‹ L'UniversChapitre 46 sur 60 · II.S8 BEBKUDES · texte numérisé non relu

II.S8 BEBKUDES

A deux cents lieues du cap Halteras, dans la Caroline, par 32''20' de latitude nord et 64" 50' de longitude occidentale, les navigateurs rmcontrent un archipel, dont Papproche est défendue pur line chaîne menaçnnte de rochers a lleur d'eau. Ce sont les îles Bermudes ou S orner, terres lointaines presque ignorées ên Europe, et que TAngleterre ne conserve qu'à cause des ports vastes et silrs nui découpent leurs cotes . et iiiissi de leur position dans le voisinage des Étatstlnis d'Amérique et des Antilles. Réunies au nombre de plus de cent cinquante ( * ) , dans un espace nssez étroit, ces îles, vues de la mer, semblent peu élevées relativement aux îles de la Méditerranée colombienne, dont l'aspect est si imposant et si grandiose ; mais les iVrégularités de leur surface plaisent au regard , a cause de réternelie Terdure qui les couvre.

Bermude ou Mainland , Saint-George, Irlande, Somerset, Saint -David, Paget, Cooper et Nonsuch, sont les îles principales de ce groupe; les autres sont des rochers ou des tlots gui n*ont ni habitants ni dénomination spéciale. ?,lle.s sont si rapprochées les unes des antres, qu'on pourrait en quelque ùn^on les décrire comme une seule et même terre. Les passes qui conduisent de l'une à l'autre donnent entrée dans des baies et des ports, dont

(*) Les bermudteiu prétendent que leurs Iles égalent en nombre les joan de Tannée.

Plusieurs voyageur» , les encyclopédies anglaises, et Malte-Hrun liii-mùme, disent qu'il eu existe quatre ceuU. Ce chiffre est exagéré, à nnotiis qu^on ne fasse les honneurs du nom â*Ûes à des rochers qui , à marée basse, n*ont, an-dr&sns des tlols, qu'une superficie de quelques mètres carrés. Nous avons en conséquence adopté l'évaluation du lîeulenant Nelson qui , dans iOii Esquisse géologique des Hcrmudes, fixe à un peu plus de cent cinquante le nombre deces ikf américaines.

quelques-uns pourraient contenir toute la marine mditaire de la Grande- Bretagne. A voir du haut d'une montagne ces nombreux détroits qui, parfois, ne 'sont unis à l'Océan que par des canaux presque invisibles à une certaine distance, on dirait autant de lacs resplendissants qui communiquent entre eux par des artèras sinueuses.'

Toutes ces îles , dit te lieutenant Kiehnrd Nehon {*), se composent de roches calcaires formées de débris et d'accumulations de coquilles et de coraux. Elles offrent beaucoup d'analo* gie, sous le rapport géologique et.

topographiqne, avec les îles eoralines de Tocéan Pacifique décrites par Kotzebue. L*activite et les progrès du travail des madrépores sont id presque aussi frappants qnc dans certains parages de lOcénnie; si bien qu'on peut prédire avec certitude qu'à une époque assez prochaine, le nombre des Bermudes sera considérablement augmenté par l'apparition de nouvelles îles, surgies dn sein de l'Océan. Les écueils qui entourent l'archipel tout entier, surtout vers le nord , sont ce qu'il y a de plus curieux et de plus remarquable dans ce frroupe sinmilier.

Ils forment à deux ou trois lieues de la terre une ceinture demi-circulaire cachée sous les eaux, et qui est peutêtre le piège le plus dangereux que la nature ait placé sur la route des navigateurs. La mer est si limpide et si transparente dans ces parages , qu'on peut voir jusqu'à la hase des récifs et explorer du repard les végétations innombrables qui tapissent le fond de l'abime. On aperj^it avec une surprise mêlée d*admiration, des fragments de mosaïque naturelle , des forêts de oornfix aiiv couleurs éclatantes , entremêlées d'iierbes marines loniiucs et luisantes, des éponges de toutes les

(•) Géologie des Bermudes , t. "V des Transetclions of tht geological societj , i838 a* série, première partie^

DBS ILES DE L'OCEAIV. ii$

espèces et de ionien les grandeurs, des morceaux de salran pourpre, rouge ou Tert , enfin , des quartiers de rochers

affectant les formes les plus bizarres

et rouverts dp brniix coquillages.

« Ce n'est p.'is uiip exncération, dit le capitaine Basil iiull dans ses Mémoires et voyages, d'affirmer que les couleurs de l'arc-en-ciel sont moins brillantes et moins vari(^es que celles qui s'offrent à la vue, quand, par un beau soleil, vous regardez dans la mer ces régions enchantées. »

Le poète anglais Thomas Moore , qui a donné, dans ses odes et épitres, une charmante description des îles Bermudes, confirme la vérité de ces oi>ser?ations sur la transparence de la mer aux enyirons de cet nrrhipol.

« Lorsque nous entr^unes dans le port, ajoule-t-il, les rochers nous uarurent tellement près de la surfiiee des flots, qu*il semblait impossible de ne pas les effleurer. Cependant on n'a nui besoin de s'aider delà sonde; le pilote nègre, qui voit ces rocs de l'avant du vaisseau, dirige cette périlleuse navigation avec une habileté et une adresse qui t'ont l'etonneinent mémedes plus vieux marins. » Cette chaîne d'écueils formidables est, comme on peut bien le penser, la plus sûre défense des Bermudes. Il est impossible d'atterrir sans le secours d'un pilote expérimenté. Un bâtiment quelconque qui se hasarderait dans ce labyrinthe inextricable sans connatfareleslpasses étroites qu'il faut suivre, périrait infailliblement. « On raconte aux Benniides l'histoire d'un batelier, qui , vivant de ces désastres , aborda un jour un malheureux navire pris dans ces récifs de corail comme une mouche dans une toile d'araignée, et dit au capitaine:

« Que me donnerez-vous pour vous tirer d*iei? — Ohl tout ce que vous voudrez; fixez vous-même la somme.

— Cinq cents dollars (deux mille cinq cents francs). — C'est convenu. » Le pilote tint parole dans un sens , c*e8ta-dire, qu*il tira le navire de ee dan* f^ereux éciieil pour le conduire sur un autre bien plus redoutable. « Maintenant, dit-il à l'étranger, doublement

trompé et fort embarrassé, vous voilà dans un endroit d'où jamais vaisseau n*a pa sortir ; car il n'y a qu'un homme qui connaisse les passages, et cet

nomme, c'est moi. — Je suppose, répondit sèchement le capitaine, que, moyennant une seconde somme pareide à la première, vous ne refuserei

f)as de me tirer de ce récif comme de 'autre. Que dites-vous de cinq cents dollars de plus? » Le marché fut conclu, le passage unique fut indiqué: il était tout juste assez large pour lee deux bords du navire, tout juste assez profond pour qu'il y eût six pouces d'eau entre sa quille et les bas-fonds. En une demi-Mure , les dnq cents dollars supplémentairesfurent gagnés, n Maintenant, dit le capitaine, lorsqu'il se vit hors de danger, maintenant , maître voleur, à bon chat bon rat: c'est un proverbe de tous les pays. A moins que tu ne me rendes mes mille dollars, je fais couper le cfihle <le ton bateau , puis, au lieu de te rendre le mal pour le mal, comme je serais en droit de le faire, je serai meilleur chrétien que toi : car je t*emmènerai en Amérique, c'est-à-dire, que tu quitteras, grâce à moi, le dIus ipfâme pays du monde pour un des plus heureux. Là, comme tu me parais avoir quelques gouttes de sani; noir dans les veines, je pourrai fort bien doubler mes mille dollars en te vendant au marché de €barlestowD. Qu'en dîa-ta« mon brave Bermudois (*)? » Cette anecdote peut donner une idée exacte de la difficulté qu'éprouvent les bâtiments pour pénétrer dans le bassin qui entoure les Bermudes en deçà de la ceinture de roches dont nous venons de parler.

Lorsqu'on a mis pied à terre, et qu'on examine de près les objets qui , vus à distance, ont séduit vos yeux et votre imagination , vous ne tardez pas à vous apercevoir que l'aspect des Bermudes , au lieu d'être aussi romantique que l'affirme Thomas Moore, et que voua Taviei cru vou»«i6me, est

(*) Mémoires «t voyafss d«' capitaine

BsmI Hall , I. L

essentiellement monotone. De vastes espaces couverts de roches nues, et des forêts de cèdres d*un vert sombre, sont répandus sur toute In sm-fare des Mes, dont ia sol est aussi entrecoupé de nombreuses flaques d'eau salée.

Aucune curiosité naturelle ne mérite de fixer particub'èrement l'attention du voyageur, si ce n'est un grand nombre de cavernes assrz hcllt s , et dans lesquelles ou trouve des cristallisations intéressantes. La plus vaste et la plus importante de ces grottes , au pomt de vue géologique, est l'clle de Basset , d'ans l'île de Somerset. Ou dit qu'elle a plus d'un n)ille d'étendue ; mais la difliculté de la parcourir fait que les visiteurs se contentent d'ordinaire de s'y avancer l'espace d'une centaine de mètres. On y trouve peu de stalactites ; cette observation, joui te à quelques autres non moins concluan* tes, donne à penser que cette caverne est d'origine assez récente.

U Encifclopédie britannique affirme que le dimat de cet archipel est malsain , et qu'il suffit d'y résider quel* qiies semaines nour contracter les germes d'tme maladie organique mortelle; à en croire ce recueil scientilique , la fièvre jaune visite tous les ans les Bermudiens, et le typhus a quelfois exercé se? ravages parmi ( nx. VvWq n'est pas l'opinion îles voyageurs qui ont écrit sur les Bermudes ; tous s'accordent à dire qu'un [>riiitemps perpé- • tuel rèsne sur cette heureuse contrée, et qu'elle jouit du climat le plus salubre. Ces avantages ont nièmc été célébrés dans des "vers harmonieux par le poëte Waller, qui, en 1648, fut exilé aux Bermudes pour avoir conspiré contre le parlement. Ses gracieuses descriptions excitèrent i'eiitliousiasme des dames anglaises, (|ui , pendant longtemps t ne voulurent d'autre coiffure qu'un chapeau fait de feuilles de palmier des Bermudes. Tontefois, la sérénité du ciel et le calme de la température dont jouissent les Bermudiens, sont quelquefois troublés par de terribles ouragans. Le vent qui souffle 8ur les Antilles et ravage si souvent leurs riches campagnes, passe en tour*

billonnant sur l^s îles chantées par Waller, et ces tourmentes redoutables font trembler dans leurs fondements ces rochers sortis du fond des eaux.

Aussi, Shakspeare a-t-il pu, sans invraisemblance, placer dans les Bermudes la scène de son drame de la Tempête; et ce n*est pas un des moindres litres de cet archipel à la prédilection des poètes, gue d'avoir été choisi pour le séjour a'Ariel , ce génie si frêle , si gracieux , et qui vaut à loi .seul tout rolympe de Tandenne mythologie.

ISous avons j '^ii de chose à dire des trois règnes de la nature dans ces îles.

Le sol V est partout calcaire , et re* couvert (fans quelques endroits d'une couche de terre rougeâtre, asses productive.

Les |)lantes naturelles au pays sont peu variées; M. Michaux, qui, en 1806,

visita les Bermudes, dit (*) que le nombre des espt'ces n'excède pas cent quarant^ou cent cinquante. On trouve plusieurs plantes de rancien continent qui ne paraissent pas de nature à y avoir été transportées. Quant aux espèces américaines , elles ne méritent pas davantaj^e d étre citées. Toutefois, on doit signaler un petit medicago, dont chaque pied occupe à peine un poticp de terrain , et qui est In plante la [)!us commune. Klie vient partout cl forme seule presque toute la verdure. Le sol est extt«mement fevorahle à tous tes légumes; la citrouille et le melon y réussissent merveilleusement.

Les plantes médicinales, telles que le paima-christi , Taloès et le jalap croissent sans culture, ainsi que te café, l'indigo, le coton et le tabac. On récolte du maïs et une grande quantité d'arrow-root de première qualité, que l'on prépare dans le pays même, au moyen de machines spéciales récemment établies. Presque tous les propriétaires .sèment mi peu d'orge; mais la manière singulière dont on le récolte, donne une bien triste idée de l'aptitude des

C*) Notice sur le» îles Bcrmuiles dans les Annales du Muséum d'histoire natureUey t. Vlll , |). 35ô et auiv.

DES iq^ ]

habitants aux procédés agricoles : une ▼ieille femme, munie dim panier et (l'une paire de ciseaux, coupe les épis, en laissant la ti^c debout, laquelle sert ensuite à faire des chapeaux. C'est œtte négligence singulière qui axplique la petite quantité de productions vé-

§ étales que les IJerniiidiens retirent e leur pays. Ils sont si arriéres sous le rapport de Tagriculture, qu'en 1827 il n*y avait qu'une seule ebarrue dans tout l'archipel, la bêche étant préférée et d'un usage général (*). Il est vrai 5[ue riiidolence de ces insulaires peut, jusqu'à un certain point , trouver son excuse dans la facihté avec laquelle les approvisionnements de toute sorte arrivent d'Amérimie , et aussi à la grande variété d'excellent poisson qu'on trouve sur les côtes, et qui détourne un grand nombre d*in(lividus de la classe iulÏTieure d^s occupations agricoles. Ajoutons qu'à une époque encore peu éloignée, les colons paraissaient avoir faitt sous ce rapport,

Juelques efforts qui furent couronnés e succès ; on trouve une preuve incontestable de cet essor momentané de l'agriculture bermudienue dans les registres de la douane qui font mention de la quantité de sucre et de vins exportés annuellement de la colonie.

Le cèdre (Juniperus bennudiana) est le seul arbre forestier de ce pays. Cest cet arbre qui, formant partout d'épaisses forêts, et vu en masse, a une assez grande distance , donne aux Bermudes un aspect si sombre. C'est fiuiout dans les vallées qu*il croît avec vigueur. Il ne s'élève jamais à plus de cinquante pieds , et sou diamètre est d'un pied à quinze pouces. Sur les hauteurs et dans les endroits qui, avaul été exploités depuis peu , se sont re* ^ois d'eux-mêmes , un quart des leunes individus fortiie le buisson ; les oranches prennent naissance tout près de la terre , et s'étendent a huit ou dix pieds à la ronde. Il a une teinte assez jolie et une odeur assez agréable ; on peut juger de l'une et de l'autre par les crayons de mine de plomb dits

(•) Cj ciopœdia hitatmlca.

Page 1