Trichodesmies rouges, vues au microscope
petits, qui, sous l'influence de certaines conditions atmosphériques, se multiplient avec une telle abondance, que l'esprit ne saisit que difficilement toute la magie de leur procréation.
Un savant belge, M. Morren, après avoir réuni presque tout ce qu'on a écrit sur les eaux rouges, depuis Moïse jusqu'à nos jours, a mentionné vingt-deux espèces d'animaux et presque autant de plantes, comme susceptibles de leur donner l'apparence du sang.
Lorsque Ehrenberg plantait sa tente sur les rivages de la mer Rouge, près du Sinaï, aux environs de la ville de Thor, il eut le rare bonheur de voir cette mer teinte de la couleur d'un rouge de sang, à laquelle elle a dû son nom dès la plus haute antiquité. Ses vagues déposaient alors sur le rivage une matière gélatineuse, d'une belle couleur pourpre, que le grand
naturaliste prussien reconnut n'être composée que d'une seule algue microscopique, la Trichodesmie rouge, unique cause du phénomène célèbre.
L'eau n'est pas le seul domaine des animalcules microscopiques; on en rencontre aussi, dans la terre, des amas dont la puissance dépasse toutes les supputations du calcul. Certaines espèces, dont l'infinie petitesse n'égale peut-être pas la 1500e partie d'un millimètre, constituent, sous le sol de quelques endroits humides, de véritables couches vivantes qui ont parfois plusieurs mètres d'épaisseur2.
Dans le nord de l'Amérique, on découvre de ces assises animées offrant jusqu'à 20 pieds de profondeur; et, parmi les bruyères de Lunebourg, il en existe de plus de quarante. La ville de Berlin est bâtie sur un de ces bancs d'animalcules qui dépasse même trois fois les dernières par son épaisseur. Tout cela tient du prodige. Les êtres microscopiques dont il est question ici sont d'une telle ténuité qu'on pourrait en aligner 10 000 sur l'étendue d'un pouce: et le poids de chacun d'eux équivaut à peine à la millionième partie d'un milligramme, car on a calculé qu'il en faut 1 111 500000 pour faire uu gramme!
Un sol d'une telle composition est naturellement dépourvu de stabilité, ce qui fut reconnu pour la capitale de la Prusse, où l'on sévit forcé, en faisant de nouvelles constructions, d'en creuser très-profondément les fondations, l'affaissement de quelques maisons ayant démontré l'utilité de cette précaution.
Dans bien d'autres endroits, ces infimes animalcules pullulent encore par myriades de myriades, et forment de puissantes assises sur les couches superficielles du globe. Dans son remarquable ouvrage sur la terre, M. Elisée Reclus rappelle que, dans le port de Wismar, la vase est composée pour un tiers ou même pour moitié d'espèces vivantes, entassées en multitude incalculable, à raison peut-être d'un million de mètres cubes par siècle.
Un phénomène singulier frappe parfois le voyageur qui explore les montagnes élevées : c'est la coloration rouge de la neige. Ce fait dont Aristote, le prince des naturalistes, avait déjà parlé, est encore dû à nos organismes microscopiques. Et, chose remarquable, c'est que le même être, le Discerœa nivalis, semble le produire partout, sur les cimes glacées des Alpes, comme sur les neiges des plus extrêmes régions polaires où l'homme ait encore pénétré, car, dans ces horribles latitudes on rencontre aussi de la neige rouge.
Le panthéisme disséminait la vie dans tous les interstices de la matière ; nos animalcules microscopiques le rappellent et abondent partout, même là où nous nous attendrions le moins à en rencontrer. Notre siècle éclairé a fait justice des hypothèses de la panspermie, qui imprégnait toutes les parcelles de la création de germes ou d'organismes vivants ; mais il faut cependant reconnaître que, si ces introuvables germes métaphysiques ne sont qu'une ridicule fiction, il existe cependant au sein de l'atmosphère, qui nous parait si transparente et si pure, quelques Microzoaires voltigeant çà et là.
Les invisibles populations d'organismes aériens forment même, selon de Humboldt, une Faune toute spéciale. Mais outre les Infusoires météoriques dont, selon l'illustre savant, l'existence ne peut être mise en doute, l'atmosphère charrie une immense quantité d'animalcules ordinaires, morts ou vivants, que ses courants enlèvent et transportent par tout le globe. Quelquefois, ils abondent tellement dans l'air qu'ils interceptent la lumière et suffoquent les voyageurs.
En analysant une fine pluie de poussière qui enveloppa d'un brouillard épais des navires qui se trouvaient à 380 milles de la côte d'Afrique, Ehrenbcrg y découvrit dix-huit espèces d'animalcules à carapace siliceuse.
Mais la vie microscopique n'envahit pas seulement l'eau, l'air et la terre, on la retrouve encore, pleine de puissance et d'animation, à l'intérieur des animaux et des plantes; aucun
de leurs appareils les plus profondément protégés, les plus actifs, ne peut s'y soustraire. Non-seulement les animalcules affluent dans toutes les cavités des animaux, en communication avec l'extérieur, mais on en rencontre aussi dans les organes absolument clos. L'arbre vasculaire qui distribue le sang dans tout le corps, quoique hermétiquement fermé de toutes parts, n'en contient pas moins, parfois, quelques Microzoaires mêlés à ses globules sanguins, et semblant vivre à l'aise au milieu du tourbillon incessant de la circulation. Celui-ci parcourant cha-