DE LA RACINE
Malgré le disgracieux aspect de ses divisions tortueuses, et le désordre de sa chevelure absorbante, la Racine de nos arbres n'en est pas moins organiquement identique à leurs rameaux réguliers, à leurs symétriques divisions. L'anatomie et l'expérience le démontrent.
On voit parfois, dans les forêts, de grosses branches ser-
189. Branches feuillues et racines advenlives sur une même ramification demi-enterrée.
pentant à la surface du sol, enterrées par leur moitié inférieure, tandis que l'autre est plongée dans l'air. La première
émet des radicelles qui s'enfoncent dans la terre, et l'autre des feuilles allant s'épanouir au sein de l'atmosphère. C'est donc le même organe qui est à la fois tige et racine.
L'expérience prouve encore mieux ce fait. Duhamel, en retournant des Saules, mit leurs racines en plein air et leurs rameaux dans la terre. Bientôt après, tant ces organes sont identiques, les racines s'étaient couvertes de feuilles, et les tiges,
transformées en appareil souterrain, avaient poussé des radicelles absorbantes. En grand, cette curieuse expérience réussit de même. Dans ses Mémoires, M. de Raguse raconte avoir vu, chez un seigneur russe, une avenue de Tilleuls que celui-ci avait eu la fantaisie de transplanter la tête en bas. La méta- . morphose était complète, tous ces arbres renversés végétaient splendidement; les racines s'étaient totalement transformées en vigoureuses branches feuillues.
L'identité des deux organes est telle, que le physiologiste peut même transformer en racine la partie moyenne d'une tige, tandis qu'au-dessus et au-dessous de celle-ci poussent encore