L'UN
La population de In provinoe en»
tière est âv iG0,00Oames.
V I\iifrr-!Uos^ province ninsî nommée parce qu elle est pressée entre doux fleuves, le Panina et l'Uruguay, e^tla première an nord du Rio de la Plata.
populntinn est de 30, non ames. On n'y trouve qu'une seule ville, relie de Ji'ajrada ; encore est-elle peu importante. Klle est sillonnée par une. multitude de jirlilMs rivières, riui ddnnr^nt à son territoire une IVrtiliie r<iii.ir-
Î[uable. L'agriculture et les pdtu raines orment la richesse de cette pro> ince, d;ins laquelle luie rn!nj>nL'r!ie aniilaise cutretient une colonie d'atiriculleurs- Le Corrientes est égaletuent situé entre le Parana et riJruguav, audessus d'Kntre-Rios. ville de Corrientes, son dief-lieti, peuplée de 3000 habitants , est placée à peu de distance du confluent du Parana et du Rio>Para|piay , à Poccidcnt de la fameuse lagune cr)hera^ cette vaste nappe dVau à laquelle les géographes, qui copient Azara, ne donnent pas moms de 50 lieues d'étendue, l ii voyaiieur éclaire, et digne df tni .
INI.' Parcliappe, réduit ce chillro a lô lieues, et , sur le terrain que les cartograi>hes indiquent comme inondé par celte Iniruric, il a vu de fertiles coteaux , de i:raii(le.s forêts de pahniers, des champs cultivés et des peuplades Indiennes. Le Corrientes comprenait le fern'/où'p d/'s Missio7is ^ dont toutes les villes et tous les villages, sans en excepter le chel-lieu, C a/z^/^^/rt/ia, ont été détruits depuis long-temps. On évalue à 50,000 le nombre des habitants de ceXtr province, l-es naturels cultivent le tabac, le coton, la cochenille, le café et la canne à sucre. Ils fournissent encore au comiiierce de lînéitos- Vyres, du miel, des cuirs, des pelleteries et des b<>is de construction. Les tanneries de Corrientes jouissent de quelque réputation.
Sanfa-Fc^ sur la rive droite du Parana , en tare d'I .iitre-llios , à rnviron 100 lieui s au nord de la province de Buénos-Ayrcs , ne possède (ju'une population de 15,000 ames, dont GOOO appartiennent au chef-lieu du même
nom. Les habitants sont peu industrieux, et se consacrent exclusivement à réducatioQ des ixeuts et des
taureaux.
Cùrdovoy dief-Iien de la province
de ce nom, a une population de 12 à 15,000 mille ninep. Klle est le siéire d'un évèché, et possède une universiitet une bibliothèque publique, fort décliues Tune et I autre de leur ancien lustre. Sou entrepôt cooimercial et ses njanul'actures de draj>s et de tissus en laine et en coton lui conservent quelque importance. On y remarque plusieurs éy.l!v«'s assez, belles. Cordova a joué un grniul rnle dans les guerres civiles dont nous aurons à parler.
Cette province, située au nordouest de lîuénos- Ayres, sur la route du Pérou, est pc iij lée d'au moins 80,000 habitants, généralement agriculteurs et pasteurs. Son commerce et son industrie ne dilTèrent pas de ce qno nous avons dit, à cet éiiard, dc^ provinces voisines, ( oncepfion et Carkfia sont deux villes de son territoire. On com|)te ici (plusieurs petits bonriis de blancs et d liul ens: mats la plus grande partie rie la population tsi répartie dans les établissemci.ts de pâturages ap|)elés estandas.
Kn part, m! deCojd.îva. si Ton suit la li;^i;e liu ll;iut-l'er-ii , !;i première
Sro\itice que l'on rencontre est celle eSemi-^ago det Estera^ peuplée de 50,000 ames environ. On y trouve des bois précieux , des plnnlations de blé, qui rendent 80 ix>ur 1 , des ruches à miel, des dépôts de salpêtre, des fobriques de vêtements en^laine, tek que ponchofi et fjergns ^ et, enfin, quelques troupeaux de bœufs, de chevaux et de moutons. Cette province touche au grand Cbaco et au pnys des .ihipniirs , ce qui l'expose à de Irefpjentcs irictirsions de la narî des indii;enes. On parle, dans la campagne , la langue quickua , et on y rencontre des cures avec des chaiief- Ics, exclusivrnient destinee> à l'iUfi^ trui'lion religieuse des Indiens.
Le Tucuman est Tune des provinces les plus co. ! f -râbles et les plus intéressantes de la confédération.
BUÉNOS-ATOCS, MkG^ÈYy tJRUGUAT.
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^Uc est située au nord de la précédiente; sa population s'élève à 40^00
an>es, dont le qmrt ajppartîeiit à la capitale. On y cultive le riz, le blé, îe lîuiïs, le tabac, les melons, les oranges , remarquables par leur aben* dc>!i('L* et leur irrc^st'ur, 1rs cawofrs^ ou pouimes di' terre aloimres , dont quelques-uiics pèsent souveut de G à 7 Uvres. On y &brique d*eiiceUents fromaiies , appelés rc^î, des étoffes de laine et de coton. Les pédieries des fieuvcs et lacunes de Tucuimoii soiit très-renommées (voy. pL lo). Le yersant oriental d'une cnalne de mont;'L;ncs qui traversa la provin'*c, est couycjI; de belles f'>rcts , où abondcRt les bois utiles , et entre autres le grenadiiiei*. Tucuman a été érigé en évéché.
Sffifa et Jujuy sont les den bières provinces situées sur la route de Jiut> iioS"A)Tes au Pérou. Placées ainsi en première ligne dans la guerre de l intJependajicc', elles ont eu à souflrir beaucoup des invasions des Espa^^nals.
Couvertes de belles forêts et d*excel* lents pâturages, on y élève de nombreux troupeaux de niul<?ts , de chevaux, de luouiuns et de vigo2;nes. On y cultive le coton, le blé, Torge, Te maïs, la j^onnc à sucre, rindi^o et divers légumes. Le miel , la eii e et l'enu-devie exercent rijidtisti ic des iiabilants. ]Le balLa possède des uiiiics d'oi*, d^argent , de cuivre, de fer, de soufre et d'alun. Adossées Time et l'autre à la cordillère des Andi s , ces provinces se font encore remarquer par leurs vallées fraSebes et agréables, leurs non.ljreiix courants d'eau et la richesse de leur végétation. Auprès de la petite ville de Jujuy se trouve un volcan d'air, semblable à «eus de Turbaco, dans la Colombie.
Les provinees f!e Cntamarca , de Jîioja , de San-.luan et de San-Laiz sont peu iïuporUuïtes ; toutefois, nous B^omettrons pas de signaler la ville de San-Juan, que sa population f 10,000 ames ) rend une des p!us4:onâidérabies de la confédération.
La province de Mentkaa^ dont il nous teste à parler, est intéressante
2* Ucraison* (BiréifOs*AYBBS, Pabàouay, T/huguat.)
surtout par le passage des deux rontci
( UspaUacia et Portilio ) qui unissent le Ptrou et !e (ihiii à la confédération du Rio de la Piala. Leur confection date de 17C4. La distance de liuéiM>5- Ayres à Lin>a est de d4C lieues ; elle est de 370 de la premier'^ de ces deux villes à .Sant-Iago de Chili. Des r Mais de poste sont établis sur l'une et l'autre «tiredion (*). Jusqu'à Mendoza, en venant du CbUi^ on voyage dans les Andes. Des rampes , trneees d uis les rocs escariKîs , conduisent au î>oum)&t de la cordillère^ en un lieu mt\é el âUo de Cunibrey dont la liauleur audessus du niv?au de la mer est de 2,000 toises. A cinq lieues de Willo de Cuuibre, en dcscemUMit le \allnn du Rio delà Cuêva, les raidetiers font arrêter le.'i voyageurs vu pont de l'inca, formé par la nature au moyen d.- fontaines ulcrusUmtes ( voy. pj. 12 j. De distanoe en distance, on voit des mai* sons en briques solidement bâties, destinées à servir de refiurc aux voya-
Seurs surpris pur les tempêtes. Ob escend «nstiite dans les plames é$ Mendoza par les déClés de Paraun'Ito et de Villa-Vieenzio (**). De Menda/a à Buenos- Ayres, on traverse les pam^ peu, où les' routes sont à peine indiquées par les maisons de poste, qudqucs rares bourtiade^ , et les ornières tracées par les voitures. San-Luiz et Luxan sont les seules villes qu'on y raneontre.
iviendoza est une TÎHe assez imper»
tante, où l'on remarque une piace puisque décorée de trois églises et d'une fontaine (voy. pl. IG). Les mai* sons y sont bâties en briques cuites au soleil, api)elées adobes. M. lunnoio INunez évalue à 20,000 anics la population de cette capitale, tandis que
(*) La pl. n" f) représente un de ces relais. On y voit les pculillons cpu font rentrer les chevaux dnus le eorral, enceiute formée de pieux licliés en terre. C'est là qu'ils les lacent l'un aprrs l'autre pour les remettre aux postillons, qui les équipent à mesure et les attaèhent.
To5ec le Tojrace amonr du de /a Tbèûâ^ Paris, x8a8.
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M. Baibi ne l'estime qu'à 7,000. Des données récentes nous portent à croire que ce dernier chiffre , peut-être un peu faible , se rapproche davantage de la vérité.
ancienne provincedeMontévidéo, après avoir fait partie de la vire-royauté sous le titre de banda-orientale , fut envahi par les Portugais, et annexé à l*empuredu Brésil sous le nom de /Vovlnce-Cisplatine. Objet de la dernière guerre entre Buénos-Ayrcs et le Brésil , ce pays a été constitué en république. Il conflne , au nord et à Test, avrc l'empire brésilien ; le fleuve Urugij.i y le sépare , h Touest , des provinces d'Entre-Rios et de Corrientes,
Si font iNirtie de la confédération énos-avrienne ; au sud , il est bai-
gé par l'océan Atlantique et le Rio la Plâta. Cinquante mille habitants seulement composent la population de cette république, dont la profondeur est d'environ 140 lieues communes sur 80 de largeur. Autrefois cette population s'élevait à 70,000 ames; et la seule ville de Montévidéo , qui n'n plus que 10,000 liabitants , en avait alors plus de 20,000; mais la guerre de l'indépendance, qui semblait avoir choisi cc^ province pour son théfltre de prédilection, et surtout la déplo* rabte administration du dictateur Artigas, ont amené ce fâcheux résultat de dépopulatfon. La république est divisée en neuf départements, dont les chefs-lieux, pour la plupart, ne sont que de chétives bourgades. Les campajgnes sont de vastes solitudes où dominaient, avant leur extermination « les Indiens Charmas. L*homme n'a rien fait jusqu'ici pour cette contrée, où la nature a déployé un grand luxe de fertilité et de beautés pittoresques. Le climat est tempéré; Tair y est doux et salutaire. Le pays entier est traversé par une chaîne de collines boisées, d où s'échappent une multitude de ruisseaux et de rivières. Les vallons , dont la fraîcheur est incessamment entretenue par des eaux pures et limpides , les verts coteaux et les gras pâturages nooirtesenl une prodigieuse
quantité de bœuijs et de chevaui saa* vaf^.
La préparation des cuirs , la salaison des viandes , les fontes de suif, les peaux de daim et de cliinchilla constituent rindostrie e| la ricfaesse de cette province. Depuis les derniers événements , le commerce v est déchu de son ancienne prospérité.
Montévidéo. cnef-lieu et principale Tille de la republique, est bâti en amphithéâtre sur la rive gauche du Rio de la Plata. Son port, exposé à la violence du vent d ouest iiounné pàmoéro , n*en est pas nioins le plus sûr Je la Plata. Les maisons, pour la plupart, n'ont qu'un seul étage; elles sont bâties en briques et surmontées d'une terrasse dans le goût italieOf Les rues n'y sont point pavées.
Colonia et Malaonado (voy. pl. II) ont également chacune un port sur la Plata ; ce sont des villes peu importantes. La première possédait an fort et des remparts ; mais, aux termes de la dernière convention entre le Brésil et Buéuos-Ayres, ces fortiGcations, ainsi que celles de Montévidéo, doivent être aémantelees. Florida e^t une petite ville de l'intérieur, oui a été, pendant un temps , le siéee au gouvernement.
Les autres villes ou villages, capi* taies des province de leurs noms , sont des lieux de nulle importance et qui méritent à peme d'être mentionnés : Canelones, San-José, Soriano , Paisandu , Duragno et Cerro-Largo.
Tel est l'aspect des provinces du Rio de la Plata depuis la conquête. ?«'ous allons en douuer l'histoire politique. ,
nSTOIRB. «^.v^. "
Dès le commencement du XVr siècle, les Portugais avaient déjà formée dans le Brésil , des établissements assez importants pour exciter la jalousie des Espagnols. La destinée de ces deux nations était de se trouver en rivalité de voisinage dans les deux mondes :
aussi l'Espagne n'épnrgna-t-elle rien pour jeter en Amérique les bases d'uu pouvoir capable de contre-balancer celui da Portugal. Elle chercha surtout.
BLÉINOS-AYRES, PARAGUAY, URUGUAY
par des incursions faites au nord et au sud du Brésil , a cerner de toutes parts cet empire naissant ; et cefut à ce projet de sa politique, autant qu'à la persuasion ou Ton était alors en Europe que l'Amérique n'était qu'une extension du continent indien, que l'on doit la découverte du Paraguay.
L'Espagnol Juan Diaz de Solis aperçut, en 1. >!.'>, sous le 35* de^ré de fatitude australe, un lleuve dont Timniense embouchure ressemblait à une mer. Il imposa son propre nom à ce grand courant deau; niais il n'eut pns lonfî-temps h jouir de cet honneur, dont les suints et la \ ierge avaient été frustrés malgré l'usage de cette époque. Les Indiens Charmas attirèrent Solis dans une embuscade et le massacrèrent avec les cens de sa suite. Le fleuve Solis fut, Dîentdt après, le rendez-vous de deux chefs d'expédition , Sébastien Cabot et Dié^o Garzi.i. T<e pr<»mier était un navigateur vénitien d'une grande réputation, que le gouvernement espagnol avait chargé de se rendre dans les Indes orientales en doublant le continent nouvellement découvert, tandis qu'il donnait à Garzia Tordre de continuer les explorations de l'infortuné Solis. Cabot, au mépris de ses instructions , s'arrête en Amérique, entre dans le ^rand lleuve, commerce avec une peuplade d'Indiens Guaranis, et re<^oit d'elle quelques lames d'or et d'argent, qu'il s'empresse d'envoyer en Espagne pour y faire pardonner sa désobéissance. On crut dés lors, à la cour de Charles-Quint , avoir trouvé un nouveau Pactole ; et le So- Um fut, depuis ce moment, appelé Rivière d'Argent, Rio de la Plata.
Cabot entra dans le Parana , éleva sur ses bords le fort Saint-Esprit , construisit un hrigantin , et remontant hardiment jusqu'au vingt-septième uaraUèiei fut le premier qui découvrit le Kio-Paragway. 11 entra dans ce fleuve le 28 mars 1528.
Garzia, arrivé quelque temps après, ftit choqué de se voir devancé par Cabot , qu'il croyait sur la route dea Indes orientales. Cependant , la néces- «ité de se soutenir mutueUemeut con-
tre rennemi commun rapprocha d'ahoni ces deux navigateurs; mais la jalousie ne tarda pas a rompre leur union mensongère. Garzia n'était pas en état de lutter avec son rival ; il quitta donc la partie , et revint en Espagne. Cabot lui-même , désabusé de ses premières illusions, et désespérant de trouver chez les Indiens les trésors dont il avait ré\ é la possession , descendit le Pnruia et lit voile pour l'Europe, laissant le conunandcment du fort Saint- Esprit à Nuno de Lanit officier d'im grand mérite (1530.)
IVunode I.ara n'avait :jvee lui r^u'une garnison de 120 hommes , insut lisante pour se maintenir au milieu des na* tions barbares dont elle était environnée. Il chercha donc a s'attacher, par la douceur et les bons procédés, les peuples qu'il ne pouvait espérer de contenir par In force des armes ; et d'abord cette [tolitiqnp parut lui réussir. Parmi ses nouveaux amis, ^uno de Lara comptait un cacique des Tînt* Imêêf nomme Mangera. Ce chef venait souvent au fort pour y apporter des vivres et des peaux, qu'il échangeait contre les précieuses bagatelles de Tart européen; mais l'intérêt commercial n'était que le [trétextede ses fréquentes visites. M angora n'avait pu voir impunément une jeune dame espagnole , Lude Miranda, qui eut à ui fols la destinée d'Hélène et la vertu de Lucrèce. Fidèle à l'honneur et à son époux , Lucie résista à tous les moyens de séduction que l'amour suggéra aa cacique. Surpris d'une résistance à laquelle il n'avait pointeté habitué dans sa vicsauvageet indépendante, le fougueux amant résolut d'employer la force pour obtenir ce qu'on reimait à ses prières^ Sur ces entrefaites , le gouverneur envoya le capitaine Mosquéra, à la tdte d'un détacoement, pour effectuer une négociation commerciale avec une trita indienneassez éloignée. Parmi les hommes qui comiK)saient cette expédition, se trouvait Sébastien H urtado, époux de Lucie de Miranda. Cette ciroonstanoe ayant semblé au cacique de nature à fa« voriserson abominable dessein, il s'approcba du fort à la chute du jour ,
disant qu'il Apportait dps munitions -de hmudie. Comme il était connu depuis Joog-teiups, les gardes ie laissèrent lîbremMt passer «vec les homoMS de sa suite. Le gouverneur i'ttOueiUU obli|;eamnipnt , et lit préparer, en son honnetir , un banquet oa il admit les pi int ipaoxoâlciende la garnisoo. Au sortir du repas, voyant les Espagnols troublés pnr les vap'eurs du vin, Manora, suivi des siens, courut aux portes e la fortcrfôse , s'en empara de vive lbrce<» et lit entrer une troupe d*In* dions qui s'était tt^nue cachée aux environs, Lrs Espatïn(>ls, pris au dépourvu, opposèrent aux assaillants une résistance aésespérée, à laquelle œuxri ne s'attendaient pns. Li' traître Manfiora fut tué dans 1 1 !n -léc. A la fin, accablée par le nombi e, la garnison fut massacrée jusqu'au dernier nomme.
Les vainqueurs achevèrent de détruire l'etrihlissenient à l'aide du feu , et se ret il Oient alors, enunenaut avec eux <iuc!ques enfants et cinq femme^i, parmi lesquelles se trouvait Lucie .Miranda»
A peinr^ 1 , l ii: hues etaient-ils rentres dans leurs soîitudes, aue la troupe du capitaine Mosquéra , de retour de son e\;)édition , arrivait sur les Ueax où s'( t.iit passée cette scène de carjiafzc, et n'y retrouvait plus que des i'uii\es fumantes et des lambeaux do chair humaine. Mosquéra n'oublia pas, dans sa douleur, le salut des ijomnirs qa'il commandait; il fit conslruir.^ une iNurque, sur laquelle il descendit le Parana jusqu'à (a liauteor du 93* degré, m \\ éleva un fort. Quelque temps après, ayani surpris un navire français qui était venu mouiller auprès de ce nouvel établissement , il se servit . des canons provenant de cette prise . pour attaquer les colons portuuais , «es voisijts, avec lesquels il avait eu des démêlés. Devemi maître de plusieurs navires à la suite de cette agression , il transporta ses qfua dans Tile Sainte-Catheruie.
Un homme seul avait refusé de suivre Mosquéra (kms son (migration, c'était Sebastien Uurtiido , i'rprux de . la vertueuse Lucie. Pensant que s:i . ù'iiiiiie \ivait encore^ il se Ita^jirda^
seul et sans cuide, dans 1rs ferrps inconnues- où il sounçnnuait que les sauvages avaient pu la conduire. L'énergie de sa volocrté im it sunaonter tous les périls sans nombre qui s'offraient n lui à chaque pas qu'il faisait dans le désert , et il eut la c^>nsolation de revoir sa fidèle compagne.
Cette femme, dian? d'un meilleur sort, avait eu le nsalheur d'iM^;pirf»r à Siripo, frère et successeur du traître Mangora , une passion non moins visîente que celle qui avait poussé ce dernier au crime. Siripo lit eiîtendrr ;i!iv d*Mjx époux qu'il consentait à leur donner La liberté, mais il y «ùt un prix iiifiime, €pie l'honneur de SéixiRHen la vertu de Liscie rrpoiissr^rcut av«^^ indicnati'î.i. deux infortujjes, livrés à mi sunpitce affreux, expirèrent:
après d'horribles souffrances, pendant que leurs bourreaux pouss^jj^nt des hurlements de joie et dansaient autour de leurs cadavres.
Charles - Quint ne s'était |>as attendu au retour de Garxia, ni à celui de Sébastien Cabot après une cnmpagae aussi infructueuse; cet événement , toutefois , ne détruisit jias «es illusions sur les ressources que l'on pouvait ii r'rdu Nouveau- Monde. Don 1\ Ji (t If .Mcntioza, riche senlilhouunc de Ciuiix , et j^rand-échansou de l'empereur, s'flliûrit spontanément pour tenter de nouveau cette entreprise, dans iaqueilc ses (iev;incicr.«? avaient échoué. L'empereur s'"empressa d'accepter ses cdffres, et le nomma adékmtado^ «u gouvemcur-pénéral , de la contrée baignée par le Rio de la Plata jti'^f^u'au deiioit de Maj^eilan , sur une protandeur indéteronnée vers Pouest. Les condittoBS qui ^nent stipulées en cette occasion par le monarque e\ i'.'d-Man-.
tado sont imjiortantes a rappeler, car on y volt une i»reuve certaine des idées qu'on se faisait alors en Europe sur les richesses de l'Amérique. Le ^uvcrueur- Général devait toucher une pension annuelle de 2,000 ducats, plus une somme é^ale sur les prolits de la co'onisntion. l es neuf dixièmes d;\raiM^'ons pavées par les c^jciques et la moiliu ù'js U'éfiors provenaiit du.{'iiage
d6# MKifÇBdni Indisméi lui étoioil
abjindonnes; le reste appartenait à Ter npereur. lodépendamnient de sa charge d'adééantado , ii lui en fut accordé deux autres à titre bétéâHsHte dans sa Àh BnHe, savoir : osiles de errant alcttde et â^ùfauazil matfor de la colonie où il réstueniit. De son cùté, Pedro Mendota s*€ugngeait 1** à transporter dans la ooloaie , en deux voyages et dans Tespnce de deux années, 1,000 lionimes et iOO chevaux; T ù frayer une route par terre jusqu'à la mer ciu Sud ; 9^ à construire, à ses frais , trots for^ teresses et plusieurs établi^scniî^tî^s ; 4** a Piniiicner huit nli'jieiix ponr la conversion des iiidiiiis, un lueciecin, BB chirurpen et un apothicaire.
L'expédition p.u-tit d' Europe au mois d'avril tô35, tut dispersée par une tempête, ne parvint ù se rallier qu'anrès de grandies pertes , et aborda an Rio de la Plata sous les plus fâcheux auspices. I\Icndoza renooiitrn phisieurs iiidt{i(ènes, qu'il traita en ennemis. La mauvaise fddansles traités, lacmanté envers les Indiens que le sert des ar* mes faisait tomber en leurs mains , c^, par-dessus tout, la passion de Tor
S! leur faisait vtmr partout de.préidns ln'sors qu'on dérobait à leurs regards, tels furent les sentiments qui présidèrent aux premières reiatiuns des Espagnols avec les naturels de l'Amérique. Arrivé au 34*' de^ré 36' de latitude australe, Mendoza jeta, sur la rive droite du Rio de la Plata , les fondements d'une ville qu'il nomma , à oaose de la salubrité de son cUotiat Notre- Dame-de-Bon-. tir ' \uesfrn s>no7'a de Buenos- 4yres), dont le nom fiit remplacé bientôt par celui de Tri" nitMe^BoH^Aêr, et enfin nar eehii da MMémoÊ^Ayreê qui a prévalu.
Les vivres commencèrent bientôt à manquer ; les Indiens Qwramd&ez^ les plus voisins de la colonie , n'en liiiiv* Hissaient qu'une petite quantité qn'ilt se faisaient payr-r rhèrenient au moyen des échanges, l ne e.\{)edilion dirigée contre eux par Diégo de Mendoza , frère de raoélantado, eut les suites les plus funestes : Dié^o et deux cent f"rnmff^ iwaimes de sa suite Itiraii
massacrés; quaitre^viagls «eulenaent
parvinrent ù se sauver, laissant leuiis
chevaux et leurs bagages au pouvoir des naturels. Mendoza , dans cette triste eonjoncture, expédia quatre lirl* csoitins avec ordre de remonter M
fleuve pour acheter des pro\isions; mais comme les Indiens se reliraient partout à leur approche, ils ne purent même pas se procurer assea de vivres pour t'entretîrn <les é([uipa|ges> doot la moitié mourut de î'aim.
\ ers la même époque les Çutranâles et l( s TIminœs attaquèrent la nouvelle ville et y mirent le feu. Après ce désastre, Mendoza remonta le Parana pour aller lui-même à la recherche des provisions dont saeolonie avait le besom le plus urgent; déjà deux cents individus des deux sexes avaient succombé. A vingt lieues au nord , ii trouva one tie habitée par des TTmbuesy qui raccueillirent favorablement.
L'adélantado construisit en ce lieu le fort de Bonne-Espératice; puis il envoya Juan de Ayolm ei Domin|^ do Iiala, avec trois barques, pour continuer l'exploration vers la partie sep* tentrionale de cette contrée.
Au oommenoeroenè de Tannée 1587, ]\lendoza, privé de toutes nouvelles, soit d'Europe, soit de l'expétlition d'Ayolas, fut saisi d'un si violent chagrin, qu'il commença à donner des si»
gnes d'aliénation mentale. Sm amis te pressèrent alors de retourner en Espagne, et il céda à leurs sollicitations; mais de nouveaux désastres si^alèrent sa retraite. Une longue traversée ayant ni'ressité In consommation totale des \ ivres qu'on avait pu embarquer, Mendoza fut réduit a manger une ehienne qni était pleine et ^*il affectionnait beaucoup. Dès lors sa maladie Ut des progrès rapides , et ii mourut dans un accès de désespoir,, sans avoir revu les rivages de la patrie.
Avant son départ, l'adélantado avait pris diverses mesures d'intérêt local ; U avait nommé Juan de Ayolas soa successeur, ordonnant à son propre frère Gonzaloet au capitaine I>. Juan do âakzar d'aUer à sa reclMucbe*
Voyons ce qu'était devenu cet Ayo- Me pour apelser le coommx cAesIe^
lîtB : arrivé au-detii du 20* degré , il et fixèrent le vendredi saint poor
trouvn un port, auquel il donna le une procession solennelle à laquelle ils
nom de ( aiidelaria ; pms s'étant laissé devaient assister, un fouet à la main,
persuader par les Indiens Guaranisde pieds nus et les épaules découvertes ,
s'enfoncer dans la contrée do côté de en se flagellant les uos les autres, jus-
l'ouest, où il trouverait im pays riche qu'à faire couler le sang. Quelques
en métaux précieux , il laissa ses bar- Indiens qui eurent connaissance de ce
ques sous fa garde d'IraJa, et ayant projet en firent part à leurs alliés des
pris deux cents hommes avec lui, il tribus voisines, et ces barbares con-
partit suivi de cettr troiipeqti'accompa- vinrent que le moment de la procps-
gnaient plus de trois cents Indiens, sion serait \v signal d'un massacre
Il pénétra , après de grandes fatigues, général des Kuropéens , dans lequd
jusqu'au pays de Oarcarès, où il foi ni femmes ni enfonts ne devaient être
massacre p.ir une triltu do Paf/agiias; éparpiés. f>t horrible complot fut
ses gens éprouvèrent le m;''me sort. heureusement découvert par une jeune
(1538). Cependant Gonzalo Men- Guarani, qui vivait en concubinage
dozaet JoandeSalazars^étaîentavan- avec un soldat espagnol. Quelques
Cés jusqu'au port de Candelarin , sans chefs furent pendus , mais les autres
avoirpu ohteniraucunenouvelled' Avo- Indiens obtinrent leur pardon en cé-
ias. lis retournèrent alors sur leurs daat aux colons leurs femmes et leurs
pas , et ayant trouvé sur la riveorien- filles. Ce fut la première origine de
taie du Paraguay, au 2.5' degré 16^ la- la race mêlée des habitants du Para-
titude, un port naturel qui leur sembla guay.
favorable pour un établissement im- Sur ces entrefaites , le roi d'Espa-
portant, ils y jetèrent les fondements gne ayant appris la mort de Mendoza,
d'une ville qui devait être un jour la et ignorant celle de Avolas , nomma
capitale du P.irniiiiny , et In nommé- ce dernier srouverneiir ^e In PIntn , et
rent /\.sy)//j/)//o/? , en commémoration envoya une nouvelle expédition sous
d'une victoire qu'ils avaient remportée les ordres de Alonzo de Cabréra et
sur les naturels , le 1.5 du mois «raoût. de Lonez de A^uiar. Il leur adjoignit
Gon/.alo demeura à l'Assomption , six religieux franciscains et quelques
tandis que Saiazar redescendit a Bué- autres ecriésinstiques, dont la mission
nos-Ayres. était de travailler à la conversion des
L'année suivante (1539) fut signalée Indiens, et d^aocorder le pardon du
}»ar de nouveaux revers. La famine, roi et de l'Église h ceux desEsj^gnols es sauterelles et les Indiens désolé- que la famine avait contraints a maa* rent les établissements des Européens, ger de la chair humaine. Buénos-Ayres fiit incendiée une se* De Pannée 1540, jusqu'à, la fia du conde fois par les Ttmtms , et ses XVr siècle, on voit une suite monoderniers habitants remontèrent le Pa- tone et peu importante de guerres sans rana pour aller chercher Thospitalité résultats entre les conquérants et les chez leurs frères de l'Assomption ; naturels. Quelques hommes remarmais ceux-ci n'étaient pas en état de quables dominent à peine cette période les se<'otinr. I^urs campagnes avnicnt stérile. Nunez f'-nhcf n de Vaca , riche été infestées par des nures de saute- gentilhomme espagnol, md par un esrelles qui obscurcissaient l'air et dé- prit chevaleresque, pareil à celui qui truisaient , en quelques heures , les avait poussé Pedro de Mendoza à sa plus îirnsses moissons. Les malheu- perte, obtint de l'empereur le titre mw colons virent dans ces désastres d'adélantade des provinces de la Plata. un diâtiment du ciel qui les punissait II avait l'ordre de ne tolérer dans les pour avoir abandonne la terre où la nouveaux établissements ni avocate , Providence les avait fait naître; ils ni procureurs, de tâcher de gagner les résolurent de faire amende bonora> na^irels par la voie de la douoeor » et
BUÉN05-ATBES, PARAGUAY, UEUGUAT.
d'accorder 5 tout le monde la liberté pleine et entière de commercer avec les naturels. Cabeça de Vaca partit de Cadix le S novembre 1540 , et aborda le *24 mars de Tannée suivante à l*tte de Santa-Caffiarwa, d'où il débarqua sur lacùle du Brésil, avec auatrc cents hommes et une trentaine de chevaux.
Là, il résolut d'envoyer ses vaisseaux à Buénos-Ayres, sous In conduite d'un de ses parents , et lui-même, suivi de deux cent cinquante hommes et de vingt-six dievaux , entreprit de se rendre par terre à l'Assomption. Ce ne fut pourtant qu'au mois de novembre qu'il se mit en route ; il traversa pendant dix-sept jours de hautes montagnes et des forets épaisses, su milieu desmielles il fallut se faire jour à coups de iiache. Le pavs de piame qui s'offrit à lui, au-dela de oette contrée, était habité par des Guaranis agriculteurs. Vaca y trouva des champs ensemencés de mais et de manioc; il y vit des habitations où les naturels élevaient des porcs et de la volaille. Ces Indiens avaient une frayeur extrême des cbevaiix, qu'ils voyaient pour la
})remiere fois, et leur offraient, pour es apaiser, du miel, de la volaille et du manioc.
Cabeça de Vaca, parvenu à T Assomption, s'aliéna d'abord les esprits des colons par qu( Iques actes de clémence en faveur des esclaves indiens, et, après avoir exercé son autorité jus-
Ju'en l'année 154u , il devint victime 'une conspiration ourdie contre lui par des officiers du roi , et par ce Gon- 7.alo de Mendoza dont nous avons déjà parlé. Knibarqué de vive force , il fut conduit en Kspa^ne, où il eut quelque peine à se justifier. U ne fut jamais reintégré dans son commando»
ment.
Ce gouverneur avait entrepris diverses explorations intéressantes dans la partie septentrionale, et vers l'ouest dn Paramiay, où il s'était mis en communication avec le vice-roi du Pérou.
Ce Ibt sons son administration , en 1548, que l'Assomption fut presque entièrement brdiée ; plusieurs habitants périrent dans ce vaste incendie.
Après renlèveroent du second adélantade, les provinces de la Plata furent bouleversées par une complète anarchie. Plusieurs intrigants, mettant à profit l'éloignement de la métropole , cherchèrent à s'nrroizer le pouvoir suprême. A leur tète figuraient ce Domingo de Irala, que nous avons vu accompagner Juan de Ayolas dans sa désastreuse campagne de découverte, et un certain Mendoza, qui se disait parent du premier adeuntade. Irala , qui avait rendu des services assez importants au vice-roi du Pérou , fut confirmé dans le gouvernement qu'il avait usurpé. Il se débarrassa de ses rivaux, et fit même trancher la téte à Mendoza. Son administration fut, ('i partir de cette épo-
3ue, aussi glorieuse qu'elle avait été, ans le principe, violente et arbitraire. Il rontnit les peuplades sauvages , fonda la ville de Gnayra, envoya son lieutenant Mufla de Cliavès dans le pays des Xarayés et au Pérou , et s'appliqua à orpntser définitivement les commanderies soumises à son autorité. On donnait le nom de cornmamkries à des établissements où les premiers Espagnols qui avaient coopéré à la conquête rassemblaient des Indiens qu'ils tenaient en état de vasselage pour leur propre compte, pendant un certain nombre d'anné», à l'expiration desquellea l'établissement rentrait dans le domaine de la couronne. Il y eut par la suite une seconde espèce de commemderiet ; è'étaient celles que l'on accordait pour dix années à toute prr'^nnne qui parvenait à rassembler une petite peuplade agricole d'Indiens ou de créoles.
Ce fut sous ce gouverneur que le.
Paraguay fut érigé en évéché par le pape Paul II L
Irala mourut en 1558. Deux de ses gendres, et ce même Chavès que nom avons nommé plus haut, se disputèrent sa surcession; mais alors l'autorité ecclésiastique commençait à acauérir oétte prépondéranoequt devait ennnter bientôt le gouvernement théocratiquo des jésuites. En 1573, l'évêque de l' Assomption s'arrogea le droit de oom-
mer Ini-méme le gotrwMUar 4e la
cofomV. Il appela :i et» i)oste un certain Garay, après avoir îait char-
Serde chaînes ie gouverneur légitime, On Juan Oitiz de Zarate, «taon liei>> tenant Cacérès. Ce dernier fut rendu à la liberté à la mort du prélat, mais Zarate mourut dans les fers. Un de sei MTeux, Dîégo de Meadiéta, ftit rerétit, pendant quelques années»
d'une omore d'autorité ; il périt massacré par les Indiens. Garav éprouva le même sorti II arait fondé Santa- Fé, s(ir la rive droite do Parana, et réëdilié IJuénos-Ayres en 1580.
Plîisieurs villes", dont nous n'avons pas tait mention, sdeverent au Paraguay et dans le gouvernement de la Plata pendant la périoJe que nous venons di' jKirrourir : Mcndozcty Cor' rientesj lacamaji, SaïU-Icwo-del' MHero^ et d'autres encore. L'introduction des bestiaux date de la même é\)oqt\p : un taureau et sept vaches, importes, en lôôô, par un oflicier nommé Salazar, donnèrent naissance à cette prodideuse postérité gui couvre aujourd'hui la confédération argentine. Mais nous voici j)ar\cnus aux preinicres années du dix-septième siècle, caractérisées par an événeOMnt tÎP la plus h;!iite importance historique, sur le^juel nous nous arrêterons ^^elques instants.
Depuis plusieurs années, Fordre célèbre des jésuites avait conçu la pensée de former, dans le nouveau monde, un établissement d'où résulterait pour lui une nouvelie source de richesses et de gloire. Déjà quelques jésuites avaient pénétré dans le Chili et le Tncuiuan. Un collège avait été fonde par eux à l'Assoruption du Paraguay, en 1593. Ils v enseiiinaient la grammaire , la [iliilosophie et la théolode , en attendant le mojiient favoroDie J^o^ l'exécution de leur vaste projeC 4aiÉta« les contestations survenues entre'Ies autorités civiles et les évêques amenèrent roccasion qu'ils cpnyoitaient en silence. L établissement des commanderies les aida particulièrement ; car, sous prétexte de réunir des Indiens povr des foutatioos
àb ee cenre, Ni jetèrent len fe«Mi é»
leurs lanieusej missions.
Gouvernement des jésuifes. — De tous les événements qui iuut é[K>-
rdiNA les annaka de F Amérique , l'en est aucun que l'Europe ait moins connu, on plus mal apprécié, cKie la domination de» jésuites au Paraguay (*). Il est vrai que, pan* dant long-temps, les seuls historiens
aU! écrivirent sur ce sujet, furent es je.suiles métne, juges et parties dans leur propre cause , ou des élèves de ces religieux. D'autres ont eiagéré^ jusqu'au ridicule, la puissance, le»
ressources , la prospérité des missions , qu'ils ont décorées du nom d't Mfiii e, m Vovez » , disaient-ils, « les miracte opéics par la prédication de l'Kvangilc I Des Indiens sauvaf;es, de faroucties anthropophages aax)urent, par milliers, à la voix ée qiielqucs.
pauvres missionnaires; Ils viennent spontanément courber le front devant l'imaffs du Christ. I^ kiniièvw de la civilisation brillent à leurs yeux, en même temps que les rayows (le la .fï;race; ils bâtissent des villes puissajiîes , élèvent de grands nu>numentii, chefs-d'œuvre d'arcuitto
(*) Parmi !«■ écrivain* vceonimMidablâ
aii\'i'ir!s cvAU' oLwrvation n'est pas applicable, nous nous plaisons à citer MM. Fer- (Knand Denis et le docteur Rengger, qai , tous deox , noits parassent avoir parfaitement apprécie ce gNUMl épitoda de l'y»loire atiiéricfiine.
Le* principaux oovngcs qu« IV» pcnt consulter sur les missions du Paraguay, sont £
D. Francisco Marque , Jnsiffnej missîones tie la compagnia dit Jesm; %* P. J. Patricio Fernaudez, Bùioriea nJmtà» ée tfêtÊtlki»
missionibus , etc. ; 3" P. Pedro Lozano , Descripcion ckorografica del gratt Chaco ; 4» AjM» CUm, il&g*w kisioriea del viage a la jimerica merîdhnal ; 5° Charlevoix, iTc»» totre du Parn-rtiay; CD. Felii de Azara, Forages dans l'Âmèr'uuie niéridionaU ; 7» Ilobriibofl«r, Bistorim a» Jbiponibus , 0tie.f S* D. Gregorio Funes, F.nsnyo de ta hts^tari a civU del Paraguay ; Lettres édi» fioiitcs et citrieiues des missionnaires; loP'
BUÉNOS-ATRES, PARAOUAT, tJRUGUAT.
terre, fm terre , qtffk ont appris à ciHtifer vne on art merrei lieux, (lépfcMe pour eux un hixp <le végétation inconnu à Tancieii inonde, et leur rend au centuple les semences qu'ils lui ont confiées. Ils ont fait de çrnnds pro<j:rès dnns les arts ; ils en out fait é|:nlenient dans les sciences: ils savent tous lire, écrire , caicmer , et parler espagnol.
L'empire que les jésuites ont ibndé est Tun des plus piiiss.ints et des mieux gouvernes qui aient jamais existé : chacun y trovunie pomr ht rommunnuté, sans jalousie et sans jnurmure. L'or et Tarant y abondent, mais les hommes y sont trop sages pour en faire un grand cas.*
^ous allons réduire ces assertions trompeuses à leur juste valeur.
On sait, et nous l'avons déjà dit, que les naturels de l'Amérique forment une race abâtardie , peu sus* ccpfible de civilisation. Leur nmour pour la vie indépendante, leur a[i:ithic , cette horreur innée qu ils éprouvent pour toute espèce de travail , et ( ifin ce penchant irrésistible au vol et au bri^ondage , dont les preuves suni!)ondent , sont des obstacles (^ui s'onposeront toujours à la civilisation oe la race indigène des deux Amérii^jiie. Depuis la conmiéte , il est positif que ces peuples ont œnstamment répondu par aes actes d'hostilité aux tentatives des Européens, de quelque nature qu'elles fussent, brutale ou pacifique, militaire ou r^îligieuse. Lorsqu'on a ▼oulu les coloniser, ils ont paru se flIMUDettre |)enfînnt quelques jours, mats, à la première occasion, on les a vus égorger leurs bienfaiteurs , enlever les bestiaux, piller les colonies, et rej)rendre avec joie le chemin du désert, La guerre seule, il faut bien Le dire, quoique rhumanité en gémisse, a pu les dompter. La dvi* Usation a quitté les bords de la mer,, pour s'avancer dans l'intérieur des terres; les sauvages indigènes, repousses par la fuice des armes, ont veculé de contrée en contrée , et sont «rrivés, enfin, à n*avoir pha d'autre
asile que die suHtàte stHas, d*eà
la faim les a fait soitir maintes fois pour venir se livrer à la pitié des conquérants. Parmi ces derniers, le pkis grand nombre a eu la malheureuse idée de coloniser ces sauvasses,, et nous avons déjà dit combien était, éphémère la durée de cette sorte d'établissements ; d autres, mieux conseillés par l'expérience, et dans ee nombre nous citerons le directeur actuel dit Paraguay, ont disséminé les Indiens sounîb sur toute kl surface des nouveaux états, eù leur méleuf^ avec les F,uro[ érns n'a pas tardé à fnire disparaître le type uudbeureUT de cette race indigène.
Comment pourrait-on sunoser qnei ces nations ^urouches et sttipide»
FC soient soni^iises, par con> îction, à quelques missionnaires, qui ne pouvaient , le plus souvent , converser avec elles qu'au moyen des signes»
ou à l'aide d'un interprète, et qui n'avaient à les entretenir que d'une religion toute hérissée de dogmes?
Les mystères sublimes de eette rolipion d'nm'Hir et de sr-ience n'étaient accessibles cju'a des peuples déjà policés. La prédication de i'I^vahgiic eût troové les hommes même de notre continent sourds et insensibles, si y depuis plusieurs siècles, l'K^ypte , Irr Grèce et Rome ne leur eussent révélé tous les secrets de la puissance tnte^ tectoeHe. Mais affirmer que le sau* vajre ni^iérieain ait renoncé h soflf exfstenee indépendante et nomade, aux douceurs de son oisiveté, à ses forêts , à ses friches et à ses repas de chair huniaino, pour adorer la sainteté des dogmes du christianisme, le pardon des injures, l'amour du prochain»
le respect de la propriété d*aotrui qu'il ait pu passer subitement, et sans transition aucune, des ténèbres les plus épaisses à la lumière la plus éclatante; qu'il ait reçu, avec convietionr et respect, les mystères de la Trinité,, de l'eucharistie, de la conception immaculée , de la dépravation originelle et de la rédemption ; c'est là une la»* posture historique, dont il est nécessaire de £Mre juatice. Ymk k vérité
i;UNIVERS,
sur ce sujet , ainsi que sur Je fiuneuz
empire des jésuites :
ffous aTons vu que, parmi les nations indigènes des provinces du Rio de In lM;ita , celle des Guaranis se faisait remarquer i)ar une position sociale moins aégrauee. I^atureliement doux et timides , les hommes de cette friinillr furent cependant ceux qui opposèrent le plus de résistance aux empiétements des con(]uérants ; et Mie apparente contradiction s'explique pnr Ttisnîzp où ils étaient de cultiver la terre; culture grossière et incomplète, sans doute, mais suÛifoote enfin pour les attacher au sol.
En résistant avec plus d'opiniâtreté, les Guaranis attirèrent sur eux toute J'animosite des Européens. Les Espagnols et les Portugais surtout commirent, à leur égard, des atrocités inouïes ; après les avoir battus et décimés, ils les traquaient dans les bois, avec des chiens, comme des bétes fauves , les déchiquetaient à coups de fouet, les condamnaient à des travaux perpétuels dans les mines, et, pour la plus légère faute, les faisaient périr dans les tourments. €es hommes, déjà subjugués, souffrants, malheureux , sont ceux que les jésuites appelèrent à eux pour former les HedueeUmês^ et il est évident que les Cjunnmis devaient répondre à cet appel avec empressement; en effet, ils trouvaient chez Itô Pères {los padres) une protection assurée contre la per^ sécution de leurs bourreaux, un travail infiniment moins pénible, et dont, au reste, ils avaient déia une certaine babitude , dés moeurs plus douces , et , «nfin, un traitement qui, au sortir de Tesciava^e , ressemblait à la librrté.
Seuls donc entre les peuplades indiennes , ils se rendirent aux sollicitations 4es missionnaires, se soumettant, sans murmurer, à toutes le?; innocentes pratiques que leurs nouveaux maîtres exigeaient d'eux, lis reçurent Teau du baptême et la confirmation, assistèrent à In rélrhrntion de la messe, portèrent en procession les images dorées de la Vierge et des saints , se laiMèrent imposer les noms du nuurty-
lologe catholique , et souffrirent sans colère qu'on les appelât néophytes et catéchumènes. Ajoutons, qu'indépen* ^lamment de ces circonstances si favorables à leurs projets, les jésuites employèrent plus d'une fois l'astuce et la force pour réduire les Indiens à Pobéissance. Lorsqu'une nouvelle triba de Guaranis se montrait dans le voisinage des Réductions , un missionnaire partait aussitôt pour aller la conquérir à la oommunauté. Il se faisait suivre d'une troupe de néophytes et d une certaine quantité de bestiaux. Les sauvages, en voyant s'approcher cet étranger, prenaient d'aoord l'alarme, mais se rassuraient promptement en le voyant seul au milieu de leurs frères. Ils entraient en communication sans mâlance, et Tadrolt jésuite leur faisait distribuer des vivres et des bestiaux, en leur disant qu'il était venu les trouver dans le désert pour leur faire part des biens que procurait, avec peu de peine et de travail, la religion a laquelle il avait le bonheur d'anpartenir; et que, pour eux , s'ils voulaient le suivre et s'adapter aux usages de leurs frères. Ut pouvaient être assurés d'avoir tous les jours un repas semblable à celui qu'ils venaient de partager. Simples et crédules , les indiens se laissaient leurrer par l'astucieux jésuite, et se mettaient en marche pour le
Says des Missions. Là, le premier soin u père provincial était de diviser ces nouveaux venus, et de les répartir dans les diverses Réductions, pour leur ôter toute possibilité de se révolter.
Aussi vit-on, maintes fois, pittsiean de ces sauvages , désespélés d*avoir perdu leur indépendance , succomber d'une maladie de langueur, ou même se donner la mort, après avoir vainement tenté de s'évader.
Les Réductions étaient situées sur les deux rives du Parana , entre les 26 et SQ" dci^res de latitude australe, 67 et 00* de longitude occidentale. La partie comprise sur la gauche du fleuve, a l'endroit où il se rn[>proche de l'Uruguay et forme ensuite un coude pour épuicber ses eaux vers roocideiit, était
BUteOS-AYRES, PARAGUAY, URUGUAY.
désignée plus spécialement sous le non de Missions d' Entre- Rios; de nos jours, c'est le pays des Missions détruites.
Au-dessus étaient les Réductions du Brésil, et, sur In droite dti finivp , les Missions du Parnguay, proprement dites. La capitale de cette confédération , bâtîe sur la gaoche du Parana , en face d'Ytapua , se nommait Candélaria . en i'nonneur de la purification de la Vierge.
Le gouvernement ttiéocratique des missions dura 168 ans, depuis la fondation de la première Réduction en 1608 , jusqu'à Texpulsion des jésuites en 1767. Dans ce laps de temps, il y eut diverses alternatives de prospérité et de décadent*. Les missions n'eurent pas d'ennemis plus redoutables que l'association des Métis, issus du commerce des Européens avec les femmes indiennes, connus au Tîrési! sous le nom de Mamelucos{*). Ces hommes s'étant réunis pour faire le commerce des esdaves indiens, enlevaient les néophytes dans les missions même.
Ils détruisirent successivement ainsi quatorze bourgades, obligeant les misyonnaires è transporter ailleurs leur industrie. Non contents d'attaquer les boiirpndps rhrét'enni^s , les Mamelucos ruinèrent des villes espagnoles, telles qat Xérès. Guayra, f Ula-Âica et plusieurs auires. Les habitants, indigènes , créoles ou européens , furent enchaînés et envoyés au Brésil pour y être employés,' à perpétuité, aux trsnraux des mines et des raanuftctures. Ce ne fut qu'en 1690 que le vice-roi du Pérou mit un terme n ce brigandage ; mais , dans ce long espace de temps, les ^omeAicof . avtteni ré* duit en esclavage deux millions d*individus de tout âge et de tout sexe.
Sur ce nombre , il y en avait 150,000 liaptisés ; 800,000 esclaves avaient été fluecessivementthdsdu Paraguay. Dobrizhoffer assure qu'en 1 028 et 1 029 il se Tendit à Rio de Janeiro 600,000 captiDs.
(*) NoaseoBservont à âtmim la déooad-
nation élranf^ère san-; traduction , le mot
mamelouk aywt généraimeiit une aul» acœpiion.
Indépendamment de cette cause de dépopulation, les missions eurent à lutter contre la jalousie et la ^rsécucution des gouverneurs du Rio de la Plata et du Para eu ny ; contre les attaques sans cesse renaissantes des Indiens sauvages, la d^rtion des néophytes et les pertes ooeasionées par la nostalgie chez ces malheureux , qu*ilt tenaient parqués comme des moutons dans des cliamps entourés de fossés.
Les Pères avaient un intérêt direct à dérober aux autorités venues de la nié* tropole le dénombrement exact de leurs néophytes, tantjpour éloigner tout sentimentde jalousie q^ue pour épargner la redevance, oui était a'un écu {peso) par téte. Mnlirré cela , il paraît certain qu'en 1702, époque qui peut être prise pour terme moyen, les Réductions se composaient de vingt-neuf bourgades, dont quinze sur rT'ni-^iiay et quatorze sur le Parana , formant ensemble un effectif de 90,000 néophytes; mais à l'époque de l'expulsion, on en comptait près de 150,000. Il existait enoora plusieurs autres missions disséminées sur les bords du Paraguay, dans la province de Jujuy et dans les vastes, pirâieado Rio cie la Plata : e*étalenten quelqiie sorte autant de colonies , dont les missions d'Entre-Rios formaient la métropole; mais ces colonies, sans cesse exposées aux attaques des Ch^ qidfos , aes Pompax et de mille tribus guerrières qui ne faisaient, avec, les chrétiens , que des traités hypocrites, n*eivent qu une durée éphémère.
La compagnie de Jésus comptait dans ses ran^s des hommes distin£;ués par les lumières , le courage et riiabileté ; ce ^t est avéré, et l'esprit de parti seul pourrait s'obstiner à le nier. C'était sur eux que la direction suprême de Tordre en Europe J^it les yeux pour gouverner les misaions américaines. Les Pères établirent le centre de leur administration au collé*;e de l'Assomption, dont ils firent construire et successivement embellir le bâtiment par les néophytes indiens. Ils en instituèrent un second dans la ville de Cordova-de-Tucuman. Ces deux établissements étaient places sous 1 auto-
ri&é d\in supérif^tîr nommé Provincial.
Leshéductionsetait>iit administrées par airtaHl de eurés qu'il y avait de bour» fMles. Le curé était un personnage importrint, ffui ne se Irus<nit npm't»voir (les Inciieiis que revtHu de ses hal)its sacerdotaux, et au milieu des imposantes oérémonies 4«i eolte. (^uand il j»araissoit , une troupe de niusicieiis fatsait entendre des airs unives et touchants; r(>ucens lumait devant lui, Ita rkifhes 8*ébranlafent , et tous tw assist.Mîfs s'inclinnient avec respect.
Ce di^rnitaire mettait tant de soin à eatretenir le prestige oécessaire a son aitorité, qu il ne sortait même pus |ionr aller iwrter le dermer sacrement a un moriljond ; on transportait le malade dans une salie voisine de la pnrcHsse, et c'était là seulement que le eufé daignait se rendre , en grande c<^réînoniV , pot:r ouvrir à ce j-éelienr repentant les portes du paradis. Toutes les affaires du dehors se faisaient par rentremîse d'un TÎcatre, dont Tautorité n'était soumise qu'à eellc du curé. Douze néof'hytes étaient attach^'s an service de chaque paroisse, etceu\-ia étaient exempts de tonte redevance.
Le pouvoir temporel résidait , de fait, dans les mains des autorités eeelésiastiques; mais la nécessité de faire quelques eoncessions anx nsages suivis pur la métropole , les avait portés à nomîuer, pour chaque villaL'e. un eacique clioisi [)armi les Indieiis , et a le revêtir d'une autorité imai;inaire. Le caeique étaitdMI^4e la police locale; if V. illait à ce que les néophytes fussent retirés et levés aux heures prescrites; il surveillait les travaux, réprimandait les paresseux et eneourageait les plus zélés. I^es missionnaires entretenaient le dévouement «le ee'chef en ilattafit son orgueil ; ils l'affubiaient, par exemple , d'un hamt européen eoa* vert de quelques oripeaux , déuris d^OM vieille qHinenillerie. Au-dessus des cacîmies était un corréaidur royal, onicier civil nommé par le gouverneur de la prorince , et dioisi d'abord parmi les F.spairnols, niais plus tard, et par retïet de la politique des jésuites, parmi les Ouurams. Aucune punition ne pou-
vait être infliséc sans le consentement des Pères ; mais au gouverneur seul apparteniit le éreH dt pwnoncer la.
penie de mort.
Les travaux (ies Indiens étaient bases sur 1 e\penence que l'on avait de leur caractère et de leurs forces. Cha* que matin, avant que de se rendra à leurs travaux , les iu oph\'tes constî saient un hraïKard orne de hraiui.es vertes et de iieurs odoriférantes; ils y plaçaient «ne staltue de la Vier^ , «t, îiré^ edés par leurs musiciens, ils trans* jiorf aient aux champs cette iinace vénérée, qu ils rendaient témoin de leur conduite pendant tonte la joumécu.
les hommes , vdtus d'une simple ciie-^ mise et d'un ralf on, s'occupaient alors à semer les i)les et le maïs , à émonder les ootomiiers , à récolter le maté ou le tatee., tandia que, sous un hangar voisin, leurs fenunes se !i\ raient à des travaux domestiques adaptes à leur sexe. Celles-ci éUtient vêtues d uiie robe blanche d'étoffi» légère, san»
nianches , et découverte juscp^i'à l'enuine des epaides; hommes et femmes avaient la tète, les bras, les jambes et les ^ieds nus. Anx heures de repos, la musique se faisait entendre de wmven»i , et le soir les travailleurs avaient la permission de danser entre eux ea présence de la madone et sous la sur»
veiliancedo cacique {\ oy.pl. 7). Leur nourriture était saine èt abondante; mais on vit phjs d'une fois, dans le principe, ces Indiens, voraces autaiit (pfii^norants, manger les bœufs qui leur avaient été ron'iés pour le lahourn^e. i^eux d entre eux qui n'étaient pas destinés à la culture des terres devcnaiontchnrpentien , tisMrands , sep»
ruriers, doreurs ou bijoutiers; les femmes apprenaieat à coud», à fier
à broder.
Ce n'était pas d'ailleurs à des tm»
vsnx puwnent pacifiques et industriels
que se bornait la tâche des néophvtes ; on leur enseif^nait encore le nianirnient des armes a feu et rexercice a l'européenne. De temps en temps, on tes tais.'iit évoluer et parader en présence du cm'é, ce qui était pour eux une véritable féte. Il leur était permis de-
BUÉNOS-AYRKS, PARAGUAY, URUGUAY
faire iisage de leurs armes natives :
la froiîde^ le tomahawk et les flèches. En cas de puerre, ou sur la simple réquisition du gouverneur de la province, rhamie village fournissait un contingent de cavalerie et d'infanterie.
Ces troupes rendirent plus d'une fois des services signalés 5 la amse des Espagnols. Les" Guaranis apprenaient encore à lire et à écrire ; mais Tintérét dr?s missionnaires s'opposa toujours à ce qu'ils apprissent à parler la langue espagnole : long-temps même on ne se servit dans le Paraguay que de l'idiome guarani, et l'introduction de l'espagnol est postérieure à l'expulsion de ces religieux. En vain Pliilipi^e V ordonna, en 1743, qu'on enseiguerait au.x Guaranis la langue espagnole, les jésuites ne jugèrent pas convenable aobcir à ce décret.
Les richesses que ces religieux tiraient des missions inaiennes appartenaient à la communauté de l'ordre., et on n'a jamais pu les apprécier, même npproximativeinent, dune manière saîisfaiisante. Une politique , qu'on ne saurait luieux qualifier qu'en l'appelant par son uom, jésuitique, s'opposa constamment à ce que l'Eurqie eiU connaissance de ce qui se passait dans rintérieurdes Réductions. Nous avons dit plus haut nue les bourcadt's étiîent entourées de u)ssés qui ne [)crmeltai(*nt pas au\ néophytes de déserter, ni aux étrangers de s'y introduire sans le bon j Inisir des Pères ; et ceux-ci veillaient a ce tant de jalousie à ce que nul profane ne posât le pied daiis l'enceinte de ce sanctuaire, que des évéqu es euxmêmes et des gouverneurs s'en virent refuser l'entrée. C'était, sans nul doute, une étrange insolence; mais les jésuites faisaient a^^ir leurs amis d'Europe pour contre-balancer le mauvais eftet des ' nations parties d'Amérique. Le i il.. viseur du roi d'Espagne, celui de Kl reine, leur aumônier, voilà les appuis sur les(juels se reposaient, au liisoin , les missionnaires du Paran:uay. ï^e P. Charlevoix a donné, avec beaucoup de détails , l'historique des contestations survenues entre les évéques fit lt*s jésuites j elles avaient , de son
ten^ , un certain intérêt qu'elle ont entièrement perdu aujourd'hui. Il est juste de dire, toutefois, que ces religieux ne paraissent pas avoir voulu se rendre indépendants de la couronne d'Espagne, ainsi que l'ont avancé plusieurs écrivains. Cette émancipation ne leur eilt pas été favorable , puisqu'elle eill mis au plus grand jour leur ambition et leur astuce, et qu'elle les eût privés en outre d'une protection dont, malgré leur puissance, ils ne pouvaient se passer. Aux limites de chaque mission, il y avait un lieu désigné où se faisaient les échanges commerciaux, sans la participation des néophytes, auxquels tout contact avec les Espagnols et les créoles était interdit. '
Ainsi les jésuites qui, dans leurs mémoires à la cour d'Espagne, comme dans leurs livres imprimés , parlaient avec enthousiasme du salut des a:nes de ces pauvres Indiens, et du bonheur de r.ittacherà la civilisation cette race sauvage, n'étaient mus, en réalité, que par des intérêts purement terrestres; et quant à l'éducation qu'ils prétendaient donner à leurs néoph\tes, elle se Iwrnait à les mettre en état de travailler au profit de l'ordre. Aussi , après plus de l.>6 ans de culture, la famille des Guaranis se trouva-t-clle 5 peu près au même point de barbarie qu'auparavant. Au moment de leur expiiision, les jésuites laissèrent trente Réductions, savoir : quinze entre l'Uruguay et le Parana , dites missions a' Enire-Rios , sept sur la rive gauche de rUnti^uay , dans l'empire du Brésil, et huit dans le Paraguay proprement dit. Les Réductions (ÏÊntre-IUns ont été détruites dans la guerre de Tindé-
f>endance; nous en verrons plus bas es détails : les autres subsistent encore, mais considérablement diminuées , soit par la désertion , soit par la auerre, soit enfin par les mauvais traitements auxquels les Indiens ont été en butte de la part des administrateurs qui ont succède aux jésuites. Ces agents ont coopéré 5 la ruine des bourgades en y autorisant le pillage , et en laissant les malheureux Guaranis dans le plus grand déndment. A l'époque
L'UKIYERS.
4e Peipalsion , les sept 1)ourgades bré* sîliennes rontenaient30,000 néophytes ; en 1801 , il y en avait encore 14,000; en 1814, il n y en avait plus que 6,400; et en 1821 , 3,000 seulement.
L'une des plus importantes bourgades était celle de Sonfa-Hosa : elle possédait , du temps des jésuites , de 80 à 100,000 bestiaux ; il n'en restait
f>lus que 10,000 n l'époque de la révoution. L'éslise de cette mission est encore la plus riclie du Paraguay, bien qu'elle ai( été auooessirement mise à ooutribution par plusieurs gouverneiirs, vire-rois et aaministrateurs des provinces voisines.
Période de FétaNUtement des ml»* tions jusqu'à Cexpuiskm des jésuites (1609 à 1767 ). — La période dont nous allons donner un simple aperçu historique, appartient tout entière à Tordre puissant et ambitieux des jésuites. On le voit perpétuellement en querelle avec les gouverneurs de la province, les évéques de l'Assomption, les Mamebieos, les Indiens, les envoies et les colons.
Au commencement du XVII" siècle, le gouverneur ileroando-Arias de Saavédra traversa les plaines du Ckaeo et les panu>as , entra dans la Patagonie^ et pénétra jusqu'au détroit de Magellan. A la suite aun engagement mameureux avec les naturels du pays, il fut fait prisonnier; mais étant parvenu à s'échapper, il recommença son expédition, et eut le bonheur de délivrer la majeure partie des siens qu'il avait laissés entre les mains des Fatagons. On croit qu*il mourut en
Onze années après, le Paraguay fut détaché du Rio oe la Plata, et lesdeui contrées, administrées chacune par
un gouverneur particulier, continuèrent à relever de la vice-royauté du Pérou et de V.iudiencia- JiecUe de Charcas ( Chuquisaca ), jusqu>n 1778, alors que tut érigée In vire-royauté de Buénos-Ayres. Ce n'était pas le moindre souci des autorités péruviennes oue d*aT0ir à surveiller une contrée éloignéed*au moins quatre cents lieues, et sans cesse «gitée par les turbulents
adssionnaîres. Ce fut surtout à Vé»
poque de la mort d'un gouverneur nommé Martin de Lédesma, qu'on vit s'élever de graves contestations entre les jésuites et l'évéque Bernardine de Cardenas. Depuis un siècle environ les habitants de l'Assomption jouissaient d'un privilège qui leur avait été octroyé par lettres patentes de Charles-Quint: c'était de nommer provisoirement un gouverneur de leur choix , lorsque celui qui administrait le pays mourait sans avoir désigné son surcesseur. Cette circonstance s' étant offerte à la mort de Lédesma , les Paraguays élurent leur évêque Bernardine de Cardenas. Celui-ci, ennemi personnel des jésuites, dont les prétentions faisaient ombraf;e à son autoritr , les expulsa de la ville et leur enioignit de sortir de la province. Ces religieux n endurèrent pas long-tempo Tin pareil affrom : ils convoqiicut une assemblée à Cordova deTucuman, où ils avaient un collège , y nomment on certain Sébastien de Léon gouver^ neur du Paraguay, rentrent avec lui à la téte d'un corps de quatre cents néophytes indiens, livrent bataille aux Espagnols , les déront complètement et s'emparent de la personne de l'évêque, qu'ils envoient à Sauta-Fé. Le prélat humilié parvint à se sauver à Charcas, où V Àuaiencia-Heale , faisant droit à ses griefs , ordonna qu'il serait rétabli dans son évêché , en même temps que les jésuites le seraient dans leurs missions.
Aucun événement important n'appellera notre attention jusqu'en IGvSO.
Cet espace de temps est occupé par les guerres perpétuelles des £spa£nols et des Indiens de diverses tribus ; on n*y vottque surprises, enlèvements, incendies, massacres, traités aussitôt rompus que jurés, disettes et épidémies qui déciment les hommes et les bestiaux.
Les querelles des Espagnols et des Portugais sur les limites de leurs con-
auétes respectives ne s'assoupissaient e temps à autre que pour se réveiller avec plus de fureur. vain le pa[)e Alexandre YI avait essayé de prévenir
BUENOS- AYRES, PARAGUAY, URUGUAY 8t
cette mésintelligence , en partajïeant (1721), le Paraguay devint un chamn
le nouveau monde à ces deux nations de bataille où triomphèrent tour a
Thaïes. Ce partage ridicule d'une terre tour les jésuites et leur antagoniste te
inconnue ouvrit un vaste champ aux gouverneur Antéquera. Expulsés un»
interprétations de bonne ou de mau- seconde fois de l'Assomption, les mis-
vaise foi , et ne lit que multiplier les sionnaires préparaient, dans Tinté-
inréfextes de rupture. En 1680 , les rieur de leurs missions , des moyens
Portugais, qui prétendaient que toute de vengeance, lorsqu'ils furent assail-
la côte du Brésil leur appartenait jus- lis de nouveau par Antéquera, qui dé-
?u*à la limite naturelle uu Rio de la truisit et incendia plusieurs bour^adés,
lata , vers le sud , envoyèrent une et contraignit les Pères à se rétugier
expédition sur ce fleuve pour y fonder dans les montagnes , à la discrétion de
la colonie de Sacramento. Les Espa- leurs néophytes. Heureusement pour
gnols ne connurent ce projet que lors- eux que ce t^ouverncur avait lui-même
qu'il fut accompli. Le Sacramento , encouru la disjjrace du vice-roi du Pé-
situé sur la rive gauche du Rio de la rou , qui lui nomma un successeur
Plata, derrière l'île de Saint-Gabriel, dans la personne de Don Bruno Mau-
fut pris et repris sept l'ois jusqu'en i icc de Zavala. Celui-ci marcha contre
1763 , époque a laquelle il fut entière- A ntequera , s'empara de lui et l'an-
ment détruit. voya a Lima, sous bonne escorte.
En montant sur le trône d'Espagne, Accusé d'avoir cherché à se faire coule petit-tilsde Louis XIV, Philippe V, ronner roi, Antéçjuera fut condamné annonça l'intention de continuer à i'é- à mort et lusillé immédiatement. Les gard de TAmérique la politique de jésuites forent rétablis dans leurs ses prédécesseurs; les Portugais, de domaines en 172S, par on éditroyaL leur côté, s'efforçaient en toutes cir- C'est à ce même gouverneur, Bruno constances de susciter à leurs voisins de Zavala , qu'est due la fondation do de nouveaux ennemis. Ils armaient les Hontévidéo en 1796. S'y envoya Indiens libres contre les néofrfiytes , deux mille Guaranis des Missions, sous et favorisaient de tous leurs moyens les ordres de deux missionnaires, les abominables tralics des Mamemcos Cependant il s'était formé contra dont nous avons déjà parlé. les jésuites un parti formidable, celui Le rot d'Espagne si^na à Madrid, le des Comunéros. C'était une réunioo 26 mars 1713, un trnité avec l'Angle- d'habitants notables du Paraguay, qui terre, connu sous le nom de issiento voyaient avec peine les niissiunnaires de A egrroi. Sa majesté Britannique ga- s'emparer du monopole du commerce rantissait, dans l'intérêt des sujets et du trafic des escuives. Le goover» des deux couronnes, Tiinportation dans neur Zavala avant voulu s'opposer auic les colonies espagnoles de l'Amérique, mesures de violence qu'ils préparaient de quatre mille huit cents nègres par contre les jésuites , fut obligé de quitan, pendant tiwnte années, ce qui por- ter TAssomption pour se soustraire Atait le nombre de ces esclaves à cent leur colère. Les Comunéma établirent quarante-quatre mille , indépendam- une junte qui ne cessa ses fonctions ment de huit cents nègres des deux aue lorsqu'elle y fut contrainte par la sexes que les ji9tlen0ts pouvaient in- roroe des armes , le vice*roi do Pérou traduire annuellement à Buénos«Ay- ayant pris , en cette circonstance , les Tes, et de quatre cents qu'ils avaient mesures les plus énergiques. Mais la faculté ^importer au Chili ou au alors 1 Espagne commençait à s'aper- Paraguay. Pour diaque nègre sain , cevoir qoll n'était pas de sa politique vigoureux et de taille movenne , le d'accorder aux jésuites une protection droit était de 33 écus ~\ ils ne pou- trop étendue. En effet, c'était s'aliévaient être vendus plus de 300 écus ner le cœur des Paraguay s, qui avaient par téte. pris ces religieux en haine , et , d'ail- Feo d'années après cet événement teurs^ il n'énit pas démontié que kt;
tS L'UN]
WIssioDiuiiMs D*tussent pas le desstia $ecret de se rendre un jour indépendant. On eut une preuve bien manifeste de leur mauvaise volonté , lorsqu'en 1759 TEspagne et le Piortuçal nyant en Un rendu un traité pour Tes liniitcs (in leurs possessions respectives en Amérique , il fut stipulé, entre autres clauses , que les missionnaires sortiraient des l^italions et villages c(HJés par rKspa;;ne, sur le l)or(l oriental de la rivière I rupuay , emportant leurs meubles et elXets , et euuneuant Me eux Jes Todiens pour les établir dans d'auln s t^^res ; de sorfe qne les habitations devr.irnt être remises à la couronne de Portugal avec toutes leurs maisons , ^lîses et édifices , ainsi que la propriété des terrains. Les missionnaires, dont cet événement contrariait siugulièrenient les projets, mirent tout èn œuvre ptxir s'opposer à la translation. Eien de plus curieux que le mé* moire adressé, en cette circonstance, ]Kir le Père provincial nu gouvernejnent espagnol, pour obtenir la révocation <M cette fetale mesure. Ce rcILMcti^ éniiMîère d'abord , adroitement, les richesses des nn'ssions pour démoatrer la perte que va laii e le g/a^âMMneat lu xoi : « Les ladiens, « ail-U , sont fortement [ rsuadés que « ce n>st point la volonté du roi de « leurgter les terres qu'ils ontpossé- « âé«i pendant cent trente ans, et « dont le droit leur en a été confirmé n par plusieurs cédnles royales. C'est « dans cette eonllaiirp (Tîi'ih ont con- « struit des peuplades qui ne sont pas « ce qu'on appelle sinq)leaient des « bourgades , mais qui surpassent les « \ iiies mêmes de ces proviners par « le nombre de. kuxs hâtinKuts , qui « iipt<«0iivMi de tuiles, et oat ao- « dehors des parapets de pierre sous « le<(quelson est à l'abri, et qiiî ser^ « vent.à naorcber le long des maisons, ir^ÎAS crainte de la pluie; leurs é(^ises « sont si magnlAques , que le prii40 « celles qui ont le moins coûte, avec « leurs ornements, monte à 100,000 • écus , sans parier de celle de Saiut- <r l%u< à làqucUe ils ont travaiiié « foiM ni Jouis pendant dix aas, tan-
« tftt au nombre de quatre-vingts ïmeiy
« nit's , tantôt an nombre de cent, et
« de pienre, ue peui eue e>autfie À « moins de 300,000 écus : à ^uoi 3 « Taut ajouter le ressouvenir qui lesaf-
« fectc hcnucoup dfs piaules qu'ils ont a élevées, et a la loufiue culture des- « quelles ils ont employé plus de trente « ans pow faire, ae leurs fruits, une « boisson continuelle du matin au « soir. La valeur de ces plantes dans « les sept peuplades passe un million.
« Ils tournent aussi les yeux vers leurs « semailles de coton , du fruit duquel « ils (ont leurs iils , et de ces t'iis (es « toiles dont ils se servent dessus et « dessous, grands et petits, veuves « orplielins, et dont Ja valeur dans k« « sp{ t pt "M!:v!es n'est pas inférieure n a celie de^ plantes. Ils ne ueuvent « se dissimuler qu'en sortant de leun c peuplades , ils y lais.sent plus d^ilB « million de bestiaux, tant brebis que « vaclies. clicvau\ et mules, etc. »•
Il n'écliap^K'ra a persoiuie que w:S richesses étaient à la vérité le iirodoit des sueurs des néoplivtes, mais non leur propriété connue Vavancc le Pén:
provincial. Le mémoire ternaue puides menaces directes i « U y va de te o viedes missionnaires, tant les Indiens « snnt f(,rt'M!n^nt résolus à ne point « obéir ; les néophytes sont déteruiines « à passer sous l'autorité du Portugal, R plutôt que d'abandoaoer leurs pu»- « priétés ; et enlin te sof'fc'r leurs pan- « iTes o}/ffs est or ave ment cotnprO' « ims par celte mesure injuste qui ks « expose à la désobéissaoBe envers leurs c supérieurs. »
Mais ce ne fut pas à de paei(i(iues représentations que se borna la colère des Jésuites. Quand Us eurent acquis la oertittide que leurs rementranoes ne seraient pn^; pceneillies favornblfment, ils jclcrent le masaue et se mirent à guerroyer contre les Portugais et les Ivspagnols à la fois. Les Guaranis, stimulés par l'apiiàt du butin, et charmés d'ailleurs oe voir les Européens aui prises avee leurs dijecteurs, se conauisirent bravement. Ua de leurs chefe, le jésuite Joasfii,
BtJÉNOS-AYRBi t PAHAGtliT, URUGUAY.
d^Ioya une telle valeur, qu'on le surnomma le Pére-Timmerrê. Enfin , la
3aix fut faite; (.hnrles III annula acte de cession consenti par son pere Ferdinand , et les jésuites demeurèrent en possession du pays des Missions.
L'orage était conjuré pour le moment, mais il ne devait pas tarder à éclater de nouveau. Les événements sorvenus dans Is métropole hâtèrent la chute des jésuites , que les esprits pénétrants prévoyaient, et que les sages désiraient. La guerre continuait sur tous les points ; d'une part , avec les Portugais du Brésil, de l'autre, avec les Indiens de l'I rti2;uay et du Rio de la Plata. Les jésuites entretenaient la discorde entre ces deux nations belligérantes; car il pouvait résulter, d'un second traité de p.iix, une nouwWc cession de leurs propriétés , et, pai suite, une nouvelle menace d'expulsion. Le gouvemeuis D. Francisco de Paulo Buc^réli , informé de leurs menées, en lit part aussitôt à sa cour. Le fait était grave, et méritait ane prompte répression. En eonaé* qnence, le 2 janvier 1767, le roi rendit lin décret qui prononçait Texpulsion des jésuites , des trois provinces du Paraguay , du Rio de la Plata et du TUcuman, ainsi que la confiscation de leurs propriétés. Burnréii renit cet ordre au mois de juin suivant, et le mit aussitôt à eKMution , avec autant de prudenceque de détermination. Les jésuites, surpris, n'eurent pas le temps de combiner leurs moyens de défense. Le grand collège de î' Assomption contenait 1 33 missionnaires; les villes de Cordova, Corrientes, Sanla-Fé, IMontévideo et Buénos- Ayres en possédaient 27 1 , et les mi8Sfon84l*Entre-Rios et du Paraguay à peu près le double. On les transporta en Kspa^ne, et leurs propriétés, après la levée du séquestre , turent appliquées 4 rétablissement des études royales à Boénos-Ayres.
Contestations avec t/ingleterre.
— L'ainbitieuse Espagne revendiquait tin droit de sonteraineté sur Tarchipel des Malouines, qui afnt excité la oonvoitise de l'Anipe*
terre. gouverneur Bucoréli y en vovà deux navires chai^ de oolOAs, ami
de prévenir toute prise de possession de la part des Anglais; mais il était trop tard : ces hardis navigateurs y avaient déia formé un établissemem au nord de la grande fie, et continuaient leurs constnirtions- , sons lh protection de trois frégates et d'une mtterie de huit oanons de gros ca^ libre. A peine Bncaréli eut-il connaissance de cet événement, qu'il expértin cinq frégates et quatorze cents ho: unies de débarquement, pour anéantir la colonie anglaise. La résistance fut vive et opiniAtre ; il fallut cependant céder au nombre. Les Anglais capitulèrent le 10 juin 1768; ma^is le cabinet de Saint-James prit la chose au sérieuif, et menaça de déclarer la guerre 5 l'Ksp.'iL'ne', si cette puissance ne lui abandonnait son établissement des lies Malouines. Les circonstances n'étaient pas assez favorables pour s'engager dans une guerre :iver T Angleterre; les hostilités continuaient avec le Portugal, et ne laissaient aucun relâche; il fallait donc céder à la nécessité.
Les Anginis obtinrent la permission de reconstruire, dans la grande île, appelée par eux fie Falkland, te rarl Egmont, sans que cette ooncessiorf prcjudicit'lit au droit de souveraineté.
Celte remise date du 22 janvier 177L Guerre avec le Portugal , de 1771 A 1778. — Cette guerre opiniâtre, qui durait depuis plus de deimf cents ans, à peu près sans interrup-* tion, avait pris maintenant un développement qui attestait les progrès (jue les deux nations avarenf* faits dans les arts. L'artillerie , qui , au commencement de celte lutte , était encore dans sa primitive imperfection, avait été particulièrement' améliorée. Il en était h peu près de même de la navigation : les fréga»
tes lécèies à la course, redoutables dans les combats, avaient remplacé" les pe<;nntes gniéasses, les galères ét les péniches; les soldats, enfin, étaient plus nombreux, moins ciiargà d'attirail et mieux armés. Les succès M combats journaliers que se lIvraleM *
JLivraistm, (Bobhos-Ayibb, Pabagvay, Ubughay.)
peuples rivaux , par tem ii par
mer, étaient variés, et, par conséquent, sans résultat déûnitif; mais on
r!ut y remarquer ^ue les Espagnols, nombn égal, avaient ordinairement Tavantage. EnGn la cour de Madrid voulut en finir ; elle lit partir de Cadix, le 13 novembre 1776, une Hotte de cent dix-sept voiles , sous les ordres du marquis de Casatelli, ayant à bord dix mille, hommes de débarquement , commandés par le général don Pedro Zeballos. Le 33 février 1777, ce formidable armement arriva dans lea attérages de l'île Santa-Catharina^ dont les forts se rendirent après uue courte résistance. Les vainqueurs y trouvèrent 300 pièces de canon. A la suite de cette victoire, Zeballos s'occupa de la conquête de la province brésilienne de RkhGrande; mais la paix du 11 octobre de cette année mit fin aux hostilités. L'île Santa- Catharina et le Hio- Grande furent restitués aux Portugais; ceux-ci doa> nèrentà PEspagne les lies iïJnnabe»t Fernando éelPôtihk colonie Sacrer inento.
Guerre avec les Indiens, — Les hostilités avec les Indiens n^eurent
pas de terme, et elles n'en pourront avoir tant que cette race ne sera pas détruite, ou dispersée parmi les colons européens. Les Clîarruas, dans la nanda-Orienfale ,\es Pampas, aux environs de Buénos-Ayres, les AbiponeSj dans le Cbaco, les Paya^uas, les Cliiquitos et les Timbaes, toujours battus et jamais découragés, renouvelèrent souvent leurs incursions , mais avec des circonstances si peu variées , nous n'en reparlerons plus.
Patagonie, — En 1779, le gouvernement espagnol, craignant d'être devancé par les Anglais , donna l'ordre au vice-roi de Buenos- Ayres de fonder deux établissements sur la odte de Pataçonie. II n'a cessé depuis, quand les circonstances le lui ont permis, d'y faire exécuter des travaux importants O.
(*) La Patagoaie fêil Tolyet d'iuw notice poticulièi-e.
yieê'fûtfmÊté du Rio de la Pla4a,
— I.es provinces du Rio de la Plata avaient acquis une importance qui oe permettait plus de les laisser rninies au gouvernement du Pérou. Le roi
créa, en conséquence, en l'année 177H , une nouvefle vice-royauté, dont Buénos-Ayres était la capitale. Cette ville obtint , à cette même époque , 1« rétablissement de VJudiencia Reale , qui avait été supprimée un siècle auparavant. Elle était composée d'ua régent, de cinq auditeurs et de deux commissaires du irotivernement. Cetto institution était une sorte de tempérament à l'autorité des vice-rois , mais elle n'avait pour mission spéciale que la haute surveillance des détails administratifs qui concernent la province, tandis que le cabUdo, ou conseil umnicipai, ne s'occupait que des intérêts de la conunune à laquelle il était affecté.
Le Haut-Pérou, dont Charcas (ou Chuqidsaea) est la capitale, M annôé au Rio de la Plata; on le di*
visa en deux gouvernements.
La nouvelle vice- royauté comprenait onze départements et 22 carre-
?'emienlos. Sa superficie , selon M. de ïumboldt, était de 126,800 lieues carrées de 20 au degré , et sa population de 2,300,000 habitants.
Gverre arec V -iiigleterre, 1796.
— Il y avait déjà sept années que la révolution française avait éclaté, lorsque FEspagne , véritable satellite en* tratnédansie tourbillon de la France, déclara la guerre à l'Aniileterre. Quand un gouvernement veut en venir a une pareille extréuute , il est rare que les prétextes lui manquent. Cette fois , cependant, le cabinet de TEscurial ne put mettre en avant que la tendance et les intentions de T Andeterre. La politique anglaise ne se uementit pas en cette ^rave circonstance, et Guillaume Pitt conçut immédiatement, l'idée d'émanciper les colonies espa-
S noies, en commençant par rAmérique usud-Lesciroonstances s'opposèrent, à ce que ce projet filt alors réalisé , les deux gouvernements s'étant rapprodié;^ à peu de temps de la ; ce ne
BUÉ^'OS-AYRES , V/
fut gu'en 1804 qu'il fut repris et suivi avec activité , pour n*étr« abandonné qu'à l'énocjuc où l'Espgne et TA ngleterre s'allièrent coatreVenneim commun.
En 1801 , le roi avait ordonné la formation de plosienrs corps de milice dans la vice-roynnfé du Rio de la Plata. Cette levée comprenait les hommes de 16 ans jusqu'à 46, et devait présenter un efSecAif de 19,000 hommes environ , la maîeure portia de cavalerie.
Les préparatifs de la guerre n'empéchèrent pas le gouvernement espagnol de porter , à Tétat sanitaire des colonies, l'attention qu'elles réclamaient. Les années 1803 et 1806 feront époque dans les annales de cette partie de I Amérique , par l'introduction de la vaccine. « II faut connaître, » dit M. de Uumboldt, « les ravages que la petite vérole exerce sous Ta zona torride , et parmi une race d'hommes dont la constitution physique semble contraire aux éruptions cutanées , pour sentir combien la découverte de Jenner est plus importanteeneoreponrla partie équinoxiale du nouveau continent qu'elle ne Ta été pour la partie tempérée de l'ancien. »
Le gouvernement anglais de cette époque a été mis au ban des nations pour certains actes qui constituent une violation manifeste du droit des jiens.
En 1804, rEspsfnne était en pleine paix avec lui, lorsque, snns dcclaration de guerre, sans motifs leiiitinies, il fît saisir quatre fréj^ates espagnoles. Le cabinet de Madrid, iastwnent indigné de cet abus de la irorce, déclara la guerre à celui de Saint-James. L'année suivante, le vice-roi Sobrémonté flt lever en masse les mflioes du Rio (îe la Plata , pour s*opposer à une invasion dont la province buénos-ayrienne était menacée de la part d'une escadre anglaise qu'on avati vue émlaer dam ces parages. Mais cette expédition aivlt «ne autre destination; elle cingla vers le cap de Bonne-Ksperance, où elle déba1^(Iua, le 10 janvier J806 , 6,000 iHHnmes, qui s'emparèrent de la ville «lu Gifi, ciMf iMii des poiiHMi hoi«
lAGUAY, URUGUAY. 35
landaises. L>scadre était commandée par sir Howe Popham. Cet amiral , enhardi par cette radie victoire , conçut le projet de tenter un coup de main sur Buénos-Ayres. Il n'avait pas d'ordre pour en agir ainsi; mais le succès pouvait le jastifier, et il partit en conséquence avec 1,100 soldats aux ordre* du général Béresford. Les troupes débarquèrent le 26 juin de la même année. Le lendemam , elles marchèrent contre une division es|>agnoie qui se présentait en avant du village de /icducttony forte d'environ 2,000 hommes. Ces miliciens, mal armés, et plus mal disciplinés, s'enfuirent à l'approche des Anglais. Réresford s'avança donc, sans. coup férir, sous les murs de la place, qui capitula le 3 Juillet. Les marchanaises et effets appartenant à la couronne ou aux compagnies de commerce furent transportés a bord du NareUnu, et envoyés en Angleterre ; leur valear se montait à un million de dollars- T es propriétés particulières furent respectées, le commerce déclaré libre; et les habitants purent conserver l'exerdoe de leur culte, ainsi que les formes de leur administration. Sir H. l'opham, traduit devant une cour martiale, fut réprimandé.
Le pavillon liritannique ne devait pas llotter lonii-terTips sur les murs de Buénos-Ayres. Linicrs, Français par la naissance et par le coeur , capitaine de marine au service d'Fspagne, se trouvait alors a Montevideo. (> brave conçoit le projet d'arracher aux Andate leur facile complète ; H oonvocjot les milices de la Banda-Orientale et de Montévideo, et marche à leur tétc au-devant d'une colonne anglaise, qui ne resta maîtresse du idump de !»• taille qu'en le couvrant de ses morte et de ses blessés. Ce demi-succès retrempe le moral des Espagnols; les BaénoB-Ayritns manifestent à leurs vainqueurs les intentions les plus hostiles. TIs appellent hautement Liniers à leur secours, et celui-ci ne se fait pas long-temps attendre. Les Anglais opposent vainement une opiniâtre réautanee; ils ne pciTant.obtonir qn'ont