Mandragore ayant ses radicelles dans l'eau, et vivant
sol favorable, tandis que ses fines extrémités ont été éparpillées dans le sable aride, bientôt le sujet se fane, languit et meurt.
Une puissance instinctive, irrésistible, guide la racine vers son but. Rien ne l'entrave ; pour l'atteindre, elle fend les rochers, traverse l'eau, ou se suspend et se contourne de mille manières.
Un Acacia de la Nouvelle-Angleterre devenu débile et languissant, après avoir épuisé le sol stérile dans lequel il se trouvait implanté, avide enfin de se désaltérer, envoya une de ses racines à travers une cave de 66 pieds, se plonger dans un
LE RÈGNE VEGETAL. 365
puits voisin et y éparpiller sa chevelure au beau milieu de l'eau. A compter de ce moment, à ce que rapporte Malherbe, auquel on doit cette histoire, l'arbre releva ses rameaux penchés, ranima son feuillage flétri, puis s'accrut avec une merveilleuse rapidité.
Le Figuier religieux, célèbre dans l'Inde à cause de la vénération dont il est l'objet et de son aspect étrange , est encore plus remarquable. De ses vigoureux rameaux horizontaux tombent, de place en place, de fines racines aériennes, semblables à de simples filaments. Ces appendices descendent
207. Mandragore ayant ses radicelles dans le sable sec, et se mourant.
lentement vers le sol, comme attirés par lui, et ne grossissent nullement jusqu'à ce qu'ils s'y soient enfoncés. Mais tout change aussitôt qu'ils l'ont touché. Ces frêles expansions prennent alors un accroissement considérable, en formant tout autour du tronc maternel une splendide colonnade végétale, dont les multiples piliers suspendent au-dessus d'eux une imposante voûte de verdure. Le brame place parfois ses idoles sous ce temple rustique et mystérieux, où l'Indien incline son front vers le Gange sacré. C'est à cette coutume que l'arbre doit son nom vulgaire de Figuier des pagodes.
Le nombre des racines aériennes de ce Figuier est parfois
considérable, et l'arbre mère produit tout autour de lui une impénétrable colonnade composée de fûts de toutes les grosseurs. Il en est qui comptent plus de 350 de ces grosses racines, auxquelles s'en adjoignent 2 à 3000 petites ; il semble une forêt au milieu de la forêt. Une tradition indienne affirme qu'Alexandre passa près de l'un de ces gigantesques arbres, qui existe encore sur le Nerbuddah.
Les racines aériennes de la Clusie rose produisent d'autres effets. La plante les laisse pendre du haut des Palmiers. D'abord frêles et inoffensives, elles en enlacent innocemment les tiges ; mais bientôt, en se soudant, et en trouvant dans le sol une surabondance de vie, ces racines forment un épais manteau ligneux, et de leurs bras tortueux, étreignant de plus en plus leur protecteur, finissent par l'étouffer en l'enserrant au milieu d'une sorte de fourreau inextensible. Ainsi le Figuier maudit, c'est le nom vulgaire du parasite, est le vivant symbole de l'ingratitude.
De Candolle admet, sans ambages, que l'absorption est un phénomène essentiellement vital, et nous partageons absolument l'opinion du plus grand botaniste des temps modernes, laquelle fut aussi celle de Sennebier, de de Saussure et de Desfontaines01.
A la succion de la spongiole, qui cesse aussitôt que la "Vie s'éteint, se joignent accessoirement quelques forces purement physiques, telles que l'endosmose, la capillarité et l'hygroscopicité, que divers savants ont eu le tort de considérer comme étant les agents spéciaux de la vie des plantes.
Les radicelles semblent instinctivement choisir dans le sol l'aliment de la plante, qui y est éparpillé , ainsi qu'au milieu de la nourriture qui remplit l'intestin des animaux, les vaisseaux chylifères pompent seulement le fluide qui va régénérer l'organisme. Comme ces derniers, les spongioles des végétaux se trompent parfois, en introduisant avec la séve quelque poison qui les tue. Mais l'absorption est si peu reléguée aux
puissances physico-chimiques, que certaines plantes végètent au milieu d'un sol bourré de substances mortelles, sans en ressentir la moindre atteinte. Dans les contrées où l'Arsenic abonde, il en est qui bravent son action corrosive. Ainsi, quand tout expire autour d'elles, certaines Légumineuses couvrent de verdure le sol rocailleux de la Cornouaille, là où il contient cinquante pour cent de sulfure arsenical, et dont le reste n'est guère composé que de silice et de sulfure de fer6-.
On démontre, à l'aide d'expériences fort simples, que l'absorption des racines est un acte vital. Si d'un côté on plonge une racine intacte dans une solution saline, et qu'à côté on mette la même plante après en avoir préliminairement tronqué les divisions; au bout d'un certain temps, on reconnaît que le végétal intact n'a pas absorbé ce sel dans la même proportion qu'il se trouve dans la solution ; tandis que celui qui a eu ses racines tronquées et où tout a été abandonné à l'empire des causes physico-chimiques, a pompé le liquide sans aucun choix.
L'eau est le principal aliment du végétal. Cependant les radicelles puisent aussi dans la terre quelques autres corps : il leur faut du carbone et de l'azote. Les Graminées exigent une certaine quantité de silice. Le chaume du blé en renferme déjà une notable proportion, mais cette substance consolide bien autrement la robuste tige des Bambous. Celle-ci, selon Davy, en contient jusqu'à 71 centièmes, et, ainsi que nos cailloux, fait feu avec le briquet. D'après de Candolle, l'analyse démontre que d'autres végétaux absorbent du fer et même de l'or. On a aussi trouvé du cuivre dans le café et le blé ; et un chimiste a supputé qu'en France 3650 kilogrammes de ce métal entraient annuellement dans notre alimentation avec cette céréale.
En voyant la quantité d'eau que les plantes absorbent chaque jour, Boyle avait conclu que ce fluide était seul employé à leur nutrition. L'opinion du célèbre physicien anglais
fut adoptée par Van Heimont ; et celui-ci pensa l'avoir élevée à la hauteur d'une démonstration, en voyant rester bien portant un Saule qu'il n'arrosait qu'avec de l'eau de pluie, laquelle, au temps de cet alchimiste, passait pour être d'une admirable pureté.
La science a renversé ces assertions, en prouvant que l'eau