J L'UN
d'une péninsule formée par deux rivières. Plusieurs îles en défendent les abords et forment une Iraie aussi vaste que sdre. Les Espagnols, qui regardaient cette ville comme la clef de la mer du Sud, y élevèrent plusieurs forts, qui offrent a rentrée du port une chaîne de défense couronnée par plus de cent pièces de caoonquisecroiseat dans tous les sens.
11 n'y avait alors, dans le port, qu'un bâtiment de oommeroe; mais le lendemain Tamiral doima In chasse au brick de guerre le PofrUiOj et s'en empara. Le 20, il ût voile pour Talcabuaoo où se trouTait alors le général Frejrre* Cochrane eut une conférence secrète avec cet ofKcier, et lui proposa l'attaque de Valdivin , otfranl de s'en charger, pourvu que le générai consentît a mettre un fort détachement d'infanterie à sa disposition. Freyre n'avait aucune gloire 6 n( (jUf»rir dans une expédition a laquelle il ne prenait point part; sa responsabilité était en outre engagée en ce moment, puisqu*il était en présence de Tennemi; cependant, frappé de l importance de ce projet, il n'hésita pas, et conlia u lord Godirane un corps de deux cent fin* quante hommes aux ordres du major Beauchef, oilider français. L'ami'ral les répartit sur sa frégate, sur le brick de guerre Vlntréj^UiB et sur la goélette Montezumaj qui se trouvaient alors à Talcahuano. Le départ de cette division eut lieu le 2!) janvier; le lendemain VOliiggim échoua sur un banc de sable à la hauteur de nie Quirina.
Remise à flot après de grands efforts, elle continua sa route, et arriva devant Valdivia le 2 février. Ce jour-la, un détachement de sept hommes, commandé par Tenseif^e Vidal, jeune Péruvien d'un grandi couraiie , fut mis à terre, et se dirigea vers les batteries de la cote, au sud de la ville. Vidal s'avança avec une détermination qui laissa croire aux Espagnols qu^ts avaient à faire h un nombre plus considérable d'ennemis. Les premières batteries furent enlevées rapidement, et deux officiers s'étaient déjà recomms
prisonniers de Vidal , lorsqu'un détachement de quarante marins, envoyé par Cochrane, arriva sur les lieux.
Il était commandé par un Buénos- Avrien, nommé Lrescano, homme cruel qui , sans égard pour les renioatrances de Vidal , massacra de sangfroid les deux prisonniers (*). Le lendemain, le débarquement général eut lieu. Les troupes de terre étaient commandées par Reauchef , les marins par le major Miller. frégate VcrHiaginê se présenta à reml)oiiclHire du neuve Calia-Callii, sous les batteries d«' la ville, portant navillon espagnol. Les royalistes y furent trompés , et prirent ce bâtiment pour un de leurs vaisseaux; mais lorsque VO*//iggins eut déployé les couleurs de l'Itidépendanc'e, les troupes espagnoles furent saisies d'une terreur panique; elles abandonnèrent les batteries et s'enfuirent dans le plus grand désordre. Les Chiliens s'avancèrent sur deux rangs jusqii aux palissades qu*ils escaladèrent , et (juinze heures après leur débarquement, ils étaient en possession des batteries d'Aiîuada, del In^les , d'Avaiiz.ida , de liarros, de San-Carlos,d'Amargos, du haut et du bas Choromayo, ainsi que du fort del Corral, contenant en tout 128 botiches à feu , 810 barriques de poudre, 170,000 cartouches, lo,ouo boulets dont plusieurs en cuivre, et une immense quantité de munitions de toute espèce. La perte des vainqueurs (ut de neuf tués et dix-neui blessés; les Espagnols perdirent environ deux cents hommes. Le colonel du régiment de Cantabres, don Fausto del Iloyo, y fut fait prisonnier. Les restes de l'armée ro\ale s'euiuirent vers l'île de Chiloé (**).
(•) Sur le rapport de Vidal , Ercscano fut envoyé à Sanliago et iraduit devant le conseil tic guerre; mai» San-Martin, qui nu négligeait auriMie orrasîon do iiiorlitiiT lord Cuclirane , lit grâce à ccl liuiume, el même rél«!va en f^de.
(*•) JoiiriKil ofa rcsidoiicf» in Chili, elc, by M. Grahaiii; Lelirt> de Ion! Curlirane à Don José-lguacio Zciilciiu, iiiiuiâlre da guerre et manne . ele.
CUILI.
Ce hardi coup de main fit retentir de nouveaux cris de joie dans tout le (^hili , et le gouve.rneiiient vota des médailles aux vainqueurs de VaMivfa.
Expédition sur Osorio et Chi- LOÉ. Les Kspajînols restaient maîtres de la ville d'Osorio et de rarchipei de Chiioé. Cochrane résolut de leur enlever ces dernières positions. Il confia le soin de s'emparer d'Osorio à iieauclief , devenu colonel depuis la prise de Valdivia, et lui-iucnie partit pour San- Carlos de Chiioé, le 17 février (I820), avee la uoëletteilfontesifma et le transport Dolorès.
Beauchef re^.tit un nrcueii ainirni de la part des Indiens, et entra sans coup férir a Osorio le 36 février; les ^pa* gnols n'avaient p.is attendu son approche. Beauchef trouv.i dans If» chfite.m de cette ville quelques pièces d artillerie, (juarante mousquets, et une asses grande quantité de munitions.
Lord Cochrnfu' fut moins heureux à Chiioe. Les hommes (pi" il avait débarques enlevèrent d'abord trois batteries extérieures qui défendent les approdies du fort; mais la nuit étant survenue, ifs s'égarèrent dans des chemins difliciles et s'arrêtèrent pour attendre le jour, retard qui donna te temps aux Espagnols de réunir toutes leurs forces; iVntreprise fut manqnée. L'amiral se remharipia après avoir eu ([uatre boniines tues et dix blesses. La Uiusion rentra à Valparaiso.
LOIID (^OCHRANK ET LE GOUVER>K-
ME^iT DU Chili. Le département delà marine était administre de manière à dégoûter du service Tamiral et les ma* rins placés sous ses ordres. Mon-seu-
lement on retenait h ceux-ci les arrératies qui leur étaient dus, mais on ne leur tenait pas même compte de leurs |iarts de prises; aussi la désertion éclairdt-elle bientôt les rangs des marins étrangers, qui faisaient la principale force de l'escadre. L'insulK)rdination gagnait chaque jour, et les ofliciers eux-tnémes s^en rendaient coupables.
Cochrane, sentant qu'il n'était pas suffisamment appuyé par le gouvernement territorial, otfrit sa démission. C'était 1« moaMDt où Jfl Chili préparait m
prnnde expédition contre le Pérou, et un événement aussi i;rave que la retraite de Cochrane en eût infailliblement compromis le suoc^. Le directeur suprême O'Higgins et le général Sanl^lartin s'empressèrent de lui écrire pour le prier instamment de continuer a connnander l'armée navale. 11 céda à leurs instances.
Le directeur suprême, agissant au nom de la répuhlifpie, fit donation nu noble amiral d'un domaine situé dans la province de 'Conception , le priant de Tagréer comme un témoi^n{^;e de la reconnaissance du pays qu'il avait si honorablement et si utilenu'ut servi.
Cochrane crut devoir retuser cette offre; mais en même temps il acheta un domaine appelé QumférOy à huit lieues au nord de Valparaiso, drtns la baie de Herradura. On prétend que le gouvernement chilien soupçonna cet étranger d'avoir l'intention de inettre à profit la position de ce domaine pour mtroduiredes ujarchandises en contrebande. En conséquence, il rei^jut une notification portant qu'en considération (les grands avantages que présen* lait le port de la Herradura et le domaine de Quintéro, avantaues d'une haute importance pour le Chili, il était prévenu de cesser tous travaux tl' imélioration sur ce domaine, fpii , a dater de ce moment, éîait de laré pro[)rieté du gouvernement, sous condition de rembourser le prix d*achat. Cochrane réclama avec vivacité, et le directeur suprême lui répondit poliment que cette notification était une simple formalité d*usage basée sur une ancienne loi espagnole. Vers la même é[)oque, l'amiral proposa le capitaine Croshic pour être promu à la place de capitaine de son pavillon; mais le gouvernement se (léta de nommer à ce poste un autre marin, le capitaine Spry. Cochrane insista pour qu'une atteinte aussi grave ne fût pas portée a ses droits de commandant en chef, et le directeur céda et) cette circonstance; mais il n'en fut pas de même lorsque l'amiral imposa les arrêts an capitaine Guise qui s'était rend.i coupable d'une grave insubordination, te dir^tenr Ô'Uiggios
L'UiMVI^RS.
voulut que cet étnn^er fût exempté de la peine qu'il avait encourue, et lord Cochrane fut obligé de tranri* ger et d^adopter un terme moyen.
Nous allons laisser parler à ce sujet son secrétaire intime : « II parut évi- « dent a cette époque qu'il s'ourdissait « queiuue trame dana le goavernempnt
• du cinili; mais il fut impossible d'en « saisir le fil ou d'en provenir les effets. « Tons les partis cherdiaient à se ron- « cilicr la bonne volonté de l'amiral,
• et cependant il arrivait chaque jour
• queluue incident qui tendait à l'aliéa ner de la cuise du pnys, et quoiqu'à « chaque question de sa part il re^Ut « les reponaea les plus polies et souvent « même des excuses, il semblait néan- « moins (jn'une main invisible s'occu- « pût Siwis resse à faire naître (jps « provocations et a secouer ka torches
• de la discorde (*). •
TnOISTÎîME EXPÉDITION AO PÉROU.
l e plus ardent patriotisme s'était lïianilesté à l'oi-casioo d'une troisième expédition dont Tobjet était, non pas seulement comme par le passé, de faire un appel aux indépendants du Pérou, mais d'o|)érej* la conquête de ve pavs pur la force des armes. L'escadre devait eseorter une armée aux ordres du général San-Martin. Les préparatifs furent terminés dans les premiers jours du tnois d'aniU 1820, et le 20 du même mois rexj>édition nntà la voile : elle se composait de sept't)âtiments de guerre portant seize cents hommes d'équipage et deux cent trente bouches à teu , de onze chaloupes canonnières et d'un Dombre considérable de trans|)orts ayant à bord une armée de quatre mille sept cents hoinines. des vivres, des munitions, et des armes pour un nouveau corps de quinze mille hommes qu'on espérait recruter parmi les patriotes du Pérou. IvOrd Cochrane avait son pavillon sur \'()'m(j(jhi.s ; le l'chcra! en chef et son ('iat-m;>jnr étaient embarquée sur le San-Murita.
Le rendez-vous général de la flotte était la baie de Pisco, où les bâtiments se trouvèrent ralliés le 7 du mots de
O W. B. Ste««Meii» etc. U? . ni , ch. tu.
septembre. Le débarquement commenta le lendemain; le 9 les troupes te mirent en marche sur PIseo, rofi-
mant trois bataillons carrés aux ordres du major - général las Héras. San- IMarlin montait ce jour-là la goélette MoHtézuma, pour explorer les cotes et observer les mouvements de Tennemi. Les indépendants trouvèrent ta ville déserte; la garnison et les habitants avaient fui a la hâte, emmenant avec eux les bestiaux, les esclaves, et emportant jusqu'à leurs meubles. Peu»
daiit ce temps le gouvernement constiiutioFuiel avait été proclamé à Lima , et dans la journée du I a septembre on vit arriver à Pisoo des oom missaires espagnols chargés de faire des propositions de nature à concilier les intérêts de rKspngne et ceux de l'Amérique. Les conférences durèrent jusqu'au 4 octobre; mais elles n*amftnèrent aucun résultat, et les hostilité! recommencèrent le 5 du même mois.
Le colonel Arenalès, à la téte d'une division de douze cents hommes et avec deux pièces d'artillerie, fut envoyé à Ica, ville située au sud de Pisco, îl'où il poussa jusqu'à la Nasca et Guamanga. A son approche les Kspacnols se retirèrent, et il n'y eut que quelques engagements peu imporUmts ; mais les habitants d'Ica reçurent les indéf)cndants avec toutes les démonstrations d'une joie sincère et d'un zele ardent pour la cause de la liberté. Les esclaves qui se présentèrent spontanément pour servir dans l'armée chilienne furent déclarés libres, et une proclamation de San-Martin, répandue avec profusion par ses agents secrets, invita les PéruviVns .1 se railler SOUS les drapeaux de
rin(lc[ifMi(l;uice.
Le octol)rc, l'armée navale quitta la baie de Pisco et arriva le S9 devant Callao. Pendant que San-Martin était
occupé des prépar;it(!s de déh.irquement dans la haie dWncou. lord Cochrane connut ledessein hardi d'eidever la frégate espagnole VEiméraUia. le seul vaisseau important baigné alors dans les eaux de Callao. Le I**" novembre, raiiiiral transmit aux capitaines des navires places sous sou comuiaiidemeut
CHILI
Dnordredn jonr ayant pour objet d'indiquer les nipsiires a prendre en cette circonstiin(-e.Leà du inèine mois, quatorze chaloupes canonnières furent années, et re(;nrent a hord deux cent qtinrnnte volontaires chiliens , \es capitaines Guise et Crosbie, et lord Cochrane luimême. Elles s'éloignèrent de Tescadre à dit heures et demie du soir. Ck)nformément aux ordres de l'amiral , chaque homu)e était habille en jaquette blan* che, chemise de même couleur, et armé d*uiie |Miire de pistolets et d'un sabre, d'un couteau ou d'une picjiie.
Deux frelates, dont une américaine, la MacédomOf et Tautre anglaise, VHypérkm^ étaient alors à Tancre en dehors de I estacade. Les chaloupes de l'expf^dition furent hfHées [>ar la Macédoiùa pendant qu'elle:» passaient dans ses eaux. Mais en reconnaissant les ODarins de Cochrane, les officiers américains accoururent tous sur le pont, et bouhaiterent, à voix basse, uu boa succès aux patriotes.
Les chaloupes s*avdncèrcnt en deux divisions, observant le plus profond silence. A minuit elles avuieiit dépassé l'estacade et touchaient à leur but.
VEmnéraida était embossée sous les remparts du fort et protégée par une barrière de pontons unis par des cîuiines et par quatorze chaloupes canonnières rangées en demi -cercle»
Lord Co< hranc naviguait en avant des deux divisions ; \wW par une chaloupe, il se levé, et inrttiint un pistolet sur la poitrine de rollicier : « bilence, ou tu es moK, dit-il. • Il passe, et quelques coups de rame ont bientôt aiiiené les cnnonriicres le lor);: du bord de i'A.svicralda. tohrane escalade cette frégate; une sentinelle qui a tiré sur lui est tuée sur-le-champ. Les Anglais et les Ctiitiens accourent aussitôt à la voix de leur chef et s'emparent du gaillard d'arrieie, tandis que les Kspa;;nols se rassemblent sur le cliâteau d'avant et y opposent une longue résistmce. Y.n- Cn, ces deriii«TS succombent, ('ochrane fait ausMtùt couper les aibles et emmène sa prise. Il était jour, et en ce moment les deux frênaies amérieaim li anglaisesortaient de la baie et
faisaient des si^aux pour n'être pas confondues avec VEsméralda; mais Cochrane eut soin de répéter ces mêmes signaux, de sorte que les artilleurs dt terre ne savaient où di ri ixrr Irurs coups. La réussite de ce projet audacieux influa sur le reste de la campagne. Les Espagnols , ayant ainsi perdu leur meilleur vaisscx-iu , n'osèrent plus se montrer dans la haute mer.
Les troupes de terre débarquèrent à Huacho le 9 novembre. Nous ne suivrons pas San-Martin dans la capitale du Pérou (•). Ce fut le 28 juillet 1821 qu'il proclama solennellement l'indépendance de ce pays. Uu /ïe Deum lut chanté dans la cathédrale de Lima , et l'archevêque ctléhra la messe, après laquelle les principaux citoyens et les nouvelles autorites prêtèrent, sur le saint Évangile, le serment de défendre les libertés publiques contre le gouver» nement espagnol et contre tout pouvoir étrani:er. Le 3 aodt, San-Martin jeta le voile qui couvrait ses projets ambitieux, et se constitua dictateur suprême du Pérou.
Lord Cochrane avait puissamment coopéré à l'expulsion des armées espagnoles; mais I insubordination des olBciers placés sous ses ordres n'avait pas cessé, même pendant les opérations les plus importantes. Il eut particulièrement avec les capitaines Guise , Spry et Paroissien, des contestations qui rendirent sa |)osition de plus en |>fus désagréable. San-Martin aifectait de recevoir ses réclamations avec une grande politesse, mais dans le fait il protégeait ouvertement les antagonist<'S de l'amirril , v\ foinenl.iit .liiisi l'esprit d'insubordmauon. Cochrane ne tarda pas à s'apercevoir <pie San-Martin voulait, en sa qualité de directeur du Pérou, s'attrihuer le commandement suprême de la (lotte, et si l'amiral ne s'v fut pas opposé, l'escadre chilienne eAt passé inhiilliblement au service des Péruviens. Il y eut entre ces deux clirfs, (h'vcnus ennemis déclarés,
auelques scènes trcii-vi\es, à la suite esquellea TADgfaiisoffritdeQouveausa
(*) Yflyes la Malice hinenqua de eep^yi*
démission ; mnis ^("^ principaux officiers de l'escadre ayant déclare qu'ils se retireraient avec lui, cettedémarcheil'ettt pas de suite, ('ociirane continua donc a cniisf r sur les côtes du Pérou, et à coiirourjr, par ses opérations, à l'anéantissement complet de la puissance espagnole, jusqu'au mois de juin 1822.
A celte épo<)ue, il opéra son retour à Valparaiso, où il arriva dans la innrtiée du 13. Son escadre sVtait reiilorcee des frégates VEsméralda , appelée depuis k'atdivla , et de la / enganza ; maïs elle avait perdu le San- ^ffn fht y qui s'était é< lioue dans la baie de Callao. Cochrane ramenait également la goélette Hontézwna ^ qu*il avait reprise de force à San- Martin.
État nii Chili depuis l'fxpttl- SION DES ICsFAGNOLS. Le Chili, qui pendant si longtemps n*avait été considéré que comme une province déjiendante du Pérou , avait opéré des efforts prodigieux pour conquérir son indépendance. Ses habitants, qu*on traitait naguère de paysans grossiers et barbares , avaient fourni des citoyens d'un
Katriotisme héroïque, des capitaines abiles et des soldats valeureux. Les Espagnols avaient succombé sur terre et sur mer, et le Pérou lui-même ne devait sa liberté qu'à une armée chilienne. Les arts et l'industrie avaient fait de grands progrès, et, à ce sujet, il faut citer en première ligne Pimprimerie, dont l'établisseineni au Chili ne date que de 1811. O'Hijigins continuait à tenir les réncs du pouvoir avec le titre de directeur suprême ; son gouvernement paternel et éclairé avait déjà cicatrisé bien des |)laies; le eoininerce commençait a prendre quelque développement; l'agriculture étendait ses progrès avec rapidité; au dehors la guerre pnraissa'l hors de probabilité; au dedans seul brûlait encore un loyer de guerre civile. Le directeur s'occupait activement à introduire des améîi^^rnti uis dans toutes les branches de radministra1i(»n. «< Si les (Chiliens, disait-il , ne veulent nas être heureux de bonne volonté, il faut qu*il8 le soient par force. »
Un traité avait été oonclu le 21 oc-
tobre 1821 avec la république de Colombie; les deux VXats s'étaient engaeés mutuellement, dans la paix comme dans la guerre, à soutenir par leur influence et par leurs armes, tant sur terre que sur mer, leur iudé|)eudance contre l'Kspagne ou toute autre natioa qui voudrait les asservir. Valparaiso avait été déclaré, en 1821 , port franc.
Congrès twTiONAL. Le 22 juillet 1822 un contres national se réunit à Santiago sous la présidence d*0* Il ij;-
f;ins. Le dire*c1eur suprême mit sous es veux des députes la situation de la republique; il leur rappela que, depuis cinq années qui s'étaient à peine écoulées depuis la victoire de Cbacabuoo, une année avait été formée, une marine créée, le Pérou affranchi, la liberté des mers assurée, et que le trésor avait doublé ses revenus. « Compatrto- « tes, ajout a-t-il , mon commanaement «est à sa lin; j'ai ret^u la patrie es- B clave, je vous la rends libre et victo- « rieuse, mais faible encore; c*est k m vous à l'Instruire, à l'élever, à l'en- « richir. De quelle prospérité pourrait- « elle jouir sans lumières et sans lois? »
Apres cette allocution, il appela un nouveau président au fauteuil, lui remit ses pouvoirs et se retira. Une convention préparatoire, (omposée de vingt-trois membres, fut installée des le lendemain, i^r sa volonté , le général O'Hiizgius fut réintégré dans les fonctions de directeur siipré'ine, don liznacio Zenteno lut nonuné ministre de guerre et marine, don Irraqua ministre des finances, et don Joachim Échéverria ministre de la justice. Le congrès s'occupa ensuite de la discussion des articles de la constitution po- Iiti(|ue. Cet acte important fut promulgué le 23 oct^)bre suivant.
La constitution de isl»2 ne changea rien aux lois du pays; elle proclama la religion catholique, apostolique et romaine, religion de l'fstat à l'exclusion de tous les autres cultes; elle abolit l'esclavage, restreignit les t>nviléges des majorais, priva le clergé de tout pouvoir temporel, et le déclara justiciable des lois civiles et criminelles du pays; le gouvernement représentatif y
CHILI
fut consacré; le pouvoir législatif fut dévolu à un congrès, Texécutif à un.
directeur. Le congrès se composait du fénat et de la chambre des députés :
cpux-rj étaient nommés annuelleiiicnt, à raison d'un députe sur (juinze cents individus. Tout citoyen âge de plus de viqgtHÛnq ans, et tout militaire sans commandement, pouvaient être élus, pourvu qu'ils fjossedassent un fonds de terre de lu valeur de deux mille dollars, ou qu*ils fussent natifs du département (|ui Us nommait. Le sénat Ke composait de sept membres choisis DU ballottage par les députes, et dont ^atre au moins devaient appartenir à cette chambre ; des ex-directeurs, des ministres d'Élat, des é\(Vî!ies, d'im menïbre du tribunal suprême de justice , de trois ofticiers de l'armée nommés par le directeur, du délégué directori;il du département on le coii.iïrès s'assemble, d'un docteur de chaque université, de deux négociants et de deux propriétaires ayant chacun un capital de trente mille dollars au moins. Le sénat était en permanence; ses [)0U- .voirs, comme ceux du directeur, duraient six années. Le directeur, dont la noininati. n appartenait au congrès, pmivnit, a l'expiration des six années qui lui étaient accordées, être reéiu pour quatre ans. '
Rbtoub de SAjf-MARTm; mbcoit- TENTRMENT GÉîNÉBAL. lin événement imprévu, qui se passa dans les premiers jours du muis d'octobre, frap|)a le Chili de stupeur. San-Martin avait quitté le Pérou en fugitif et était arrivé inopinément à \*ah)araiso. La [H)pularile du vainqueur de MavjK) n'avait eu qu'une durée éphémère; une teuipète se formait autour de lui, et, pour ccMiihle d'embarras, une armée espagnole était au\ portes de Lima. C'est dans de pareilles circonstances qu'il ne vit rien de mieux à faire que de disparaître subitement et de rentrer au Chili , où il fut accueilli avec une froideur marquée. De son coté, O'liiggins, plus grand, plus généreux, mieux intentionné que San-Martin, n'éprouvait un moindre embarras. Un nouveau f qu'il avait £ait adopter par le
congrès, lui avait attiré une subite impopularité L'objet uu'il s'était proposé était celui d*ein pécher Ui contrebande qui, pendant les vicissitudes de
la dernière guerre , avait pris un grand dévcloppeinent. Ce but, honorable sans doute, était en ce moment fort impolitique.
ReBKI.LTON TiV r.KNRRAL FbEYHK.
TTne autre circonstance qui suivit de près la promulgation de la constitution vint porter le dernier ooup au crédit du directeur. Les soldats du général Freyre avaient soutenu dans les provinces du Sud une guerre longue et pénible. Ils étaient vainqueurs et mouraient de faim ; leurs vêtements toinlK:ient en lambeaux, et beaucoup u aviiient pas de souliers. Freyre prétendit qu'il avait adresse ses plaintes au dire; teur sans pouvoir en obtenir satisfaction; niais ce général complotait alors de renverser O'Higgins et de se substituer a sa place, il s était associé à quelques amis des Carrera, et, de concert avec eux, il travaillait h ai* grir les esprits, et à rendre odieii-^e 1 administruuon d O'Higgins. L'audace des mécontents croissait en raison des cmb.in a.s du directeur. Freyre prit sur lui de vendre des licences |K)ur l'exportation des grains du jK)rt de la (!onception, afin de fournir aux besoins de ses soldats : c*était proclamer Panarchie.
Enfin, coni r.e si ce n'était pas assez de tant d'éléments de discorde, les habitants de Coquimbo se plaignirent de ce qu*on avait entièreuient négligé les mines de leur province (*). Freyre sai-
(*) Le peuple se montra, à celle époque « léllenienf imté ronire les dépositaires du
poii\uir, qu'il alla jusqu'à U s ac( user d'avoir o\rii«'', par If'ur nirchaiirclé , la mlfrc du dt'i t i J asoir an»!»! provoque le fameux (reuibleiiifnt de i<*rre du 19 novembre iSaa.Les villes riviTaiiics fuiTUt les plus njalfrailées par cet ébi-anlcniv ul , l'un de* plus désastreux dont les aunalfs du CliîU faaneni uieailoii. La vilU- de Valparaiso fut eiitiéreoient hoiik vtTsi'o. La presque folalitô dt-s toitures fut enlcvcc. L'cgUsc du la Mvrccd , dans la faubourg de TAluM'Mlral, fut renversée, ala que plusieurs édintes cl un grand nombre de maikOiis pailiculiert». La lecousie eut Um
Digitizùu by C(.)0^1e
LLiSlVERS.
Bit cette occasion pour se déclarer ouvertnnent en état rébellion; il convoqua il lu Conception , le '22 décembre , une assemblée composée de quelques personnages influents, et la constitua iui-m^nie en junte suprcVnp. dette assemblée abrogea la constitution et les lots publiées sous radministrotion d*0*Hic^ins; elle prononça la déchéance de ce aire(*lpiir vi àr ses ministres, proclamn la séparation de l.i ( ^tuiception et de ()oquiu)l)o du reste du Chili, et convoqua un nouveau congrès, décla* rnnt illégal celui qui avait tenu SCS fiéiinres à Santiago.
Ces mesures auraient manqué de gravité si la force des baïonnettes o*»> ?ait pu les appuyer; Tarméc de Freyre se mit donc en mnrelie et se dirigea sur Santiago, à i dict de les mettre à exécution.
Lord CocHBAifE quitte le Chili.
Les Cliiliens devaient une iininense reconnaissance à lord Coclir.'int' ; ils le payèrent d'in;;ratitude. Abreu\e de de;
godts, accablé d*ennuis, le vainqueur e Valdivia s'était retiré dans sa terre de Quinléro; mais poursuivi dans cette retraite par la haine et la jalousie, il se détermina à accepter les offres que lui faisait Tempereur du Brésil, et il qiiitt;i le Chili, pour OC plus y revenir,
le l'Jjiinvier 1823.
Lai'ëditiom du colonel Beau-
GHVP COtlTBC LES INDIENS. PlUSlCUrS
tribus araucanes ou cunches ne cessaient, depuis la prise de Valdivia, de harceler le parti des indépendants. Elles étaient p(mssées à cela par les suggestions de quelques réfugiés espa« gnols qui avaient voué une haine implacable aux patriotes chiliens. Pedro Xarauiillo et Palucios étaient les prin< cipaitt instigateurs de cette guerze.
à lo liPiires H demie du soir. Ijit malin, la ville orirail l'imaf^e de la dr^olallun ; l«s troupeaux fuvaient dans la canipa^^ne; let habiltolf bi|rforaieiit Ici leooun d« h reU> gioa , cro) ant loucher i leur dernière heure, et dans l'nttent»' d'une iiomelle secou se. I^es décombres et les solives obstruaient la voie publique et eouvndeol de nombreuset vic- (voy.^ 19).
Une expédition fut donc re'sohie, et connnandement en fut confié nu brnve colonel Heauchef. Trois cents hommes d*infanterie partirent de Valdivia le IC décembre istrj, et remontèrent la rivière de Tré>-(;ruces. A San José, lieu du rendez-vous, ils trouvèrent ua détachement dlnfonterieaux ordres du major RmJriguez, une compagnie de cavalerie, et une ceritLiific ri hidlf i^s auxiliaires qui les attendaient la depuis quelques Jours.
Les soldats étaient armés h la légère, et ne portaient ni vivres, ni tentes,ni bagages; ils eomptaient, pour se nourrir, sur les vivres qu'ils enleveraieut aux ennemis, et sur ceux que leur apporteraient les Indiens alliés.
Après deux jours de marrhe on arriva à un village indien, dont le cacique, nommé Calfacura, fit présent de cinq bœufs. Le nombre des auxiliaires s'était .'irrrti en route et montait alors à deux cents hommes. 'il , l'expédition entra dans une vallée à l'est du volcan de Villa-Rica. On devait trouver en cet endroit un village ronsidérable.
de nombreux renforl.N et des provisions de toute espe»e; mais, a la grande surprise de Tarmée, le lieu était entièrement désert ; seulement on y voyait encore !es traees d'une eiiltwre rérente, et les soldats y liretil une assez bonne récolte de ponnnes de terre, de l'e\es, de poires, de pommes et de fraises.
Le villa<^e qui se nommait Pitovquîn avait éie détruit par un parti ennemi à l'instigation des réfugiés. L'armée commençait à éprouver oes besoins ui^ ^nts, et le succès de la campagne devenait douteux, lorsqu'enlin on vit arriver des Indiens anus qui amenèrent des bccufs et autres provisions. Le 23 décembre, le major Rodriguez eut un engagement avec un parti de vingt-cinq Indiens guidés par quelques Kspagnols, et notamment par le lanatique Paladoi. Rodriguez leur tua ulusieursboRimes et fit Quelques prisonniers, qui furent ensuite massacrés, parce qu ils embarras.s;iient l'armée. Le surlendemain on arrêta un vieillard espagnol; c'était le père de Xaranu'Ilo. Il appnt aux indépendants que Palacios était
Digiii^eu by Coo^l
GHIU.
alors réfugié dans un village fortiCé appelé Malal. Beauchef se hâta de se
porter sur ce point ; mais rexpédîtion, entravée par les difficultés du terrain et arrêtée par quelques en^^agcments de peu d'importance, ii*y arriva que le 2 janvier 1823. Le MalaJ iu% enlevé à la baïonnette après une courte résistance; les indépendants y trouvèrent trois cents moutons, des chevaux, des bœufs et des porcs. Plusieurs femmes et enfaiits tombèrent au pouvoir des vainqueurs, qui les éfioiizprent sans pitié; le feu détruisit les chatnnîères et de riches plantations. Beauchei , qui ne pouvait empé( hcr ces atrocités, s:uj\ a cejiendant deux femmes et leurs ei)faiits, et les envoy;* ;iu cacique du IVlaial pour lui proposer de venir dans son camp traiter des conditions de la paix> engajîeant sa parole dliooneur
3u'il ne lui sernit fnît nucun tn.il. L'Inien se rendit a cette invitation, et fa paix fut bientôt conclue, les vaincus 8*étant engagés à livrer Palacios et à vivre en paix avec les indépendants.
Beauchef revint alors à Vaklivia, OÙ il arriva le 13 janvier (').
Lbgbnsbal Freyre; époque dV HABCHIB. Le directeur avait espéré que la guerre civile pourrait s'éteindre o elle-même sans qu'il fOt besoin de recourir aux armes et de répandre le sans. Apprenant enfin que Par* mée (Te Freyre avançait à grandes journées , il se détermina à opposer la force à la force, et dorma l'ordre, en oonséquence, aux garnisons de Quillota et d'Aconcagua d*arr6ter la marche des rebelles; mais toutes deux refusèrent d'obéir. Cette nouvelle parut d'autant plus grave au directeur, quMl apprit en même temps qu*un corps de milices de Coquinibo, sous les ordres du iiéiit rai Fiénévento, s'approchait éi^aleme/it de la capitale.
Xe 23 janvier (1823), les chefs des mécontents tinrent une assemblée à Santiago, diez le gouverneur-intendant Guzman. Le résultat de cette conférence fut que le directeur O'Uiggins
OMien nwrdt a ClîUaand la Phla,
devait être déposé. Deux députés Ai* rent donc envoyés yen lui pour lui demander de remettre ses pouvoirs
entre leurs mnin?;. Le directeur n'y voulut pas consentir, mais il promit de les rendre entre les mains d'une junte, à condition, l<» ^u'un congrès national serait convoque de nouveau; 2" que, si les différends qui tourmentaient la république n'étaient pas aplanis dans six mois, la junte cesserait ses fonctions, et remettrait le pouvoir au peuple. Ces conditions ayant été actTplces, <!on Augustin Kyzaj;uirre, doit Fernando Krrazuris et don José- M ignel I nfaiitès furent désignés comme membres de l.-f nouvelle junte. Don IManano Kizaiia fut nommé ministre d'Ktat de la marine, et don Augustin Vial ministre des finances et de la
Suerre. 0*Uiggins, fidèle à sa parole, onna sa dénn'ssion, et prit la route de Valparaiso; son intention était de chercher un embarquement pour l'An-
f^leterre, d'où il se serait rendu en Irande, la [uitrie de ses ancêtres; mais le général Freyre, qui s'était embarqué sur V IndcpemUjncia^ arriva en luéuie temps que lui, le lit arrêter et conduire en prison. Cétait là le comble de l'ingratitude; aussi le peuple qui , dans le fond du cœur, n'avait c( s^e d estimer et de plaindre O'Hi^gins, le litil remettre uninédiatement en liberté.
Cependant cet homme de bien n*en proiita pas pour suivre son prenner projet. I^ersuade par ses amis, il consentit à demeurer au Chili.
Pendant que cette révolution s'opérait, le général San-.Martin fuyait vers IMendoza, heureux de pouvoir échapper à la tempête qui groudait autour de lui.
Ramon Freyre continua, sa marche
sur Santiago. Il rampa avec son armée dans les plaines de Maypo, et reçut en cet endroit les députes qui vinrent lui offrir la direction suprême laissée vacante par la retraite d'O'iliggins.
Le général se lit prier lonutemps pour Ja forme; mais enfin, cédant aux sollicitations des députés nui hif furent envoyés de nouveau par les trois fsrandes divisions du ChiU» &uitia§6, in
L*UKIV£KS
Conception et Coquimbo, il se rendit au vœu public ( l*' avril 1828).
Iji junte lui adressa un rapport où i*état du pays était peint des plus sombres couleurs : ■> 1 ii pays divisti en « districts, y disait-on, désunis et ré- « sis par des administrations municipa- « leseluesdf.milleiiuinièresdifrérentes, * ne pnit espérer jouir de la tranquil- « li(e iutt rieure, et encore inoins éla- « blir des relations extérieures sutis-
« faisantes 11 est impossible de
«concevoir une situation plus (!< plo- « r;il)le (]nv relie de IVcliitjuitT puuiic. a L ne dette de plus d'un uiillion, dont « le payement est d'une ur^^enceabso- «lue; plus de quarante mille dollars « avancés pour parer aux exi'^ 'nfrs du « moment, et une dépense uuMisuelie «quintuple des recettes du trésor, « n'en voilà-t-il pas assez pour jeter « le désespoir dans nos îhnes?... ete. »
T'n rmjirunt de ("inr| millions de piastres avait ele eoneiu a l^ondres, et il fut décidé que , s*il était nécessaire d'emnioyer cet a ruent à fournir aux frais d Nme nouvelle expédition au Pérou , le pouvoir executif ne pourrait le faire qu'avec la sanction du sénat« et sous la condition positive (]ue le Pérou répondrait de la somme ainsi employtH*.
Vue nouvelle constitution lut adoptée par le congres, qui s^assembla trois mois après la nomination du t^'éuéral Freyre. Les innovations !( s | lus import.intcs qu'on y reiiKinpie sout : la création d'un conseil d'Iùal composé de sept membres; la faculté donnée au confirès de prolonger indéliniment les fonctions des sénateurs, liniitrcs au-
f)aravant à un ternie de six années, et a création d'un conseil de censure pour mettre un frein à la licence de la presse.
Cependant le mécontentement public n'avait pas cesse; les provinces dissidentes , représentées au nord )>ar les patriot* '^ d • Cocpiimbo, et au sud par ceux de la ( cnccption, se plaignaient vivenient de ce que la nouvelle constitution, non plus que le nouveau directeur, n*avaient apporté aucun soulagement aux maux ae Ja patrie. Elles
prétendaient même que le mal avait empiré depuis que le directeur O'Higgins s'était retiré, et que la junte avait usurpé des pouNoirs qu'elle ne devait tenir que du peuple.
Freyre, depuis son élévation, n'était plus, aux yeux des patriotes, que l'instrument d'un parti. Chaque jour lui amenait de nouveaux embarras et de nombreux ennemis. La conquête de l'île de Cbiloe, qui tenait encore pour les Kspagnols, lui sembla offrir un moyen silr de regn'zner une popiihirité troj) tôt perdue, il voulut la tenter, et partit au mois de mars 1824 , avec une division de neuf bâtiments de guerre.
Le débarquement eut lieu le 22 du même mois, et trois jours après, la ville et le port de C.hacao étaient au pouvoir des Chiliens. Le 31, il y eut entre eux et le colonel Garcia un etaga* iicnuMit sérieux, mais sans résultat dtrisif. Vvii de jours nprès, un nouveau combat fut livre sous les murs de San- Carlos ; cette fois le sort des armes se déclara en faveur des royalistes. Les indépendants, complètement bat 'us, furent obiiiiés de se réfutifer sur leurs vaisseaux, après avoir éprouve une perte considérable. Ce malheureux événement donna une nouvelle force à l'expression du mécontentement pénéral , et le^ symptômes en deviurent si alarmants, que le sénat crut devoir rendre un décret qui , en considération des circonstances difficiles où la nation se troijv.iit placée, investissait le directeur l re\re d une dictature provisoire et pendant trois mois. Cet acte est du 21 juillet 1S24 (*).
Un événetnent heureux sîjxrïaia pourtant Tannée 16'24. L'Angleterre prépara les voies à la reconnaissance officielle du Chili par Tenvoî d*un consul général.
Lo hiuljt l (les déppnse<; annuelles fut fixe en a deux iiiillioiis de piastres,
savoir : Dett-c cUaiigere, 3(>u,ooi> pia:>lres| dfll«doini*siiqiie, 187,000; armée, 600,000; iiinriiie, iou,<)ou; pnn\(>ir« \é( iitif, ia5.ouo; lr[;i»lahire , Jo.ooo ; ti il>tiiinu\ , 48,000; iiiiane«'&, i5u,uou; éducalion publique et agriculliire, ioo,ouo; dép«rteiiieiildiploiiiai> tiqu« el oL^eu divers, 3«0|000.
Digiii^eu by Coo^l
CHILI
Le nouveau conç^r^s s'était assemblé à Santiago vers la lin de l'année; mais Texaspération de l'esprit public entravait ses opérations, et oompromettaît même l'existence de ses membres.
Chnqiie jour, des hommes armés se présentaient à la barre de l'assemblée, et demandaient, à grands cris, l'eipnl* sien de ceux des dié|Hité8 qui leur dé* plaisaient.
L'insubordination gagna l'armée et la flotte. On avait appris que deux bâtiments de guerre espagnols , VÂsie de 64 canons, et V Achille de 18, étaient arrivés à Chiloi-; le directeur ne put obtenir des marins cliiliens d'aller à la recherche de ces bâtiments , qa*à force de sacriGces et de promesses.
I**escadre indépendante partit enfin; mais, peu après , la corvette V Achille parut spontanément à Vafparatoo. Son équipage s'était révolté, et venait la livrer au gouvernement du Chili.
L'année 1825 vit se continuer les troubles et l'anarchie. Pendant les nuits des 13, 13, 14 et 15 février, il y eut à Santiago des scènes tumultueuses et du sang répandu. Le congrès recula devant cette effervescence, et prononça lui-même sa dissolution le même mois , déclarant que le sanctuaire des lois avait été profané, et la majesté du peuple insultée dans la personne de ses repr^ntants. Ce ne fut qu*au mois de juillet suivant que les meneurs de ces désordres parurent euxmêmes las d'une crise qui compromettait les intérêts les plus sacrés de la patrie, et mettait en question son existence politique. Vingt -trois millions de dollars avaient aéjh été souscrits à Londres pour l'exploitation des mines et autres entreprises qui devaient assurer le développement de l'industrie et de l'agriculture du Chili; mais toutes les opérations étaient entravées par suite de la désorganisation de ce pays. L'Europe se disposait à prononcer sur le sor^ de l'Amérique du Sud , et sa l)onne volonté se trouvait paralysée par les mêmes motifs. L'Angleterre avait d^à reconnu rindépendance du Mexique, de Buénos- Ayres et de la Colombie, mais elle at-
9* Uoraiton. (Chili.)
tendait , pour en faire autant à l'égard du Chili , de pouvoir traiter avec un gouvernement régulier et solidement établi. Ces considérations furent habilement présentées par le directeur Freyre dans une proclamation qu'il adressa à ses compatriotes le 12 juillet, pour la oonvucation d*un congrès général qui devait s*ouvrir à Santiago le 5 septembre suivant. L'objet de cette convocation était la nécessité de répondre à l'appel des nouveaux gouvernements qui invitaientleCbili à concourir à la formation d'une assemblée générale, en envoyant des députés à Panama.
Le congrès général était à peine
réuni depuis quelques jours, qu'on apprit dans la capitale qu'un mouvement populaire avait eu lieu à Valparaiso. lie directeur se disposait à diriger des troupes sur ce point, lorsqns les représentants de Santiago lui enjoignirent de n'en rien faire, et sur le refus formellement exprimé , à ce sujet, par le général , on vit se renouveler la pucrre intestine avec plus de violence que jamais. Les représentants de la capitale invitèrent le peuple à les reconnaître comme congrès national ; Ils prononcèrent la déchéance de l'ancien directeur, et nommèrent à sa place le colonel Sanchez, à qui ils adjoignirent une commission de gouvernement composée de six membres :
Fernando Errazuris, Manuel Gandarillas, Pédro Palazuélos, Martin Or* géra et José-Manuel Barros (*).
De son côté, le général Fn^re accusa les députés de Santiago de cons^ pirer contre la cause de la liberté, et de préparer les voies au rétablissement dn pouvoir absolu. Il prononça en même temps la dissolution de l'assemblée , et décréta l'arrestation et le bannissement, hors du territoire de la république, de ceux qui s etaient ainsi mis en hostilité ouverte avec lui. Il créa en même temps , pour l'exécution des décrets du gouvernement, un conseilr consultant y composé du ministre dl^t, du président de la cour
(*} Mensagera ngoiliao.
és Vï3m
lupi^me (le justice, et da chef de la cour deg appels.
Revenu ainsi , par !a force , h la t^te
des affairrs, Frcvre donna tous ses soins à la nouvelle expédition qui se préparait contre Tlle de Chiloé , dernier refuse des royalistes. I.a flotte, ayant à bord trois mille cinq cents hommes, mit à la voile le 2 janvier 1826, et arriva devant le port de Sao-Carloa le 10 du même mois. Les opérationi de cette rampa^ne furent enfin couronnées d'un [ilein succès , et l'arcliipel de Chiloé fut définitivement incorporé à la république; mais le gouvernement diilien ne tarda pas à être tr(>iil)ié dans la possession de sa nouvelle conquêle par quelques partisans de l'ancien directeur oon Bernardo O^Hif^i^ins, qui tentèrent d'opérer, à San- Carlos » une însurrerti<»n en sa faveur. Les habitants de ( hiloé, soulevés par ce mou- Yement , i ^poussèrent foute tentative en faveur d'O'lIiggins , et déclarèrent qu'ils voulaient adopter la constitution chilieiuie; mais ils se donnèrent en même temps un gouvernement particulier, à la téte duquel ils placèrent don Manuel Fuentès, connnandant de rartillerie, avec le titre d*iateiuiaot gouverneur (25 mai 1826).
La républiaue , ainsi que les nooveaux États de T Amérique du Sud, était alors divisée en deux partis , relui des nnUaireSy qui voulait la eeijtrali- Sâtion gouvernementule» et celui des fédéraâfs^ qui demandait une sio^ile confédération des provinces devenues libres et indépendantes.
Le 4 juillet de cette année , le congrès national s'ouvrit à Santiago. Le aiscoursque le directeur suprême prononça à ce sujet de-nisa assez habilement une grande partie des maux du pays. Il lit surtout valoir les services qu^il avait rendus à TÉtat, en mettant un frein à l'abus des donations en faveur des établissements nieux. Il mit sous les yeux de rassemblée le tableau des contrats que le ministre plénipotentiaire du Chili à Londres avait si* gnés avec diverses compagnies, pour la colonisation du pays situé entre les rivières JUo-Bio et Impériale, pour
Texploitation des mfnes et autres ob*
jets d'utilité publique. Le directeuf émit ensuite le vœu de voir le territoire de la république divisé en un plus grand nombre de provinces, et finit par prier rassemblée de vouloir bien désigner, au plus tôt, un citoyen vertueux sur nui il pourrait se déciiarger du poids de Tautorité.
Le congrès décida , comme loi fondamentale, que la république serait organisée d'r^près le système fédéra!; et, prenant en considération la demande deFreyre, il désigna, pour le remplacer, l'amiral don IManuel lîlaneo-Enealada. !\Iais l'état critique des affaires, l'emiisement du tré^ur, l'éloignement et la négligence manifes« tée sur tous les points envers le pouvoir exécutif, engagèrent le nouveau directeur à donner lui-même sa démission le 7 du mois de septembre suivant. Ijà vice-présidentlzaçulrefljt alors nomné directeur provisoure. Un traité d*al« liance, de commerce et de navigation entre la république de Ruénos-Ayres et celle du Chili, fut signé a Santiago le SO novembre.
Une nouvelle insurrection éclata au mois de janvier 1827; le conseil des ministres fiit arrêté en corps uar une troupe de soldats; et Freyre fut, une seconde fois, nommé directeur suprême. Mais une nouvelle tempête ne tarda pas à l'assaillir et à le renverser. Le général Pinto, déjà vice-president, fut élu à sa place le 8 mai suivant. Un seul fait suiCra pour donner une idée des embarras de l'administration publique : le revenu de 1 iUat, estimé approximativemait à 4,350,000 piastres, s'élevait à peine à 1,500,000. Il y avait, chaque année, un déficit de 500,000 piastres sur le budget des dépenses.
Fatigué de tant de secousses , le Chili rentra subitement dans le repos; déjà les bons citoyens commençaient h se féliciter du rétour de l'ordre et de la tranquillité, lorsque d'épouvantables calamités physiques vinrent ajouter I ses embarras financiers. La Cordillère versa d'immenses torrents qui détruisirent tout sur leur passnjîe. De nombreux troupeaux, des nuiliers d'iiabi-
tants périrent dans cette inondatiOD.
Des boiirpades entières disparurent subitement , et (Ips terres fertiles furent ensevelies sous d'énormes amas de pierres et de cailloux (*).
he congrès s'assembla à Santiago le 24 février 1828, aven la mÎKsion de donner une constitution au Chili. Le parti des fédéralistes l'emporta un instant sur celui des unitaires; le congrès fiit transféré h Vniparaiso, et le général Pinto, qui était encore à la tétc des afiaires avec le titre de vice-président, Ibt dépoeé et remplacé par don JoBé- Miguel Tnfantès. Ce mouvement avait été opéré à la suite d'un engagement OÙ le bataillon de Maypo et un régiment de dragons avaient battu un corps de soldats de In milice «t de cuirassiers que Pinto leur opposait. Les aabitants de Santiagf^ , partisans de i*union, se levèrent aussitùt, et rétablirent Pinto à la téte du gouvernement. Les révoltés firent leur soumission après un en^ngement où deux cents hommes environ , appartenant à Tun ou Tautre parti , peratrent la rte. Le congrès rendit quelques lois de finances et d'administration , et se sépara le 31 janvier 1829. Le gouvernement français avait envoyé un consul tlMnl au Chili , dès l'année 18S8.
Jusque-là, le général Freyre avait été président en titre , bien qiîe le pouvoir résidât de fait entre les mains du vice-président Pinto. Le nouveau congrès voulut mettre fin à eet état d'incertitude , et appela définitivement Pinto à la présidence. Mais le p;irti des fédéralistes pro testa violeunnentcontre cette nomination; et, refbsant toute cbéîssance au gouvernement, il se plaça sous la prot<etio!i du général Priéto qui commandait alors dans la province de Conception. Las de tant de traeasseries, Pinto se retira volontairement, et donna sa dériiission le 2f) octobre. Cette iru'^ure occasionna de grands désordes à Santiago, où l'on ▼it se formerHussitôt une junte insurrectionnelle. Un parti de quatre à cinq pents mécontents se porta au palais du
O LiMir,AnBDm]diloriquepoiar 18^7.
goQvememeni dani. la journée du 7 novembre, et en cbana le vioe-prési«
dent Vienna.
Cependant l'armée de Prieto arrivait à marches forcées des provinces du Sud, et se grossissait en route d*Dnd foule de mécontents cl de gens sans aveu. Arrivée, le 7 décembre, sous les murs de la capitale , elle fut encore accrue par un corps de cinq à six mille rotosy la partie la plus vile de la popu* lation de la province , qui venaient se joindre à elle dans l'espoir du pillage. Les troupes de Santiago obéissaient à deux étrangers , le colonel Vial , Fran* çais, et le rolnnrl Tupper, Anglais, sous le cominaïuiemeiit en elief du général la Laslra. Elles sortirent de la ville et culbutèrent sans peine les sol* dnts de Prieto. Celui-ci ayant alors demandé à parlementer, Ic'frii cessa aussitôt. Les deux partis noixmerent des commissaires, et , le IG décembre, il fut conclu une convention diaprés laquelle le général Freyre se trouva investi du commandeuîent des deux armées ; une iunte provisoire tut également installée, et il lui ftit donné mission (le convoquer un noureau oon* grès général.
Freyre urit le commandement qui lui était dévolu; mais il conduisit ses troupes à Valparalso^ où son premier soin fut de lancer un manifeste oontrs Prieto et la junte provisoire.
Depuis ce moment, les ambitions rivales ont continué à se disputer le pouvoir suprême; mais les secousses sont devenues de moins en moins violentes, et la dissension se manifeste plutét par des intrigues que par des révoltes.
l e désordre des finances , an sortir d'une révolution , est le fléau qui pèse avec le plus de force sur un État nouvellement constitué. Pendant une période plus 0!i moins longue , le commerce a été interrompu; les \m-
i)orlations ont entièreujent cessé, et es exportations clandestines du numéraire ont eon'^idérablemcnt multiplié. Les sacrifices les plus onéreirt ont été imposés aux cito\ ens de toutes les classes , tandis que la culture des
terres et Texploitation des fabriques, indéiiniment suspendues , ont cessé d'alimenter les sources nuancières où l'État a coutume de puiser. Le passage au pouvoir des hommes qui se mettent à la tête d'une révolution , devient onéreux par cela méuie qu'il est éphémère , chacun d'eni apportant ses vues personnelles, son système , ses plans, BPS créntures , sa fîfniille et ses amis. Knlin, la révolution est consommée, le règne des abus e^t,, dit-on , passé, et le peuple est sur le point de recueillir le iruit de sa victoire! Mnis rrovez- "vous qu'au sortir d'une pareille crise , ce peuple ne se trouvera pas, longtemps encore , en botte à des maux plus cruels peot-^re que ceux auxquels il vient de se soustraire? Les familles sont rlécimées; les plus riclies propriétaires ont émigré , le trésor est épuisé , et toutes les illusions dont on s'était bercé semblent avoir été emportées dans la tempête. Kt cependant la cause était juste, le conUit inévitable et la victoire légitime ! Alors , le peuple commence à murmurer, il s'en prend aux honi?nes du pouvoir qui lui demandent de nouveaux sacriiices et lèvent de nouveaux impôts; il ne conçoit pas qu'on puisse enoora avoir des besoins après les changements qui viennent de s^opérer.
Des inurmures, il passe bientôt à Faction , et les trouoles continuent après le triomphe, de même qu'on voit les vagues de rOcenn s'entrc-choquer avec fracas, longtemps encore après que les vents ont cessé de souiller.
Tantquedura,dans le Chili, la guerre de Tindépendance , les frais en furent couverts par le produit de la vente des propriétés espagnoles et de celles du gouvernement. Bernard O'Higgins, administrateur habile autant que probe, sut, pendant quelques années, à force d*économie, faire l'ace à toutes 1rs dépenses avec les seules ressources de rÉtat. Les recettes de la douaneavaient acquis un prodigieux accroissemenf par suite de l'ouverture des ports, et tandis qu'en i6l7 elles n'étaient que de S70,000 dollars , elles s'élevèrent, en 1819, à 1,466,571. Cela ne suffit pas , et les besoins devinrent bientôt telle-
ment impérieux qu'il n'y eut plu»
nioven de reculer devant l'obligation d'emprunter aux étrangers et de lever des contributions extraordinaires. Le gouvernement crut donc devoir contracter des cm[)ruHts avec les négociants anglais établis au Cliili , et pour hypotlièque, il affecta les deniers publics, de sorte que pour satisfaire aux besoins du moment, il fut obligé de créer une certaine auanlilé de billets payables en droits de douane. Ce papier-monnaie trouva peu de crédit; les négociants anglais I escomptaient , il est vrai , mais en y prélevant un fort benélice, et comme ils ne pouvaient s*en défaire eux-mêmes, au*enle donnant à l'administration clés douanes, en déduction des droits qu'ils auraient dU payer pour l'importation de leurs marcbandises, il en résulta que, vers la fin de Tannée 1831, les billets avaient perdu successivement :>(), 4n, 50 et même GO pour cent de leur valeur nominale. La dette llottante du gouvernement n'était pourtant pas trèsconsidérable encore, mais son crédit exigeait qu'on la comhhU bientôt entièrement. Des ajgeuts lurent, en conséquence, envoyés à Londres pour y contracter un emprunt d'un million de livres sterling. Comme une mesure areille a toujours besoin d'être justiee par les motifs les plus légitimes, le chef du gouvernement se hâta d'expliquer à la nation que l'objet de l'enipruiit était « de reformer le svstème linuncier , de tirer du pays tout le parti que promettent la variéié des productions de son territoire, l'étendue de^ ses côtes et l'industrie de ses habitants, et d'introduire dans l'agriculture et l'exploitation des mines les améliorations dont elles sont susceptibles. »
L'emprunt fut négocié, le 18 mai 1822, par don Antonio-jdsé de Yrisarri, minislrc plénipotentiaire du Chili , avec la maison Uullet et ooni{)agnie. A cet effet, il fut créé 10,000 bons payables au porteur avec intérêt de G pouf cent. Le gouvernement chilien s'engagea à supporter les frais de la négociation et de l'emprunt ; il affecta les revenus del'ÉUt, évalués, d'après le produit
CHILI
des années précédentes , à quatre millions de dollars, au rachat deremprunt, et appliqua spécialement au payement
de I intc'rêt le revenu net de I:» monnaie, sVIevant à 300,000 dollars, rt celui Ue la contribution territoriale évalué à 350,000. Bientôt cependant le gouvernement se trouva hors d'état de faire honneur à ses engagements.
Le général Freyre, qui était alors à la téte des aflfoires publiques, se tira d'embarras en faisant de nouveaux sacriflces; il s';idressn h \wp société composée de négociants étrangers et de propriétaires du pays , et conclut avec elle un traité par suite duquel celle-ci se chargea de payer les intéréts^de la dette publique au moyen des avantages suivants qui lui furent concédés : le monopole du tabac (estanco) appartenant jadis au gouvernement; le privilège exclusif d'itnporter ce produit ou de cultiver la plante, à son choix; fiiculté de vendre au prix quMi lui conviendrait d^établir; privilège pour le commerce exclusif des vins et liqueurs venant de l'étranger, ainsi que des autres denrées coniurises autrefois dans Vettaneo; et enfin, concession faiite au profit de la société d'une somme de 500,000 dollars (*).
£n 1824, les recettes du gouvernement s'élevèrent à 1,176,531 dollars, provenant des droits de douane pour rentrer et la sortie des marchandises, du produit des mines, des iininUs sur le tabac, la farine, les liqueurs, le vifargent, la poudre à tirer, les cuirs, le papier timbré, les huiles et les indulgences ; de-s amendes, de la confiscation des biens des rovalîstes, de la vente des propriétés ecclésiastiques, du péage au col de Putaendo, des retenues sur le traitement des employés , etc. (jette même année, les dépenses s'élevèrent à 1,223,323 dollars, présentant ainsi un déficit de 40,793 dollars. En conséquence de cet état de choses, le gouvernement eut recours, une seconde fois, à la création des billets payables en douane; mais cette fois encore, ces valeurs tom-
C*) Micr».
bèrent dans le plus complet discrédit.
Le congrès de 1825 nomma trois commissaires pour rechercher les eau»
ses du mauvais état des finances; le choix tomba sur Fernando- Antonio Kiizalde, Joaquin Prieto et Santia&o Munos Bezanilla. Leur rapport lut
f)résenté le 16 mars: il en résulta qtie e déficit accumulé depuis plusieurs années s'élevait à 700.000 dollars ; que les finances étaient dans un désordre complet , et le crédit public entièrement ruiné ;que de 6,000,000 de piastreii, montant nominal de Temprunt contracté à Londres trois ans auparavant, il n'en restait plus que 30,ooo, et que le reste avait disparu sans qu'il en eût été appliqué la moindre partie à des objets d'utilité pubiitjuc. Les commissaires émirent ensuite Popinion qu'il n'y avait plus de ressource que dans les propriétés confisquées, dont le revenu était estimé à 200,000 dollars , qu'il était urgent d'affecter au rachat de la dette nationale.
Le 4 juillet de Tannée suivante, le directeur suprême de la république déclarait au congrès que le trésor avait été constamment appauvri par les grandes dépenses qu'il avait fallu faire; qu'il avait été impossible jus-
Î|ue-là d'effectuer l'organisation de a caisse publique de manière à établir une balance entre les recettes et les dépenses même ordinaires. « On ne « pourra, ajouta-t-il, obtenir ce résultat « qu'en substituant aux moyens éven- « tuels qui sont insuffisants et qui « accablent la classe pauvre, les moyens « qui seraient indiqués par la siniple « raison, s'ils ne l'étaient par les princi- « pes les plus vulgaires de l'économie « politique... Le ministre des finances « vous présentera un tableau fidèle de a Tctat de nullité dans lequel se trouve • notre fortune publique , et vous sou- « mettra les réformes qu'il est absolu- « ment nécessaire d'opérer pour que la « nation puisse satisfaire à ses besoins « ordinaires. Le déficit éprouvé par « nos rentes, et que n'ont pu couvrir «nos ressources ordinaires, a produit «des maux inralouiables, entre les- « quels ou uedoitpuintregarderoonuue
« ki moindre, ToMigation où s'est vu « le goiivcriirtnciit d-' défentlre la vente
■ du tabac , dt s t arie:» à jouer , des
■ liqueurs étrangères et du tbé , afin « de paver les intérêts de Temprunt de « 5,000,000 de piastres contracté à « Londres. Cette mesure à ruiné une «partie de notre industrie, à peine «naissante, et ne pi-ut être Justifiée « que par lo loi invincible de la néce&> « sité. »
Apebçu sub l'état physique et MOSÂL bu Chili bkpuis son in-
DÉPENDA>icr.. Le tablfau.que nous vpiions de tracer des vii-issîtudes politiques qui ont r.^ité le (^lûli depuis sa ({('Couverte, demeurerait incouinlet 8i nous ne présentions une esqiiisso de l'état phvsii|U(' rt moral de ce pays depuis son fiule|)ciiilai;ce.
Huit provinces , divisées en districts, embrassant actuellement la totalité du territoire de l*ancienne capitainerie générale :
1® CoQUiMBO , capitale Coquimbo ou la Scréna; Copiapo, San-Francisco de la Selva, Huasoo ou Guasoo, aussi appelée Santa-Rosa.
2° AcoxcAGUA, cap. Villa Vieia de Aconcagua ou San - Felipe; Quiliota , San-Mairtin de la Gonda » Gasa-BIanca , Santa-Rosa de loo Andes, Ligua, Petorca.
8** Santiago , cap. Santiago: Valpaniiso, Santa-Cniz , San- José ae Logrono, Tiltil, Chacabuco, Ranragua ou Santa- Cru z de Xriana, Juan-Fernandez (îles dp\
4" CoLCBAGLA, cap. Curicoj San- Femando , Talca.
5» M AU LE, cap. Cauquenes; Cblllan, Qiu'lué ou Quililujé.
6» Co^cKi'CioN, cap. Concepeion, OU la Mocbâ; Talcahuano, Angeles, Hualqui.
7° V\LDivTA,cap. Valdivia;Osorno.
8« Ciiii.oÉ (arcnipel de}, cap. San- Carlos; Castro.
Cette division, qui n*a rien de stable, tend à se confondre en trois grandes juridictions : Coquimbo au nord , Santi£^o au ceutre, et Conc4>(K'iun au sud.
Santiago continue, malgré les efforts des villes rivales, à être oonsid^
comme la capitale de la rf^puhlîque. C'e>t inie belle et grande ville située sur la rive gauche du Riu-Mapocbo, dans une plaine de vingt-cinq lieues d'étendue, bornée à l'est par les Cordillères, et à l'ouest par le Rio- Purahuel et la montagne del Pardo qui n'a pas moins de Quatre mille pieds d'élévation. Cette plaine, que baigne également le RioMaypo, célèbre [mr la victoire du 5 avril 1818, forme une sorte de réservoir naturel, où les terrains meubles, entraînés des bautenri voisines , se sont nivelés et ont formé l'un des plus riches territoires du nouveau monde.
AiMÎ que dans la plupart des villes de l'ancienne Amérique espagnole, les maisons de Santiago sont grfMipées en ^tadras, ou îles carrées parlaitemcnt égales entre elles, et alit^nées au cordeau , de sorte qu'il est impossible de voir une ville plus symétrique et plus régulière. Les quadras s'r!èvent en tout au nombre de loO, en y comprenant les faubourgs; mais toutes ne sont pas terminées. Le Rio-MapodlO, aussi appelé Topocidmay qui sépare la ville du faubourg di' la Cbimba, coule à l'ouest et au nord; il alimente les rigoles {(useqtdas) qui passent dans chaque quadra^ et lournissrnt à toutes les maisons des canaux d'irrigation.
Les rues sont larges , ornées de trottoîni et pafées en petits cailloux de rivière. Les maisons n'ont généralement qu'un éta^e, précaution nécessaire qu'inspire la crainte des treiu« blements de terre ; cepe ndant , depuis quelques années, on commence a eu élever (jui en ont deux. Elles sont construites en briques cuites BU soleil , ajjpelécs adobes, et peintes en blanc avec un grand soin. Leur arciiiti'cînrr^ est uniforme : une ijrnnde porte d'entrée, ornée de pilastres et d'ornements, conduit au polio , grande cour carrée au fond de laquelle se trouve la pièce principale , qui est ordinairement une salle à manger.
De chaque cùté sout des chambres à coucher, des cabinets de travail ou des salons de réception. Le toit est
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CUILI. BJ
couvert en tuiles rouges, quelquefois plaza; c'est là que siège le tribunal
aussi, mais rarement, en briques, de commerce i et que se réunit ordi*
Les appartements qui se trouvent sur aairement le eongrès national. Ia
le (Icv.iiit des maisons servent assez douane est un bâtiment asses remar*
souvent de Iwutiqucs ; on y entre quable par ses heureuses dispositions, alors au mo)'en d'une petite porte. Les Le thédtre n'offre rien qui mérite une fMtres qui donnent sur la rue sont mention spéciale; il contu-ut un milgarnies de barreaux de fer peints en lier de spectateurs. Parmi les étaUI«« hoir. Derrière chaque mnison se trouve sements d'utililc pui)lique, il faut citer un jardin, et derrière chaque jardin la bibliotlièqiie natiomile qui possède un carrai destiné aux chevaux et aux environ douze nidie volunjes ; Tiusti- ▼oitnres. 1^ jardins sont disposés tut, sorte d'université du Clu'li; le avec un gortt clmrmnnt; ils sont or- «ollége de Saint-Jacques et le lycée ou nés de fontaines et abondent en plan- les fiiinilies aisées font élever leurs tes indigènes, très-curieuses surtout enfants; les deux collèges pour les pour vn étranger; on y voit encore demoiselles, et l'hôpital des enfants Une pn^sion d'orangers, de citron- trouvés.
niers, de grenadiers, de tilleuls, de Le faubourg dn In Canadilla ou Ca-
€èdres et de palniiers. nnda, situé dans la parti'* sud-est de
. Au centre de la ville se trouve la la ville, en est l'un des plus beaux quar-
mndeplaee, qu'embellissent une belle tiers; c'est là mm se trouve, sur une
fontninf et plusieurs édifices publics, grande place, l'hôtel de la monnaie,
le palais du gouvernement, la cliam- que les Santi;iauenos rcï irdi'rit comme
bre dejustice, la prison, la cathédrale un chef-d'œuvre d'architecture, pcnt-
et révéché. La cathédrale, bâtie en être parce qu'il a coûté un million de
pierre, est un des temples les plus piastres, mais qui est loin de mériter
vastes de l'Amérique au Sud; elle cet éhu^c. C'est une ^raridc; masse
n'est pas encore terminée, et son de briques dont remjilat ement occupe
architecture, d'un stylelourd et écrasé, toute une quadra. La façade consiste
n'est remarquable que par les détails en de gros piliers surmontés d'une pe^
d'ornements. L'évéché n r{>'- si sou- snnte corniche, et au-dessus règne une
vent endommagé par les tremblements balustrade qui, au jugement des archi-
de terre, qu'il aurait besoin d'une réé- tecteiJ, est du plus mauvais goût. Les
difieatioik complète plutôt que de ré- bureaux et les appartements sont dispo-
parations. Le palais du gouvernement sés avec assez d habileté autour de trois
est un grand bâtiment a deux étapes, cours intérieures d'égale dimension, renfermant l'arsenal, le trésor, la La Canadilla est sépane do lu vide
arande salle d'audience et les bureaux par une grande route bordée d'arbres,
desdivers ministères. Lesappartements servant de promenade publique; elle
du rez-de-chaussée sont occupés pr»r le n'a pas moins de cent ciii(|iiante pieds
directeur V et, comme ils sont m«u- de large; elle se prolonge dans la di-
blés avec somptuosité, ce sont eux rectioa du gigantesque Tupungato,
Se l'on s*empres8e de montrer aui que l'on aperçoit à rborizon. Le Chu»
'angers. L'architecture de ce palais, cliunco est un autre faubourg situé à
celle du presidio où siéfre In cour de l'extrémité de la Canadilln, dans la
justice, et celle enfin de divers hôtels partie sud-ouest, ^ous avons dit plus
qui dérôrent la grande place, appartien- haut que le faubourg de la Chimba était
Beat à un assez mauvais style morea- séparé delà ville par le Rio-Mapocho ;
aue. Construits en bri(jues , ces édi- les maisons y sont construites avec de la
ces sont blanchis avec un soin que boue, mais, pour la plupart, elles sont
le bon goût désavoue; mais les piédes- blanchies avec soin et ornées de devises
taux des pilastres, en porphyre rouge, peintes en rouge, en bleu ou autres
sont d'un heureux effet. Le consulat couleurs. Xln pont en pierre à cinq ar-
ait uo grand édifice situé près de la ches , jeté sur le Mapocfao par les solof
Digitizùu by C(.)0^1e
du directeur don Ambrosio 0*Higgins ,
1)eut passer pour beau dans ce pays où 'ardiitoeture a produit irt peu d'objets remarquables.
A l'angle oriental de la ville s'élève la colline de Santa-Lucia, que coulODoe une foiteresse dont la construction n'est point encore' achevée. Au delà, et sur la rive caiirhe du Mnpocho, on voit une grande et belle promenade connue sous le nom de Taja- Mar (brise-eau), parce qu'elle cdtoie une construction de briques et de terre ayant deux milles de long; dont la destination est de garantir la ville des inondatfons du Mapocho; La promenade du Taja-ldar est bordée de droite et de gauche par une double rangée de peupliers d'Italie, et présente eu perspective les Andes avec leurs sommets oouvertsde nei^e. Le matin, et le soir surtout, le Taja-Mar sert de lieu de rendez-vous aux diverses classes de la population de cette capitale. Lepeuule se réunit dans les estaminets appelés Mtganas, pour y jouer, boire et fumer, ainsi que fnit, partout, le peuple des prnndes villes. Les élégants font parade de leurs plus beaux chevaux et parcourent avec rapidité Tallée principale, tandis que les dames, assises sur des bancs dans les contre-allées, étaient une ricbe et gracieuse toilette. Là se trouvent des ioueuses de harpe, des danseuses et des bateleurs; enfin, de petites voitures à deux roues stationnent au Tsya-Mar, à la disposition du public.
La ville est divisée en quatre paroisses : San-Pablo, Sant' Anna, San-Isidoro et San-Francisco de Borja. On v compte quinze couvents, dont huit pour hommes ; cinq maisons de jésuites 8*y étaient établies depuis l*amvée du neveu de Loyola (1592). Le couvent de San-Francisco est le plus beau; mais il serait superOu d'en donner la description f tant les cellules , les corridors et Vameublement diffèrent peu de ce qu'on voit, de ce genre, en Europe. Les moines, depuis la révolution, se font remarquer par leur tolérance; ils sont généralement respectés et mènent une vie fort douce.
Le marché principtal stationne dans une grande place située au pied du pont, appelée le BassoraL La Canada
est elle même marché un permanent où l'on trouve des marchands de fruits, de bois, de luzerne, de légumes et autres objets. La plupart s'abritent sous des pièces de toile disposéei en forme de parasol. De nombreux marchands ambulants circulent dans les rues à chaque heure de la journée, conduisant des chevaux ou des mulets chargés de divers articles de consomn»ation. Cependant l'aspect de la ville est froid et silencieux; ce qui tient d*aiN>rd à la disposition des maisons, qui, basses et larges, s'étendent sur un terrain infiniment plus grand que ne l'exigerait le chiffre de la population, et, en second lieu, à rindolence naturelle du peuple qui, vivant sous un heureux climat et sur un sol fertile, éprouve peu de besoins, et trouve aisément à les satisfaire; aussi voit-on fort peu de mendiants.
La population de cette ca|)itale est d'environ quarante-cinq mille âmes.
A la différence des villes d'Lurope, il ne s'y trouve pas de classe intermédiaire autre que celle des commerçants étrangers : les naturels y sont riches ou pauvres, no])lcs ou peuple; mais* les pauvres n'v sont pas indijgents, et nous venons à'en dire la raison. Les riches, qui ont le monopole des emplois publics, possèdent non-seulement des [)roj)riétes urbaines, mais encore de belles haciendas ou métairies, ordinairement situées dans les vallées de Maypo , de Melipilli , de Rancagua , etc. Ces métairies, presque toujours tenu^ avec un soin remarquable, ont cela de particulier, qu'indépendamment des vastes celliers , des cours destinées à la
f>réparation du charque, des aires pour 'égrenagc du blé, et des magasins, le régisseur y tient une boutique où il vend en détail les divers produits die Yhaciencta,
Après Santiago, les villes les plus importantes du Chili sont Vnlpnraiso, Conce[x:ion, Coquimbo, Vaidivia et Castro.
L'aspect de Valpaiaiso , nous l'avo&r
CHILI
dit, ne répond nollement i l'idée
'on pourrait se former d'une vallée paradis. Cette ville est divisée en plusieurs groupes qui se caclient au rond des ravins, pu s*éldvent en am- |>lutbéâtre sur des collines rougeâtres, couvertes à peine d'une végétation rabougrie. Entre les rochers et la mer se déroule un cordon de maisons chétives et d'un aspect peu agréable. La baie est d'une forme demi-circulaire; elle offre dans les mois d'été (de novemhre à mars) un ancrage sûr; mais en hiver elle est fréquemment battue par des oiirn^ans qui arrivent de la partie septentrionale. An fond de cette baie se trouve le Bouquet des amaïuUers ou jébnendral, le plus considérable des fiiubourgs de Valparaiso; la ville, proprement dite, est désipçnée communément par le nom de Puerto ( le port).
Le mont Allègre qui domine la cute de Valparaiso est couronné de maisons de campn^ne, dont plusieurs méritent quelque attention; la vue y est d'ailleurs fort belle, et le regard peut y plonger dans des vallées sombres et fertiles, se reposer sur les cimes sauvages des hautes montagnes, ou planer sur l'immensité de l'océan Pacifique. La distance qui sépare cette ville de Santiago est de trente Ileiies environ; on peut} aller eu voiture, mais les transports de bagages et de marchandises se font à dos de mulets , ou dans de grands chariots traînés par des bœuis. On traverse plusieurs plateaux qui communiquent entre eux par des cotes escarpées, et on s'élève ainsi, de distauce en distance, jusqu'au sommet de la Cuesta de Prado, d'où l'on descend dans la plaine de Santiago.
Valparaiso est une des places marchandes les plus importantes de l'Amérique du Sud; en 1821 , les recettes de la douane s'élevèrent à auatre cent ' soixante mille dollars, tanais que sons la domination espagnole elles n'en |>roduisaient annuolement que vingt-sU mille, terme moyen. Trois forts et une forteresse servent à contenir les ennemis au dedans et au deliors. Les principaux édilices sont : 1 hôpital de Saint- Jean de DleQ| la eatbediiile et les
couvents de Saint-François, de Saint- Augustin, de la i\!erri et de Snint-Dominique. La popuintion de cette ville n'était que de huit a dix mille âmes avant 1896; elle en compte aujourd'hui seize à dix-huit mille.
Concepcion ou la Moeha a été \ow»temps la seconde ville du Chili : sa population dépassait vingt mille âmes; elle est à peine du tiers aujourd'hui.
La richesse, l'industrie, l'activité et la br;ivoure de ses habitants étaient autrefois en grande réputation ; mais saccagée et pillée si souvent par le [)cuple indigène qui domine à quelques lieues de son emplacement, incendiée enOn en 1819, elle n'offre plus que l'image de la désolation. Ses belles églises tombent en ruine, les rues sont couvertes d'herbes sauvaiies, les jardins sont bouleversés, et les édifices publics, jadis si nombreux et si riches , ne présentent plus à l'œil attristé que quelques murs noircis par la flamme (*).
A trois lieues de Con( epeion , se trouve la presqu'île de Talcahuano qui forme Tune des baies les plus belles et les plus sûres du nouveau monde. La bourgade de Talcahuano, appelée indistinctement de ce nom ou de ceux de Talcaguana et Talcaçuano , prendra certainement un jour l'importance que Concepcion n perdue. La haie à laquelle elle donne son nom n'a pas moins de douze milles de lon^ueu r sur neuf de largeur(**). Toutindiqiie que la presqu'île était autrefois une île séparée du continent par un bras de mer de deux milles au plus de large. Sur l'isthme à demi desséché, on voit encore quelques marais où croissent des cypéracées,descarex etdes roseaux (**"*). De l'autre côté se trouve le port Saint- Vincent, mouillage peu silret peu fréquenté, si ce n'œt par quelques vaisseaux étrangers qui viennent y pécher
(*) Des nouvelles plus récentes font espérer que, grâce à la paeUicatioa du pa)s, celte ville ai Intérciiame pourra le reiev«r
et preudrc une nouvelle imporUmoe. (") Vo\oz la pl. io.
Du|*crrey, Voyage autour du momie de la Commit,
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kl phoques dont H s*y trouTe une
innombrable quantité. A neuf milles de Talcaliuano, on trouve les ruines de Tancienne Penco, éparsea sur les limites d'une plaine marécageuse.
Kntre (>)noopcion et Arauoo on tra- ?erse le Kio-Carampangy, non loin du petit village de Colcura j remarquable
Sir son site pittoresque tt la fertilité e son territoire.
La Seréna de Coquimbo ou Cu-
2uimpu, située à un quart de lieue de I baie du même nom, par S9 degrés 65' sud , à 15 lieues de Concppcion et à 58 de Santiago, est la capitale de la juridiction septentrionale. Cette fille est bâtie sur une éminence do trente pieds de haut en?iron , qui affccte la forme d'une terrasse; les rues sont tirées au cordeau ; les maisons , construites en torclm et recouvertes SB paille, sont entourées de jardins.
Le port est formé pnr une belle baie, d'un arrès facile, près de l'île des Tortues. C'est au voisinage des mines les plus Hcbes de tout le pays que la Sérena doit surtout son ini[)ortanGe.
Sti position à l'embonchure d'une rivière facilite les rapports du commerce maritime et attire dans son port un bon nombre de navires étran» sers. S;ï ponulalion est d'environ douze mille aines. Les habitants de Copiapo et ceux de Uuasco ou Guasco s*oecupent principalement de Teiploitation des mines, dont les produits sont transportés à (Coquimbo.
Valdivia n'est plus qu'une très-petits ville, importante seulement par SOS fortifications. Son poit est le plus beau que possède la république, et on peut tJire même qu'il ^ en a peu dans les deux Amériques qui puisseutlui ôtrc comparés. Elle recevait autrefois du trésor rnval de Lima un secours annuel {situa(/0)(\e 70,000 éciis. dont 30,000 en espèces, 30,000 on vcleiueuti» , et 10,000 affectés à rapprovislonnement de la place.
Osorno est la ville la plus méridionale de l'Amérique; sa latitude est de quarante degrés vingt minutes. On se rappelle qu*eUe fut fondée en 1659 par le gouvernew don Hur*
tado de Mendoza et détruite par les Araucans en 1699. Don Ambrosio O'iliggius la releva entièrement, et reçut de la cour d^Espagne , à cette ension, le titre de marquis d'Osomo* Lr) juridiction de Santiago embrassa plusieurs districts qui, dans ce conflit de toutes les prétentions, aspirent au rang des provinces: tels sont ceux de ^Alelipilli et de Rancagua. Melipilli , dont la capitale est San-José de Logrono a de 1 iuiporlance par les riches métairies {hadendas) qu'y possèdent plusieurs habitants de S^iritiago. Le villai^e de San-Francisco del Monte jouit, sous ce rapport, d'une certaine célébrité qui, pendant la saison des cbaleurs , y appelle une partie de la classe aisée de la capitale et dei
villes voisines.
LeRio-Maypo sépare cette province, ou plutôt ce district, de celui de Ran* cauii;!. Sa capitale, Santn-Cruz de Triana, est située sur le Kio -Cacha-
Soal;audelà commence la province e Colchagua. On peut citer comme objets remanpi ililrs dans le district de Rancncrnn un lac d'eau douce et un lac d'eau salée. Le prernier abonde en poissons et surtout en oiseaux aqua* tiques. Ses bords pittoresques et variés rappellent aux voya;:eurs etiropéens quelques-uns des sites les plus renommés de la Suisse. Des mines d ur gisent à peu de dbtance de ce beau pavsa^e.
Le lac d*eau salée fournit un sel trèsreclierché par les commerçants de Valparaiso.
Les provinces de Colchagua et de Maule présentent une assez grands
confusion dans leurs démarcations territoriales; on y trotive plusieurs villes ou villages qui se disputcnl ie titre do capitale. Curico n*est qu*un village qui tire quelque importance de sa position auprès du passage de Planchon. Taica, sur le ilio-Claro, possède uue popu<* lation de douze cents âmes.Cattquene8, situé dans une étroite vallée de la Cordillère, est importnnt j-nr son établissement de bains d eaux minérales. La chaleur de ces eaux s'élève à 100 degrés} on les dit très-efficaccs pour la
gnénson des maladies ihumatisnialeB^
CHXLL
fi
Le contraste des mânes de verdure
qui tapissent les parois de la vallée avec la ueige qui s'amoncelle sur les hauteurs qui la surplombent, attirent aux bains de Canquenes les amateurs lie In belle nature.
Les petites villes de San-Fernando, Chiilaa et Maule, n'ont rien qui mérite une mention spéciale.
Les deux provinces que nous venons de parcourir sont généralement d'une grande fertilité et parfaitement cultifées ; elles tirent leurs principales ressources de Texportation des bestiaux , des bois de construction et des fromages. Dans le Maule, les paysans offrent, plus qu'ailleurs, les traces de leur origine. Leur teint plus noir que celui des Guassos rie Santinj^o, leur front bas et sombre, leur raractère sauvage et pertide, rappellent ces valeureux Promaaques dont nous avons eu à signaler la valeur et le courage à l'époque de la domination des Incas.
Mœurs et coutumes. Les Chiliens, quoique vifs, enjoués et avides de plaisirs , sont généralement insouciants et paresseux; ils nimeiit le jeti et les procès. Ce sont des vices qui datent d'une époque où il était permis de croire que le travail des esclaves suppiéernit à relui des hoiniiies libres; mais ils diminuent sensiblement de jour en jour, et tout porte à croire
fe les nouvelles institutions rendront ce peuple son énergie primitive; alors seulement ils pourront connaître toute la richesse de ce territoire pour lequel leurs pères ont abandonné le sol de la mère patrie. Les bourgades de la campagne offrent un spectaele vraiment déplorable. A cùté de quelques maisons de chétive apparence, oonstniites en boue, on voit des huttes en bambous, qui ne sont pas même propres a Garantir leurs misérables nabitants de Tintempérie des saisons.
Une natte étendue sur le plancher in* térieur sert de lit commun à lafomllia entière. Le moulin dont ces malheureux se servent pour broyer leur blé consiste eti deux pierres dont Tune est creuse, et l'autre unie et deux fois aussi lange que la main. Us jettent
ensuite le blé ainsi préparé dans va four, et le laissent cuire jusqu'à ce qu'il devienne po>bible de le réduire en poudre par la seule pression entre les doif^ts.
Élevés à l'école de la guerre, les Chiliens sont braves, sobres et patients , résignés après la défaite, nuiis cruels après la victoire. Ils sont adroits, robustes et excellents cavaliers. Us aiment avec toute l'ardeur des créoles et toute la jalousie des Espagnols. Les dames sont cénéraleoMot £rt agréables; celles de la Conception passent wur les plus belles du pays. Vives, égères, ardentes et crédules, les Chiiennes ont été en butte aux sarcasmes es plus méchants de la part de quelques voyaceiirs in^îrats qui avaient trouvé sous It ors toits hospitaliers de trop faciles plaisirs. Les hommes ont le teint lé- . gèrement basané; ils sont bien ftitsetde taille moyenne. Depuis leur indépendan»
ce, ils ont fait de rapides progrès dans la voie de la civilisation; ils sont polis entre eux, reapectoeux devant les vieil lards, empressés et hospitaliers pour les étrangers. On est toujours certain d'être bien reçu même chez les plus indigents. Ils mettent un grand empressement à offrir à l'étranger qui les visite un siècle, de la liqueur, du laitage , de la limonade glacée , de grandes ligues noires ou autres fruits; et ce serait les affliger que de ne |M9 prendre au moins une petite quantité des rafrnîehissements qu'ils présentent de si bon cœur. Ils provoquent les demaiMes et y répondent avec une complaisance extrême.
Les combats de taureaux, les danses, les ieux chevaleresques et ceux de hasard absorbent une grande partie de l'existence des Chiliens. Dans les comlt its de tniirenux, il est rare que ces animaux soient tues. Des hommes à cheval les excitent, avec des lances épointéest à sortir de Tenceinte apiielee CorrcUy et les arrêtent ensuite avec le laço. OueUiuefois cependant, lorsque dans une occasion solennelle on veut sacrlGer un taureau , les torrendores s'attachent à le mettre m
fureur et le poursuiTeat, eosaile, am
L'UMVERS.
dfls perches de douce pieds de long^
surmontées d'un instrument appelé lune. C'est une lame d'acier en forme décroissant, aiguisée en dedans et attachée à la perche par le bord opposé , de manière a présenter ses deux pointes en avant. C'est à l'aide de cette arme que les guassos arrêtent l'animai en lai coupant les jarrets avec une cruelle dextérité, et le jettent, sanglant, dans le milieu de l'arène, aux applaudissements de la multitude. Eu ces occasions, les élégantes viennent étaler tout ce gue leurs garde-robes offrent de plus riche; leursloiîes on mninr/as, sont, comme en Italie, de petits salons de réception convertis, quelquclbis, en salles à manger. Dans le carnaval, elles y viennent masquées; les hommes fument le cigare et parient, dans des pièces voisines, à la rouge et noire, tandis que des joueurs de harpe , de guitare et de tambour font nssaut d'énergie et de dextérité, le plus souvent aux dépens des oreilles de l'auditoire.
La harpe, petite et légère, ne se tient pas à la manière européenne. An lieu d'être droite, elle est placée horizontalement, de manière à ce que le haut de l'instrument repose sur les genoux du musicien qui est assis à terre ou sur un petit tabouret. Le tambour est fait d'un seul morceau de bois creux et concave recouvert d*une peau séchée; c'est avec les doigts que les joueurs le frappent en cadence. Les chanteurs ont généralement la voix juste, mais ils entonnent leurs airs sur un ton élevé auquel un étranger a de la peine à s'habituer.
Les danses nationales sont nombreuses : le menuet, lu sapaleruj le guandOy le pericon . et d^autres qui ressemblent au fanaango, ou mieux encore à la tarantelle des ISa|)olitaius. Quelquefois à un mouvement très-lent , triste et monotone, succède tout à coup un air vif et animé, accompagné de coups de tambours et d'un cliorus de voix glapissantes. Les pieds des danseurs touchent la terre avec une extrême rapidité; ils se présentent leurs mouchoirs d'une façon affectuwise, mais à uoe certaine distance , et décri*
Tent des ronds autour d*un mât surmonté de fleurs ou de banderoles {yoy.pl. 21). « Peu de jours avant «de quitter Talcaguana (Talcahua-
« no), dit M. Garnot, nous fÛwm « témoins des orgies qui se passent «dans le carnaval. Qui le croirait!
« en ce jour, les grâces du sexe j)erm dent de leurs charmes. Des objets «enchanteurs, les cheveux épars, la « figure barbouillée d'un mélange de « terre, de farine, de noir de fu- « mée, et mémedeb.... de vache, re9> « semblent à des Furies qui courent « les unes après les antres pour se «jeter à la ligure ce qu'elles trouvent « sous leur main, en criant : CAoto. — « Ces fiiToes durent trois jours; leder^ « nier, on se rend à la cam|)agne, et « sur le gazon , à l'ombre du feuillage , «on sert un modeste repas; point de c nappes, point de serviettes, quelques « couteaux et une ou deux fourchettes.
«Chacun se sert; les mains de la « beauté s'arment de gigots, et ou défi vore à qui mieux mieux. On verse « le vin à rasade , rt les femmes , il est «pénible de le dire, rivalisent avec « les hommes, qui ne quittent le fes- • tin que lorwprils n*ont plus rien à « boire. Le repas GnI, on se jette ré- « cipronuement à la figure les sauces « et la lie de vin \ puis ou recommence « de nouveau le cAolti, et la léte se « ternu'ne enfin en se rendant sur le « bord de l'eau , où les hommes s'em- « parent des demoiselles pour les y
« plonger Les bacchanales n'é-
« taient pas, sans doute, plus crapu- « leuses (*). »
Leur jeu de prédilection est celui de la ciueca. Le nombre des joueurs est Indéterminé, et ils se divisent en deux troupes. Chacun est armé d'un bâton recourbé à son extrémité, qui lui sert à pousser une balle vers unbutdonné, tandis que te parti contraire cherche à Ten empêcher, et à faire passer sur son propre champ l'objet en litige (voy. la lig. 22). On raconte q^u'un évêque de la Conception traversait uo Jour le territoire indien sans en avoir
(*) Journal des vo)s^cS| loc. cit.
CHILI
OS
obtenu la permission. 11 fut surpris, arrêté et condamné à mort. Cependant,
?uei(}ues hommes, parmi ceux qui avaient arrêté, furent toachésde compassion à la vue de ce vieillard vénérable qui protestait de sa bonne foi et de son repentir. Il s'ensuivit une ▼ive contestation qui aurait pu amener une rixe sanglante, lorsqu'une voix proposa de jotier !n vie du prisonnier à \ii ciuecai cette proposition fut acceptécà l'unanimité, et le jeu commença sur-le-champ. La lutte fut longue et animée; enfin, le prélat eut la satisfaction de voir triompher son parti.
II fut mis immédiatement en liberté.
Le jeu de lot porotot n*exige que deux joueurs. Les porotos sont des fèves blanches teintes en noir d'un coté; il s'agit de les faire tomber, selon les conventions des joueurs, sur la partie noire ou sur la partie blanche, en les faisant passer pnr un anneau adapté à un bâton planté en terre. Les deux adversaires sont nus jusqu'à la ceinture, et se ftvppeiit la poitrine avec une telle force que le sang paraît quelquefois prêt à en jaillir (voy.
Les habitants de la campagne, et
c'est surtout dans cette classe qu'il faut chercher 1p^ traits les plus caractéristiques des mœurs nationales , se livrent encore aux plaisirs de la danse et du jeu en de rrrfnines occasions qui, partout ailleurs, sont accompagnées de deuil et de pleurs. Ainsi, quand un enfant meurt avant PAge de se^ ans, ses parents, persuadés que son Ame va droit en paradis, célèbrent cet heureux événement par une féte à laquelle concourent les voisins et les amis. La jeune victime, parée et couverte de fleurs , est pl;icèe sur un petit lit de parade entouré de flambeaux , dans une pièce où se réunissent les conviés, et ceux-ci passent la nuit à jouer, a danser, à rire et à boire en présence du cercueil. Qu'elle doit être grande cette force des préjugés pour étouffer ainsi le cri de la nature dans le cœur d'un père et dans celui d'une mère!
Le peuple chilien a en outre des assemblées nocturnes appelées clUngor
nns , uniquement consacrées niix divertissements. Là , ainsi que dans nos estaminets^ les hommes fument le cigare et passent le temps à jouer et à boire.
Les terhdlas sont des réunions où la bonne société se livre aux plaisirs des jeux européens, de la danse et de la conversation. On y fait circuler le matéf comme le thé chez les A nglais ('). Les Chiliens ont, d'ailleurs, adopté une grande partie des usages anglais. Les personnes riches ont des équipages, des gens à livrée, des habits de luxe, et se parent volontiers des titres de comtes , marquis ou autres.
L'éducation est généralement Ibft négligée, surtout pour les femmes; mais il est d'titinorahles exceptions, et, dans certaines familles riches, les demoisdte apprennent à jouer du piano ou de laharue, etàparlérfiran* ^ais, anglais ou italien.
Les habitants de Santiago se distinguent de ceux des autres villes du Cliili , sans en excepter la Conception et Valparaiso, par un plus grand degré de culture intellectuelle , par une amabilité charmante et des connaissances scientifiques fort remarqua* bles.
Les gj/assos forment la partie la plus inculte de la population chilienne. C6 sont des métis issus de Tunion des anciens colons espngtiols et des Indiens indigènes. Ils vivent dans la campagne, où ils se livrent aux travaux de l'agriculture et à l'éducation des bestiaux.
Industrie. Les Européens ont importé au Chili le cheval, l'âne, le bœuf, M mouton, la chèvre, le chien, lé chat et divers autres animaux domestiques qui tous y ont prodigieusement multiplié. Il n est pas rare d'y voir des troupeaux de dix à douze mille têtes. Les dievaux sont supérieurs à ceux des autres contrées de l'Amérique du Sud, et ne le cèdent point, potir 1 apparence, aux plus beaux auUalous.
(*) Lenatéon herbe du Paraguay. Yoyex ce que nous en disons dansU aoUce mr le Paraguay, p. 4, col. a.
L'UNIVEES.
Avant la révolution , un cheval ordl*
raire ne rorttait que vingt -rinq francs; il vnut aiijourd'iiui de quarante à cin-
Îuante piastres (*). Les mulets et les nés ont acquis ici un développement supérieur à celui de la race primitive. On trouve des .Inès sauvages (onagres) dans les vallées des Andes. Les bœufs, eteftnéralement les bétes à cornes, sont delà plus grande taille, et Molina affirme avoir vu des bœufs qui pesaient 1900 livres; mais la température du ^mat parait exercer son inflaenca avec plus de force sur les bétes à cornes que sur les autres animaux; tous les bœufs des provinces maritimes sont d'une taille inférieure à ceux des provinees méditemnées, et ceux-ci ne peuvent e^tre comparés aux birufs que l'on élève dans les vallées de la Cordillère. Les moutons importés d'Espa-
f^ne ont plutôt gagné que perdu sous e rapport de la finesse de la laine; les Péhuenches, qui bahitent les districts montagneux, ont croisé la race de ces animaux avec celle des chèvres, et il en est résulté un animal plus grand que le mouton, dont le poil a la plus çraade analogie avec celui de la cbevre a*Angora.
L'agriculture, trop lon^emps négligée,a fait au Cliili, depius plusieurs années, de rapides progrès. Les végétaux importés d'Europe ont prospéré tor tous les points de ia républiqtie où on a voulu les cultiver, et constituent la vénta!)!e richesse du pays. Le produit dci terres varie, selon les localités, de 40 à 00 pour un; mais il n'est pas rare de trouver des terrains plus fertiles où il s'élevc, dans les oounes années, jusqu'à 100 et 1 l'O pour un, et où il flotte, en temps ordinaire , entre 03 et 72. Le prix des céréales a é|)rouvé une forte augmentation depuis la révolution, par suite de f accroissement de ia population, de Faugmentation du numéraire, et de la répartition plus générale des rn[)itaïu. Indépendamment du blé , l'orge
(*) Notes d'un ofBrier supérieur frnnçtis sur le Chili, ete.; Joamal des voyages» UJXY,
«t le mats sont cultivés ici avec un
grand succès. T e chanvre et le lin y réussissent très bien , notamment dans les valléci) humides; niais un uyentratientces plantes que pour fournir à la con>or»im;ttion locale. vigne, l'olivier, la canne à sucre, les orangers, les citronniers, les cédrats et la plupart des arbres fruitiers de PEurope donnent les mêmes produits à peu près que sur leurs terr i ins primitifs. Lo vin est généralement sucré , et laisse souvent un peu d*âpreté à la gorge \ celui que l'on tire des vignes cultivées le long du fleuve Itata est le plus estimé, et on en envoie tous les ans une grande quantité au Pérou. Depuis ies frontières de ce dernier pays jusqu'au Rio-.Maule, les sarments attachés a des échalas y sont coupés à une hauteur de trois a quatre pieds; uu delà, les ceps sont couchés sur la pente des collines. On fait dans de certains dntricts un vin mus'^t très-estimé. L'alcool qu'on retire des vins du Chili est très-fort; il s'en exporte une bonne quantité. L'olivier est surtout cultivé avec succès aux environs de la canitaie; les pommiers, les poiriers, les amandiers, les noyers, les pêchers, les noisetiers et d autres arbres fruitiers croissent sans soins et sans culture, et forment, sur plusieurs points du territoire, des forêts de dix a douze Ucues d'étendue. Les légumes, telt que les petits pois, haricots, les pommes de terre, les choux , les betteraves et autres, y ont également bien prospéré. Le tabac était autrefois im* porté du Pérou; mais, depuis peu d'années, une société de capitalistes a fait l'acuuisition d'un terrain considérable qifeWt a destiné è la culture do cettç plante.
Nous avons parlé plus haut des mines et de leurs riches produits; il nous reste à ajouter qu'il résulte d'un message adressé au congrès par le président (lu Chili le 5 juin 1834, que les travaux des mines continuaient avec le plus grand su^^'cc-s ; que les laboratoires étaient insuffisants pour contenir les pn dnils métalliques de I4 province de Coquiiubo» et que V&k"
CHILI
traction de rar^ent en barres qui, avant la révolution , n'était annuellement que de 20 à 22,000 marcs, s'était élevée à 160,000 nicflrcs , dont plus de 10,000 avaient été contrôlés.
Les priDcipaux articles du commerce 4*exportation sont : les métaux, le ^lé, le vin, les laines, le suif, la graisse, les bois de construction, les cordages, les fruits, les légumes, la Tiande sèche, et autres ; ceux d*importttkm sont : les étoffes d'Europe , les articles de mode, la quinr^iillerie, le sucre, le riz, le coton, etc. L'importation (les livresest exempte de tout droit.
Les ports du Chili sont ouverts au navires de toutes tes nations neutres et a.MiiPs; ceux de Valparaiso, de Talcahuauo et de Coquinilio sont réservés à rentrée des marchaadises étrangères de toute espèce. Le tarif des d^its de douane est basé sur un système d'imposition ad valorem calculé, terme moyen , à vingt-cinq pour cent. Les droits sur les exportations varient de cing à sept pour cent; Tar-
fent monnayé pnye neuf pour cent, /exportation de l'or ou de Targeot en lingots est prohibée.
Quelques manufactures se sont récemment établies au Chili, telles mie des papeteries , des fabriques d'ctofies de flanelle et de gros draps. Il y a à Santiago une manufacture de sacs de toile, et environ quarante tanneries où Ton emploie l'écorce du laurus ingntj pour taimer les peaux de bœufs, celte du peumo {laurus peumo) pour les peaux de vaches et de moutons, et la racine du panhc ( giismera scabra) pour apprêter les peaux de chèvres.
De nombreuses imprimeries ont succédé à celle qui, la première, fbtin* troduite au Chili en 1811. VAurora de Chili parut à Valparaiso en 1812.
En 1826, on comptait sept Journaux dama la même ville, et ving^ix dans les autres villes réunies.
Il n'existe au Chili que trois routes praticables pour les voitures; la première est celle qui, de Santiago, mène à Valparaiso , sur une longueur de cent mâles environ, à travées trois ou quatre
chaînes de montagnes considérables.
La seconde , également ouverte entre ces deux villes , passe à Mélipilla ; elle est plus longue de trente à quarante milles, mais"" plus douce et mieux entretenue que la première. La troisième, entin, conduit de Santiago à la Con* ception; la distance est de quatre cent cinquante milles.
Dn courrier part tous les jours de Santiago pour Valparaiso, et lait le trajet en dix-huit heures. Il en part un, chaque semaine, pour Mendoza ; la distance est de trois cent dix milles,
aui ne peuvent se faire qu'en six jours, faut douze jours pour aller de la capitale du ChUi à Buénos-Ayres (*).
(*) Les armes du Chili représenlent one
colonne sunnonfée d'une ôloilc , et au revers lin volcan rnllanuué. l.e pavillon t'st tricolore et dbpoac de la uiauiere suivante: il se divise en deux parallélogrdniint .s égtliS places horizoïiiali'iiRiil. Celui du bas est rouge i le supérieur est divisé lui-mèoie eA deiix carrés, l*un,qiii touchera mit, porte une étoile blanche sur un fond bleu , Tauire est cntièrempnt hianc. Le pavillon de ViUparaiso présente les mêmes couleurs autreflient dispnéei. Le parallélogramom inférieur est manr, celui de dessus est rouge, et porte dans l'angle supérieur placé près du mât un petit carré bleu marqué d'une étoile Uradie. Le pavillon de beaupré est entièrement bleu et porte éfitement rétoile bb»cbe au centre.
Les armes de Baéoot-Ayres oousisleBt m un écusson , divisé transversalement en deux bandes, azur et argent , et entouré d'une couronne de laurier. Lu soleil naissant et une pique surmontée du bonnetde la liberté figurent au milieu de rc( usson. Le pavillon de euerre forme trois bondes transversales. Onle du nilfeii est blanche et porte, ati centre, un soleil d'or; les deux autres sont bleues. Le pavillon marchand forme également trois bandes, dont celle du milieu est blanche et les autres fakoei; niait elht mmiI plar( (S verticalcnmit, et OU trouve p« le soleil d'or.
Les armes du Paraguay représentent une palme et une branche de maté entrelacées «•ns»>mblc et stirmontces d'une étoile. Le
{>avillon offre une étoile blaudie sur un bnd veri clair; roab hi çocude et le drapeau des soldats sont tiiooloret, Mvoir: rouget bleu et blaoe.
Costumes. Le costume le plus remarquable au Chili est celui des habitnnts dp la Conception. Les liommes ajoutent à l'habit euro|K'en un ele^jant poncho ou un riche manteau. Les iaxkmes portent on corsage très-omé ; leur iupon plissé, de flanelle aux vives couleurs, de velours noir ou de brocart, est supporté par un large panier. Les femmes de ht campagne elles-mêmes ont adopté Tusage du panier. Les dames' couvrent leur tête d'une pièce de flanelle, ou quelquefois d'un clinpeau assez semblable à celui des hommes ; mats le plus souvent , elles vont nut^te, pour étaler les longues tresses de leurs cheveux. Des rosaires, des bagues, des bijoux de toutes les formes complètent ce riclie babillement (voy.
pl. 23.)
Dans les antres parties de la république, le costume des hommes appartenant à ta dasse aisée est généralement anglais ou français, à l'exception du poncho. Celui «les dames tient à la fois d(> reuro()éen et du pcruvieu; elles portent de petits ponchos d*an travail exquis , des chapeaux noirs ornés de plumes , des paniers de petite dimension, et des robes de roulrurs variées, ornées de franges , de rubans et de paillettes.
Le costume des çuassos difl^&repeii de celui des Arntirnns; il sVii rapproche surtout par l'usage du poncho national. Ils ont des guêtres de serge, et des éperons d*une^andeur souvent démesurée; on en voit même qui porter)t réperoa sans chaussure (voyez
pi, 24.)
PopulaHim. La population chilienne se compose de créoles , d'Européens , d'Indiens, de nègres, de mulâtres et de métis uu guassos. On a cru longtemps qu'une tirîbo, appelée CésaréSf qui tirait son origine des équipages de Wirmadiiy envoyée à Tépoque de la conquête de rAmérique,
par révê(jue de Placentiaj pour découvrir les Moluques , et qui nt naufrage dans le détroit de Magellan, résidait dans une ville de l'intérieur du Chili. Selon quelques auteurs, cette tribu devait son origine au commeKt det Araucans avec les femmes blanches qu'ils avaient enlevées à Osorno en 16y9. Don Luis Cabréra, gouverneur du Tucuman, fit, en 1C38, de vaines recherches pour découvrir les Césarés ; le jésuite Mascardi ne fut pas plus heureux. Le père .Téronimo Montemayor crut les avoir trouves ; « Les Césarés, dit Alcédo, sur le compte desquels OD a publié tant de fables , sont à peÎDe connus. On sait seulement qu'ils ont le teint d'une couleur agréable et le caractère trMoux. lis ont quelque connaissance du christianisme, mènent une vie nomade, et plusieurs voyageurs afiirment avoir entendu le son des cloches dans le pays qu'ils habitent. »^ Le recensement' de i79l ne portait la population du Chili qu'à 7.')0,f)00 5mes ( non compris les indif^encs indépendants). Selon RI. d'irisarri , secrétaire d*État au Chili, elle était, il y a peu d'années, de 1,200,000; et d'après AI. Egana, ministre de l'intérieur en 1813, de 1,^3,000, répartis ainsi : depuis la frontière septentrionale jusqu au fleuve fiio-Bio, 1 ,380,000; dans l'Araucanie, 18,000; pour le département de Valdivia , 15,000; et l'archipel de Chiloé, 90,000. Enlin, M. Baibi Testime à i ,400,000. On pense que le nombre des nègres 8*éleve à
Quand on oppose la faiblesse de cetta population à Tétendue et à la richesse du pays où elle vit, on s'étonne et on s'atfligc profondément de la voir perpétuer ses dissensions intestines avec un acharnement que rien ne peut las* ser, au lieu de jouir paisiblement des biens que In Providence a répandus sur cette terre avec tant degénerosité«
FIN
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HISTOIRE ET DESCillPTION