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LES CAPITALES EN COQUILLES MICROSCOPIQUES

En suivant nos études progressives, si nous passons des Organismes dont la ténuité est telle qu'ils se dérobent absolument à notre œil, à ceux dont la coquille approche de la grosseur d'une tête d'épingle, nous reconnaissons que ces derniers ont réellement présidé à des phénomènes géologiques qui tiennent 'du prodige.

Tel est le cas des Milioles, petites coquilles qui doivent leur nom à ce que leur volume ne dépasse pas celui d'un grain de millet, et même est souvent moindre. Celles-ci étaient tellement nombreuses dans les mers parisiennes, qu'en se déposant elles ont formé des montagnes que l'on exploite aujourd'hui pour la construction de nos villes. La plupart des pierres des habitations de Paris ne sont même composées que de petites carapaces de ces Mollusques, entassées et étroitement liées entre elles; aussi peut-on dire, sans hyperbole, que notre splendide capitale est bâtie en coquilles microscopiques.

Une observation de M. Defrance donne une idée de la petitesse de la Miliole des pierres, espèce dont est principalement constitué le Calcaire grossier employé à la construction. Il a

reconnu qu'une case d'une ligne cube de capacité pouvait en contenir jusqu'à quatre-vingt-seize !

Quels mystères enveloppent la vie de ces frêles coquilles, elles qui, malgré leur exiguïté, ont joué un si grand rôle dans les phénomènes telluriques de l'époque tertiaire! La nature

16. Miliole amplifiée ayant sorti ses appendices capillaires.

révèle ici son infinie puissance, en regagnant par le prodige de la fécondité tout ce qu'elle perd par le volume. Aussi les vestiges de quelques êtres microscopiques, comme l'a dit Lamarck, influent-ils beaucoup plus sur l'écorce du globe que les débris des éléphants, des rhinocéros et des baleines, dont la masse nous étonne !

Nous avons vu certains organismes invisibles ou quelques coquilles microscopiques engendrer de puissantes roches stra- •tifiées. Si maintenant nous nous occupons de Mollusques du même groupe que ces dernières., mais seulement un peu plus volumineux, des Nummulites, nous sommes encore plus étonnés des phénomènes grandioses auxquels ils ont autrefois donné lieu; nous les voyons produire de hautes et longues chaînes de montagnes.

Le nom des Nummulites provient de leur forme qui est discoïde, aplatie, et rappelle celle d'une pièce de monnaie, nummulus. C'est à cet aspect qu'elles doivent aussi le nom de

pierres numismates, sous lequel on les désigne vulgairement. Beaucoup de ces coquilles sont fort exiguës ; d'autres fois elles parviennent jusqu'à la taille d'une lentille, semence à laquelle souvent elles ressemblent exactement.

Ces animaux ont aussi joué un grand rôle à diverses épo-

17. — 8. Roche de la chaîne arabique, formée de Nummuhtes agglomérées, ayant servi à construire les pyramides d'Égypte. — 2-3. Nummulites vues à l'intérieur. — 4. Nummulite composant uniquement le Sphinx. (Chaîne libyque.)

qu.es géologiques. On les rencontre en quantité prodigieuse dans les terrains secondaires et tertiaires; et ils ont tellement abondé parmi les mers qui recouvrirent quelques-uns do nos continents, que, parleur simple agrégation, leurs carapaces calcaires forment d'imposantes aspérités.

Dans une vaste étendue , ces coquilles constituent absolument toute la chaîne arabique qui longe le Nil ; là, elles sont tellement nombreuses et tellement tassées, qu'il n'existe presque aucune gangue pour les lier. Dans diverses régions de la haute Egypte que j'ai parcourues, le sol du désert ne consistait qu'en un épais matelas de Nummulites, dans lesquelles glissaient el s'enfonçaient profondément les pieds des voyageurs et des chameaux.

Paris, avons-nous dit, n'est bâti que de coquilles ; il en est de même du Sphinx et des célèbres pyramides d'Égypte. Les immenses assises de ces dernières, dont l'art n'explique encore ni le transport, ni l'élévation à de si grandes hauteurs, proviennent de la chaîne arabique, et ne sont uniquement formées que de Nummulites. Beaucoup de celles-ci ressemblent absolument à des lentilles par la forme et la taille, coïncidence qui a donné lieu à d'étranges méprises. Les siècles, en rongeant la surface de ces gigantesques monuments, en ont rassemblé d'énormes masses à leur base, où elles entravent la marche des visiteurs. A l'époque de Strabon, on prétendait que ces débris n'étaient que les restes de la semence alimentaire abandonnés par les anciens ouvriers qui s'en nourrissaient, et fossilisés par l'action du temps. Mais le géographe grec a réfuté cette grossière tradition ; et, dans sa description de l'Egypte, déjà il classe les Nummulites au nombre des pétrifications, en rappelant qu'il existe dans le Pont, son pays, des collines remplies de pierres d'un tuf semblable à des lentilles.

La pierre de Laon, souvent employée dans nos constructions, n'est également formée que d'amas de Nummulites.

Les extrêmes sont partout, avons-nous dit : nous les trouvons déjà dans les Mollusques, ces animaux déshérités de la création. Nous avons parlé de coquilles microscopiques : on peut en citer de colossales.

Une d'elles surtout a acquis une certaine célébrité à cause

de sa taille et de l'usage particulier auquel on l'a consacrée, c'est la Tridacne gigantesque, désignée vulgairement sous le nom de Bénitier, parce qu'on l'emploie parfois dans nos églises pour contenir l'eau consacrée. Mais celles que l'on y voit sont loin de nous donner une idée de l'animal. Les grandes Tridacnes, que l'on ne détache des rochers qu'en coupant leur câble à l'aide de la hache, pèsent parfois plus de cinq cents li-

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