DE LA TIGE
Si les formes multiples des Tiges s'opposent à ce qu'on les classe rigoureusement, on peut au moins reconnaître qu'elles se présentent souvent sous trois aspects strictement définis, dont les types se trouvent dans nos Arbres, dans les Palmiers et dans les Graminées.
La tige de nos arbres, appelée Tronc, représente un cône fort allongé, allant en s'amoindrissant à mesure qu'elle s'élève. Sur sa coupe nous distinguons trois parties nettement dessinées : l'écorce, le bois et la moelle.
L'écorce, qui en est la plus extérieure, est formée de couches assez nombreuses. On trouve surtout à y signaler : l'épidémie, membrane fine et transparente, laissant ordinairement apercevoir le tissu sur lequel il est appliqué; la couche subéreuse, ordinairement inapparente tant elle est mince, mais qui acquiert plusieurs centimètres d'épaisseur sur quelques végétaux, et en particulier sur le Chêne-liége. C'est cette couche qui constitue le liège dont nous faisons une si grande consommation pour nos besoins domestiques. Dans le midi de l'Europe et en Afrique, on en dépouille les arbres ; et, comme ce tissu repousse quand il a été enlevé, tous les sept ou huit ans on peut en faire une nouvelle récolte. Le liège ne représente donc pas l'écorce, mais seulement sa partie superficielle; car, comme lorsqu'on dépouille un tronc de son enveloppe corti-
cale il meurt, on n'en pourrait faire plusieurs enlèvements successifs, les arbres seraient tués.
Sous la couche subéreuse se voit la zone herbacée, que caractérisent à première vue ses petites cellules remplies de gra-
nules ordinairement verts, dont la coloration s'aperçoit à travers l'épiderme.
Les couches libériennes se trouvent encore plus profondément. Elles forment de minces membranes tissues de fibres allongées et souvent d'un beau blanc. Ces couches sont superposées comme les feuillets d'un livre, et on les isole parfois avec facilité : disposition à laquelle elles ont dû le nom de liber, ou celui de livret sous lequel on les désignait autrefois.
Les fibres longues et résistantes du Liber sont parfois simplement accolées les unes aux autres, aussi nous donnentelles de précieux fils textiles. D'autres fois, intimement entrecroisées, les sauvages les transforment en objets variés. En distendant l'écorce d'une petite baguette de la grosseur d'une plume, ils confectionnent un bonnet de nuit, ou un fouet qui la flexibilité de ceux que nous faisons avec nos cordes les plus fines.
Le Liber de quelques végétaux imite absolument nos étoffes;
ce sont des vêtements tout confectionnés que la nature nous offre. Les habitants de la Nouvelle-Zélande transforment en fortes draperies le tissu libérien de quelques-uns de leurs végétaux; et après l'avoir recouvert de dessins d'impression, ils s'en servent diversement, soit pour orner leurs habitations, soit pour confectionner leurs costumes. A la Havane, les négresses se font des robes avec un Liber plus moelleux et plus fin. Sur le Lagetto, qui est célèbre à cause de cela, on en trouve des couches dont les fibres entrecroisées ont la finesse de notre dentelle. Celles-ci remplacent même cette étoffe dans la toilette des dames, aussi a-t-on donné le nom de Bois- Dentelle à l'arbre qui les produit.
Les couches internes de l'écorce sont parfois formées de feuillets assez serrés et assez compactes pour composer une sorte de papier. C'était avec elles que les Égyptiens confectionnaient ces célèbres papyrus, sur lesquels ils écrivaient, et qui, respectés par les siècles, viennent dérouler, à nos yeux étonnés, des œuvres remontant au temps des Pharaons. Le Souchet à papier, dont l'aspect est si étrange, et qui croît sur les bords du Nil, a longtemps passé pour fournir ce précieux objet50.
Le Bois est composé de zones concentriques, emboîtées les unes dans les autres, qui ne sont que le résultat de l'accolement intime d'une foule de vaisseaux et de fibres microscopiques.
Au centre de la tige se trouve la moelle, presque uniquement formée de tissu cellulaire. C'est avec de très-minces feuillets de cet organe, découpés à l'aide d'un couteau tranchant, que les Chinois confectionnent le beau papier sur lequel ils peignent, et qu'on désigne, à tort, sous le nom de papier de riz 57 .
Le second type de tige appartient aux Palmiers. Cette tige, qui porte le nom de stipe, est ordinairement cylindrique et dépourvue de ramifications et d'écorce.
193. Souchet à papier ou Papyrus des Égyptiens. Cyperus papyrus, Linnée.
Enfin vient le chaume, composé d'un fût offrant de place en place des nœuds ; il appartient particulièrement à la famille des Graminées.