En laof , il fîit à peit près constaté que le complot de la machine infernale avait été tramé À Jersey.

Nousnesacllkms pas que depuis, lef habitants de Jersey et de Guernesey aoient devenais moins liostiles à leur ancienne et véritable patrie. Il est vrai que l'Angleterre s'est constamment appliquée à s'assurer le défouement dt ces insulaires. Quand on examine sa politique à l'égon) de ses autres colonies, on ne peut s empècher d'admirer la condescendance dont die a toujours

fait preuve envers ses possessions de la Manche. Au lieu de leur imposer, comme elle a fait au Canada et ailleurs, des institutions en désharmonie avec leurs traditions politiques et nationales, elle leur a conservé l'inflépendance intérieure dmt elles jouissaient autrefois, par ia grâce des ducs de Normandie. Acyourd*bui encore elles sont gouvernées par un eorps délibérant, qui, sou<; In dénon^înalioft toute française d'AVaAv, consent les impôts et a seul le droit de rendre exéGutofres les lois votées par le par-

leincnt impérial. Ce sont, en quelque sorte, de petites répul)liques exemptes des embarras des nations constituées, et Jouissant de la protection d*ttne grande puissance, à condition qu'elles lui serviront d'instruments à rooea* sion.

Cette extrême tolérance de TAngleterre est un exemple frappant de rna** bileté de ses hommes d'Etat. Jusqu'à

ce moment elle a iustifié l'intention qui l'a dictée, et elle sera toujours le bouclier le plus sûr à opposer à toute agression future de la France contre ses anciennes colonies normandes. La mansuétude intéressée de ia niétrapole envers ces îles est la meilleure garnison qu'elle puisse y entretenir pour les défendre contre mnia, et il y a lieu de croire qu'elle ne se départira pas de cet heureux système, car elle tient trop a io conservation de ces sentinelles avancées, qui, en temps de guerre avec la France, se transforment comme par enchantement, tantôt en corps de garde , tantôt en repaire de conspirateurs.

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TEERE-NEUVE,

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