ILI. 5é
Usées s*n edt accepté le pouvoir mal
affermi qu'on lui offrit au Cliili. Ce
général prit les mesures nécessaires our assurer les résultats de la victoire e Chacabuco; il envoya le bataillon M ' 1 occuper le port de Valparaiso^ tandis que le colonel las Fléras reçut Tordre de marcher sur la Conception, où les débris de l'armée royale s'étaient concentrés. A son appro<^e, les Espa« gnols évacuèrent cette place et se por* tèrent, sous les ordres du rolonel Ordunez, à Talcahuano, où ils se fortifièrent si bien qu'il devint impossible de les en déloger. Sur ces entrefaites, le général San-Martin partit pour Ikiénos-Ayres, où les patriotes lui avaient prépare une ovation.
SiTUATioir DU Chili APiis là yig«
TOIBB DB CbAGABDCO. La général O'Higgins prît en main les rênes du gouvernement après le départ de San- Martin, et s'occupa activement du soin de prévenir une nouvelle invasion. Il augmenta son armée d'un régiment d'infantericetd'un bataillon d'artillerie.
Mais les Cliiliens crurent s'apercevoir, à cette époque , que le gouvernement de Buénos-Ayres voulait se réserver une ^jrande influence dans les affaires intérieures de leur pays; quelqties-uns même s'imaginèrent qu'il convoitait de se siibstituer entièrement à l'Espagne, et dès lors la révolution devenait sans objc t. 11 y avait certainement quelque ciiose de fondé dans ces craintes; car, sans cela, on ne voit pas pourquoi Buénos-Ayres se serait résigné à d'énormes sacrilicps pour entretenir a'i Chili un corijs de troupes plus nombreux que l'armée nationale elle-même.
En effet, les auxiliaires comptaient uatre mille huit cents hommes, tanis que les Chiliens n*en avaient que trois nulle si.x cents.
O'Higgins, voulant compiler l'ex* pulsion des Espa^'uols, se rendit luimême au siège de Talcahuano. On était alors à la fin de Tannée 1817. I.'nrmée indépendante comptait un brave de plus parmi ses chefs : le général Brayef était venu , comme tant d*autres, cliiH<> cher sur cette terre étrangère de nouveaux dangers et une gloire nouvelle;
Digiii^eu by Cookie
mais comme tant d^autres aussi il devint un objet de jalousie pour ceux dont il partageait les travaux et la misère. D'abord San -Martin l'avait bien accueilli et lui avait doimé un commandement dans l'armé; mais il arriva qn'ao siège deTalcahuano, au moment 'où les indépendants étaient sur le point de pénétrer dans la place, les tambours battirent la retraite, et l'armée assiégeante se retira subitement dans le plus grand désordre. Brayer fat accusé sans' londement d'être la cau^^e de ce désastre, et, depuis ce moment, les chefs de Tarmée indépendante saisirent toutes les occasions de fimre éclater contre lui leurs sentiments de haine et de jalousie. Il Quitta le aerrioe et se retira à Montevideo.
San-Martin, de retour de Boénos- Ayres, avait repris le commandement dé Tarmée, lorsqu'un corsaire, entré à Valparaiso av^ une prise espagnole, annonça que le vice-roi du Pérou préparait une nouvelle expédition contre le Chili. A cette nouvelle, la terreur et la confusion se répandirent dans toutes les classes de la société , sans en excepter l'armée. San-Martin ne savait à quelle détermination il convenait de s'arrêter, et le général O'ilijïgins luimême leva subitement le siège de Xalcahuano et se replia sur Talca.
NouYBixB Bxm>moir bbs bota*
LISTES ; BATAILLE DB CàNCHA-RaYA-
i>A. Le vice -roi Pésuela avait organisé une armée de cinq mille hommes, dont il confia le commandement au eénéral Osorio. Il fit précéder le départ de cette expédition d'une proclamation adressée aux habitants du Chili, pour les enpger à se soumettre à l'autorité légitime, et à prévenir ainsi les calami^ qu'entraînerait une inutile ré-sistance.
De leur côté, les Chiliens répondirent que leur nouveau gouvernement ayant reçu l'approbation de la régence d'Espagne, H était également odieux et absurde de vouloir revenir sur cet acte, « Du moment, disaient-ils, que la ré-
Êence et les cortes ont proclamé que I souveraineté du peuple était Punique base de leur autorite, ils ont perdu tout droit de commander à une nition
qui veut exercer la sienne. » Us se préparèrent donc à repousser la nouvelle irruption dont ils étaient menacéi; mais leurs préparatifs se firent avec plus de lenteur et de négligenre qu'on n'aurait dil s'y attendre dans une conjoncture aussi grave. On ieta dans les rangs de l'armée une foule de ces vagabonds fainéants, que les habitants du pays désignent sous le nom de rotos.
l)eux nouveaux bataillons furent ajoutés à la composition de l'armée : l'un s'était formé dans la province de Coquimbo; l'autre se recruta parmi les pardos ou muUitres de Santiago. L'armée de campagne, indépendamment de quelques corps d'observation , présentait alors un effectif de quatre mille cinq cents hommes. Un nouveau chef était venu partager avec San-Martin, 0*Higgin8 et las Héras, le fardeau du commandement; c'était le général Balcarsel , arrivé depuis peu de Buénos- Ayrcs. Lnfin, des agents furent envoyés aux États-Unis et en Angleterre pour y acheter des navires de guerre dont le parti de l'indépendance avait le plus grand besoin.
Telles étaient à peu près toutes les mesures adoptées par les patriotes pour soutenir le elioc des royalistes. Le désordre que rexfiectative de cet événement répandait au Chili n'avait pas cessé encore. IiB retraite du corps d^r> niée qui assi^|;eait Talcahuano s'était opérée avec une telle confusion , que plusieurs familles de la Conception qui avaient cru devoir émigrer furent volées et maltraitées par les soldats qui marchaient isoles et snns chefs. Quelques-unes d'entre elles retournèrent à la Conception , aimant mieux courir la chance de tomber entre les mains des royalistes que de demeurer ainsi exposées aux insultes et aux brutalités des soldats indépendants.
Ce fut dans ces tristes conjonctures que le directeur O'Higgins essaya de retremper l'opinion publique en proclani:uit l'indépendance du Chili. « ISous « avons cru devoir, » dit-ii dans ce document qui porte la date du 1* janvier 1818, « conformément aux pouc voirs extraordinaires qui nous ont été
Digili^Cu by
CUlU. ^1
«délégués 5 cet effet par le peuple, avait été détaché par OiOrîo, «toc une
« déclarer solennellement en son nom, colonne de mille hommes, pour obscr-
« en présence du Tout-Puissant, et an- veriesmouvetiK-nts des patriotes- mais
« noocer à la grande confédération du obligé bientôt de battre en retraite il
« genre humain, que le territoire conli« passa le Rio-Lisay en présence d'un
« nental du Chili et les îles adjacentes corps de quinze cents hommes de ca-
« constituent de fait et de droit un valerie commandé par le général Bal-
« Etat libre, indépendant et souverain, carsel. Ce ne fut qu'aux environs de
« et qu'ils sont à jamais séparés de la Tafca et lorsqu'il eut pris position que
« monarchie espagnole , avec plein pou- San-Martîn se détermina à le faire at-
« voir d'adoDter la forme de gouverne- taquer; mais, secouru à propos parquai-
« ment la plus conforme a leurs inté- ques détachements que le général Oso-
« réts; et pour que cette déclaration rio lui envoya de Taica, il repoussa la
« puisse avoir toute la force et la soli- ea?aleriede]laicarseletlamitennlein«
« dité qui doivent caractériser le prc- déroute.
« mier acte d'un peuple libre, nous en- San-Martin avait pris position en un
« gageons pour garants l'honneur, la lieu appelé Caucha-Kayada , coupé par
« vie, la fortune, et toutes les rela- des ruisseaux et des ravins où sa lii^ne
« tions sociales des citoyens de ce noa> ne pouvait se déployer, et il avait ap-
« vel EtatC). . puyé sa gauche sur Talca, où étaient
L'expédition du Pérou avait eu bien concentrées toutes les forces ennemies
des difficultés à surmonter, et ce ne Cétait une position désavantageuse
fut qu'au mois d'octobre 1817 qu'elle qu'il était urgent d'abandonoer; il en
put mettre à la voile du port de Callno. donna Tordre dans la nuit du 18 an
m Les Espagnols, dit un témoin ovu- 10 ni;irs; iii.iis c'était le jour anniver-
« lairc, comptant sur le succès complet i>aire de sa naissance, et l'armée avait
« de cette armée, reprirent de nou- voulu célébrer la f!te de son général,
«veau toute leur arrogance, qu'ils On croit qu'Osorio fut informé par ses
« portèrent au point de s'engager mu- agents du désordre qui régnait dans le
« tuellement, sous un dédit de deux camp ennemi. Quoi qu'il en soit, il
« mille dollars, à ne jamais, à l'arenir, sortit de Talca le 19 avant 1 aube du
« employer un créole. » Dans les pre- jour, et tomba à Tlmproviste sur les
miers jours de janvier 1818, l'armée patriotes. Ceux-ci commençaient alors
débarqua à Talcahuano, où le colonel seulement à opérer le mouvement que
Ordunez, qui avait si bravement sou- San-Martin avait ordonné. Surpris
tenu les dSbrts des patriotes, se joignit ainsi dans l'ombre dé la nuit, ils se
à elle et marcha sur la Conception, défendirent quelque temps au hasard,
qui se rendit sans résistance. Ce fut s'entre-tuant les uns les autres, et
dans cette ville que les royalistes tirent quand le jour arriva ils commencèrent
un traité d'alliance avec les Araucans, a ftilr de tous c^tés. L'aile droite de
qni leur fournirent des chevaux et des cette armée, commandée par le colooel
vivres. Ainsi ravitaillés et secourus, las Héras, ne s'arrêta que sous les
les Espagnols se dirigèrent sur Talca. murs de la Conception, à plus de
L'armée indépendante qui occupait soixante lieues du champ de oataille.
cette ville se replia aussitôt sur San- O'Higgins et San-Martin se réiiigièrîât
Fernando, où le général en chef vint aussi dans cette ville; le premier avait
la rejoindre avec les troupes qu'il ame- eu le bras fracassé par une balle (*). La
nait de Santiago. Le colonel Ordunez perte de l'armée vamcue fut immense;
tous ses bagages , ses vivres et sou ma-
O Officiai docinmiiii rcforod to in diA ^éM^ tombâeot au pouvoir de l*eD-
message of ibe presiJcnt of iLe United-SU'
tes, oftbe i-j novembre 1818, Wasliinglon, (*) Rapport du général San-Martin m
i8z8; Keport of Théodoric Blaud, esq., directeur suprême des provincet de Buénos*
coaniMioner to sootb Anerios. Ayres , avril iStS, **»
es L*UNIV£RS.
nemi , et si Osorio avait su profiter de Andes , fut placée sous les ordres du
Éà Ticloire, il aurait de nouveau sou- colonel Rainoii Freyre.
mh tout le Chili à l'autorité royale. T. os royalistes, dé leur rôt(^ , prirent
Santiago, Valpnrniso, Chillan et les une position assez bien entendue; ils
autres principales villes, étaient, en ce placèrent sur un mamelon qui proté-
moment, hors d*état de résister; mais ^tt leur gaudie , quatre pièces d*ar-
ileemmit la faute de croire que le parti tillerie souteaues par on Dataillon de
vTiînru était à jamais abattu, et il per- chasseurs.
dit dans les murs de Talca un temps L'infanterie indépendînte , formée
Ërécieux, que les patriotes mirent ha- en colonnes serrées et parallèles , in-
liement à profit. clinant sur la droite de l'ennemi , et
IUtati.lk nr Maypo. Pendant que soutenue par douze nièces d'artillerie,
San-.Martin, lialeiirsel, las lieras et descendit de la colline qu'elle oecu-
Freyre s'occupaient à rassembler les pait, et. s'approcha des Espagnols,
déims de Tarmée et k relever le cou- rarme au bras. Elle fut reçue par un
rai^e de leurs compatriotes, l'infati- feu terrible: la batterie du mamelon
§al)le Rodrigue/ levait de tous côtés surtout portait le ravajie dans ses es milices et des guérillas, et ne ces- ratij^s; mais elle n'en continua pas sait de harceler les royalistes. Cette moins à marcher en avant. Pendant ce énergie des chefs indépendants, et le mouvement, la cavalerie des royalistes, patriotisme dis h ibit uifs dti Chili, qui attaquait les grenadiers à cheval, sauvèrent encore une t'ois la cause de en était vigoureusement repoiissée. la liberté. Dès les premiers jours du Cependant le feu continuait avec fumois d'avril, San -Martin se retrouva reur, et causait, de part et d*autre, à la téte d'une armée de cinq nulle une grande perte. Osorio forma sa hommes. Ayant eu avis que le géné- droite en colonnes serrées , et l'envoya rnl Osorio avait passé le Rio-Mnypo contre l'ennemi , en la faisant soutein'r au çué de Longuen , et qu'il prenait par un corps de cavalerie. La gauche la direction des gorges de la Calera, des indépendants, ainsi vivement atil marcha à sa rencontre, et s'arrêta, taquée, commençait à 8C rompre , bien le 2, sur le bord des canaux d'Espéjo. ofrelle fut protégée par une batterie Dans les journées des 3 et 4 , il y eut de huit pièces qui ne cessaient de tirer quelques légères escarmouches ; et , sur les lignes des royalistes. San-Mar* pendant toute ta nuit, les troupes tin fit alors avancer la réserve que furent sons les arme!^. Le 5 au matin, commandait le colonel Quintana. Ce l'ennemi s'ébranla : ses mouvements , mouvement, exécuté avec intrépidité, dit le rapport ofliciel , paraissaient suffit pour arrêter les Espagnols, et avoir pour objet de déborder la droite ramener les indépendants au feu. La des indépendants, de menacer la ca- cavalerie des patriotes, aux ordres du pitale, de couper les communicatiotis colonel Freyre, chargea phisieurs fois d'Acoucngna, et de s'assurer de celles en ce moment, mais sans succès. Cède Valparaiso. San-Martin jugea que le pendant l'opiniiltreté des indépendants moment était venu de tenter de nou- remporta enfin sur la bravoure des Es* veau le sort des combats. Il confia le pa.^nols ; et toutes les positions de ces commandement de l'infanterie au gé- demi ers leur lurent culevées à la baïoo* néral Balcarsci; et celui-ci prit sous nette.
ses ordres les colonels Héras, Al va- Les rovalistes opérèrent leur retraite
radoet Quintana. La ca\ ah rie formait en bon ordrejusqu^à l'entrée des ruelles
deux divisions: l'une, de grenadiers d'Espéjo, où recommença une n-tion
à cheval, fut remise au coininande- sanglante qui dura [tins d'une heure,
ment d'un Irlandais, le colonel O'iJrien; En ce moment, lus troupes de Co-
rautre , formée des escadrons d*es- duimbo et d*Arauco prvfnrent à se
corte du directeur du Chili et du ré- faire jour au travers cies bataillons es-
giment des chasseurs à dievai des pagnols qu'ils mirent du» un allieux
CHILI. '
désordre. Les grenadiers^à cheval, guidés par 0*Bnen, flrent, de leur côté f une chargé vigoureuse sur le régiment de Burgos. le mirent en déroute, et, s'enipnrant de toutes les issues , achevèrent la destruction de rarmée royale. Osorio, suivi de deux cents cavaliers, parvint à se sauvrr.
Les autres chefs royalistes tombèrent au pouvoir du vainqueur; deux mille Espagnols périrent dans cîstte journée fatale, et trois mille environ furent faits prisonniers. I/:irtillerie, les drapeaux, la caisse militaire, les ha|;a<^es et les munitions devinrent la proie des indépendants, dont la perte , en cette circonstance , fut à peu près de mille hommes. Les oflîciers prisonniers furent conduits à la Punta deSan-Luis(*).
Le Ctiili , théâtre de tant d*actions sanglantes, n*avalt pas vu encore de bataille plus mémorable et plus décisive que celle de Maypo. L'indépendance du pays était à jamais assurée.
Après la lîiaitaiile , le général en chef écrivit au vice-roi du Pérou une dépêche qui mérite d'être conservée textuellement : « Santiago du Chili , le 11 « avril 1818. Le sort des armes a mis « en mon pouvoir , le 5 du courant , «dans les champs de iMaypo, toute « l'armée à lagueile Votre Excellence « avait confié la conquête du Chili. A «Texception du général OsoriOf^oi, " probablement, subira le même sort, « rien n'a échappé à la valeur de mes « troupes. Le droit de représailles nruu- < torisait à traiter les vaincus comme « nous eussions été traités d'après les « ordres barbares du commandant es- «pagnol; mais l'humanité impose d'au- «tres lois, et je n*ai pas voulu me « venger sur des malheureux assez pu- « nîs en voynnt leur orgueil déni , et n U'urs présomptueuses espérances a trompées.
«Tous les prisonniers, consistant « en presque tous les généraux , deux « cents omcîers et trois mille soldats t
(*) Rapport du gém rai José San-Martin i Coreo del Oriaoeo^ 3a; Joum«ax de
P.uônos- A yn s c! du Cliili ; Journaux anglai»i Frécis bislurique de froifisard, etc.
% ont reçu les setiours que mon carac- « tére me prescrivait de leur donner. « Il ne tient qu'à Votre Excellence
«de leur rendre la liberté, en accep- • tant j'échange qui nous a déjà été « proposé pour mes compatriotes, et « que vous aves rejeté. Envoyés - moi « ces infortunés , et je ni*enaage , sor « mon honneur, à vous rendre un pa- « reil nombre d'hommes, grade pour 9 grade. Le traitement qu'a ej^rouvé «le major Torrès n*étant pas celui f qu'on doit à un parlementaire chargé « (le paroles de paix , et désirant, d'ail- « leurs , prouver ma boone foi , je « charge le lieutenant-coloBel espagnol « Pédro-Moriega, de vous porter cette « communication , espérant que , si « Votre KAcellence n'accepte pas les « conditions que je lui propose , elle a me renverra cet offîcier, auquel je " n'ai rendu la liberté que poOT aoce- 9 lérer la paix. »
. Maigre ce langage plein de dignité et de convenance, if n^en est pas moini
vrai que la victoire des indépendants fut souillée par quelques actes de cruauté, que le droit de représailles expliquait et n'excusait pas. Dans la nuit qui suivit la bataille, plusîeun prisonniers furent fusilles. De ce nombre était un créole nomme Hénavidès; cet homme, (ils d'un inspecteur de Quirihué , près de la Conception , avait servi dans la première armée indépendante; fait prisonnier par les Espagnols , il embrassa leur cause et y demeura toujours Udèle. A la bataille de Chacabuco il tomba entre les mains des indépendants , parvînt à leur échapper, et fut rejoindre les royalistes. Toujours brave jusqu'à la témérité, et toujours malheureux, il fiit repris à Maypo par les patriotes, et condamné à liiort. Il essuya, avec ses compagnons d'infortune, le feu des soldats préposes à cette exécution ; mais un mouvement qu'il fit après sa chute fut aperçu par un officier qui lui
f)assa son épee au travers du cou ; on e crut mort, il n'était que blessé. Au milieu de la nuit, ayant repris ses sens, il parvint à se traîner jusqu*à la porte d'une ^-haumière voisine du champ de bataille. Accueilli avecbonté|
L'UNIVËIIS.
et soigné par des mains généreuses, il snérit de ses blessnree, et se saura oans les provinces méridionales que
les royalistes n'avaient point encore abandonnées. Le fiénéral Sanchez lui donna le commandement de la petite ville d*Anitioo. Le souvenir de cette catastrophe ne sortit jamais de la mémoire de cet homme, et il s'en vengea avec une telle atrocité sur les malheureitt qui tombèfeot entre ses mains, que son nom est encore aujourd'hui en exécration parmi les indépendants.
'Retour des Cabbëha. Nous avons vu le plus influent des trois frères Carféra , José-.Miguel,p8rtir pour les États- Unis, à l'effet d'y cherrhrr des secours pour sa patrie. Il y acheta cinq bâtiments de guerre, des armes et des munitions pour une armée de douze mille hommes. Des artisans munis de leurs outils , des marins américains , des officiers français et anglais avaient consenti a le suivre. En arrivant à Buénos- Ayres, au commencement de 1 8 1 8, Carréra y apprit que ses deux frères , J(ian-José et t.nis , se trouvaient dans la même ville, prisonniers sur parole ^ et, comme il se disposait à demander au gouverneur Puyrédon les motife de cette mesure, il'fut lui-même arrêté et conduit à bord d'un brick de
guerre. A cette nouvelle, trois navires e son escadre retoumètent aux États* Unis.
Quels étaient les çriefs du gouvernement buénos - ayrien à l'égard des Carréra ? On a prétendu que José-Miguel s'était procuré à Rîo-Janeiro la copie d'un aocument qui était de nature à compromettre gravement le directeur Puyrédon; nous voulons parler de la négociation que don Antomo Alvorez Jonte , son agent près de la cour de France , avait entamée avec la maison de Bourbon , à l'effet d'établir à Buénos-Ayres un gouvernement monarchique , et d'en offrir la couronne au prince de Lucqucs. D'autres ont
{)ensé que Puyrédon u";iv;iit agi contre es frères Carréra qu'a l'iostigatioo de ÂDi*Martin, dont les projets ambitiev étaient incessamment traversés pur rinûiMDoe et ia liaute position so-
ciale de cette famille. Diverses dr« constances que nous rapporterons donnent un grand poids a cette dernière
version.
Les trois frères parvinrent à s'échapper; mais ils furent repris et chargés de chaînes. José-Miguel fut dirigé sur Montévidéo, où il fut bien accueilli par le général Lecor; mais, peu de temps après , ayant su que Puyrédoa arait donné Tordre de le mettre aux fers, il s^évada de nouTeau, et gagna la province d'Entre-Rios que Ramirez, un de ses amis, gouvernait alors au nom d'Artigas. Là, il put attendre paisiblement qu'une occasion fevorable lui permît de rentrer dans sa patrie.
Une plus triste destiaée était réservée à ses deux frères.
Conduits à Mendosa, Jnan^José et Luis furent traites avec une rigueur excessive par le gouverneur de cette ville, don Toribio Luxuriago. On était alors au mois d'avril 1818, peu après la bataille désastreuse de Cancha« Ilnyada et avant qu'on eût appris la victoire de Maypo. La province de Menduza était inondée de tamilles chiliennes qui fuyaient devant la domination des malistesjnnsieurs d'entre elles étaient alliées ou unies par les liens de l'amitié aux frères Carréra , et il était a craindre qu'elles n'entreprissent quelque coup de main en faveur des prison* niers; circonstance qui détermina San* Martin à envoyer à Mendoza son secrétaire intime', Bernardo Moateagudo.
Cet homme , appartenant à la race dei zambi {*) , semblait né pour le crime; là était son élément , là était son existence. Actif, rusé et ambitieux , il devait parvenir un jour aux premiers emplois , s'y maintenir à force de bassesses , et en tomber à force de prévarications.
Monteagudo pressa vivement le procès des deux Carréra; mais il fallait de graves motifs pour amener le dée nonement qu'il venait imposer à cetthonteuse proicdure. En conséquence, Juan-Jose fut accusé d'avoir assassiné »
(*) Le xamho est iim da VtnSm de Vt^lt «vee rAaiériettO»
en 18(4, le fils d'un maître de poste; mais ce crime, qui d'ailleurs ne put pas être prouvé, ne compromettait qu'un seul des prisoanîen dont on voulait la téte. L*astudeux Monteagudo chercha donc à ourdir une nieilleure trame. Des émissaires à ses
Sajies s'insinuèrent dans la conUance es Carréra, et leur proposèrent un plan d'évasion. Ces malheureux tombèrent dans le piège, et devinrent ainsi les victimes de leur propre crédulité. Trahis par ceux niéinedont ils avaient accueilli les propositions , ils lurent traduits « le
10 mars (1SI8), devant une commission composée de trois membres, parmi lesquels figurait Monteagudo.
C'était au gouverneur Luxuriago qu'était due la nomination de ce tribunal exceptionnel. L inforniation dnra jusqu'au ë du mois d avril ; ce juur-la, la sentence fut prononcée, et on ne laissa aux condamnés que deux heures ponr se préparer à la mort. I n délai qu'ils sollicitèrent, pour avoir le temps de mettre ordre a leurs alïaires , ne fut pas accordé. La sentence avait été prononcée à trois heures de i apres-midi , et cinq heures les deux frères marchaient au supplice. Les habitants de Blendoza, ne pouvant croire à cet excès dMnfamie, s'en indignaient publiquement. Aussi l'autorité crut -elle devoir j)rendrc des précautions extraordinaires pour prévenir un mouvement en faveur des Carréra. Juan-Jfisé, l*aîné des deux frères , moutrait une grande exaspération , et s'emportait en invectives contre le gouverneur Luxuriago; mais Luis, qui ne cessa pas de donner des-preuves d'un sang* froid héroïque, parvint à le calmer;
11 réussit également à lui faire accepter les consolations d'un prêtre; puis ils marchèrent au supfilice en se tenant embrassés. Arrivés au lieu désigné pour Texéention , Luis donna son mouchoir a rotiicier qui commandait le détachement, le priant de le remettre à sn famille , et de lui dire que tous deux étaient morts en j ensant à elle. Le signal fut donné, et les deux frères périrent |)endant qu'ils se donnaient on dernier adieu.
5* Livraison, (Cjijli.)
Quand on apprit cette nouvelle à Santiago , le général S n-Martin s'empressa de faire remettre au père des deux victimes on état des dépenses 0^
casionnées par cette procédure et par
l'exécution qui s'en était suivie, le sommant de payer immédiatement, sous peine d'être conduit en prison.
Le vénérable vieillard, dit un témoin diizne de foi, paya cette ainefide ds sang , et expira deux jours après !
José-Miguel était encore dans la province d*Rntre-Rios quand il apprit CCS tristes événements , ainsi que rarres* tation de dona Mercédès, sa femme, et de dona Xaviera, sa sœur. Il lança aussitôt l'énergique proclamation qu*on va lire :
Ju peuple du Chili,
« Vos destinées sont fixées... Écou* « tez !... Le Chili sera une colonie de « Ruénos-Ayres , comme il le fut de
« l'Kspagne* en d'antres temps; son « connnerce, son industrie, seront cir- « conscrits dans les limites que fixeront « les intérêts particuliers de la iiou- « velle métropole. Du sein de cette « métropole l'on verra «ïortir des gou- « verneurs pour ses provinces, des ■ magistrats pour ses peuples , des gé- « néraux pour ses armées et pour ses o frontières. Ses contributions seront « basées sur les besoins de cette pnis- K sance ambitieuse. L'indépendance de « l'Amérique doit être dirigée par bi « main hal)i!e d'une aristocratie in- « flexible. Les Portenos (*) au Chili , « les Chiliens à Buénos-Ayres soutien- « dront ce système , et en seront alter- • nativement les instruments et les « victimes. L'expédition de Lima fera « couler le sang chilien , tandis que les « satellites de Buénos-A vres conserve- « root la conquête du Chili par la ter* « reur.
n Buénos-Ayres deviendra une autre « Rome, en gafrnant des batailles par « des chefs inittes dans le grand mys- «t tère de sa politique ; de cette capi* K taie émaneront les décrets qui gou-
(*) Nom qu'on donne aux liabilaob de Boéoos-ATrêi.
« verncront le continent méridional.
« Ce projet n'est bI ditUciie ui injuste,
• puisque les prfndpes immuabMt de « la raison et de la nature déléguèrent
« leurs droits à la politique. Respec- « tant les préjuges du peuple, Haltant « ses caprices , caressant son or;^ueil,
• les PorteAOSOommenceront à régner «par la force, v\ maintiendront HJiir « pouvoir pnr l'habitude, laissant au « ten)ps a légititner leurs usurpations. « Si quelqu'un se présente et ciMsrche « par rénergie de son caractère à tra- « verser ce projet, il périra chargé des « apj)arenres <iii crime qui, dans IVs- K prit de la multitude, toujours cré-
• dule, fanatique et superstitieuse, «justifie les attentats.
n Voyez » (Uîiliens , le sort que le « club aristocratique de Bucnos-Ay/es « VOUS prépare. Du sein de cette' as- « sociatiott ténébreuse de tyrans, est « sortie ta sentence des Carrera , mes « Ireres , vos amis , vos compatriotes, « les défenseurs de la liberté et de leur
• patrie.
«« Le Chili est destiné à former un « des grands États de la confédération V du Sud par sa position physique et « géographique, sa situation politique « et morale, sa r^^esse, son indus- « trie et sa population import;uUe (jui « s'élève au-<lessus d'un million d'àmcs;, «Cette vérité ne peut être probleuia- « tique aux yeux des nations libres et « illustres; et Ton ne peut qualifier a de crime le désir de voir arriver a bientôt cette époque heureuse qui in- «téresse le monde entier et rAmért- «que en particulier. Mais les passions « ne calculent pas. I < s ;ii istorrates de « Buenos -Ayres veulent étouffer les « vœux de la nature en vous rendant « esclaves ; ils viennent d^assassiner « avec barbarie deux de vos illustres « compatriotes , dont votre amitié est «le seul crime, ils périrent, parce «que leur mérite, leur patriotisme les «élevèrent dans votre opinion. Ah!
« trop tôt ils seront suivis sur Techa- « faud par ceux (iiii oseront ()rofercr « les mots de Uoerlé et û liidépen-
• tUmce!
• Ht vojfez-Tous pas déjà le gouver-
0 nement des provinces se rf^partir « entre les Cîmdidats de l'aristocratie, «.et rarmée auxiliaire , stationnée sur « votre territoire, dévorant vos res-
« sources pour enrichir vos opprei»
«seurs.' Ne voyez-vous pas vos cam- « patriotes, arraches du sein de leurs « cliaumières, des bras de leurs pa* « rrnts, pour soutenir de leur sang le « pouvoir (les tyrafis sur les rives de « la Plata.' ÎSe vovez-vous pas vos frères « expatriés et jetés dans les mines de « Mendoza, comme de vils condam- « nés ? Ne voyez-vous pas , enfin , l'exé- « cution atrocedes Carrera, qui désho- « nore la nation au milieu de ses « triomphes P
« Atterrés par leurs propres cons- « cienres, les assassins cherchèrent à « colorer leur crime, en nommant une « commission de docteurs des Provin- « ces-linies, vendus au pouvoir et à la n flatterie, étant sdrs qu'ils sou«;erf- « raientà la senlencequ'ils recevraient « toute tracée des mains de San-Martin « et d*0*Higgins.
« Les Carréra furent exécutés dans a l'espace de deux heures , sans ^tre a juges, sans que Ton respectât Tin- « violabilité d*un territoire étranger.
« Telle a été dans tous les temps, ima a tous les lieux, la conduite des ty- 0 rans. »
«Le célèbre démocrate, l'auteur « du Journal de Buénos- Ayres , intt- « tu le : Martyrs ou //6reA', "Bernardo a iSIonteasudo , fut le conducteur de « cette trame , et l'un des docteurs in- « fômes de cette commission militaire.
« Il descendra i la postérité avec le « caractère des assassins. Ne reconn naissez-vous pas dans O'Higjiïins et « ^an-Martin, ces traits iKirbares et « féroces des Morille et de Moralèa « qui inondèrent de sang les campa- <t g nés fertiles de Caraocas et de fio* « gota.
« Qn*attendc]s-vous , Chiliens , pour « secouer le joug pesant sous lequel « vos libérateurs prétendent vous faire « plier au ^re de leurs caprices ambia tieux? tlxaminez les événements, et « surtout le sacrifice cruel des Carréra, « 91e ne purent empéciier ni ks lar-
Digiii^eu by Coo^l
CHILI
« mes d'une famine illustre, ni les rs*
« grets du Chili , ni les cris de lUiuma- « nite, ni la voix impuissante de la «Justice et des lois. Dans cet acte de «férocité, vous lin» votre sentence I « Les meilleurs cUotjent ùroiU à ta « tombe un à un ; Us mourront a^ec
• la rolritr des prcinims vîctftnes.
• On sait par des rapports que les pa- « triotes iuan-José et Luis de Car- « réra marchèrent à Téchafaud , où ils « devaient mourir, avec un courape « qui augnu'nte encore l'éclat de leur «vertu. Jusqu'au dernier soupir ils « vécurent pour honorer leur patrie.
« On fera le procès aux exécuteurs « de cette sentence criminelle pour « calmer Topinion. Le peuple .corn- « mencera a douter du crime ; les « t>Tans demenreront triomphants, et « la p itrte restera dans les chaînes. « Saiiîa-Ké, sans secours, se soutient « contre les efforts du despotisme ; et « vous, avec le pouvoir, vous restez « dans Papathie des esclaves, pour deft venir la fable des nations et Toppro-
• bre de nos descendants.
« Non , ClilKens , non, votre earac* « tère est trop bien connu pour que « l'on puisse douter de vos sentiments. « J/outraiie fait ou sang des Carrera, a à la nation entière , allumera votre «juste indignation; et la famille et « le^ amis (jui pleurent aujourd'hui sur « leur sépulture , béniront Ufisacrilice « qui consolidera pour jamais Tindé- < pendanoe de la patrie sur les débris « de ses barbares oppresseurs. »
Carrera partit ensuite, plongedans un sombre desespoir et méditant la plus juste comme la plus éclatante des ven« geanoes. Il parvint à pénétrer dans les provinces méridionales du Chili , où il s'associa à ce même Rénavidèsque nous venons de voir échapper àla mort d une façon presque miraculeuse. Ces deux diefs , a la téte de cinq cents hommes environ, firent pendant plus de trois années une tiucrre cruelle aux «iénéraux indépendants; ie san^ fut ainsi vengé par le sang. Vaincu enfin le 81 aodt 1821 , à la puiifa (kl MédanOy José- Miiîuel et ses officiers furent traînés à Meudoza, dont le gouverueur les tit
tous Mller. Les iMomti «t \m soiIs
de Canréra , bannis ou jetés en jurisoilt
ne furent amnistiés qu au moisdesep»
tembre 16T2. Telle fut, dans ce conflit des passions politiques, la triste destinée de la femilleCarréra ! Riche, puis^ santé, nombreuse et considérée, elle r«na un instant Qu'elle donnait un roi au Chili ; puis, elle se vît assaillie par des revers si grands , qu'elle mérita la pitié de ceux même dont elle avait ex* cité l'envie (*). Réna vidés avait précédé Carrera dans la tombe. Cet audacieux partisan s'était couvert de crimes; il avait même exercé la piraterie, fit enlevé plusieurs navires an-
filais ou anîéricains. Il' fut pris entin à a Conception. Conduit a Santiago et condamné à OMirt, il fut pendu b 9t février 1832.
Assassinat db MAi'rtrEL Rodrt- GiJKz. De tous les fauteurs de l'insurrection , il n'en était point de plus populaire que le chef des guérillas, Manuel Rodriguez. Sa bravoure chevaleresque, ses manières nobles et distinguées, et raménité de son ca»
ractère, le rendaient également dter aux patriotes du Chili , et odieux aux agents de lUiénos- Ayres. Cette popularité contrariait surtout les projets, et liumiliait l'orgueil de 8an-Klartin , qui se détermina à le faire périr. Il I accusa de conspirer contre la liberté, et l'ayant fait charger deciiaines, il donna l'ordre de le conduire dans les prisons de Quillota. Un Keutenant et dtttX soldats du bataillon deschasseurs des Andes le tr;M'nèrent sur la grande route avec une brutalité inouïe. L'infortuné leur demanda la permission de passer la mrit dans une maison qui se trouvait sur le bord du chemin^ mais les sicaires n'avaient garde de lui faire cette concession. A minuit ils l'assassinèrent, et rensevelirent aveo précipitation; puis ils s'enfuirent sur une autre route, et, traversant la Cor*
(*) Journal of a resi:lence in Chili during ihe year tSaa, etc. , by Maria Grahàm, (uvtT un ap|>endice coulenaiit une Notice dclaillcf sur les Carrera, pnr !\î. Y.ilrs), iu-4. Londoii, 1824; et auUvs déjà cités*
L'UîiIV£KS
diOère, ils sé rendirent i San-Luis de
la Punta. Ils avaient, \m\r le gouverneur de cette ville , des lettres de recommandation de San-Martin.
Ce forfait répandit la oonstematioii dans tout le Chili; mais Pattention publique fut l)irnt(5t détournée par d'autres événements.
Massacri des prisonniebs espagnols A San-Luis. On se rappelle qu'après la victoHc de Maypn, les officiers espaiînols tonibes ;iu pouvoir des indépendants avaient ete conduits à San*Lui8 de la Punta. Dans la nuit du 7 février 1818, les prisonniers jouaient aux cartes avec don Virente l)upuy, jgouverneur de la forteresse.
Cet officier, ayant perdu son argent, eut une vive altercation avec l'un des captifs; on dit u]t'inr (jup dans h cha- Irur de la dispute, il reçut un soufflet. 11 sortit aussitôt, eu criant mie les Ooths (c'est ainsi que les Inoigènes désignaient les Espagnols) avaient voulu l'assassiner, et demandant secours et vengeance. La garde et la populace, que le tumulte avait ameutés, se précipitèrent dans la prison , et massacrèrent six officiers, parmi lesquels se trouva le gênerai Ordunez.
Dupuy tua le colonel Morgado de ses propres mains. Le colonel Primo, voyant qu'il n'y avait aucim espoir d'échapper à ces forcenés, se brilla la cervelle. Quarante Espagnols furent, en outre, égorgés dans les rues de »' ville, et, des ofliciers qui étaient alors détenus h San- Lins , il ne s'en échappa que deux. A la suite de cet événement, Dupuy f(jt créé colonel-major et membre de la Légion du mérite du Chili.
Cependant, à quehjue temps de là, il fut mis en accusation par le gouvernement de l>uenos-Ayres comme uréyenu de plusieurs assassinats. Il se justifia en alléguant les ordres de San-Martin , et à l'appui de cette défense, il produisit plusieurs docuaienls d^une haute importance. On y remarquait, entre autres pièces, un ordre écrit de la iu:\\u <le San-Martin, et conçu en ces termes : « 11 passera par « San-Luis; il est porteur d'un passe> « port qut jc lui ai délivré. Aecevez4e
« bien, mais ne loi laissiez pas franchît* « la montacne nu delà de San-Luis; « promptitude et silence, cela convient « pour le bien de la patrie. » Dupuy fut exilé à la Rioja, d*o>:k, 8*étaiit échappé, il vint trouver San-Martitt au Chili , et en fut favorablement accueilli.
Le Chtlt Avjiks la bataille de BIaypo. Le désir de compléter l*hîs*
tnire dos ('arrcra, de Bodrii^uf-z et de Dupuy, nous a fait anticiper sur Tordre chronologique; mais nous allons le reprendre d la bataille de Maypo.
Les restes de l'armée vaincue se dirigèrent vers la Conception sous les ordres du Kéoéral Sanchez, tandis qu'Osorio dnerchatt àTentrer au Pérou. On était encore à Lima dans l'ivresse de la joie qu'y avaient excitée les premiers succès d Osorio, et surtout la victoire de Cancha-Ravada ; les Te Deum et les salves d*artillerie se succédaient sans interruption, et, dans les discours tenus en chaire ou sur la place publique, Osorio était compare aux héros de Tantiquité, et aux demi-dieux de la Fable, lorsque, le f mai mis, à 10 heures du soir, une chaise de poste amena ee général, naguère couvert de tant de gloire, aujourd'hui vaincu et humilié. L'exaltation de la joie publique fit place subitement au deuil et a la stupeur.
Du coté des indépendants, c'était un autre spectacle; la nouvelle de la victoire, répandue avec rapidité sur tous les poifi's, releva stdiitcnient le courage abattu des patriotes, et lit succétler l'orgueil et l'ivresse lià où l'on ne voyait que tristesse et terreur. San- Martin quitta le Chili pour se rendre à iMendoza et a Huenos-Ayres , où l'attendaient de nouvelles ovations. Lne feuille publique de Buénos-Ayres raconta en ces termes le retour du vainqueur de iMavpo : « l e lundi 11 « de mai, à quatre heures du matin, « le général San-iMartin est entré dans « cette capitale, de retour de sa glon rieuse campagne. Sa modestie a « échappe aux honneurs que ses eonci- « toyens reconnaissants se liroposaient «4e' rendre au sauveur ae la patrie,
CHILI
« pour exprimer les sentiments dont
c ils étaient pénétrés. Des arcs de « triomphe, des transparents, des vers, « m pfisriaient que faiblement l'allé- « gresse publique-, elle était j>einte sur «tous les visages; elle existait dans « tous les cœurs : é'est la plus douce, « la plirs lionorable récompense d'un « véritable fils de la liberté. Mais si « le général San-Martin échappe aux « hommages , aux honneurs qui lu!
« étaient dils , il ne peut se soustraire « à la iirititnde nationale, dont il a « re^u dus tiiarqucs non équivoques. »
Au mois de juin, San-Martin était de retour à S'intiago, où il s'occupa sérieusement des moyens d'achever rexpulslon des Espagnols du soi de la république. Par ses ordres, Balcarsel marcha sur la Conception et Talcahuano. A son npproche, le fjénéral royaliste Snncliez évacua ces deux places, après les avoir dépouillées de tous les obi«>ts précieux qu il put emporter avec lui, tels que l'argenterie et les ornements des églises. Les religieuses de la Conception, craignant de tomber entre les mains des patriotes, désertèrent leurs cloîtres pour suivre l'armée royale. Ces malheureuses femmes furent ensuite abandonnées à Tuca|jel , oà elles vécurent lon^^mps parmi les Indiens , résistant a toutes les solliritntions qrii leur furent fnites de la part des indépendants pour rentrer a la Conception ; car, dans leur pieuse erreur, elles auraient cru offenser Dieu en trahissant la cause du roi d'Kspairne.
(^HKATION d'une Kl ARINF. DE GUER-
se; lord CocHRA^iE. Cependant le ChiK était parvenu, dès la fin de l'année 1818, à organiser une escadre.
Elle se composait, 1" de deux vaisseaux de la compagnie des Indes, \eCumberland et le f^yndham , adietés parles agents chiliens en Angleterre avec les deniers provenant des souscriptions ouvertes à Santiago, et des emprunts contractés par les indépendants avec les négociants anglais établis au Chili; le Cumberland prit le nom de San- Martin, et le lyyndJiam ct\m de Lait' tai Q, Le premier portait soixante-qua-
tre pièces de canon , le second en avait quarante-quatre; 2' du Chacabuco, brick américain de vingt-deux pièces; 3* de r fî'ai/ccmo, brick de seize; 4" du brick Ga/^an/io de dix-huit çanons, cédé au Chili par le capitaine Guise, ancien officier de la marine anglaise; 5" du brick le f'uijrrdon de quatorze canons , qui avait ete le premier bâtiment de guerre possédé par les Indé« pendants.
Les officiers àc l'escadre étaient, pour la plupart, des créoles chiliens , ou des Anglais, sous le commandement en chef de don Manuel Blanco, qui avait servi dans la marine espagnole, mais avec le simple grade d'enseigne de vaisseau. Les équipages se composaient de créoles et d^etrangers de toutes les nations. Le premier engagement eut lieu le 27 avril 1818 entre le I aiitnro, commandé par Georges O'Bricu, lieutenant de la marine amçlaise, et la frégate espagnole l'i?*^ viéralda qui bloquait leportde Vulparniso, A la suite de ce combat, la frégate espagnole et le brick de la même nation Pézvéla firent voile pour Callao. Au mois d'octobre suivant, l'amiral Blanco s'empara , dans les eaux de Talcahuano, de la frégate la MariO'/sabella j de cinquante canons, qui prit le nom &0*Higqln9. Après ce succès, on vit accourir sous les drapeaux de l'indépendance plusieurs officiers expérimentés, don Francisco Diaz, Vasquez, Wilkinson, Morris, Worscester et autres. L'escadre se composait alors de sept bâtiments portant deux cent vingt-huit pièces de canon , indépendamment de plusieurs petits corsaires et de quelques navires servant de transport. Mais, à la téte d'une armée ainsi composée d'éléments hétérogènes, il fallait un amiral plus habile et plus connu nue Blanco, brava et bon officier d'ailleurs, mais [leu en état de diriger les opérations d'une flotte. Sous cie rapport, l'anxiété du Chili ne fut pas de lon^pie durée; lord Cochrane arriva à Val^raiso le 18 no« vemhre, et fut accueilli par tout ce que la réjuiblique comptait de [)atriotes, avec des transports de joie qui
tenaient du délire (*). îl prit aussitôt le commandement suprême des forces navales du Ciuii, et son pavillon fut bissé, le 33 décembre, au grand mdt de U firégate VO^Uigifint (**).
(*) T>e port et la rade de Valparaiw «ont loin d'olTrir aux navires les mêmes avanta>
Cl de téralé que le pmt de Valdtvia et la le de Talcabuano; mais une pciitiim plus centrale, et siir1<tiil le voisinai^e Ho la ca|»itale* détenuineTeiti Cochraue à choisir Valperaiae comme point de alation.
Nous dormons nux pl. 17 et tS des TOet de la vdie et de la rade de Valparaiso.
(*•) LordCorhranc (Al<-xandn--Thomas), comte de Dundonald, naquit (en Éco^se?) le «7 déeemlira 1775, d*MQe tlliiairR fiinfllé
écossaise dont le nom originaire claii Rtair. Il entra dans h ntnrini» sons les aus|iire« de son ourle iauural Alexandre Forsler (lo-
chrane. Son intrépidité le fit bientôt distinguer, et, dans le coiirant de l'année iSu3 , il euleva aiu F^paguoU et aux Fran^ib plus de I90 ranons et de 5oo pri«onnim. De retour en Angleterre, il se jeta dans le parti populaire, et fut t lu nn'iiihre de la rlciinhre des rommunes, pour Wt-slmiruler. Ku i8u6, il reçut le oomnuindenieiit dVine earadre , et croisa sur les côtes d'Kspagne. Fn 1^09, se trouvant près de Roohefort avec l'.uuiral (familier, il conçut le projet de détruire la lloile françaiae au moyen d'une machine infern df formée de i5oo tonneaux de poudre, 3oo olu» et aooo prru.idcs. (kichrane, qui s'était chaire de conduire lui-niéute cette nmnidalile hauerie au milieu des vaisseaux fratir.tis. rounit les | lus !;r.in(i> dang«'rs, et ne réussit pas dans Min entreprise. Mais dans le oomlMt qui sui\il, les Français |>erdirent trma vaisseaux de ligne. Rentré en A ii2;'»''erre , il sié^'ca au p.u'lrnirtil J.ins les rangs de rop|>osition , s'orcupant à la foii de polilHjue , de sciences el de spécula* l^ns financières. En 181 3, il obtint deux brevets d'invention po!ir l échiraj^e public. Vem la même époque, il lut accusé de complicité avee quelques êtœk-johken , qui avaient obtenu une hausse subite dans les fonds pnl) irs à l'aide d'un courrier qui antuinça la prétendue mort de Napoléon.
Codiranc fut nondamné à 1000 liv. stcrt d'amende, à un an de prison et à l'exposition au pilori, la peine du carcan lui fut raniae. Ea|Hjisé de la cliambre des commn- ^1 4 k Bqlorilé d« v«U , il Alt rédv |iv
PJOU^TXLF.S OPERATIONS CONTRB
LES noYALihTEs. Balcarsel, à qui San-RIarttn avait oonflé le soie de
poursuivre les débris de l'armée royale, pénétra d iiis riiilérieiir de l'Araucanie, à la suite des Ks[i.i;;nols qiip -inidait le général Saiicbez. Celui-ci comptait sur ralltance des Araucans; mais Balcarsel fit sa paix avec ces Indiens, entra le 18 jnnvier IHl'O dans Li ville de los Angeles, battit les Espagnols en diverses rencontres, et leur accorda une capituintion par suite de laquelle il se trouvait maître de toul le pays, à rcvrrpf loii (If \ aldivia et de l'archipel de Cliiluc, derniers refuges des royalistes. Cinq cents hommes seulement de Tartnée de Sancbez parvinrent à gagner Valdivia.
PitP.MIRKE EXPÉDITION DE LOBD
Cocu AA ME. Pendant que l'armée de terre complétait ainsi les succès qu*elle
avait obtenus à Cliarabncoetà Maypo, Cochrane disposait tout pour assurer aux Ciiiliens ia liberté de la navigation. 1^ é^iui pages de son escadre, noua l'avons déjà dit, se composaient d'étr:ir)£rer5^ (If diverses nations, et c'était une rude tàclie que celle d'entretenir dans cette année la bonne harmonie et ia sulmrdination; aussi ramiral se vit-il, dès les premiers temps de son arrivée au Cliili, abreuve de dé:;oilts et d'eunuis par suite des tracasseries
les élerfeon de Westminster. An mois do
mar<; iSi5, il s'celia[ipa île la (irisou du banc du roi et voulut siéger parmi les rcprcsenlanls; mais le martVIial de la prison vint le réclamer et le ramena avec lui. Il ne fi.t mis m liberté «pi'eu iHiA, où il rej rit avec plus d'auimositc que jamau «ou rùle d'opposition dans la cbaudire des communes.
En tfïr7, ramené ati ser^-ioe de la marine par ses goûts el ses chagrius, niais re. poussé de' celle de son fms, il jetn les yeux sur TAniéritpie espaf^nole , et fil publier un avis portant qu'il offtait à quieoiupie voudrait lui prêter dix nulle livres sterl., somme dont il avait liesoin pour se rendre dans le nodve.tn tnriude, l'hypothèque de ses propriétés en Angleterre. Les envoyés du Cbili le trouvèrent dans cette disposition et l'earàlcreotaousie dga|wau de caO» rqMibliqtifc
sans cesse rpnnîscantes qu(»luî cousait la jalousie de ses subordonnas, et Divine de ses compatriotes. Le IG jaii- 'vier 1819, lord Cktchrane quitta le port de Val|)araiso avec une escadre de cinq voiles, savoir : In frégate O'fliggifis Dortant le pavillon amiral, le San'InarUUf le Laufaro, le Calnarino et le Chacabuco (•). Otte divlsion parut devant Callao le 25 du même mois, au moment où le vire- roi se promenait dans ia baie, a bord du brick de guerre le Pézuéia, Les forces nayales des royalistes se composaient, indépeiuJaniniciit de ce bâtiment, des fréjiates ïlismérahia et la / enoaiiM^, du Drick le Maypo et de sept barques canonnières. A la vue de Tescadre chilienne, le PézuéJa se retira précipitamment sous les batteries de la rade OÙ fl Ait suivi uar \'(yjJi^gins. Une Tive canonnades^engagea bientôt, mais elle n'eut aucun résultat. Le 28, une attaque générale eut lieu contre la ilotte royale, et amena la prise de deux ctiaLtupes canonnières. Lord Coclirnne nnrllt ensuite pour Huacho avec VO tlkj(jlns et le Calrarhw^ laissant le reste de la division devant Callao, sous les ordres ducotitre-amiral Blanco. Cetui-ei leva le blocus au bout de quelques jours, et opéra son retojir à Valparaiso, où il se vit traduit devant une cour martiale pour avoir abandonné son poste. Il fut pourtant acquitté. Lord Codirane toucha successivement a Huacho, à la Barranca, à Charmey et Huambaco ; il débarqua plusieurs fois pour se procurer des ▼ivres, ayant soin de payer scrupu* îedseinent tout ce qu'il recevait des Indiens. An mois de Juin suivant, il • revint a \ alparuiso.
SKCONDB BXPSDITIOlf SUB t,E8 TES i>u PÉROU. Le gouvernement chilien oiit d'autant j)lus d'ardeur à
^) Les défaits plus cirroastancics des opérationa de Tcscadre diîKenne sur les edtei
Hii iVroit , appartirniiftjl à riiislnjre de cellu dciiHcre coiili-ée; mais ndiis vu donnons ici une analyse siifltàaiiic pour compiéter l«t laiU qui apputifliiMm au CliilL
[LL fi
préparer une seconde expédition contre le Pérou, qu'il avait reçu l'avis u'une division composée des vaisseaux Alexandre et le Saint •Klnie, de la fréçate la Pnœbay et de quelques petits bâtiments , était préfe à sortir de Cadix en destination (xmr l'océan PaciQ-
3ue. L'escadre chilienne fut renforcée e trois bâtiments, V/ndependencUi, construite aux États-Unis Ja f'I^^brto et la Aeresanaj deux vaisseaux marchands propres à être convertis en brûlots. On lit en outre oonfectionner une oertaine quantité de fusées à la Congrève qu'on répartit sur les divers bâtiineuts de l'escadre. Le départ eut Heu le n septembre, et larrivéede* vant Callao le 28 du mime mois. Les 1", 2 , 3 et 4 octobre, les deux partis te canonnèrcnt vivement sans se causer" de grands dommages. Les fusées a la Gongrève avaient été mal confectionnées , et elles ne produisirent aucun effet. Le .S, la frégate la Pinieba, qui faisait partie de l'escadre de Cadix, fut aperçue sous le veut. Lord Cociiraue essaya vainement de Pempéeber de rallier la division espne;noie; mais il apprit le même jour que le vaisseau V Alexandre était retourne en fclspa* gne, et que le 5alii/*£'Afies*était perdu au cap Horn. Après avoir insulté les eûtes du Pérou, enlevé le forf la ville de Pisco, et capturé plusieurs navires marchands, raiiiiral nut a la voile le 21 décembre, pour opérer son retour au Chili. Il fit prendre les devants h l'escadre, en annonçant que VO'Higgins ne tarderait pas à la rejoindre dans le port de Valparaiso.
ExpÉonroN contre Valdivia..
liOrd Coclirane, ayant appris qu'un vaisseau de guerre espagnol était arrivé à Valdivia, conçut le projet de s'en emparer. Arrivé à la hauteur de Juan-Fernanflez, il cTonna ordre de £aire voile pour les crîtes du sud, et arriva devant Valdivia le 17 janvier 1820. Il y entra lui-même (Tans sa chalcfj[)e pour vérifier l'exactitude du rapport (jui lui avait été fait. Valdivia est ie (iibraltardel Amcriquedu Sud; «m emptoflament oocupe la pointe