‹ L'universChapitre 142 sur 212 · LES MOUVEMENTS DES VÉGÉTAUX · texte numérisé non relu

LES MOUVEMENTS DES VÉGÉTAUX

Ainsi que les animaux, les plantes sont douées de mouvements. Il en est comme pour la sensibilité, la moindre observation le démontre ; mais, pour les reconnaître, certains savants mettent le même entêtement qu'on a opposé autrefois aux premières démonstrations de la rotation de la terre. Les végétaux ont beau se mouvoir avec la même apparence que l'aiguille à secondes d'une montre ; prendre chaque jour des dispositions diverses pour dormir ou se soustraire à la douleur; comme la vieille science a proclamé qu'ils sont insensibles et privés de mouvement, quelques esprits timorés ne veulent pas en départir.

Cependant les mouvements des plantes sont de la dernière

évidence : seulement nous n'en découvrons pas les agents. Mais les connaissons-nous davantage dans les êtres les plus dégradés du règne animal ? certainement non.

C'est avec beaucoup de raison que de Candolle et Tiedemann, foulant aux pieds ces vues purement théoriques, admettent la motilité des plantes. Le dernier physiologiste fait observer avec justesse qu'il n'est nullement besoin, pour expliquer cet acte, qu'elles possèdent des fibres analogues à nos muscles, et que les Méduses et les Infusoires se meuvent parfaitement, sans qu'on ait pu discerner rien de semblable chez eux.

Ces mouvements des plantes sont spontanés ou accidentels. Là on les voit s'opérer par la seule impulsion instinctive du végétal ; ailleurs, ce n'est que quand nous l'irritons qu'il se soustrait à la douleur.

Les plantes s'animent de mouvements divers, sous l'influence de la lumière et de la température. L'action en est telle sur l'organisme, qu'il s'en trouve absolument transfiguré. C'est ce que nous voyons arriver dans le sommeil qui, comme nous l'avons dit, rend certaines espèces méconnaissables et change tout à fait l'aspect d'une prairie ou d'une forêt.

C'est surtout dans les feuilles que nous rencontrons ce remarquable phénomène qui rapproche tant les végétaux de l'animalité.

Sous ce rapport, la Desmodie oscillante doit occuper le premier rang, et sur elle la motilité surpasse énormément celle de beaucoup d'animaux inférieurs. C'est une plante de l'Inde, de la famille des Légumineuses, dont chaque feuille se compose d'une grande foliole terminale et de deux petites qui sont rapprochées de sa base. Quand le soleil frappe la Desmodie, ces deux dernières opèrent des oscillations continues infiniment remarquables. Elles s'avancent et s'éloignent successivement l'une de l'autre par un mouvement tremblotant, saccadé, qui imite absolument celui de l'aiguille d'une montre à secondes. Et il y a une telle similitude de cause entre ces mouve-

ments et ceux des animaux, qu'ils cessent sous l'influence des mêmes agents. Si vous arrosez la plante avec de l'opium, elle tombe dans le narcotisme, et ses oscillations s'anéantissent!...

L'activité de la Desmodie a même tant d'énergie qu'elle ne s'arrête pas sur les rameaux qui ont été amputés à la plante. Broussonnet a vu les folioles d'une branche qu'il avait plongée dans de l'eau se mouvoir pendant trois jours.

Dans les feuilles du Népenthès, le phénomène n'est pas moins apparent. Chaque nuit, nous l'avons dit, le couvercle de leurs amphores s'abaisse pendant que l'eau se distille à l'in-

Page 1