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LA FARINE FOSSILE ET LES MANGEURS DE TERRE

Dans un assez grand nombre de pays, le dénument de ressources alimentaires porte l'homme à se nourrir de certaines sortes de terres, qui jouissent d'une véritable propriété nutritive.

Les voyageurs sont trop unanimes sur ce fait pour qu'il soit possible d'en douter. Sa connaissance remonte môme à une époque plus reculée qu'on ne le croit généralement, car il en est déjà question dans le vieux et curieux livre de Naudé, sur l'apologie des grands hommes accusés de magie. Il y est dit que diverses terres de la vallée d'Hébron sont bonnes à manger....

Vers l'embouchure de l'Orénoque, les Otomaques, durant quelques saisons de l'année, se nourrissent en grande partie d'une espèce d'argile grasse et ferrifère, dont ils consomment

jusqu'à une livre et demie par jour. Spix et Martius disent qu'une semblable coutume se retrouve sur les bords de l'Amazone ; et ces savants voyageurs rapportent que là, les sauvages font usage de cette terre même lorsque les aliments plus substantiels ne leur manquent point. On sait aussi que sur les marchés de la Bolivie on vend une argile comestible. Enfin, Gliddou assure qu'il existe dans l'Amérique septentrionale un assez grand nombre de peuplades géophages, surtout parmi les nègres répandus dans les forêts de la Caroline et de la Floride.

Les naturalistes, frappés de ces récits, ont voulu examiner quelle était la composition de ces diverses terres comestibles, et ils ont reconnu, à leur grand étonnement, que quelquesunes d'entre elles n'étaient que des espèces de tripolis ou d'argiles, renfermant une notable quantité d'Infusoires d'eau douce ou de coquilles microscopiques. De façon que Ton peut supposer que ces roches alimentaires doivent leurs propriétés aux matières animales qu'elles ont retenues; et ce sont celles-ci qui fournissent à l'homme une véritable nourriture antédiluvienne, composée de débris d'animalcules microscopiques.

Les révolutions telluriques ne se sont pas bornées là ; elles ont parfois produit, de toutes espèces, une farine fossile animalisée ; il n'y a plus qu'à la transformer en pain. En effet, on sait que, dans les temps de disette, les Lapons se nourrissent d'une poussière minérale blanche, qu'ils substituent au produit des céréales. Retzius, qui a étudié cette farine, a reconnu qu'elle était composée des restes de dix-neuf espèces d'Infusoires analogues à ceux qui vivent aujourd'hui aux environs de Berlin. Et ce savant professeur a même démontré que cette poussière de squelettes, qui est également répandue dans la Suède et la Finlande, devait ses qualités nutritives à une certaine quantité de substance animale que l'analyse chimique y retrouve encore, après tant et tant de siècles !

C'est ainsi que les sciences modernes jettent les plus vives

lumières sur une foule de faits restés inexpliqués jusqu'à nos jours.

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