Le IlarbardiSod, Gliant conntdé aux exploits de Thor
REGlOi^S CmCOMPOLAlKËS.
9. Le Hymhqvida. Autre Doëme à la gloire de Thor. Il va chez le géant llynier, et lui dérobe une immense chaudière, dans laquelle il boit ensuite de la bière a?ec les autres dieux.
10. VEgisdrekka. Cest le tableau du fcstîD dans lequel Loki massacra ces dieux.
rique sur un prince finnois uommé Volund, et sur Nidud, roi de Suède.
20. I.e llflgaqvîda lladdhigiankada. Chant de même nature sur un prince norwégten deoe nom*
121-38. Récits poétiques des exploits de plusieurs [jiierriers célèbres parmi les Gotlis , les Franks, les Huns et le^
11. Le Thryitisqvida, Encore un Scandinaves. Au nombre de ces récits,
chant en Thonnenr de Thor, qui a celui des aventures de Sigurd est le
fterdu son terrible marteau ^ et qui plus remarquable. Nous allons en don-
'arrache au géant Thrym, qui ie lui ner une analyse rapide
avait dérobé.
18. Le Hrafnagaldr Odins, ou Chant magique des corbeaux d*Odin.
C*est la prédiction de la chute des dieux. Odin envoie Bropaet Loki consulter Dutuif une des divinités qui représentent le Destin dans la mytlio
La plupart des héros du Nord débutent par un combat avec un serpnt. Vaincre un dragon furieux est l'exploit le plus difficile et le plus glorieux. Sigurd Ring ne fait pas exception à la règle. 11 tue un serpent monstrueux nommé Fafnir, dont les im-
logie Scandinave. Mais la propbétesse menses trésors sont convoités par le garde un silence funèbre, et les messa* nain Regin, qui a élevé Sigurd. Notre
gers d'Odin s*en retournent tout alarmés.
18. Le regtamsqvida, Odin, tourmenté par un son^e de son bien-aimé
Balder, se rend lui-m(''mc niix eiifrrs, sous le nom de fegiani , et apprend
héros, de peur d'être trahi par son maître , l'assassine , enlève l'or du serpent, et s'en va courir les aventures. Il rencontre la belle Brunhilde,
qui , de ^'alk\Tie qu'elle était, est devenue une snnple femme par l'ordre
de la déesse de ia mort que ie sort a d'Odin, qui a voulu la punir de lui
prononcé des arrêts terribles et irré- avoir désobéi. Elle enseigne à Sigurd
vocables. l'art des runes, et l'initie aux secrets
; 14. Le Flôlsrinnsmâf. Poème obs- de la magie. Kile devient ensuite sa
cur qui r.iroute 1) nu savenliire d'un fiancée. Mais Sigurd, au mépris de
Jeune homme dont ia liancée est de- sa promesse, épouse Gudrun , fille de
venue celle d*un autre. Giuke et de Chrimbilde, sœur de Gun-
15. Le Hifndluliod. ou la Petite nar et de.Hogni. Gunrfar demande Voluspâ, espèce de table généalogique Brunhilde en mariage; mais elle dépar laquelle un scalde voulut consa- clarc que celui-là seul la possédera qui crer la gloire d'une laniille princière. traversera sain et sauf un bûctier eii^
16. Le CrougaUdur, ou le Chant flammé. Sigurd sort triomphant de magique de Groa. Une mère sort de cette épreuve, et il épouse Brunliilde la tombe pour enseigner à son fils les au nom de Gunnar. Suivant l'usage.
secrets de la sorcellerie, et le i)reserver de l'inUuence des mauvais esprits.
17. Le CroikuaunffrX*est un chant sur le moulin à oras* avec lequel Frbddr, roi de Danemark , força les deux géants féminins Fénia et Menia à broyer de l'or.
il passe trois nuits auprès d'elle, dans le même ht, mais séparé d'elle par une épée. Une haine implacable règne bientôt entre elle et sa belle-sœur Gudrun. Celle-ci lui a reproché d'avoir
a>sé trois nuits avec Sigurd, et la
alkyrie ne peut oublier cet affront.
18. GeUpeki Heldreks Kongs.CeBt II lui fm% le sang de celui qu'elle a une série d*énigmes qu*Odin , sous le aimé. Un des frères de Gunnar se nom de Gestur Blindi, propose au charge d'écorger le héros dans sou roi Heidrek. Chaque question est sui- sommeil. Mais alors le remords s'évie de sa solution. veille dans le cœur de Brunhilde. Dans
19. f^ohtndttrqvida» Poëme blsto- son désespoir, elle parcourt, comme
. 18* lÂÊrakony (Régiom cncoMvaL&niBf.) 18
rUNlYERS.
un fantôme, les grandes salles du château, faisant retentir leurs murs de ses cris pidiutifs, et apj)elant Si-
Éurd , que sa colère a précipité dans (tombe. Elle finit par se brûler sur un bûcher, où elle fait jeter avec elle cinq femmes et huit hommes , es{)érant , par ce suicide soleuuei , iiéchir le eoumux ta dieux.
OudniBt la veuve de Sif;iiid, n*é> prouve pas une douleur moins amère:
rien ne la console, ni les discours llatteurs des jaris , ni les exhortations de set compagnes. EUe prend le parti de a*exiler, et liasse sept ans à voyager. Mais un breuvage magique, composé par sa mère Chrimhilde, lui fait entia oublier ses malheurs , et elle consent à devenir la femme. d'Atll, frère de BruDbilde. Atli avait attribué la mort de sn sœur à Gunnar et à Hogni , fils de Giuke, Son mariage avec Gudrun, leur sœur, ne le lit pas renoncer à ses
Krojets de vengeauce. U attire ses deox eaux-freres dans soa palais et les fait charger de fers. Par son ordre, Gunnar est jeté dans une fosse remplie de serpents, geure de mort qui passait, alors , pour le plus horrible. Mais le condamné avait sa harpe, et il en tira des sons si mélodieux, que les couleuvres restaient paralysées , comme par Teffet d'un charme magique. Un aigle qui convoitait ses restes sanglants se chargea de lui dcmncr In mort : il s'abattit sur lui et lui déchira les entrailles. Quant à llogni , Atli lui fit arracher le cœur, qu'il ht présenter à Gudrun.
La soeur des deux martjrrs tomba
dans un sombre désespoir et ne rêva plus que sang et vengeance. Ses enfants étaient aussi ceux d'Atli : ils lurent destinés à expier les premiers le crime de leur père; elle les tue, et présente leurs crânes remplis de vin à Atli : Bois, lui dit-elle; cette coupe est le crâne d'un de les his, et ce breuvage est son sang. • Atli reeule d'hoN reur; mais Timplacable Gudrun se précipite sur lui et le poisnnrdc; puis elle inet le leu au palais el s'enfuit. Comme firuuhiide, Gudrun voulut
tsmilMv ses Jouis far le suiBlds; mai»
la mer , dans les flots de laquelle elle s'était jetée , ne voulut pas d'une femme couverte de tant de sang, et la rejeta sur un rivage lointain. EUe devint réponse du roi Jonakur, et eut de lui trois fils aussi noirs que des corbeaux. Quant à sa fille Svanhilde, née de son mariage avec Sigurd Riog, Jarmerik , son époux , la condamna pour crime d*adultère à être écrasée par des chevaux. Mais sa beauté arrêta la fureur des coursiers, et il fallut renfermer dans uu sac pour qu ils -la fonlassent aux pieds. Alors la naine et la fureur remplissent encore le cœur de Gudrun : elle excite le ressentiment de ses fils et les pousse à la vengeance; mais elle meurt épuisée par la violence de ses émotions.
Telle est Thistoire sanglante do 8î> fTiird et (le sa famille. Ce poème peut être considéré comine un modèle d'ancienne poésie Scandinave. 11 retrace fidèlement les moeurs de ces temps grossiers, oIj hommes etfemmesavaiciil toujours le j^flaive à la main. Il commence avec éclat et originalité la série des traditions historiques sur les familles royales du Nord : e*est tout i la fois un document et une oeuvre poétique. ' - '
Nous aurions voulu pouvoir tlomier par une aiialyse exacte une idée des autres parties remarquables de i*Edda de Sœmund, et notamment de celles qui exposent les doumes de la mythologie et de la cosmogonie Scandinaves ; mais Tespace nous manque pour uo pareil travail, et nous ne pouvons que renvoyer, comme nous ravons déjà fait , aux premières pages de l'histoire de la Suède (*) , où l'on trouvera un résumé à peu près comj)let de ces croyances et de ces traditions.
La seconde Exida, ou Edda prosal-' que, est l'œuvre de Snorre Sturloon.
Avant de parler de l'ouvrase, disons quelques mots de l'auteur, doitt le nom est le plus imposant de la littérature islandaise.
Snorre naquit en 1176 À Uram, dans
(*) Tome iV de {'Europe daus U coUcc-
tim de VUnmn piuormfm.
RÉGIONS aa
le Hramsfiord. A trois ans, II fut envoyé
h Odda, où il fut élevé par Jon Loptscn, homme riilie et instruit, et petit-fils de Sd'iniind Frod<p. La lecture des manuscrits que possédait son précepteur inspira au jeune Snorre Tamour de la poésie et de Thistoire, dans lesquelles il réussit à tel point (firil ne tarda pas à acquérir une ;;rande réputation liLtéraPre. A la mort de son tuteur (1 197), il quiUa sa retraite d'Odda , et épousa la fille d'un riche prêtre qui habitait Borf^, sur la rive occidentalf du Borgarllord; ce mariage ajouta quatre nulle rixdalers à la petite fortune que son père lui avait laissée. Au bout de (j'iclques nnnrcs, il se trouva propriétaire des l)ieris de son beau-père , et j^ossesseur de Keykholt , de Bessestad et de plusieurs autres fermes considérables. Son influence et sa renommée s'accrurent a tel noint qu'on le vit souvent paraître à l'assemblée nationale avec une suite de huit ou neut cents personnes. Son instruction et riiabiteté dont il avait donné plus d'une preuve lui valurent cn(in le titre de lôgsôgumadr, ou magistrat suprême.
Mais la célébrité de Snorre Sturleson ne fut pas renfermée dans les bornes étroites de sa patrie. Tn poème qu'il avait compose erj l'honneur de Hacon Galin, un des plus puissants jarls de Korwége , non-seulement lui attira la fiiveur de ce prince , mais encore lui procura l'occasion de faire un voya^ie sur le continent, en 1218. Il fut accueilli avec distinction par plusieurs fiiinillcs nobles, mais surtout par un Jarl nommé Skule. Peu de tenips après son arrivée en Norvvéfîe , il fut élevé à la dignité de r//'o/Ase//, ou grand luarédial , et il s'engagea , en retour , à soumette son pa^r s a la domination du roi, par la seule influence de sa parole et de son nom. La seule considération qui puisse justifier la conduite coupable de Snorre dans cette circonstan<',e, c'est qu'il voulait préserver l'Islande d'une invasion à main armée qu'avait projetée le roi de Norwége.
Les querelles particulières dans les-
Îiueltes il ae trouva mêlé après son reour dans son pays, rempéchèrent dt
OMPOLAIRfiS. 275
mettro son filan à exéeotidn, si tant est qu'il y m Jamais wn^é sérieusement. Ces querelles, occasionnées par sou iimhition, son orgueil et son esprit turbulent, le firent tomber du rang auquel ses talents et la faveur des princes l'avaient élevé. Bientôt il fut nonseulement chassé de la plupart de ses domaines, mais encore obligé de chercher un asile en Norwége. Il y fut reçu froidement, et bien c^'il fdt, quelque temps après, nomme jarl , il se crut si peu CM sdreté dans ce pays, qu'il
i)réfera retourner en Islande, malgré es ordres exprès de son premier protecteur, n partit en 1239, s'établit dans sa ferme de lleykholt, et y fut assassiné, dans la nuit du 22 septembre 1241 , par son gendre Gissur Thorvaldson , qui en avait reçu Tordre du roi Hacon. Un fait singulier se rattache à ce tragique événement : c'est que Snorre, tout versé qu'il était dans la connaissance des antiquités de son pays , ne put déchiffrer une lettre en caractères runiqiies, qu'on lui écrivit la nuit rnéme du meurtre, pour le prévenir du danger qui le meua^it.
G*est à l'homme dont nous venons de retracer en queloues lignes l'existence apitée que l'Islande doit l'Kdda prosaïque. Cet ouvrage, dont une copie manuscrite existe a la bibliothèque royale, est un recueil dedififêrentv traités , destinés , les uns à rendre plus intelliLMble et plus populaire la mythologie des anciens Scandinaves, les autres à exdiquer les passages letf plus difReiles dei écrivains deraiitiquité , et surtout lei parties les plut nébuleuses de la poésie eddaîque re* cueillie par Scemund Frodœ. T.e livre s'ouvre par une préface passablement ridicule, due sans aucun doute àqucl> que copiste, et dans laquelle on cherche a établir la parente des nations du ISord avec celles de l'antiquité orientale; on va même jusqu'à vouloir prouver leurs rapports génèi* logiques avec les t'a milles primitives citées dans la Genèse.
Suit ce (ju'ou appelle les doemisCh gur ou dUucgues, oà sont expliqués a*une manière plus simple et plus di-^
dactique que dansl'Kdda de Sœmund, l'oriïîine des dieux, la création, les principaux événements qui doivent remplir la période de la durée du monde, la catastrophe finale, la drstruction ries tiiciix, rte. Cette œuvre a un caractère de précision et de clarté que n'a pas celle de Sœmund. Il y a entre elles toitte la dliTérence qui sépare l'ode de la narration proprement dite, la poésie lyrique de Thistoire.
La seconde division de l'ouvrage renferme le Kenningar, on « les iitetructions, » espèce de digeste poétique ou de traité de prosodie, dans lequel les préceptes sont apuiiyés do citations puisées dans les chants uc^ scaldes. Snorre y raconte Torigine de la poésie, suivant le mythe Scandinave, et y donne un vocnhulnire de toiis les noms par lesquels o[i peut désigner une même cliose ou une même personne; ainsi on y lit cent trente* sept synonymes d*Odin; vingt -quatre du mot ours, soixante-quatre de/eu^ soixante-cinq d'or, etc.
La Skalda vient ensuite. C'est la poétique de l'art islandais. Cet ouvrage contient une dissertation sur l'alphabet de la langue nationale, un grand nombre de régies de rhétorique, et 1 indication de toutes les figures, de tous les tropes dont on peut faire usage (*).
On a joint à ces traités VJIàttalykil de Snorre, ou « la clef de la versiÙcation. » On y trouve expliquées la constsuction et la mesure des différentes espèces de vers employés par les poètes. L'auteur cite jusqu'à cent variétés de rhythme.
K Ce ne sont pas là les seuls ouvrages de Snorre Sturleson. Il a aussi écrit une chronique fort estimée, mais dont nous nous réservons de parier un peu plus loin.
L*Ëdda moderne diffère essentlellenwnt, comme on le voit, de l*£dda
(*) On peut lireavec fruit ce que dit Henderson dans son Jceland %x\t la venificalion i&landatse. U expose exactement les priuciptkt de b prosodie et les vaHeictde iliydiDie, et 11 cite à l'appui det esemplet ■IMS eerimuu
de Sœmund. Ce n'est autre chose que la grammaire poétique, le code de l'art islandais, venus après Tinspiration créatrice. Par là s'explique naturellement la réputation de Snorre, en dehors même de son talent d'historien , ou plutôt de chroniqueur. Ses œuvres didactiques devinrent je manuel indispensable de tous ceux de ses compatriotes (pii s'occupaient de poésie. On fut obligé d'en faire plusieurs éditions, et elles furent de plus en plus popu* iaires. Cela seul eût suffi pour assurer à Snorre une grande eélebrilé, alors même qu'il n'eiît pas nus en pratique, avec un mérite supérieur, les principes qu'il avait si bien formulés.
Nous avons cherché à donner une idée des deux Eddas, c'est-à-dire d'une des grandes divisions de la littérature islandaise. Kous allons maintenant nous occuper des Sagas.
I^s Sagas. Le mot 9Wga signifie tradition verbale y ou récif fait de vive voir. Il désigne les chroniques de toutes les époques, dans lesquelles est enfouie Thistoire de llslande et même celle d'une grande partie du IVord.
Nous avons déjà dit comment se sont faites ces traditions, devenues ensuite de beaux nionuments littéraires. Les scaldes chantaienli et leurs inspirations passant de bouche en bouche, arrivaient jusque dans le boer du paysan islandais. Là, pendant les longues nuits d'hiver et les tempêtes du printemps, elles charmaient les loisirs des habitnnts de rhiimble rhaumière, qui se plaisaient à les répéter et les apprenaient a leurs enfants. C'est amsi que venaient se fixer en Islande les souvenirs des eiploits et des aventures dont TEurope, et surtout PEurope septentrionale, était alors le' théâtre.
Aussi est-ce à l'Islande qu'il faut avoir ncours pour connaître rhistoire, Tor* ganisatiott, l'état iotellectud et les mœurs des nations Scandinaves; et, comme les sagas embrassent le iVord tout entier,: elles sont également mdispensables pour l'histoire des Normands, des Angles, des comtes des Orcades , des aventuriers qui, sous la conduite de Kurick , alièrent fonder
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REGlO^îS CIRCOMPOLAIRES.
au neuvième siècle l'empire russe, et des hardis pirates que Robert Guis« card mena à la conquête de la moitié de ritalie.
Les premières sagns sont purement héroïaues. Elles portent un caractère -de rudesse et de fierté farouche qui rappelle merfeilleusement les mœurs de 1 époque dont elles nous conservent les souvenirs. Ce sont, la plupart du temps, des Islandais qui s'en vont faire au loin le métier d'écumeurs de mer, attaqoaDt les navires qu'ils rencontrent, pillant, faisant des prisonniers et ravageant les côtes septentrionales du continent; ou bien des guerriers qui passent leur vie à donner de grands coups d'épée, et à pourfendre leurs ennemis ou ceux de leurs protecteurs.
Dans ces tnhioaux de combats et d'aventures périlleuses, il n'y a rien qui rappelle les héros de l'épopée italienne et de la chevalerie française. En les lisant, on croit entendre le bruit des batailles, le cliquetis des armes, les imprécationsdes mourants et les chants de triomphe du vainqueur. C'est la lutte sanfpiante, moins le sourire de la dame qui encourage le guerrier; c'est le moyen âiz;c bardé de fer, armé de pied eh cap , mais sans amour et sans galanterie.
Au quinzième siècle toutefois, la couleur générale des sagas se modifia sensiblement : la renommée de Roland et de §es émules pénétra en Islande ; alors on chanta, non plus les prodiges enfantés par la valeur des fiers-à-bras, mais les prouesses des chevaliers et leur tendre dévouement à la dame de leurs pensées. Par une fiction à laquelle se prêtaient les auditeurs de ces récits, on plaçait dans l'Islande même le théâtre de* ces galantes aventures; quel-
âuefois on se transportait par Tesprit ans les contrées de l'Orient, et Ton v faisait accomplir des choses merveilleuses par des personnages de pure invention. On conçoit que la valeur intrinsèque des sagas dnninua beaucoup par suite de cette tendance nouvelle, etqu*eiles n'eurent plus d'autre mérite que celui des œuvres dUmagination.
Le style des sagas, à cette époque de révolution littéraire, se modifia aussi sensiblement. Celui des andens récits était remarquable par son eitréme simplicité, par son énergie et sa concision. U exprimait les choses les plus dramatiques avec une naïveté qui, loin d*a£foibiir la pensée, loi donnait une force et un relief tout particuliers. Le ton des sagas du quinzième siècle se ressent du changement opéré dans les esprits. Il est évident, en effet, qu'on ne pouvait pas chanter les Amadis de Norvège et d'Islande de la même façon que les héros grossiers de l'antiquité. Le fond devait nécessairement emporter la forme, et c'est ce qui arriva, comme il est facile de s'en apercevoir en lisant les traditions en vogue à l'époque dont nous parlons.
Les sagas sont en très-grand nombre.
Torfœus , l'un des chroniqueurs les plus célèbres, en a compté jusqu'à cent quatre-vinf;t-sept. Les plus remaria?
bles et les plus précieuses sont : rHenns Kringla, la Sturlunga, i'Eigla, la Niala, la Gunniauga, TEyrbyggia, la Vatnsdœla, rOrknninga, la Landnama, la Rristni et l'Hungurvaka. Les plus anciennes remontent, par les chants des scaldes, jusi^u au neuvième siècle y sans gu'on puisse cependant suivre leur uliation d'une manière certaine, au delà du douzième. Quelques-unes appartieiment au treizième siècle, et uu grand nombre au quatorzième. Le dix-septième peut aussi revendiquer sa part dans cette collection; mâis les traditions de cette épo* que portent un cachet à part.
Snorre Sturleson est, counne nous Tavons déjà dit, l'anteor de THeims- Kringla saga. Cet ouvrage est un chefd'œuvre historique et le tableau complet de toute une époque intéressante.
On y trouve, non^seulement une chronique exacte des règnes des princes norvégiens, et un exposé fidèle des affaires intérieures des royaumes Scandinaves, mais encore dés renseignements précieux sur la situation |X)litique du reste de l'Europe, et particulièfement des îles britanniques.
La Ôturiunga saga nous offre Thia-
L'UNIVEES.
toîre des trois iamilles des Sturie, de
cette puissante maison dont les membres, hostiles les uns aux autres, entretinrent si longtemps dans Tlslande le feu de la guerre civile, et qui succomba au milieu des ruines qu'elle avait amoncelées autour d*elle. Nulle pnrt l'anarchie qui désola ce pays et In rhuie de la république ne sont mieux décrites que Jans ce document.
De toutes les sa^as, celle de Nîal est la plus caractéristique et la plus attachante , tant à cause des événements dont elle contient le récit, que par les caractères qu'elle met en icu et les mceurs dont elle présente le tableau animé. Gunnnr et Niai en snnt les premiers héros, et sont ensuite remplacés par leurs fils. Gunnar est un guerrier à la mode Scandinave, grand égorgeur et pillard impitoyable. Il épouse Hallgerdr, femme vindicative et violente. Bientôt des discussions entre la nouvelle mariée et la femme de Mal amènent la mort d*on serviteur de cette dernière , assassiné par un vassal de Mnlliicrdr. Gunnar paye le sang de sa victime avec douze onces d'argent. La femme de Niai prend sa revandie, et Niai est obligé de rendre, pour le meurtre du serviteur de Gunnnr, les douze onres qu'il en a reçues. Cet usage, qui faisait de In vic'd'un homme inférieur une marcliandisc achetable au poids de Tor, est, à coup sàr, un curieux trait de mœurs et jette une vive lumière sur la législation pénale de l'Islande. Hallgerdr fait ensuite, à Tinsu de son mari, piller et incendier la maison d*un nommé Otfcell. Gunnar, la voyant parée d'ornements qu'elle ne possédait pas In veille, lui demande l'e-xplicatioii et l'origine de ce luxe inusité. Elle lui répond que cela ne le regarde pas. Gunnar ré{)l i(jue par un soufflet, et Hallgerdr jure qu'elle se venîiera tôt ou tard. Olkell vient attaquer Gunnar, pour lui faire rendre gorge et le punir du vol exécuté par ordre de sa femme; mais le pauvre paysan tué avec tous ses compa-
fjnons. Accusé devant le tribunal de 'altliinii. Gunnar, seconde par les intriguer de Mal, le JSestor ou plutôt
. ruiysse de la san , triomphe de ses
adversaires, et s^n revient absous.
De nouvelles querelles et de nouvelles agressions .suscitent à Gunnar un nombre formidable d'ennemis acharnés. Cette fo^is, toute l*éloquence et l'adre-sse de Niai , qui cherche à séduire ses juges, échouent contre le ressentiment du parti opposé. Gunnar est condamné a trois années d'exil. Il s'éloigne ; mais à peine a-t-il quitté les rives de l'Islande , que l'aspect de ses montagnes réveille en lui , avec une force irrésistible, l'amour de la patrie. Le sort en est jeté ; il regagne sa demeure, au risque d'y trouver la mort.
Nouveau trait de mmurs, qui peint bien rnttncliement extraordinaire des Islandais pour leur pays natal. A peine de retour, le proscrit est assailli dans sa maison par ses ennemis furieux.
A l'aide de son arc et de ses flèches, il tue les premiers qui osent se présenter. Mais uu assiégeant, plus heureux et plus adroit, parvient à couper la corde de l'arc. Alors Gunnar ordonne 5 .sa femme de prendre une nin !,r îe ses cheveux , et de la tordre pour en faire une nouvelle corde. « Cela t'est-ii absolument nécessaire? lui dit -elle.
— Il y va de ma vie , répond Gunnar.
— Eh bien , je n'obéirai pas ; souvienstoi du souiflet , et du serment que j'ai lait de me venger! » Quelques instants après, rintrepide guerrier tombe baigné dans son sang, et expire sous les cotips des ennemi*^.
Ici la sni::i fait paraître sur la scène les fds de iSial. Émules de Gunnar, qui a laissé de si beaux exemples à suivre, ils parcourent les mers en vrais pirates, et quand ils reviennent en Islande, leur brutalité excite contre eux de puissantes inimitiés. Ils sont, eux aussi» attaqués dans leur demeure. Le vieux Niai, prévenu à temps, ne veut pas fuir, et attend de pied ferme. L'ennemi met le feu à la maison, et alors commence une scène de confusion i t de terreur que la simple énergie du chroniqueur peint admirablement. Les fils (lu vieillard tombent sous le glaive de Flosi, le chef des a.ssaillants. Niai va être atteint par les flammes i ou lui
RÉGIONS CmCOMPOLAIRES.
pennel de nrtir «fw n eomoagne et
les autres femmes qui habitent le ménM
toit; m«iis i! refuse et les femmes aussi; Tlior, son pctit-lils, veut aussi mourir auprès de lUi. Le moment suprême est arrivé. Niai et sa femme s*étendeiit sur leur couche , metteat le jeune enfnut au milieu d'eux, et la maison, s'ecroulant aven fracas, les ensevelit sous ses débris enflammés.
Un seul membre de cette malheureuse famille avait échappé à la mort; c'était Kari, ciendre de Niai : à peine a-t-il rendu les derniers devoirs aux restes de ses parents, retrouvés au milieu des décombres, qu'il songe à les venger. Il parcourt le pays, racontant la cruauté de Flosi, faisant l'élope de la bienveillance et de la sagesse de Niai, excitant les passions contre Tun, et faisant à chacun le panégyrique de l'autre. Pnr In, il nit'wo sous sa bannière un izrnnd nonihre de personnes et s'assure le concours de plusieurs ftimilles puissantes. A l'époque de l'assemblée nationale, il se rend à Thingvalla, suivi d'une petite armée de pnrtisans. Flosi, qui a peur, va consulter un homme de loi. Celui-ci commence par lui déclarer oue sa cause est-trèa mauvaise, et refuse de défendre un brigand tel que lui. Mais Flosi lui offre un riehe bracelet d'or comme témoignage de coniiance» et le Jurisconsulte, changeant aussitôt de langage, trouve la cause éminemment juste, et annonce qu'il s'en chargera volontiers. Troisième trait de mœurs, qui prouve qu'eu Islande, et à cette époque de barbarie, les hommes de loi avaient la même réputation que celle quMls ont eue plus tard chez les nations civilisées. Mais la querelle ne devait pas se vider si pacifiquement. Le lendeuiain, les deux partis l'attaquent avec foreur, et il s'ensuit un combat sanglant qui dure tout le jour. Enfin, on vieillard pro-
Eose de déférer le Jugement à des aritres. Ou accepte, et Flosi est coudamné à trois ans'o'exil.
Kari n'est pas satisfait. 11 marche sur les pas de ses ennemis qui ont pris la fuite. Il les surprend dans <les embuscades, et les décime impituyable-
ment. Il les iioarsoit eu tout llenx, al arrive, sur leur trace, en Norwége Un soir, chez un jarl, dans le palais duquel il s'est introduit furtivement, il entend un des compagnons de Flosi raconter la nuit terrible où Niai fut écrasé avec ses enfants par les murs embrasés de sa demeure. Kari écoute en frémissant derrière une porte, et reste immobile. Mais il entend dire qu'un de ses frères a pleuré avant de mourir, et, d*uu bond, il s*élance« la hache à la main , sur le calomniateur* dont la tête roule à ses pieds.
La liaine mutuelle des deux guerriers ne fit que 8*accroître avec le temps. Mnis la religion du Christ s'établit en Islande et renversa les autels des dieux qui ordonnaient la vengeance et le meurtre. Kari et Flosi étaient devenus vieux ^ et ils se firent dinHiens. Peti à peu, In parole des prêtres, qui, du haut de la ch:iire, prêchaient la charité et l'oubli des injures, s'insinua, comme un baume divin , dans le cœur des deux vieillards. Enfin, ils sentirent leur animosité s'éteindre et faire place à un sentiment plus généreux. Tous deux allèrent à Rome se faire absoudre par le pape , et revinrent dans leur pa* trie, la conscience plus tranquille, un jour que Flosi était dans sa maison, entouré de sa famille, son ancien ennemi parut sur le seuil. Il comprit le but de cette visite qu*ii attendait sans doute. Leurs mains se joignirent, ils se donnèrent le baiser de paix, et tout fut oublié.
Cette rapide analyse de la sa^a de Ifiai suflit pour montrer combfen le chroniqueur a mis de vérité et d'intérêt dans son œuvre. A part le talent d'observation et la rapidité du drame, n'y a-t-il pas dans ce vieux monument linéraire un mythe historique d*unf admirable invention? Ces querelles sanglantes se terminant par une réconciliation sincère, sous le sceau d'un culte régénérateur; ces honmics grossiers et vindicatifs cédant à la puissance du verbe chrétien ; le bruit des combats s'apaisant a la parole du pieux missionnaire; tout ce tableau ne résume-t-il pas avec une poétique iiUélité
]*histoîro de la Tieille société islandaise, jetnnt au loin son armure de bataille pour pratiquer les oréceptes d'une religion de charité et a'amour?
Il était impossible de raconter d*une manière plus ingéBiease la conversion de rislande.
La Gunniauga saga est beaucoup moins importante sous le rapport historique. Quoiqu'elle rappelle les mal* heurs d'un scalde connu en Islande* et qui s'appelait Gunniaugi, elle a un caractère do rêverie et de poésie, qui la classe parmi les fictions des chroniqueurs.
L*Errbyggia peut être, au contraire, re^.irffée comme un document authentique. \Valter Scott en n donné une traduction dans ses Contes et Essais, L'Hungurvaka et la Krîstnl portent le m^nie cachet de vérité et d'exactitude.
I/Orkneyinça est d'ime ^^rande utilité pour riii'stoire des îles Orcades; on y retrouve des traces de la poésie des scaldes, ainsi que dans rYnglinga et la Knytiinga sa^a.
Parmi les traditions purement poétiques^ c'est-à-dire, dans lesquelles l'histoire n'a rien, ou peu de cnose à revendiquer, il faut citer la saga de Frithiof, qui date de la fin du treizième siècle. Comme elle est devenue cv\vbre, non-seulement en Islande, mais encore en Norvège, en Suède, et en général dans tout le Nord, nous nous y arrêterons qnelnues instants.
Frithiot-eu-Freun, ou Frithiof le Hardi, est un héros à part. Il n'est pas sans pitîéeomme les ^rates seandina^ ves; chez lui l'amour et une certaine teinte de galanterie chevaleresque tempèrent la rudesse de l'homme de i^uerre. Épris de la.belle Ingeberg, lille de Beli, roi de Hor'wége, ii voit avec douleur sa bien*ainiée passer dans les bras d'un prince puissant, à qui ses frères la sacrilient. Il est banni pour avoir ose pénétrer dans la retraite où Ingeberg avait été enfermée avant son maria^.
Il part pour les îles Orcades, où il doit recueillir le tribut que les jarJs de c«t archipel doivent payer aux rois de . Norwége. Son navire est assailli par une tempête affreuse; au milieu de Fo-
rage, il chante sa 6ancée, comme aurait
fait un trouvère. II arrive enfin au but de son vo\ n^e, et reçoit du prince des Orcades Taccueil le plus flatteur. De refour dans sa patrie, il maltraite un des rois ses persécuteurs, et met le feu au temple dans lequel il sacnTinit à Odin. 11 est|de nouveau proscrit et mène pendant trois ans une vie vagabonde et pleine de périls. Enfin , i>oursuivi par le' souvenir dlngeberg, il veut la reroir au prix même de ?a vie. Il arrive déguisé à la cour de Hring son épou.x; le vieux roi le reconnaît et Tadmet néanmoins à sa table. Quoi* u'il sache bien qu'il a été l'amant 'Ingeberg, il se fie à sa loyauté. Il ne tarde pas à trouver l'occasion de l'éprouver. Un jour, comme il traversait avec la reine un lac couvert de glace, ils tombent dans Teau, et Frithrbf les sauve tous deux. Une autre fois, le roi s'endort, à la chasse, au pied d'un arbre, et notre héros seul a son côté, loin d*abuser de sa position, protège les jours de son hôte. Hring en s'eveillant a|)erçoit son épée qu il a jetée au loin pour ne pas être tente de s'en servir. Il le félicite sur son noble caractère, et lui promet son héritage après sa mort. Frithiof reste auprès de lui, et le vieux monarque meurt peu de temps après. Alors le proscrit épouse sa obère Ingeberg, et monte sur le trône.
■ Cette saga a fourni nu poète Tegner le sujet d'un poème qui a mérité l'honneur de six éditions successives et de deux traductions, Tune allemande, l'autre anglaise. Cette œuvre ^ique contient des parties extrêmement remarquables, autant par l'énergie ou la
frâce de la pensée, que par le bonheur e l'expression. En citant us fragment du poème, nous citerons la saga ellemême, car l'nuteiir a suivi scrupuleusement son modèle, se bornant à modifier et à embellir la lormejquand.le génie de la langue suédoise moderne rexigeait. Le oix-septième chant est un des plus beaux et des plus intéressants, comme tableau de mœurs, iùa voici la traduction :
< Le roi Hring est assis sur ion aîégo
RÉGIONS CTRCOMPOLAIRRS.
élevé. Il célèbre les fêtes de Jui (*) et boit l'hydromel ; près de lui est assise la reine, an visage blanc et rose. En les voyant, chacun croit voir Timage vivante de l'nutoiîinp et du printemps.
Ingeberg représente le doux printemps, et iiring le froid automne.
«Un vieillard f noonno 8*avanee dans la salle. Une peau d*ours le couvre des pieds à la téte. Il porte un bâton à la main, et semble marcher avec peine, mais il dépasse par sa haute taille tous ceux qoi sont là.
« Il s'assoit sur un des bancs rangés le long de la porte. C'est encore aujourd'hui, comme c'était autrefois, la place du pauvre. Les courtisans regardaient avec dédain cet homme couvert d'une peau d'ours, et se le montraient du (loigt en rinnt.
« A cet aspert, les \ tiix de rétrnnger s'enflamment de colère. Il s'approche de l'un d'eux, ie saisit d'une main robuste et le renverse d'un seul coup.
Les autres se taisent, et leur silence semble dire : « ^'ous en aurions fait autant. »
« Qui fait donc tout ce bruit? Quel
est le téméraire qui ose troubler le repos du roi ? Viens ici, vieillard, viens et causons ensemble. Dis-moi quel est ton nom, ce que tu veux et a'où tu viens. Ainsi parle le roi à l'étranger en colère.
« Tu deinyniles beaucoup de choses, ô roi, mais je vais, te répondre. Je ne te dirai pas mon nom , ce secret m'appartient. J'ai été élevé dans la douleur; j'ai perdu mon héritage; je viens de la terre des Loups C**},c'est là que j'étais la dernière nuit.
(*) Fêle très-anciéniie qtii se eClébrait
dans la Sranditinvif , nu 5oI-,!ice d'iiiver. On y faisait dvs sacnlires de sang, et l'on passait le rcsie du temps à boire. Le root yW vient prubablementau mot suédois et danois //////, fjiii signifie roue, et qui indiquait le mouvenieal périodique de l'aoïi^ (IHote do M. Marinier.)
(**) Il y a dans la Saga une amphibologie qo'p sentit, difficile de faire passer dans notre langue. Frithi F lit : j'étais la nuit à Htf et j'ai éié élevé à A^gri. Mais nZ/signilie
« Autrefois , oh ! comme je m'élançais joyeusement dans l'espace avec mon dragon (*). Il avait de si puissantes ailes , et il fuyait sur les vagues, si léger et si fort ! Maintenant il est usé, et ses débris sont sur le rivage. Moi, ie suis vieux et je prépare le sel au oord de ta mer.
« Je venais iei pour observer ta saesse qui est renommée au loin. Ces ommes m'ont reçu avec mépris, et je n'ai pu le supporter. J'en ai pris un par la poitrine, je Tai renversé par terre, mais il s'est relevé et n*a point de mal; ainsi pardonne-moi.
« J'approuve tes paroles, dit le roi:
le vieillard doit être respecté. Viens fasseoir à ma table, mais laisse tomber cette peau d*omrs qui t'enveloppe; montre-toi tel que tu es. Les déguiseinents ne me donnent aucune joie, et je veux que la joie entre ici.
« Il laisse tomber sa peau d*ours , et, au lieu d'un vieillard, on aperçoit un beau jeune bomme. Autour de son front, sur ses larges épaules, ses cheveux blonds flottent comme des boucles d'or.
« Il porte un riche manteau de velours bleu, et une large ceinture d'argent, sur laquelle sont gravés de:» animaux. L*artiste les a travaillés avec soin, et ils sont disposés de telle manière qu'ils semblent courir Tun après l'autre autour du héros.
« A son bras est attaché uti aimeau d*or; à son côté une épée brille comme réclair. Le héros jette autour de lui un reaard audacieux; il est beau comme Balder; il est grand comme Asathor.
« Le visage de la reine change de eouleur à tout instant. L* incarnat de ses jours ressemble au reflet d'une lueur de pourpre qui brille sur la neige, et le mouvement de ses seins à celui de deux lis qui se penchent sur une mer agitée.
« Cependant le cor sonne ^ puis il te
loup , el angri, douleur, Tegner a coDser\-c la mèoM expression. (Not« de M. Marmier.) (*) Vaisseau portanl rimage d^in dragon
(ideoB.)
ftit dans Umta la saHe un grand silence. Le moment est venu de sacrifier à Freya. On amène le porc, la tête entourée de jinirlandes. Il a des pommes entre les mâchoires, et il semble marcher sur le plat d'argent.
n Le vieux roi Hring se lève avec sa chevelure blanche, et touchant la tétc du porc ! « Je jure, dit-il, de vaincre ï'rithiul', si grand guerrier qu'il soit. Aide-moi .myr, et toi 0dm, et toi puissant Thor.
«» L'étranger fait entendre un rire sardonique. Un mouvement de colcre anime son visage. Avec son épée il frappe si fort sur la table « que toute la salle en retentit, et chaque guerrier, ému, se lève sur son siège, i « Et maintenant, dit-il , ô roi, écoute ma promesse. Je connais Frithiof; il est mon ami , et je jure de le défendre contre le monde entier. Pour cela, j'ai foi dans les X^orues et dans ma bonne épée.
« Le roi sourit et dit : Étranger, ton langage est fier, mais chacun parle librement dans la snlle des rois du Nord. Reine, remplis sa cou[te du meilleur vin i J'espère qu'il sera notre bote cet hiver.
« La reine prend la eoupe placée devant elle. C était un vase précieux, fait avec le crâne d'un taureau ; il était posé sur un piédestal d'argent, entouré de cercles d*or, et orné de caractères moiqoea et d'images de Taucien temps.
« Les youx baissés , In reine l'offre à Frithiof; mais sa main tremble et elle laisse tomber quelques gouttes de vin qui brillent sur ses doigts de neige, comme les rayons du soleil sur aes feuilles de lis.
« Le héros prend avec joie cette large coupe; deux nommes, comme ceuxd*aujourd'hui, ne Teussent pas vidée; mais lui, sans hésiter un instant, pour fnire honneur à la reine, la vide d'un seul trait.
« Alors le scalde prend sa harpe ; il était assis près de la table du roi; il chante les amours du Kord , les amours de Hagbord et de la belle Signe. Aux accents de sa voix attendrie, le cœur
des goerrlen tressaille sous Ymum de fer.
" Tl chante les salles du Valhalla , le bonheur des héros, les exploits des vieux guerriers sur terre et sur mer. OiaquemaiD saisit la poignée du glaive; chaque regard étincelle, et la coupe circule joyeusement autour de la table.
« Tous le«î guerriers restèrent ainsi à boire dans la salle royale. Tous célébrèrent dignement la fite de Jul; puis ils s*endormirent sans soucis et sans tristesse; ma?<; le roi dormait près de la belle Ingeberg. »
Nous terminerons ici cet essai sur la littérature islandaise. Quelque sommaires que soient nos appréciations, elles î?iaiquent suffisamment l'importance de cette littérature sous le double point de vue de l'histoire et de Turt. Nous nous expliquons difficile* ment, d'après cela, l'indifférence des hommes lettrés de notre pays pour les traditions du Nord, considérées dans leur majestueux ensemble. Quoique, dans ces dernières années, quel* ques esprits distingués, parmi lesquels nous nous plaisons à citer M. Ampère, se soient occupés quelque peu de l'ancienne Scandinavie, néanmoins l'Istaiide est encore bien. peu connue. Cependant l'étude des nioniiments littéraires et historiques de ce pays est devenue facile, grâce aux nombreuses éditions de sagas, qui ont été publiées en Danemark , avec d'excellentes traduo> tions. Nous ne doutons pas que la connaissance approfondie des mythes du Nord, et des inspirations des scaldes ne flH d*une très^rande utilité aux jeunes imaginations qui diercbent des sources nouvelles de poésie, aii^si bien qu'aux érudits qui aiment à reconstruire l'édifice du passé d'après les pierres d*attente déposées dans les archives des peuples.