DÉCOUVERTE ET HISTOIRE DE L*IS
LA.IVDE. La découverte de l'Islande , comme celle de beaucoup d'autres pays, ne ueutétrerapportée à uneépoquebien précise. Il s'est élevé à ce sujet une
question de i^eo^^raphie qui a longtemps préoccupé les personnes compétenteîs, et dont nous devons d'autant plus faire
RKGIOm CIH€OBIPOLAIRESL
mention, qu'elle intéresse d'autres îles, telles que les Shetland et les Oi cades.
Llslande est-elle« comme on Ta dît, ia Tîiidé de Pithéas? Il nous semble que la lecture attentive du récit de cet ancien voyageur peut mener facilement à la solution de ce problème :
Pithéas, navigateur marseillais, envoyp, Tan 320 avant Jésus-Christ, par ses compatriotes à la découverte de nouvelles terres dans le ISord , après avofr abordé à Tîle d'Ouessant , à celle d*Aibion, et après avoir cinglé vers le nord-est, pendant six journées consécutives, découvrit un grand pays où tout ce.c^u'ii vit le fràupa d'étônnejnent. Les nuits, dit-il, y sont de deux ou trois heures; les hommes i^y nourrissent de racines; ils boivent une liqueur composée d'un melaijge d'orge et de miel; ils sont obligés de faire sécher et de battre dans des maisons le grain qu'ils récoltent; le littoral de cette singulière cnntrée est entouré d'une masse compacte qui n'est ni terre, ni air, ni eau, mais un composé de ces trois éléments.
Gomme on le voit , il n'est pas question ici (l'une île ; or Pithéns et ceux gui se sont empares de son récit pour en faire une fable merveilleuse , n'auraient pas manqué de spécifier ce point important, si la terre dont il s'agit avait été entourée d'eau. En second lieu , on ne peut guère placer sur les cotes septentrionales d'Islande le lieu ▼isité (nr l'aventurier marseillais; car il venait du sud , c'est-à-dire de l'extrémité nord de l'Angleterre, et il aurait atterri aux rives méridionales. En considérant le calcul de la marche du vaisseau , on volt encore que Pithéas n'a pas voulu désigner l'Islande; m effèl, suivant Malte-Brun, il est clair que ce navigateur a employé pour inesurer ses distances, deux stades diné»
rents, le stade égyptien de onze cent onze un neuvième au degré, et le stade de huit cent trente-trois au degré, et c'est de ce dernier qu'il s est servi pour fixer la latitude de Thuié.
11 fit, oit-il , six cents stades par jour; or il aurait navigué six jours entiers, ce qui donne trois mille sit cents sta*
des; il dut conséquemment fixer à
Îiuaraute-six mille trois cents stades a distance du pays en question à Téquateur, ou à cinquante-cinq degrés trente-cinq minutes, et nous avons dit que l'Islande était située par f)3" 30' et OC" 42 . Enlin, comme l'ont fait observer très-judicieusement des historiens islandais, entre autres A rngrim Jonœ, la descri|)tion de Thulé ne peut sur aucun point s'appliquer à leur patrie.
Le problème resterait douteux si les assertions de Pithéas ne pouvaient pas trouver une base logique, c'est-a-aire si l'on ne pouvait les rapporter avec vraisemblance à aucun autre pays du Nord: Mais vofd une contrée a laquelle la description du célèbre voyageur convient sous tous les rapports; c'est le Tutlnnd. partie septentrionale du Danemark. D'abord le Jutland est à six jours de navigation du nord de Kent; en second lieu , les nuits y sont souvent de deux ou trois heures, à cause des longs crépuscules; les habitants boivent de l'hydromel et sont dans l'usage de dessécher les blés dans de vastes granges ; enGn, on y trouve, principalement sur les côtes occidentales uu dut aborder le navigateur marseillais, des dunes sablonneuses,
3ui changent de place au gré du vent, es marais couverts d^une croûte de sable qui cède sous les pas du voyageur imprudent; et si l'on njonte h ceci les brouillards d'une nature toute particulière qui régnent souvent dans ces parages , dérobant sous leur voile épais l;i vue de la terre, même à une tres-faibie distance, on aura l'explication des phénomènes qui parurent à Bithéns n être que la réunion de trois éléments en un seul. Pour dernier argument , rappelons que le Jutland s'appelle en danois moderne Thy ou Thylandy et que les anciens Scandinanaves le nomment Thiuland, ce qui ressemble singidièrement a Thuié.
Quant aux îles Orcades, aux Siictland, aux terres polaires et à d'autres pays encore auxauels on applique la description dePiihéas, on ue peut les admettre dans cette discussion qu'en faussant les calculs de navigation et
rUMVERS.
en défigurant la contrée dont ce voyageur a tracé le tableau. Un seul pays j}Ourrait entrer en concurreiice avec le Jutland, c*ett le canton de la Nor- -wége méridionale nommé Thélémark, et même , dans une saga islandaise y Thulemark. C'est certainement la contrée que Ptolemee a voulu désigner en parlant de Tbnlé; e*ett peut-être aussi la Thulé aperçue par la flotte romaine nui fit le tour de l'Angleterre; niais I opinion de;^ savants qui en ont fait aussi la Thulé de Pithéas nous parait au moins controversable, et tout concourt à démontrer que la diflRculté doit être tranchée en faveur du Jutland (•).
Ce point décidé , reste la auestion de la première découverte de Tlslande.
Ici pas un document, pas une donnée première qui permette de hasarder une assertion quelque peu admissible.
I9ottS saTons bien la date de rétablissement des Norwégiens dans cette île ; mais s'il est vrai, comme ledit le Landnama-bok, que les Scandinaves y aient trouvé des chrétiens; s'il est vrai que Quelques vestiges signiflcatîft, tels que des livres irlandais, des crosses et des cloches, aient prouvé aux colons païens qu'un peuple occidental avait iiabité ce pays longtemps avant eux, à quelle époque pounrons-notts fixer l'arrivée de ces premiers explorateurs? Aucun des écrivains qui ont étudié le passé historique de l'Islande n'a cherché à découvrir la vérité à ce sujet, et, en Tabsence des matériaux nécessaires, nous sommes obligé de suivre leur exemple.
C'est donc au pirate ÎS'adodd , cité dans la chronique d'Are Frode, qu'il fàut attribuer l'honneur, de la découverte de l'Islande, dans le sens
(*) Comparez sur le même sujet .StraboD, Geminus, Introd. in pliienom.; Pline, Ptolémée, Cluver, SchoUu&, Baxter, Go&«>ellin, Béda, De naiiim nrumf Amgrim Jonœ, Sprc. Jslnnci. A/V/. ; Goïicr, Hist. de Suède ; Dicuil, De mensurd or bis ternr, édil. de M. ^alrkenaër ; idem de M. Lclioone; Mallfl-Bnin , et enfin les priDcipaos ouvrages MT I1iiUim1«.
historique de ce mot. Ce Norwégien , que ses crimes avaient forcé d'abandonner sa patrie f ii'était d'abord réfugié aux Féroé, dont il avait lait le quartier général de ses excursions maritimes. Au retour d'une expédition contre la Korwe^e, vers l'année 860, il fut jeté par la tempête sur les cétes d'Islande. Il aborda au fbnd d'un des golfes de la partie orientale, mit pied à terre, gravit la plus haute montagne, pour s'assurer si le pays était habité, et en redescendit sans avoir aperçu la moindre trace de culture. A l'automne, il se rembarqua, et voyant les montagnes couvertes de neige, il donna à cette île le nom de Snoekmd ( terre de neige ).
L'aspect peu engageant de la contrée qti il avait découverte n'était ^nrre propre à ramener Nadodd vers les rives islandaises, et, en eilet, il n'y retourna pas. Il fallut qu'un second hasard pou»> sât, trois ans après, dans les mêmes pnrnges, un Suédois nommé Gardar, qui habitait la Nnrwége ; durant nu voyage aux îles llcl)nde.s, où il allait recueillir an héritage , il ftit chassé en pleine mer et ne put s'arrêter que dans un port oriental de l'Islande. Il lit le tour du pays que, lui aussi, venait de découvrir, et reconnut que c'était une île ; il le nomma en conséquence Gardarsholm , île de Gardar. Il résolut alors d'y faire im séjour de quelues mois :'il prit terre sur la côte est e la baie appelée plus tard Skialfandafiord, y construisit une petite maison, et y passa l'hiver. Au printemps, il retourna en ÎSorwégc, où le récit qu'il fit de ses aventures inspira à ses amis le désir de visiter cette terre extraordinaire où le feu surgissait du milieu des glaces, et où tant de spectacles étranges frappaitnt incessamment les regards. Le plus entreprenant fut un autre pirate nommé Fioki , qui descendait d'une famille princière. 11 forma le projet d'aller prendre possession àfi l'île nouvellement découverte, et à cet effet il équipa un vaisseau, qu'il chargea de tout ce ^i pouvait lui être ntTcssaire. Il partit , emportant trois corbeam pour le guider dans
RÉGIONS CIRLO.M POLAIRES.
son voyage. Après avoir touché aux lies Shetland et aux Féroé, il s'aventura de nouveau en pleine mer, cherchant nslandè, dont il ne connaissait.
fios bien la position. Alors il donna a liberté ;i un de ses trois corbeaux, espérant <^ue son voi lui tracerait la route à smvre; mais foiseau, effrayé de l'immensité de l'océan, retourna à tire d'aile vers les Féroé; le second corbeau prit son élan, mais, moins courageux encore que le premier, il se hâta de venir se poser sur les mâts du biîtiment. Le troisième fut à son tour lâché dans l'espace : celui-ci, sans hésiter, se dirigea sur l'Islande, où le navire arriva après lui. Floki, peu satîsAiit de Taspeet des odtes orientales qu*tl avait aperçues les premières, revint vers le sud , longea le littoral
I'usque vers la partir ouest, où il débarqua dans la baie de Breida {Breidafiord )• Là , après avoir exploré une certaine étendue de territoire, il en
Krit possession et commença son étnlissement.Mais lui et ses compagnons avaient dépensé tout leur temps à la pèche, qui 9 sur ces côtes si poissonneuses, leur fournissait journellement des provisions fraîches ; ils n'avaient pas pensé à ensemencer la terre, pour avoir quelque chose à récolter' Tété suivant. Par malheur, l'hiver fut des pluj> rigoureux et tua tous les bestiaux (ju'ils avaient nmcnés. Le printemps ne fut guère moins troid, et Fioki commençait à se repentir de sa tootative.
Un jour il monta sur un pic âevé , pour voir s'il ne découvrirait pas au loin quelque endroit où les frimas eussent cessé; mais il n'aperçut aue plaines couvertes de neige et goires remplis de glaçes. Il appela Jsqfiord (baie de glace ) celui de ces golfes qui lui parut le plus encombré. Dès ce moment sa résolution fut prise , et il se disposa à quitter cette terre de désolation ; néanmoins il passa Phiver suivant dans Hafnafîord , et ce ne fut qu'au retour de la belle saison qu'il
Sut mettre à la voile pour la Norwége. ;n s*en allant, il substitua un nom de son choix à ceux que ses devanciers avaient donnés à ce pays : il avait va
l'île de Gardar dans une de ses plus mauvaises années , il crut que l'hiver y avait pour jamais établi son empire : il la nomma en conséquence /stoMtf(*) ( terre de glace ).
En Norwege , Floki fut questionné sur la contrée qu'il avait visitée. Il répondit de manière à détourner ses compatriotes de tout projet de colo> nie. IMais un de ses compagnons d'aventures, Hériolf, moins prévenu que lui contre l'Islande, en lit au contraire un tableau enchanteur. Dans son enthousiasme, sincère ou simulé, il ne trouva rien de plus énergique, pour donner une idée de la fertilité du pays, que de dire aue chaque plante y aiS' HUaU du beurre. Aussi , lorsque Harald aux beaux cl)eveux eut réuni toutes les parties de la Norwéi;e sous son sceptre despotique, les lannilcs patriciennes, qui avaient beaucoup perdu à l'établissement de Tunité politique, tournèrent -elles leurs regards vers l'Islande, comme vers un asile assuré; toutefois elles furent devancées par deux pirates, issus eux-mêmes, il est vrai*, d*ancétres distingués. Ces deux hommes , qui s'étaient signalés par leurs brigandages sur mer, étaierit Ingolf et Leif. Une querelle d'amour s*était élevée entre ce dernier et le fils d'un ja(| redoutable , et dans un combnt|n;ival que s'étaient livré les partis rivaux, les deux fils du jarl avaient été tués. J>ès ce moment , Leif était devenu Tobjet des persécutions de se»
ennemis, contre la puissance desquels il n'avait pu lutter plus longtemps.
Pour en finir, il avait pris le parti que renaît assez ordinairement, en semlable drconstanoe , le coupable menacé de la vengeance de son adver> saire : il s'en était remis à la décision des parents de ses victimes, qui, usant de clémence, l'avaient condamné a ne perdre que ses biens et à s*expatrier.
C'était a l'Islande qu'avaient d'abord songé les deux pirates. Ils s'y rendirent, en effet, l'an 870, et turent si satisfaits du pays, qu'après y avoir passé rhiver, ils sehfttèreotde tenait
(*} Ou plutôt Jee-immU ...
en Norvège, pour y faire les préparatifs d'une expédition plus sérieuse et d'un établissement ddinilif.
Pendant qu'Ingolf s'otcupciit , en Norwége« des apprêts de leur second voyage , son fidèle compagnon courait les mers pour aufimcritcr leurs richesses : il aborda en Irlande, où il captura un certain nomlire d^esdaves.
Un jour, il y tua dans une caverne un lioinme armé dNme (''|K'e, et cet exploit lui valut le nom de lliôrlcïf Sverdleifur ( Ldf à Cépée ).
Le moment était venu de songer ad retour en Islande. Hiorldf , qui ne par* tageait pas toutes les croyances de ce tcmps-la,s'embarqua sans avoir sarrilié aux dieux ; Ingolfqui était, auconli aire, très-soperstitîeux, accomplit tous les actes de dévotion usités en pareil cas. Quand son vaisseau approcha de ri>lande, il jeta les colonnes sacrées de son siège domestique à la mer, et fit foeu de se fixer là où les flots les jetteraient; mais le courant les emporta plus vite que son navire, et i! If^s perdit promutement de vue. Le lieu où il aborda est situé sur ta cdte sud-est, et s'appelle encore aujourd'hui Jnçolftt hô/ai ( promontoire d'îngolf ). Pendant ce temps, Hiorleïf était poussé à l'est sur un point oij il ehen h.i a s etaUir; mais au printemps, lesésclaves irlandais qu'il avait amenés avee lui l'assassinèrent, et se retirèrent arec ses femmes et ses richesses dans des îles voisines situées au sud. Deux des serviteurs d'îngolf, envoyés à la ren* contre d'Hiôrleif, trouvèrent son corps privé de vie, et rapportèrent aussitôt cette triste nouvelle à son ami, qui ne manqua pas d'attribuer c«tte catastro- |;he à l'impiété d'Hiôrieïf. Néanmoins il se mit à la recherche des meurtriers, les atteignit dans leur retraite , les tua, et reprit les femmes de son com-
{>agnon de voyage. Les Iles qui furent e théitredecès sanglantes représailles furent nonmiées Vestuiarinnyiar, c'csta-dire, îles des lioinnies de l'Ouest, en souvenir des esclaves irlandais qui S*? étaient réfugiés.
'Cependant Ingolf errait toujours, . checcbant ses dieuf pénates) ne ne fiit
que Tété suivant qu'il les trouva imr
la cote occidentale. Nous avons dit dans la description de Reykiavik, que les vagues les avaient j[etes sur remplacement où s*élève aujourd*bui cette ville, et qu'Ingolf s'y établit aussitôt, conformément a son'vo u. Le sol au'il foulait n'avait point de maître ; il en prit possession : il choisit pour domaine deux districts, et donna une portion de terrain à un de ses esclaves.
Telle est l'histoire des deux premiers colons d'Islande. Leur tentative ne
tarda pas à trouver de nombreux imitateurs. La situation de la IS'orwége favorisa puissamuieiit l'œuvre si hardiment commencée par eux. C'était le moment où HaraldT, devenu maître des petits royaumes de Scandinavie, exerçait le pouvoir le plus absolu sur ses anciens rivaux , à qui il avait laissé, pour toute compensation, le titre de comte. La plupart de ces princes déchris oréférérent l'indépendancedans l'exil à la honte dans leur patrie; quelques-uns passèrent avec leurs familles et leurs amis aux .Iles Hébrides, aux Orcades , aux Sbetland et aux Féroé; mais le plus grand nombre alla chercher en Islande la liberté qu'ils ne pouvaient plus espérer dans leurs anciennes possessions. Les chroniques disent même que les émigrations de* vinrent assez fréqncntts pour faire craindre une prompte dépopulation de laNorwége, et que le roi Uarald défendit, en Gonséqucnocà ses sujets de sortir du rovaunie, sous peine de confiscation et d amende. IMais ce ne fut pas la Norwége seule qui fournît des colons à l'Islande; il en vint aussi de Suéde, d'Écoflse et d'Irlande, tant les récits des pirates qui avaient ;iliordé à cette île bienheureuse avaient enflammé l'enthousiasme des étrangers pour ce même pays que Ploki avait stigmatisé du nom de Urre de glace.
Tout ceci se passait entre 873, date de rétablissement dTngolf, et 920, époque ou Tlslande était, au rapport dies chroniqueurs, entièrement peu* plée. Ainsi, moins d'un demi-siècle avftit suffl pour transformer ce désert
AÉGIONS CïkCOMPOLÀIRES.
de lave et de glace en une oolonie po*
puieuse et durissante.
Ce qu'il y n de remarquable, c'est que la colonisation se lit paisiblement et que tout s'arrangea au mieux eutre les nouveaux venus. A leur arrivée, les premiers colons prirent possession du territoire voisin du lieu oii ils avaient abordé. Dans le principe , il paraît
au'ils s'étaient approprie des portions e sol trop considérables pour qu'îlepussent les cultiver; plus tard, s'apercevant que ce partage était injuste et défavorable aiuc intérêts de tous, ils se conformèrent à un usage eo vigueur dans leur mère patrie : il fut décidé que nul ne pourrait prendre d'atitre terrain que celui dont il ferait le tour en uue journée; il fallait marcher, une torshea la main, et mettre le fea sur son passade à des tas de buissons disposés de distanne en distance. L'espaee compris entre les brasiers ardents était adjugé au nouveau venu: ceci rap* pelle rbistoire de Didon et la peau de Lœuf coupée en lanières pour mesurer l'emplacement de Tyr. Les cbefs qui avouent ete aceonipagiies par des hommes libres indigents, étaient investis du privilège de fioavolr leur aceorder certaines portions de terre, où ils élevaient des maisons etJottîssiBient d'une entière hberté.
LégUlcUion. Le gouvernement patriareal se matatint en Islande (pendant un certain temps après l'arrivée des premiers colons; mais on finit par sentir le besoin de quelques lois régulières qui iixassent les droits et les devoirs de chacun. Le mode d'administration suivi en Norwége fut adopté avec quelques modifications. Le peuple de ce pays était liabitué, depuis un temps immémorial , a de fréquentes assemblées publiques présidées par le roi, et dans lesquelles il délibérait sur les affaires en litige. Pour avoir droit de vote, dans ces circonstances, ii n'était pas nécessaire de posséder une propriété territoriale considéra»
bie; il suffisait d'avoir un coin de terre, quelfjue petit qu'il fiU. Cette institution fut adoptée en Islande. Les colons se divisèrent en petites coiumiiuaute«
proportionnées à t'étendœdes distrieti
3u'ils liabitaient; ils conféraient à fun 'entre eux par l'élection le titre de jucre et de mmistre de la reiigi(>n. Ce lonctionnaire s'appelait godiy du mot god^ IKea, ee qui indiuue le respect et la confiance dont il était entouré.
C'était en génf^rnl un homme fFiine intelligence supérieure, et qui jouis- .sait d une grande influence dans le district dont il était nommé le chef.
Le thing ou assemblée générale avait lieu à certaines époques déterminées, et les procédures étaient toujours consacrées par quelques cérémonies religieuses; par exemple, on trempait un anneau dans le sang d'une victnne, et non-seulement les témoins, tnais le juge lui-même, étaient obliges de le prendre et de prononcer le serment ordinaire ; « Que Freyr, IViord et le tout-puissant Odin me soient en aide ! »
Vers l'an 928, les habitants de l'Islande se formèrent en république régulière , et ils déterminèrent avec tant de sagesse les différentes attributions du pouvoir, que leurs droits respectifs se trouvaient parfaitement garantis, sans que leur liberté fût compromise.
Ils divisèrent Htle en quatre quartiers ou provinces, clhiajn ayant son ma* gistrat suprême librement élu par le peuple : ce fonctionnaire avait le même caractère que le godi , seulement ses attributions étaient beancoup plus étendues. Chaque quartier fut subdivisé en trois nmnicipnlités ; la province du nord, à cause de ses accidents topographiques, en eut quatre. Ciiacun de ces cantons était administré par un délégué do peuple , spécialement chargé de veiller au maintien de l'ordre; de convoquer les assemblées ou l'on devait traiter des aflaircs mibliviues; de présider ces réunions et d*? taire les fonctions déjuge; enfin, de tenir la main à l'exécution des sentence*; et à l'oP servation des lois. Cet ofticier pubh'c était en même temps revêtu d'un caractère sacerdotal; c'était à lui qu'é<« taicnt dévolus les soins exigés pour l'entretien du temple, et la chariie importante de préserver de toute atteiute ie culte des dieux Scandinaves : c'était
le godi transformi^. Les municipalités forent à leur tour subdivisées en un grand nombre de petits districts appelés hreppt, composés de la réunion de quelques familles sur un même point, et administrés par un hreppsliord^ ou bailli, investi d'uncjuridiction immédiate sur le territoire compris dans sa circonscription. La principale fonction de ce personnage était de prendre soin des indigents et d'empéclier autant que possible Taugmentatien du paupérisme. Il présidait aussi un tribunal inférieur, dans lequel entraient quatre des plus res()ectables membres de la communauté^ cboisis parmi les propriétaires, i>our éviter toute oorruption. Les araires qui ne pouvaient être jugées par ce tribunal étaient portées devant celui du bailli.
Daiîslescas extraordinaires, on pouvait en apj)eier a une cour provinciale, qui n*était autre chose qu'une assemblée de députés des différents cantons, présidée par le magistrat suprême de la province. Cette cour ne se réunissait pas à époques ûxes comme les autres, mais seulement dans les cas d'urgence.
Plus tard, les Islandais instituèrent un dernier degré de juridiction, qu'ils aupelèrent althinn; c'était une assemblée générale de la nation , qu'on tenait une fois par an et qui dnralt seize Jours ; on y discutait les lois de la république, et on y Jugeait en dernier ressort tous les différends qui s'étaient élevés entre les babtiants. Le magistrat suprême, qui avait le titre de président, s'appelait le lôgsOgumadr, ou publicateur de la loi. Il était nommé par le peuple, et était généralement maintenu dans ses fonctions sa vie durant; quoiauMl n'eterçât hors de rassemblée qu un pouvoir très-limité, il était toujours respecté par ses concitoyens comme souverain juge et urotMteur de leurs lois et de leurs libertés. C'était à Lui qu'était conGée la garde des lois écrites , et la copie déposée entre ses mains était considérée comme un saint évangile. Il avait le privilège de pouvoir reviser les sentences prononcées par les magistrats inférieurs, et même de punir les juges,
s'il était prouvé qu'ils eussent agi con- ' trairement à l'esprit et à la dignité de leurs fonctions. Du reste, ce qui prouve le degré d'importance attaché au titre et aux prérogatives de loqsôcrnmadr , c'est que les Islandais étaient dans l'usage de compter les époques par la durée des fonctions de législateur, eom* me les Romains comptaient par les noms de leurs consuls, et les Grecs
{)ar les olympiades. Ou cite trente-sept ôgsôgumadr pendant la durée de la république islandaise, c'est-à-dire de 927 à 1363. Snorre Sturleson fut élu deux fois, et fut de tous les magistrats celui qui jouit de la plus crande influence et du pouvoir le plus étendu.
L'Islande nit redevable de toutes ces institutions à un homme dorit ses annales ont religieusement conservé le nom : cet homme s'appelait Ulfliot ;
8oussé par un zèle patriotique, et afigé des désordres qui , en Fabsenoe de toutes lois positives, troublaient cette société naissante, il demanda à aller en Norwége pour étudier la législation et la Jurisprudence de la mère patrie. Gette résolution était d'autant plus louable,. qu'Ulfllot avait Ion soixante ans. 11 partît, accomplit son oeuvre laborieuse, revint en Islande en 927, et se mit immédiatement a parcourir le pays, conseillant sur son passage à tous les habitants d'adopter lea lois dont il avait acquis la connaissance approfondie. (Jetait là un véritable apostolat, et l'histoire a fait acte de justice en transmettant à la postérite le souvenir de cet homme qui $*en allait préchant une réforme législative dont li avait su calculer d'avance les bienfaits. L'année qui suivit ce saint pèlerinage, le code rédigé par UlOtot fut unanimement adopté dans la vallée de Thingvalla. Ce code peut être considéré comme un extrait de celui de Gulathing, alors en vigueur en Pîor> wége. En 1118, le lôgsôgumadr Bergthor y introduisit des améliorations importantes puisées dans le fameux code norwegieu appelé Gra^a.v, et, en 1280, la législation de Jonsbok lut
(*) Aioti noamé à came du président
E£GI01iS CIRCœiPOLAIRËS.
adoptée. Cette dernière a subsisté jus-
3u*à nos jours dans ses principales ispositioiis.
Nous avons tracé en détail le tableau des institutions islandaises, parce que ifest un beau spectacle de voir un peuple f entièrement maître de ses destinées, régulariser, de son propre mouvement, l'exercice de sa liberté, et B^imposer des lois en harmonie avec ses instincts naturels comme avec les nécessités de la vie sociale. Ce sera toujours un utile exemple pour les nations, qu'une agrégation d'hommes élaborant, sans crainte de l'étranger et sous la seule influence du sentimoit de la liberté, un système politique propre a garantir les' intérêts de rlincun et à perpétuer dans iexœur de tous le fen sacré de l'indépendance et du patriotisme.
Cet état de choses s'est maintenu en Islande pendant prèj de quatre siècles; touteiois, dans ce ioug espace de temps , le pays ne fut pas toujours tranquille : de déplorables divisiobs agitèrent, à certaines époques, la petite republique. Plus d'une fois le fermier eut à défendre sa propriété contre les malfaiteurs qui , an mépris des lois, convoitaient les richesses de leurs concitoyens. Phis d'tme fois , les rochers de Tliiniîvalla furent ensanc'-intés par les querelles des partis rivaux, oui ne craignaient pas de tirer le glaive dans l'enceinte sacrée où la justice seule aurait dû dicter ses arrêts, (l'est à certaines lacunes importantes, laissées dans les institutions foi damenteles par l'inexpérience des l^islaleurs islandais, qu'il fout attribuer ces désordres. Si la liberté et les droits de chacun trouvaient dans le code d'Ulfliot des garanties sufGsantes , d'un antre côté, on avait trop négligé les lois répressives. Le pouvoir exécutif n'avait pas été investi de la force nécessaire pour teuir en bride les ambitions individueiles , et pour châtier les infractions au pacte fondamental. On avait trop accordé à Vindhkh^ et pas
JoQ qui avait apporté ce nouveau oode de Korwége.
assez II la société. De ce vice or]y(ani-
3ue, qui laissait Tautorité supérieure ésarmée vis-à-vis des frictions, il devait nécessairement résulter tôt ou tard un déchaînement de passions brutales, et une lutte dangereuse entre les pouvoirs ronstitutifs et les individus que des idées coupables poussaient à s'insurger contre la conununauté.
Le juge de Talthing prononçait bien des ctâtiments sévères contre les contempteurs de la loi , mais le condamné échappait à la vindicte publique, (juand il était assez fort pour braver les sentanees des tribunaux. Il est vrai que cette anarchie n'aurait sans doute ja* mais pris un caractère aussi sérieux, si elle n'avait pas été secrètement favorisée par les rois de Norwëge, qui avaient, dès le principe, Jeté un regard de convoitise sur rislande, et qui met* talent envisage les moyens les plus machiavéliques pour affaiblir à leur profit cette société créée sans eux et malgré eux.
^ Du reste , cet état d'agitation intérieure ne fut pas sans utilité pour les Islandais. Les coupables condamnes au bannissement s'en allaient courir les mers, et quand il leur était permis de rentrer dans leur patrie, ils y rapportnie!)t le i:o(it des expéditions lointaines. Ainsi se propagea en Islande l'amour des entreprises aventureuses, et cette tendance fut éminemment fevorable au dévelo|>pement du commerce, ressource précieuse pour la colonie républicaine. Des découvertes importantes furent aussi la conséquence de ce mouvement d'expansion : ce fut Éric le Rouge, Islandais mis hors la loi, qui, en 982, forcé de quitter son pays, ht voile vers l'ouest et découvrit le Groenland , où il fonda une colonie.
Quelque temps auparavant, cette contrée avait été aperçue par un autre Islandais nomme GÙnbiôrn, qui avait négligé d'y aborder. Si l'on en croht les historiens du Nord , les Islandais dirent aussi les premiers qui visitèrent les côtes de l'Amérique septentrionale. Il paraîtrait qu'en l'an 1001 , un certain Biarni Ilermifson , en voulant
se rendre au Groenland, fut poussé ai* Unir mon. (BioioNS giacompolaiass.) 19
I)ar une violente raiale de Test dan^ 'océan Atlantique, et qu'après une navigation de quelques jours, il découvrit un pays boisé et légèrcaieot onduleux.
N^ayant pu décider ses eompagnonè de voyage à mettre pied à terre, il cingla vers le Groëulaud, qu'il atteignit sans autre aventure. La description qu'il Ût de la contrée au'il avait aperçue, excita la curiosité de Leif Ericson, dont le père avait le premier pris possession du Groenland ; cet aventurier fit voile dans la direction indiquée par Biarni, et aborda à un pays qui , d'après ce qu'il en rapporta t ne pouvait être que le Labrador.
Rn quittant cette c5te inhospitalière, Leif Éricson d.^couvrit une île qu'il nomma / itdand, à cause des petites baies semblables au raisin, qu*il y trouva en grande abondance. Cette Ile pourrait (^tre , suivant l'o|'inion de quelques géographes, celle de Terre- Neuve (*).
PréeUeation et adoption du csArls- Uanisme. L'établissement du cbristialiisme en Islande, sans mettre 'fin à l'unareliie, ouvrit une ère nouvelle à ce peuple dont l'intellii^ence n'attendait qu'un rayon de lumière pour s'é^ panouir. Ici nous serons plus explicite dans l'exposé des événements; l'histoire de la conversion des islandais est trop curieuse et semée d'épisodes trop intéressants* pour que nous puissions nous dispenser d'entrer danS les détails que comporte le sujet.
Le tableau des croyances du Nord avant Padoption de la religion chrétienne trouverait ici naturellement sa place; ce serait même une uiile introduction à ce que nous allons dire; mais nous serions oblijgé de repeter à peu près ce qui a été dit sur cette matière dans le volume consacré à la Suéde, et nous ne voulons pas faire de double emploi. Nous renvoyons donc le lecteur au résumé de notre collaborateur H. le Bas» sur la mythologie •feandinave.
(*) Voyez ce que nous avons dît sur la
Tlnlamî dc-i Scandinaves dans noire notice sur ierre- Neuve, oui fait lot lie du U'avail
tUNIVERS.
La Suède, le Danemark et la Nor-
W'épe ne se convertirent anv dogmes chretiens(ju'aprcsdes luttes prolonm es et dans lesquelles le glaive rtuiplaca plus d*une fols la parole évangelique.
urimm, dans sa Mythologie germant' que^ explique fort oien la rcpniinance des peuples du Nord à embrasser une religion nouvelle, ii rappelle avec raison rattachement de ces nations fa* rouches à leurs traditions et k leurs coutumes, et if fait ohserver que le pacanisme Scandinave, bien loin d'être en décadence, comme le paganisme grec et romain à Tépoque de la première prédication des préceptes du Christ, était au contraire dans toute sa ferveur quand TOccident converti essaya de faire pénétrer la foi nouvelle dans les régions où régnait le culte d'Odin et de Tbor. Il était donc tout naturel que les intrépides missionnaires qui tentèrent les preiuiers de renverser les idoles de ces peuples, reticontr^ssent des obstacles devant lesquels quelques-uns de ces hommes courageux furent obligés de reculer.
La conversion de l lslande fut plus lente, mais plus pacifique, et cela, sans doute, parce qu'avant d*étre enseigné publiquement, le christianisme était connu de plusieurs familiers insulaires, qui, sans le pratiquer, étaient quelque peu familiarisées avec les principes et les actes extérieurs du culte nouveau. C'est principalement dans leurs relations avec l'Irlande que les membres de la petite republique puisaient la connaissance, superlicielie il est vrai , des doctrines chrétiennes.
Saint Patrice décida même un Islandais du nom de OErlyg , son disciple et son protégé, à tenter 1 apostolat dans sa patrie. OErlyg uartit en eflet, aborda à Touest de rislande dans ua golfe , auquel il donna le nom de Saint-Patrice ( Patrixtiord ) , et construisit dans la partie sud une petite église quMI dédia à saint Cotombad, Cet essai , le premier doni les sagaè fassent mention, n'eut aucim re><nlt it. Ketil, qui avait aussi baptise en Ir-.
lande ; Helge , qui , dans ses bizarrd Êuitaisies» se plaisait à mUerlII iÊ^
y Googl
BÉGIONâ ORGOBIPOLAIRigs:
perstitions du culte païen aux préceptes de rÉvaneile, et rapprociiait Odin de Jésus^Chnat; Asolr, aue la chconique entoure d'une auréole de sainteté: la veuve d'Olaf le Blanc, roi de Dublin, la pieuse Âude, qui se dévoua en Islande au diflicile métier d'apotre; d'autres encore, don| les doeumenCs historiques ont consacré les noms, entreprirent vninemfint de faire disparaître les idoles do cette terre où le sang des victimes ruisselait eucpre sur les autels des faux dieux. Toutefois la idées nouvelles préchées par ces missionnaires bénévoles s'infiltraient peu à peu dans le peuple, qui, tout en les méprisant , s'y habituait a son insu. L'évéque. saxon Frédéric et son interprète Thorvald firent des efforts plus sérieux et plus soutenus. Ce J liorr vald , après avoir guerroyé avec éclat au service du roi de Danemark , se fit chrétien, et repassa en Islande avec sciii patron Frédéric. Là , le saint évéque, comprenant mieux que ses devanciers les nécessités de Tapostoiat chez un peuple imbu de préjugés grossiers, eut recours à la ressource aes miracles. T.e premier essai de ce moyen infaillible eut lieu sur le père de Thorvald, païen endurci qui fermait l'oreille aux conseils de son fils et de son maître. Un jour que le vieux Kodran assistait à une de leurs cérémonies religieuses, le son des cloches, Taspect du preiat couvert de ses vêtements sacerdotaux, le parAinà des encensoirs»
l'éclat des lumières lui causèrent une
Î)rofonde émotion. Il s'approcha de son ils, et lui dit : « Je vois bien que cet homme qui t'accompagne est un sorcier, car c^est liiî qui rapprend tout ce que ta doià savoir; mais, moi , j*al aussi un sorcier qui me donne d'excellents conseils, prend soin de mes bestiaux et ne veut pas que te croie à ?08 paroles. — Eh hien , dit Thorvald, tu vois comme cet homme que je t'ai amené est faible de coriis ; ton sorcier, au contraire, est plein de force et d'audace; si Tevéque parvient, tout chétif quil est, à le chasser de la de* meure qu'il occupe Uhbas sous le romer^ croiras4tt à la puissance de notre
Dieu? — Oui, » ilt Kodran. Le soir même, l'évêque, .suivi de ihorvald, alla, jeter de Teau bénite sur le rœ où s élevait la maison du sorcier. Il recoiimiença trois fois de suite la même conjuration, et, pendant trois ïiujts , le sorcier se prit à gémir, et entendit ses enfants qui pleuraient et se plaignaient de sentir tomt>er su^ leur corps des gouttes d'eau brillante.
Enfin , ue pouvant plus supporter cette torture de chaaue jour , il vint trouver Kodran , et lui dit qu'il étai^ obligé de fuir. « Va, lui répondit le vieillard , je te croyais un être surnaturel, et je vois que tu n'es qu'une créature débile ; désormais je te honnis, et je veux me confier a un Dieu plus puissant que toi. » Peu de teujps après , Kodran et sa femme avaient reçu le baptême et professaient 1^ christianisme. Au printemps, l'évêque et son compagnon Thorvald se dirigèrent vers une autre partie de l'Islande et contmuèrent a prêcher. Un
tour, au milieu d'une assemblée nombreuse, deux berseirkirs {*) , oui voulaient humilier l'évêque, le oeflerent de passer, comme eux, au milieu des flammes. L'évêque accepta le défi, puis fi'étant recommandé à la toute-puissance de Dieu , Jeta de l'eau bénite sur le foyer ardent. Les lierserkirs voulurent le traverser, et lurent dévorés par le feu. L'évêque s'avatica ensuite avec sa mitre sur la téte l.sou bâton épisrx)pal à la. main, et les flanimes s^ouvrirent dcarâht lui. Ce miracle convertît un grand nombre de païens.
Les deux missionnaires continuèrent \tur route, et un nouveau miracle le^ aida encore dans leurs ^qrts. heux cents païens, irrités de leur voir prêcher une religion qti'iis ne voiilnient pas admettre, résolurent de les sur-
t rendre la nuit et d^ les brdler dans ior demeure; mais au moment oà ils s'avançaient an milieu des nlontS* gnes, tout n rotip ime troupe d'oiseaux étrangers s'éleva du creux de la val-
(*) Esuècesde ^ramishuidaU qui fimatiiit métier de se hatUe pour les fimicés êl Un
lée ; les chevaux épouvantés se cabrèrent et renversèrent leurs cavaliVrs : les uns périrent dans cette chute; d'autres eurent les membres brisés (*).
A part rexagéntfon des chroniqueurs et la teinte merveilleuse qu'ils ont dû donner aux faits les plus simples, on voit que l'évéc|ue allemand oonnàissait Part de séduire Timagination dtt peuple auquel il s'adressait.
Malheureusement, Tliorvald rompremit par sa violence le sucrés de cette pieuse comédie : irrité des épi^rammes que deux Islandais avaient rtmées contre lui, il ne trouva rien de mieux, pour leur n-pondro , que de tuer les deux poi'tes. Quelque temps après, il égoi^ea encore un homme qui Ta- Yait omnsé : alors Frédéric le quitta pour retourner seul, et le cœur navré, anns In Saxe. Quant àThorvald, en butte aux sarcasmes de ses compatriotes, il partit pour Jérusalem, visita, à soq retour, Gonstantiuople ; où il fonda un couvent, dans les murs duquel il mourut quelques années après.
La vie de cet homnie retrace lidèlexnent le caractère du moine guerrier du moyen âge, de ces missionnaires moitié religieux, moitié pirates, et qui cachaient sous le froc la cuirasse du soldat. Ces pieux égorgeurs furent utiles à Tœuvre qu'ils avaient entreprise, car certains peuples, et surtout les peuples voisins du Ps'ord, auraient longtemps encore repousse le christianisme, si l'on n'avait quelquefois employé pour les convertir la force matérielle Ce mode de propagande
(*) Extrait des «iagas islandaises dam Thiituirc dXslande , uar Marinier , faisant partie do voyage dft m Reehereke.
(•■) La rclif;ion dti (Ihi ist ne put s'élabhr en Non^r^'t; que p;ir la puissance dtt glaive. Ce fut le rui Dluf Triggve^eii qui se diurfet de celle Uclie, devant laqiielle eAt reoiilt* un caractère moins iutraitaLIc que le «ien. Il prêchait suivi d'une armée , toujours prèle à exterminer les récalcitrants. Entre antres violences, on raconte qu'on jour il assembla les habitants d'un canton où il avait reaconlré une résisf.Mice jusqtip-là invincible, et leur dit : «Vous voulez que je
SMÎfiA ans àumf ia le vm bien. Yoîd
s'accordait mal , sans doute, avec les principes d'une religion de paix et de miséricorde; mais le catholicisme ne s^est jamais piqué de toléranee dans les temps de prosélytisme, ce qui ai le propre de toutes les religions prêchée^ avec ardeur; d'ailleurs de pareils moyens étaient parfaitemeot dans les mceurs de Tépooue, et ceux qaî étaient obligés do se aire baptiser bon gré mal gré ne condamnaient pas ail fond ces brutales façons d'agir.
Toutetuis ces expédients réussirent fort mal en Islande, soit que les habitants de cette tie fussent plus atta* chés à leurs dieux , soit que leur fierté républicaine s'indilînAt de la violence qu'on voulait leur faire, ou qu'ils craignissent que l'adoption «run culte nouveau, importé ^r ordre des rois de Norwége, ne compromit leur inn dépendance.
Un second missionnaire de la trempe de Thorvald reprit en sous^euvre la tâche qu'avaient abandonnée, dix ans auparavant (*), l'évêque Frédéric et son irascible interprète. Stefner s'attaqua directement aux objets et aux instruments dtt culte païen : il brûla les idoles, renversa les temples qui les renfermaient , et sema au loin la terreur. Mais il échoua comtne ses prédécesseurs, et, frajjpé d'une sentence d'exil, il fut oblige, ne trouvant pas assez d'appui dans-lcpays, de retour*
ner en iSorwége.
Thangbrand , autre prédicateur armé, toujours prêt à j)our fendre ses adversaires, fut envoyé en Islande par Olaf, qui espérait encore venir à bout de l'oJwtiaation de ses anciens sujets.
les inslnimenls du sacrifice, et je vaiaPai^ roni|)lir de grand c<i'ur. Mais ro ne sont plus de vils esclaves que j'imtuulerai ; je choisirai ùx des plus notables d'entre vous, et leur 8an|; sera plus agréable à vos idoles.» Il fil, on effet, arrêter six dos paysans les plus riches et les plus înflueuts, et ordonna au taerificaleur ae faire son devoir; mais les patienu rédamèient le baptême , ei le» autres, redoutant le sort auquel leurs rompagnons venaient d'échapper , se lirent aussi ebrétîens.
n ThorvddavaitquiUélliIsndtCBgte.
REGIONS CIRCOMPOLAIRES.
Ses violences ne firent pas plus de prosélytes que ses sermons ; il fut même persécaté ptr les Mandais, qui ne lui éfiargoèrent ni les injares, ni les me* naoes, ni même les mauvais traitements, quand le fougueux apôtre n'était
ri le plus fort £ofin , exaspéré par léafstance qu'on lui opposait, il alla raconter ses mésaventures à son souverain. Olaf fut violrniment irrité des rapportsdu missionnaire désappointé; dans sa colère, il ordonna que tous les Islandais qui se trouvaient en Morwége fbssent pillés, et même tués.
Deux seuls parvinrent à fléchir le roi : ils étaient clirétiens, et furerit chargés d'accomplir l'œuv re de conversion dans laquelle plusieurs envoyés avaient déjà échoué. Quant aux autres Islandais , ils furent contraints à accepter le baptême.
Hialte et Gissur, les deux insulaires chrétiens, partirent accompasnte de plusieurs prêtres. Ils cherchèrent à agir sur l'esprit du peuple par les cérémonies religieuses. « Les prêtres catholiques parurent à rassemblée du Thing avec leurs blancs surplis et leurs longues chasubles; l'encensoir baîanré par une main d'enfant exhala ses parfums , et la cloche répandit dans les airs ses sons plaintif^ et harmonieux, lia foule s'émut à l'aspect de cette solennité relii^ieuse, et plusieurs hommes, qui étaient restés inébranlables à la colère de Thorvald et aux sermons de Thangbrand , sMnclinèrent, par un mouvement involontaire, devant le prêtre qui s'avançait prérédé de la croix. Fuis les leçons évangeliques , répétées tant de fois , s étaient pourtant insinuées dans quelques es»
]irits; puis, le roi Oiàf, qui était puissant, menaçait l'Islande de toute sa colère, si elle refusait d'entendre la parole des nouveaux missionnaires; €t enfin une voix s*éleva pour proposer Tadoption du christianisme. Mais, à ces mots, les vieux Srandinavef; sentirent se ranimer toute leur ferveur païenne, et l'assemblée se divisa en deux partis, Tun tout disposé à accueillir la nouvelle loi, l'autre bien résolu à détendre l'ancien culte. I^ans cet état
de crise , on allait , comme de coutume, résoudre la question par un combat, on allait s*entre-tuer pour savoir qui l'on devait adorer, du Christ oa a Odin. Un Islandais , plus sage que les autres, demanda si l'on ne pourrait pas suspendre encore les hostilités et faire trancher la diflicnité par des arbitres. La proposition fut écoutée, et chaque parti nomma ses juges. IMais les missionnaires catholiques gagnèrent pour trois marcs d'argent, Thorgeir , le plus influant et le phis intrat« table païen. I^ lendemain, Thorgeir s'avança au milieu de la foule, et après avoir cherché à démontrer combieir ces divisions de parti portaient préjudice à la république, il s*écsia : «Voua tous qui m'écoutez, acceptez-vous la religion que je vais vous proposer ? » Les païens qui le regardaient comme le plus intrépide défenseur de leur croyance, répondirent qu'ils IVcepteraient; et les chrétiens, qui étaientiiani le secret de la transaction faite avec lui, répondirent de même. Alors Thorgeir proclama la religion chrétieone, et, malgré les cris d'étonnement et let plaintes de ses anciens partisans, alla fut ado[)tee (*). »
Conséquences de rétablissement du ehristkmismfi. L'/siande passe sous la domination de la Norwéqe, ÉUU social actuel de cette ile. De cet événement, que les sagas rapportent à l'an 1000, date pour rislande une vie intellectuelle et morale toute nouvelle. Les moeurs s'adoucirent sous l'influence des enseignements des prêtres ; des écoles s'établirent dans tous les quartiers de l'ile, et le goût de la poésie, naturel chez les Scandinaves, se développa librement et dans une direction plus favorable atix progrès de l'esprit. Malheureusement, lo princi-
{)es du culte nouveau ne purent llechir 'orgueil des familles puissantes du pays , ni diminuer leur ambition. La guerre civile. se ralluma , plus terrible et plus désastreuse qu'autrefois. Les chels de parti , a force de promesses
(*} Ce dernier paragraphe e;t extrait dci Uttrct sur llslsode de M. AUnnier.
Lioogle
mensongères et de coupables intri;;ues, parviurent à rallier autour d'eux de petftfls années, dévooéet à leurs intérêts. Danscertaines circonstances, l'enceinte de Thin^valla fut envahie par des bandes oui comptaient plus de douze cents nommes , déterminés à fliiFetribuipher par la forée laeaosede leur patron. Des combats sanglants et acharnés avaient lieu quelquefois entre les troupes rivales. Des vaisseaux, sans cesse en mouvement le lung des -efttes, transportaient à rimpraviste, eur les points les plus éloignés, des soldats qui parcourafent ensuite les campagnes le fer et la flamine à la main. La liaine réciproque était devenue si profonde et m jmplaeable entre les membres des partis opposés, qu'on vit des pères léguer leur vengeance à leurs enfants, et leur recommander même d'achever une bataille commencée. Les lîls n'avaient garde de répudier cet héritage et d*oublier leur serinent. T.es plus puissantes maisons de l'Islande s'éteignirent dans ces tristes luttes :
onèife, ëritre autres, la famille des Sturlés, c)ui se dévora elle-même; c'est aussi dans cette tempête que fut emporté l'illustre Snorre Sturleson, éKorgé à Reikiiolt par ordre du roi flaëon*
' Ces désordres, qui épuisaient le pays, profitaient singulièrement aux souverains de ISorwége, qui suivaient avec une constance infatigable leurs projets usurpateurs. Enfin, affaiblie pair la perte <w ses plus liéroîques enfants, vtove de ses grands hommes, fatiguée de l'anarchie qui avait lentement miné ses forces vitales, l'Islande accepta le Joug qu'elle dvait hi Jusqu'à ce moment, ftn 1281, l*autorité d'Hacon fiit recoimue par la grande majorité des habitants; et, trois ans après, l'île entière était soumise à la domination étrangère.
' Il importe de remarqtier que ce résultat fut l'œuvre de Tainhition d'une aristocratie turbulente, et que les institutions islandaises n'y furent pour Hen. Sans doute, comme nous l'avons déjà fait observer, ces institutions of- . Iraient une lacune d'oiï pouvaient naî-
tre de graves inconvénients; mais, telles qu'elles étaient, elles auraient «uf8 au twnheur et i la tranquillité des nsttlains, si les ftmilles nobles, issu^
des jaris de Scandinavie, n'avaient pjoint , par le conflit de leurs prétentions égoïstes, précipité Tlslaude dans un abtme de calamités.
Du reste, l'esprit de ces institutions démocratiques survécut même à l'indépendance de l'Islande, car les niodiucations introduites daus le gouvernement du pays, par suite de la réunloo à la I^orwé'ge, et même celles qu'entraîna , en 1397 , l'accession à la couronne de Danemark, n'affectèrent CP rien la liberté ni les droits des Islad dais. En capitulant avec les princes norwéf^iens, la république stipula eipressément qu'elle conserverait ses anciennes lois et ses anciens privilèges, qu'elle serait exempte de droits de navigation et d'octroi en Norwége, et que jamais aucune force armée étrangère ne mettrait le pied sur son territoire, ce qui a été rigoureusement observé. Vt roi s'engagea à lui fournir annuellement la quantité de produits étrangers qui lui serait nécessaire, et à maintenir la [)aix dans son sein par l'envoi d ua gouverneur, dont i'autotité unitaire tiendrait lieu de b centralisation politique qui manquait dans le code républicain. Il fut convenu de part et d'autre que si ces conditions n'étaient pas lidèlepient remplies, 1 Islande aurait, par cela même, le droit de répudier la domination de la Nor« wége et de reprendre iH>n indépea* dance (*).
Depuis l'époque de sa soumission, rislande n'occupe dans Phistoire dn Nord qu'une place insignifiante.Toutefois sous In domination danoise, quel»
quesdatesméntentd'étre mentionnées.
Les Anglais avaient pendant longtemps fait un commerce lucratif sur les cétes I de l'île; mais peu à peu supplantés par les blîtiments anséatiques , ils finirent | par s'éloigner entièrement de ces pa- ' rages oit ils ne trouvaient plus rien à | ftire. Irrités de la préférence què les |
i*) w'uuâ Jobuiiwit Si$U tecks, idutL
^ uj i^ud by GoogI:
RÉGIONS cm
Islandais avaient donnée à la Hanse, fis (irent un débarquement f!aft<^ ta partie méridionale du pays, et se livrèrent à des actes de brigandage que n'auraient pas reniés les anciens pirates scandînaves. Le gouverneur BiÔrn ayant fait saisir leur cnr^nison , ils l'assaillirent dans sa demeure, {'égorgèrent avec sept de ses compaj^nons , et coupèrent son corps en morceaux. GeH se
fjassaît en 1460. Peu de temps après, e roi de Danemark , instruit de ces atrocités , déclara la guerre à T Angleterre, pour tirer vengeance du meurtre du gouverneur islandais. M.us te différend se terminn sans effusion de snng; un traité de paix, conclu en 1^14 . rétablit la bonne harmonie entre les deux isours; TAngleterre paya une amende au gouvernement danois et 8*engagea à ne plus envoyer de vaisseaux sur les côtes d'Islande, sans l'autorisation de la cour de Copenhague. L'infortuné Bidra fut mieux vengé par sa femme.
Celle-ei, digne héritière de ces fières héroïnes du ^ord qui savaient si bien mourir à côté des hommes de guerre, ne cessa de poursuivre les Anglais avec bn impitoyable acharnement. Trois de leurs iiâliments tombèrent un jour entre ses mains; elle tressaillit de joie à cette nouvelle, et disposa tout pour sa vengeance : elle fit massacrer ou noyer une partie des équipages, et condamna le reste, cVst-à-dire une cinquantaine de matelots, aux travaux les plus durs.
L'introduction de la réforme en Irlande, durant la domination danoise , est l'événement le plus important de cette période. Cette révolution religieuse inilua singulièrement sur la population de cette île , qui s'en ressentit même dans ses tendances littéraires ; mais l'agitation qu'elle avait produite ne fit (|n'ajouter à la faiblesse de ce malheureux pays, auouel songeait, du reste , fort peu le roi de Danemark.
A la fin du seizième siècle une bande de pirates anglais dévasta les liahitations du littoral, pilla les tninpies, viola les femmes , enleva des vaisseaux tout chargés, et se retira en laissant après ellomen des gm ruinés, et bien
OMPOLàIRES. Mi
des enfants orphelins. En 1613, etpen*
dant plusieurs années consécutives, nouveaux envahisseurs connus dans l'île sous le nom de gascons et qui ra« vagent deux- provinces ; puis Iw atf* glais apparaissent de nouveau et CoilH plètent l'œuvre de leurs prédécesseurs.
Enfin eal627. d'autres brigands venus d'Alger et de Fez portent la désolation et font couler des torrents de sang dans plusieurs districs de la colonie; ils emmenèrent en esclavage une foule d'hommes et de femmes. La pauvre Islande, si cruellement rançonnée depuis quelques années, si douloureuse* ment atteinte dans son bien-être ma* teriel par les fléaux de la nature, fut encore obligé de racheter ses enfants, en 8*imposnit on tribut onéreux 1 Ii'a<* vions-nous pas bien raison dedireqoo les Islandais sont un peuple de martyrs?
Aujourd'hui Tîle est gouvernée par un stytsamtmand, nommé pour cinq ans. Ce fonctionnaire supérieur exerce une autorité spéciale sur le quartier méridional dans lequel il réside; il est assisté de deux amhnadd^ ou députés gouverneurs, Tun pour la partie ouest, IViutre pour les quartiers du nord et du levant. Les quatre quar* tiers sont divisés en st/ssefs , ou districts, dont les limites sont à peu près celles que Tancienne constitution avait tracées. Ils sont adml* nistrés par un sysselmandy dont les fonctions sont analogues à celles des anciens shérifs. Les syssels sont subdivisés en un grand nombre de hrepps^ dont chacun est placé sous la surveillance d'un hreppstîori , espèce de constablequi correspond au bailli d'autrefois. 11 y a aussi un oflicier public appelé langfogcd, qui exerce à la fois les fonctions de trésorier, de receveur f:en<'ral de l'île, de percepteur dans le syssel de Gullbrin^é, et de commissaire de police de Keykiavik.
' VaUhingy ou assemblée générale do peuple, a été aboli en 1800, et c'est peut-^tre là le seul changement fondamental qu'ait subi la constitution primitive. On y a substitué une cour suprême siégeant dans la capitale , et composée d'an président, de deux «s-
sesseurs et d*ail secrétaire. Ce tribuaal se téamt une fois par mois et juge les causes civiles et criminelles ; les condamnés ont le droit d'appeler de ses décisions à la haute cour de Danemark. Autrefois la législation pénale n'admettait guère que des peines pécu* niaires. IjCS coupables étaient condamnés à payer un certain nombre de merhs y valant chacun une once d'argent pur, et qu'on pouvait représenter par quarante-huit aoiies d'étoffa de laine. Mais oonme ce châtiment était insuffisant pour prévenir le crime, les lois devinrent peu à peu plus sévères; eniin la peine de mort fut introduite dans le code islandais. On pendait les simples meurtriers ; on noyait les in« fanticidps, et, chose étrange, on avait réserve le supplice le plus cruel, celui du feu , aux sorciers (*). A présent y rameode, la prison et le fouet sont les seuls cliâtiments judiciaires que les condamnés subissent dans le pays même; quant aux condamnés à rfiort, on les envoie à Copenhague pour les eiécQter ; on a été rédoit a cette néoes*
(*) Voir dans le chapitre des mœurs , les
Earngraphes reUti£s à la «orcellerie ea Isinde.
sité par suite de l'impossibilité de troufer dans Tlle entim une seule
personne qui voulât faire les fonctions de bourreau; Tlslande à demi policée a donné là un bel exemple à rÉurope civilisée.
Aujourd'hui que le caractère des Islandais s*est adouci par l'influence de
la reli^jion chrétienne, et que les lumières se sont répandues parmi cette population lutelligeute , il est du devoir du gouvmeinent danois de cher* cher à augmenter le bien-être de ces pauvres gens, et de modifier, dans le sens le plus favorable au progrès matériel et moral , ce qui reste des institutions primitives. A coup sûr il ne sèmerait pas en terre ingrate , elles germes qu'il y déposerait se développeraient rapidement. Mais l'indifférence que ce gouvernement a jusqu'ici témoignée à régard de sa colonie, fait craindre qu'il ne comprenne pas les obligations tacites qu'il a contractées envers l'Islande en railfncttant au nombre de se6 annexes. Ceux qui connaissent et savent apprécier les Islandais n'ont dès lors (]u'à déplorer Tespèce d'abandon dans lequel on laisse une population digne, sous tous les rapports, de la sollicitude de ses iiiaiiiei.
RÉGIONS CIRCOiMPOLAlRES.
3dT
0Roeiii.AirD.
Ttaits généraux. Quelques géographes supposent le Groenland entièrement distinct du continent américain, dont il serait séparé au sud-ouest par Il mer Polaire, 4e détroit deLancastiv, la mer de Baffin et le détroit de Davis. Mais comme il n'est pas prouvé le moins du monde que la mer Polaire communique avec Tocéan glacial Arctique, cette opinion doit être considérée comme une iivpothèse gratuite, et la question de savoir si le Groènland est une lie ou une grande péninsule reste encore indécise.
Cette froide contrée est baignée au sud-ouest et nii sud-est par Tocéan Atlantique , à l'est, par l'océan Arcti-
3ue; au nord et au nord-ouest, ses mites sont entièrement inconnues.
Elle a à peu près la forme d'un triangle , dont le cap Farewell , situé par 59*42' de latitude septentrionale, représente le sommet, et qui a pour base lesoixante-dix-huitîème parallèle entre 20" et 8° de longitude occidentale. Le Groènland a donc du nord au sud près de cent cinquante kilomètres et soixante-quinze de largeur vers 78° de latitude, entre les deux points, les plus ieptentrionaux auxquels on ait pu parvenir sur les deux côtés opposés. La superficie de tout ce que l'on connaît de ce pavs peut être évaluée à vingterat mille sept cent cinquante kilo* mètres.
La côte occidentale court généralement du sud au nord-nord-ouest. Sa ligne n'est interrompue d'une manière d^e de remarque que par la baie d*Amaralik , celles de Bnal , de Jacob et du Sud-Est : ces deux dernières forment le vaste enfoncement qui s'étend entre le détroit de Waij;at ('} et le cap Cbidley. Les caps Brill et Gomfort , indépendamment du cap Chidlejr déjà
(•) Il ne faut pas confondre avec le détroit de Waigatz , qui sépare la Nouvelle- Zemble dn contîMot européen.
nommé , peuvent être cités parmi les promontoires de cette côte ; de nombreuses îles la bordent du sud au nordouest; on distingue surtout Sermesok, Nunarsok , Sennerut, ta grande tie de Disco, celle de Waigat^ et l'archipel que baignent les eaux de la baie de Jacob.
La côte orientale, qui commence « comme le littoral opposé , au eap Farewell, sommet du trinnule, se airige du sud -ouest au nord-est jusqu'à la hauteur du cap Barclav, par 69** de latitude septentrionale. Ëlleest décou-* pée par les baies d*Éric , de Dyra* d'Ollumlungri , de Kni^hton , et par les caps Discord, Désolatiorj et Hériolfness. Au delà du cap Barclay, cette oftte court presque toujours vers le Bord-nord-est. A cette hauteur, on rencontre successivement le golfe de Scoresby, qui, comme on le verra plus loin 2 a été suppose couper en deux le Groenland, et n*étre fràr conséquent qu'un détroit; plus loin, la baie de Foster, le cap Parry et la baie de Gale- Hemkes. Les principales îles qui bordent la cote orientale sont celles de Jameson et de LiTcrpool , è l'entrée du golfe ou d( troit de Scoresby; plus au nord , l'île Trail ; plus loin encore, dans la même direction, les IlesPtsn* dulum et Shannon.
Une chaîne de montagnes, constamment couverte d'énormes gbiders, partage le Groenland du nord au sud, et le divise en deux portions distinctes :
Groenland occidental et Groenland oriental. Toutes ces montagnes offrent Taspect le plus effrayant : tantôt séperées les unes des autres par des gorges profondes et ténébreuses, tantôt hérissées de rochers abrupts et gigantes-
?|ues , le firent sans cesse couronné de rimas. Parmi les plateaux les plus curieux , on cite rp\\n qui supporte le glacier de l'Eisblinke ou Witteblinke, qui s'étend de 61 à 62** de latitude. Au milieu de ces glaces étemelles, triste pa-
rurfi de cette contrée, on a remarqué, entre 67 et 77" de latitude, un volcan
3ui, en 1783 , a vomi des flammes et e la cendre.
Les cours d*eau qui descendent des
montacjnes sont fort peu considérables; en hiver , ils sont, comme on le pense bien, entièrement gelés, et presque à seceo été.
Parmi les curiositéB de oe pays , il fout mettre nu premier ran? le fameux pont de glace qui obstrue l'entrée d'une des priucipales baies de la côte ouest : ce pont merveilleux a ptuiieazt i|re|ies, et il s'appuie aux deux rives opposées de la baie ; il a deux milles de large; les arches, portées sur des ipasses énormes de glace, ont depuis quatorze jusqu'à quarante mètres de hauteur. Crantz, rhistorten (la Groenland , dit q^i'un vaisseau pourrait entrer à pleines voile-^ dans la baie, en gouvernant à travers ces arches, si toutefois il n'avait |>as à craindre la diute des glaçons qui soMvent se détachent du cintre, ou roulent dti sommet des montagnes voisines, comme de terribles avalanches.
• Les voyageurs mentionnent comme Dne cboee caractéristique et digne dé remarque, une des plus hautes montagnes du Groenland qui se voit en mer à plus de deux cents kilomètres, et qui sert en même temps de phare aux navigateurs, de baromètre aux habitants ; lorsque le temps est à Torage , le sommet de ce pic est enveloppé d'un petit nuage bien connu des gens du pays , et comme le plateau supérieur^ trop abrupt pour pouvoir retenir la neige et la glace, est toujours à nu, les brumes de mauvais présage s'aperçoivent facilement. Le Pic-de-Glâce , masse énorme hérissée d'aiguilles élancées et percée de voûtes resplendissantes , attire aussi les regards des navigateurs.
Météorologie, météorologie du Groenland offre tous les phénomènes particuliers aux ré;:ions lîlnrépN • i;jrores boréales, soleil de minuit, p.irhelies, nuit non interrompue pendant plusieurs mois consécutifs , jours sans ténèbres pendant une autre période. Lss vents j
sont aussi variables que partout ailleurs; seulement ils donnent souvent lieu à des remarques singulières. Par exemple , il arrive quelquefois que le vent souffle avec impétuosité entre les îles voisines et sur la côte, pendant
aue la mer est parfaitement calme; 'autres fois, au contraire, la mer est fiirieuse , alors qu'on ressent à peine sur le littoral quelques souffles légers. Souvent il y a absence complète de vent, et dans ces intervalles il règne au Groëland uu silence de' mort. Ce silence effrayant, qui n'a rien du calme harmooieui de nos campagnes, augmente à mesure qu'on s'avance vers le nord du pays. Dans les hautes terres arctiques, il a quelque chose qui jette l'étranger dans une espèce ds «bipeur voisine de Teffroi.
Quelquefois , pendant la saison chaude, des vapeurs s'élèvent de terre, s'amoncellent sur un point, et produi* sent un singulier phénomène : quan) on jette les yeux sur un objet plaioé an delà du nnacîe de vapeurs , on est la dupe d'une illusion d'optique, dont les effets sont exactement semblables à ceux du mirage dans les déserts de TËgypte. « Les îles deKookernen, dit Crant/., en parlant de ce phénomène, nr;i[)parurent sous ime forme tout à lait différente de celle qu'elles ont or* dinafrement. Je crus les apercevoir d'abord be^iucoup plus grandes qu*ellQ| ne sont, et telles qu'elles auraient dû me paraître, si je les avais considérées avec une lunette d'approche. Je les voyais si près de moi, que, quoique je fusse à Godhaab, qui en est éloigné de quatre lirues, je ponvnis facilement compter toutes les pierres et les cavités des rochers, qofivertes et remplies de glace. La décoration chances quelques moments après , et ces îles n'offrirent a nia vue qu'une étendue de pays qui représe^itait uu bois coupé récemment. Bientôt après, parut un tableau mouvant : c'était tantdt des navires voguant à pleines voiles; tantôt des maisons, puis de grands châteaux, puis des ruines de tours, qui se présentaient dans le lointain; des nids de cygnes et mille autres 4gures gcolcs*
ques oui , eu §e séparant iiiseasii)l(^- Bient fes noes qes aatres, fipi'r^nt pair disparaître entièrement. »
Climat. I^a situation astronomique du pays qui nous occupe dit assez que le climat aoit y être des plus âpres Le grand froid commence, oomméen Europe, dans le mois de décembre. Il est si rude en février et en mars, que les pierres se fendent et éclatent avec bruit. La mer fume alors comme un four à chaux, particulièrement dons les baies. Eggède, dans son journal du 7 janvier 1738, rapporte un fait (jui peut donner une id^e de Tintensité au froid à cette époque de Tannée : il dit « qae ce jour, la cheminée de la chambre où il se tenait fut rem|tlie de l'I ice jiisqu'à l'ouverture du poêle, et qti'il ne fui pas possible de la faire foudre de toute la journée, quelque feu qu'on fit dans ce poêle. L'ouverture extérieure de la cheminée était bouchée par une couche de glace très -épaisse qui y formait comme une sorte de couvercle ; ce couvercle était parsemé 4e nuelques petits trous par lœquéls |a fumée nvnit de la peine à sVcnnpper.
Les portes de la maison, de niénie que jes murs, étaient recouvertes d'un épis vêtement de f^iaoe, et les interstices étaient remplis de neige. Tout était eeié dans l'intérieur des habitations, le linge dans les arn)oires, les bois de lit , les plumes et le duvet des coussins et d«s lits ; et le tout était revéta d'une cnm lip de {;I;i<"e d'un pouce d'épaisseur. On fut obligé de couper la viande comiue on brise une pierre, po^r li| retirer du vase 'où oîi la consefyait- Qn eut de la peine à enfoncer ta pointe du couteau dans la superficie, même après l'avoir l'ait houil'ir longtemps dans l'eau de neige fondue. »
Ajoutons , pour compléter ce tableau ,
3 lie le mercure gèle i partir du 6^ egré de latitude.
On peut dire que l'hiver dure envi-
{on luiil njois ; cependant les Groénandais comptent leur été dû commencement de mai à la fin de septembre; en effet , pendant cette période de cinq mois, ils abandonnent leurs huttes et vivent sous des tentes. Le sul o'e^t
OMPQLAIBSS.
bien dégelé qu'en juin, pt il neige jusqu'au solstice «Tête. Xa térre 'fécom-
menée à se blanchir à la fin d'aoïH..
mais elle n'est entièrement couverte qu'en octobre. On assure cependant qu'il tombe nioins de neige et aussi moins dé plùîe au 'Gr(>ëmao(l qlTen lïorwé^;e.
L'été proprement dit est , comme m on le voit, extrêmement court; mais il est si chaud , qu'on est obligé de prendre des habits très-légers , surtout pour se rendre dans les b;iies ou sur les plages abritées, parce que les rayons du soleil y sont beaucoup plus ardents: L'eau qui reste aloi^ dans les cavités des rochers y est tellement cuite par le soleil , qu'elle se cristallise et donne un sel très-fin, blanc comme la neige. La chaleur est si forte dans ces mêmes mers qui restent gejées Btx mois de Tannée, que, d.ms certains benix joîirs d'été, le goudron fond et coule le long des navires ; il faut dire ^ue cette intensité de chaleur est rare.
L'automne e^t rordinaire la plus belle saison au Groenland. Sn durçe est très-courte , et les nuits , déjà froides, en diminuent souvent l'agremeiit et les avantages. C'est dans cette saison que, sous un horizon r^rhptf «fe vapeurs et éclairé par les rayons du soleil , qui les pénètrent, on Voit des nuages qui auelquefois se congèlent et forment dans' Pair une espèce de verglas transparent. Ces nuées resplendissantes flottent sur la hier comTue un tissu de glace assez semblable k une toile d'araignée ; quelqué- Ibis elles voltif^ dans rafmosnhere , kur la côte et dans l'intérieur aes ter» res;nen de plus joli et de plus léger que ces voiles aériens, tissus de molécules étincelantes de la forme de petites aiguilles (').
A certains moments, surtout pendant l'automne, les vents soufflent nu firoënland avec tant de fureur, que le^ m iisons en sont ébranlées et piéiQe
(*) Histoire des pèches, det d^uverles
et drs t t.'il)!is'srri)inif s des lloll.indais dans 11)1-1 > (lu Nord, Irailiiit du hollandAispiir Bu-iiarU de Kcâte, t. il, p. ai ' '
quelquefois renversées. La mer élève •es flots jusqu'aux nuages et inonde
les côtes à une distance considérable.
Quand lesGroënInndais veulent sortir pendant ces tempêtes redoutables, pour aller mettre leurs canots en sd* reté , fis se traînent sur le ventre , de peur d'être emportés par le vent.
Du 26 novembre au 13 ou 14 janvier, le soleil ne se montre pas au Groënland. Sa clarté est remplacée par un crépuscule continuel et par la lueur de la lune et des étoilfs qui, durant les nuits, brillent d'un éclat extraordinaire. 11 parait au'on peut lire aisément à cette lumière qii*aaemeDte le vaste fa pis de neige et de glace ^ui la rcflécliit. Par compensation, I astre du Jour ne quitte pas Tborizon du 24 mai au 20juillet.
Crantz aforme que , pendant les nuits sans jour de rhiver, on jouit d'une lumière continuelle qui étincelle dans la direction du nord , et que les rayons de cette lumière, toujours en mouTement, offrent un spectacle des plus étranges. On serait tenté tout d'abord de croire qu'il s'n^it ici d'aurores boréales. Mais rhistorien danois ajoute qu'il a observé que l'aurore boréale vient constamment do sud ou de rest« d*OÙ elle s'étend presque toujours au nord-ouest; il certifie que la lueur en question n'est pas de la mchiie nature. " J'ai observé, dit-il, a l'égard de ce phénomène, que le temps se radoucit à proportion que la lumière est plus tranquille et que son éclat est moins étinceinnt; que les orages se montrent plus fréquemment dans la partie méridionale, à mesure qu'elle parait plus agitée et plus rougeatre. »
Productions des trois règnes. Les montagnes , selon le dictionnaire de géographie de Kilian et Picquet , sont presque toutes de formation
f)rimitive , et se composent , pour a plupart, de gneiss, de granité, de porphyre et de trapp; elles renferment , en outre , du marbre , de l'asbeste, du feldspath coloré , du quartz, du mica > des |::reuats, du schorl , de la calcédoine, de l'almandine , de la tourmaline, de la pierre ollaire, du
soufre , de la bouille , da cuivre , du fer, du plomb et du . molybdène sul-
furé. De tous ces minéraux , on n'exploite que la bouille, qui sert pour le chauffage.
En fait de productioné végétales on ne trouve ici que des plantes antiscorbutiques, des groseilles et autres haies acidulés , des saules et des bouleaux de petite taille , de la mousse et des heroes de dlfFérentes espèces.
De gros lièvres dont la chair est excellente et qui fournissent une fourrure précieuse; des rennes de la race américaine; des ours blancs, des renards , de grands diiens qui hurlent au lieu d'aboyer, et que le Groënlau»
dais attelle à ses traîneaux ; des oiseaux aquatiques en immense quantité; tels sont les seuls animaux qui habitent ou fréquentent oe pan. Parmi les ressources que la mer offre aux habitants , il faut citer, outre un grand nombre d'espèces de poissons, le phoque vulgairement appelé chien marin, et la baleine, qui se montre principalement dans le Nord.
Découverte et cohnîsation du Groenland. On n'est pas d'accord sur la date précise de la découverte du Groenland. Des auteurs respectables, tels que Crants, l'évéq^e Eggède, M. INlallet dans son histoire du Danemark, et la Peyrère, s'appuyant sur le témoignage de Snorre Sturleson et de Torfaos, la rapportent à Tan 981.
Voici de quelle manière ils racontent cet événement : Un Islandais , ou un homme du Aord, nommé Gunbiôrn , liis d'Ulf Krakke , poussé par la tempête à Touest de rislande, trouva quelques îlots qu'il appela Gwibiorn^ Skier (rochers de Gunbiôrn) , et découvrit une grande terre qu'il n'explora point. Quelque temps après, Eric Raude on le Rouge, fils d^nn IVorwégien nommé Xhorwajd, condamné au baril, issement pour crime de meurtre, fut obli|;c de quitter l'Islande, et équipa un navire, dans l'intention d*aller visiter le pays décott* vert par Gunbiôrn. Il partit d'un port occidental de l'Islande, et arriva sur la côte est du Groènlaad. il passa
RÉGKHif s OBi
Thiver dans une ne nommée , d'après lui, Eiricsey, (île d'Érir), et dans laquelle il était parvenu après avoir doublé, dans la direction du sud, un cap appelé Ilvarf. Il avait aperçu dans la belle saison quelques espaces couverts de verdure sur le littoral; il nomma en conséquence ce pays GroAn^ landjCe qui signifie /rrre veTfe. Après trois années de séjour dans cette contrée , il retourna en Islande où il fit une description si séduisante de sa terre verte ^ que viii£;t-cin(j navires chargés de tous les objets nécessaires à une colonisation partirent, Tannée suivante , sous sa direction, pour Vel
Des autorités et des documents diccnes d'attention contredisent ces faits, ou au moins la date que nous . venons d'enregistrer. Pontanus, dans une histoire du Danemark , et Claudius Christopberseo, viitgairement ap« pelé Lvscandre, auteur d'une chronique groëiilandaise eu vers danois, font remonter la découverte du Groenland à l'année 770; la différence entre les deux dates est donc de 313 ansi Une bulle du nape Grégoire IV donne un grand poids à cette dernière opinion ; cette bulle, adressée à Ansgaritts (Anschaire) ,'nomniié à révêchéde Hambourg par Louis le Pieux, fait mention des missions de l'Islande et du Groênland; et elle porte la date de 835 / Nous ne savons par quel motif certains géographes ont contesté l'authenticité de la bulle pontificale sur laquelle Pontanus et Lyscandrè fondent leurs assertions; celte incrédulité est d'autant plus singulière, que, d'après le témoignage de M. Gunter, sadrétaire du roi de Danemark, témoignage rapporté par la Peyrère , il existait de son temps, dans les archives de Tarchevêché de Brème, une vieille chronique manuscrite contenant copie d'une jlulle dans laquelle l'Islande et le Groenland étaient nommés. Cette bulie était antérieure à l'an 900.
Quatorze années s'étaient écoulées depuis l'époque où Eric s'était établi au Groenland, lorsqu'il envoya son fils Leif en norwége auprès du roi
OMPOLÂIKES. m
Olaùs Trygvesen (Olaùs P'). Ce souverain, récemment converti, parvint à ftire adopter le christianisme i son jeune protégé, qu'il renvoya au Groenland, accompagne d'un missionnaire.
I.eïf et le prêtre firent si bien qu'ils finirent par baptiser Eric lui-même et tous les colons. Dès ce moment les établissements groënlandais prospérèrent de plus en plus. Un grand nombre d'Islandais s'y rendirent; ce qui diminua tellement la population de rislande, que les autorités de cette île se virent forcées d'interdire les émigrations, interdiction imitée de celle par laquelle les rois de Korwége avaient cru pouvoir arrêter autrefois l'essor delà population de leur royaume vers nie républicaine. La colon ir occupait, disent les chroni(pieurs, un point de la côte orientale ; elle fut bientdt assez nombreuse pour pou voir fournir de petits détachements qui allèrent fonder des établissements nouveaux dans le sud et sur la côte occidentale. Le Groenland, fut dès lors divisé en deux grands districts , celui de l'est {Osterbygd) , et celui de l'ouest (^eifprhfjgd). Entre les deux colonies se trou \ ait une étendue de pays inhabitable et |)ortant le nom de* Lbygder (sans bâtiments). On comptait dans rOsterbygd une cathédrale, onze églises , cf nt quatre-vingt-dix maisons avec cour, ou métairies (gaarde)^ deux villes. Garda et Alba, trois maisons.royales appelées /^os«, TiodhUU' tadr et BrattahUd, où résidait le lagman , enfin trois ou quatre monas- • tères, l'un desquels, celui de Saint- Thomas, était approvisionné d'eau chaude par une fontaine bouillante.
Ce couvent était probablement celui dont parle Zeno clans la relation de son voyage en Engroneland. Dans le Vesterby^d, il y avait quatre églises, quatre-vingt-dix maisons avec cour, et suivant quelques chroniqueurs, cent dix. On voit que la colonie occidentale était bien moins importante que l'autre.
Dans la dernière moitié du quator* zième siècle , le Vesterbygd fut attaqué et détruit par un peuple sauvaga
véhii d'Amérique : c'étaient les Esauimanx , que les chroniqueurs islandais appellent Skrellingers ( ce mot signifie nain , petit homme ). Les hommes envoyés de la colonie orientale au se* cours du Vesterbygd n'y trouvèrent plus aucun habitant, et ne virent que des bestiaux errants, qu'ils embarquèrent sur leurs vaisseaux.
L'Osterbygd subsista quelguetenipe, ou peut-être longtemps après l'anéantissement de la colonie (le l'ouest. Il était encore florissant à la fm du siècle durant lequel s'était accomplie la catastrophe dont nous venons de parler; mais, après 1400, toute communication fut interrompue entre le G roènland et TEurope. On attribue cet abandon de la colonie danoise à la défense faite par la reine Marguerite de navi^urr vers re pays. Cette reine, irritée de rr que les colonies avaient refuse de lui payer le tribut ordinaire,
Îvait cru les punir sévèrement en insrdisant, sous les peines les plus graves . toute relation de commerce avec les Groënlandais. La guerre qui survint vers la Un du quatorzième siècle , entre le Danemark et la Suède , porta le dernier coup aux colonies du Groenland. A dater de cette époque , ces établissements lointains furent complètement perdus pour la mère patrie, et Ton est encore réduit aux conjectures sur les vicissitudes qu'ils éprouvèrent depuis leur séparation de la métro()ole. Cependant une lettre
trouvée, il y a quelques années, par M. Mallet , aans les archives du Vati* can, èt adressée par le pape IVicolas V à deux évéques d'Islande, jette quelque lumière sur le sort d<'S colonies perdues. Cette lettre, oui porte ia date de 1443, nouâ apprena que des étrangers, venus des côtes américames, attaquèrent , trente ans avant ja date du document pontifical , les étaMissehients ^roëniaiidais , ravagèrent le i^ys, détruisirent les édifices sacres, et n'épargnèrent que les paroisses protégées contre leur fureur par de Hautes chaînes de montagnes. Ils emmenèrent en esclavage les habitants des 'deux Aeièt. La lettre pastorale ajoute
qu'un grand nombre de ces malheureux étaient revenus dans leurs anciennes demeures , et dernandaient qu'on les aidât à reconstruire leurs églises en ruine.
Un prêtre de Norwége, nommé Hans E^ède, attira de nouveau l'attention de ses compatriotes sur le Groënlandi
2ui , pendant nombre d'années , avait té enveloppé du plus profond oubli.
Cet intrépide ecclésiastique résolut d aller visiter lui-même les coloniesdont on n'avait plus de nouvelles depuis longtemps , et d'aller convertir à La relH glon chrétienne les Esquimaux, dans le cas où ils auraient pris définitivement la place des habitants islandais et norwégieus. Il surmonta avec boobeur tous les obstacles qui s'opposè^* rent, dès le début , à ia réalisation de ce périlleux projet. Il partit enfin avec une commission du roi et le titre de prêtre missionnaire. Il quitta Bergen le t mai 1721, et arriva, après une traversée de deux mois, dans une île de la cote occidentale du Groenland , à laquelle il donna le nom de iicuibeU-oe (île de l'Ksperance), et où il fonda la première oolonie moderne sous le nom de Gotrkoab ( Bonne-Espérance ). 11 ne troiTN'a aucun habitnnt de race européenne, mais il chercha à se concilier la bienveillance des Es-
Ïuimaux ; il y réussit « et se flatta de espoir que ce peuple barbare renoncerait bientôt à ses superstitions. Mais ce n'était pas là le seul but de son entreprise ^ ii avait aussi à cœur de retrouve! les traces des anciens oolov Mandais et norwégiens; en consé-
3uence, il se dévoua à la recherche es élablissf-ments du quatorzième siècle. 1^ d auùl 1723, il se mit en route avec deux sloops pour aller explorer, s'il était possible , la côte orientale. Mais, parvenu à 60" 20' de li.lîtude, il s'aperçut que la saison était trop avancée .. que les glaces commençaient à dériver avec impétuosité, et que ses provisions ne pouvaient suflire à un long voyage. Force lui fut de retoitrnersur ses pas. Cette teritntive avor tée avait pourtant produit uu résultat :
Eggède «rail tnmé entra let et
RÉGIONS CmCOMPOLAIEES.
•i* degrés de latitude, dans le district qui porte aujourd'hui le nom de Julianeshnab , des ruines importantes qui attestaient l'existence d'une ancienne ooloDfe Islandaise ; c^était la colonie occidentale.
L'apostolat et les recherches de Hans Eggède durèrent quinze années cunsécutives , pendant lesquelles cet infatigiible missioanaire supporta, avec un roiirage héroïque, les privations, la misère, les rifiueurs d*un climat de fer, et quelquefois de cruels désappointements. Son ûls Paul le remplaça , et continua la tflehe glorieuse qu'il avait laissée inachevée.
Durant cette période de quinze ans, quelques fainill.s danoises s'étaient établies sur la cote occidentale du Groenland. Ce fut là le premier noyau de la population européenne qui existe encore dans ce pnvs.
Hans Eggèdedoitdoticètrc considéré comme le fondateur de la seconde colonie groenlandaise.
Cette côte orientale est devenue une espèce d'énigme historique et géographique, si Ton peut dire ainsi. On s'est d'abord préoccupé pendant trèslongtemps, et jusqu'à ces dernières années, de la question de savoir sur quel point de ce littoral avaient existe les premiers établissements islandais; ensuite ràccès de la cdte est devenu luimême fan problème considéré lonfftemps comme insninble, à cause ne Taccumulation des glaces à Vç,< du Groenland. Les premières expéditions faites dans le but de retrouver la colonie perdue ayant été sans succès, on commençait à désespérer, lorsqu^un nieinoire'presenlé parEggers, en 1793, à l'académie de Copenhague , vint acciéditer l'opinion que les établissements dont il s'agissait n'avaient jaîiiam existé sur la cote orientale, et
âu'il fallait les placer dans la f>artie sud e la région occidentale, au (ii^trict de Juliatieshaab. Cette opinion se fondait sur les considérations suivantes : Éric le Rouge. le premier colonisateur du Groënlana, partit bien de l'ouest de l'Islande, mais une fois arrivé près
il navigua au sud le long dii RÙoral', puis à f ouest autour d'un cap nomme Ilrarf ; or, comme on ne connaissait pas alors la position du cap Farewell^ M qu*on ne savait pas que la côte se dirigeait delà vers le nord, Éric avait bien pu dire, après avoir double ce dernier cap , qu'il avait navigué à l'ouest, ignorant qu'en realité il allait au nord. Il s'était cru encore à Test , quand déjà il était à Toiiest. Deux savants islandais , Sigvard Stephenson et Gudbrandt Forlaksen, qui vivaient le premier eq 1574 et le second eu 1606, avaient interprété de la mémo fhçon le voyage d'Éric le Kouge.
Cette opinion rallia un grand nombre d'esprits distingués. Le fait est que les voyages de Ma^nus lieinesen, sous le règne de Frédéric II; des Anglais Davif et Hudson, de Jean Miink, de Godske Lindennn, de Carsten Richardson, sous Chrétien IV; de David Daiull, sous Frédéric III; de Peter Olsen Walloe, sons Frédéric V; deLowenorn, Egcede et Rothe, sous Chrétien VII, voyages infructueux a la cote orientale du Groenland, avaient été parfaitement propres à confirmer Tinterpretation cPËggers, car ces différents navi^ gateurs, ou n'avaient pu aborder sur aucune portion du littoral de l'est, ou ne l'avaient exploré qu'en deçà et ai^ delà du point signalé comme le lieu des anciens établissements.
On niait donccatégoriquement l'existence de rOsterbysd , malgré les assertions contraires d Arngrim Johnson, de ttiodr Thortaksen et de ThonicMl Thorfesen, lorsque M. deWormskiOldV qui avait fait en 1812 et 1813 un voyage scientifique dans le Groenland méridional , publia un mémoire remarquable, dans lequel il soutenait l'ancienne hypothèse. A son tout, il convertit un grand nombre de personheà compétentes, et la théorie d'Egizers fut abandonnée par la plupart de ses anciens approbateurs. Sur ces entre^ faites, deux nouvèlles expéditions â l'est du Groën'and vinrent disposer le public à prendre la nouvelle opinion en considét-atioh sérieuse. Scoresby et^ diiaeétedriailatedelaterreTme,* Gtavering, tout deux Anglais, atabnt
LTTKITEES,
réuni à explorer la côte dans sa partie teptpiitriODalf . Le pretnter avait visité
le littoral entre le 70* et le 75" degré de latitude; il nvnit découvert dans cet espace lyi vaste ^oltV «ju'il supposa n'être gu*uo bras de nier oui div iserait le Groenland en deux parties ^ enfin il avait affirmé a son retour, et en ceci il était dans !'( rreur, que toute la côte orientale jusqu'au cap Farewell était navigable en se dirigeant le long de la terre, depuis le 70* degré de latitude. Quant i Clarering. pendant que son compagnon, le capitaine Sabine , taisait dans les deux îles Pendulum des observations scientiliques, il avait ex- {doré la partie de la edte orientale située au nord de ces îles. II avait vu dans le j^olfe de "Waltor-Scott (**), ainsi nonnné par Scoresbv, des Esquimaux extrêmement timides; puis ii avait
Soursuivi son examen jusau'au 76* egré de latitude. Sans doute ces deux expéditions ne résolvaient pas la question; mais d*abord elle- faisaient présumer, surtout d'après Tassertiou de Scoresby, que les autres parties de la c6te n'étaient pas aussi inaccessibles qu'on Pavait cru jusqu'alors ; en second lieu , elles avaient fortement attiré Tattention publique sur ce problème liistorique ^té depuis si longtemps.
Une nouvelle tentative fut résolue en Danemark , et ce fut au capitaine Graah, intrépide marin qui avait babité le Groenland septentrional, que Ton €on6a la direction de cette périlleuse entreprise»
M. Craali pensa avec raison que le meilleur moyen de visiter la céu qu'il
(*) Ce golfe ou ce détroit est probable- BWQl l« même qui fut découvert eH t^ét
Cr Tolqaard Boon , navigateordanoii selon i uns, hollandais selon les autres, et qui •e dirigea à la distance d'un mille et demi I six nHles le k>ii|g de ta cèle orientale , depuis le 76' degré 3o' jusqu'au 68* 40' de latitude. Ce marin ror)j«Ttiira iiissi quecelte large ouverture ét.iil un détroit.
(**) Claveriug crut recounaitre dans ce golfe de Scott It baie découverte en i654 par le Hollandais GeleHeailMa,4|ui loi avait ' soanooi.
avait mission de parcourir, c'était de s'embarquer dans des bateaux groënlandais, et de prendre pour compa*
gnons de voyage des habitants du pavs.
Le 28 juillet 1829, il avait pénétré jusqu'à une île située à 6â* 18 de latitude et 46<* 49^ longitude à Touest de Paris. 11 explora avec soin toute la cote jusqu'au delà de In latitude altribute a l Oslerbygd ; et de ce qu'il n'avait trouvé aucune trace de la colonie islandaise sous le rapport de la laujpe, de la religion et des vestiges matériels, il conrlnt que les anciens établisseinems n'étaient pas situés à l'est de Statenhuk , mais bien dans la partie du sud-ouest du Groenland actuel, c*està-dire, à l'emplacement de Julianeshaab. C'était, comme on Ta vu, Topî* nion d'Kgfiers.
Cette conclusion du capitaine Graab est surprenante, car il avançait en même temps un fait qui était un puissant argument en faveur de l'opinion contraire: il disait avoir rencontré sur cette côte orientale une race d'hommes n*ayant aueune analo^^ie avec les Esquimaux, et se rapprocnant au contraire beaucoup des Européens Scandinaves.
« Ces hommes n'ont ni la tête plate, ni le corps petit et lar;;e, ni renibonpoint flasque des Esquimaux ; ils sont, au contraire, pour la plupart, au* dessus de la taille moyenne; la forme de leur tête et i expression de leur figure sont pareilles a celles des Européens; le corps, plutôt maigre que gros, est nerveux et a des formes fines, sans annoncer de faiblesse; aussi sontils plus robustes et plus actifs que les indigènes de la côte ouest. La couleur de leur peau est claire et fine chez les femmes et les enfants, comme chez les Européens, et plusieurs ont les cheveux blonds, ce qu'on n'observe jamais chez les autres Groënlandais. » L'existence de cette race si différente des habitants de l'Ouest et si semblable aux Européens du Nord, nous praît un fait, sinon décisif, au moins de nature à laisser la question en suspens.
La physionomie des Esqtiimaux est marqtiee à un type si particulier et si bien caractérisé, que k seul tait de la
RéGIONS CIRCOMPOLAIRES.
dissemblance des deux populations doit être d'un poids immense dans la disenttîon. Ihous sommes, en conséquence . très-disposé à reconnaître dans les Groènlandnis trouvés par le capitaine Graah sur la côte orientale, des descendants des anciens Scandinaves qui disaient partie de TOsterhygd. Il est vrai qjie la religion et les înœurs de ces Groënlandais sont rt peu près les mêmes que celles des habitants de rOuest; mais l'hypothèse d'une invasion de rosterbygd par les Esquimaux étant admise, né peut-on pas admettre aussi que ces étrangers ont imposé leuis hanitudes , leur langue et leurs croyaDQes au peuple vaincu, surtout si Ton considère que cette action des vainqueurs sur les Eniopéens s'est exercée pendant trois ceiits ans? l ne autre considération non moins signitieative quand on la rapproche des obserrations précédentes, Tient ajouter un nouveau poids à ne? conjectures :
le capitaine Scoresby iiis a découvert sur la terre de JAmes'on , située plus uu nord , des ruines ^ui attestent l'exis* tence d'un ancien établissement sur ce point. Knfîn il n'est pas inutile de remarauer que, suivant le capitaine Craan , la végétation sur certains points de la côte orientale est supérieure à celle de quelque autre partie (|ue ec soit de la côte ouest, et même a celle de rétablissement de Juiianesbaab, qui passe pour le plus riehe. Ainsi donc ceux qui nient l'Osterbygd n'ont même pas pour eux Targument du climat et de 1^ stérilité du sol.
£a résumé , la présence d'une race d*boimnes tout à nit différente de la race des Esquimaux, et la découvei^ de ruines anciennes dans le voisinage du golfe de Scoresby, nous semblent des preuves très-fortes à Tappui de ropinion qui soutient Texistence de la colonie islandaise sur la côte orientale.
Postérieurement au capitaine Graah, M. Jules de Blosseville, notre conipatriote, a reconnu en 1833, entre G8 et fSBT de latitude, quelques portions de la c^te orientale que ni le capitaine danois ni Scoresby n'avaient visitées.
On sait le triste sort de M. de Blosse-
ville. îMusieurs expéditions destinées à chercher les traces de la Lilloise , que montait cet officier distingué, ont été inutiles, et on ignore encore aujourd'hui ce que sont devenus nos marins dans ces parages inhospitaliers.
iSous laissons maintenant la côte orientale, pour ne nous occuper que du littoral opposé.
Colonies danoises. Ln côte occidentale a une douzaine de colonies, quinze établissements de commerce moins grands, et dix missions, dont quatre, ISouveau-Herrnutt, Lichtenfels, Lichti iiau et bYiedericlistal , sont dirigées par les frères moraves.
Les colonies sont réparties comme il suit :
Dans l'inspection du Nord : TJpernavick, l'établissement le plus septentrional ; Osncnak, Jacobshavn , Christianshaab , Egedesminde et Godthavn.
Dans l'inspection du Sud : Ilolsteini>org, Sukkertoppcn ; Godthaab , l'établissement le plus ancien; Fiskerna'sset, Fricderichshaab et J ulianeshaab , la colonie la plus importante.
I.e nombre des Européens établis dans ces colonies danoises est d^environ deux cents.
Commerce, Le commerce se fait à Paide de cinq ou six navires qui se rendent annuellement du Danemark nu Groenland. Les principaux objets d'importation sont de la farine, du sel, du drap, du vin, de l*eau-de-Tie, et divers métaux; les exportations consistent en huile et fanons de baleines, peau\ de phoques, d'ours, de renards et de lièvres, cornes de narval et duvet d*éder. La compagnie du Groenland, établie à Copenhairue, estime sa recette habituelle à cent quarante mille ri.\dalers (cinq à six cent mille fkrancs) ; et les exportations du pays mène, sans y comprendre le produit de la p^che des baleines sur les côtes, se sont élevées de cinquante à cent mille rixdalers. Les dépenses de la Compagnie sont d'environ quatre cent mille francs (*)•
(*) Note sur le comincrcc du Groënland dans la Minarvt dmoût, cilée par Malte*
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Population indlgfine. Les habitants du Groenland, qui ont pris h place des anciens Islandais, paraissent être au noiiibre d'environ vingt et un mille, dont sept ou huit mille chrétiens. Ils appartiennent à la grande famille dps Fsqnîmaux. Cette famille comprend cinq nations principales, dont une vit en Asie: on en remarque, en Amérique, trois branches principales, savoir: les Kalalits ou Karalits , qui sont les Groënlandais ; les Esquunaux proprement dits , qui vivent sur la cÔte nord -est du Labrador, et sont les plus méridionaux et les moins civilises ; les Ksquimaux occidentaux, (jiii errent près des embouchures du Mackenzie et de la rivière aux MtDes-de-Cui?re (6oDp^-ilf{»6), dans les environs du cap Dobb, de la baie Repiilse , sur la presqu'île Melviile, sur les côtes des îles VVinter, Igloutik , Southampton , et autres qui forment Tarehipel de BafRn-Parry {*),
Portrait et caractère. Les Groënlandais sont petits, mais généralement bien faits. Ils ont In figure plate et large, les joues rondes et ebamues; les yeux J9etits; noirs et sans feu; la bouche étroite et ronde; la lèvre inférieure épaisse ; 1rs cheveux noirs , épais , longs et rudes ; presque pas de barbe , soit qu'elle ne croisse pas , soit qu'ils 8*épnent avec soin; les n)i m! res très-muscoleux ; la poitrine haute , les épaules larges , la main oetite et potelée , de mtMne que le pieu. Les femmes ont la taille remakpiablement carrée , et les épaulei aussi larges que les hommes. La couleur de ces mdigënrs est jaune verdâtre; leur épiderme est il un brun approchant du rouge clair; mais ce qui prouve que le brun n*est pas leur couleur naturelle, c'est que leurs enfants naissent blancs comme la [)lnpnrt des Européens; ils acquièrent celte teinte d'abord par Tusage de la graisse
O Pour se faire une idée complète de la race des E&quimanx et (iw ré^'ious qu'elle habile, il est bon d«! lire ce qu'en dit M. BaH» , D. 964 et 965 de son Abrégé de |éa|^pliie«