RESPIRATION DES PLANTES
Les plus grands animaux , la Baleine, le Rhinocéros et l'Autruche, ainsi que l'Homme, n'aspirent l'air que par un seul canal; et ce n'est, en quelque sorte, que dans un seul matras, le poumon, que se manipulent toutes les réactions chimiques de leur respiration. Sous ce rapport, les plantes sont encore mieux partagées qu'on ne le suppose généralement. Au lieu d'un appareil unique, c'est par milliards que l'on compte chez elles les laboratoires microscopiques où s'accomplissent mystérieusement toutes leurs combinaisons pneumatiques ; une seule feuille en présente parfois plus d'un million dans ses interstices.
Les Feuilles ne sont, en effet, que les poumons des plantes. Le microscjpe fait découvrir à leur surface une foule d'ouvertures allongées, bordées d'un bourrelet et assez semblables aux boutonnières de nos habits : ce sont les Stomates ou les orifices béants par lesquels l'air entre dans les chambres respiratoires. De dimension excessivement restreinte, puisqu'elles se trouvent dans l'épaisseur de la feuille, ces invisibles chambrettes sont creusées dans le tissu cellulaire, et leur voûte est supportée par de fines colonnades de cellules placées bout à bout, et dont l'air parcourt le merveilleux labyrinthe.
Quelques plantes aquatiques, qui vivent dans la profondeur des fleuves, n'offrent point cette organisation. N'ayant nul rap-
LE REGNE VEGETAL. 383
port avec l'atmosphère, ces cavités aériennes ne leur seraient d'aucune utilité ; aussi offrent-elles une disposition toute particulière se rapprochant de ce que présentent les poissons, qui ont un appareil respiratoire spécial, des branchies, disposées pour s'emparer des parcelles d'air imperceptibles contenues dans l'eau, en quantité assez notable pour suffire à leur respiration. On découvre une disposition analogue chez divers végétaux de la famille des Naïades, habitant au milieu de nos
214. Respiration des plantes. Dégagement d'oxygène sous l'eau.
mares et de nos fossés. Leurs feuilles sont dépourvues d'épiderme et représentent des espèces de branchies, disposées pour agir sur les particules aériennes contenues dans le milieu où elles vivent. Tels sont les Potamogétons, qui, par rapport à leur respiration, considérée isolément, sont de véritables plantes-poissons.
La respiration des animaux est funeste à la composition de l'air atmosphérique; ils la vicient d'une manière incessante,
soit en en absorbant le principe vital, ou l'oxygène, soit en y versant un poison, l'acide carbonique.
On a calculé que l'espèce humaine, à elle seule, consommait annuellement 160 milliards de mètres cubes d'oxygène, et que les animaux quadruplent cette dépense.
D'un autre côté, tout homme exhale chaque jour dans l'atmosphère 250 grammes de gaz acide carbonique, c e qui donne environ 75 grammes de charbon combustible. De façon que, sans compter la masse produite par les animaux, on peut évaluer à environ 2 500 000 tonnes de charbon ce que la seule population de France verse annuellement dans l'atmosphère.
On est effrayé en présence de cette menaçante altération de notre fluide vital ; elle semble devoir amener la catastrophe finale de l'animalité. Mais tout à côté de l'élément perturbateur, il y a une providentielle réparation : le manteau de verdure du globe remédie à tous les désordres que suscite le règne animal ; chaque plante représente une véritable machine à épurer V air.
Les végétaux , pour se nourrir et constituer leur squelette solide , ont besoin d'une grande quantité de charbon. A cet effet, ils absorbent tout l'acide carbonique qu'ils peuvent rencontrer dans l'air ; et ensuite fixent son carbone dans leurs tissus et en exhalent l'oxygène. Double moyen par lequel ils assainissent et régénèrent l'atmosphère en lui rendant le gaz vital que les animaux absorbent, et en y enlevant le poison que ceux-ci y versent continuellement.
Ce contraste harmonieux frappera tous les esprits ; et, on le voit, il est destiné à remédier aux altérations incessantes que le règne animal introduit dans l'atmosphère et à la garantir de toute perturbation. Selon A. Brongniart, la loi d'équilibre est telle en ce moment que les plantes semblent verser dans l'air autant d'oxygène que les animaux en dépensent.
Rien n'est plus facile que d'apprécier la quantité d'oxygène que les végétaux distillent dans l'atmosphère, par tous leurs pores. Une s'agit, pour cela, que démettre l'un d'eux sous une
LE RÈGNE VEGETAL.
cloche à expérience, remplie d'eau, et immédiatement après que celui-ci se trouve exposé à la lumière, tout son feuillage se couvre de bulles de gaz qui s'en dégagent, et montent sans discontinuer vers le haut du vase. Si alors on analyse le produit qui s'est rassemblé là, on reconnaît, par l'éclat qu'il donne aux corps en ignition, que c'est de l'oxygène jouissant de tous ses attributs.
Mais, chose remarquable, cette salutaire intervention des végétaux ne se manifeste que sous l'influence de la lumière. Si l'astre dont elle émane venait à s'éteindre , elle cesserait au même moment, et le globe, plongé dans l'obscurité, se dépouillerait bientôt de sa tunique verdoyante. Aussi Lavoisier a-t-il pu dire avec raison :
« L'organisation, le sentiment, le mouvement spontané, la vie, n'existent qu'à la surface de la terre et dans les lieux exposés à la lumière . On dirait que la fable du flambeau de Prométhée était l'expression d'une vérité philosophique qui n'avait point échappé aux anciens. Sans la lumière, la nature était sans vie, elle était morte et inanimée : un Dieu bienfaisant, en apportant la lumière, a répandu sur la surface de la terre l'organisation, le sentiment et la pensée. »
Cependant, la nuit, les phénomènes respiratoires des plantes changent absolument de direction ; celles-ci se comportent comme des animaux. Elles absorbent la partie vitale de l'air et filtrent de l'acide carbonique par leurs porosités ; de manière que, quand on couche dans une chambre étroite où Ton a imprudemment laissé quelques arbustes, l'air en est autant vicié que si l'on y eût enfermé un égal nombre d'hommes.
Mais cette respiration nocturne est loin d'anéantir le bienfait de l'exhalation de la journée. Les végétaux, sous l'influence de la lumière, versent dans l'atmosphère beaucoup plus d'oxygène qu'ils n'en absorbent la nuit ; et ils lui enlèvent infiniment plus d'acide carbonique chaque jour, qu'ils n'en produisent pendant les ténèbres.
Ce sont donc les Plantes qui se trouvent chargées d'entretenir l'harmonieuse composition de l'air. Aussi , est-il évident que si l'importante fonction confiée aux végétaux de toute la surface du globe, venait à s'anéantir subitement, dans un temps donné, tout le règne animal succomberait à son tour. Cependant, selon les calculs de Dumas, cet événement ne se produirait qu'après une longue suite de siècles, tant l'atmosphère est riche en oxygène! Le savant chimiste prétend qu'il ne faudrait pas moins de 800000 ans à tous les animaux du globe pour absorber ce gaz en totalité, et que 10 000 années s'écouleraient même sans que sa diminution fût sensible à nos plus parfaits instruments de physique68.
A l'aide d'ingénieuses investigations, le professeur Liebig a même prouvé que la nature chimique de l'atmosphère n'avait pas varié sensiblement depuis plus de deux mille ans. Il prit l'un de ces petits vases en verre, dans lesquels, lors du trépas des personnes qui leur étaient chères, les dames romaines recueillaient leurs larmes, et qui, après en avoir été en partie remplis, étaient scellés hermétiquement au feu et déposés dans le sarcophage du mort. Ce vase lacrymatoire ayant été brisé, et l'air qu'il contenait analysé, ce savant reconnut que cet air avait absolument la même composition que le fluide que nous respirons aujourd'hui.
Par de délicates expériences, M. Lacrèze-Fossat a pu déterminer quelle était la proportion de gaz respirable que certains végétaux versaient dans l'atmosphère. Cet observateur a reconnu qu'en douze heures, la face inférieure des larges feuilles flottantes que le Nénufar jaune étale sur nos fleuves, produisait 17 centilitres d'oxygène. Et, selon lui, un seul pied de cette plante, se composant de quinze feuilles, verse dans l'espace de cinq mois d'été 535 litres de ce gaz dans l'atmosphère.
Combien donc un grand arbre en doit-il produire en une seule saison, lui dont la surface respiratoire a tant d'étendue comparativement à celle de la plante aquatique69!