GINS; REVOLTE DES INDIENS; LEUR CONVOCATION AU CAMP DE ISÉGRÈTK
(1787-1793). Un Irlandais, entré de
bonne heure au service du roi d'Espagne. (Lins les colonies américaines, Ambroise O'liiggins, promu au grade de mestre de camp et intendant de la
province de Conception , re(^ut , au mois de nove nbre 17S7, les titres de président , ;:ouverneur, et capitaine geuéral du Cliili.
Ambroise OMIicgins est, sans oon* f redit, le plus habile adminisirateur que le Chili ait [inssédé. Il {larcoiirut les diverses provinees de son gouvernement, y établit partout de sages règlements dans l'intérêt du commerce et de l'affrienlture; il ouv r t des routes nouvelles et lit réparer les anciennes; il donna une nouvelle activité aux travaux des mines, fonda des écoles publiques, f't s'driMipn eonslatnnient d'aine iorcr i.i condilion d(j peujtle. Peu ambitieux de la gloire des ctuiqueraiiis, il voulut que les traités faits avec les Indiens fussent res|)fctés, et ses projets n'eurent jama's jiour objet que le seul territoire du Club espagnole*).
Valdivia , quoique située sur le territoire intlependant, était demeurée au pouvoir des Ksp.'i::n( I-^. T.n I7î)2, les Indiens tentèrent de s'jmi em|)nrer, et il y eut, dans cette provinee, des mouvements hostiles que la prudence commandait d'étoulfer promptement. Le gouverneur de Valdivia envnva Thomas de Figiieroa, avec un détachement de cent cmquante hommes , contre les Indiens révoltés. Cette petite division, bien pourvue de mimitions et de provisions de toute e.sj)eee, se niit en route le 3 octobre, en remontant la rivière Pichiteiigelen, et arriva le 6 à Dagllipuli, dans le voisinage des ennemis. Le L'éiieral parcourut les bois avec un dét'icbement de cavalerie, et brQia douze habitations indiennes remplies
(•) LMmpiilrion donnée à ragricnlliin?
par rv ponvcrneiir se fait remarq;ipr siirlout dans la belle plaiiio lie Satiliago. Nous don-
mut i la ^ sa no» vue féoenkde celle capiisfe.
CHILI
de grains et de légumes. Le 10 du même mois, uuatra cadqim vinrent dans le camp faire leur SOiunlssîon et
offrir même leurs services contre les rehelles; mais deux d'entre eux, INÏanquepan et Caltungiiir, trahirent bientôt la cause quMIs disaient vouloir ser- TÎr, et furent rejoindre leurs frères.
Figueroa les suivit vers le Rio-Buéno, et se diiipoitait à passer dans une {)etite fie de cette rivière, oô les transfuçes f'étaimt retranchés, lorsqu'un Indien de son parti arrêta deux femmes qui couraient vers le rivage de toute la vitesse de leurs chevaux, sans doute pour passer à Tennemi. Cet homme tua l'une de cp-S fugitives et amena l'autre aux l'^pagnols. Le ( oinmaïuiant essava de rinlen oi:er, mais ne put en tirer aucune réponse; obstination qui irrita tellement les Indiens présents à cette scène, qu'ils se précipitèrent sur cette malheureuse et la mirent à mort avec un enfant qu'elle portait dans ses bras. Manquepan revint cependant au camp des r.spagnols, suivi de dix-huit jeunes
{juerriers fjnosofoncs); mais Figueroa e fit arrêter bur-le-champ avec tous les siens, et, après les avoir envoyés, pour la forme, devant une sorte de conseil de guerre, il les fit fusiller. Vers le même temps il envoya à Yaldivia quarante femmes et enfants qu'il avait pris dans les bois. l e lo novembre, après avoir fait célei)rer la messe et exhorte les soldats h bien défeiulre leur reliAiou et leur roi, le général espagnol passa le fleuve pour attaquer les rehelles dans l'île où ils campaient; il les battit, et fil couper la téte au cacique Cayuniil qui les commandait. Dans le courant de la journée les Espagnols tuèrent encore douze Indiens, au nom* bre desquels était la femme d'un cacique. Us rentrèrent ensuite dans leur camp, cmmenaut vingt-sept chevaux, sept cents moutons et cent soixante^ix ba?ufs, pris à Pennemi. En traversant les bois, ils trouvèrent une Indienne portant dans ses bras un enfant assassiné. Cette femme leui^dédara que, ne pouvant réussir à étouffer les cris de son enfant et craifznant d'être découverte I elle s'était détermiaée à le tuer.
Plusieurs caciques vinrent ensuite faire leur soumission, et Figueroa marcha à leur tête vers les ruines de la ville d'Osorno. Il y planta le drapeau espagnol, et demanda aux Indiens présents s'ils consentaient à reconnaître pour leur seigneur et maître le roi Charles IV. La réponse n'était pas douteuse. Aux cris de viraf se mêla le bruit d'une décharge de mousqueterie, et les caciques s'a vanoant alors, mirent un genou en terre et oaisèrent respectueusement ledraj)eau espagnol. Ainsi se term na cette éehauffoiirée(*). L'année suivante, O lliggins convoqua les chefs des diverses tribus indiennes au camp de Négrète, dans l'intention d'y cimenter la paix avec- eux. \ ancouver nous a conserve le discours qu'il leur adressa à ce sujet : « Ries amtirns et « honorablesaniis , Icurdit-il , j'éprouve « une grande satisfaction à voir réunis « autour de moi les grands chefs et ies principaux capitaines des (juatre « uthal-mapus qui partagent la riclie n contrée r|tii sM(:;i| vers le sud, de- « plus le llcin (' Iiio-i; 10 jusqu'à la partie (« la pki6 méridionale, et depuis la CÀ>r- « dillère jusqu'à la grande mer. Je me « réjouis de ce que vous voulez bien R ensevelir dnns la terre sur laquelle ff vous êtes campes, vos querelles et vos s anîmosites. Rapi>elez-vous l'état mia sérahie dans lequel je trouvai le jpavs. « Des deux côtes du fleuve il était ra- « vaue et dans la désolation-, les hahi- « tau Is y toullraienl les calamités d une « pierre furieuse excitée par leur vio- « Icnce et leurs passions effrénées; un « grand nond>re d'entre eux furent ohli- 9 gcâ de se retirer avec leurs femmes « et leurs enfants dans les montagnes, « et réduits à la nécessité de manger «jusqu'aux chiens fidèles qui les y « avaient suivis. Cependant , avant mon « départ d'auprès de vous, vos maisons « étaient rebâties, de belles moissons « doraient vos champs , et de nombreux «troupeaux embellissaient vos prai*
(*) Exlrail du journal tenu par don Thonas de Pipueroa y Caravica, coomiandant cette expédition. Toycs StcveDMOi cité , voL V»
« ries ; vos feinmôs vous fournissaient «de bons vêtements; les jeunes gens, «qui se montrent aujourd'hui ardents « et sans peur, ohcissaienl à ia voix (\cs «chefs, et l'un ne remarquait plus «parmi vous aucun excès, aucune « ( ruauté qui rappelât votre ancienne « b.irhnrie, etc. »
Kri quittant son poste pour passer à la vice-royauté du Pérou, Ambroise O'Higeins fut suivi par les ref;rcts et la vénération des habitants du Chili, indiiicnc.s , créoles ou Européens.
iSous touchons au moment où cette contrée va opérer sa révolution; mais avant de commencer ce récit, il importe d'examiner Torçanij^ation administrative et la situation morale du pays sous la domination espagnole (*).
OfiOANiSATiON DU Chili, et sa situation MORALE SOUS LA DOMINA- TION ESPAGNOLE JUSQM'eN J8I0. LC
Chili espagnol, c'est-à-dire, toute la partie comprise au nord du Bio-Bio, était divise en treize provinces :
1" Copiapo, 2^* Coquimbo , 3°Quillota, 4" Aconc^igua, ô" .Meiipilla, 6" Santiago, 7° Kancagua, 8« Colchagua, 9« Maille, tO^ltata , 1 l«Chillan, 12» Puciacay, 13" Huilqnili nin. T,cs Espagnols possédaient, en outre, Valdivia et Ôsorno sur le territoire des Cunches, rarchipel de Chiloé et le groupe de Juan-Fernandez. Le pouvoir suprême était confié à un f>prsonnncp de distinction, revêtu ordinairement du grade de lieutenant général , qui s*intitulait gouverneur, président et capitaine général du Chili. En sa qualité de capitaine général, il avait le comman(lement en chef de Tarmce, et c'est de lui qae les trois officiers supérieurs, le mestre de camp, le sergent-major et le commissaire, recevaient des ordres; il eji donnait encore aux quatre gouverneurs particuliers de Ghiloé, Valdivia, Val para iso et Juan-Fernandez. Conmie président rt gouverneur gent i il, il était le suprême administrateur de la
(*) Plusieurs navigateurs célèbres touchèreot successivement an Chili : Georges Anson, en 1 741, la Pérouse, en 178^, et
Vautouvcr, eu X7y5,
justice, et, en cette qualité, il présidait VaucUencia reale et les autres tribunaux supérieurs établis à Santiago.
En temps de paix, il relevait directement du roi d'Espagne; mais en temps de guerre, et m I urgence , il était placé sous Tautorité immédiate du Tioe^roi du Pérou.
L'audience royale était une sorte de sénat qui jugeait en dernier ressort toutes les causes civiles ou criminelles, à l'exception de relies où la valeur en litige excédait dix nulle ecus; il y avait, pour celles-la, recours au conseil suprême des Indes. L*audience était dtv sée en deux corps ou dicastères : la ch ii]('el!erie et le tribunal criminel. Cliat un de ces corps se composait d'un r<'gent , d'un fiscal ou procureur royal , d*un protecteur des Indiens et de plasieiirs autiiteiirs (ojWomç), tons nommes par la cour et largement rt tnluiés. Les autres tribunaux étaient ceux des finances, de la croisade, des terres tscantes, et du commerce ou consulat.
(^haijue j»r(>virire était gouvernée par des preléts ou €orréyidors. En princi|)e, ces fonctionnaires devaient étàre nommés par la cour d'Espagne; mais, attendu Téloignement, le gouverneur s'arrogeait souvent le droit de pourvoir aux préfectures vacantes. Leur autorité tenait à la fois du pouvoir politique et du militaire. Dans chaque capitale de province il y avait un conseil de magistrature {cabiido)^ composé de plusieurs régîdors ou membres perpétuels , d*un porte-étendard , d'im procureur, d'un alcade provincial, d'un alguazil ou justicier en chef, et de deux alcades ou consuls. Ceux-ci étaient choisis annuellement par le cabildo, et tirés des rangs de la noblesse.
Le gouvernement ecclésiastique embrassait deux diocèses : l'évéché de Santiago et celui de la Conception , tous deux suffragaiifs de l'archevêché de Ij'ma. Le tribunal du saint-oflicc du Pérou entretenait en outre à Santiago un commissaire -inquisiteur et divers employés subalternes.
L'armée se composait des troupes régulières, dont la lorce variait de cinq cents a deux mille hommes, des auxi-
CHlLt
liaires fodiens et des milices utbaînes
créées par le gouverneur Augustin Jaurécuy. En 1792, la force de la milice 8*âevait à quinze mille huit cent cinouante*s{x liommes. L*armée réculière ctiit généralement composée de soldats a élite qui avaient déjà servi en Italie ou dans les Pays-Bas.
Tant que Charles-Quint vécut, les oolom'es espagnoles furent traitées avec quelque ménaircmpiit ; ninis après lui les fiiKinces étaient obérées, les ressources épuisées , le peuple mécontent et prêt à se soulever sur tous les points ; et dans Tembarras où se trouvèrent alors les hommes qui tenaient les rênes du gouvernement, ils ne virent que TAmérique oui pût les sauver. La nécessité étoura toute pitié, et les besoins du moment ne permirent pas de songer à l'avenir. Non content de torturer les indigènes et de bouleverser la sttiftce entière des provinces conquises, pour y découvrir tout ce nue leurs entrailles recélaient d'or et a'arcent, on y mit toutes les places à l'encan; celui qui avait acheté la sienne ne manquait pas de la ftire payer à ses subordonnés, ceux-ci à d'autres, et ainsi de suite jusqu'au dernier anneau de la chaîne sociale , jusqu'à l'oovrier, espèce de béte de somme que Ton chargeait de fardeaux énormes, que l'on brisait de coups, et à qui on jetait à regret une chetive nourriture. La métropole, 4ms ses échanges de commerce avec les colonies , ne s'attribuait pas seulement la plus grosse part , elle les voulait toutes, uest ainsi, par exemple,
SB*il fallait que le Chili cessftt de culver la vigne et l*olivier, pour consommer uniquement les vms et les huiles tirés d'Kspagne. Les droits de douane imposés aux provenances de la colonie étaient des plus exa<;érés. Les trésors de l'Amériqua du Sud devaient passer dans la métropole, et les Ar7\éricains n'avaient pas même la permission d'adieter à d'autres nations les artteies de consommation que l'Espagne ne produisait pas. Aux Espagnols seuls appartenait le droit de s'établir dans les colonies américaines. La plus taaùm Jalousie nSMt à Ja garde dt
VWraUon, (Gmu.)
ces possessions d*outre-mer ; et il Mait
aux navires étrangers qui désiraient y
aborder une permission spéciale de la cour de Madrid. Le cas de détresse ne fidsait pas même exception à cette règle, et tout bâtiment qui venait y cher» cher un abri contre la tempête était saisi, alors même (]u'il appartenait à une nation alliée de l'Espagne, et soa équipage était mis aux fers.
I^s excès de tout genre des agents du pouvoir, leurs extorsions, leur tyrannie devenaient de plus en plus intolérables pour ces malheureux colons • dont la nusère et l'humiliation étaient l'unique partage. L'ignorance chez eux n'était pas un vice, mais une nécessité; les livres et les instruments sdeotifiaues manquaient partout, et la pensée était esclave.
Ainsi les Chiliens étaient depuis longtemps disposés a une révolution lorsque l'Espai^e opéra la sienne, et les nouvelles dissensions^que cet événement introduisit dans la colonie servirent à hâter une scission que les fautes de la nsétropole avaient rendue inévitable. Les causes de cette révolution ont été partout les mêmes dans les diverses uarties de l'Amérique espagnole, et les neitoiliations de la mère patrie n*ont nit que servir de pr^exte a ce mouvement, qui, en réalité, a eu pour objet de rétablir l'ordre interverti (*).
RÉ voLUTiON ( 1 8 1 0) . La vioMO^auté
du Pérou , le Vénézuela et Ilucnos- Ayres avaient commencé le mouve-
n La mtrdbe rtpide decellehiftoirene
nous a pas permis de mentionner, à leurs place» Fetpeclives, divers évôneinfnts qtiî n'eurent qu'une importance locale. Jl eis suot les ti«aibleinants de terre des x3 mai i647t tS mars 1 65-, tt H juillet 1730, Ce dernier causa surtout de grands dommages à la capilala du Chili. Le gommraeor aNuspiCin 01 réparer le mal, et saisit oeUe occasion pour embellir la ville, irt ureiisenirnt située laîii du théâtre de la guerre , Santiago aconsenié, depub sa fondation, «ne grin<H» importanoo relalivc. Nous en reparlerons plus oas avec quelques détails. La pi. l'î, 14, i 5 cl 16 représentent ce <^u'il y a de piui curieux à voir dani celte ville.
ment r«^volutionnaîre , et le Chili n'attendait dIus qu'une occasion favorable Mnir suivre cette impulsion , lorsque b Junte provinciale de Buénos-Ayros, frappée de ravnntn^rc qu'il y aurait pour l'Amérique espoi^nole à se lever eo masse contre l'ennemi commun, envoya dans les autres colonies des agents cli;ir«:és de les exciter à secouer leurs fers. Vn cr6o]c nommé Antonio Alvarez Jonte,qui avait déjà occupé Un poste diplomatique, fut chargé de se rendre à Santiago pour y propager los idées révolutionnaires. Carrasco, alors couverneur du ('liili , tenait au parti français. Ses ennemis lui ont reproché d'avoir, à cette époque, vexé les fmiillrs It > /tins infUiontesdu pays, les Hoxas, loOvnlIe. et 1rs Vôrn;"dc s'rtre entouré de baïonnettes, et d'avoir installé de force ses créatures dans les emplois publies; inais en temps de révolution en i!e manque jamais de raison pour aceuser un ennemi politique (*). Sur ces entrefaites on vit arriver au Chili des émissaires que b junte suprême d'Espn-ne v envoyait au nom de Ferdinand \ II. Dans son embarras, le gouverneur ne trouva rien de mieux à faire que de convoquer une assemblée générale composée des prineip.nix fonctionnaires, des rit lies propriétaire.s , et des plus notal)le5 d'eutre lesdiversesclasses industrielies, pour lui présenter un rapport suit la fîtaatîoaae la mère patrie, et lui donner commimiration des ordres que la réfrénée française venait de transmettre. L'assemblée élut d'abord Carrasco pour son président; puis, elle le mit CM état d'ae( iisation , et finit par le défwser de ses (onctions de uouverneur, pour motif d'incapacité et de eondutte illégale. Un gouvernement provisoire fut institué immédiatement nar les soins de l'assemblée . et ronfié a une jimte de cinq membres : le marquis de la Plata, président; François Reyno, Jean-Henri Rosales, Jean- ÏHartin Rosns, membres, et Ignace Carréra, secrétaire. Le brigadier ^-
^ (*} IfaoUlaiie de Benuird OUiggiai, za fetncr i8i8«
néral Torre , comte de la Ck)nquistn, fut nommé gouverneur en reinplacehient de Carrasco. L*audlenee royale enfin fut dissoute, et templaoée par une ebambre d'appel.
Tel fut le preniPT pas qûc firent les habitants du Cliili vers une ère nouvelle; mais il y avait loin encore de ces mouvements à une révolution; aussi les premiers qui osèrent, à celte époque, prononcer le mot d'indéf>endanoe, furent-ils envoyés prisonniers à Lima.
Le comte de la Conquista mourut peu après son installation au poste de gouverneur; il fut rcmplaeé par doo Juan-Martinez Rosas. La junte, Tacillante et incertaine, avait convoqué un com;rès national à Santiago, et cette mesure si précipitée prouve bien jusqu'à qiiel {xiint les dépositaires du pouvoir étaient alors embarrassés de leur position , et irrésolu»^ sur les suites qu'il convenait de donner aux premiers mouvements revoiutionmiirej.
On vient de voir le gouverneur Carrasco décréter la formation d*iin congrès. Cet te assemblée nom me une junte, et se retire. Lxi junte , à son tour, appelle un nouveau congrès, et s'éloigne.
Ainsi nul ne voulait prendre une respons il)ilifé prématurée ; rbacun cher* cbait à se donner Tapparence d'avoir fait quelque chose pour la patrie , et croTait avoir atteint ee but en gagnant du temps. Mais ce n'est pas tout ; nous allons voir la nouvelle assemblée se bAter, elle aus&i, de nommer yue junte.
. Cependant , les députés qui se di8po>
saient à se rendre à Santiago eurent à lutter contre les entraves et les persécutions que le parti royaliste leur suscita ; car déjà , à eette époque , les Espagnols savaient parfaitement à quoi s'en tenir sur les protestations de (îdé lité à Ferdinand VII . (pie le nf^nveau gouvernement ne ce.ssait de nieltre eu avant. Thomas Fl^éroa, dont nous avons mentionné l'expédition cx>ntrs les Indiens révoltés h Valdivio , traver* sait les Andes au commencement du moisd*avril avec an corps de quatre cents hoanns qu*îi eoaduiatil
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CHILL
«tt iMoiin àm royalistes de Boéiiot-
Ayres. ArrivéàCnsa-FîInnrn, il v trouva un détachement de dragons qu'il réunit à sa petite troupe. Entraîné, par renthousiasme qtw manifestaient acs Boldati. Flguéroa «onçut Teapoir de relever la cause du royal!<;me ^ et , revenant sur ses pas, il se présenta inopinément devant Santiago le 14 do mois d'avril 4 et signitia aux députés
3ui, en ce moment, arrivaient en foule, 'avoir à retourner chez eux ; mais le peuple , plus irrité qu'effrayé de cette aomimrtioii, oonrut aux amies et se Tendit sur la place publique où le chef espagnol avait rnnpié sa troupe en bataille. Le combat ne fut ni long, ni douteux. Les royalistes i enfonces de toutes parts, cherchèrent leur salut dans la fuite ; Figuéron lui-même ^ suivi d'un petit nombre des siens, se retira dans le couvent de San-Domingo. Il croyait y avoir trouvé un asile sdr; mais, le lendemain, livré aux vainqueurs , il fut immédiatement fusillé.
Ses complices furent condamnés au bannissement
Le congrès put alors s^organiser paisiblement; et, dès le mois de juin suivant , il se constitua délinitivement en assemblée législative. Sa politiaue fut à la fois libérale et prudente; il laissa aux Espagnols mécontents un del.ti de six mois pour disposer de leurs biens et abandonner la colonie dans le cas où ils croiraient devoir prendre ce parti. Il proclama la liberté de tous les enfants des esclaves du Chili ; ceux qui viendraient s'établir dans le pays, six mois après la promulgation de ce décret, étaient aussi reconnus libres. La liberté de la presse fut sanctionnée, mais en principe seulement, car, de jfait, il n'existait pas alors une i>eulc presse dans tout le Chili. Le traitement du clergé fut diminué, et une loi ordonna que les curés seraient payés, désormais, par le trésor public, et non par leurs paroissiens respectifs, liivers abus d'administration devinrent l'objet particulier de la sollicitude du couvres. La junte fut déposée, et Tautorité executive conlîée à un triuin- Tirât ; J. M. Aofas, M. de Incarnada,
et Mae-Kenna. Il tféê Vmûn àê li
Lrgiondu mérite. Enfin ta liberté coraniercinle ne fut soumise qu'aux seules restrictions que sembla commander l'intérêt de deux mannfMturet étaMIev dans le pays , Tune de flaneUes, Tautit de toiles de rhnnvre (*).
Les Carrkra. Le congrès, en prenant de semblables mesures, continuait à agir aù nom de Ferdinand VII; et rependant un parti puissant s'était formé dans son sein, en faveur de l indépendance absolue. A la téte de ce parti on voyait figurer les Carréra, lamille influente par ses richesses et ses alliances. Don Ignacio Cnrréra était un vieillard respectable, libéral, et sin* cèrement dévooé à son pys. Ses trois fils , Juan- José, José-Miguel , et Luis, s'étaient f ut remarouer déjà par leur bravoure et leurs talents; ils avaient tous les vices et toutes les qualités des eréoles : amants passionnés du plaisir, du feste et de l'indépendance, on leur reprochait d'être libertins,
auerelleurs et ambitieux. L.eur sœur , ona Xaviera> se trouvait alliée aux phn nobles ftmilles du Chili.
Parmi les adversaires d'Ignacio Carréra, fio;uraiten nremière ligne D. Fran< cisco- Xaviero de la Reyna , chef des Penckistes , nom sous lequel on désignait les habitants de la province de Penco , et généralement ceux qui auraient voulu que le si^e du gouvernement ttt transféré à n Goneeption , attendu, disaient - ils , que les provinces dti sud étaient généralement plus peuplées, plus riches, plus fécondes en hommes de talent que celles du centre.
Sur ces entrefaites , on vit arriver à Valparaiso (27 juillet 1811) un officier au service d'Espagne, M. Fleming, qui invita le congres , au nom de son gouvernement, a envoyer des représentants aux cortès- Le même officier étant passé au Pérou , écrivit de Lima^ le 8 octobre suivant , qu'il laviitf de
(*) Outline of ihe révolution of Spanish- Amcrica, part m, ch. u. ^.ooilon . 1817; Conversatîou'f lexikou; Ari à» vériûer le« dalas.
L'UMVERS.
bonne source , qoe le cabinet de Saint- James désapprouvait la révolution américaine. iNous dirons, par anticipation , que cette assertion fiit démeotie,en 1813, par lord Strant;ford , ambassadeur d'Angleterre h Rio-Janeiro.
De son côté, le vice-roi du Pérou , comte Abascai, avait écrit au congrès pour confirmer ses pouvoirs au nom du roi d'Espagne.
Dans cet état de choses, l'assemblée chercha à se maintenir entre les deux pirtis. Elle continua à a^ir au nom de la royauté absente , quoique , en sous main, elle prît des mesures pour investir les créoles du commandement de 1 armée. Cette mesure fut confiée aux trois frères Garréra ; mais ceux-ci dépassèrent les instructions qui leur avaient été données; et, metlaut à profit l'influence qu'ils exerçaient sur les troupes, ils commencèrent à parler en mottres. Don José-Miguel, le second des trois frères , avait servi en Espagne, et y avait obtenu, avec le grade de lieutenant-colonel, le commandement d'un régi ment debussards.
3Le congrès le nomma général en chef de l'armée; son frère aîné, jIou .Tuan- José, lui fut adjoint en qualité de second , avec le titre de colonel de grenadiers; et le plus jeune, don Luis, reçut le commandement de l*artil- Jerie.
Le 15 novembre, à la pointe do jour, les trois frèrts se mirent à la
téte des troupes avec l'intention d'opérer une révolution dans leur seul intérêt personnel. José- Miguel, Tàme de ce parti , fit arrêter plusieurs officiers dont le dévouement lui était suspect; et, de ce nombre, était Alackenna. 11 força le congrès à déposer la junte , et à* la remplacer par une commission dont il voulut faire partie lui-même. Il fit , en outre, créer un régiment de cavalerie, gran-gtiardia nacionaly dont il prit le coinniaruiement, se donnant ainsi de véritables gardes du corps qui , au besoin , pou* valent l'aider dans ses projets d'usurpation. Knlin , il destitua les principaux fonctionnaires et revêtit de leurs emplois ses amis et ses parents. Il ne
lui restait plus qu'à dissoùdre le COB* grès, et cette mesure ne se fit pas fongtemps attendre.
• Ainsi s'établit une domination militaire qui ne tarda pas à exciter un mécontentement général. Les frères Garréra, braves, ardents et voluptueux, étaient adorés par la jeunesse militaire, et c'était sur elle qu'ils s'appuyaient. Quant à la classe des propriétaires et à celle des industriels , ils les pressuraient sans pitié et les accablaient d'irn*
f>ôts , s'inquiétant peu d'accroître ainsi e nombre de leurs ennemis. L'année 1812 s'croula sans amener aucun chanement dans la situation des partis eulement on vit alors paraître sur la scène on homme qui devait, un jour, y jouer un grand rôle, Bemardo O Higgms, fils de l'ancien trouverneur don Anibrobio. Bernard O'Higgins, alors capitaine de milice, se rallia à la cause des Carréra , et fut nommé successivement à nhisieurs f^rndf-s, et, enfin, à celui de brigadier L^crKM al.
En 1813, José-Miguel prépara une expédition contre la ville delà Conception qui ne reconnaissait pas son autorité; maïs, des soins plus importants l'avant détourné de ce projet, il rentra à Santiago le 13 mars, et y publia une constitution où le pouvoir de la junte se trouvait balancé par celui d'un sénat.
Expédition de Pabkja et db Gainza. L'anarchie qui régnait alors au Chili offrait aux royalîtftes tme
cbance de succès que le vice-roi du Pérou ne voulut pas négliger. Une division aux ordres du brigadier Paréja partit de Callao au commencement de l'année 1813 , et débarqua , peu après, à Talc4ilhuano,que l'on peut considérer comme le port de la Conception. Paréja s'en empara h peu près sans coup férir, et marcha ensuite sur la Concep* tion , dont la garnison vint se rallier a lui; son cor|)S d'armée, ainsi renforcé , présentait un effectif de quatre mille hommes.
lest -:SIiguel Carréra , informe' de cet évciienicnt , laissa le gouvernement à son Irere Juan-José, et partit à la téte d'une division de ut mille hommes.
CHILI
Avant de s'éloigner de h capitale , il avait rendu la liberté à Mac-Kenna, et Tavait nommé lieutenant-colonel et quartier-maître général. H en ayait agi oe même à Tégard des autres oflGciers qu'îl avait expulsés ou incarcérés au mois de septembre 1811 ; et, quant à O'Higgins, il l'investit du cominandement «les troupes et de la milice du pays. Arrivé à Taica, José-Miguel y établit son quartier général; et, dans la nuit du 12 avril, il envoya un détacîiement oui surprit le camp des en- Demis à Yeroas-Buonas , et le mit dans une déroute complète. Paréja , cependant, étant parvenu à rallier ses troupes , les conduisit à Chillan , où il se fortifia et se maintint pendant près d'une année. Il mourut à cotte époque, et fut remplace par le brijîadier Gainza arrivé depuis peu de Lima, avec des troupes nratches.' Au mois de juillet suivant, la divison de Gainza fut encore renforcée par un corps de
•"troupes que lui amena le colonel Marotto ; de sorte que Gainza se vit en mesure de sortir de Chillan et de reprendre roffetisivc. Il se dirigea vers Talca. Cette ville, où la nouvelle junte, composée alors de Ferez, Eyzaguirre et Infante, tenait ses sessions , tomba au pouvoir du général espagnol. Ce revers fut attribué en grande partie à l'impéritie de Carréra, et servit de prétexte à ses ennemis pour soulever le peuple contre lui. La naine est contagieuse ; bientôt il ne fut plus question au Chili que du despotisme, des exactions et des débordements des Carréra ; l'armée elle-même sembla les abandonner. En conséquence, le 24 novembre 1813, O Higgins fut appelé par acclamation au commandement
' suprême de l'armée en remplacement de José-Miguel. Celuh<», accompagné de Luis, cherchait h regagner Santiago, lorsqu'il fut rencontré par un détachement de cavalerie espagnole, qui les conduisit tous deux à Chillan.
Les deux partis désiraient également la paix; les royalistes, parce qu'ils étaient eflVayés de la disproportion Bumériqae de leurs forces comparées ans troupes ennemies; les indépen-
dants , parce qu'ils manquaient h peu près de tout pour faire la guerre. Plusieurs corps de l'armée d'O'Higgins n'étaient armés que de jougs de bœu^^ mais c'était surtout l'artillerie qui était la partie faible de cette armée.
O'Hicgins avait fait faire un gros canon ue bois qui creva à la quatrième décharge. Cependant les royalistes furent deux lois battus, les 19 et 20 mars 1814, par O'Higgins et par Mac- Kenna , son lieutenant ; mais ces engagements avaient peu d*importance, et les échecs éprouvés par Gainza n'empéchèrent pas ce général de se diriger sur Santiago, qu'il savait être dé< pourvu de toute défense. Déjà il avait franchi leMaule, lorsque O'HIggins, déplovant en cette rirconstance une activité extraordinaire, se montra sur ses derrières , et le harcela si bien , que l'armée espagnole n'osa plus continuer sa route; elle rentra à Talca.
Le danger qu'avait couru la capitale
Souvait être attribué à l'imprévoyance e la junte, qui fut, en conséquence, dissoute et remplacée par un directeur suprême. Les suffratzies se portèrent sur Henriquez de Lustra, gouverneur du département de la marme, à Yalparaiso.
La frépate anglaise Phtbe , comniarulée par le capitaine Uillier, arriva au Chili , venant du Pérou. Elle apj)or« tait à Gainza des instructions du viceroi pour en venir à un arrangement avec le directeur du Chili. Celui-ci, après avoir consulté les principaux habitants de Santiago , entra en pourparler avec le général espagnol , et lui proposa une capitulation qui firt acceptée et conclue à Zirca , près de Talca , le 3 mai suivant. Lu vertu de ce traité, le Chili devait former partie intégrante de la monarchie espagnole; il consentait , en cette qualité, h envoyer des députés aux cortès , afin de sanctionner la constitution décrétée par cette assemblée; il reconnaissait aussi l'autorité de Ferdinand VII et de la régence, à condition mie le gouvernement intérieur du Cnili serait maintenu dans tous ses pouvoirs el pri villes; et que le commerce strait
libre avec les pnl^sanoef alliées et
neutres , et notamment avec la G rande- Bretngiie, à qui l'Kspagne devait, avec l'aide de Dieu et de sa ronra^^euse ecMistance , son existence politi(|ue. Les hostilités devaient cesser immédiatement, et 1rs troupes rovnles s'oblîge.iient à quitter le Chili sous deux mois, remettant les places qiu'ellcs occupaient dans rétatou elles les avaient trouvées. Enfin , deux ofDciers supérieurs furent livrés, comine otages, de part et d'autre.
Expédition d'Osorio. I/cvénement prouva bientôt que le vice-roi n'avait clieniit' qu'à pn£:ner du temps. En effet, avant rcrn (l'Kspniine quelques nouvelles troujies , et notamment fe régiment de Talavera, il envoya le général Osorio, à la téte de quatrè mille hommes, pour remplacer Gainzn , déclarant en même temps que re dernier avait outrepasse ^e^ pouvoirs dans la convention de Zirca, dont la ratification était chose impossible. Osorio débarqua à Taleabunno le 12 aoiU 18 14 , et se dirigea immeUiatcmeut sur la capitale.
Pendaotqu*il opérait cé mouvement, les deux frères Carrera, José-Miguci et Luis, parvinrent à s'échauper de leur prison de Ciiilian; et, déguisés en paysans , ils rentrèrent a Santiago le 23 août. Là, pour mieux donner le change sur leurs véritables intentions, Luis alla se constituer prisonnier; mais, le lendemain , José-Miguel se présenta à ses anciens frères d'à r mes qui le reçurent avec acclamation. Le peuple lui-rnème se joitinit à la garnison, et, en un instant, une nouvelle révolution fat consommée. La junte fut rétablie, la charge de directeur abolie. Luis remis en liberté , et José- Miguel réintégré dans le commandement suprême de l'armée. Cependant une partie des habitants les plus no* tables de Santiago avait vu avec regret le retour des Carrera. Une députation fut envoyée à O'UiM&ins pour prier ce général de venir délivrer la capitale de la tyrannie de José-Miguel qui avait, disait -on, enlevé de la caisse du gouvernement huit cent
mille dollars. H est vrai qne Cftrréra ,
en reprenant les r^nes au pouvoir, s'était emparé aussi des fonds du trésor; mais rien i»e prouve qu'il ait ▼oulu les affecter à des dépenses étrangères au service de l*État.
0'lfii:gins, en apprenant la réinté-
fîradoM des Carrera et les vneux des labitants de Santiago, detaciiadeson armée un corps de deux mille hommes, qu'il chargea d*observer les royalistes, et reprit avec le reste le eheinin de la capitale. José-Miguel vint au-<ievaut de lui, le rencontra à Espejo, dans la plame de Maypo, le battit et le fit prisonnier. O llig^ins s'attendait être traduit devant un conseil de guerre; mais, loin de la , son généreux vainqueur lui offrit le commandement en second dans l'armée, 8*11 voulait consentir à faire cause commune avec lui contre l'ennemi public. Celte proposition ayant été acceptée par le prisonnier, il fut rendu à la liberté, et renvoyé à son armée.
Carrera revint triomphant à Santia-
fo, et prit, contre plusieurs oHiciers ont le dévouement lui semblait suspect, des mesures de rigueur qui amenèrent de nombreuses désertions.
Abandonné à lui-même, et ayant vu le nombre de ses soldats diminuer à la suite de sa défaiteà Maypo, O'Hîgi^ins se retrancha à Raneagua (*),et y attendit l'ennemi. Osorio ne tarda pas à se montrer; il pénétra dans la ville même, et attaqua les indépendants avec la plus grande vigueur. 0*Uiggins se défendit bravement pendant quarante-huit heures. Son adversaire, étontië d'une résistance si opinitltre, lui lit dire que, sMl voulait se rendre, il lui garantissait sa silreté personnelle, et s'engageait même à lui obtenir la bienveillance du roi. « Je n'accepterais pas « même le del du roi d'Espagne, » ré-
(*) Raneagua, plot eomme tons le nmn de Santa*Cr^ de TViana , dief-4ieii de Tan-
cienne province de ce noir., est s'ilw'v .Mir la rive droite du Rio-Cacbapoal , à lieues and de Santiaiço. Sa foodation , ainn qtm nous l'avons déjà dit, date de i749;dlecrt due au gouverneur don Joié Mauso.
CUILI.
pondit O'niggias. — Voyant ensuite u'une plus longue dcforise était itiiossible, il fit coudre une bande noire sur sou drapeau, et tirer encore quelles coups de canon avec des dollars en guise de mitraille. Puis , a la lueur de l'incendie, se taisant jour, Tcpécà la main, au travers des bataillons carrés 4|ul se formaieat autour de lui, il regagna Santiago , suivi de 300 dragons, seuls débris de son armée (*).
Pendantcette action, les deux frères Carrera s'étaient tenus à peu de distance du champ de bataille avec une division de réserve forte de huit cents hommes. Témoins passifs de cette lutte iiiq^aJe, ils ne tentèrent aucun mouvement en fiiveur des indépendants, circonstance inexplicable après la conduite généreuse que José-Miguei avait tenue à l'égard d'O'lïiggins.
LessoldatsdeCarn ra, qui formaient la garnison de Santiago, ayant commis quelques actes de violence et de déprédation, les habitants, exaspérés de cette couduite , envoyèrent des députés à Osorio pour le prier de hâter sa marche vers la capitale. Après cette démarche, il était évident que la place n'était |)lus trnable pour les independaots. En conséquence, Carréra fit démanteler les fortifications, etbrdier les registres sur lesquels étalent inscrits les actes du nouveau gouvernement, et quitta la ville le 1 octobre 1814, suivi de six cents soldats environ et de deux mille habitants, qui abandonnaient leurs foyers sans savoir s'ils pourraient jamais v rentrer. Avec Carréra s'éloignait égafenient les chefs de l'année chilienne : O'ii iggins , Mao> Kerina, Benevente et don Manuel Rodriguez, Tun des plus braves défenseurs de la cause de l'indépendance.
La caravane fugitive se dirigea vers Mendoza, mais son passage dans la Cordillère ne s'effectua pas sans de grandes pertes. J.e froid et la faim décimèrent surtout les feuunes et les CDÛuits. Eodriguet seul ne voulut pas
(•) Rapport d'0*Higj;in8 ; Oiitline of re-
voliitinn , etc.'. Résolution de t'ABléril|IMI du âudi M. Graliam j Miers, etc.
franchir ta frontière; il resta au GhAf,
et y orgnisa des guérillas qui ne cessèrent de harceler et de touroieoter les royalistes.
Ce fut le 5 du même mois que le vainqueur lit son entrée dans la capitale. Là, ainsi qti'on devait s'y attendre, il renversa toutes les institutions polîtioues du dernier gouvernement, et ilfit plus encore:il institua une chambre de Purification composée d'oHiciers cspamiols, sous la présidence du major San-Bruno. Les malheureux habitants, cités tour k tour devant ce tribunal redoutable , devinrent les victimes des plus odieuses persécutions. Cent d'entre eux , environ, furent déportés dans IHe déserte de Juan-Fernandez; les autres furent bannis, ou soumis à d'énormes amendes, ou, enfin Jetés dans les cachots.
Croyant ainsi avoir purifié le pays, Osorio reprit b route de Lima , laissant un Es|jagnol, Marco de Ponta^il, revêtu du titre de gouverneur du Chili, et chargé de continuer ce système de vengeance et de proscription. Les autres villes, à rimitation de la capitale, avaient fait leur soumission.
Expédition des Buenos-Aybiens.
Deux années s'écoulèrent $aos apporter aucun changement dans Texistence politique du Chili. Les Espagnols poursuivaient impitoyablement le cours de leurs proscriptions , et Rodriguez, avec ses braves guérillas, continuait aies inauiéter vivement. Cependant la ré' vofution était consoiTiméc à Ruénos- Ayres, dans le Tucuinan, à Mendoza, au Paraguay, à Cordova. à Santa-Fé et îi Rfoia.La cause de la monarchie était peraue à jamais dans l'Amérique du Sud; mais le haut Pérou et le Chili étaient encore au pouvoir des armées royales. Le gouvernement de Buénos- Ayres pensa que l'intérêt des provinces indépendantes, et le sien en particulier, exigeaient l'expulsion absolue des Espagnols du soj de l'Amérique meridionaie. Si les armées et les Oottesda roi d'Espagne rx)ntinuaient à occuper les pl.ires fortes et les ports du Chdi, la guerre était éternisée, et la liberté, sans cesse inquiétée par le voi&mage de
Digitizùu by C(.)0^1e
ses ennemis, ne pourrait jamais asseoir ses institutions sur une base durable, n aocoeîllit donc arec empressemeiit les sollicitations des réfii^es de Mendoza, et leur fournit les moyens d'organiser un corps d'armée. Carréra avait quitté Buénos-Ayres pour passer aux États-Unis, d'où il esgérait ramener des secours en hommes et en munitions de cuerre. 0'Hi£ïc;ins paraissait donc destiné à avoir le commandement en chef de l'expédition, mais le gouvernement de Buénos-Ayres le déféra au général San-Martin.
SAif-BiABiiif . Don JoséSan-Martin, né dans les missions Ûn Paraguay, de parents espagnols , servait en Europe a l'époque où l'Espagne fut envahie par les Français. Il ol)tint successivement, en récompense de ses services, les grades de capitaine, aide de camp de police du général Jordan, et lieutenantcolonel. Ayant sollicité du général Castaoos un grade supérieur qu'il ne put obtenir, ce reflis le blessa tellement gu'il quitta le service de l'Espagne et se rendit en Angleterre, d'où il passa à Buénos-Ayres en 18U. Il y reçut le commandement d'un escadron de ca- • Valérie de l'armée des indépendants, et obtint, auprès de Montevideo, quel-
3ues succès qui lui valurent le çrade e colonel. Plus tard, le président Puyrédon le chargea de réorganiser l'irmée du Pérou, le nomma gouverneur de Mendoza, et l'éleva enfin au commandement en chef de l'armée des Andes. Sa taille était haute, sa physionomie mâle et caractérisée. Sa prnvonre était celle d'un honsoidnt, ses talents, ceux d'un médiocre cénéral. Les succès éclatants qu'il obtint par la suite, et la carrière brillante C[u'il parcourut, furent les rrsiiltnts éphémères de circonstances auxauelies l'ambitioa eut plus de part que le mérite.* Son irrésolution et la lenteur de ses mouvements changent jslusieurs fois en défaites des actions qui auraient
£u être glorieuses pour ses armes.
Tailleurs , politiaue habile , dissimulé, doué d'un esprit un et souple, affectant une grande modestie, il eut le talent de oon4|uérir l'opinion publique et de
conserver longtemps sa conqu<?te. Plusieurs crimes, dont quelques-uns seront rapportés ici, loi sont généralement attribués en Amérique, La politique a pu, dans sa pensée, les rendre nécessaires; mais l'histoire n'admet pas de pareilles excuses : elle flétrit le lorûdt partout où elle le rencontre.
O'HiGGiNS. Nous avons dit déjà que Bernard O'Higgins était le fils de l'ancien vice-roi du Pérou Ambroise O'Higgins. 11 hrritn de plusieurs des belles qualités qui distinguaient son père, une bravoure à toute épreuve, Ténercie dans l'exécutlen, la frandusedanf le caractère et la rectitudedanslejufement. Passionné pour son pays et pour la cause de la liberté, il n'est pas de sacriûces qu'il ne soit disposé à leur faire. Dans la vie privée, u est du caractère le plus aimable, et se montre toujours affable, doux et complaisant.
On lui a reproché d'être lent à prendre une détermination, de se trop déÛer de ses propres moyens et <fe considérer toujours le dernier avis
Ïu'ou lui donne comme le meilleur, fn créole disait de lui : « Il entre dans « sa composition trop de dre et pas w- « sez d'acier (*). *
Bataille drChacabuco. L'armée des Andes ne comptait pas plus de trois mille cinq cents hommes, ainsi répartis : un régiment de grenadiers à cheval fort de cinq cent cinquante hommes, dont le commandement fut donné au colonel M. Rodriguez ; quatre bataillons d'infanterie numéros 1 , 7, 8 et 11, présentant un effectif de deux mille sept cents bommes; artillerie, deux cent cinquante iiommes. Le général en chef San-Martin a?ait sous ses ordres les généraux Soler et O'Higgins. Le départ eut lieu vers le milieu ae jan?ier.JUB8 divers corps de i armée, afiut de se mettre en marche , prêté-
(*) Prérit Uttonquc sur la révoIuti<»i des
provinces unies de l'Amériqne du Sud , etc., par A. F***(Frossard), ex -commissaire deit gnerrM, ptrtm, di. t. Puii, 1819; Sti^ veiiion, Relation historique d'au sqîpicir de ao ans etc. liv. xix, ch. vuz.
CHILI
rent le serment , dont voici la formule : « Unis de cœur , et les mains jointes, «noot rarons, en présence oa Bien « éternel, par la mer, la terre et le « firmament , de ne souffrir désormais « aucun tyran en Colombie, et, nou- « Teaux héros Spartiates , de ne jamais « porter les chaînes de Tesclavage , « tant que les étoiles brilleront dans le « ciel et que le sang coulera dans nos • veines. » Chaque soldat , indépendamment de son équipage militsare, portait un poncho et un sac de provisions pour huit jours, du charqye (*) et du maïs grille; mais c'était à cela <pie le général en chef avait borné ses prévisions, et cette armée, gui se disposait à franchir les sommités de la Cordillère à une élévation de douze à quinze mille pieds, sur une route de cent lieues, n'avait ni tentes, ni four»
f ons , ni fourrage pour ses chevaux.
I était important de cacher à l'ennemi l'itinéraire prescrit à l'expédition libératrice , et San-Martin y donna tous ses soins; il avait arrêté que ce serait par le passage de los Patos que Ton entrerait au Chili ; mais afin de donner le change aux royalistes, il entama une négociation avec les Indiens qui habitent les environs du Passo de Planchon, pour en obtenir la permission de traverser leur territoire. Les montagnards, flattés decettedéférence, rendirent qu*ils savaient fort bien que le général nouvait, avec son armée, se passer de leur consentement, mais que d'ailleurs ils le lui accordaient avee plaisir, et qu'ils étaient prêts encore à lui fournir tous les secours dont il aurait besoin. Les voyant si bien disposés, San-Martin proposa à leur eaciqne Maripan d'aller dire au capitaine général Marco que les indé* pendants avaient l'intention de passer par le Planchon ; pour prix de ce service, San-Martin offrit de riches présents, et, entre antres, quinze cents juments. L'Indien accepta la proposition , et s'acquitta fort bien de ce stratagème. Won content de cela , le général indépendant envoya, par le défilé d' Us-
O Tinde brodée.
pallata , un émissaire chargé de fausses dépêches dans lesquelles il annonçait aux méeontents du Chili que le moment de leur délivrance approchait, et que l'armée libératrice était sur le point de franchir le Planchon. Dans le fait, il y fit passer le lieutenant -colonel Ramon treyre avec un faible détachement de cavalerie, tnndis qu'il envoyait le colonel lieras avec un bataillon et cent chevaux par Uspallata, et que Iw'-méme, avec le srosderarmée, se dirigeait vers los Jratos. Le trajet se fit en huit jours. Arrivés dans la vallée d'Aconcagua, au-dessus de Santa-Rosa, les hommes et les chevaux étaient exténués de fati^e, transis de froid, et pressés par la faim; mais les habitants s'empressèrent de venir à leur secours, et leur apportèrent des vivres, du fourrage, ainsi que les objets dont ils éprouvaient le besoin le plus urgent.
Trompé cependant par le stratagème des indépendants, le général espagnol avait concentré ses forces à Rancagua.
Le 4 février, son chef d'état-major, don Miguel Atero, l'informa que I ennemi était arrivé à Santa-Rosa et qu'il s'avançait rapidement. Le major Vila, qui avait été chargé de surveiller le passage de los Patos , transmît le même avis, et fit savoir qu'il s'était replié en attendant qu'on lui envoyât du renfort. Ces deux chefs opérèrent leur jonction et se portèrent a Santa- Rosa, où ils furent ralliés, dans la journée du 6, par le colonel Quintanilla, à la tête d'un bataillon de carabiniers que leur envoyait le capitaine général. Les indépendants occupaient Villa-Vieja, et ce fut là qu'eut lieu la première rencontre. Les royalistes eurent le dessous; ils perdirent trente carabiniers, et se retnrerent en désordre à Chacabuco , montagne d'un accès difficile qui domine la plaine de Santa- Rosa, et par laquelle passe le chemin qui conduit à Santiago Le capitaine général Marco y était arrivé déjà avec douze cents hommes d'infanterie et mille chevaux. Les armées se trouvèrent en présence le 1 1 février an soiri
(*) Ondtne of tbe levoliitioD» «te.
et , de chaque tM , la nuit fut employée
aux préparatifs du combat. Le lendemain, à la pointe dn jour, Sau-Martin disposa son année en deux colonnes :
la première, sous les ordres du général Soler, était formée des deux bataillons n<»» 1 et 1 1, des qu;itre compagnies d'élite des l):itaillons n"^7 et 8, d'un escadron de cavalerie et de nresque toute Tartillerie; la seconde cofonoe, aux or* dres d'O'Uiggins, ne se composait que des quatre compnpnies du centre des n"* 7 et 8, et de deux pièces d'artillerie de camj)agne; San- Martin s'était ménagé le commandement du reste de la cavalerie, qui formait nn ror(iL^ de réserve ou d arrière-;;arde. Ce qui frappe d'abord dans cette disposition, c'e^t la disproportion des deux oolonnes dt Tarmée.
A liait heures, les indépendants se mirent en marche, et rencontrèrent l'ennemi ran^é en bataille à Cbacabuco, dont les hauteurs étaient occupées par un faible détachement d'infanterie. La route suivie par 0' Il iizgins étant la plus courte et la plus facile , ce gênerai arrîra le premier en présence des royalistes. Il ordonna sur-le-champ au Iieutsnant-colone! Cramer, commandant du bataillon n° 8. de déloger reanemi des hauteurs quit occupait, mouVd> ment qui fut exécuté avec une grande promptitude. San-Martin, qui arriva en ce moment, ne voyant que les tirailleurs ennemis qui .descendaient la côte , ordonna au colonel Zapiola de les poursuivre avec toute la cavalerie, manœuvre des plus maladroites qui pouvait compromettre le sort des troupes qui t'aventuraient ainsi sur un terrain boisé et coupé par de profondes ravines. Le lientenant-coloiirl ('ranger fut le premier qui en Ut l'observation; il reçut Tordre de s'avancer à la suite de la cavalerie pour la soutenir au besoin. Celle-ci ne tarda pas en effet à renrontrer l'infanterie ennemie, qui la reçut à coups de canon, et l'obligea à se replier en toute hflte derrièi^B la troupe de Cramer, à laquelle le 7' bataillon vint bientôt se jomdre. Ainsi toute la division d'O'lliggins était engagée, et la colonne Ue Soler ne paraissait pas
enoore. L'armée espaj^iole fermaît deux masses d'infanterie séparées par
3uelq!ips pièces de eanon, et un corps e cavalerie qui s'appuyait sur la montagne de Chacabuco, à la p;auche de rinfimterie. L'inaction obligée de la colonne d'O'Higgins lut utile aux Fspnunols, qui en prolilèrent j>oiir s ein-
1>arcr des hauteurs qui couronnaient e champ de bataille. De là ils envoie* rent des tirailleurs, dont le nombre augmentait incessamment au préjudice des masses. O'il iggins , observant alors que Tennemi s'était affaibli par cette manoeuvre, ordonna à Cramer de le charger de front à la tète de son bataillon. Les EspagnoLs, surpris d'une manœuvre aussi vive et aussi peu attendue, n'opposèrent qu'une faible ré* sistance et reculèrent devant les Indépendants. De son côté, la cavalerie des royalistes, voyant l'infanterie ébranlée, suivit le mouvement rétrograde, et laissa la cavalerie de Buénos-Ayres pénétrer dans les rangs des fuyard-;.
Le detaclienient (jui occupait encore la montagne opposait seul quelque résistance; mais en ce moment la division du général Soler déboudia sur le champ de bataille et acheva de eulhnter l'armée royaliste Les indépendants prirent position en avant des maisons de Chacabuco, et envoyèrent un détaclie* ment de cavalerie à la poursuite des vaincus. Les Espagjiols perdirent environ quinze cents hommes, dont sept cents morts et huit cents prisonniers; du côté des vainqueurs la perte fut insignifiante. Telle fut la victoire de Chacaouco, qui lit de nouveau passer le Chili au pouvoir des Indépenaants. L« succès de cette journée est dd à 0'Hig« gins et au brave Cramer, officier français qui avait déjà rendu de grands services à la cause de la liberté en reor-
gîmisant rannée baéDos-ayrîenne(**}.
(*) Prids historique de Froiuard, déjà cilé. ; W. Slevenson , Journal of a ro^idctir*» în (>hili, by M. Omham ; ^lit rs, etc. ; Arl de vérifier les dàltsi Jouxuuux anglais el français de l*époqt
(*') Cramer, officier fran^is, avait servi
La DOQTéne de cette victoire parvînt
à Santiago le même Jour à six heures du soir. La confusion devint cxtrt'ine dans cette capitale où tant de passions diverses se trouvaient en présence. Les royalistes passèrent la nuit à faire leurs préparatifs de départ, et les indépendants remployèrent à tout disposer
£our la réception de leurs libérateurs, .e général Maroto, i|ui ooinmanddit en 1 absence de Marco, donna ordre à une division de douze cents hommes, station lice à Rancagua, de rallier les débris de Tarmée espagnole; mais la défaite de Chacabuco avait répandu partout une terreur panique, et les soldats refusèrent de marcher; quelquesuns d'entre eux, des officiers même, 8*enfulrent à Valparaiso, où , à chaque instant, on voyait arriver des familles royalistes qui venaient y chercher un eiubarqueinent pour le Pérou. Une colonne se dirigea vers la Conception et parvint à y rallier une force encore imposante; mais elle ne put empêcher que le général Marco et plusieurs de ses officiers ne tombassent au pouvoir des gqérillas deKodriguez.
Le surlendemain , 14 février, la divi> sîon de Soler lit son entrée à Santiago , et le î5 on y vit arriver la colonne d'C/Higgius, ainsi que les prisonniers royalistes. San-Martin, reçu avec ac»
ciamalion, fut salué du nom de libérateur, l'n gouvernement cîertif s'établit sur les ruines du pouvoir royal, et San*RIartin en fut nommé suprême directeur; mais il refusa ce poste, et engagea les patriotes à porter leurs suffrages sur O'iliggins. Ce refus n'était pas, comme on le supposa dans le temps, nue marque de detérence pour les talents de son collègue : mais Martin avait déjà à cette époque, sur la vice-royauté dfu Pérou, les vues qu'il avoua plus tard , et qu'il u'edt pas réa-
avec distioelion dans les armées impériale;. Après la mfatiratioii, il émigia (lar)s l'Aniérique du Sud a^ec un grand nombre de ses «fUDaredes.dont pliisicun eurent beaucoup à se plaindre de l'ingratilude des gouverneurs révolutionna iirs. Cranifr fui parti* cuUèrement malu-aité par Sau- Martin. ,