REGIONS C1AG0MF01«AIA£S
Join , ta neige ftit périr un grand nom-
Dre de moutons.
1520 et 1626. Misère et maladie
contagieuse.
15â2 à 1568. I roid intolérable qui tue hommes et bestiaux.
1562 , 1565 , 1566 jusqu'à 1599,
Tourbillons de neige au mois de juin qui font beaucoup de mal niix aiiinuiux.
Premières années du dix-septienie siède. Hivers si rigoureux qu'on voit des cbevaux mourir de froid en une nuit. Km deux ans ( 1G03 et 1C04), neuf mille habitants meurent de faim, et celle affreuse situation se prolongea Jusqu'en 1610. Des paysans affomés iiircikt réduits à mâtiier la peau des moutons et a déterrer les os pour les manger. On se rappelle surtout en Islande le 17 mars de cette année , qui fut le jour le plus néfaste.
Froid extrême, neige abondante, mortalité sur les bestiaux et misère, en 1G12, 1614 et 1615. Il en est de même en 16S4 , en 1633 et en 1634.
La gelée est si forte et si générale, qu'on peut à peine se procurer de l'eau et qu'on n'abreuve les bestiaux <|u*ufie fois par semaine. Clievaux et moulons meurent par centaines; les restes des oiseaux morts , dévorés par ceux oui survivent , joiiclifîit les plaines. La neiize encombre tellement le rivage, que les luibitunts ne peuvent, [iour aller pédier, franchir l'espace qui les sépare de la mer. Les rivières restent prises jusqu'au mois de juillet. Cet état de ciioses dure jusqu'en IG^I.
' 1647. Le manque de récolte affame les bestiaux; les brebis sont obligées de dévorer leurs petite.
Hj,32 à 1667. Amiees infructueuses.
1669. Des troupeaux sont emportes par des tourbillons de neige.
1674. Misère et famine.
1G75. ISIaladin épidémique qui dépeuple nofi-seuleuicnt des luaisous, mais des paroisses entières.
1680, 1683, 1G84, 1G85, 1686. Froîd violent; récolter presque nulles; misère; mortalité.
1G89, 1G90. Famine effroyable, telle qu'on n'en avait jamais éprouvé de iemblable.
1696. Les souffrances des Idandais, apaisées par uoe année heureuse (1694^
recommencent et se prolongent pendant dix ans. Files se renouvellent en 1707 , et sur les vingt-deux années qui suivent, il n'y en a que quinze de bonnes.
1748. Hiver glacial. Dans le petit district de Langanaes, quarante-quatre bouuues périssent de froid cl de ftlm.
1757. n meurt trois mille six cents
personnes , et , après un répit de six années, Its inèmes calamités se renouvellent, pour se prolonger presque sans interruption jusqu'à la fin de 1782.
Pendant les dernières années de ce siècle, le froid, les éruptions volcaniques et les tremblements de terre sèment le ravage et la mort en Islande.
Suivant M. Stepbansen, bailli d'Islande qui a écrit une description de ce pays au dix-liuitième siècle, les années 1784 et 1785 virent périr 9000 personnes, 38,600 chevaux , il, 491 bétes à cornes , et 190,488 bétes à laine.
Le di\-iieuviè!ne siècle n'a pas commencé sous de moins suustres auspices : deja plusieurs années ont été marquées par des désastres irréparables.
Si l'on fait entrer dans celte longue énuméralion les soixante-trois éruptions de vulcans dont nous avons donné la liste dans un cbapitre spécial, et que nous avons omises ici pour ne |ias faire de double emploi, on restera convaincu qu'aucun peuple au nioncie n'a été si cruellement éprouvé uue le peuple d'Islande, et Ton se rendra compte de son affaiblissement numérique.
Certes, il faut que les causes de dépopulation soient bien actives et bien puissantes pour que la fécondité des femmes islandaises ne répare pas les perles annuelles.
Tout se réunit, en vérité, pour faire de l'Islande une terre <le désolation et de ses habitants un peuple de marl\ rs : le monopole commercial achève d'épuiser les ressources des malheureux insulaires, déjà si largement diminuées par les hivers rigoureux et
les étés sans soleil. Pendant près de
17' Livraison, (Ki:.oio.>:» ciiicotLPOLia££s. ) 17
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èm rièdeg, tout î&mmm&nM de riilande fat soumis à des entraves odiei^
ses: en 1789, il fut déclaré librp, mais le Danemark s'en réserva le monopole exclusif. La conséquence toute naturelle ée cet aele despotlooe est que les objets apportés par les uAtiments danois dans les entrepôts de Tlslande (*) sont excessivement chers; que les habitants sont obligés, pour se procurer les denrées et les ustensiles dont ils ont besoin, d'abandonner à l'avide trafieant tout le fruit de hnirs sueurs et de leurs veilles, et au'il leur est impossible de se ménager cfes ressources pour les mauvaises années. Que de laine, de suif, de viande de. mouton, de poisson, de pelleteries, et de duvet d'éder, ne faut-il pas que l'Islandais livre au marchand danois, pour obtenir seulement on pea de finrine et de sel , quelques outils, et im petit baril d'eau-de-vir ! Quant à l'argent, les Danois ayant intérêt à tout payer en marcbandises, n'en donnent qiravec beaneoap de répugnance et le moins possible.
Aussi Ir décoiirnirement paralyse l'activité et le bras de l'Islandais. SÎ, f^ràce aux lettons et à l'exemple de Biarin Baldorsen, flstande produit aojourd*hoi quelques légumes, quels immenses espaces de sol susceptibles de culture sont encore en iriche !
Il est hors de doute que les districts méridioRauXi soumis à une tempé* rature plus douée que les provinces du nord , pourraient devenir plus riches et plus productifs qu'ils ne le sont, et cependant ils ne sont pas exploités. A quoi peul-on attribuer cette incu* rie, si ce n*est à cette espèce de foligue morale qui s*empare de 1 homme quand il sait que sa volonté rencontrera toujours des obstacles insurmontables?
ilTceiirs ei usages deâ ItkméaU, Ce chapitre ne sera que le complément de celui qui précède, car les coutumes et les mœurs d'un peuple ne sont que les manifestations de sa force physique et de ses instincts. Ici nous piouvons, à la rigueur, nous passer de
(•*) Ces cnirrpôf'î sont Kcvkiavik , Hafnarfiôrdur, E^raibacki et Lskitiurdur.
nolériaitt récents, attendd'fne ce que nous avons à dire diffère peu de ce
que les anciens écrivains ont dit sur le même sujet. Les Islandais, en effet, sont, sous le rapport des usages, ce qu'ils étaient autrefois. Aucune nation n'a été aussi tidèle à ses traditions.
Leur langue, leur costutne et leur manière de vivre sont restes les niénies pendant une période de neuf siècles, tandis que les autres peuples se sont modifiés sous l'influence des circonstances ou de certaines individualités uissautes. Habitués dès leur enfance entendre vanter le caractère de leurs ancêtres, et sachant que leur île natale a été l'asile de la poésie et des sciences à une é{)oque où l'Europe était plongée dans l'ignorance et la barbarie^ les Islandais possèdent à un degré émment le sentiment national, et IVm p Tit nu'mc observer chez un grand nombre de paysans de ce pays une certaine di^iite de maintien qui révèle à la fois indépendance de caractère et la consdenoe ds la valeur person« nelle.
N'est-ce pas pour obéir à une liabit ude de leurs pères qu'ils s'obstinem a construire leurs maisons au pied des hautes montagnes , en dépit des périls qui les menacent? Que leur importe que des rochers énormes détachés du sonwuet, ou des masses de terre détreinpées par * la pluie, fimdent sur leur frde habi* tation et en dispersent au loin les débris ? Les premiers colons norwéuiens n'ont pas reculé devant ces dan;j;ers, et eux , leurs dignes enfants, ils ne recalent pas davantage.
En général, il ne âuit pas chercher rexccnlricité dans les usacjes des Islandais; cependant, quel(jues-uns sont assez singuliers. Leurs dilférenus manières de saluer, par exemple, ont presque toutes un caraetère oriental.
Lorsqu'on se rencontre on s'aborde en se disant : S:eU vertu , ce qui corresj)ond directement au salutdes Hébreux, ^c/takm iMchffX an bonjour arabe, soIoni ttletk; ni Tune ni Tautre de ces expressions ne siimifie paix , dans le sens qu'on attaciie à ce mot en Occident , mais bien , soyez heureux. Il paiai-
^ uj i^ud by GoogItJ
trait 1 <i*8près l'Ëdda ^ ^ud les aDciens ScaiMinaves employaient le mot heili, au lieu de saslly d'ott, par suite des
modifications de Tidiome anglo-saxon, les Anglais ont tait huil { Dieu vous conserve! ), expression employée comme mode ae solutatîoa dans plusieurs passages de la Bible. Kn s'abordant et eo se quittant, un affectueux baiser sur la bouche est , sans distinction de rang, dage ni de sexe. le seul genre de salut usité en Islande. Seulement»
dans le voisinage des factoreries ^ riiomme du peuple salue un étranger quMl regarde comme son supérieur, en plaçant sa main druile sur sa bouche OU sur son eœur, et en s^inelinant profondément. IjOisque vous visitez une famille islandaise, il faut la saluer suivant rûge et le rang de chaque individu, en commeni^ant par le chef et en finissant par le moins respectable, sans en excepter les domestiques ; maïs, eu prenant congé, cet ordre est comj)!étentent renverse, c'est-à-dire, (jue le saint doit être d'abord adresse aux serviteurs, puis aux entants, et enfin à la maîtresse et au maître du logis.
llenderson parle d'une coutunx' encore plus originale. Qu'on nous permette de traduire textuellenaent le curieux passage oii il en fait mention :
• Le maître et la maîtresse de la maison m'ayant souhaité une bonne nuit, se retirèrent et laissèrent auprès de moi leur fiUe tfbiéc , pour m'alder à dter mon pantalon et mes bas. Je leur aurais bien fait grâce de celte étrange politesse qui contrastait avec les senliments de délicatesse auxquels un Eusopéen est habitué. En vain lis-je observer à la jeune Islandaise que son ministère m'était parfaiteqient mutile; elle persista en disant que c'était Tusage et qu il était du devoir d'un chrétien de veoir en aide au voyageur f»> tigué. Il fallut donc se résigner. Quand je fus couché, elle plaça devant mon lit une longue planche pour m'empècher de tomber, et après avoir mis une jatle de tait sur une table près de mon chevet , elle se retira en me disant bonsoir. Cet usage est répandu dans toute l'Islande. Quand il n'y a point de fiUes
OMPOLAIRES. Ifii
dans la iamiUe,^ c'est la. maîtresse de te maison elle-même qui se charge de cette singulière corvée , et ewB se trouve très-honorée de donner cette preuve de déférence à l'étranger qui est venu s'asseoir sous son toit hospitalier. »
Cet usage prouve en faveur des Ii* landais , car il révèle une grande pureté de mœurs et une chasteté qu on n'observe plus nulle part en £urope.
Hais hfttons-nous de dire qu*il mit exception , sous le rapport de ta bizar* rerie, à la règle gem^ale que nous avons posée, et ^ue tout ce fjue les voyageurs nous apprennent sur les autres habitudes nationales de ce peuple est, comme nous Tavona dit, fort terre-à-terre.
Conmient pourrait-il en être autrement? Leurs occupations u'out elJes pas une teinte uniforme et essentiellement monotone ? La pèche , la préparation du poisson et des peaux de phoques , le tissage du drap ou wodmel, la garde des troupeaux et la fenaison , tels sont leurs uniques travaux. Et les amusements par lesquels ils font diversion à ces tristes labeurs, ont il peu près le méoie caractère. La lotte , les échecs et les dames , sont leurs jeui de prédilection. Y a-l-ii rien de moins excentrique ?
Le paysan islandais fait ses trois repas par jour : il déjeune à sept heures du matin , dine a deux heures de Taprcs-midi, et soupe à neuf heures du soir. Le déjeuner se compose do s/iyr, ou lait caillé aigre , qu'on accompagne d'une grande quantité de crème douce. Quelquefois on lui donne une saveur {particulière en y mêlant du jus de baies de genièvre. Leur dîner coiLsiste en poisson sec ou gelé, ( t en beurre aigre , cor les Islauiiais se servent très-rarement de beurre frais ou salé. Ils le laissent aigrir t et le conservent ainsi vingt ans et plus; ils croient ce hrurre plus sain et le trouvent meilleur que celui auquel nous donnons la préférence. Plus il est vieux , plus il flatte leur goût. La b'vre de ce beurre vaut deux livres de beurre &ais. ▲ soup^t Hm man^t, soit du
skyr avec un peu de bi.scuit et de fromage , soit une soupe faite avec de la mousse islandaise, espèce de lichen
bien connu en Kurope. Ce dernier mets est le plus jigrmhle et le plus salutaire. La boisson uidinaire est le bhnda , petiMait mêlé avec de' Teau.
Ils boivent aussi du petit-lait pur et du lait, qu'ils ne prennent guère que diaud.
Tel est Tordinairc des Islandais.
Mais il est encore d*autres mets dont
ils raffolent : pur exemple, la viande salée ou fumée, ou bien encore conservée dans du petit-lait fermenté. Ils mangent aussi avec ulaisir des os, des tendons de bœuf et oe mouton , et des arêtes de morue, qu'ils font cuire dans du pctit-lait justju'a dissolution.
Ils les font ensuite lermenter et les servent dans du lait. Quant au poisson, il est certaines espèces qu'ils ne mangent que lorsque l'animal est sur le point d'entrer en |)Utréfaction , et quand les fibres se detaclient presque «felles^mtoes. Ils en liont quelquefois du bouillon qu'ils mêlent avec du petit* Init. Lf\s p-iysnns qui jouisseïit d'une certaine aisance, se nourrissent aussi de viande bouillie, de veau marin et de chair de baleine.
Le dimancbe, la famille islandaise se régale de quelques mets extraordinaires ; tels que du gruati d'orge ou de sarrasin cuit dans du lait, de la bouillie, de la soupe grasse et de la viande macérée dans du petit-lait. Aux prarides fctes, comme Noël et Pâques, le plat de rigueur rsf de la viande fumée, dont on extrait le jus en la mettant en nresse. Il y a aussi dans le courant de Tannée certains jours qu'il est d'usage de célébrer par des Jestms : c'est ainsi que, après la moisson, on mange le slayen-iamb (agneau gras), ou un mouton si la famille est- trop nombreuse. Ils appellent la soirée du mardi saint sprengîou hveid, parce qu'on est obligé, ce iour-là, de donner aux ouvriers et aux domestiques autant de viande fumée qu'ils en demandent.
Le lendcninin, la viande est interdite jusqu'après PAques, et, pendant tout le temps du carême, il faut bieo se gar-
der de prononcer même le mot viande.
Cette coutume donne lieu à un sincii*
'lier badinage : ils s^excitent les uns les
autres afin que ce mot échappe à l'un d'eux, parce (jue le délinquant |)erd la portion de viande qui lui revient le mardi après Pâques (*). Le premier jour d'été est aussi fêté par un régal de famille, auquel participent tous les gens de b maison.
Nous avons parlé ulus baul du beurre aigre dont les islanoais font grand cas. Ce beurre, ainsi préparé, a sur le beurre salé l'avantage de pouvoir S6 conserver très-longtejnps sans devenir rance ; lorsqu'on a soin de le bien presser, afin d'en faire sortir tout le petitlait, quand on Ta bien pétri et soigneusement lavé, il se garde, couiuie nous l'avons dit, plus de vingt ans, sans perdre sa saveur acide. A l'époque oà le catholicisme régnait en Islande, il y avait prés de.s évéclu-s de vastes maisons qui servaient uniquement à emmagasmer de grandes provisions de ce beurre. Dans les années de disette, qui ne revenaient que trop fréquemment, on en distribuait à tous ceux qui en manquaient, et priucipalemeot aux vassaux de l'évéque.
Il est certain, du reste , que oe mets national était en usage cfès la phis haute antiquité; ce qui confirme ce que nous avons dit de la lidélité des Islandais à leurs anciennes coutumes. Ou lit le passage suivant dans la sèUreSkida Mima, un des plus anciens poèmes du pavs, et l'œuvre d'un Islandais poète du roi Siîiurd-Jorsalasard : « Skidi était le mendiant le plus misérable de l'Islande. Il rêva, une nuit, qu'il allait de* mander Freya en mariage, et prier en même temps Odin d'ajouter à cette faveur la permission de se faire remplir de beurre aigri une caisse qu il portait avec lui. Friggia reçut ordre d'acquiescer à sa demande. *I.( p uivre Skidi réveillé, et revenu de son rêve dans un coin de la chétive cabane qu'il habitait dans le Liittardal (vallée
(*) Cette interdietion de la viande aprei la semaine sainte eit un reste de cathiiU-
cisme.
RÉGIONS CmCOlilPOLAIRES.
d'Hitlnr), va, comme poussé par une suite de son délire, visiter une caisse OÙ il enfermait sa mesquine provision.
Quels furent son étonnement et sa joie en la voyant pleine de vieux beurre aigri ! »
Quelques voyageurs prétendent que de pareils aliments ne nuisent en rien à la santé des Islandais. Cependant la raison dit qu'une nourriture aussi sinp!ili(^re n'est guère propre à soutenir les forces de ces hommes condamnés Qux rudes travaux de la pèche et de la culture. On peut m^ine ajouter, sans craindre de se tromper, qu'une scui- Llable alimentation est tout à fait de nature à favoriser les horribles maladies dont ees insulaires portent le ïirrme dans leur sang, telles que la il pre, réjpphantiasis et les scrofules. Heureusement la civilisation européenne leur vient peu à peu en aide. Déjà lin certain nombre de paysans islandais se nourrissent un ppu mieux, boivent des vins de France, du café, et se servent de meubles venus d'Europe.
Les Islandais se chauffent avec de la tourbe» de la bruyère . des buissons de s^nîèvrc, des os des bestiaux tués pour la consommation, dr> ns de poissons arrosés d'huile de baleine, et du famier de vache desséché. Ils emploient aussi le bois jeté sur leurs côtes par la mer.TI en arrive tous les ans une grande quantité dans tout le nord de i'ile. Ce bois vient en grande partie d'Amérigue, d*où les vents et les courants les poussent dans ces parages. Le Saint- J.aurent en charrie beaucoup, aijisi rpi-j les fleuves qui se jettent dans la baie d'IIudson. Mais il en vient de bien plus loin : on a trouvé plusieurs fois sur le littoral de l'Islande et du Groenland des arbres f|ui ne croissent (jue dans l'ouest des Etats-Unis, et cj^^ui, entraînés par les flots du Mississtpi dans le
{;olfe du Mexique, avaient flotté , sous 'impulsion des courants, jusque dans le voisinage des régions circoiupolaires arctiques.
Il existe en Islande un autre combustible, plus précieux encore et d'une nature assez étrange; c'est le surfurbrandou bois noir fossilisé. On trouve
Ml
cette substance enfouie sous terre à une certaine profondeur, dans plusieurs quartiers de Hle. Elle se présente sons h forme d'arbres ou de rameaux couchés horizontalement, et arcnnuiîps par grandes masses dans le même endroit.
On a beaucoup discute sur l'origine de ce bois à moitié fossile. Quelques auteurs pensent que les foréis dont cette contrée était autrefois couverte, ont pu être renversées par des torrents de lave et se transformer en surturbrand ; mais si le bois ^t été en contact avec la lave brillante, il cùi été infailliblement consumé; ou si la lave était assez refroidie pour ne |ws brûler ce c|u'elle rencontrait, elle eût arraché violemment les arbres et les ertt dispersés dans le plus î^rand désordre : or les fragments de cette substance sont uniformément ranges dans une position longitudinale et dans un ordre remarquable.
L'hypothèse la plus vraisemblable, c'est que les aii' iens bois de l'Islande ont été abattus pai* la force de l'eau, puis recouverts à plusieurs pieds de hauteur de matières volcaniques. Quoi qu'il en.soît, cette mati -i e ombustible offre, par l'état auquel elle est parvenue, un phénomène sinijulier. Ou ne peut douter nue ce ne soit du bois, car on y voit les veines et les couches concentriques, en plus ou moins grand nombre, suivant rài:e des arbres. T.e surturbrand, exposé à l'air sec ou au soleil, tombe en petite^ parcelles et se détruit; tandis qu'il se conserve trèslongtemps dans les lieux humides. !\lis au feu, il donne une petite namme claire, et produit une chaleur trèsintense. Les forgerons et les serruriers le préfèrent au charbon de terre, parce qu'il ne brille pas tant le fer, et que l'odeur légèrement acide qu'il répand, en se consumant, n'est nullement malsaine. Du reste, ce n'est pas là le seul usage auquel on fasse servir le surturbrand. Les Islandais le travaillent avec une adresse merveilleijse et en font toute espèce d'ustensiles; car ce bois n'a pas seulement la couleur de i'ébène, il en a aussi la dureté. Réduit en poudre, il préserve les habits des vers, et les insulaires assurent que
ITNIVERS
c'est un remède souTeraia eontre lei
coliques violentes.
Ce que nous venons de dire des mœurs et des usages des Islandais est sufGsamment caractéristique , et nous dispense de plus amples dét;iils.
Langue islandaise. Les runes. I/islandais est considère avec raison comme le modèle et la souche primitive da grand dialecte en usage chez les nations septentrionnies et tiré de la langue gothique. Tandis que le suédois, le danois, et u>éme le norwégien , qui est une espèce de dialecte fort doux , subissaient plus ou moins rinfluence de Pidiome teutohique ou nllcninnd , la langue des anciens Scandinaves se ' conservait en Islande dans toute sa pureté. Cette langue était , durant le moyen âge, le dônsh- tunga^ ou langue danoise; les Islandais l'appcicrcnt d'abord yiorrœnuy parce qu'ils Pavaient importée de la ISorwé^c : ce dernier nom ressemble à celui de noms ou norse, <jui désigne le dialecte corrom-
f)U parle dans les Orcadcs.STcst scnement depuis que le Scandinave proprement ait a cesse d'être on usage sur le continent, ^*on rappelle /anoS^ islandaise. L*éloignement de cette nei, et le peu de relations qu'elle a, pendant longtemps, entretenues avec le reste du monde, ont en effet préservé de toute altération le caractère original de cette ancienne langue. Tandis que les archéologues cherchent quelquefois en vain l'explication d'un mot ou d^une phrase écrite dans une langue éteinte depuis quelques siècles seule* ment, il n'y a pas en Islande un paysan, et même une servante qui ne soit capable de lire les plus ancn*ns documents Scandinaves. Ce fait, au point de vue philologique, est aussi curieux quMntéressant.
II va sans dire toutefois que celte
Sarticularité ne se fait remarquer que ans rintérieur de nie, et que, sur les côtes t le contact 4es étrangers a fini par modifier Tidiome national.
La langue islandaise est d'une richesse et en même temp^ d'une simplicité remarquables. £!le admet les combinaisons grammaticales les plus
compliquées et de nombreuses modifications de mots ; ce qui lui donne un point de contact avec l'allemand. Klle a les trois gemres, comme le grec, la déclinaison des noms propres, comme le latin, et, comme le danois, l'article détermine qui se place a la lin des substantifs. £lle est douce et exempte de la prononciation si dure des idiomes ermaniques. Elle participe à la fois u danois, du suédois, de Tallemand, du hollandais , de l'anglo-saxon et de l'anglais ; elle offre aussi des aflinités avec le grec et les langues slaves (*).
Les runes étaient autrefois les caractères d'écriture usités en Islande.
Le !nut nifif signifie f)arole mystérieuse. Chez les Finnois, il désii^ne les chants populaires , et quelquefois aussi chez les Islandais. Les monumentshistoriques et lit féraîresd'i Nord ne nous apprennent rien ni sur l'époque où les runes furent introduites en Europe , ni sur celle où elles tombèrent en désuétude. Ce qji*il y a de certain, c'est qu'elles passaient, en Scandinavie, pour avoir été enseignées par Odin, qui le^ faisait servir à des mystères cabalistiques. La rune était un talisman, et la magie l'employait pour exprimer ses formules. Ce n'était quelquefois qu'un symbole ; gravée sur le bras ou sur la poitrine, elle avait une valeur hiéroglyphique : par exemple, un F désignait Frcya , déesse de l'amour; un î, glace; un naudf nécessité; un Th, Ihor, dieu de la force. Les runes servaient aussi comme simples lettres : elles formaient un alphabet de seize roractères. Une seule représentait les consonne*; qui se prononcent à peu près de même, telles que le p et le A (dans les langaes du Nord) ; le <f et le t, le à et le p; Vu, le si Vy qui se prononçait comme Vu (**).
Après avoir résisté aux efforts des missionnaires chrétiens, l'usage des runes fit enfin jplace à raiphabet européen; toutefois U se maintint parmi
{") Marmier, Lettres sur l'Islande, p.
("j Vo)er p. 7 de la Suéde de V l/nh^rf /MMow^uef ce que M. le bas a dcja du des runes.
Diqitizca by Cic.ik ' .'^
RÉGIONS CIRCOftiPOLAIR£S.
ceftanies populatioitt septraftHonalos Jusqu*au quatorzièroe siècle.
LiTTÉR\Tî RK. Les scoMes. L'application prt'S(jue exclusive des runes aux choses iiivstiuues se conçoit mieux quand on rdléchit que les anciens Scandinaves , par suite de Thabitude où ils étaient de réciter de mémoire leurs chnnts popnkiires , n'avnient presque aucun besoin de l'écriture positive. Les poètes créaient, et le peuple n'pct.iit leurs chants, qui se perpétuaient ainsi dans son souvenir de génération en génération. L'activité intellectuelle des Islandais favorisait Tusage de ces tniditions orales. Cette activité était telle, qu'à répof|iie où l'Europe était encore plongée dans les ténèbres, les habitants de cette île voisine du pôle cultivaient déjà la poésie et l'histoire, et s'initiaient h des connaissances qui devaient avoir pour résultat, non seulement de hfiler leur développement moral, mais encore de transmettre à la postérité des documents certains sur les antiquités du Nord.
Ce goût des Islandais pour la littérature et la science n'est pas difficile à expliquer : les Norwégiens qui peuplèrent ce pays appartenaient aux faniilies les plus distinguées de la mère patrie. Ils étaient fies leur enfance iiccoutumés à entendre le récit des choses d*autrefois; ils avaient fréquenté les assemblées publiques, où la voix des hommes éloquents avait plus d'une fois frap|)é leur oreille; enfin, ils avaient retiré de leurs expéditions maritimes une connaissance assez exacte de la situation politique, de l'histoire et des' mœurs des autres contrées de l'Europe. Tout ce trésor intellectuel, ils l'appot Lcrent en Islande, et les hauts faits accomplis par eux-mêmes sur cette terre d'.idoption leur fournirent l'occasion d'exercer leur verve littéraire.
Ils chantèrent aussi ; ils racontèrent le présent comme le passé, et les loisirs de leurs longues nuits d*hiTer oe firent qu'augmenter cet heureux pen-
diarit.
Les premiers poètes islandais qui passèrent sur le continent eurent tant
de succès, que fart de faire et de chanter des vers héroïnues fut plus que ja- ,
mais cultivé dans les tristes vallées de l'île nouvellement colonisée. Les représentants les plus célèbres de cette littérature parlée lurent les scatdes.
Cétaient des hommes au bras de fer et au langage inspiré; guerriers et poètes, ils cnantnîent les exploits des liéros, les combaU et la mort des braves qui 8*en allaient vers le Vathalla. Leurs chants avaient un caractère exclusivement martial; on n'y trouvait ni gracieuses images, ni sentiments tendres, ni pensées douces et tranquilles. Il n'y avait dans leurs œuvres qu*un parfum de bat.iilles, une odeur de sang qui donnait des vertiges à ceux qui les entendaient réciter et exaltait leur ardeur belliqueuse.
Les scaldes étaient les bienvenus à la cour des rois. lorsqu'ils voulaient faire fortune, ils allaient chez les princes du JNord , et leur demandaient la permission de chanter un de leurs poèmes. Si le scalde faisait preuve de talent et savait confjtiérir les éloges de l'auditoire, on le rerompeusait sur-lechamp par le don d un anneau d'or., d*une épée ou d'un riche vêtement; dès ce moment, il était admis au nombre des familiers du prince. Il avait souver)t l'honneur d'occuper la seconde place dans la salle des festins, et devenait à la fols le généalogiste, lliistoriographe, Tami et le conseiller intime du souverain. Les courtisans apprenaient ses inspirations par cœur, alin de pouvoir à leur tour, et partout où ils se trouveraient, célébrer W vertus et la \aleur de leur patron : ainsi se consolidait et se répandait au loin la réputalion du scalde. La meilleure preuve de l'importance que ces aventuriers acquéraient auprès des rois, c'est qu'ils se permettaient de leur dire des vérités que nul autre n'aurait osé faire entendre à l'oreille du maître.
Le scalde suivait son roi à la guerre. Avant la bataille, il fallait qu'il composât un chant approprié à la circonstance. Il le récitait ensuite devant le prince, et sa parole animait les soldats qui se répétaient les uns aux autres
les rers du poëtc £îucrrîer. Pendnnt le combat, il se tenait auprès du clief, afin d'être témoin de sa bravoure et de pouvoir raconter ses prouesses. Cest ainsi qu'à la bataille de Stiklastad (1030) nous voyons le roi Oiat" ordonner à ses scaldes d'entrer dans la garde d'élite chargée de protéger ses jours : « Il faut , leur dit-il , que vous soyes auprès de moi , pour que vous voyiez de vos propres veux ce qui va s'accomplir aujourdhui, et que, pourcUanter nos exploits, vous puissiez tous passer du témoignage des autres. • Du reste, les scaldes payaient bravement de leur personne, et avnirnt le bras aussi lourd que les hommes d'armes qui les entouraient Plusieurs se flrent tuer glorieusement en s*élançant au travers des phalanges ennemies, ou en voulant défendre le prince qu'ils accompagnaient.
« Quand un roi avait su rendre diipnement hommage au talent et au carnrtère d'un de ces poètes énergiques, il pouvait compter sur sa bravoure et sa lidélité : un Jour, l'orage jette sur les cdtes de Danemark 7e vaisseau d*unjeune«venturîer :cVtait un sralde encore peu connu, nonmié SînrKoddr, mais il était grand, fort et plein d'ardeur. roi Frodd l'accueillit îi sa cour, et fut tellement frappé de son air martial , quMl lui équipa un autre vaisseau ; et Starkoddr partit, et s'en alla en Suéde, en Angleterre, en Irlande , puis sur les cdtes de la mer Baltique , et pénétra dans la ^Russie et In Pnlogn^. Le loniî de sa route, il s'attaquait h tous les vaissp.iti:^ de piratés; il amassait les dé^)Ouitles de ses ennemis, puis il revenait les partager avec le roi rî lui raconter ses voyages. S'il enten l iif parlrr d'un gucrrfer cvlèbre, il courait aussitôt se nirsurer avec lui. Si un malheureux lui adressait une plainte, il allait à son secours; si un pays gémissait sous la tyrannie d'un roi,' il était, comme Tliésce, toujours prêt à purger les royaumes de leurs despotes, et la terre de ses monstres.
o Cependant Frodd, son ami, son bienfaiteur, est assassiné ; mais il a
un fds , et Starkoddr ne veut pas enlever au jeune prince l'honneur de venger la mort de son père : il se retire en Suède, et pendant qu*ll raconte ses dernières batailles et se prépare à ea livrer de nouvelles, il apprend que lleiga, la lille de I rodd, a été séduite par un orfèvre. Il part à linstant, arrive en Danemark, entre chez l'orfèvre»
la tête couverte d'un grand chapeau qui lui masque le visage , et s'asseoit à l'écart, immobile et silencieux : là, il reconnaît que tout ee qu'on lui a dit n*est que trop vrai ; il observe, en serrant la poignée de son glaive , les caresses que Helga prodi:ïiie à son sédiH teur. Tout à coup la jeune fille i'aper(,oit, jette un cri de terreur, et repousse son amant. Starkoddr se lè> ve, et le malheureux orfèvre regarde, pAIe et effaré, cette niain de fer qui le menace , et cette épce qui va s'uppesantir sur lui. Aueun moyen de se défendre, aucun n)oyen de s'enfuir, et il est là qui tremblé et se courbe sous le re;];ard enflaunnc du scalde, comme l'oiseau sans force sous le regard sanglant du vautour. Mais Starkoddr, après l'avoir fait passer par toutes les angoisses de la mort , le repousse dédaigneusement : « A Dieu ne plaise, dit-il, que je ternisse ma réputation de guerrier en tuant un lâche tel que toi. Je t'imposerai un châtiment plus cruel en te laissant vivre. » Car Starkoddr, dit Saxo le grammairien, était de ces hommes qui croient qu'une vie passée dans le crime et la honte est nulle fois plus redoutable que la mort.
a Après avoir ainsi vu pâlir les deux coupables devant lui, Starkoddr cliaota s.)n voyage, et ses derniers vers s'adressaient à Helga :
" O Jeune fille, s'écria-l-il , quelle m.'ij^ie t'a donc aveuglée? {^uai plaisir pouvais-tu attendre dans cette demeure sale et enfumée^ toi dont l'enfance a été bercée dans le palais des rois?
Couunent ces lèvres pâles , ces lèvres couvertes de cendre de ton amant, se sont-elles approchées de ta bouche de rose? Comment as-tu permis à ces bras de manœuvre d*enlacer ton beau
RÉGIONS aRCOMPOLAIRES.
corps, et à ces mains grossières de
toncher ta peau de satin? »
l « Quelque temps après, Helga se
marie avec le fils d*un roi , et le scalde
retourne en Suède. Mais un jour, on vint lui dire que IncoK le nouveau roi de Danemark , loin de clierclier à ven-
{;er la m >rt de son père, est devenu 'ami de ceux qui Font tué et a épousé leur sœur. A cette nouvelle, Starkoddr se remet en route; il accourt dans le palais d'Ingel, et, sans se faire annoncer, entre oaus la grande salle du festin , et va s^asseoir sur le si^e d'honneur qui, du tenips deFrodd, lui était toujours réservé. Ln reine, nperccvant cet honiine couvert d iiabits poudreux qui s'en allait prendre la meilleure place» lui ordonna de se retirer. Le scalde ne chercha pas à se justifier, il ne répondit rien : il descendit, mais, dans la rage qui le dominait, il donna un tel coup de poing contre les colonnes de la salle, que tonte In maison en fut éhranlée. Quand le roi revient de la chns^e, il reconnaît l'ami de son père, et, quoique le ni«ble vieillard le gêne , il ordonne à chacun de lui faire bon accueil : alors les courtisnns s'empressent autour de lui, et la reine lui demande pardon de son erreur. IMais Starkoddr écoute tous les éloges et toutes les protestations d*un air distrait et indiffèrent. On propare pour lui une jjnmde frte , et il s asseoit au h.ifiquet de deuil. Toute la table est couverte de mets recherchés, de liqueurs rares , et il se sou* vient qu'autrefois on n'y voyait que la coupe d'hydromel et le quartier de brruf rôti. Quand le roi l'invite à boire et lui présente les plats choisis qu'il gardait ordînatrement pour lui-même, le vieux guerrier le repousse avec mépris : « Je suis venu ici, dit-il, pour voT le fils de Frodd, non pns pour voir un lâche voluptueux qui ne songe qu'à manger. » Autour de lui il entend parler allemand, et fa fierté scandi* navp se révolte à cet accent étranger.
Tout a coup les meurtriers de son roi paraissent et vieiment prendre place à lable; à leur aspect, le regard de Star* koddr s'enflamma de colère, et la
reine en fut si affligée , 'qti'ellc arracha le diadème d'or qui brillnit sur sa téte, et le lui présenta; mais le scalde le rejeta avec dédain , et s'écria :
« Loin de moi ces folles parures; loin de moi tes présents ! Pensrs-tii qu'un vieux soldat se laisse séduire comme une fenune à la vue de Tor.^ Je le dis à haute voix : celui*là n*a pas un noble cœur qui peut poser sur sa t^te de tels ornements. I.a vraie parure du guerrier, c'est la cicatrice et l'épée. »
« A ces mots, il s'élance sur les assassins de Froddr, les renverse à ses [)ird^ et retourne en Suède finir sa vie
de lifTos f*). «
Jusqu'ie.i nous avons vu le scalde arriver pauvre à la cour des princes et y parvenir rapidement aux honneurs.
En voici un qui va plus loin encore, qui s'assied sur le trùnc des roîs.
Frodd 111, roi de Danemark, étant mort sans héritiers, le peuple danois mit la couronne au concours , et la promit à celui qui eomjioserait le meilleur poëme sur la mort du prince. Un scalde encore inconnu, nommé Biarn, fut pi oclamé vainqueur et devint roi.
Mais tous les sealdes n'avaient pas besoin de eherchcr honneurs et fortune au péril de leur vie. 11 y en avait qui tenaient ces avantages de leur naissance, parce qu'ils appartenaient aux plus puissantes familles de Scandinavie. Des jaris, des ducs, des princes même cultivaient la poésie, et chantaient les héros comme Thumble Islandais qui venait s'asseoir à leur table. Parrïii ces scaldes de haute !ignce, le plus eélèln-e est Rngnar Lodbrok, roi de Danemark. La biographie de ce monarque poëte nous a été con.servée dans une des premières sap;ns islandaises. Comme dans presque tous les réi ils de ce tenq)S , le merveilleux, dans l'histoire de Ragnar, se mêle au positif; mais la vérité se laisse facilement d&^iner à travers le voile transparent du mythe historique.
Nous Voyous d'abord la jeiuie Tliora, lilic d'un roi du Cjothland , empri-
(*) Mar»ier,teUTet«irnibnde,p. x3t.
sonnée dans son palatis par un serpent
qui , entourant de ses plis le chAteau tout entier , en défend rapproche à tous ceux qui veulent y pénétrer. Le rui promet la main de sa fille à quiconque tuera le monstre fomudable.
Ragnar se 'présente, et trîonipiie. II épouse Thora ; mais elle meurt, et lui, pour se consolir, s'en va courir les mers et guerroyer envers et contre tous. Dans une de ses excursions en ^'orwégc, il rencontre une jeune fille dans une chaumière, et il on fnit sa femme. iMnis bientôt il s éprend de la belle Ingeborg, fille du roi de Suède, et, au mépris des liens qui Punissent à Kraka, son épouse, il In demande en mariage. A son retour dans ses Etats, Kraka, instruite de son inûdélité , lui déclare quVIle n*est pas une pauvre paysanne, comme il l'avait cru jusqu'alors, innis In (illr dcSiz^rd qui a tué le serpent F.ilnir; pour le prouver, elle lui annonce qu'elle mettra au monde un fils dans les yeux duauel on verra l'horrible image d'un dragon. A la naissance de cet enfant, Ragnar, convaincu de In véracité de sa fennne, refuse d'épouser Ingeborg. Le roi de Suède, irrité, lui déclare la guerre. Les deux armées se rencontrent, et la victoire semble se décider en faveur de Ragnar, lorsqu'une vache furieuse accourt et se précipite contre les flls du monarque danois, semant parmi leurs compagnons l'épouvante et la mort. Rn^nnr tombe blessé; Eirik , son filsnmé, est fait prisonnier et condamne à mort. I\lais les Danois ne tardent pas h prendre une sanglante revanche. Les Suédois lancent encore contre eux la vache qui leur a procuré une première fois la victoire; mais un fils de Ragnar tue le redoutable animal , et ses ennemis se dispersent.
Les enfants du roi de Danemark s'en vont ensuite ravager l'Europe jusqu'en Suisse : un instant même, ils veulent aller saccager Rome, mais ils ne savent où cette ville est située , et renoncent à leur projft quand ils apprennent qu'ils en sont trop éloignes.
Ragnar, ranimé par les exploits de ses flu, recommence ses courses aven-
tureuses. Il veut d*abord envahir fAn-
gleierre, et il s'embarque sur deux vaisseaux équi{)és à grands frais. Ella, roi de la Grande-Bretagne, lui livre bataille et le fait prisonnier. Le vieux guerrier est condamné à périr dans une fosse remplie de serpents venimeux.
Le premier jour , les vipères n'osent l'attaquer a cause d'unecottede mailles impénétrable dont sa femme Ta revêlu avant de quitter le Danemark. Mais Ella lui enlève son arnmre ; aussitôt 1rs sorj»ents se jettent sur lui, s'enroulent autour de son corps, et le couvrent de blessures mortelles (*). Alors Ragnar entonne un chant de mort, pour mourir comme doit mourir le scalde vaincu :
« Nous avons frappé avec le glaive.
— Quand j'allaî dans le Gothland , la vengeance eut bientdt détruit le dragon qui se rarhnit sous terre. Ce fut alors que Thora devint ma fiancée. On m'appela Lodbrok, parce que j'avais tué le serpent habitant de la terre. Mon épée enrichie d*or poli transperça le monstre aux longs replis.
« Nous avons fra[)[)f avec le glaive.
— J'étais encore bien jeune lorsque je défis mes ennemis , S la grande joie des loups avides et du roi des oiseaux aux pieds dorés; tandis que ma lame bien trempée résonnait sur le heaume solide, ils trouvaient une pâture abondante. Le sang gonfla la mer, et le corbeau y marcha fièrement.
« Nous avons frappé avec le ^laivp.
— Je n'avais pas encore vingt ans (jne je portais déjà ma lance bien haut et
ue la lame de mon épée était teinte e sang. Je triomphai de huit jaris à l'embouchure de la Dwina, et je servis au faucon de riches festins. La su < tir rouge de la mort tomba dans la soniiire mer. Bien des guerriers perdirent la vie.
« A'ous avons frappé avec le glaive.
— La femme d'Ueidea favorisa notre
(*) Le Tolume consacré à la SnôJe ron-
tîoiif, piTf^cs i3 rf siiiv.inti";, <îrs dr! jiliH r\|)licites sur l'histoirn de Kagaar I.odbrolu rs'ous y renvoyons le lecteur.
(••) Le lang.
RËGIOI^S Cli
fioif de gloire lors<^ue nous envoyâmes Ips enfants dUelsinga h la snllè d'Odin. Nos vaisseaux sillonnèrent les eaux de riva. La nèche empennée fit sentir sa morsnre. Les flots de sang qui jaillissaient des blessures fumantes teignirent bientôt le torrent. Les épées retentissaient sur les cuirasses. Les haches terribles fendaient les boucliers.
« Nous avons frappé avec le glaive.
— !Viil, je rrois , ne revint du combat jtisqu'au moment où le coiirn^eux Hérotii succomba au oiilicu de ses chevaux rapides. Quand II cinglait vert le port, aucun chef porté par les coursiers écumanfs de la mer ne fendait anssi hardiment la retraite des oiseaux marins. Son coeur audacieux le poussa téte baissée dans la bataille tumultueuse C*)
« ^'ous avons frappé avec le plaive.
— rsombreuses étaient les bandes que Taperçus, dès Taurore, s'élançant à ratiaque. Une épine s^enfonça trop t^ dans le cœur de mon lils Régner. Ce fut Éiïil qui ôta la vie à l'intrépide jeune homme. Les armes résonnaient sur notre armure d'acier éprouvé. lïos pennons brillaient dans les airs.
« Nous avons frappé aver le plaive.
— L'expérience prouve qu'il faut se résigner au destin. Il en est peu qui puissent se soustraire à la' puissance du soi t. Quand je semais le carna^^e sur les terres d'Ella, quand je conduisais mes vaisseaux dans ses ports, quand nous gorgions les oiseaux de chair et de sang dans les baies de l'Éeosse, je ne me doutais pas que mes jours seraient tranchés par mon ennemi.
« Nous avons frappé avec le glaive.
— Mais il est une consolation qui soutient mon courage : la cour du père
* de Balder est ouverte devant l'homme courageux. Nous boirons bientôt la liqueur ambrée dans le large cnlne de nos ennemis. Les héros morts sont heu-
(*) Rag:nar eanthnie ioi Pémiméntiea
ém eombèls dans lesquek sa valeur »^
8iî»na!éc. Les mêmes métaphores se relrouvent dans presque toutes les strophes que ooiM pMsons MUS «ilence.
lOMPOLAIRES. 267
reu\ quand ils entrent dans le palais dn redoutable Feainer (*); je n'approcherai pas de la cour de Vithris (**) avec une voix tremblante d'effroi.
« Nous avons frappé avec Je glaive.
Les fils d*Aslan?^ (**•) viendraient bien vite armés de torches enfiammces, et pr^^ts à combattre, s'ils savaient notre malheur. Quel essaim de vipères
Çleines de venin déchirent mon corps!
'ai cherché une noble mère pour mes enfants , une mère qui donnât des cœurs courageux à ma postérité.
« Nous avons frappé avec le glaive.
— Maintenant la couronne va bientôt passer à mon héritier. Terribles sont les souffrances que enuse la couleuvre ! Les serpents ont fait leurs nids dans les plus profondes retraites de mon cœur, niais c'est la consolation de mon tlme de p user que la lancr de Vithris percera bientôt Ella. Mes lils seront gonilcs par le désir de la vengeance, en apprenant le sort de leur père; ces généreux enfants oublieront les douceurs de la paix.
« Nous avons frappé avec le plaive.
— Cinuuante fois ma lance, précurseur de la dévastation, a annoncé de loin mes entreprises. Aucun roi ri*a, ce me semble, plus de motif de se glorifier.
C'était le pnsse temps de mon enfance de teindre mon épée de sang. Les dieux me recevront au milieu d'eux ; aucun soupir n'ntiristera ma mort.
« iMaintenant, cessons de diantrr.
— Voyez, les vierges crlestes, venues • de la salle où se tient la cour belli-
Îtieuse d'Odin , m'invitent à y venir.
À , heureux sur mon tr6ne élevé , je boirai l'hydromel. Ma vie est finie. J^e sourire de la mort erre sur mon visage tranquille. »
Ce chant funèbre, que plusieurs écrivains ont attribué à un Islandais, mais dont le savant M. Rafn a prouvé l'ancieuneté, porte bien le caractère de la poésie héroïque de cette époque.
Il a quelque chose de rude et de sau*
(•) Surnom d'Odin.
(**) Filsd'Odio,iiiisau nombre des grand* dieux.
('*') Femme de Ragnar Lodbrok