M L*UN
queote éUAihd-yaut et lonqoe leur iorprifle était particalièrement excitée
par qneîqiit^ objet plus remarquable que les autres, ils prononçaient plusieurs fois de suite la première syllabe tvee une rapidité et uiie empiiase étonnante ; ils étendaient en même temps les bras, et se regardaient les uns les autres , la bouche ouverte , comme hors d'haleine « et avec un air de consternation.
Ne se figurant pas la pesanteur des gros morceaux de bois, deux d'entre eux saisirent un màt de réserve dans l'intention de l'emporter, et furent très-honteux de ne pouvoir seulement le soulever, l'n autre, eftVnyé par les grognements <i'un eoolion des îles Shetland , voulut s'entuir du vaisseau, et, en ae retournant, il essap dVmporter Tendumedu forgeron. Voyant qu'il ne pouvait en venir à bout, et qu'il était l'objet de la risée générale, il s'empara du plus grand des marteaux , le jeta sur la ^tace, et, descendant prestement du navire , le plaça d'un air déterminé sur son traîneau et s'éloigna.
l.es grimaces des Esquimaux furent surtout très-comiques quand ils se virent dans un miroir concave. Après s'y être regardés, ils couraient derrière dans l'espoir d y trouver le monstre qui exagérait leurs .traits et leurs gestes. Un ofGcler mit une montre ' contre Toreille de lun d'eux, qui, supposant qu'elle eiait vivante, demanda si elle était boime à manger.
Pendant ce temps , un troisième se trouvant près des éooutilles, se baissa et aperçut le sergent de marine , dont l'uniforme rouge lui arracha un fieiyau formidable; tandis que ses grimaces et son accouU't'inent n'excitaient pas moins la gaieté des matelots , qui , grâce h sa position penchée, découvrirent, pour la première fois, certaines particularités inattendues dans le costume de ces naturels.
Deux jours après , d'autres Esquimaux vinrent à bord de V/scbelle^ et donnèrent aux Ani,''ais une noinellt^ représentation de la comédie dont ils avaient été témoins à la première en* t|refue« L«f ofUcien essayèrent d^ dé-
couvrir s*ils connaissaient quelques amusements, tels que la danse ou la
musique, et, après quelques diffif;ultés, ils parvinrent a décider deux des indigènes à leur donner un échantillon de leur danse. L*un commença aussitôt à se disloquer la 6^re et h tourner les yeux d'une manière qui ressemblait si exactement aux convulsions d'une personne qui éprouve u/ie attaque d cpilepsie, que, persuadé que l'Esquimau avait en effet une atteinte de cette maladie, le capitaine était sur le point d'ap))eler le chirurgien. Mais il fut bientôt détrompé, car le naturel se mit à faire successivement une foule de gestes extraordinaires et à prendre les attitudes les plus bizarres , tandis qu'en même temps il faisait les contorsions les plus hideuses. Il n'épargnait pas les allusions indécentes ({tii for* ment une partie essentielle de la drfn?;e de |)lusieurs nations. Son corps était généralement courbé en avant , et sc:> mains étaient placées sur ses genoux.
Au bout de quelques minutes , il se mit à chanter aninak-ai/u/i ! et presque immédiatement après, son compagnon, qui jusqu'alors l'avait regardé en silence, commença , comme s'il se sentaitinspiré,àgrimaeer et à imiterles poses libidineuses du premier, lis chantèrent ensuite en chœur hei-uau, hei' yau, et, aurès avoir psalmodie ces mots I)endant oix minutes avec une énergie toujours croissante , ils changèrent tout h coup de mouvement, et crièrent d'une voix perçante et avec une grande rapidité, wUue! toihte! Ils s^approchèrent alors Tun de l'autre, faisant glisser un pied en avant, fais.mt d'horribles grimaces et s'agitant prodigieusement , jusqu'à ce que leurs nez vinssent à se toucher, et alors un éclat de rire sauvage termina cette danse extraordinaire. liiSf bis, cria t-on aussitôt de toutes parts ; et lorsque Sachboiise leur eut expliqué ce que signifiait ce mot , ils se prCtèrent de la meilleure gr.lce du n>onde aux désirs de la coml>agnie, et reeonimencèrentleursgestes et leurs contorsions.
Le capitaine eut ensuite une codvmattoo avec des donfevn.
RÉGIOiSS CIRCOMPOLAIRES.
Comme i! lui reprochait de n*avoir pas niiiené Sii femme, l'Esquimau demanda vivement si la nation européenne se composait uniquement d'hommes. Le capitaÎDe lui montra un portrait de mistress Ross. Ils le regardèrent tous avec la plus grande surprise, et parurent croire , pendant quelque temps, que rimage qu'ils voyaient était vivante. Bientôt une idée soudaine parut les frapper ; s'imâginant que les femmes étaient dans l'autre vaisseau , ils se dirigèrent tous vers V Alexandre,
3ui était amarré le long de la glace, à eux cents ynrd%de l'Iêabelle; mais ils ne tardèrent pas à revenir, fort consternés d'avoir été trompés dans leur attente.
Nous nous abstiendrons de citer les renseignements que donnent le capi-
taineliossetle capitaine Sabine, imaes officiers les plus distingués de i expédition, sur le physique et les mœurs de cette tribu d^Esquimaux. Ces indigènes ne différent pas assez sur ces deux points des autres peuples de ces contrées, pour mériter qu'on trace d'eux un portrait détaillé.
Quittons ees bonnes gens , et soivons nos voyageurs dans leur péril*
leuse exploration.
Sur un point du rivage situé plus au nord , les Anglais furent frappés d'un spectacle étrange : dans une étendue de près de douze milles , la neige qui tapissait le Uanc des montagnes, était couverte de larges taches d*un rouge foncé, semblables à du sang. Ils voulurent s'expliquer ce phénomène, et descendirent tout exprès à terre. Mais l'examen attentif de la neige colorée ne leur apprit rien. Ils recueillirent alors une certaine quantité de cette neigr, qtii se convertit bientôt en une eau brune , en déposant un sédiment terreux et rougeâtre.. Jusqu'au retour des deux navires en Angleterre on fit une foule de conjectures sur la cause de ce fait ; on l'attribuait au nickel et au ter météoriuue trouvé dans cette contrée; mais enfin Tanalyse prouva que cette belle couleur rouge était due aux ex* eréments des oiseaux aquatiques.
Après avoir erre plusieurs jouis dans le fond de la baie de BaffiOi V Alexandre et ^Isabelle se trouvèrent, le 30 août, vis-à-vis le détroit de Lancastre. Gomme cette ouverture «
filus de cinquante milles de large, de a pointe sud à la pointe nord , et que le soudaine donnait sept cent cinquante brasses , les Anglais crurent avoir trouvé le passage au nord-ouest; mais ils ne tardèrent pas à être désabusés en apercevant la terre après une marche de dix lieues dans le dé- * troit.
Le capitaine Ross visita le pays qui forme la pointe méridionale de l'entrée de Lancastre, et en prit possession au nom du roi d'Angleterre, li se remit en mer et aperçut plusieurs ouvertures au sud-est. Vers Iff de latitude , il rencontra la phis grande montagne de glace qu'il eut encore vue; elle avait deux milles de long et autant de large; son poids fut évalué à trente millions de tonneaux. TJn grand ours blanc, placé sur le sommet de cette île flottante, voyant les Anglais s'avancer pour l'attaquer , se priécipita dans la mer d'une hauteur de plus de daquante pieds.
L'expédition rétrograda , examina les cdtes jusqu'au cap Walsiogliam, dans nie de CumberlaiMl, et revint en Angleterre sans avoir pcrau an seul homme. Le passage en question n'avait pas été découvert, au grand désappointement de tous ceux qui avaient propliétisé un résultat difftrent ; mais ce voyage n'avait pas été sans fruit : le capitaine Ross avait fait le tour des côtes de la mer de Baffin, et corrigé les erreurs de ce navigateur illustre:
en second lieu, il avait ouvert au commerce UM nouvelle source de produits.
Pendant qjue V Isabelle et CÀlexan^ dre naviguaient à l'ouest du Groenland, le capitiine Bucban et le lieutenant Franklin pnrcouraient les mers dangereuses qui baignent le Spitzberg.
A plusieurs reprises , ces intrépides marins furent emprisonnés par les glaces, et n'échappièrent que par une . espèce de miracle à une destruction
LUNITEaS.
fl4
qui paraissait certaine. A peine avaientils franchi In barrière effrayante qui les séparait de la mrr libre, qu'un coup de vent impétueux les repoussa du même côté. Dans cette horrible position , il ny avait qu'an parti è {^rendre : c*était de mettre tontes voiles dehors , d'arriver hardiment sur les ties de plare, et de cherrher par la force à 8 V frayer un pussage./.a Dorothée, le plus ^radd des deux vaisseaux , prit l'initiative de cette étrange lutte; le Trfinf la suivit couraiieuspment. Ce dut être un moment d'angoisse inexprimable que celui où ils approchèrent de la redoutable barrière. Le vent avait redoublé de viol* nre, la mer élevait ses vagues furieuses jusqu'à la cime des mâts , et inondait incessamment le pont des deux navires. Enfin, l'intervalle était franchi; alors un épouvantable craquement se fît entendre au milieu du bruit de la tempête, et glaça d'effroi les cœurs les plus accoutumés aux dangers de la mer. Le combat avait commencé ; il dura plus d'une demi-heure, pendant laquelle les équipages croyaient voir, à chaque Instant, les vaisseaux s*entr'ouvrir on céder à la pression des montagnes flottantes. An bont de re temps , la Dorothée et le Trent , secondes par la force du vent, n'avaient encore avancé que de trois fois leur longueur, 6 cause de l'agglomération des g1a<^ns dans le même espace. Les Anglais se trouvèrent de nouveau enfermes au milieu de ces îles menaçantes, c^ue l'agitation des flots faisait mouvoir dans tous les sens. La JDorotkêe était si endommagée, que pour ne pas couler à fond immédiatement, tout l'équipage dut se porter aux pompes. C'en était foit de ces hommes intrépides, si l'ouragan avait continué; mais le leiidemain le vent cessa, et les glaces ouvrirent un passage aux deuxnâtiinents qui purent atteindre la baie de Smeerenberg, dans le Spitzberg. Tout le mois d'août fut employé à se radouber; enfin, le signal du retour dans la patrie fut donne en septembre , et, le 10 odohre, l'expédition rentra dansmi portd'Anglfllerra.
Ce voyage , déplorable sous tant de rapports , ne servit qu'à résoudre
quelques problèmes de physique, et à lairc mieux connaître certains points des côtes du Spitzberg.
Êthmrd Parry, 1819-1820. L'a5suranoc que le capitaine Ross avait donnée de l'existence d'ime ceinture de terre au fond du détroit de Lançastre, n'avait pas convaincu les géographes, et en général toutes les personnes qui s'occupaient de la question dupassaîîe au nord-ouest. Plusieurs écrits du capitaine Sabine, qui tendaient a faire soupçonner sir John Ross de mensonge, ou tout au moins d'erreur grossière. rhaiigérent en cprtitude les doutes conçus par le public et l'amirauté.
Eu conséquence, le lieutenant Édounrd Parry, devenu capitaine, fût chargé de continuer l'œuvre commencée par John Ross, et d'aller chercher le passage à l'ouest de la mer de Baffin.
Cette nouvelle expédition n'atteignit pas le but définitif qu'on é'était proposé, mais elle amena des découvertes importantes. Les équipaj^es des navires VHécla et le Griper magnèrent la Técompense de cinq mule livres sterling, promise par le gouvernement britannique à quiconque travcrsrmt le 110" degré h l'ouest du méridien de Greenwich. lis découvrirent l'entr*^ do Prince-Régent, au sod dn détroit de Lancastre , le canal Wellington, au nord; plus loin, dans le même détroit, les îles (^ornwallis, Grifflth, Bathur>l, Byam Martin et Melville, toutes comprises SOUS là dénomination de Géor^ aie septentrionale ; enfin la terre dé Banks, sous les 74" latitude nord , ♦ t 117« de longitude, et leSommersict tl:i nord, qui forme la pointe nord-oucbt du détroit du Prince-Régent.
Les Anglais passèrent la mauvaise saison de 1819 a 1820 dans une haie de l'île Melville, nommée par eux le /fapre tTkiver. Il est intéressant de lire , dans la relation de sir Parry. les détails des distractions par lesquelles il soutint le moral de ses cornpaiinons
Sendant de longs mois de ténèbres et e température glacée. Au nombre de oes occapationst nousdteroiis,eonimo
R&GlOIiS CUICOMPOLAIRE&
I9 plaa prigioale , ridée de donner des
représentations dramatiques. En attendant que le capitaine Parry eût COMjpose une pièce de circonstance qui devait redoubler Ténergie et le courage des marins des deux navires, deux volumes de pièces de théâtre, trouvés par hasard dans la chambre d'un oflicier, furent le répertoire qui alimenta les représentations bi>mensueiles qui eurent lieu dans le Havre d'hiver. Le but du commandant fut, à ce qu'il paraît, complètement atteint. Les matelots prenaient tant de plaisir à .ce divertissement, qu'ils oubliaient toutes les misères de ce triste séjour, (Quoique dans l'espèce de théâtre où ils étaient assis, le froid fût extrêmement vif« Le capitaine Parry observe avec raison que, depuis fa naissance de l'art dramatique, c'était sans doute la première fois qu'on jouait la comédie sur un théâtre dont la température était à plus de 14* au-dessous de zéro du thermomètre Réaumur. Ce D*est pas tout: les Anglais imaginèrent encore de publier un journal hebdouiadiiire, intitulé G'a-e^/e </e la Géorgie du Nord, et Chronioue eTMver* Tous les officiers de Texpédition furent invités à prendre part à la collaboration de cette feuille , en conservant l'anonyme, et en contrefaisant leur écriture. Vingt et un numéros de la Chronique d'hiver parurent, au i;rand contentement des équipages qui s'amusaient beaucoup des plaisanteries périodiques dues à la plume des hommes d'esprit de rexpedition. La lecture de cette singulière gazette, rédigée à la clarté des aurores boréales et au milieu des ours blancs du pôle arctiaue, est bien propre en effet k dénier yhomme le plus morose (*)•
. O La guette delà Géor|p« dn Norda été
pins tard imprimée en Angleterre, et on en trouve (les extraits en français dans la coll<:(;tiun dus voyages modernes Uvdiiits de
Nous ne pouvons résister an pl.iisir de citer un exemple des spirituelles facéties aux(|uelies donna lieu rbetireuse idée dn coniaiandaot .Parry : ronnne les officiers étaiicoi Dccctwircinent oblif^ de Jouer des
De pareilles distcaetions , 901. oeuvent paraître puériles de là part drune
réunion de marins aux mœurs rudes et aux habitudes sérieuses, sont d'une absolue nécessité dans un pays où Tennui mène in&illiblement au tom»
beau. Indépendamment des effets désastreux de l'oisiveté et de l'abattetTient moral , on a remarqué que Pextréme froid exerçait une action funeste sur les fteultês jnteUectueilttk Le capi*
rôles deftiw»,enfit circuler Tavis suivant
parmi les annonces et affiches du jounial : « Ou désire trouver une femme d'un cqrtaiii âge et de bonne répntttioii, pov aider las actrices k faire leur toUeile. On lui donnera uu saUire convenable , et elle aura du thé et de la petite bicre. i>'adresser au comité du spedaeie. N, B, Uœ ^neuve aura la pr«féreiirc •>
La répon>ie ne se fit pas attendre ; en voici la traduction : « Au directeur et au co« mité du théâtre royal de la Géorgie du NoH : Messieurs, je suis veuve, j'ai 16 ans, et je puis produire des témoignage > irrécusables ae mes nieeurs et de mes talents. Mais avant dama charger de la toilette des actrices de votre spectacle, je désire savoir m elles sont dans l'usage de garder leurs culottes , et si l'on peut ne donner pour aidas quelquas ¥igoureux marins pour laosr at asim kaiii corsets. D'après cela , messieurs , vous pouvex compter sur votre servante AaiCAib BoHvnuiv. J*. s. Ne |iaarriai-vaui pas substitua* de Teau-de vie a la petite bière?»
Voici ce que le comité du grand théâtre répondit : « A misiriss Abigail Bonnemain : Ma chère dame , le eomité a reçu votre lettre
et désire infiniment s'assurer vos smircs. Il est fâché d'être obligé de vou& dire que ses actrices prétendent ne pouvoir bien remplir leurs rfties sans renoDcar entièrement aux vêtements âc l'autre sexe. Le comité espère que cette raison ne vous empêchera pas d'accepter la place. H ma charge de mus dire qu'il sera mis à votre disposition deux robustes matelots avec des merlins, des leviers et des cibles, et que la petite bière sera remplaoéa par de Peau-de-vie, mais à eo» dition qua vous a*«nt donnerez pas unesaaie goutte aux arfriccs . attendu que cette indulgence pourrait avoir des suites fâcheuses pour le spectade. J'ai l^honneor d'être, mi chère dama, etc.
••DafcAri.VMa sccrélaira.»
rtlîlIVERS.
taiae Parnr dit que plusieurs fois il a constaté dans ses matelots tous les
symptômes de Tivresse et de la stupi* (filé, et que cet état anormal était une suite de l'innuence de Pair glacé sur le cerveau. Il y a donc , du ptiy)»ique an moral, action et réaction; on conçoit dès lors qu'il soit indispensable , ious cet âpre climnt, de soigner l'esprit de i'boiuiue aussi bien que son corps.
Franklin. 18S0, 18S1. Parti des
bords de la baie d'Hudson, le capitaine Franklin , dans son premier vovage , suivit par terre la côte de l'Amérique entre la rivière de Hearne et le cap du Retour, ou Tumagain. Cette expédition hardie, acconîplie n travers mille dangers, parmi lesquels la famine n'était pas le moins redoutable, concerne lus particulièrement la géographie de Amérique anglaise, dont nous réservons les détails pour la notice consacrée au Canada et à ses dcpendnnres.
Parry. 182.1, 182!^. Dans ce second voyage , sir Edouard Parry découvrit la péninsule Melville au nord de l'île Soutbampton, laquelle est, comme on sait, située daus la partie septentrionale de la baie d'Hudson. Il traversa aussi un détroit auquel il donna le nom de ses deux vaisseaux, /a Furie et tl/é' via, et qui sépare la presqu'île Melville de l'île Cockbura, placée au uord de cette dernière.
Franklin. 1822 , 1823. Ce digne émule de l'intrépide Parrj', onbli.int les dangers et les fatigues de ba ()remière excursion par terre, lit un nouveau voyage an nord de TAmérique , et explora l'espace compris entre la rivière Mackenzie et le cap Buck. Pendant qu'il s'appliquait à déterminer exactement tous les points de cette côte , son compagnon, le docteur Ri- (•!i:ird5:nf) , qui s'était séparé de lui
1)our le rejoindre plus tard , reconnut a partie qui s c'tend entre le fleuve Mackenzie et la rivière des Mines de cuivre.
Scoresbij. 1822. Ce marin, comme on le vrrrn dans la notice sur le Groenland, explora une partie de la côte orientale de cette grande péninsule;
mais il n'avait pas pour mission de chercher le fameux passage. La rda* tion de son voyage est une des plui
intéressantes sous tous les rapports.
Parry. 1822, 1825. Cette troisième tentative de Tinfaugable Parry pour la découverte d'un passage au nordouest n'eut ni l'beureuse issue , ni les importants résultats des deux précédentes.Le capitaine descendit ledétroit du PrinceRégent jusqu'à la latitude de soixante-douze degrés trente minutes et la longitude de quatre-vingt-onze dcixrés. Jm Furie, bâtiment qu'il montait, ût naufrage, et il fut, en conséquence , forcé de retourner en Angleterre.
Beechy. 1838, 1826. Ce lieutenant consacra trois années à cbercher le passage par le détroit de Bebring. Il pénétra jusqu'à la latitude de soixanteonze degrés vingt-trois minutes et demie, et la longitude de cent cinquante-six degrés vingt-trois minutes el demie, ne laissant qu'environ cent cinquante milles de cotes à reconnaître entre ses découvertes et celles de Franklin.
Parry. 1827. Tant de pénibles travaux n'avaient pas aû'aibii le courage et l'ardeur de Parry. Il loi restait eo* core une espérance : c'était de trouver un passage vers l'équateuren arrivant au pôle nord; mais les glaces l'obligcrent , comme ses devanciers , de renoncer à son entreprise.
Graah. 1829. Le voyage de ce navigateur danois eut le même but que celui de Scoresby; mais plus beureux (jue son prédécesseur, il réussit à explorer la partie delà cdte orientale du Groenland sur laquelle on disait qu\ivaient existé les anciennes colonies Scandinaves.
John Ro9S. 1829, 1833. Nous void arrivés à lademi黫expéditîon sérieuse (|ui, au moment oij nous écrivons, ait été fai te pour la découverte d'un passage au nord-ouest. Sir John Ross, dont le voyage de tiiàbelle, en 1818 , avait fait connaître les talents, fut cltar^é do crtt»' nouvelle entreprise. Il partit, en 1S29, sur le vaisseau la f ictoirCy pénétra dans la baie de BalTm , franchit le détroit de Laocastre, entra dans
RÉG10I9S CÏRCOMPOLAIRES.
le détroit du Prince Régent, dônciivert par le rapitaine Parry, reconnut une terre qu'il appela Booihia Félix, du nom de Tarmateur de son navire, et explora les cÔtes de cette contrée nouvelle, jusqu'à ce qu'il fût bloqué par les glaces, et dans l'iinpossibilité d'aiier plus loin ni de rétrograder. Il bÎTcrna sur un istlime qui sépare rentrée du Prince Régent de la mer Glaciale d'Amérique, et, dti point où il était établi , il fit d'utiles excursions sur terre dans le pays environnant.
Son neveu , le commandant James Ross, atteignit, (lnn<s un de ecs voya-
âes, le pôle magnétique, et dans une ernière promenade, si l'on peut donner ce nom h une pénible course de plusieurs jours sur la glace, il 8*aventura, quoiqu'au moment de manquer de vivres, jusqii'au lieu désii^né sur la carte du voyage sous la uénoiuinatiou de pointe Franklin,
La relation de l'entreprise du capitaine Ross contient, au milieu d'un fatras scientifique rédigé sous la forme ennuyeuse d'un journal, quelques détails que nous crevons devoir reproduire , parce qu'ils contribueront à faire connaître les peuples qui habi> tent ces contrées sauvages.
Une tribu d'Esquimaux était fixée .sur l'isthme de Boothia Félix, non loin de l'endroit où la f ictoire était enfermée par les glaces. Voici ce que sir Ross dit de ces honunes destinés à vivre sous un climat de fer :
n Nous les informâmes que nous étions des Kuropécns ' Kablun^r^ , et ils nous repondirent uu'ils étaient des Innuits. Tous étaient bien vêtus, principalement en peaux de rennes. Leur vêtement de dessus était doublé, et leur entourait le corps; par devant, il tombait du cou jusqu'à mi-cuisse, et par derrière , il était garni d*un capu* chon destiné h couvrir la léte. La par- . tie de derrière atteignait le jarret , et se terminait en pointe. Les manches leur couvraient le bout des doi;;ts. Des deux peaux qui composaient ce vêtement, celle de dessous avait le poil tourné du côté du corps, et celle de dessus était disposée eu sens inverse.
Ils avaient deux paires de bottes , le poil de chacune tourné en dedans, et ils portaient par-dessus un pantalon de peau de renne desrendant très-bas sur les jambes. Quelques-uns d'entre eux avaient des souliers par-dessus leurs bottes, et des pantalons en peau de phoque au lieu de peau de renne.
« Avec cette immense quantité de vêtements, ils paraissaient plus grands et plus gros qu'ils ne l'étaient réellement. Tous portaient des javelines qui ressemblaient assez à une canne , et qui avaient à un bout une boule de bois ou d'ivoire, et à l'autre une pointe en corne. Cependant, en les examinant, nous vîmes qu'elles étaient formées de petits moiceaux de bois et d*of d'animaux très-artîstement Joints en* semble. Les couteaux que nous leur vîmes d'abord étaient d os ou de bois de renne, sans pointe ni tranchant, et formaient une arme fort peu dangereuse; mais nous découvrîmes bientôt que chacun d'eux portait suspendu sur le dos un couteau méritant mieux ce nom, qui était ^arni d'une pointe de fer, et dont plusieurs étaient même bordés de ce métal. Nous en vîmes un formé de la lame d'un couteau fermant anglais, et qui avait encore la marque du coutelier. Elle avait été fixée dans un manche de manière à en faire une espèce de poignard.
« Leurs joues étaient rebondies, et couvertes d'autant dincarnat qu'il pouvait s'en montrer sous une peau si nasanée. Comme celles des autres tri« bus d'Esqtiimaux , leurs figures , empreintes d'une expression de bonne humeur, formaient un ovale régulier.
Ils avaient les yeux noirs et rapprochés, le nez petit et les cheveux noirs. Leur jieau n'était pas aussi cuivrée que celle des Esquimaux du Nord. Ils semblaient aussi être plus propres, et , ce que je n'avais jamais vu , leura cheveux étaient coupés courts et arrangés avec quelque soin.
> Leurs vêtements étaient faits avec beaucoup de dextérité. Quelques-uns étalent ornés de franges faites avee des nerfs oti de petits os attachés en» semble. Des peaux de glouton, d'iMr*
fié
mine et de veau marin gris, susi)eailaes sur leur poitrine, semblaient
aussi leur servir d*ornenient. Leurs
traîneaux étaient fort grossièrement fabriques: les côtés étaient (.omposés d*os attachés ensemble, et entourés d'une peau, et les traverses n'étaient autre clioso que les jambes de devnnt d'un renne. La partie qui touchait la terre était recouverte de glace , ce
2ui en rendait les mouvements trèsiciles.
« Nos viandes conservées
ne leur plurent pas. Cependant l'un d'eux , qui en mangea un morceau , parut le foire eo^nme par obéissance, en. disant que cela était fort bon.
Mnis à force de questions , on lui ht avouer (pi il n avait pas dit ce qu'il pensait, et ses compagnons en ayant reçu la permission , jetèrent ce qui leur avait été donné. On offrit ensuite de Thqile au même homme; il la but avec un air de satisfaction, et dit qu'elle était réellement bonne. G*est ainsi que le goât de toutes ces tribus est admirablement adapté aux aliments dont elles sont forcées de se nourrir.
« Les feuïmes n'étaient certainement pas des beautés; mais du moins elles n'étaient pas inférieures à leurs maris, et elles ne se rondm'saient pas moins bien. Toutes celles qui avaient plus de treize ans semblaient être mariées, et il y en avait trois ou quatre dans chaque hutte. Faisaientelles toutes partie du même établissement , c'est ce dont nous ne pouvions être sbrs. Elles étaient petites et fort au-dessous des hommes sous le rapport des vêtements et de la propreté; leurs cheveux, particulièrement, étaient graisseux et eu désordre. Leurs traits étaient pleins de douceur, et leurs joues étaient aussi colorées aue celles des hommes. Toutes étnipnt plus ou moins tatouées , surtout sur le front et de chaque côté de la bouche èt du menton. Cet ornement ne consistait qtt*ett lignes , sans former aucun de<;sin, re qui est conforme à l'usage des Esquimaux du nord-ouest de l'Amérique. Leurs vêtements ne différaient guère de ceux des hommes;
seulement^ celui de dessus se. terminait en pomte par délirant comme par derrière; quelques4ines y Rotaient
une frange faite de morceaux de peau.»
Ces Esquimaux sont d'un caractère très-doux et très-conCant. Quant 1 leurs moeurs, nous n*en trouvons, dans l'ouvrage de sir Ross, qu'un seul trait, relatif au mariage. Il paraîtrait que les hommes de ces tribus font entre eux un troc de ftmmes ; ils croient .
par ce moyen , avoir un plus fprand nombre d'enfants.
Ils se nourrissent de chair de phoaue et de poisson , dont ils mangent énormément; mais ils aiment par-Sessus tout la graisse et l'huile. Voici ce que dit à ce sujet le navigateur dont nous analysons l'ouvrage : < L'expérience a démontré qu'une nourriture abondante d'huile et de graisse est le véritable secret de la vie dans ces contrées glaciales; que les naturels du pavs ne oeuvent exister saiis cehi, et qu'ils dei^ennent roalsdes et meurent stcc tout autre régime. » Sir Ross ajoute
?|u'à son avis, si les marins qui ont été orcés d'hiverner dans ces parages s'étaient résignés à suivre les usages culinaires et hygiéniques des Esquimaux , ils auraient bien mieux résisté à la rigueur du climat. Notis livrons celte réflexion aux médecins et aux physiologistes. Ce qui nous parait incontestable, c'est rassertion du navigateur anglais relativement à la grande quantité d'aliments que prennent les indigènes de ce |3ays. Il assure que çette masse considérable de nourriture, incessamment entassée dans l'estomac , contribue à rendre moins funestes les effets du froid. Nous crovons qu'il resuite de cette accumulation de substances animales une grande diateur intérieure, et que le travail de la digestion occasionne dans la circulation une activité des plus favorables pour supuortcr sans inconvénient Tàpreté de la température.
La chasse et la pèche sont les pris* cipnles occupations des Esquimatix.
Leur manière de chasser le renne consiste à prendre l'apparence de cet ani-; mal , au moyen de ion bois et de sâ
RÉGIOliS GiaOOMPOLAIRES.
peau ; par cet expédient, ils arrivent jusqu'au milieu ou troupeau sans être Tcoonnus. La fiiçon dont ils péetient |l*ett pas moins singulière. Ils s'arment a*un bâton, au Dotit duquel pend une ficelle nui soutient une boule d'ivoire ou cl os i à cette boule sont attachés quatre autres petits raoroeaux de la même substance , également ronds. Le pécheur tient le bâton de la main gauche, et a^ite contiauellement les quatre balles a quelques pieds 8008 la glace, dans le but d'attirer le poisson ; dès qu'il en aperçoit un d'une certaine grosseur, il le perce de sa javeline barbelée.
Ces Esquimaux habitent des huttes de neige qui offrent l'apparence d'un bassin renversé. Chacune de ces demeures est précédée d'un passage long et tortueux conduisant dans l'intérieur de la cabane. Voici , au surplus , la description curieuse qu'en donne le capitaine Ross : « Ce passage menait à l'appartement principal , qui était en dtfme , et de forme ronde , ayant dix pieds de diamètre quand il n'était destiné qu'à une famille, mais qui formait un ovale de quinze pieds sur dix guand il devait en contenir deux. En race de la porte était un banc de neige occupant près d'un tiers de la largeur de la hutte , d'environ deux pieds et demi de hauteur, et dont la partie supérieure, bien nivelée, était couverte de difTérentes peaux. C'était le lit gé* néral de tous ceux qui rimbit.iient. A un bout était assise la maîtresse de la maison, en face d'une lampe, dans la-
3uelle une mèche de mousse brûlant ans l'huile, suivant la coutume de ce peuple , produisait une flamme suffisante pour répntidre la lumière et la chaleur, de sorte qu'on n'éprouvait ' aucune atteinte du froid. Au-dessus de la lampe était suspendu un vase de pierre dans lequel do la chair de renne et de veau marin était à cuire
dans de l'huile Leurs provisions,
leurs Tétements et le peu d'ustensiles qu'ils possédaient, étaient dans une confusion inexprimable, et qui prouvait que l'esprit d'ordre n'était pas au nombre de leurs vertus. • . « • Ceis hut-
tes , entièrement construites en neige, étaient toutes éclairées par une grande pièee de glace transparente , de forme ovale , enchâssée dans la neige à environ moitié de leur hauteur, et du coté de l'est. Il n'y avait dans toutes les cabanes que tres-peu de d i I fereiice dans la forme, la grandeur et la position de cette espèce de ft-nétre. Nous remarquâmes aussi, ce qui nous avait d'abord échappé, attendu que le peu de clarté permettait à peine de distinguer les objets, que \ ers le milieu de chaque passage conduisant dnns la hutte, il se trouvait un embranchement aboutissant à un réduit consacré aux chiens.
Nous vtmes aussi que l'entrée extérieure du passade pouvait toujours être tournée de manière à empêcher le vent d'y pénétrer. ÎNous apprîmes que ces huttes venaient d'étreconstruites ; elles n'avaient encore qu'un jour d'existence, ce qui prouve que l'architecture de ce pays n'exige pas beaucoup de temps. Leur provision d'hiver, en chair dfe rennes et de veaux marins, était enterrée sous la neige ; ils l'amassent pendant l'été, et ils y ont ret ours dans la saison des grands froids. »
L'équipage de la fletoire resta prisonnier pendant quatre ans au miuea
des glaces. On n'avait pas encored'exemple d'une détention aussi longue dans ces contrées hv^jerboréennes.' Comme nous l'avons déjà dit, ce temps fut eni[)i()yt' à des excursions pendant lesquelles les sciences géographique et météorologique s'enrichirent de nouvelles observâions, grâce au commandant James Clark Ross. Quelques-uns de ces voyages en trnînrnux furent accomplis par l'intrépide neveu du commandant , au milieu de dangers et de privations de toute espèce. Le manque d'eau potable était ce que les Anglais redoutaient le plus. Voici ce que dit à ce propos le commandant Uoss : « Il peut sembler étrange aux lecteurs qui ne connaissent pas ces contrées sep* tentrionales, d'entendre dire qu'en y voyageant, on souffre plus de la soif que de tous les autres inconvénients réunis. Dans notre pays, la neï^^ no
peut jamais ^tre très-froide ; la chaleur ordinaire du corps suffit pour la fondre; on peut lucme y avoir recours pour remédier au manque d*ea». Mais un fait que bien des gens ignorent, c'est que la température cir cette substaïice est toute différente dans les régions polaires. Elle ne peut être malfaisante dans un pays oà le froid est rarement beaucoup au-dessous du point de congélation , et où presque jamais il ne dépasse vinst degrés. 11 en est tout autrement ofans un pays où la plus haute température ue la nei.qe [xiidant l'hiver est à zéro, et où elle tombe quelquefois de 50 à 80 degrés ( thermomètre Farenheit ) au-dessous du point auquel on peut la faire fondre dans la bouche en Angleterre. Si ce corps n'était pas un si mauvnis conducteur, il serait aussi impossible de le mettre dans la bouche , et même de le tenir dans la main nue , que si c'était un morceau de fer rouge. Ln neige produit cet effet remarquable, d'augmenter la soif au lieu de l'apaiser :
aussi les naturels aiment -ils mieux endurer la soif la plus cruelle que de chercher à la soulager en mangeant de la neige. »
Le capitaine Ross , parti d'Angleterre en 1829, n'y revint q(i*en octobre 1833. Qu'on juge des transports de joie de l'équipage lorsqu'il fut re(ju h bord du vaisseau libérateur, lequel , par un hasard des plus singuliers « se trouva être Vltabeile , autrefois commandée par le même capitaine Ross.
A l'émotion dont chacim était pénétré se mêla une gaieté provoquée par le physique et le costume des pauvres gens qui venaient d'échapper en quelque sorte à la tombe. « Si la livrée de h misère, dit notre voyageur, met en fuite les gens qu'on appelle charitables, nul meodiant errant en Irlande n'aurait pu mieux que nous exciter la répugnance de ceux qui ne savent pas ce que peut être la pauvreté. Avec nos barbes qui n'avaient pas été faites depuis je ne sais combien de temps , nos vt^tements qui n'étaient pas les haillons de la civilisation , mais de sales fragments de peaux d'animaux sauvages,
une maigreur qui ne nous laissait que ln peau sur les os, une pâleur qui nous faisait ressembler à des spectres, nous formions on tel contraste avec les hommes bien vêtus et bien nourris qui nous entouraient, que nous sentîmes tous pour la preinière fois ce que nous étions réellement et ce que nous devions paraître aux autres. Mais le cdté plaisant de notre situation nous fit bientôt oublier tout le reste; toute pensée sérieuse nous était impos>ible au milieu de la foule et de la confusion qui nous environnaient ; la joie qui nous (rnu'^portnit nous disposnit à nous aniuser de la scène qui conmienca alors : diacun avait faim, et il fallait le nourrir; chacun était eouvert de guenilles, et il fallait rhabiller. Il n\v nvnit pas un de nous qui n'eilt besoin d'une ahlution complète, pas un qui ne ddt se débarrasser d'une longue barbe
Ç)ur reprendre une flgure anglaise, out se faisait à la fois : on se lavait, on s'habillait, on innngeait et Ton se rasait en même temps, et tout ce qui était nécessaire pour ces différentes opérations se mâait dans une confusion grotesque »
Sir John Ross et ses coinpnmions furent accueillis dans leur patrie comme des Lazares ressuseiCés par un nouveau Jésus; depuis longtemns, en effet, on les croyait morts, et les capitaines baleiniers avaient couUrmé cette opinion.
Voici les résultats de cette importante et mémorable expédition :
Les Anglais découvrirent la terre du roi Guillaume, l'isthme et la péninsule de Boothia Félix , le golfe de Boothia« la mer occidentale du roi Guillaume; ils déterminèrent la véritable position du pùleinaînétique, et constatèrent une foule de faits intéressants relatifs au magnétisme et à d'autres branches des sciences. Avant ce roya* ge, en 1829, il ne restait a reconnaître que cent cinquante milles à l'occident, du côte du détroit de Behring, et ciuq cents milles à l'est entre le rap Garry et le cip Turnagain. Depuis l'explora'tion du capitaine Ross , laquelle eut lieu à partir du cap Garry de Parry, il
R£GI01fS CmœifPQLAIRES.
ne resta plus à examiner du cM de Test que Tespace compris entre le
ap Turnagain et la côte vue par sir Kaoïiard Parry, espace qu'on peut évaluer à quatre cents milles; du côté de l'ouest, les cent cinquante milles que nous avons signalés plus haut. Quant à la question du passage nu nordouest, l'expédition de Ross a prouvé
Ju'il n'en existe aucun par le détroit u Prince-Régent ni aa sud de la lati* tode de 70" ; il ne reste donc plus d'espoir d'en trouver un que dans le détroit de Lanrnstre ou de lîarrow et vers le pôle. U s'en est fallu de bien peu, du reste, que sir Ross ne décou- ■ vrît iiii p.issa^e libre dans la mer glaciale d'Amérique, d'où il aurait pu peut-être pénétrer jusqu'au détroit de ' Behring ; en effet, la lan^e de terre
Sttî sépare le d4troit du Prince-Régent e cette mer sententrionale , à l'endroit où les Anglais firent leurs principales reclierdies , est uon-seulenient fort étroite , mais encoie occupée en grande partie par des jaes qui réduisent à trois milles l'espace solide existant entre les deux mers. Combien la nature a fait peu d etïorts , en cet en< droit, pour empêcher la jonction !
1 Le capitaine Back, envoyé à la recherche ae sir Ross pnr la voie de terre, a exploré la plus grande partie de ce qui restait encore à visiter le long du littoral de l'Amérique. Après lui , des employés de la baie d lludsoil ont complété cette œuvre dillicile.
De tous les voyages au Nord et au Nord-Ouest dont nous venons de don« ner un résumé rapide, il résulte clairement que le passage si longtemps cherché ne serait d'aucune utilité commerciale s'il existait réellement, comme Tespèrent encore certains esprits aventureux. Ce qui avait fait entreprendre les premières expéditions dans ces contrées , c'était l'espoir de troti-
ver une route vers l'Inde et vers la Chine, plus directe et plus courte que
celle par le cap de Bonnc-Kspérance.
Or, des les premières navigations dans les mers boréales, il fut^ constaté nue cette voie serait toujours impraticable à cause de la quantité de glaces qui obstruent en tout temps les détroits qu'on est obligé de franchir. Les voyages plus modernes n'ont fait que con- Irmer cette opinion. Ainsi, un explorateur plus heureux parviendrait- il à passer de l'océan Atlantique dans la mer du Sud par cette route, le but principal serait entièrement manqué, car assurément aucun bâtiment du commerce, quelque intrépide que fût son armateur, n'oserait tenter d'arriver dans l'Inde ou dans l'Australie en passant par les mers voisines du pôle nord. Il est très-vrai, comme le dit judicieusement le capitaine Ross dans son introduction, que les commerçants s'exposent souvent à de grands risques; mais ils ne sont pas dans Tbabitude de hasarder leur xortone contre les avis du bon sens et au mépris de l'expérience et des probabilités.
L'hypothèse d'un passage au IXord- Ouest n*a donc plus qu*un intérêt purement scientifique. Certes, cet intertH est assez puissant pour décider encore plus d'un marin à aller risquer sa vie au milieu des glaces do pôle ; mais la question n^a^iius ce caractère de grandiose et de merveilleux qu'elle empruntait autrefois à la supposition d'un chemin praticable vers les riches contrées asiatiques; réduite à un simple problème de géographie , elle ne préoccupe guère plus que l'Angleterre, qui croirait manquer a sa vocation maritime si elle laissait à une autre nation ia gloire d'une solution si ardemment poursuivie par elle pendant plusieurs siècles.
ISLAHDC C).
Situation géographique, dimensions Bt AispECT. L'Islande Mt une
des pins grnndrs îles d'Europe, car elle a près décent vingt-quatre lieups de long et plus de quatre- vingts de large. Elle est située entre lé «S* degré 80^ et le 66* 49* de latitude nord , et les 16* et 27*^ degrés dp longitude. Un bras de mer d'environ trente- cinq lieues la sépare du Groenland; à Test, elle avoisine Tarchipel des Péroë. Ses edtes sont ro* caifleuses, inégales, et découpées par une inflnité oe baies profondes. Au sud t elle est presque circulaire; a Touest , elle projette , dans l'Océan , deux langues de terre qui, de loin, semblent former deux autres îles. Au nord ouest , les dentelures sont si nombreuses et si rapprochées , qu'on dirait, à les Toir sur la carte un dessin bizarre trac^ par la main capricieuse d'un enfant.
La charpente de l'Islande est formée par deux grandes chaînes de montagnes qâi se coupent en croix et qui s*embrancbent avec d*aatres rameaux non moins remarquables par les pics élevés qui les dominent. Quelquesunes de ces montagnes descendent par une pente douce vers la mer; d'autres ^'élancent brusquement da lûilieo des
(*) Il senït naturel, au poini de vuegéo- (prapiiiqutt , de plAoer noire tnvail mt le
Groenland après la notice qu'on vient de lire sur les terres arctiques proprement dite*. Maij comme ie Groenland fut découvert fÊf dat Islandais f et que le lecteur ne pourrait pM &v faire une idée exacte de l'organisatioQ primitive de ce pa^s, s'il ue connaissait pas celle de sa première mère-patrie, il nous parait logique de donner ici la description de l'histoire tlf rr-^Kitide. Le tableau
Su'on vt lire pourra servir comme d'iotrouettoa à la notîee sur le GroinUind.
(**) La meilleure carte dislande, en attendant la publication des travaux hydrog^a-
£ biques et géographiaues de l'expédition de I ktektfwep csl celle qui aooompagoe le vojage de HendHMNk
flots. Il est impossible d'imaginer un pays plus rude au regard, pras toOF*
menté , plus boulevrrsé , en un mot d'un aspect plus extraordinaire. Cette terre, dont la formation est un mystère pour le géologue , présente riflmge do globe, tel qu'il devait être avant que roeuvre de la création lui eût donné la lumière et la vie. On n'y voit, en effet, que volcans brûlants ou tièdes encore; torrents de lave refroidie; roches énof* mes eonfusément entassées; vallées qoe le feu a marquées de son empreinte in> délébile; fleuves bouillonnants qui roulent vers la mer leurs eaux diversement colorées; glaciers immenses qui, plnrc^s sur les sommets les plus hauts, sont toujours enveloppés d'un manteau de brumes; magnifiques jets d'eau siij> gissant des entrailles du sol ; ptaines arides an milieu desquelles reluit , de distance en distance , la surface brillante des lacs que les révolutions terrestres ont formes et que de nouvelles convolslons destécheront peut-être.
Mais nous ne voulons pas empiéter ici sur la description. C'est en lisant ce qui suit qu un pourra se. faire une juste idée de la physionomie de l'Islande. Chaque aétail sera un trait indispensable à l'ensemble du tableau:
car, dans un pareil sujet, la description locale est mséparable de la description sommaira. Nous passons donc immédiatement à l'analyse, bien que les préliminaires eussent par euxmêmes assez d'intérêt pour nous tenter.
COmat. Quoique rislande soit située
sous une latitude plus méridionale et présente une plus grande masse de végétation que le continent voisin, elle a été baptisée du nom de Terre de glace (Ice-lamt^ , tandis que la grande péninsule que baignent les eaux du détroit de Davis a été appelée Groenland, ou Ten e verte. Mais cette anomalie , comme on le verra plus loin, s'eiplique par la saison pcnoMil
BÉGIOIVS GOtGOMDPOLAIRES.
laquelle les premiers navigateurs Scandinaves découvrirent ces deux pays.
Le climat de l'Islande rend cette contradiction encore plus choquante, car il n*e8t pas beaucoup plus rude que celui da Danemark et de la Suède septentrionale. En hiver , il tombe une grande
auantité de neige dans la partie nord e l'île, et les pnysnns sont alors réduits à une extrême misère. Il règne aussi , dans certaines localités , des broutUards épais ; cependant Tatmosphère est, en général, pure et trans^ parente.
Les hivers de 1717, 1742, 1784 et 1792 ont ete extrêmement rigoureux, et font , par conséquent , exception à la règle générale que nous venons de poser. Le froid fut si intense dans ces quatre années, et il gela si longtemps, oue Feau de la mer se prit à une prowndeur assez grande pour au*on pût sans danger traverser les baies les plus larges et aller d'une île à l'autre dans le Breïdaliord. La plus forte
f;elée qu'on ait jamais éprdhvée en slandeest celle de Phi ver de 1348; les habitants purent aller n rlieval tout autour de l'îie, même dans les endroits uù la mer est ordinairement très-agitée. En 1758 et 1754, le froid; et le manque de fourrage qui en est la suite, firent périr un grand nombre de bestiaux. Ou vit les dievaux ronger les os des animaux morts de faim et de froid, et les moutons se manger la laine les uns aux autres. En 17ô6 , il ne cessa dp neiger pendant les mois de juillet et d'août.
Il est certain gue le climat de Fislande «t plus rigoureux aujourd'hui qu'il ne rétait à Tépoque de la première colonisation , car plusieurs historiens , entre autres Are , dans ses Sehêtûi de isknuOa, nous apprennent que nie était alors couverte de forêts; or, le froid y empêche aujourd'hui le développement des arbres. On sait que la même observation a été fbite sur toutes les régions circompolaires, sur la Sibérie, la Tartarie septentrionale et le nord de l'Europe. Les rnodidcations cUmutéri(]ues du Groenland viennentàl'appui de cette opinion»
s'il est vrai , comme nous le pensons , que la partie de ce pays qui est depuis longtemps inabordable, k cause de^ glaces, ait Joui autrefois d*une température assez douce pour comporter un établiss«'ment colonial important (*).
Ce qui augmente considérablement la rigueur du froid dans la partie septentrionale de l'Islande , ce sont les énormes glaçons que les vents du nord-ouest y poussent en hiver. Ces
Î^laces Tiennent de la côte du Groênand, et le bruit qu'elles font dans le trajet, en se heurtant les unes contre les autres, peut s'entendre à plusieurs lieues. C'est un spectacle aussi extraordinaire qu'effrayant; toutes ces masses flottantes se mouvant dans tous les sens, s'élevant ou s'abaissant suivant les ondulations de la mer, tourbillonnant sous l'effort de la tempête ou s'avançant avec rapidité, présentent l'image d'un chaos d'une nature étrange et tel que les poètes n'en ont jamais décrit de semblables. Tout se reunit, on le voit , pour ûlre de l'Islande une terre de merveilles et le théâtre des phénomènes physiques les plus imposants.
Tant que les montagnes de glaces ne sont pas fixées, le temps est inconstant et orageux; le courant, les mouvements de la mer, le flux et le reflux, tout est dans un désordre singulier et ofiire une irrégularité surprenante.
Mais dès que les glaçons s'arrêtent sur les côtes et que les eaux ont entraîné les parties mobiles qui en ont été détachées, tout rentre dans l'ordre accoutumé; le temps devient calme, l'air s^épaissit et se charge de brouillards qui produisent un froid humide et pénétrant (**). Souvent, en arrivant sur le littoral, les glaces, poussées par la violence du courant , enlèvent les petites îles environnantes, brisent là partie sailinntc des promontoires , et s'enfoncent dans l'intérieur des terres.
(*) Yoyei dans la notice suivante notre d i sserution tur ranûenet le nouveau Groénr
laud.
(**) dafseii et Povelsen, Tojage en Islande lEiât par ordre du rd do DanoBBariL
Vers la fin de l'hiver, les ï)aies du nord sont entièrement encombrées, et quelquefois les montagnes flottantes sont si nombreuses, que, ne trouvant plus de place sur les côtes septentrionales, elles viennent se fixer le lom: des districts de l'ouest, et nrrivent même jusque dans ÏQi> ports du sud, où elles oecasionnent un froid rigoureux. En 1766 , tout l'espace qui sépare le Groenland de l'Islande rut rempli de
8 laçons ('). Les plus gros quartiers urent plus d*un an , et ne se fondent
Sue dans la partie qui s'élève au-dessus es flots ; encore le soleil a-t-il peu de prise sur cette dernière , parce que ses ravons sont répercutes par la superficie tisse et unie du glaçon.
Le froid vif et humide n'est pas le seul inconvénient qui résulte de l'arrivée de ces iiinssps d'eau solidifiée; il en est un autre plus redoutable: uu grand nombre d^ours du Groenland sont transportés par les glaçons jusque sur les cotes d'Ishmdc , et ces animaux s'empressent de gagner la terre
Sur assouvir leur faim. On peut se re une idée du ravage qu'ils font parmi les troupeaux de moutons , et de la terreur qu'ils répandent au loin dans l'île. Les Islandais se réunissent en troupes nombreuses |»our leur don* ner la coasse, et quand ils sont àsses heureux pour en tuer quelques-uns, ils ont droit à la récom[)cnse qu'offre le gouvernement pour chaque tête d*our8. Il est à remarquer que les ours ne passent jamais l'été en Islande; ils profilent du moment où les glaces se détachent des côtes de l'île, et reprennent le chemin du Groenland pour se rembarquer et retourner dans leur terre natale. On raconte des choses merveilleuses sur la ruse et Tinstinct de ces animaux. On dit, par eiemple, que si les glaçons ont quitté le rivage avant qu'ils aient son^é au départ, ils grimpent au sommet des plus hautes montagnes, pour découvrir de quel cùté se dirigent leurs emboreations , et quMIs se jettent en-
(*} Tn^marcc . Relation d'un voyage fait dans la mer du Nord.
suite h la nage pour les rejoindre (•).
Disons toutefois que ces glaces voyageuses qui out une si fàdieuse influence sur le dimat de rislande, offrent aux habitants de cette tle quelques avantages assez précieux. D'abord, elles leur procurent du bois de flottage en grande quantité; en second lieu , elles poussent dans les baies des districts septentrionaux des baleines, dont quelques-unes sont mortes , et deviennent sur-ie -cliamp la proie des péclieurs islandais, tandis que les vivantes sont aisément tuées à coups de lance et de hache. C.ertnines espèces de poissons fort rechertlnes se réunissent aussi près desgla^.ons; on peut citer particulièrement le merlus , qui se tient de préférence autour des montagnes qui touchent au fond de la mer. Olafsen et Povelsen font , au sujet de ce poisson , une remarque singulière : ils disent qn'il a toujours un flanc tourné vers le glaçon qu'il fréquente, ce qui fait qu'il perd la vue de ce côté. Kn l'observant, on voit que rceil est entièrement gâté, blanc, et couvert d'une matière fisqueuse.
Les cycloptcres , qu'on prend auprès des mnsses d'eau congelée, n'ont également qu'un œil.
Les nrands froids, les brouillards et rhumidité engendrent parmi les Islan* dais des maladies cruelles ; une des plus communes est la pleurésie. La goutte, l'erysipèlc et les rhumaliàmos sont aussi fréquemment observés.
Mais de tous les maux qui affliizeut cette malheureuse [)opulation , le plus terrible et le plus hideux est la lèpre, espèce de scorbut qui n'est point contagieux , mais qui se transmet de père en fils. Cette maladie, qui n'était pas connue en Islande avant l'année se manifeste chez quelques individus comme le scorbut sur nos bâtiments, et chez d'autres par des symptduMS bien plus effrayants. Elle commence par un çonflenu'nt à la téte et aux pieds ; quelquefois toutes les parties du corç& sont attaquées; la peau devient luisante et prend une teinte plombée ;
Q Olufaen et l'ovcUcn, loc. ciu
E£GIONS CIRGOMPOLAIRES.
lescberenx tombent; la vue, l'odorat, le goût et le tact diminuent, et souvent S*oblitèrent tout à fait ; les bras , les pi^ds , le visage se couvrent de bou> tons; la respiration devient difficile, l'haleine puante; dr^ douleurs intolérables se font sentir dans toutes les articulations ; une éruption générale couvre le corps et se cooTertit en une iramense plaie qui achève d'épuiser les forces vitales du malade et le conduit au tombeau (*).
Toutes ces affections pathologiques, la mauvaise nounîture et la nusère des Islandais abrègent singulièrement l'existence de ces pauvres gens. Les enfants nouveau-nés ne sont nourris du lait de leur mère que pendant les deux ou trois premiers jours qui suivent l'accouchement; on les met ensuite au lait de vache, rt, dans les mauvaises années . on niéie à ce lait de Teau et de la fiurine. Devenus grands , leur estomac s'acoonunode fort mal des aliments grossiers et presque toujours gâtés dont ils font leur ordinaire. La constitution lymphatique prend le dessus, et les maladies les assaillent même dans la force de Tâge* Ils dépassent rarempnt cinquante ou soixante ans ; encore ceux qui mènent une vie laborieuse, comme celle de pêcheur, n'atteignent-ils à cet âçe que chargés de maux physiques, qui en font des vieillards oien avant le temps marqué par la nature (*'}. Les femmes vivent plus longtemps que 1m hommes; parâeularité qui, du reste, s*observe presque partout. iNlais en Islande on a remarqué que les femmes qui avaient été les plus fécondes , étaient privilégiées entre toutes et (Mirvenaicnt à un âge trèMivanoé ; or il n'est pas rare de trouver dans cette île des mères de famille qui ont eu douze et quinze entants. Biarne iluidorsou nous apprend wn/èm» dans ses annales que la ifemme dn gudmund Johnson , à Huainas , dans le nord de l'Islande, eut de vingt et une couches vmgt-quatre enfants,
lyoil, Letu«imrnila&de,lnduilm
an* Lindblom.
(••) Idem,ibid.
W iâoraiêon, (BMions^dHCOiu
exemple de fécondité assurément fort
remarquable.
Météorologie. L'hiver en Islande est sans doute funeste aux habitants, dont il détruit la santé, comme on vient de le voir, et dont il épuise les ressources.Mais que de jouissances ne procuret-il pas au voyageur avide d'émotions et de spectacles grandioses ! C'est en effet pendant cette saison que les phénomènes météorologiques les plus frappants se succèdent presque sans interruption. Chaque nuit, l'aurore boréale illumine le firmament : tantdt elle se montre sous la forme d'une ligne droite qui traverse rhémisphère et simule pendant plusieurs heures un large fleuve de lumière; tantôt elle s'agite et danse à l'horizon avec une vélocité surprenante, en laissant échapper de ses flancs mille langties de feu tordues en zigzag et en spirales , ou arrondies en courbes gracieuses. Lorsqu'elle s'est fixée sur un point de la voûte céleste , elle rassemble ses forces, puis se divise én lignes nombreuses qui s'élancent au loin en passant
rr le zénith , et toujours de manière conserver a l'ensemble du météore une forme ovale. Ces jets brillants se contractent comme ils se sont développés, et, après s'être réunis sur un point commun, recommencent leur mouvement de va et vient ; enfin ils se perdent dans un torrent spicndide , dont la vive lueur s'affaiblit par degrés jusqu'à ce qu'elle s'efface complètement et qu'elle cède la place aux ténèbres. Rien de plus éblouissant que ces rayons mobiles, colorés de jaune sombre , de rouge et de vert. Au moment oû ils exécutent les évolutions les plus rapides , on entend un pétiU lement semblable à celui qui accompagne le dégogement des étincelles d'une machine électrique. Les aurores boréales éçayent aussi les nuits des régions voisines du pôle; mais nulle part elles n'ont ce caractère de grandiose et d'originalité qu'elles empruntent en Islande aux paysages pittoresques sur h s jiiels ellee versent leurs clartés &ntastiques.
Autrefois ces merveilles aériennes
296 L*UIfIV£KS.
étaient considérées comme raniNHio» (fuefois toute une Joaniéê. iM
certaine de quelque flé ni d^'s^streux, cheurs le redoutent nver raison, ctdès
tel que la guerre, la famine ou la pes- qu'ils en aperçoivent les premiers iii-
te; mais, aujourd'hui , Tlslandais les dices, ils se tiennent sur leurs gardei,
regarde tout simplement comme les de prâr de voir leur canot ehavtré par
pfécarseurs de la tempite. On a obser* le wtnt.
vé, en effet , qu'il se passait rarement Tl se forme aussi, au sommet de
plus d'un jour après une aurore ho- certaines niontaj:nes coniques , des
réale remarquable, surtout dans la par- tourbillons si violents qu'ils renver-
lie nord , sans qu*un ouragan ou une sent <t lancent an loin tout ce qui m
trombe éclatât brusquement. trouve dans leur rayon. Malheur au
I.e soleil de minuit apparaît quel- voyageur qui, en approchant de ces
guefois à llionzon et projette sa pâle lieux funestes, ne prend pas les [ire-
ftimière sur les rochers de Hsiande. caotfoiis nécessaires pour n'être pas
Le voyageur égaré sur les montagnes enlevé et précipité du haut de la
reste frnppé de surprise en apercevant montagne; il est bientôt saisi par Ift
tout à coup l'astre du jour, dont le souffle tournovant et paye quelquefois
disque se détache sur l'azur sontbre de la vie sa fatale imprudence. C'est
du eid, et dont les rayons se reflètent surtout au sommet du ThyritI que
dana les flots paisibles de rOoéan. l'air, se mouvant en spirale , i
I>es parhélies (en islandais hiasolar) de la forme dtr piton supérieur . prosont presque aussi fréquents dans ce duit ce phénomène. Du n-ste. il n'est pays que les aurores boréales. On en pas nécessaire d'aller sur les pics les compte quelquefois jusqu'à neuf en pins életés de rislaade pour trouver même temps. Ce^t a l'approche des aes vents qui occasionnent ou donneot glaces du Groenland que ce météore la mort; quelquefois, dans les mois se fait surtout remarquer. Le soleil ne d'avril et de mai, le vent d'est fatigue se montre guère alors sans être en- et afTiiblittellen)entles bestiaux, qu'il tooré d'un on plusieurs parhéties, et en meurt un grand nombre. La SMlé souvent un arc en ciel apparaît CB des halntants en soutti^ aossl be» même temps du côté opposé. coup.
La lune est aussi très-souvent envi- f 'olcans et trembktnenU de ierre,
ronnée d^in cercle ou ro§abmtgur^ Llslandeest iepoînt du gMbe oè let
qui annonce le mauvais temps pour le Ibux souterrains exercent le plus dt
lendemain. Les globts de feu qui sil- ravages, la terre classique fin voîcnn,
lonnent Tcspice en jetant une sofidaine l'immense laboratoire où le uaf;anjsjiie
et vive clarté s'appellent wiga-knot- giec aurait placé le séjour de Vulcaia
Afr. et, quaiul ils sont de ferme ovale, et des cvclopes. Tant , dans ce pa vs,
on les distingue «oos le nom de wdfdh porte la* tra( e des terribles cnovul-
hrandttr. sions produites par cette force cachée
L'histoire d^Islande cite plusieurs qui déchire les entrailles du sol , dé-
comètes oui ont fait leur a[>parition truit la demeure de I homroe , fait
à intervalles asses longs ; on les con- surgfr les tk» du fond de la user, nt
naît dans rette tie SOOS la déoosiina- les montajines du sein des continents,
tion de halçstjemor. Il serait impossible d'énumérer les
Lorsqu'un vent violent souffle des cratère^ éteints ou fumants de cette
glaciers du quartier oriental , on des Ile, car nul n'a pu les eempter , et il
déserts qui entourent le montHécla, 8*en ferme incessamment de non-
il élève dans les airs tine colontie de veaux . Partout où l'on pose le pied,
pierre ponce pulvérisée, de sable et de on sf heurte a des blocs de lave, a des
C»uâsiere au'il transporte à une dis* se ries de forme bizarre, à des pierres
née de plusieurs lieues. Ce pbéno* calcmécs , aorties dea iancs dies eol>
mène, désigné par le nom de mMenr^ lines et des précipices ; si iiien , 4B*<fli
prodoit 0P8 oiMeorité ^ dnrefoeU contemplant ce singnlisr dnan, 0^
REGIONS GIRCOMPOLAIRES.
est tenté de le demander si nslande ne sera pas un jour anéantie par la puissance -physique qui !'n rréée, et ne rentrera pas ihuijî iubime d'où le feu l'a fait sortir.
Notre intention ne saurait être de signaler et d'analyser tous les résultats des éruptions dont Tlslande est si souvent lethéiltre; nous nous bornerons à indiquer aueiques-uns des effets les plus caractéristiques du feu, et les produits volcaniques les plus remnrqiiohles.
Quelques jours avant les éruptions, les rivières Toisines du cratère tarissent. On entend ce mugissement bien connu, qui ressemble à un hniit rie tonnerre; puis, des nuniïps do (uince s'éciiaupent des flancs de la montagne, et enfin la lave bouillonnante se fait jour par plusieurs ouvertures. Au milieu des edairs et des globes de feu dont la lueur se rélléchit au lom dans les flots de la mer, sort une prodigieuse quantittde pierres qui, souvent, sont lancées par la force qui les pousse, à une distance incroyable. L'évêque Troïl a vu, à une lieue de THécla, une de ces pierres qui avait deux pieds de diamètre, et qui provenait de la dernière éruption (\p ce volcan , en 1766.
Olafspn attirme qu'un bloc de deux cent quatre-vingt-dix livres fut jeté à quatre lieues par le Kotlugia. Après 1 éruption, on trouve quelquefois dans les environs du sel en si grande qtinntité, qu'on peut en charger plusieurs ehevatiXf œ qoî prouve que l'eau bouillante qui sort du cratère, en même temps que les substances volcaniques, vient de la mer. La lave prend souvent une forme bombée; la <9roilte ou la surface se refroidit et devient solide , tandis que la matière qu'elle reeoïivre reste à fétat fluide; il en résulte de grandes cavités dont la lave com|>ose le plafond , les parois et le |>lancner. Il s'y forme aussi une grande quantité de stalactites fie In même sub>tance. Os cavités sont fort nombreu>es en Islande; il y en a même de si grandes , que dans beanooup d^endroits elles servent d'étable. Une des plus eonsMètaMei est la eavwnt
de Surthellir, qui a de trente-qaatreèi
trente-six pieds de hauteur et de dnquanfc à cinquantc-iju.itre de largeur; sa longueur n'est pas moindre de cinq mille trente-quatre pieds (*).
Parmi les compositions produites par le feu, on peut eiter les suivantes comme les plus rtîmarquahles ! 1" I©, jaspe rouge et noir; 2« la tuJJ'ay pierre composée de cendres et de gravier, et contenant tantôt de la lave, tantdt du bîi^nlte; 3* la Inve qui, comiTie onsnit, est une espèce de pierre fondue et qui varie suivant la différence de l'état dans lequel était la snbstance première, lorsqu'elle a servi d'aliment au feu.
Çuel(piefois elle est compacte, d'autres fois [)()reuse et remplie de petites ampoules et de cavités. L'intérieur présente des cristaux de quartz , opaquea et fragiles , d*un blanc mat , ou des gouttes de verre de couleur verte, qui disparaissent au contact trop prolongé de l'air. Les différentes couleurs de la lave sont le noir, le bleu foncé, le violet, le rouge-lmin et le jaune sale; toutefois , elle est plus fréquemment rouge ou noire. Dans les endroits oA Paction du feu a* été la plus violente, la lave est comme ^la* ' cée et offre r.q)parence de la résine.
Dans les hraun ou grandes chaînes de lave, la surface s'est ridée en refroidissant. Ordinairement cette ma* tière, en se consolidant, prend la forme d'une corde ou d'un' came , tantôt allongé , tantôt enroulé , mais de telle façon que la grosseur va en augmentant du centre à la circonférenoe. On peut rapporter à cette classe une substance noire et dure , qui , au contact de l'acier, produit des étincelles; elle simule quelquefois un arbre avae ses branciies, ce qui à fait croire que c'était un arbre pétrKîé; 4" la pierre ponce , généralement bijnche , quoiqu'on en trouve de rouge et de noire; 5* l'agate, ou plutôt le verre brûlé, dont quelijues écliantillons sont blancs et transparents comme le cristal ; 6*' l'agate bleue qui est rare, mais qui sa trouve en ifrainenti al oonsi-
O Ckfif».
dénblM, qu'on en enma à Copenhague un morceau pesant seize cent soixante livres; 7^ l'ngnte verte, qui est plus grossière, et ressemble à du gros verre de bouteilles ; 8* enfin dn soufre, dont certaines montagnes sont couvertes , et qui , bien que mal exploité , est une ressource pour les
Saysans islandais et le gouvernement anois (*)•
Le nombre des éruptions qui ont ravagé rislande depuis que cette île existe, ne peut être déterminé qu'à
Ertir de Tepoque delà découverte par \ Scandinaves. La première dont les anciens doctnnpnts fassent mention , est le ildborrjfr hraini , qui eut lieu durant le neuvième siècle, dans la partie occidentale de llle, immédiatement après Tarrivée des Norwégiens. Le second événement de cette nature n'est signalé qu'en Tan 1000 , épo<iue de Tadoptiou publique du christianisme dans ce pays. Les annales islandaises nous font connaître ensuite les éruptions dont voici le tableau d'après les recherches de Tévéque de Linkœping :
Avufia* To t.c 1 «• 9» uns.
i«»4 Béria.
tottt. • M.
iioS U.
iiiî Id.
ii5i Trolledyngr.
t>lé TroiMjofr
t3o6 nécla.
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sais SMhtiiiM TSkaL
i>94 .*•• n4ab.
1 3oo .% • • M.
aoldelunob Fiall.
i33a Or«raY«fcal.
U4o U«Gla.
1I40 AabaaéndialrictdalfoiMt.
, Orerfa Tiikitl.
Herdrhred hiall.
t359 Troll4>(l,rii;r.
i36i OrœfaC'J.
(•) Troïl , Lettres sur TlslanJo.
i**) Dans le courant de celte même année, M ae nwatim dans sis endroits diffikeaU
i366... Liltehrred.
1374 Héda.
tItS lôihiirla.
i4ïJ 1-a mer prr» de
i436 n.nr!a.
aSto Id. *
«... Trolledrngr.
RoOTiiaM.
i5«3 Id.
i587 Thinfralla
1619. U«cla.
i6a5 Id.
tSSo Mynlata Tokal.
1693 -. . . IIi cKi.
1716 au nsrd de l'îla.
17*1 Katlnçia.
i7a4 on tjjo..... &rabU.
17»$... , Lerlmjafcr FiaU*
llitJm.1 F
BjariuH Kiall.
17*7 ••»... Mjrdals Yokut.
Lairkottkr Fâall.
RriMaedal.
l-ïB TTf^rl.'^
Orttfa.
17SS Sida Yelol prit da KsUvfla.
1754 Hccla.
1755 KoUa|ria.
>766-i76S..« • Hécla.
1783. ,«....•. Partie ocddcotak
dala fnvinoida SkapiuSaS.
K0U8 croyons Inutile d*essayer de donner une idée des ravages prodoits
«n Islande par ces éruptions si fréquentes. Qu'il nous suffise de dire que chacune d'elles détruisit des villages ntiers, et fit périr un grand nomSre de bestiaux et beaucoup d*haliitints« surpris par les fleuves de lave ou nojés dans les torrents d'eau bouillante, ou encore écrasés par des pierres. Au surplus, le réeit d'une seule de ees catastrophes pourra faire apprécier l'étendue de ces désastres. Quoique les voyageurs et les poètes aient fait bien souvent la description d'Iule éruption volcanique, les phénomènes de cette nature ont , en Islande, un cnrnctèrc trop saisissant et trop différent de ce qu'un a observé ailleurs, pour que noos pniKîonssttis inconvénient omet»
tre ce trait fondamental du tableau que nous esquissons. Nous n'aurons pas recours aux artiUces de langage
au'on emploie d'ordinaire pour peînre ces terribles convulsions. Mous nous contenteiottB d'estinira qyoïpws
RÉGIONS CmCOMPOLAIRES.
fragments d'une lettre écrite en danois, par M. Magnus Stephenson , et dans laquelle le désastre de 1783 est raconté avec une simplicité plus dramatique que ne pourrait Tétre, en pareille matière , la rhétorique la j^us ambitieuse :
«Le l'^juin, Ton ressentit, dans la partie occidentale de la province de Skaptarfiall , des secousses de tremblement de terre, qui ne Qrent qu'augmenter de plus en plus jusqu'au U du même mois. Elles devinrent si fortes, que les habitants furmt obligés d*abandonner leurs maisons, et de passer la nuit en plein champ, sous des tentes. Pendant tout ce temps , on reniaraua , dans les parles inhamtées au noru do pays, une fumée ou vapeur continuelle OUI s'élevait de la terre. Il y eut trois éruptions volcaniques, dont la plus considérable était au nord-ouest : 1 une - éclata dans le canton dUlfarsdal, un peu à l'est de la rivière Skapta ; les deux autres eurent lieu un peu a l'ouest de la rivière Uwerûsfliôt. Ces trois Jets de feu , après s*être considérablement élevés en Pair, se réunirent comme en un seul torrent, qui s'élnnra à une hauteur si prodigieuse, qu'on • Tapercevait à plus de trente -(juatre mules de distance (*) ; et, jusqu'à plus de soixante mifles à la ronde , tout le pays était sans cesse couvert d'une vnpeur et d!une fumée épaisse , qu'il est impossible de décrire.
« Le 8 juin , on ftit assuré de la nature de ces éruptions , car, ce jaur-Ià , le feu devint visible; il était mêlé d'une quantité prodigieuse de soufre , de sable, de pierre ponce et de cendres.
Ces matières, lancées avec autant de force que de bniit, ncfompngné de tremblement de terre, lurent répandues dans le voisinage du foyer des éruptions. Le vent , qui en ce moment était très- fort , en dispersa une partie dans toute Tétendue du pays» et les
(*) Le ledeur observera que cette distance est exprimée en milles de Danemark , dont douze fout an d^ré , de sorte qu'un mille danois GmI va pw {dut de deoa mum inor
porta à des distances considérables dans les champs, les villes et les villages. L'atmosphère entière était rempliede sable, de poussière et de soufre,
3ui formaient un bniuillard épais,* 'où résultait une continuelle obscurité. La pierre ponce surtout , qui tombait dans les villages toute rouge et embrasée, y fit un dommage considérable; il tombait aussi en grande quantité , avec ces pierres , une substance grasse , noire , et semblable à de la poix , tantôt en forme de petites boulettes, tantôt en forme d'anneaux ou de guirlandes. Ln chute de ces snîîstances ardentes fut accompagnée d'un dégât énorme, car elles détruisirent totalement foutes les productions végétales dont elles approchèrent.
« Lé troisième jour de cette désastreuse pluie , le feu devint très-visible ; quel(^ueluis il sortait en un torrent continuel ; d'autres fois en éclairs ou flammes qu'on apercevait à la distance de trente ou quarante milles, accompagnes en même temps d'un bruit sem- Diable à celui du tonperre , ce qui continua durant tout Tété. Le jour même de la première éruption du feu , il tomba dans tout ce voisinage une prodigieuse quantité de pluie, qui lit près- . que autant de ravage que le feu. En effet, cette grande abondance d*eau froide , qui coulait en larges ruisseaux sur un terrain brillant, déchirait la terre comme en graudë gâteaux qu'elle entraînait dans les lieux les plus bas. De plus , Penii de cette pluie , en traversant l'immense nuage de fumée dont i'ai parlé plus haut, s'était fortement imprégnée de plusieurs espèces de sels, ainsi que de soufre, et avait acquis une qualité si àvre. et si vénéneuse, qu'elle causait une douleur très-cuisante lorsqu'il en tombait sur les mains ou sur le visage. A une plus grande distance du foyer de ce volcan , il régnait une grande fraîcheur dans l'atmosphère; même il tomba dans quelques endroits tant de neige , qu'elle rélevait à environ trois pieds au-des»
sus du niveau du sol ; et , dans d'autres, une grande quantité de grêle, qui fit un tort considérable au bétail ,
et à tout ce oui le trouva hors
des maisons. 1, herbe, et généroie- "ment tons les véf;éta«ix , déjà brûlés par la rhaleur , le salile et la pierre ponce, furent tout couverts d'une croûte épaisse, formée de soufre , et d*uae espèce de suie. T.a grande cha- Ifeur qui émanait du torrent de feu, se mêlant à la grande quantité d'eau , causa dans Pair une vapeur si épafsse, que le soleil en fut obscurci; il paraissait fl'une rouleur de snni;, et tonte la face de la naîure semblait changée.
Ce désordre dura plusieurs jours; le BaMe et les pierres ponces détruisaient toutes les récoltes qui se trouvaient "sur le sol , car en tombant eWe'^ brillaient à l'instant tout ce qu'elles louchaient. Tout le pays était ravagé , le bétail périssait faute de nourriture, et ceux des habitants qui échappaient
un trépas soudain , s'enfuynnt du théâtre de ces désastres, se retiraient dans les autres parties du pays où ils pouvaient espérer quelque * sûreté , abandonnant tous leurs troupeaux et leurs biens aux outrages de deux éléments déchainési
« Au premier moment de réroption, il y eut une crue d'eau très-considérable dans la rivière Sknpta, n l'est de laquelle on a déjà dit qu'un des jets de feu se trouvait situé : on observa en même temps une semblable Indndation dans la grande rivière Piorsa , qin' se jette dans la mer un peu à l'est de la ville d Ôrebakke, et dans laquelle la rivière Juna se décharge , après avoir iratersé une vaste étendue de pays stérile et inhabité.
« Le 11 juin, la rivière Skapta se trouva totalement desséchée en moins de Tingt-quatre heures, et le lendemain, son lit fut rempli par un courant prodigieux de lave liqu de, roiif^e etbrtflante\ qui s'y précipita, et qu'avait décharge l'éruption volcanique.
Le lit de la Skapta est très-profond ; il a de chaque cdté de grands rochers et des bords élevés dans toute la longueur de son cours. Non-seulement la lafe remplit ce profond canal , mais elle déborda , se répandit dans toatt la nUiée* coamnt et rem*
plissant tous ]« tirralna bas du toî-
slna^e , et, n'ayant point d^issues sutfisantes pour s'écouler , s'éleva à une si grande hnnteur, qu'elle inonda tout le pays voisin , en s'in.sinuaut entre les côllines , et couvrant même quelques-unes des moins élevées. Les collines de ce pays ne forment point une chaîne longue et suivie; elles sont séparées et détachées les unes des autres, et il coule entre elles de petits ruisseaux; de sorte qui', loin de se borner à remplir la vallée où coulait la Skapta, le torrent enilamiué se répandit de chaque côté à une distance considérable , en se faisant iour entre ces collines, et couvrant d'un lac de feu tout le pays voisin. Ce lac, nourri et augmenté san^ cesse par les Jets de lave, ne tarda pas à monter vers la partie supérieure du cours de In rivière, inondant tous les terrains bas, et desséchant la rivière à mesure qu'il la remontait, jusqu'à ce que le torrent de lavese trouvât arrêté par le flanc de la colline où la rivière prend sa source.
« Alors cette mer de lave s'éleva à une hauteur prodigieuse t elle couvrit tout le village de Buland , consuma l'éfïlise, les maisons , enfin tout ce qui . se trouva sur son cliemin. Ceux qui ont connu la situation de ce village, et combien remplacement en est élevé, ne concevront qu'avec le dernier étonneiner»t (ju'il ait pu être submergé. Deux fermes de la même paroisse de Buland , à environ un mille et demi au nord du village, furent également détruites , et il périt trois personnes dans chacune. Toute l'étendue de cette paroisse , qui offrait un terrain supérieurement cultivé, est ;! présent entièrement ruinée. Cependant le lac de feu croissant toujours et s'étend anl en tout sens , subnier^ea tout le pays sur une largeur de sn milles.
« Après avoir ainsi cbongé un vaste pays en une mer de feu , la lave s'étendit du côte du sud , et s'ouvrit un passage par le lit de la Skanta , qu'elle acioendit en se précipitant avec mie impétuosité d'autant plua
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REGIONS CIRCOMPOLAIRES
Mi
grande, que, durant environ un \m\ïv, elle se trouvait resserrée dans un es- Met éiroil tntn \n bordt éltvéi dont fai parlé. Elit arriva alors dans un lipii plus ouvert, où elle se répandit en torrents furieux avec une rapulité et une force incroyables , s'ëtendunt dèt oe motnaol fers le tud , déchirant la iurface de la terre , et entraînant sur ses flots des bois endanimés , et fçénéralement tout ce qu'elle rencontrait ; dans so courat dit ravagea tnttre une étendue considérable de pavs. Partout où elle parvenait, le sot était rompu et crevassé, et l'extrême dialeur en faisait sortir une grande abondance de fumée et dt va* peur lont;temps avant quMl fdt atteint par le feu. Tout ce qui se trouvait près de rextréniité du lac de feu était consumé ou liquéOé. Les choses restèrent <ians cette situation depuis le !2 de juin ius(iu';ui 13 d'août.
Alors ce lac forniidable ne s'étendit
Klus, mais continua de brûler; et »rsque quelque partit de sa snriacti on at rtuoidissaiil» venait à se former en croûte, cette croûte, bientôt rompue par le teu qui était dessous , et tombant dans ce brasier liquide, était roulée tt agitée de côté etd^aufreavtc un bruit et im craquement prodigieux.
Il se formait aussi, dans plusieurs parties de sa surface , de petits jets de feu , ou au moins des ebullitioos, qui oontinuèreot pendant un certain .temps.
• Fia rivière Skapta, dont j'ai tant parie, est située au nord et au nordoutst de la province de Sidu ; elle prend sa source au nord-est ^ et coulant d'abord vers l'ouest, elle tourne ensuite au sud , et va se jeter dans la nier en dirigeant au sud -est. La partie .resserré dt son lit, dont j*ai fait .mention, s*élend jusqu'à environ quatre milles sans interruption. Dans cette partie, le canal de la rivière a
Siuelquefois deux ctots brasses de proondeur ( par exemple , dans It voisinage de Swartanup , où elle cou.^e une colline), ailleurs eent cinquante , ailleurs cent, et de largeur, tantôt ceaty
tantôt diluante, quaiante et trente
brasses ; son cours est partout fort rapide, quoi(]u'il n'y ait point de cataraett considérable, ni de diote plus
forte que de deux pieds. Il y a . uans d'autres parties de l'Islande, d'autres canaux de rivière resserres connue celui-la , mais c est le plus grand et le plus considérable dans toutes ses di« niensious. Eli bien , ce canal fut rempli jusqu'au bord , et la lave se répandit de la sur le village de Siiaptardal, tonsuma les maisons et tout ce qu*ello rencontra, et détruisit les bois et les pilturages; cet endroit est situé à l'est de la rivière, sur un terrain élevé.
Alors le torrent s'avança au sud par le village qui se trouve à rexirémite méridionale de la partie la plus étroite du canal , et s'étendit vers l'est en passant entre deux collines : ce village fut aussi entièrement détruit avec tous ses pâturages et ses bois.
« l,e 12 de juin , la Inve s'étnnt précipitée vers. la partie resserrée du lit de la rivière, et ayant ainsi obtenu une issue , s*étendit en largeur vers le sud-est, jusqu'au côté oriental deS montagnes de la province de Skii tartunga , ainsi qu'au côté ouest de Sidu, et au sud -est de Medalland vers l'est. Dès le moment que la lave eut commencé d'inoiuler ee pays plat , et qu'elle se fut dégagée du canal étroit de la rivière, la hauteur perpendiculaire de ses côtés était de soixante-dix brasses. S'avan(*ant ensuite vers le sud, elle détruisit l'église et la ville de SkaI , et ravai^ea toutes les terres voisines : ce fut la qu'on entendit un bruit prodigieux , lorsque la lave sa répandit sur les terres basses, et des éclats semblables au tonnerre y ont toujours continué depuis, jusqu'au 12 août.
Le déluge de feu envahit ensuite le ▼iilage de Swinadalur, dont la position, par rapport à Skal, est au sud-est, et l'ayant détruit par un coude qu'il fit, s'avança plus lomà l'ouest, et engloutit le village de Hvammar, situé sur no terrain assez élevé au côté occidental de la rivière. Mais avant que le feu eût atteint ee> deux villages, l'un et l'autre avaient uic inondes par l'eau de la rivière, détoonée de wa cours par Tobt»
traction qti*nvait causée la Uire qoi s'était emparée de son lit.
.... Cette immense éruption de feu a'étéaooonipagnée de deux autres circonstances non moins prodigieuses. La mer a enfanté tout à coup deux îles.
L*une s'est élevée au mois de février 1784, dans un endroit OÙ auparavant Teau avait plus de cent brasses de profondeur; elle est située au sud-ouest de Rcykianess, environ à seize milles de la grande île, et à huit milles à peu près de Passemblage de petites Iles appelé Gurfuyia. Suivant les derniers détails qu'on en a reçus , cette île ( mii est volcanique) a continue de bnuer avec une grande véhémence , et de jeter une quantité prodigieuse de pierre ponce, de sable, et d'autres matières semblables à celles que jettent les autres volcans. Elle a un peu plus d'un demi-mille de circonférence , et elle est au nioins aussi haute que la montagne d'Ésian , en Islande. L'autre île a été vonjie par l'Océan u une plus grande distance de ilslande; elle est au nordnord-ouest, et se trouve placée entre ce pays et le Groenland. Elle a, comme l'autre, bri'dé jour et nuit sans interruption pendant untempscoiisidérable; elle est tort haute , et d'un plus grand dreuit que la première.
« .... jLa plupart des pêcheries sont détruites; caries bancs où se trouvait d'ordinaire le poisson sont tellement changés et bouleversés, que les pécheurs ne peuvent plus les reconnaître; la fumée, d'ailleurs, est trop épaisse pour leur permettre de s'écarter au loin en mer, car il n'y a pas moyen d'apercevoir aucun objet à une plus grande distance que cinquante brasses. L'eau des pluies, ne tombant qu'à travers nette lumcc et celte vapeur, est telieinent impr^née de sel et de soutre , qu'elle détruit le poil des bestiaux, et corrode même leur peau. L'herbe , dans toute l'étendue de l'ile , est tellement couverte de cette matière, tenant de la suie et de la poix, que j'ai décrite précédemment, que la plus grande partie en est détruite, et que ce qui eu reste est un poison assuré pour tous les bestiaux qui eu mangent j de sorte que ceux qui
ont échappé au feu périssent à présent faute de nourriture , ou sont empoisonnés par les restes malsains des végétaux. Les habitants ne sont pas , à nien des égards , plus exempts de danger (jue les bestiaux ; la qualité vénéneuse de la fumée et de la vapeur dont toute l'atmosphère est pleine , a coûté la vie à un pand nonmre; surtout à des gens «Iges, à ceux qui avaient de la faiblesse, ou quelque affection maladive de la poitrine ou du poumon. »
Il est impossible délire ee naïf récit sans frémir, sans songer à la situation des malheureux que le torrent de feu poursuivait partout dans la campagne.
Cette éruption n'est pourtant pas la plus effrayante deceHesdoot nous avons donné la liste; il en est une dont les effets ont été bien autrement déplorables et qui a surpassé toutes les autres en beauté sublime et en célébrité: c'est celle du Kôtlugia, en 1766 et 1766. Um grande partie du globe ressentit le contre-coup de cette horrible eonvulsion terrestre. On éprouva dans les lies Britanniques de violentes secousses qui renversèrentdes maisons, fendirent(fé< normes rochers , et agitèrent les eaux de la mer et des lacs. En Norwé^e, en Suède, en Allemagne, en Uollaiule, en France, en Italie, on sentit la terre trembler. L'Espagne et le Portugal rent plus maltraités; un grand nombre de villages, de couvents et d'églises y furent abattus; les plus hautes inontagnes de ces deux royaumes furentébranlées dans leur base, etiesplahies inondées par les rivières qui avaient franchi leurs limites. Lisbonne fut atteinte plus sérieusement encore ; tout le monde connaît les détails de l'affreiMe catastrophe qui joncha de cadavres et de débris les rues de celte capitale. L'Europe ne fut pas seule aeitee par ce mémorable tremblement de terre : les se* coussesse propagèrent jusqu'en Barbarie et ravagèrent plus de quinze villes du littoral de l'Afrique. Enhn, la Perse, les Indes occidentales et l'Amérique ne furent pas exemptes d'alannes dans cette circonstance, carelles sentirent aussi de sourdes commotions (*). Que ne dut pas souffrir l'Islande qjù était
EÉGIOIiS CIECOMPOLAIEES. m
i pfrineîpal théfttn de ce bouleverae-
Dient.
Comme la montagne de Kôtlugia est toujours couverte de glace, l'éruption jeta des blocs énormes iTean 80*^ lidifiée dans les lieux enfironnante.
Une effroyable inondation nrcompagna réjection de la lave et des autres matières volcaniques; de sorte que le feu et Teaa se réunissaient pour porter au loin la dévastation et la mort.« Au moment où les flots bouillonnants envahirent lescampagnes, les habitants s'enfuirent en grand nombre sur une montagne isolM, appelée Hafursey; là, les malheureux furent obligés de rester sept jours entiers , presque entièrement privés de nourriture , exposés aux atteintes des pierres , du feu, de Peau , des cendres brûlantes et do soufre enflammé qui tombaient autour d'eux. Un globe ae feu, sorti du cratère principal , tua deux personnes et onze chevaux dans une éUible creusée dans le roc et dont la porte était fer* mée. Un fermier fut frappé de mort au moment où il paraissnit sur le seuil de sa demeure. Ce qu'il y a de singulier, c'est que ses vêtements extérieurs, qui étaient de Inine, n'offraient aucune trace de feu, tandis que le linge qu'ils couvraient était entièrement brûlé ; et, lorsqu'on eut déshabillé le pauvre paysan, on s'aperçut avec etonDemefit que, dti côté droit, sa peau et ses chairs étaient ronsumées jusqu'aux os.
Sa domesliqiie avait été atteinte par réclair en même temps que lui, et quoiqu'on l'eût dépouillée immédiatement des vêtements qu'elle portait, le feu intérieur qui la dévorait brûlait tout ce qu'on mettait sur son corps.
Elle mourut peu de jours après, dans des .souffrances itiexprimables.
Ou a vu dans le tableau chronologique des éruptions, que le volcan de rHéchi y figure vin^t-troisfois. Tel est le principal titre de cette montagne à la célébrité dont elle jouit. Tous les voyageurs qui ont parcouru l'Islande l'obt visitée, mais peu sont montés
(*) Philotopliie des trenbknwato de tcire^ farSlukdejr.
Jusqu'au sommet le plus élevé. Situés
dans la partie méridionale, à quatre lieues du rivage , elle est visible à une grande distance en mer. Sa cime est partagée en trois pointes, doBt la plus haute est celle du milieu ; on estime à cinq mille pieds l'élévation de ce piton au-dessus des flots. Les flancs de la montagne sont couverts, par intervalles, de neige , de sable , de cendre, de gravier et de pierres calcinées. On y remarque des ouvertures profondes, qui, dans les éruptions, livrent passage aux matières volc>aniques, et dont les bords sont tapissés tantdt de roches vitriflées, tantôt de pierres rouges semblables à des briques. La lave ne se remarque que dans les parties inférieures; oe qui a ftit conjecturer qu'elle n'était jamais sortie que par les cratères les plus éloignés du sommet.
Nous n'en cfirons pas davantage sur ce volcan fameux, dont la description minutieuse n'offrirait rien de bien in* téressant.
Smtrces cTean chaude; les geysers. JNous avons encore à signaler un des effets les plus extraordinaires et les plus beaux du feu souterrain que recèle l'Islande; nous voulons parler des sources d'eau bouillante qui , dans plusieurs endroits, jaillissent, poussées par une force Invisible, et dont la projection est accompagnée de pbéno* mènes remarauables. Quoique la communication ae ces sources avec les volcans soit regardée comme incontestable, eHes se trouvent rarement dans leur voisinnge et sont dispersées dans toute l'île ; elles surgissent partout, non-seulement dans les intervalles des collines , mais encore au sommet des montagnes couvertes de glaces éternelles. On en a signalé même dans la mer , entre autres dans l'Isafiord, près de Reykialiord. Toutes diffèrent Tune de l'autre, tant par Piné-
Î;alité du degré de chaleur, que par 'élévation du jet. Dans les unes, l'eau coule doucement comme d'une fontaine ordinaire, et prend parmi les Islandais* le nom de loua ^ qui signifie bain ; dans d'autres , I eau sort bouillonnante et avec an grand brait : aloit
ce n*est plus un lang , mais un huer
ou un ketfel ( chaudron ). Dans au- L'unp, la rlmlfur n'est moindre de 188" (lu thcrnioinetre de Fahrenheit ; dans yuelque>-unes elle est si forte, que de gros morceaux de viande plongés dans le bassin 80 ni cuits, au bout de cinq ou F Îx minutes, au noirit de tomber en Ininl>"aux (*). Les Imbitants aux environs (le quelques hueri» font usage de cette eau pour leun teintures. On peut aussi V fbire la cuisine, en faisant bouill-r reau dans un potcouvert. Les Islaudais s'en servent également pour extraire du sel de Teau de mer» Les vaches qui boivent de ces eaux sulfiireuses doûnent beaucoup de lait et se portent parfaitement.
Tout le liquide gui sort de ces fontaines a une qualité incrustante, de sorte que la surfaoe de Torifice par où il s'é( happe est toujours couverte d'une croiite, ou plutôt d'une écorce qui ressemble à des feuilles de métal ciselé à jour. (Test surtout dans les buers dont l*eau jaillit avec foree« que cette superficie cristallisée offre un coup d'u'il ravissant, à cause de la pureté de^ particules qui la composent.
De toutes les sources cnaudes de Fislande, la plus extraordinaire est celle que Ton désigne sous le nom de geu' ser. KJIe est situt-e à deux journées de rHccia, a peu de distance Je Skalholt, prés d*une habitation qu*on appelle llaukadal. Le paysage <|ui Tenvironne est tel , que Timagination des poètes ne saurait en concevoir un plus pittoresque et plus beau. Que Ton se représente, dit révéque de Lioliœping, une vaste plaine bordée d'uji coté par de hautes monta^nies rhari^ées de neige et de glace; le* vapeurs qui couronnent ordinairement leurs sommets sV baissent quelauefois et entourent leurs fliincs; rien de plus atlmirnhie, alors, que cette ceinture de blanches nuées légèrement suspendues aux angles saillants des rochers, ot dont la brtltantn traînés, séparant en deux parties cet pics sourcilleux , fait rroire , nu premier coup d'œil, que les cimes se sou-
.. O Ml, fteniii ior Hilandt.
tiennent d'elles-mêmes dans \e& airs* Si Ton se tourne d*un autre côté, on
aperçoit le mont liécla et ses trois mnincions, dt)nt la crête se perd au milieu des uu iges ; à l'opposé , la plaine est bordée par une cliatne d*es- Carpements, dont la base laisse échapper des torrents d'eau bouillonnante.
Plus près , on voit un marais d'une deuu'-lifue de circonférence , au sein d u q u e I J ai Hissent quaranteou einquanta sources chaudes, toutes surmontées de vapeurs ép.iîsses qui montent lentement pour se perdre dans l'espace.
C'est au milieu de ces sources qu'est situé le geyser. Il s*annonoe de loin par un bruit semblable à un roulement de tonnerre mêlé de décharges d'artillerie. Mais laissons parler Éendrrson , qui a soigneusement examiné et décrit ce merveilleux pbéno* mène.
n Vers l'extrémité nord de l'espace où nous étions, dit le voyageur angla s, que nous traduisons, s'élèvo un vaste rempart circulaire , formé
par les substances qui coulent inccs^.iniinent sur les bords de la fontaine justement appelée le Grand Geyser Des vapeurs épaisses s*élevaient du milieu du bas»in. Nous gravîmes le rempart, et tors jue nous fûmes arrives sur le bord supérieur, nos regards plongèrent dans un large cratère presque entièrement rempU d*une eau chaude et limpide , l^èr^ ment agitée par la faible ébullit'on que produisait le dégagement de la vapeur par une ouverture cylindrique placée au centre, r.e tupu qui donne passage à l'eau bouillante a soixaute-dix-huit pieds de profondeur perpendiculaire ; son diamètre est en général de huit à dix pieds; mais, en approchant de Ton* verture, il s'élargit graduellement. Le fond du bassin est blanc et se compose d'incrustations siliceuses, qui pré-
(•) Le nom de geyser y 'mii geysa, moC ilIllIHUis qui signilit: /fi/rc raf{e , s'witmtÊP «rec violence et impetiiOiitd. On UtNtVf relie
expression dans ))lii>i«Miis (mvi.jp's r!a-siuucÂ, nolatunieul dauji> i i.dda, vu^ U tm de l'antique poème intiliilè Fioàufm
RÉGIOIXS
TiAIBW.
sentent une surface parfaitement polie, par suite de l'action continuelle de Teau bouillante. Le bassin a cinquante si \ pieds de diamètre dans un sens, et (juarnnte six dans un autre; lursqu il est plein, il a Quatre pieds de profondeur de la suruioe de Veau à rembonchure du tube. Les bords sont très irréguliers, ce qui s'explique pnr les concrétions successives des matières que Tagitatioa de l'eau y dépose^ dans deux endroits on voit de petits canaux , dont le lit est aussi ooii que celui du bassin par où s'écoulent les eaux , lorsque le cratère est plein jusqu'au bord. Le liquide coule avec rapidité le long de la partie supérieure du rempart ; mnis là où la {)pnte est
f)lus douce il se répand plus tranquilement. et couvre un espace qui u'a pas moins d*une centaine de pieds dans certains endroits. Toute la suri'are inondée par les '(léhnrdctncnts du Geyser offre de m.iutiiliqiies efflorescences siliceuses , formant de petites concrétions granulaires, espèces de boaqueU qui présentent unegrande analogie avec !n ftomme du chou-fleur, et sont d'une nature si ddicate , qu'il est très-difficile de les enlever sans les briser.
Ces cristallisations sont généralement brunes, mais dans certains espaces, elles sont d'une couleur qui approche du jaune. Quand elle a fram hi le rempart , l'eau bouillante passe à travers un sol tourbeux , et , en imprégnant peu à peu la mousse et le gazon , les convertit entièrement en pierres, de sorte que le voyageur est tout surpris de se trouver au milieu d'une prairie ' de pétrifications.
t Qes bruits souterrains,
semblables à des coups de canon, annoncèrent l'iTuption du Geyser. Je courus aussitôt vers le rempart gui tremblait sous mes pieds : et à peme avais je jeté les yeux sur le bassin, que le phénomène conunença et m'obligea à me retirer à distance du côté du Vent. Ii'eau }aiUit de Touverture avec une rapidité surprennnte, et .s% !f'\a dans l'atmosphère par jets irreguiiers au milieu a'un inuneuse nuage de vapeur, qui, dans certains momenti» dérobait
à la vue la colonne liquide. Les quatre ou cinq premiers jets ne dépassèrent pas en nauteur qumze ou vingt pieds, mais l'enu s'éleva bientôt ci plus de cinquante pieds ; le dernier jet , qui fut le plus beau , atteignit soixantedii pieds. Les grosses pierres que nous avions jetées dans le tube pour provoquer l'éruption, furent lancées a une grande hauteur; j'en remarquai surtout une qui fut projetée beaucoup plus haut que Peau du Geyser. La colonne avait au moins dix pieds de diamètre; elle s'élevait d'nbonl perpendiculairement, mais elle se divisait ensuite en une infinité de courbes magnifiques , formant une admirable gerbe; plusieurs autres jets plus petits suivaient une direction oblique, ce qui ajoutait au danger du spectateur, qui risquait d*étre brdié avabt de pouvoir se mettre à l'abri
'« Le Geyser étant redevent: calme , et s'etant dégagé des nuages de vapeur qui Teuvironnaient , je gravis de nouveau le rempart, et plongeant un thermomètre dans le bassin , je vis le liquide marquer 183 degrés de Tahrenheit , température plus basse de plus de 20 degrés que celle de l'eau pendant que le bassin était plein; je m'expliquai cette différence par le refroidissement de l'eau pendant sa projection.
« Le lendemain du
Jour suivant, à cinq heures vingt minutes, nous fûni' s réveillés pour contempler une érupt on de la source appelée le ISouveau Geuser, et située à cent quarante y.irds de la principale fontaine. Je ne puis donner une idée delà majesté du spectacle qui frappa nies regards lorsque j'arrivai sur le seuil de ma tente. Une colonne d'eau, accompagnée d*une quantité prodigieuse de vapeurs, s'élançait avec une lorce inconcevable et un mugissement terrible par un orifice de neuf pieds de diamètre: sa hauteur variait entre cinquante et quatre-vingts pieds, et la fmiiée qui s r'rli.qipnit ave/' e/I<' du cratère obscurcissait l'iiorizon , quoiqu'il fût à ce moment splendidement
éclairé par les lives clartés du aoitail
levant. Pendant le premier quart d'heure, je fus comme cloué à genoux à la place où Je m'étais involontairement prosterné pour rendre hommage à fauteur de tant de merveilles ; enfin nous nous rendîmes près du Geyser. L'éruption avait cessé ; mais la colonne <f eau était remplacée par des flots d'écume et de vapeur qui , libres dans leur asrension , s'élevaient avec un bruit retentissant à une hauteur de très-peu inférieure à celle du liquide.
Les pierres les plus grosses que nous pûmes trouver, jetées dans le cratère, étaient immédiatement lancées à une élévation prodigieuse; et quelquesunes , chassées .plus perpendiculairement que les autires, restaient pendant
auatre ou cmq ininutrs sous l'influence e la vapeur, tour à tour poussées vers l'orifice . et précipitées dans le fond de Tablme; ce spectacle nous amusa autant qu'il nous surprit. En
f>a<;snnt du côté où se trouvait alors e soleil, nous vîmes un vaste et brillant arc-en-ciel « et ,* en me rendant sur le bord opposé, fen aperçus un autre encore plus beau , et dont les nuances étaient Semblables à celles de l'arc-en-ciel ordinaire.
« Il paraît, d'après les
observations faites à différentes époques, que In hauteur des jets est tresirrégulière. Du temps d'Olatsen et de Povelsen, l'eau était lancée à une hauteur de près de trois cent soixante pieds. En 1772, lorsquMI fut visité par l'évéque Troïl, le Geyser s'éleva à quatre-vijigt - douze pieds. Sir John Stanley évalua à quatre-vingt-seize pieds les jets d*eao qu*il observa en 1780 Le lieutenant Ohlsen, ofllder danois, qui eut l'occasion d'examiner ce uhénomène en 1804, constata matbfmatiquement une élévation de deux cent douse pieds. En 1809, M. Hooker eut pour résultat de ses calculs, un peu plus décent pieds; et sir George Makenzie , qui visita ces lieux intéressants en 1810, parle de quatre* vingt-dix pieds. •
Ajoutons , pour compléter ces détails , que des expériences réitérées ont prouvé qu on pouvait provoquer
presque à volonté les éruptions des Geysers; il suffit, pour cela, de jeter dans l'oqverture de grosses pierres ; il se passe d'ordinaire peu d'instante avant que la colonne d*ean ptraîsta au-dessus du puits.
Lacs, montagnes , glaciers et H- Mfts dê Hsiande. irans b dMcription d*on pays tel que cdui-d , tontes les parties du tableau peuvent se juxtaposer sans craindre de choquer par les disparates de couleurs. 11 existe entre elles mi lien commun , mie ^milîtude qui permet de grouper dans le même ensemble, quoique sous des titres divers, des détails qui , pour tout autre sujet, exigeraient une rigoureuse division. Cest ainsi que nous avons pu joindre notre fragment sur les volcans à celui qui traite de la mé« téorologie, et la descriotion des sources bouulantes à celle aes éruptions; c'est ainsi que nous pouvons encore^ sans inconvénient , placer à côté ûes détails sur les Geysers, ce que nous avons à dire des montagnes et des lacs de 17stande. Gomme dans ce qui précède, en effet, nous avons encore à parler de cratères ouverts par les feux souterrains , de sombres paysages oij tout ce qui rappelle les. commotions volcaniques se place au premier plan.
La liaison est donc parfaitement logique, car ici In géographie donne la main à la météorologie.
Les principaux lacs dislande sont :
Thingvallavairi ('), OÙ Ton précipitait autrefois les femmes conaainnées à mort (*•), et qui est situé iioti loirj de Hevkiavik; Apavatn, voisin du |;récéaent; Hvitârvatn, que bordent des glaciers magnifique»; Fiskrvatn , au centre de l'île, près de Skaptar Yôkuî; celui qui s'étend tout auprès de la montagne de Torfa ; celui que Ton voit entre le volcan de Kôtiugid et Kyafialla-Yôkul ; enfin !\!yvatn, ou le lac des moustiques, ainsi nommé à
(*) La termipaîsoQ vain &igDifie /oc.
(**} Nous aurons pins loin rooniran de
revenir sur ce lac vn parlant de la vallce de Tliin;;valla, le lictt le plus jnsieoMBt cfièfape de l'Irlande.
cause de la aiultitade des insectes de cette espèce gui le fréquentent. Céder*
nier est situe dans la ^partie nord-est de l'île, nu milieu du Syssel de Thingeïrar. C'est le plus vaste et le plus femarqualiie de tous à causedesa situation et de son aspect romantique. Le paysage qui Tenvironne rappelle, d'une manière frappante, les tristes lieux que baigne la mer Morte. Le lac s'offre a*abord à vos regards. Tout Tespace qui TOUS sépare de cette sombre nappe d*eflu est un vaste champ de lave noire, raboteuse, sillonnée de profondes crevasses, s'avancant jusqu'au milieu de cette petite méditerranée, ou livrant passage à ses flots et formant sur la rive septentrionale d'innombrables anses et promontoires. Au nord-est s'élève unechalne de montagnes nues que domine un désert sablonneux. Plus loin, les yeux se portent sur de vastes marais , entrecoupés de collines rougeâtres. Vers le sud, on aperçoit une cordîllière dont les pics sourcilleux affectent les formes les plus étranges.
Enfin à l'est, on distingue les montagnes de soufre ou Adwar, qui dégagent dans l'atmosphère une épaisse et -abondante ftimée. Un silence de mort rrpne sur cette région désolée.
L'affreuse tristesse que répand sur le lac l'ombre des montagnes voismes, t'accrott encore par Taspect mélancolique des petites îles de lave noire; et les colonnes de vapeur qui s'élèvent du sein des eaux ne font qu'augmenter riiorreur de cette scène de deuil, en reportant ta pensée sur Télément destructeur qui a produit cet effroyable chaos, et vit encore , menaçant, dans les entrailles du sol. Le lac, qui a environ quarante milles de circonférence, est tellement encombré de lave, que sn plus grande profondeur n'excède pas quatre brasses et demie. On aperçoit dans la matière Toleaniqoe qui tapisse le fond, un grand nombre de fissures et de cavités. Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que des sources d'eau chaude jaillissent au milieu du lac , et produisait à sa surface une vapeur qu'on wt à une gnnde distance. Les ties
dont nous avons parlé sont an nombre de trente ; quelques -unes produisent de maigres pâturages, et la plupart abondent en angeliquc , plante dont les Islandais font grand cas , et dont ils font une ample provision pour lliiver.
Le Krabla est une haute montagne voisine du lac Myvatn. Après avoir gravi avec de grandes difficultés plusieurs escarpements placés les uns sur les autres, on arrive sur un plateau, d'où ou jouit d'une perspective magnifique. Tandis qu'au loin le regard embrasse un immense panorama accidenté par de larges rivières et par d'énormes rochers volcanisés, on voit au pied du pic sur lequel on est parvenu, un gouffre formé par l'ancien cratère du Krabla ; sombre abîme d'où s'exhalent continuellementdes vapeurs sulfureu<;es et dont l'œil ne peut sonder la profondeur. A plus de six cents pieds au-dessous du sommet le plus élevé dç la montagne , on distingue un bassin rempli d'une matière noire et liquide semblable à de la lave en fusion ; au milieu de cette espèce de chaudière naturelle, la substance en ébullition jaillit sous la forme d'une colonne de vingt à trente pieds de haut, et dont le diamètre égale au moins celui du grand Geyser. 11 est impossible de n*étre pas saisi de teneor a la vne de cette scène effrayante; à coup silr, si l'antiquité eût connu ce lieu runèbre, elle y aurait placé l'entrée de l'enfer, et c'est ce qu'ont fait les paysans islandais, ear-ulafsen et Povelsen nous ont Ipissé la description de deux autres ouffres semblables et voisins du Krala, lesquels inspirent aux habitants une frayeur insurmontable, et partagent, avec celui dont nous venons de parler, M'honneur de passer pour le séjour des esprits infernaux, comme l'atteste suUisamment leur nom de f^ite, ou Hehute, e'est-à-dire, enfer.
Les eovifoas abondent en soufre, et le voyageur peut à peine s'y aventurer, car le sol est tellement mou et brûlant, qu'il s'y enfonce souvent jusqu'au genou. La plus remarquable des monta^ws qai reoèleiit cette tuba*
tance, porte la dénomination significative de montagne de soi^fre. Sa hauteur est considérable , et elle s'étend , dans Ti^pnce de cinq mille>, entre les volcans du Krahla et du l.eirhnuUr.
Sa surface est très-inef;;ilt' ; elle consiste en immenses baucs de bol rouge et de soufre, dont la superficie est véinée de bleu, de jaune et de blanc.
Dans rertnins endroits, on aperçoit les trous creusés par les paysans qui exploitent, sans aucune régularité, la matière sulfureuse. Après avoir traversé de vastes espaces où le terrain cède sous le pied des chevaux , et où, en conséquence, on marche avec la plus çrande difficulté , on arrive à un chemin étroit qui offre des pentes si roides qu'on ne s'y hnsnrde pas sans effroi. La vue plonge dans un préci-
Sice de plus de six cents pieds, au fond uquel on aperçoit une série de douze eralères bouillonnants « toujours en action. Ici encore , l'imagination la pins poétique et la plus puissante ne saurait trouver des mots capables de rendre rhorrible beauté de cette scène extraordinaire. Devant ce tableau lugubre, on reste stupéfait d'admiration et d épouvante , et Ton attache involontairement ses regards sur cette espèce de chaudière multiple , d'où s'élèvent un mugissement continuel et un nuage de vapeur (|ui voile la clarté du soleil.
Non loin du Krabla^ mais dans une autre direction , on voit un torrent de
lave refroidie qui s'est répandu dans les contours de plusieurs vallées, pour se réunir dans une vaste plaine. De tous les amas de lave qui existent en Lslande, c'est peut-^tre le plus curieux et le plus iu)posant. Ici, cette substance est noire comme du jais. Les crevasses et les boursouflurt'S qu'on remarque à sa surface ont des proportions gigantesques , et la pl'Jj):irt des ouvertures, remplies de matieies vitreuses, oifrent des espèces de stalactites. Dans certains endroits , la lave forine des taa circul.iin's dont la superficie est COU* verte d'asnérités et de figures semblables aux icuilles roulées d'iuie carotte de tabac. La uù le torrent furieux a
rencontré un obstacie et a eu le temps de se refroidir, il s'est formé une croiUe qui . lorsque la lave a trouvé une nouvelle î$sue. s*est brisée, et, se mêlant avec la masse plus liquide, s'tst accumulée dans différentes directions , en traçant dans la plaine les dessins les plus fantastiques. Ce fleuve de lave est un de ceux qui , de 1724 à !7:iO, s'pHiapperent des flancs du Leirliniikr cl du Krabla, et inondèrent ies environs du lac Myvatn au nord et i Test. Suivant les rapporta des témoins oculaires de l'éruption, le torrent de pierres (Sthid), comme disent les Islandais, se répandit lentement, entraînant tout ce qu'il rencontrait, et produisant un lon|; ruban de flamme bleue, semblable a celle qui provient du soufre; quehjuefois ces clartés livides étaient voilées par un épais nuage de fum^. Pendant la nuit, tout le pays semblait être une immense fournaise-, l'atmosphère elle-niéme paraissait comme enflammée et lîtait incessauuneiit sillonnée par des globes de feu. Des éclairs continuels illuminaient l'horizon et annonçiiienl aux haliitants des districts éloignés les terribles scènes dont cette région de l'Islande était le théâtre. Quand la lave eut couvert la plus grande partie des terres basses, elle se dirigea vers le lac, dans lequel elle se précipita et où elle forma des tles nombreuses.
La plupart des montagnes de TIslande sont des glaciers, et elles prennent alors la dinoiuination dey <5Aw/(*). Dans ce nombre, le Geitland passe pour une des plus remarquables. 11 n y a pas un Islandaia qui ne la connaisse et qui n*admlre sa construction fan* tastique , ses masses de glace et sa hauteur extraordinaire. Ils en font Oléine une merveille , car ils cruic ut
(*) Voit i la liammr de qpek|Ma me»
r.i;,'iies de ceUe île.
L'Onpfa Yokul '>,'>'io pttds.
Le Tiiidûall ô.iCë
Le Knapfel Tôkul.. • . • 6,oeo
Ltî Sn.i ldl Yokul 4,57a
sliT Yokul ^l794
Le Oldiua ïukul...... 5,000
REGIONS QRCOMPOLAUŒS.
|Mral«mfnt, d'après une ancienne tradition consacrée par une sas^n, qu'il existe au milieu de cette montagne oiM vallée profonde, ornée de superbes prairies et habitée par une petite peuplade inconnue. Ces hommes mystérieux sont , a ce qu'pn dit , h's descendants d'une race de brigands et de géants qui peuplaient autrefois ce liea monté. Nous n<' suivrons pas Olafsen et Povelseîi dans la description minutieuse qu'ils donnent de ce glacier fameux. Nous nous bornerons a dire que tout les phénomènes auxquels la giaoe fit la neige peuvent donner lieu , s'ol)aervent sur leGeitland, et que les énormes blocs de lave ou de roche noire y contrastent avec la blancheur des nappes éfaloeissantes au-dessus desquelles ils élèvent leur t^le aride.
Siiœfell-Yôkul, n l'ouest et sur la lign ' médiane de i'iie, etOrœfa-Y okul, au aud-est, sont les deux plus hautes nMMMagnes de l*tlf ; leurs glaciers ne sont pas moins curieux à visiter que celui dont nous venons de parler; mais il est extrêmement dil'ticile et dangereux d'jr monter, car les tourbillons de neige, les crevasses profondes qir'il faut franchir à tout instant, les surfaces lisses et tziissantes sur lesquelles il faut marciier, le froid excessif et ia raréfoetion de l'air dans les régions les pim élevées , sont autant d'obstacles qui arrêtent les pas <lii voyageur, et autant(lcper»ls(jiii menacent ses jours.
S'il s'assied, vaincu par la fatigue et par le froid ; il risque de s*endormir d'un sommeil éternel ; si le pied lui manque, il roule sur des pointes abruptes et tombe dans des précipices, dont quelques-uns n'ont pas moina détroit oo quatre mille pieds; ai , enfia , il s'a* V(nttire sur ces montagnes presque inacœssibles par un jour froid et tempétueux , il est exposé à être emporté par le ?ent ou étouffé par bi neige.
0*après cela , on conçoit que peu d é* trangers nient le courage de tenter ces dangereuses ascensions. !S1alheureusement , parmi ceux qui ont accompli cas entreprises, considérées comme lénnéraires même par les habitants, il n'en eat aucun qui ait laissé de ces ex-
cursions un récit Buet IntéraMani
pour mériter d'être reproduit. Tous racontent assez séchetnent les accidents les plus insignifiants de ia jour« née , ou surchargent leur narration dt détails sripntifi(}(ies qui en détruisent tout le charme. I n poète comme Byron , ou un écrivain comme Château-* briand , serait seul capable de sentir et de peindre les beautés des tableaur magnifiques qui se déroulent successivement aux yetix de lObservateur en gravissant c«s rimes ardues. • Les montagnes ou glaciers de Torfa, d'Fyafialla, de Skaptar, de Sidar, de Skeiïdera , d'Arnarfell, de liald, d'EÏricks.deGlamaetdeDranga,nepeuvent être passés sous silence et mériteraient même quelques détails particulierss mais nous craindrions, en multi|>liant les descriptions, de sortir des limites quelque peu étroites de cette notice.
Toutefois, nous ne quitterons pas ce sujet sans signaler encore un glaeier dont un voyasieur anglais fait tine mention part cûliere : c'est le Breïdamark- Yôkul. Il est peu élevé, mais prodigieusement étendu , car sa longueur excède vingt milles anglais. Il s'est formé des glaces tombées des flancs des volcans voisins petidant les éruptions, et accumulées sur le même point par suite des obstacles qu'elles ont rencontrés dans leur chute. Celte grande niasse solitle efnpiète sans cesse sur les terrains euvirtmnants et change * ainsi continuellement d'aspect.
Sur presque toutes les montagnes , ainsi que dans bien d'autres localités de ce pays, on trouve du basalte, cette singulière production volcanique qui 8*elève en colonnes régulières. Ces piliers, qu'on durait tailiéa par la main * des hommes , sont presque en aussi grande quantité en Islande que dans les îles voisines de l'Écos^e. iiieii n'est plus curieux que l^s eollines couvertes de fragments de basalte, les uns de»
bout sur leur hase polygone, les antres penchés, et le plus grand nombre étendus sur le sol dans le plus étrange désordre. Les environs de HôsfculstM sont peut4tre l'endroit où l'on trouve la plus ibtéresaante réunion de cef
ÏMcrrcs. "Elles couTrent de vastes espaces où elles sont rangées dans toutes les positions possibles. De lofn , on prendrait cet amns de blocs uniformes pour les débris cpars d'une ville monumentale renversée par un trembleinent de terre. La odte Toisine de Stapptenest aussi très^curieuse sons ee rapport; le basnlle s'y montre accumulé en monticules ou formant des grottes profondes qui ne le cèdent guère en ettttidoe et en beauté à celle de Fingal, dans riie de Stafïa(*)« Nous ne devons pas oublier non plus le mont Bnula, presque tout entier formé de la même substance. Cette montajgne, qui a plus de trois mille pieds de moteur et qui est do forme conique, est une des plus intéressantes an point de vue géologi-
aue. Elle mérite aussi de iii^er i'attenon de Tobsenrateur, à cause de la BÎngulière tradition qui s'y rattache :
les paysans islandais eroientqu'il existe à son sommet une ouverture donnant entrée dans une riche campagne toujours verdoyante, habitée par une race de nains , dont la seule occupation est de garder de magnifiques troupeaux de moutons.
Les rivières qui sillonnent TIslande sont en nombre considérable.
Nous allons signaler les ]ilus Importantes.
LaBlanda, une déplus belles, traverse la partie septentrionale. Elle en * re^it une autre dont les eaux sont noirâtres, tandis que les siennes sont blanches comme celles de toutes les rivières d'Islande qui prennent leur source dans les Tokul ou fflaciers.
Quoique réunies dans le même lit , les deux rivières coulent séparément l'espace de trois milles ; mais enfin elles arrivent à une cataracte au-dessous de laquelle elles se mêlent complètement.
Le Skal£indafliot court aussi à la
(*) La similitude de ces deux noms (Stt^ pen fl Slajfa) eât remarquable, et pronvv que les deux locililél , quoique éloiguées l'une de l'antre, ptiisqne Stnfla est prts de l'£cos&e et Siapnen en Islande , oui été l>aptisie« par le amie peuple^
mer dans le nord de Hle. On croit qu'il prend sa source dans le Klofa Tôkul, non loin des cêtes méridionales. Ses flots , d'un bleu clair comme de l'eau dans laquelle on a laissé tomber quelaues gouttes de lait , se pré* cipitent dans rOcéan avec une rapidité extraordinaire. Il est coupé, à une certaine distance de son embouchure,
f)ar une belle cataracte, au-dessus de aquelie s'élève une coloime de vapeur oui se colore, an soleil, dm nuances de 1 arc-en-cld; cette chute est connue dans le pays sons le nom de Goda-Foss.
La rivière Yôkul est la plus large et la plus rapide de toutes celles qui arrosent la zone septentrionale. Quelques voyageurs en ont donné une description qui ne mérite en aucune laçMI d'être reproduite.
Tokolsa-a-Bru estund^ plus puissants fleuves de l'Islande. Lorsqu'on saura qu'il re(joit le tribut de trentehuit autres rivières ou torrents plus ou moins considérables, ou pourra se foire une idée de sa largeur et du volume de ses eaux. Il coule dans la partie orientale.
Dans la même zone, coule leLagarfliot, qui est si large , qu'on le prendrait, dans certains endroits, pour un lac. Ses eaux sont blanches et très-
{>oissonneuses: avantage précieux pour es paysans qui habitent eu grand nombre ses deux rives.
La montagne de Lons Tôkul donne naissance au YÔkulsa-i-Lon , qui baigne un district de l'Est. Ce fleuve inonde souvent les campagnes voisines , et alors on n'aperçoit, entre les montagnes au milieu desquelles il précipite ses flots écumants , qu'une immense nnppe d'eau , où surnagent
Set la les bestiaux qui y ont trouvé mort.
Dans le sud, on peut citer le Uverfisfliot, qui fut oesséché pendant la terrible éruption de 1783, et dont le lit et les bords sont restés, depuis cette époque, couverts de lave.
' Non loin de cette rivière coule la Skapta, dont il a été longuement question dans la description de cette éruption volcanique.
REGIONS CiaûQMFOlAiaBS. 14|
, A ^® ^^P^ , et à une dm qui tapissent les ooirds sont
faible distance du mont Hécla , la couverts de caractères runiques et
Thiorsa, reunie à la Tuna, vient mé- magiquei, la plupart eCfooés par le
1er ses flots avec ceux de TAtlan- temps.
"Ç^- - - La Sourtshellir , ou Caverne noire,
tnon , dans la r^'on occidentale, est la plus connue et la plus grande
la Hvitâ , s'échappnnt du lac auquel de toutes ces grottes foriiwes par kl
elle a donné son nom, vase réunir, commotions terrestres ou volcaniques,
près de son embouchure , au large Elle est située dans le Borgarfiord , à
eojirs deau qui sort du Thingvalla- quelque distance du glacier du Geit-
vatn, et former, sur la limite maritime land. SI Ton en croyait le Landnama-
du Syssel d'Arness, iifie e^pcne de lac bok, son nom lui viendrait d'un géant
oui communique avec l'Océan. appelé Sourtour, qui l'aurait autrefois
tn^^î^^^^' '^'^ curiosités de babitée. Il paraît que les Islandais
I Islande, il ne faut pas oublier les ea* ont ajouté fài à cette fable ; ce qui le
vernes, qui existent en grand nombre prouve, c'est que, d*aprè8 le même
sur les flancs des montagnes , et dont monument historique , un poète
quelques-unes sont fort intéressantes, nommé Thorvald alla, un jour, reciter
Le tenram qui avoîsine le glacier du devant la caverne des vers en l'hon-
Snocfell en est criblé ; une de ces neur du géant. Il est plus positif que
grottes, située près de la pêcherie le surnom de iVofrc vient de l'espèce
d'Otiidvertnnes , passe pour être im- et de la couleur des rochers au mih'eu
inense, el nul n'a jamais su son éten- desquels serpentent les sinuosités de
due. Elle forme mille détours, et se la grotte.
prolonge , à ce que Ton croit , jusqu'à Des amas de lave, affeetant les' forla mer. Toutes ces sinuosités souter- mes les plus capricieuses; des stalacraines n'étaient évidemment , dans le tites volcaniques; des cristallisations
Îïrincipe, que des canaux par lesquels brillantes; des rochers de toutes les
es matières vomies par les volcans grandeurs , et dans toutes les posi-
s'échappaient librement. fions; de vastes mares remplies d'eau
La Caverne de sang est située un gelée par le froid; des chemins tor-
peu au delà du Stappelell, mont:i-iie à tueux, encombres par les dehris tom-
pic qui s'élève au-dessous du glacier, bés de la voûte , et où , parfois , on
Tous les voyageurs vont visiter cet s'enfonce jusqu'à la cheville dans m
antre ténébreux , qui jouit dans le sable noir et fin; un mur bâti de
pays d une grande célébrité. L'entrée main d'homme , et une salle renfer-
en est si étroite qu'il faut se mettre à inant des monceaux d'ossements ré-
iHat ventre pour y pénétrer. L'inlé- duits en poussière par ractiou du
rieur est ovale et offre une salle de temps et de Tair, voilà ce que Povel-
Îumze pieds de haut sur dix de large, sen et Olafsen ont remarqué dans ^s parois sont garnies de petites ni- cette immense caverne, qu'ils ont excbes dont on ignore la destination, ploréc les premiers. Le plafond se divise en deux voûtes Cet antre a été certainement ha« concaves, qui paraissent avoir été bité, et probablement par des malfaicreusées par l'action de l'air , à qui la teurs qui y trouvaient un abri asconformation de la grotte donne pleine suré. La Landnama Saga et l'Holm- Hberté de mouvement. La même rai- veria Saca disent que, pendant le eon explique l'écho remarouable qui dixième Skie, une bande de voleure frappe l'attention du visiteur dès s'était réfugiée dans la Sourtshellir. qu'il a pénétré dans cette sombre re- Un jour, on parvint à les surprendre traite; les sons les plus faibles sont par ruse; on leur coupa la retraite, répétés par cet écho ; le bruit sourd liaijs une de leurs excursions , et ils d'une conversatioa à voix basse est furent cernés dans un petit vallon, à même fidèlement reproduit. Les ro- qui on a donné, par suite i le nom de
le* UortUton, (lUÉoiôns cibgoiipokàibbsV
yUKIVfiES.
tHtmsacOour ( emfcuieade). Otto Mf-
tûirc et celle du géant ont fait une trilp impression sur Tcsprit iu peuple islandais, qu'aucun paysan n'oserait pénétrer sous ces voûtes obscures , de peur de devenir la proie des esprits et -des fiintômes rexloutabîes qui sont icensés y avoir établi leur séjour.
/'/7/f.v, riifaf/px et 1k ht célèbres de risiu/ule. L'esquisse que nous avons tracée de la nature physique de l'Islande suffit, nous le pensons, pour donner une idée exacte de la physionomie de ce singulier pays. Il est temps de nous occuper des ouvrages de rhomme, et de lliomine lui-même.
I.es villages sont en ass<z grand nombre dans cette île; mais cliacun d'eux se compose de quelques chetives fsibmes , dont la réunion mérif eraft plutôt le nom de hameau que celui de ville, dont les habitants leur futit cepetidant les honneurs. La capitale eft Keykiavik . située sur le burd de la mer, dans la partie occidentale. Cette pauvre bourgade ne comptait « il y a une soixantaine d'années , que quelques maisons d'humble appnrence-, depuis, elle a acquis une certaine importance, car elle est devenue la résidence du gouverneur, le siège de Tévéehé et de la rour suprême , enfin le point le plus commercial de l'Islande.
Elle est construite sur un sol bas et marécageui, entre deux collines, en partie couvertes de gazon et parsemées de nombreuses cliaumieres.
Toute la ville consiste en deux rues, dont la plus longue s*étend le long du rivllge, et est entièrement occupée par les marchands, tandis que l'autre, siiuve à rc.xtremrté occidentale, se dirige presque en droite ligne vers un petit lac, et renferme les maisons de révéque, dn landfoged et d'autres individus étrangers au commerce.
Vers le milieu de cette dernière rue se trouve le cimetière public , enclos tfnn mur en terre. A Textrémité orientale de la ville, on voit les habitations du gouverneur et du sysselmand ; un peu plus loin s'élève 1 église, agréablement ritnée dans Tespace qui •epnre le lac de la ville. (Test «a ioaid
MUment de plem wA oflHrait un
asile commode aux MMtt, si le tott, formé de tuiles rouges, n'était pas extrénicirient frauile , et ne présentait pas de graves inconvénients en temps d'orage, ou lorsque régnent des vents violents. Sur une éminenœ voisine de In maison du gouverneur , dont elle est séparée par un petit ruisseau, on aperçoit la maison de correction, vaste bâtiment construit de pierres blanches; à l'ouest, s*élève , sur une colline, l'observatoire, petit édiBceen bois. Le sommet de l'éminence voisine est occupé par le collège, que les étudiants ont fait construire à grande peine des pierres calcinées trouvées dans les environs.' A quelque distante dans la baie , on rencontre plusieurs petites ties , dont la plus oonsîdérabie est celle de Videy. Ce lieu, h cause de sa situation agréable , de la richesse de ses pâturages, et du nombre d'oies sauvages qui le fréquentent, doit avoir la préférence sur tons te autres points de la partie mérÛioaale de l'Islande. Il était autrefois célè!>re par son monastère, fondé en 122G, et occupé aujourd'hui par un juge. Cet ancien couvent repose sur de belles colonnes de lave basaltique, provenant sans doute d'un volcan , dont le cratère se voit dans le voisinage. De pareilles traces dVruption existent sur la côte opposée près de Reyki»vik , dans un endroit où Ton trouve aussi des sources chaudes.
Keykiavik possède une bibliotiièque de huit mille volumes; ce qui ne surprendra pas le lecteur qoand il aura parcouru les pages que nous consacrons, dons cette notice, à l'instruction publique en Islande. On y a aussi établi une bonne école, oà les wtum reçoivent une éducation convenable.
îl est assez remarquable que la capitale de l'Islande soit bâtie sur le h> u même où Ingolf, le premier colon venu de ^orwé^e, fixa sa demeure.
Conformément à une pratique su pert" titieuse assez générale à cette époque, cet aventurier, en approdiant de la côte orientale , Jeta dans la mer les 'principales piècu do bois qoi oompo-
REGIONS CmCOMP0LAIRi:S.
soient son ancienne habitation, faisant serment de s'établir sur le point du rif âge oà diet seraient jetées. Quelque temps après , les esclaves , qu'il avait liiargés de chercher les morceaux de bois, les trouvèrent à l'endroit dont nous parlons , et logolf, mêle à son vœu, fixa sa résidencft la où s'éleva plus tard Reykiatik, et cela en dépit des murmures de ses esclaves, qui lui reprochaient de 'préférer une plage aussi nue et aussi stérile aux riebes campagnes qu'ils prétendaient avoir traversées en Yenoat de la partie orientale (*).
L'aspect de cette ville serait des plus tristes si les maisons danoises qu'elle renferme ne dissimulaient pas ofiicieusement , sons leiir^; iiitirailles blanches, la sombre et misérable demeure de rislaadois. En générai , les halHtatioQs des insulaires sont construites de la mime manière , et sur le même plan que celles dans lesquelles s'abritèrent les pren)iers colons venus de JNorwége. Les murs, qui. ont six pieds d'épaisseur, et quatre seulement de hauteur , se composent soit de tourbe , soit d'un mélange de terre et de pif-nes, et, au lieu d'être perpendiculaires , sont inclinés en dedans.
Le toit est de çazon , et repose sur des solives croisées de branches de bouleau. L'industrie des Island.iis snit tirer prolit de cette toiture : 1 herbe qui la recouvre donne un fourrag[e que Ton fauche avec soin dans la saison. Les trois portes ménagées dans la lacxide se terminent en triangle dans leur partie supérieure , et sont presaue toujours surmontées de girouettes. Cette du milieu donne entrée dans un pnssage obscur d'environ trente pie Is dr iotig sur cinq de large, et dans lequel a ouvrent, des deux côtés , les portes des différentes pièces dont se compose Thabitation. Il y a la cuisine , la chambre où l'on tisse, la chambre des étrangers , qui est la meilleure de toutes , et au fond du aorrtdor le hadtfqfa ou chambre à
{*) Landnama Sçk, pNBÎàn pSTlie»
dlip. 6 , 2 et 8.
coucher , o\\ la famille se tient et travaille ordinairement. On n'y peut entrer qu'en se courbant , a cause du peu cTe hauteur des murs. Dans plusieurs maisons, cette dernière pièce est placée dans le grenier , et l'on y monte par un escalier qui ne laisse pas d*étre dangereux. La lumière du jour pénètre dans les appartements pnr de petites fenêtres pratiquées dans la toiture, et izarnies d'anmios (*) de mouton, en guise de vitres. Un trou, ménagé également dans le haut de la maison, laisse échapper la fumée; mais ceci ne s'observe que dans la cuisine, les Islandais n'allumant jamais de feu dans leur chambre à coucher , même pendant les plus grands froids. Des ossements de bestiaux ou de baleines servent de siège et sont même souvent façonnes en ustensiles de ménage.
Deux ou trois tonneaux remplis de poisson sec ou de viande macérée dans du petit-lait aigre complètent Tameublenient. Les lits sont rafiges des deux cotés de la chambre, et se composent d*un cadre élevé de trois pieds au-dessus du sol , couvert d'herbes marines, de pinines ou de duvet, suivant les moyens du paysan. Quoique ces coucliettes soient' extrêmement étroites, les Islandais s'y mettent toujours deux , téte-bêche. La terre nue et humide fait le plancher de ces chambres et des autres pièces. L'appartement destiné aux vovageurs est un peu moins négligé , et f'on y reposerait tranquillement après une journée de marche dans les montagnes, si l'on n'était pas sulioqué par l'odeur insupportable qui s'dmate incessamment de ces sales réduits. Le fait est que les Islandais sont d'une malpropreté dégoûtante, et qu'il est difficile d'accoutumer son odorat aux émanations fétides dont l'atmosphère de leurs babitatidns est toujours chargée.
Les deux portes latérales de la façade donnent entrée , l'une dans la pièce où Ton fait sécher ie poisson et où l'on dépose les ustensiles de pêche,
(*) Membrane qui entoure le foeUit dans
le veulre de lu leuielle.
Tautre dans la forp,e qui , quelquefois, cependant, est isofée. Auprès du bâtiment principal on voit deuK ou trois étables , le tout entouré le plus souvent fie quelques maigres pâturages, et plus rarement de petits jardins, où
Quelques légumes d'Europe s'efforcent e pousser et où Ton n'aperçoit [)as un seul arbre* le climat et le sol de rislande ne comportant que des arbustes raboui^ris.
Telle est la demeure du pêcheur et du paysan islandais. Cest renseigne de la misère de cette population que déciment des Iléaux de tout genre, et qu'appauvrit le monopole commercial.
On peut se ligurer , d'après cette peinture, le contraste qu'offrent de pareilles masure*? nvcc les bâtiments, a peu près confortables , des autorités et des gros commerçants danois de Reykiavik. En voyant cet assemblage de constructions grossières, dont Ja moins pauvre ne vaut pns la plus humble maison du plus lumible de nos villages, on ne se douterait certainement pas qu'un pareil lieu ait eu , comme nos grandes ca|)itales , ses orages politiques , sa révolution ( t sa restauration, Reykjavik compte pourtant, dans :>es annales , des faits de cette nature. Ces événements semblejaient peut-être dévoir rentrer dans l'histoire générale de l'Islande , mais \h se rattachent si particulièrement à la ville dont nous nous occupons , et se placent si naturellement ici , que nous pouvons , sans inconvénient , en donner dès à présent le récit. C'est ]M. Alarmier qui , dans ses lettres sur rislande, nous les a fait connaître le premier, et il les a racontés avec tant de verve et d'esprit , que nous n'oserions marcher sur ses brisées. TSous
{)réferons citer , bien persuadé que e lecteur nous saura gré de notre emprunt.
«Au mois de juin 1809, un négociant anglais, M. Phelps, équipa deux bâtiments chargés de denrées pour rislande, et se mit à la tête de sa cargaison avec lin Danois, nommé Jorgensen, qui devait lui servir d'iiîlerprète. Le commerce était alors, comme
il l'est encore aujourd'hui , exclusivement réservé au Danemark. Mais le Danemark était en guerre avec TAn-
fleterre , et IM. Phelps espérait peuttre profiter de cette époque d'agitation pour échanger en toute liberté ses tonnes de sucre et ses balles de café contre lesuif etie poisson des Islandais. Ses deux navires entrèrent à pleines voiles dans la rade de Reykiavik; il jeta l'ancre, s'annonça connne négociant anglais, et attendit. Mais plusieurs Jours se passèrent, et pas un Islandais ne parut. M. Phelps, qui se tenait sur son gaillard d'avant, la lunette à la main, comptant bien voir arriver l'une après l'autre toutes les embarcations du pays, futsingulièrementdésappointé quand il s'aperçut que pas un canotier ne se dirigeait' de sou côté, que pas pu paysan ne venait lui demander une once de tabac. Alors il apprit que le comte Tramp, gouverneur d'Islande, avait fait défense formelle, à tous les habitants du pays, d'entrer en relation avec les Anglais. Cette nouvelle irrita - M. Phelps. Il y allait de Thonneur de sa nation et de la vente de ses marchandises; et, quand il vit le pavillon brit.innique ainsi méprisé , et ses denrées proscrites, il prit une rcsolution héroïque : il arma douze matelots et ordonna au capitaine de son bâtiment d'aller, sans autre forme de procès, s'emparer du comte Tramp. C'était un dimanche; les habitants de Reykiavik étaient réunis sur la place et autour de l'église; le capitaine anglais, brave comme César, s'avance au milieu de la foule , entre chez le gouverneur, lui montre ses douze hommes, leurs hêSoth nettes, et le déclare prisonnier de guerre. Tout cela se passa sans rumeur et sans effusion de sang : les Islandais restèreut dans la rue, boudie béante; et le soir même, le gouverneur couchait à bord du bâtiment anglais. Le lendemain , on vit paraître une magnifique proclamation. L'autorité du gouvernement danois était abolie; l'Islande redevenait libre st indépendante. 1^1. Jorgensen, interprète de U. Phelns , prenait le litred'excellence et se déclarait pcotecteur
RÉGIONS aRGOMPOLAIRES.
Uê
de l'île , général en chef des armées de terre et de nier. L'ancien sceau national fut remplacé par les deux initiales
du nouveau go uvemeur, et l'ori flamme
bleue, portant trois morues, flottn sur Je clocher. Après avoir ainsi ynnoncé la révolution survenue dans le pays, son exoellenoe M. Jorgensen descendit à terre; et, pour montrer qu'il n'était
t)as si novice dans l'art de gouverner es hommes , il commença par confisquer la caisse de l'État a son profit ; puis il chercha à rallier h lui les personroges les plus influents de ReykiavUi. Aux uns, il promit des placés de magistrat , aux autres, des {^nsions; lise proposait aussi d*aocorder de nouvelies immunités au clergé ; et les prêtres , touchés de ses sentiments religieux, signèrent une adhésion à toutes les mesures prises par lui. Pour compléter sa royauté, il lui manquait en* rore une parde ; en faisant, par ordre de l'autorité, une penjuisilion dans toutes les maisons de lieykiavik, on finit par réunir cinq fusils, trois épées, six capotes de drap et deux casques.
^I. Phelps foîirnit le reste de Péquipeinent, et huit hommes , armes de pied en cap, paradèrent chaque Jour sous les fenêtres du protecteur* Lui-même était leur général ^ leur fourrier. Chaque matin il haranguait pompeusement leur patriotisme, et, chaque soir, il livrait à leur appétit une double ration de poisson sec. Non content d'une telle milice , M. Jorgensen voulut avoir un fort. Par ses ordres, on éleva sur la côte une muraille épaisse; on déterra ctnu vieux canons que les Danois a va ien t oubliésjadisdans le pays. On les plaça sur le rempart; et dans un conseil de guerre auquel assistaient le maeon de Keykiavik , comme directeur des lurtiUcations,et te charpentier, comme ingénieur, la ville fut déclarée imprenable par mer et par terre. A près cela, M. Jorgensen parcourut le pays pour prévenir l'émeute et se concilier l'aflèction de ses nouveaux sujets. Il voyageait à cheval , suivi de cinq hommes. Trois d'entre eux criaient sur toute la route : Vive le protecteur! et deux outres aig'iillonnaient, de la poinlc de leurs pi-
ques, l'enthousiasme un peu lent des Islandais. Grâce à ces sages précautions , il traversa une partie de 111e aa milieu des explosions de joie de toute la population ; et si , à son retour, il ne trouva pas d'arc de triomphe à l'entrée de sa capitale, c'est que sa modestie s'y retiisa.
« Le règne du protecteur durait déjà depuis deux mois. Tn événement fatal vint l'arrêter au moment où il tendait chaque jour de plus en plus à 8*afiermir : au mois d^août, un bâtiment de guerre anglais , commandé par le capitaine Jones, arriva dans un petit port voisin de Reykiavik, à llavnenord. Les marchands danois, dont le
f>rotectcurDvait mis les magasins sous e séquestre, portèrent leurs réclamations à î\l. Joncs. Le comte Tramp, qui était toujours retenu prisonnier à bord du navire de M. Phelps, lui adressa aussi ses plaintes. Le capitaine, qui , au milieu de tous ces conflits, représentait l'autorité légale, commença une enquête sérieuse sur tout ce qui s'était passé; et, après avoir entendu les griefs des uns et des autres, il enleva à M. Jorgensen sa garde et son sceptre, et ordonna a M. Phelps de conduire l'ex-protecteur d'Islande et le comte Tramp en Angleterre. Les anciens magistrats de Reykiavik reprirent leurs fonctions. Les anciennes lois furent mises en vigueur; et, quelques jours après cette comédie mercantile, la ville avait repris son attitude habituelle, et le Iwurgmestre, assis sur son siège de chêne, gouvernait, comme par le passé , au nom du roi de Danemark. »
Denuis cette époque, Reykiavik a joui d ime tranquillité profoncle, et son port ne s'est ouvert qu'a des vaisseaux amis.
Après Reykiavik, où l'on aborde, les premiers lieux qui attirent ordî"
naircment l'attention de l'étranner, sont Skalholt, la vallée de Tliingvalla et celle où jaillissent les geysers. Mais on voyage dans l'intérieur du pays n'est' pas chose facile à exécnter en Islande : il n'y a ici ni voitures, ni grandes routes, ni ponts sur les rivières, ni auberges commo-
des ; il faut aller à cheval ou à pied , suivre d'étroit» Mntiera sur les tlancs des montagnes ou dans le fond des coulées de lave , traverser les fleuves à gué ou à la nage, et .s'accoiuuioder, bon gré nal gré, de Thospitalilé da bcBT. {*) islandais. Il est vrai qu'on trouve quelques dédommagements à tant de contrariétés. D'abord les chevaux sont excelleats; ces animaux sont doués d'un instinct merveilleux : ils passent, pendant le^ nuits les plus obscures, au milieu des neiges et au bruit de la tempête, par les chemins les plus difficiles , tantôt escaladant les rochers, tantôt traversant des glaciers Immenses, tout cela sans faire un faux pas et sans regimber sous In main du cavalier. Si celui-ci s'cgare et reste indécis sur sa direction, il n'a qu'à lAcber la bride à son cheval et à se laisser conduire par lui; il j)eut (*tre certain qu'il le mènera droit à son gîte, surtout si le cheval est vieux et habitué à ces excursions. Lorsqu'on arrive près d'un endroit marécageux , qu'on est obliuë de traverser, ranima! s'arrête et flaire le terrain comme s'il voulait le sonder ; puis il y entre ou bien il recule, et, dans ce dernier cas , les plus forts coups de fouet ne le forceraient pas lie s'y aventurer ; et si par basard il se décide a y pénétrer, on peut être Mlr qu'il s'y embourbera, tant le danger qu'il pressentait était réel. Si un pareil ninllirur arrive à un des chevaux de la caravane , il perd courage pour le reste de lu journée , et se jette à tort et à travers dans toutes les mares qu'il rencontre, bien que les antres qui le devancent lui tracent le passade et franchissent ces obstacles sans difficulté. Ils traversent ks rivicrçs les plus rapides a la nage, chargés de leur cavalier ou de fardeaux pesants. Arrivés devant la demeure hospitalière où la troupe voya^ieuse doit se reposer, on les iâclicj pendant la nuit, dans les champs, et ils vont ronger la mousse des rochers; le lendemain ils reparaissent d'eux-mêmes, prêts à reprendre
(*) Cesl le nom qu'où doaue à la maison ém jptpm irinndiiii,
leur route. £o Mter, le sort de ces pauvres animaux est bien douloureux.
« Le paysan , qui n'a jamais assez de foin pour nourrir tout son troupeau , garde seulement un ou deux chevaux et ebasse les autres dans la campagne.
C'est grande pitié que de les voir alors errer au hasard, pour chercher un peu de nouriture et un abri. Ils grattent le sol avec leurs uieds, pour trou\cr SOUS la neige quelques touffes de gazon. Ils s*en vont au bord de la mer mâcher les racines flottantes , les fucus ; quelquefois on les a vus ronger les planches humides des bateaux.
Lorsque le printemps arrive, beaucoup d'entre eux ont péri, et ceux qui survivent aux rigueurs de l'hiver, à la disette, sont tellement maigres et exténués, qu'à peine peuvent-ils se soutenir; mais dès que la neige est fondue et que l'herbe pousse, ils reprennent leur vigueur (*). »
Le voyageur n'a donc pas à regretter le manque de voitures ; les chevaux islandais lui offrent une compensa* tion suffisante. Quant à la cbaïunière du paysan qui doit lui servir d'aiibcrge, il est sur d'y trouver, a ([lulque heure du jour ou de la nuit qu'il y arrive, une hospitalité cordiale et les égards l« s plus empressés. Si les mets qu'on lui présentera ne sont pas de son goût et révoltent quelquefois son palais, au moins seront-ils offerts de non cœur. S'il no s'agit surtout que d'aller aux geysers, à Skalholt et a rilécla, il est à peu près sOr d'y arriver sans accident et presque sans fatî* gn* . tant cette route est connue des. guides et des chevaux.
En allant à Skalholt on peut passer par la vallée de Thingvalla, où il faut s'arrêter quelques instants pour ad*, mirer la scène pittoresque qui se déploie sous vos regards. « Tningvalla, dit iMacken/ie, est un lieu sauvasse nui offre tous les caractères de la désolation. Les hautes murailles de lave qui le bordent de chaque côté sont les té* moicna^es irrécusables des convulsions terrestres qui ont liouleversé cei
(*) Manmer, Leur» nr Itrisadi^ p. s5.
RÉGIOISS aRCOMPOLAIRES.
Uf
endroit désert : aujourd'hui la nature y dort d'un silenre de mort nu milieu du d\iW6 que ses jeux terribles ont enfanté. • Ce qui donne à Tbfngrnlln une îm-
f)ortatire qu'nurun autre point de TIsande ne saurait avoir, c'est que les affhings , ou assemblées générales de In nation , s'y sont tenus pendant une prriodc de [ires de neuf cents nns. En 1)28 , lorsque le rode ulflioticn fut accepté par les habitiuits, la cour suprême de justice, qui, durant plusieurs ann<^es, s'était réunie dans un lieu appel(' Hof , dans le district do Kiosnr, l'ut transférée dans ertte plaine célèbre. Les affaires publiques y furent traitées ju<qu*en 1800 , époque h laquelle les ravages occasionnés dans les envfrons parun effroyabletremhl.Mnrnt de (erre, motivèrent la tran-ïlalion du sicge des tribunaux à Reykiavilt. C'est aussi àTbtneTalla que se réunissait an* nuellement la cour ecclésiastique sous la présidence de l'évoque de Slvalliolt ; c'était méuïe en quelque sorte un lieu de rendez-vous, car un grand nombre d'habitants y allaient uniquement pour y rrnrontrrr Iriirs amis. Enfin, et pour dernier titre a la vénération des historiens nationaux, qui l'ont dignement célébrée dans leurs sagas , Tenceinté de Thinsvalla a été I<> muet témoin de l'ado^ition publique du diristianisme par les Islandais.
Écoutons M. Marmier au sujet de ce vallon femeox , consacré par Thistoire et la poésie :
« Le lieu le plus célèbre de i'islnnfle, c'est Thingvalla (*; ; cc^i la que, dans les premiers temps de la république, les principaux habitants du pays avaient organisé un gouvernement Cv^ntrnl; c'e<;t là que chaque année se tenaient ces assemblées générales , ces «ttbings, espèces de champ de Mars, où Von Tenait délibérer surles afiairas
(*) J'cmploi»' ici le mol mis pn maç;o pnr les élnnigm.Le vrai mot islandais est i liin^vo/fi; au phu'id Thinr-vaBr (rhnmp$ du lltiiig). Les Ittandiiit eerivent Tlùng avec le rnractère runique et anghMason (tontlct ▲nglais ont £ut leur //i.
riuhliques et promulimer les nouvelle^ ois. Là, en l'an 1000, le christianisme fut adopté à la majorité des voix. Là, venaient les grands juges, et les deux évoques, et les chefs des différents districts. On réjîlnit les impôts, on lisait à haute voix les principaux contrats de vente et de mariage , car c'était à la fois une assemblM ptill* tique et une assemblée de famille.
Quand le lœsniadr nvnit parlé pour tout le pays , le sysselmadr parlait pour son canton. T^s prêtres tenaient leur synode, le tribimal supérieur jugeait les procès crinnncis. Non loin du tertre de gazon où il venait siéger, est le rocher où l'on décapitait" les hommes, le lac où l'on Jetait dans un sac les femmes condamnées à mort, et le bilcher où l'on hrrtiait les sorciers. Les assemblées de Thingvalla commençaient ordinairement au mois de juillet et duraient quelmies semais nés. Les deux chefs de 1 althing occupaient une petite maison en pierre, dont on voit encore les vestiges ; les autres campaient sous de» tentas.' Pendant le temps de la république, la président de l'assemblée était le lœgmadr élu par le peuple. Plus tard, quand l'Islande fut réunie au Danemark, le gouverneur nommé par le roi s'empara successivement des différentes attributions dn lœgmadr, et il ne lui resta plus que son caractère d'homme de lui et son droit de juridiction. Les comices de Talthin^ ont duré huit siècles. Ils ont passe tour ù tour par le paganisme Scandinave et le chnstianisoie , par la ferveur catholique des premiers lemps et la ré* formation, par la république et la' monarchie. î'ne ordonnance du roi de Danemark les a supprimés en 1800; le tribunal supérieur, le gouverneur, révéque sont aujourd'hui à Reykia* vik.
« C'est dans le fond d'une conlép de lave, entre les masses gigantesques de rocl)ers, que se tenaient les séances de l'althing. A voir ce vaHon étroit, isolé au milieu des montagnes, resserré par ces lourdes murailles de pierre, on dirait que la nature avait
disposé ce lieu exprès pour les orageuses assemblées d*un peuple de pitates et de guerrieii. Lorsqu'on arrive à Tliinizvnlla , par la route de Laxelv , on descend dans ce vallon oomme dans un abîme, pr une petite tortueuse, par un sentiw rompu ^ui icttemble à un lit de torrent. A oroite, les rochers s'inclinent vers le lac, comme s'ils suivaient encore la penle que leur imprimait le volcan enflammé; à gauche, iU s'élèfent comme de hauts remparts, et se dessinent à riiorixon sous les formes les pins élrnn^es.
D'un côté, le vallon est tornie par ce chemin où l'on n'avance qu'avec peine, de rentre par une cascade. Tout autour on n'aperçoit que des montagnes rouges, une plaine semée de quelques arbustes chétifs, un grand lac , et au bord du lac la pauvre église de Thing- Talla. soir* quand ce pavsage est éclairé par les doux reflets (3'une lumière arpentée, miand tout est calme, et qu'on n'enten<l que la chute de l'eau et le léger frdlement de quelques touffe» de mousses chassées par le Tent, n'est Vun des lieux les plus romantiques qu'il soit i)ossible de voir ; et si, au milieu de cette solitude profonde, on se représente les grandes réunions d'aatrefois, les tentes blan* chcs dressées dnns le vallon, les juges assis sur les blocs de l.ive , les chefs de cliaque cohorte manhanl sous leur bannière, et le peuple dispersé à travers les rochers, je ne sache pas de tableau plus digne d'occuper le pinceau du peintre et la plume du ro* mancter. •
Une faible distance sépare Tliing- ▼alla de Skalholt , Trincienne capitale des jaris, le premier siège épiscopal de l'Islande. Les souvenirs se pressent en foule dans la mémoire de Tetranger en approchant de oe lieu eélèbre dans les annales Scandinaves. en effet, ont vécu (les historiens, des orateurs et des philosophes, dont la renommée s*e8t étendue jusqu'à nous :Gîs8ur qui, dans les premières années du douzième siècle, parcourut l'Kurope et parlait la langue de tous les pavs qu'il aTait visités; Finsen, auteur de 17/
toire ecclésiastique; Thorlakr, dont l'érudition était respectée au loin ; et bien d*autre8 dont les noms ont é^
religieusement conservés dans les fastes norv égiens et islandais. On enseignait dans récole de cette ville le latin , la grammaire , la poésie et la musique, c*est»à-dire, oe qu*on apprenait n peine alors dans les grandes villes de rKurope. Cette croie fut réunie à celle de iiuluui, à i époque uù les deux évéehés n*en formèrent plus qu'un seul, désormais établi à Revkia- Vik ( 1797 ). I.cs évè()MPS de Sknlholt étaient si riches, qu ils donnaient des fêtes auxquelles assistaient huit cents personnes, et chacune d'elles recevait un présent. Cette ville était donc un centre de lumières et de civilisation, et un écrivain moderne a pu lui appliquer .'i juste titre, quoique avec un peu d'exagération peut-être, la dénomination {V .Hhènes du Sord. Ilélas!
de tout ce passé glorieux il ne reste rien, et le seul vestige matériel important de cette métropole est Tancien cimetière, dont ladimeiis>ou est encore plus éloquente que les pierres et les inscriptions qu'on y remarque. Une etitc égliiîe en bois et une maison haitée par trois familles de paysans, voilà Skalbolt. Çà et là quelques ruines sombres reportent la pensée vers les temps plus heureux ou ces lieux contenaient une population relativement considérable; et si vous entrez dans ce bœr, dont la porte s'ouvrira certainement à votre premier appel . ses habitants vous diront que leiir hiimhle demeure s'élève à l'endroit même où était construite la maison épiscopale ; ils vous parleront des choses d*autrelois, et ressusciteront dans votre imagination tout ce peuple qui .s'empressait aux enseignements des professeurs et aux fêtes de l'évéque. Dons leiiiise, vous trouverez des ornements d'autel d'un grand prix , un calice en venned, richei^ent ciselé, orne de médaillons peints sur émail; enCn, des inscriptions tumula ires, dont quelquesunes sont empreintes d*ua cachet cri" ginal et poétique.
Ainsi Skalliolt n'intéresse plus que
RÉGIONS CmCOl^OLAIEES. " Sit
par ses soavenirs , tandis que Thing-
valla joint an chnrme (1rs traditions historiques celui d'un paysage dont la succession des siècles n'a fait qu'augmenter les beatitÀ.
Un court trajet mène de cette en* ceinte m ruine aux geysers que nous avons décrits précédemment, et une autre journée de marche vous conduira au pied du mont Héda, cette n)crveille de Tlslande.
Si, au contraire, on ne veut pas rétrotîrnder et qu'on avance toujours dans la même direction, on arrivera en peu d^instants à Haukadal, autre centre d'instruction de la vieille Islande. C'est là que ylrœ-Frodr, le premier historiographe du IVord et une des illustrations de cette île , passa sa vie laborieuse. C'est à ce savant, né en lOGS.qucron doit \esSched,T, esquisses liisloriques tres-prccicuses, et le Landiiama J)ok^ ou livre des origines islandaises. II écrifit encore plusieurs grands ouvrai;es qui, malneureuse* ment, ont été perdus.
îloluin, situé dnris le nord de l'île ^ a vu rétablissement de la première imprimerie en Islande, et a été le siège d'un évédié et d'une école, transportes d'^puîs .'1 Reykiavik. Ce n'est plus aujourd'hui qu'un misérahie hameau.
Husavik , bourgade célèbre pour avoir été la résidence de Gardar, le second aventurier qui séjourna en îs-' lande, est située à l'extrémité d'une passe sur le bord oriental de la rivière de Si^ialftndafiord. Ce Tillage se compose de quelques maisons en bois, d'une mnnufncture de soufre, et de plusieurs cabanes habitées j)nr les ouvriers. Comme il est placé sur un plateau élevé de plus de cent pieds audessus de la mer, les différents objets de consommation que le commerce y introduit, et les articles qu'on en exporte, sont enlevés et déposés dans les bateaux , au moyen* d*one grue et d*un câble très-fort; l'appareil est fxé sur le bord d'un précipice perpendiculaire qui s'ouvre au-devant des magasins.
Le port passe pour un des plus dangereux de l'Islande, à cause des rochers qui en embarrassent rentrée et des
énormes masses de places que le Groën*
Innd y pousse en hiver à (a faTeordes vents de nord-ouest.
Jusqu'aux dernières années de ce siècle, Husavik a exporté annuelle* 'ment une grande quantité de soufre.
D'après les ordonnances rédigées dans le treizième siècle , touchant l'exploitation de cette substance minérale , il parait qu*elle a été longtemps extrêmement abondante en Islande. Après l'année 1501 , dés privilèges furent successivement accordés à des spéculateurs, pour encourager le raffinage et rex|)ortattonde cette matière.Cétaient Husavik etIesminesdeKrîsuvik, dans le sud, qui en fournissaient la plus grande partie. Ces dernières furent travaillées jusqu'en 1764; mais , dès cette époque, on les abandonna, quoiqu'il restât encore dans leurs cnvrrons assez de sotifre pour assurer aux entrepreneurs de faciles proGts. Les mines d*Hnsavik ont été exptoitées avec plus de persistance et ont autrefois produit un bénéfice net de dix à dixhuit mille rixdallers (*).
Les autres bourgades de cette île ne valent pas la peine qu'on recherche leurs noms. On a même pu voir que celles dont nous venons de parler, à l'exception de Revkiavik, ne méritaient d'être mentionnées c^ue sous le rapport historique et traditionnel.
Histofre naturelle. — I>a nntnre prévoyante a donné les plantes antiscnrbu tiques aux pays où un froid graciai ruine la santé de l*homme; elle fait croître en Islande le Uehen , remède efficace contre 'les maux de poitrine, dont les habitants de cette île sont souvent affectés. Les antiscorbutiques n'y manquent pas non • plus. On j trouve, comme en Norwége, une grande quantité de baies sauvages d'un goût excellent. La civilisation européenne a introduit dans les jardins la culture de quelques légumes. Quant aux arbres , il n'en existe pas à pro- )rement parler; on aperçoit bien çà et à quelques bois de l)0uleaux ; mais ce sont plutôt des taillis qui ressemblent
O Histoire ecdénntique d'blandt.
LUPÎIVÊRS.
à des chnmps de broussailles. Il est vrai qun les Islandais sont amplement dédommages par le bois que les flots de rocéan jettent en imnMnte ffum* thé sur Ips entes de leur pays.
Les rivières et les mers d'Islande sont peuplées d'une infinité de poissons, tels qœ morues, harengs, sau»
mons , truites et brochets.
Parmi les oiseaux de cette îlr, on doit citer surtout le faucon d'Islande, autrefois très-recherché, el l'éder {anas mM$tima ), qui fournit ledoTetooiinu sous le nom à'édredon.
Au nombre des quadrupèdes les plus remarquables, il faut placer le renard d'Islande qui donne une belle fourrure; le mouton Indigène qui a ius(|u'à troia et quatre oomes, et se distingue au* tant par sa crrande taille que par la longueur de sa laine. Par un contraste singulier, les bœufs et les vaches d'Islande sont pour la phipart sans cornes.
Nous avons déjà parlé en détail des chevaux de ce pays. Ils sont de la mcme espèce que ceux de NorwéiiP.
Le gouvernement danois cherche à naturaliser le renne dans cette fie; il est singulier que cet animal ne soit pas indigène dans une contrée où Ton trouve les plantes dont il se nourrit exclusivement, et notamment la mousse dê renne.
llabitania. Population.— es Islandais sont généralement d'une taille moyenne; robustes et vigoureux, lorsqu'unedeces affections mortelles quils contractent quelquefois debonneheure ne mine pas sourdement chez etix le principe vital. Leur teint clair et leurs clieveux blonds les font ressembler aux Danois et aux Allemands* Du reste , ils n^ont pas un type particu* lier de physionomie; la douceur de leur caractère et leurs sentiments naturelleinent affectueux se peignent sur leur risage. lit sont tristes et pensai, ce qui s'explique suffisamment par le genre de \\p qu'ils mènent et par la nature du pays qu'ils habitent.
Ils ne chantent guère que lorsqu'ils sont Itres, et alors leur bonté instinctive éclate par des explosions de tendresse»
Les femmes sont gracieuses, quoique généralement grandes , et portées à prendre plus d'embonpoint que les hommes; comme ces derniers, elles ont les cheveux blonds et les yeux bleus; la blancheur tm peu fade de'leur peau accuse un tempérament lymphatique. Elles ont conservé l'ancien costume du pays : elles portent immédiatement sur In peau une skirta , ou cliennse atticbée autour du cou au moyen d'un liouton de métal. Indé-
Kmdamment de deux ou trois jupons eus, elles ont i>ar-devaat une srinta^ ou tablier d'étoff'^ ruMlement bleue , bordé de velours noir, et généralement attaché la ceinture avec des agrafes d*argent ou de cuivre doré. Le corsage (f^ipAAr/ttr) est fait de wadmet rouge ou noir, et orné sur le dos de trois bandes de velours qui couvrent les coutures; par-devant sont cousues deux autres larges bandes de la mciue étoffe, sur lesquelles brillent cinq ou six élégantes agrafes d^argcnt et une masse de riches broderies. Immédiatement au-des.sous du corsage, les jupons sont attachés au moyen d'une ceinture de velours {Ihifti ) , garnie de pierres polies, de bijoux d'argent, etc.. Le cou est entouré d'un collier de velours large de deux pouces et brodé d'argent. Le/r«ya, ou justaucorps, est fait de manière à serrer la taille et Ci)nsiste en wadmel de couleur noire.
Les manclies aussi sont étroites et ornées sur le poignet d'erma-knoppar, ou boutons argentés sur lesquels sont qîielquefois gravées les initiales du mari et de la femme. Par-iles^sus tous ces vêtements, se met \e.hempaf ou surtout de drap noir bordé de vdours de même couleur, et attaché par-devant au moyen d'agrafes. Les l),is sont bleu foncé ou rouge, et les souliers se composent tout simplement d 'un morceao de peau de phoque ou de mouton atta<»é sur le pied, de manière à l'envelopper commodémefit. T. es femmes islandaises qui jouissent dequel-
aue fortune, suspendent a h ur cou 'élégantes chatnesd'argent, auxquelles sont attachées des médailles du même métal, oCftant d» InscriptioBS et des
RiGIOni CnOOMMLAlRES.
flgiires d*iin caractère religieux (*). Là l»artfe Ki ^oi curieuse de ce costume est la eoiiTure : elle consifte eu nu
fal(l>n\ ou pyraîiiide de mousseline blanche, (Ixeè au moyen d'un grand nombre d'épingles; cette espèce de mitre a généralement quinze ou vinçt pouces de haut; elle est ronde auprès de la téte, mais elle s'apintit en s'elevant , se recourbe en avant et se termine par un rebord carré qui n'a pas moins de six pouces de large. Cette coiffure , qui est absolument la méma que celle de nos Cauchoises, est maintenue sur la téte par nn mouchoir de soie noire ou brune, roulé en l'orme de turban, et dont les plis» tombant |»r derrière jusqu^au cou , cachant entièrement les clieveux.
Le costume des fiancées est encore plus riche; ïe/aidur est alors remarquable par des broderies de fil d'or.
Le costume ordinaire d'été se compose tout simplement d'un jupon bleu, d'un justaucorps de même couleur, et d'un bonnet dont la pointe pend le long de la téte et se termine par un gland
roime ou vert.
Le costume des hommes est plus simple et ressemble beaucoup à celui des paysans de Norwé^e et de certaines parties de la Suéde. Une veste et un pantalon bleus, ganiis de petits liserés rouges, composent leur habillement. Chez eux, leur coiffure estsembtable à celle des ftmmes , mais , pour sortir, ils mettent un chapeau plat et à larges bords. Lorsqu'il fait froid, ou qu'il pleut, ils portent l'espèce de sur* tout appelé hempa,
Llsiandaîs a'est toujours fait remarquer par son amour pour sa patrie. Dans quelques pays que le sort l'ait jeté , il n'oublie jamais soo boer et ses montagnes. Malgré les privations qu'ils subissent continuellement, malgré les dangers de toute espèce auxquels les exposent la fureur des
(*) La plupart de ces bijoux d'argent sont fait« par les Islandais eiu-mèinn , qtii presque lOW «ont iMlurelleineiU oi iévreSk Ht excellent ausû dast la ciaelart de la aonie et du bois.
Volcans , les tremblements de terre et les rigueurs d'un climat de fer, ils sont tOttioiirs dominés par cette espèce d'adage national : Island er hhui testa land sem soUun skinnar uppâ , c'està-dire , rXsiande est le plus beau pa3r8
3u*éelaira la soleil. On a ru des Islanais transportés dans nos grandes villes d'Europe, y languir sotts l'influenre de la nostalgie" et mourir dans la plus profonde mélancolie, lorsqu'ils ne pouvaient pas retourner surleur terre nataie. Tout le luxa de notre civilisation, toutes les jouissances de la vie policée, les distractions qu'offrent nos capitales, étaient sans charmes pour eux : ce qu*il leur fallait, c'était leur ftmille, la vue de leurs lacs et de leurs hautes falaises, les récits des temps passés autour du foyer paternel. Ce sentiment ne peut s'expliquer ^ue par cette merveilleuse prévoyance de la nature, qui a attaché l'homme par le coeur au soi le moins propre à fixer ses pas.
Les Islanaais sont, comme nous Tavons dit précédemment, extrêmement bospitaliert. Il y a fiSte éhn eux lorsfpi' un étranger y arrive. C'est à qui sera le plus empressé auprès du voyageur; la meilleure chambre lui est réservée, et ils se privant pour lui de ee qui devait faire leur repas du di« manche.
Point de meiirtre , point de vol chez ce peuple patriarcal; le pédieur peut laisser son poisson étalé au soleil, sans endndre qu'une main coupable lui dérobe sa provision d'hiver. Ces pauvres gens ont toutes les vertus des paysans Qorwegiens.
Tout ce que nous savons de la littérature islandaise , prouve que cette nation est une des plus intelligentes du monde entier. Ce qui domine ehez elle , c'estle penchant poétique, comuje l'atteste le caractère de presque toutes leurs traditions écrites ou verbales.
Le plus humble pêoliet)r sait lire et écrire. Tous ont, sans exception, un goiJt prononcé pour i étude. Dans les chaumières les plus pauvres, les plus dénuées de ce qui consftitue le bienêtre d'une famille de paysan, on trouve des livres d'histoire et de littérature
L'URÏVÏRS.
<|ai occupent les longues veillées d'hiver. Quand le soir est venu , quand la tempête gronde for le bœr i moitié
couvert de neige, les enfants et Inir mère se réunissent autour du chef de la maison qui , pendant que chacun se livre à un travail manuel, lit à haute voix la Bible oa les anodes historiques de l'Islande. Presque tous les habitants de rîle ont souscrit à la collection de sagas, publiée par la Société littéraire de Copenhague. Ce lait n*a pas besoin le eommentairas, car il est plus si($ni* /tcatif que tout c.v. que nous pourrions ajouter sur l'amour des Islandais pour l'étude..
L'imprimerie de Vidce publie des livres d éducation, des recueils de poé-
sies et les sagas en vers composées par les étudiants islandais sous le titre (Je rimur. Cette imprimerie, fondée à Holoro, en 1580, par FévéqueCudbrandr, fut plus tard transportée à Sk.'iihoU, puis de nouveau restiUiée à l'ancienne métropole. Aujourd'hui elle rend les plus grands services aux Islandais, à qui elle fournit des ouvrages à bon marché, distribués par des commissionnaires dans les localités les plus lointaines.
La bibliothèque de Rejkiavik n*est pas moins utile. Les huit mille volumes qu'elle contient passent tour à tour dans les mains du pêcheur et du fermier, (|ui les obtiennent en prêt pour plusieurs mois, et peuvent les
f>rétcr à leurs voisins. C'est ainsi que a vie int('l!(Ttuc!|p circule parmi cette population intéressante, qui consacre a la culture de son esprit le temps que lui laisse la suspension de ses travaux matériels.
L'école de Besesstad, autrefois établie à Reykiavik, est la pépinière d'où sortent les hommes les plus instruits de nslande : on y enseigne le latin , le ^rec, l'hébreu, le danois, la géogra« plue, l'histoire, l'arithmétique et la théologie. Malheureusement, on ne peut, faute de place, y admettre plus de quarante élèves : encore ces pauvres enfants sont-ils bien maltraités sous le rapport du bien-être physique : ils coucbênt deux à deux, et même quatre
à quatre, dans des espèces (Tarraolres à deux compartiments , que Tott lerme sur eux, au risque de les étouffer. Ils
sont mal nourris , et leurs parents , qui sont oblii;é.s d'entretenir leur trousseau, ne peuvent quelquefois leur donner les vêtements nécessaires pour supporter sans souffrance les rigueuis de I hiver. Malgré cela, ces jeunes gens travaillent assiddment , et (juilt* ut le collège avec une insti ucliou aussi solide que celle qu'on acquiert dans nos lycées.
L'université de Copenhnc:ue est une ressource plus précieuse encore pour la jeunesse islandaise. Les insulaires qui y entrent jouissent de plusieura privilèges : ils habitent une maison fondée par le roi Christian M, et s'ils passent leur premier examen a la satisfaction des professeurs, ils reçoivent une gratillcation de trente ou quarante francs par mois. Ces étudiants , h leur retour dans leur patrie, ocrupi'nt It s places de magistrat, de syssehnand, et desservent, s'ils sont pVétres, les paroisses les plus populeuses et les plus richfs (*).
Les Islandais sont pieux et généralement instruits dans les matières religieuses. Ils se nourrissent de la lecture de la Bible et suivent avec exactitude les offices du dimanche. Ils professent le plus profond respect pour les er( !ésiastiques, qui, du reste, indépeiidaniment de leur caractère sacré , ont sur eux une grande supériorité intellectuelle. De tous les ministres de la religion du Christ, les prêtres islandais sont ie^ plus à plaindre : ils ne reçoivent rien du gouvernement danois, et ont pour toute fortune l'usufruit de la ferme attachée h la cure et le qîiart des diipes perçues dans la paroisse: encore, si la vciive de leur urédécesseur existe, sont-ils obligés ae lui laisser une partie.des revenus de la ferme.
Dans certaines localités, la dîme, le casuei et la ferme réunis, ne produi-
(•) Pour tout c€ qui concerne l'instniction publique «o Iilmde, on peut eonnller avec frnit I excellent chapitre que M. Blv mier a coosacré à cette malicre.
KLGIOI^S CiaCOMBOLAJLKES,
sent nas pins de soixante àc|iiatre-Tin||t-
dix francs. Des privilèges dont jouissaient autrefois les ecclésiastiques, il neii subsiste plus qu'uu seul, c'est de pouvoir placer dans chaque chaumière un mouton que le paysan nourrit pendant l'hiver. Par suite de cet état de choses, qui condamne le prêtre h une misère profonde , il est forcé, pour vivre, de se livrer aux plus rudes travaux. Comme le plus indigent des fidèles de son église, il travaille la terre, ferre ses chevaux et va à lu pèche. Le voyageur qui traverse en canot une des baies si nombreuses de llslande est tout surpris de rencontrer sous la livrée du pécheur, la ligne ou le filet h la main , le prédicateur ^uMl a vu monter en chaire , dans Téglise du ha« meau, sous le costume de prêtre. Malheureusement il paraît que cette douloureuse ol)li;^ation exerce une action filcheuse sur les manières et les habitudes des ecclésiasti'qnes ; peu à peu , ditou , ils adoptent sans b en apercevoir le rude langage et les allures des hommes grossiers qu'ils fréquentent; on assure même que la société continuelle des bateliers influe sur eux à tel point , qu'ils finissent par contracter le goiit des boi«?sons spiritueuses.
Du reste, cette dérogation aux principes qui doivent diriger la conduite d'un serviteur de Dieu, ne diminue en rien le respect des Islandais pour leurs pasteurs; ces derniers en sont quittes pour ne pas prêcher sur la tempérance.
L'intelligence qui distingue les Islandais, leur godt pour la lecture des livres sérieux, par-dessus tout, leur piété fervente, devraient les préserver de toute idée et de toute pratique superstitieuses. Cependant , ils ne sont pas exempts de cette lèpre morale. De tout temps la magie a été chez eux en grand honneur, de tout temps ils ont employé des moyens extraordinaires pour gué'rir les maladies : ainsi, ils avaient autrefois l'habitude de se faire saigner, de laisser jaillir un peu de sang et de refermer dis suite ia piqûre, en conjunmt les rnnUns eiprrei ptr des fommles oonsanées. Plus tara Ils adoptècMit
d^autresnoyenscitratils : ils formaient des croix avec leurs doigts et portaient écrits sur leur poitrine des psaumes ou des prières auxquels ils attribuaient des propriétés physiques bienfaisantes. Ils ont aussi conservé des traces de la chiromancie, et gardé précieusement les figures hiéroglyphiques relatives à cette science occulte. On trouve aussi chez eux quelques écrits sur l'astrologie, et notamment sur l'influence que les douze signes célestes exercent sur la naissance des hommes.
On sait que les anciens ISorwégiens s'occupaient beaucoup de magie noire ou diabolioue. La pratique de cette science caoalistique ne s'introduisit en Islande qu'à une époque plus rapprochée de nous. Les habitants de cette tle prenaient leurs symbolesdans les runes et dans la poésie; les runes, d'abord usitées comme simples caractères d'écriture , étaient devenues des signes magiques ; on les réunissait à la poésie pour les grandes opérations mystérieuses , et on attribuait à ce mélange une grande puissance. On voit dans les histoires d Ldden et de Snorre Sturleson qu*Odin a été le nremier et le plus grand magicien du ÎN'ord. Dans plusieurs autres monuments historiques de ces peuples , on trouve l'explication de toutes les cérémonies et l'indication du dessin des runes. Ces deux espèces de magies ont subsisté même en conipacrnie du christianisme; seulement, deuuis l'extinction du culte païen , elles n'ont été pratiquées que par des gens mal famés.
Le mot 6/o^ désignait d'une manière générale, dans le ?iord, l'ensemble des dogmes du paganisme Scandinave.
Mais ces dogmes , qui admettaient la
f>lus grossière idolâtrie, étaient méangés de magie. Disa blot indiquait le sacrifice offert à ia déesse Disen^ arbitre du sort des mortels. AUa bht désignait le sacrifice fait aux esprits des neuves et des campagnes , dans le but d'être heureux en ménage on de rendre un ennemi malheureux. Seidur est la plus aneiemie et la plos terrifale des magfesi elle se prati^t sur le
m i/umvERs.
feu, i^r la ppesie ou par le chant. Pré- culauts, daus le but de leur assurer
fiSBU OU aMento, oeux qua cas inyt- tina longue existenca, et qu'elles n*eii-
tères concernaient étaient ensorcelés, fiounûent, pour cette absurde cruauté,
devenaient qiichiuefois fous, et de- qu'une simple amende en argent? Au
valent, pendant tuule leur vie, être contraire, ceux qui s'occupaient de
incessamment visités par la misère et sortilèges diaboliques étaient mis hors
toute espèce de calamités. la loi : ehacun pouvait les tver, inéme
Cependant ces opérations cabatis- dans leur propre maison, et quiconque
tiques se faisaient en secret, car elles leur donnait asile, était, comme eux,
étaient sévèrement bhlmées par les lé- mis à mort. Cependant , comme les
gislateurs du ISord. Odin, suivant chrétiens eux-mêmes se servaient
Sturlesoa, finit nar les désapprouver de certains objets matériels dans leurs
comn)e immorales et peu agréables cérémonies religieuses, à Pexeinple des
aux dieux. Alors on cessa de sacrifier sorciers qui suspendaient des [lierres
aux tdoles. Le seidur ou grande magie au cou des hommes et des anunauJiL, il
fut surtout mis à l'index ; on rapporte fallut renoncer à cette extrême li-
même qu*Harald aux beaux dieveox gueur, et adoucir au moins la péna*
fit briller son propre (ils, comme cou- uté.
pable de ce crime , ainsi que ceux de Dans les temps modernes on vit
ses amis qu'il avait reunis en société renaître la magie en Islaude , et les
mystérieuse. La magie noire était sortilèges se mflerent aux cérénonies
f prohibée parles plus anciennes lois de religieusesquelaréformeavaittolérées. 'Islande. Les condamnés étaient en- Malheureusement les hauts fonctionfermés dans un sac, puis on ïe& lapi- naires, intéressés à maintenir le peuple dait jusqu'à ce que mort s'ensuivit; daus l'iguorauce, favorisèrent cette fâenfin, on brûlait leur cadavre, et on dieuse tendance , non en se livrant en jetait les cendres à la mer, afin , personnellement aux opérations cabadisait-on , qn'ils ne revinssent pas listiques, mais en accréditant l'opinion tourmenter les vivants; on croyait, qu'ils étaient eux-mêmes doués de en effet, que les morts reparaissaient la faculté de deviner et d'ensorceler, sur terre, et Odin lui-même avait en- Il y eut alors , comme autrefois , pluseigoé le moyen de les évoquer. sieurs espèces de maries. FinskgaUer La magie qui, en Islande et en Nor- indiquait la possession d'un esprit wége 1 avait survéen nii paganisme, ayant la forme d'un ver ou d'une mouse pratiqua toujours en secret après che; ce mode de sorcellerie avait été rétablissement du culte chrétien. On introduit dans le pays par un Islanopérait habituellement pendant la dais qui, dit-on, avait fait tout exprès nuit, et surtout aux approches des un voyage en Laponie. Atkalla andu grandes fêtes. Mais les acteurs de ces or /o/j/c;* désignait l'évocation des esscèncs de superstition étaient sévère- prits et le pouvoir de s'en servir; ment punis. La loi païenne avait dé- c*était la magie des grands et des ricrété la peine de mort contre les sor- cbes. Gandreid expnmait la précieuse ciers qui se livraient h la njcvi^ie noire, faculté de voyager dans les airs; mais etavait laisse de côte les autres espèces tandis qu'en Allemagne on faisait chede magies. Le code chrétien fut plus vaucher les sorcières sur des maucbcs rigoureux ; il condamna tous les de- a balai , en Islande ces cavalcades aé> grés (le cette srience , en adoptant riennes se faisaient à califourchon sur touieloi.s une proportion dans le chà- des côtes et des tibias de chevaux. On tinient. Ce ne lut que dans le moyen croyait que lorsqu'un de ces voyageurs âge que Ton commença à brûler les nocïunies s'approcliait des ossements magiciens, upoirait-on qn^il y eut , ^ répandus dans la camgagne , ces der* cette époque, des femmes assez stnpi- niers étaient, à l'instant même, rédément barbares pour mordre et même duits en poussière. 11 y avait aussi des çoupcr tntierenieut un doi^t a leurs geos (|ui i^réteudaieot pouvoir e&cU«
RÉGIONS OaCOMPOLAIEES.
les orages et les tem{)étes, foire périr
des baraues et des vaisseaux en mer, tout cela à l'aide de Quelques caractères symboliques tracés sur Uiie téte de poisson. Ceci s*ap|)e1ait gioerninga vedur. D'autres initiés interprctaient le chant des oiseaux {at skilia JucjUrof ci(l) : c'était le privilège des princes et des rois. La corneille était , de tous les oiseaux, celui que Ton consultait le plus volontiers pour les affaires d'I^tat; mais comme il ne s'en trouve pas en Islande , le c()r!)eau , politique non moins profond, était le conseiller par excellenee dans les circonstances les plus graves. Un autre genre de magie consistait à choisir une personne de connaissance ou un ami qui promettait de reparaître sur terre après sa mort, et de rendre compte de tout ce qui pouvait intéresser le survivant. On ridout iit beaucoup la première visite du revenant, et on la disait fort dangereuse. Le hixrra kaJ^ était le plus haut degré de magie : c'était rincarnatioîî du diable dans un veau nouveau-né , et que sn mère n'avait pas encore nettoyé. Celui qui désiraft rinitiatlon était obligé de rem»
p!ir les fonctions de la vache, c'est-àdire, de lécher entièrement le veau.
Celte (légoiHante opération suffisait pour donner connaissance du grand mystère.
Les roues ont toujours été en Islande les principaux agents des sortilèges. On se servait aussi d'autres signes ou symboles, tels que la canne d*Aaron, le sceau de Salomon, le marteau de Thor, et enfin le sprofa^ long bâton mince qui, suivant les sorciers et leurs crédules sectateurs, avait la vertu de faire entr'ouvrir le^ rochers et les montagnes , et procura it en m^me temps le moyen de converser avec les gnomes.
Les prêtres essayèrent , à une époque peu éloignée. de nous , d'extirper la superstition et toutes ces fobes manies. Mais, comme ils n'étaient pas exempts de la maladie dont ils vo!ilaient guérir les autres, leurs avis et leurs pr^icatioos n'eurent aucun efftt* A10T8 uo eut recours à liotinii*
dation; on brûla de pauvres ^ens
dont font le criuic était d'avoir l'unagination exaltée par des idées, au fond trè$- innocentes. Dès qu'un homme était accusé d'avoir ensorcelé quelqu'un, ou seulement des animaux , on le condamnait au feu. Dix Islandais subirent cet horrible supplice dans l'espace de trente ans , c'est-à-dire, depuis 1660 jusqu'à 1690. Parmi ces malheureux , qudques - uns étaient ^\m\)\ement soupçonnés de sorcellerie, tnlin , la raison' publique et les autorités elles-mêmes, ayant protesté contre la barbarie de cette loi , une ordonnance royale la modifia dans les dernières années du dix-septième siècle, en ce sens que le roi se réserva le droit de réviser le procès avant que l'accusé pdt être condamné à mort. On vit alors disparaître une grande partie des anciennes opérations magiques; mais la croyance aux ^revenants et une foule d'autres supentitions subsistèrent en dépit de tous les efforts du gouvernement et du c!crp;é.
Du reste, si ces iirejugés et ces pratiques absurdes n'ont pas encore entiè* rement dis|Miru de la terre d'Islande, il fiiut eonvenir que cette tendance trouve son excuse dans Paspect et la nature des lieux qu'habitent ces pauvres paysans. Environnés de rochers aux formes fantastiques, de vallées obscures, de cimetières qu'éclairent les lueurs tremblantes de l'aurore boréale , de montagnes au sommet desquelles s'arrêtent des nuées semblables à des fentdmes blancs, les Islandais sont naturellement portés à croire aux revenants et aux esprits, dont ces lieux funèbres sont, comme on sait, le domaine ordinaire. Ce qui prouve que les impressions physiuues sont pour beaucoup dans cette disposition morale, c'est que la po{)ulation de la partie nord , qui est la plus triste et la plus sombre, est beaucoup) plus superstitieuse que la population des districts méridionaux. Au surplus, les erreurs de ces pauvres gens sont aujourd'hui fort innocentes et ne mériteraient ^as que la loi s'en occupât. C'est aux instituteurs et aux eeciésiaatiqiMs à màn^
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ver de détruire le mal dans sa racine, et tout fait espérer qu'ils y réussiront.
Avant de passer au diapitre des usages et des mœurs, il dous reste à indiquer le chiffre de cette population dont nous venons de trnrer le portrait |]|)i}'sique et moral. On évaluait autrefois à cent mille le nombre des habitants de l'Islande; aujourd'hui, il y en a tout au plus cinquante-cinq mille.
Le littoral , le fond des golfes et quelques vallées sont seuls habités, et ce n est là que le tiers de ce vaste terri* toire. La cause de cette notable diminution est facile à signaler : c'est le nombre presque incroyable des cnlamitéspubliquesqui ont successivement frappé ce malheureux pays. En voici le tableau abrégé, tiré d'un écrit de M. F'inn-Ma^^nusscn, que M. Mnrniier, dans son Histoire de t Islande ^ il mis à contribution :
L'Islande, en 976, avait déjà beaucoup souffert. En 985 , nous voyons plusieurs familles forcées, par la 'misère et les fléaux physiques , d'aller chercher un refuge au Groenland.
1002, 1008 et 1018. La récolte de foin est nulle, et les habitants sont obligés de tuer une grande partie de leurs bestiaux, leur seule richesse.
1015. Froid excessif; l'île est entièrement entourée de glaces; par suite, misère affreuse.
1021 et 1035. Été pluvieux et sans soleil. La terre ne peut se réchauffer et reste stérile; la santé des habitants en souffre cruellement.
1047. Celte annce est désignée, dans les annales du pa\s, sous la denoniinalioQ signiUcative d'année du grand hiver»
10$e, 1057, 1078, 1118. Les chevaux périssent par le froid, et phisieurs ninî<ons sont détruites par des avalaiiclies.
1130, 1160. Point de récoltes. - 1181. 1183, 1183, 1184, 118G,
1197, 1200 et 1202. iMénic columilé;
plus de deux mille personnes meurent
de faim et de misère.
1337. Etés humides et io(riKiueiixs
bireis rigoureux et iamiiie»
^LRS.
1253 et 1258. Printemps aussi froids que rhîver; misère affreuse.
1259. II neige abondamment dans les premiers jours du mois d'aoïlt, et il en résulte de grands malheurs.
12G0. Série de mauvaises années.
1384. Le froid tue un grand nombre de bestiaux. Des hommes même meu- .
rent de faim , et des maisons deviennent désertes.
1287 et 1288. Froid excessif et famine.
1 290. A partir de cette année inclusivement , lu terre reste pendant plusieurs étés constamment couverte de brouillards , et les recolles :»unt nulles.
1300. Hiver rigoureux ; famine.
Dans la seule province de Nordurlaad, plus de cinq cents habitants périssent de misère.
1312, 1313, 1314 et 13i:>. Été plu* ▼feux. Froid violent en hiver. Une seule église reçoit, en très-peu de temps, trois cents morts.
1.320 à 1340. Sur ces vinet nnjices, dix seulement donnent quelques pro* duits.
1343. Il neige si abondamment que le sol est couvert à une hauteur de
Plusieurs pieds. Un grand nombre de estiaux uérissent. On cite des fermiers qui sur deux cents moutons n'en peu* vent sauver que deux. Dans le courant dejuin, l'excès du froid tue, à Skai* holt , quatre-vingts vaches.
1346 à 1377. Dix-huit années de froid cruel et de misère. Cent soixantedix personnes meurent de faim dans le district de IMyvatn qui , ordinairement , trouve dans la pèche une ressource précieuse.
1879. La neige engloutit, au mois de septembre* plusieurs troupeaux de moutons.
Au commencement du quinzième siècle, la peste noire s'introduit en Islande, et eu\v\e. les deux tiers de la population. Le froid pendant l'hiver, et la pluie pendant l'cté, se joignent à ce fléau pour augmeutei' la désolation parmi les Islandais.
1500. Famine.
1606, 1616 » £o pleio moii de