Desmodie oscillante
térieur; et, le matin, le vase s'ouvre spontanément, comme pour s'offrir de lui-même au voyageur.
Dans une foule de fleurs, au moment de la fécondation, les étamines et les pistils s'agitent ostensiblement en se portant les uns vers les autres, pour accomplir leur mission. Là, comme dans les Cactus et l'Impériale, ce sont les premières qui s'animent d'une motilité insolite ; ailleurs, ce qui est beaucoup plus rare, les pistils s'acheminent vers l'autre sexe, tel que cela s'observe dans les fleurs des Nigelles et des Passiflores.
Certains Nymphéas qui, le jour, épanouissent leurs fleurs sur la tranquille nappe d'eau du fleuve, vont la nuit s'endormir dans ses profondeurs.
A ces actes spontanés, il faut ajouter les irritations accidentelles, à l'action desquelles les organes s'efforcent si énergiquement de se soustraire. Nous avons vu avec quelle extraordinaire rapidité la sensitive se dérobe à la moindre impression douloureuse. L'ébranlement est tel que toute la plante semble choir vers la terre; les rameaux et les feuilles tombent, comme si la foudre les frappait.
2;i9. Dionée attrape-mouche. Dioncca muscipula, Linnée.
Il suffit de la turbulence d'un Insecte pour agiter les feuilles de quelques autres plantes; c'est ce qui se voit sur plusieurs petites espèces devenues fort célèbres à cause de leur extrême irritabilité. La plus remarquable est la Dionée attrape-mouche, dont les feuilles ne sont que d'insidieux pièges à insectes, de véritables pièges vivants. Leur extrémité évasée offre deux
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petites palettes hérissées de dents sur leurs bords, et réunies à l'aide d'une charnière longitudinale. Chacune de ces palettes est armée de trois épines pointues, placées vers son milieu et environnées de glandes qui distillent un fluide sucré. Lorsque quelque imprudent insecte, attiré par ce suc mielleux, se pose sur la feuille, celle-ci, irritée par son contact, rapproche brusquement ses valves comme uq livre que l'on ferme, et le transperce de ses dards, en se serrant d'autant plus qu'il se débat davantage. Les palettes ne s'ouvrent que quand, tout à fait épuisé, ses mouvements cessent ; mais souvent alors il est trop tard, le prisonnier est mort. La contraction de ces folioles a uue telle énergie qu'on les déchire plutôt que de les ouvrir, quand elles sont fermées88.
Une plante de nos marais, la Drosère à feuilles rondes, est tout aussi perfide aux petits insectes ailés, mais par un autre moyen, un moyen que l'on pourrait appeler physico-vital. Tout le dessus de ses feuilles est recouvert de filaments longs et grêles, portant à leur extrémité une gouttelette d'un fluide glutineux; et toute Mouche imprudente qui vient butiner au milieu d'eux y trouve une mort certaine. Les filaments, irrités par son contact, s'entortillent autour d'elle ; et ses ailes et ses pattes, immédiatement engluées par leur sécrétion, rendent toute évasion impossible. Chaque fois qu'en herborisant on rencontre cette plante vers l'embouchure de la Seine, on observe que ses feuilles sont amplement garnies des cadavres de leurs victimes.
Ailleurs, c'est par l'expérience que le botaniste parvient à démontrer l'irritabilité végétale : à cet effet, il suffit d'exciter certains organes avec la pointe d'un fin scalpel ou d'une aiguille. Aussitôt que l'on touche les étamines de l'Épine-vinette, des Orties et des Cactus, on les voit se dérober vivement à l'instrument. De même, les pistils des Mimulus rapprochent leurs lames lorsqu'on les pique tant soit peu.
Ailleurs enfin, on voit cette motilité se manifester spontané-
ment avec une intensité extraordinaire. Telle est celle des animalcules polliniques de diverses plantes, qui ont à cet effet des organes spéciaux, des cils à l'aide desquels ils nagent de tous côtés dans le liquide qui les recèle ! (Voy. fig. 213.)
Les uns, vrais animalcules-plantes, ont la forme d'anguilles et se meuvent à l'aide de deux longs filaments qu'ils portent sur la tète: c'est ce que l'on voit dans le Chara commun. Les autres ressemblent absolument à des têtards de grenouilles et pirouettent dans les cellules des Mousses.
Et cependant, ce sont de tels êtres, dont on aperçoit si ostensiblement les organes locomoteurs, et que le micrographe voit cabrioler sous ses yeux aussi lestement que nos saltimbanques dans leurs sauts périlleux, que certains botanistes s'obstinent, par pure théorie, à considérer comme insensibles et immobiles. Quelques savants aussi ont-ils donc des yeux pour ne point voir?