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PHYSIOLOGIE DES FLEURS

Dans la fleur, ce pompeux et suprême effort de la vie végétale, la poétique imagination de Linnée ne voyait que le tableau d'un chaste hyménée; et le calice qui l'étreint de ses rustiques bras n'en était que la couche virginale. Les voiles délicats et onduleux qui s'attachent en dedans en formaient les mystérieux rideaux. Enfin, au centre, se tenaient les pudiques époux

s'enivrant d'amour, enveloppés d'un nuage de parfums et les pieds baignés de nectar.

Mais toutes les plantes n'étalent pas ainsi à nos yeux les calmes magnificences de leur hymen. Ses iutimes secrets nous sont même absolument voilés à l'égard de beaucoup d'entre elles, que le plus grand et le plus ingénieux des botanistes nommait à cause de cela cryptogames, ce qui signifie mariés clandestinement.

Parmi les végétaux qui se décorent de fleurs apparentes, celles-ci nous offrent une infinie variété pour la taille, la forme, la coloration et le parfum.

Si quelques plantes, telles que les Valérianes, portent de si petites corolles, qu'on les distingue à peine, déjà les Lis et les Iris nous en offrent de grandes et magnifiques, qui séduisent tous les regards ; puis certains végétaux exotiques laissent ces derniers bien loin d'eux sous ce rapport.

La fleur d'une Aristoloche qui croît sur les bords de la Madeleine présente la forme d'un casque à grands rebords. L'ouverture en est tellement ample qu'elle peut admettre la tète d'un homme ; aussi de Humboldt rapporte-t-il qu'en voyageant le long de cette rivière, il rencontrait parfois des sauvages coiffés avec cette fleur, en guise de chapeau.

Mais c'est à la surface des fleuves que s'étalent toutes les pompes de la végétation. La nature ne nous offre aucune autre Heur qui, pour la taille unie au coloris, puisse être comparée à celles des Nymphéas et des Nélumbos ; elles passent par de douces teintes, du blanc le plus pur au rose le plus velouté, au bleuie plus tendre ! De tout temps, ces magnifiques plantes ont attiré l'attention de l'homme, et sont devenues l'objet de son admiration. L'art en a fait un splendide emploi; et les mythes anciens en ont tiré leurs plus délicates et leurs plus gracieuses conceptions.

Dans la mythologie et les monuments égyptiens, elles jouent un rôle immense. Les colonnades des temples de Thèbes et de

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Philœ, qui semblent défier les siècles, sont couronnées de chapiteaux représentant des fleurs du Lotus sacré épanouies, auxquelles les sculpteurs des Pharaons ont parfois entremêlé des grappes de Dattiers.

Il n'est pas de monument égyptien sur lequel Isis ne soit représentée environnée de Lotus, ou en ayant des bouquets dans ses mains. Cette fleur était l'indispensable parure de la déesse immortelle. Sur les temples hindous, c'est elle aussi qui sert de siège à Brama, lorsqu'il est représenté assis et tenant dans ses mains les Védas sacrés89.

Cependant, la brillante fleur rose et blanche de la royale Victoria, qui décore les flots de l'Amazone, parvient encore à de plus remarquables dimensions que les précédentes ; fréquemment elle atteint jusqu'à un mètre de circonférence.

Mais combien la fleur de la Rafflésie d'Arnold, cette véritable monstruosité végétale, laisse derrière elle toutes celles que nous avons citées! On la rencontre dans les forêts de Java et de Sumatra. Ses formes et ses gigantesques proportions s'éloignent tellement de tout ce que l'on connaît, que, malgré les assertions des voyageurs, les botanistes n'y voulaient pas croire, et s'obstinaient à ne considérer ce colosse que comme un fétide champignon. La discussion ne cessa qu'au moment où l'une de ces fleurs ayant été envoyée à Londres, R. Brown en fit l'anatomie et dissipa tous les doutes. Chacune se compose d'une masse charnue pesant de douze à quinze livres. Son limbe, dont le périmètre n'a pas moins de dix pieds, offre cinq lobes, formant une excavation béante qui peut contenir une douzaine de pintes de liquide.

Cette bizarre et gigantesque fleur, que les botanistes regardent encore comme une des merveilles du monde végétal, a d'abord l'aspect de ces volumineux champignons vulgairement appelés Vesses de loup; et ce n'est que quand elle a étalé ses pétales épais et de couleur de chair, que se révèle sa véritable nature. Il s'en exhale une repoussante odeur cadavéreuse.

240. Nélumbo ou Lotus sacré des Égyptiens. Nelumlium speciosum, Wildenow.

Le savant reste stupéfait en présence d'une si exubérante production, mais le Javanais se prosterne devant elle; il la divinise presque, et lui prête une miraculeuse puissance. Cependant, son volume, son poids et sa puanteur empêcheront toujours de l'utiliser pour nos besoins ou nos jouissances.

La poésie a épuisé toutes ses ressources en parlant du parfum et du coloris des fleurs. La nature a débordé l'art; et la palette d'Apelles et de Rubens ne pourrait en reproduire toutes les magnificences. Une seule couleur fait cependant défaut au milieu de cette multitude de teintes variées : c'est le noir. Quelques corolles sont, il est vrai, d'un pourpre sombre, telles que celles de certaines Scabieuses, mais le noir absolu ne s'observe jamais sur cet organe.

Il se passe, au sujet de la coloration des fleurs, un phénomène dont on a beaucoup parlé, c'est celui de sa mutabilité. Pallas, en explorant les bords du Volga, remarquait avec étonnement qu'une espèce d'Anémone, Yanemone patens, portait tantôt des fleurs blanches, tantôt des fleurs jaunes, tantôt des fleurs rouges. Ce phénomène, encore inexpliqué, avait paru tellement anormal qu'on le mentionnait partout. Il est cependant assez commun ; et, sans affronter un si long voyage, nous pouvons l'observer à chaque instant en France.

Le Mouron des champs, si abondant dans nos campagnes, nous l'offre fréquemment. Ordinairement sa fleur est d'un rouge de vermillon ; mais souvent aussi elle est d'un magnifique bleu de ciel, ce qui avait fait croire à certains botanistes que c'étaient deux espèces différentes.

Une jolie petite plante du genre Myosotis, que l'on rencontre dans nos terrains arides, varie encore plus singulièrement sa coloration, car c'est sur la même tige que l'on trouve à la fois des fleurs rouges, des fleurs jaunes et des fleurs bleues : particularité à laquelle cette espèce doit le nom de Myosotis diversicolore qu'on lui a imposé.

D'autres végétaux présentent encore un phénomène beau-

coup plus remarquable; c'est la même fleur qui change de couleurs à différentes heures de la journée. Tel est Y Hibiscus mutabilis, dont les corolles sont blanches le matin, deviennent roses vers le milieu du jour, et le soir prennent enfin une teinte d'un beau rouge.

La mutabilité successive des teintes des corolles se conçoit facilement ; elle peut dépendre de l'action vitale ou des réactions chimiques opérées par le temps; mais, ce qui ne s'explique que bien plus difficilement, ce sont les fleurs qui, après avoir offert une certaine catégorie de colorations durant la journée, reprennent celles-ci tour à tour le lendemain. Cela s'observe sur le Glaïeul multicolore, dont la corolle, brune le matin, devient bleue le soir; et le lendemain, reprend exactement la succession des teintes qu'elle présentait la veille.

Combien aussi le parfum des fleurs ne possède-t-il pas de variétés? Et cependant, malgré ses mille et mille nuances, avec des sens exercés, nous reconnaissons celui de chaque espèce.

On raconte même, dans quelques ouvrages, qu'une jeune Américaine devenue absolument aveugle, en se guidant seulement à l'aide de l'odorat, herborisait au milieu des prairies é maillées d'une végétation luxuriante, et. dans sa moisson, ne commettait jamais aucune erreur.

Les odeurs qui émanent des végétaux sont presque toujours exquises ; ce n'est que rarement qu'ils en produisent de repoussantes.

Les vapeurs vireuses qui enveloppent les Pavots et les Nénufars décèlent leurs propriétés narcotiques. Des exhalaisons infectes, absolument analogues à celles de la viande putréfiée, s'échappent des fleurs des Stapélias et des Arums ; aussi, l'Insecte, trompé par elles, vient-il confier à leurs calices une progéniture Carnivore, qui doit infailliblement y périr. Quelques plantes émettent des odeurs qui rappellent absolument celles que produisent certains animaux : un Satyrion de nos forêts

241. Fleur de Rafflésie, et Arbre au poison ou Upas de Java. Rafflesiz Arnoldi, Brown. etAntiaris toxicaria, Leschenault.

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nous repousse par sa puanteur de Bouc; d'autres végétaux nous attirent par leur suavité : la Mauve musquée distille le même parfum que le Clievrotin porte- musc .

Le parfum des fleurs semble dépendre de la volatilisation d'une huile essentielle, qu'elles sécrètent dans leurs replis les plus cachés. Sur certains végétaux, ce fait est palpable; quand l'atmosphère est très-tranquille, les vapeurs odorantes se concentrent tout autour d'eux, et l'on peut les enflammer à l'aide d'un corps en ignition.

En employant des procédés fort variés, les successeurs de ces cauteleux parfumeurs que Catherine de Médicis nous amena d'Italie s'approprient ces essences odorantes exhalées par les fleurs, et qui imbibent aussi beaucoup d'autres organes. L'Essence de Rose, l'un des trésors de l'Orient, n'est que cette huile concrétée90. Le Camphre nous en offre encore une autre sous la forme de cristaux.

La sécrétion du parfum est ordinairement continue : commençant au moment où la fleur s'épanouit, elle cesse à l'instant où celle-ci se fane. Si même la corolle, tout à fait éphémère, n'a que quelques instants de vie, on la voit aussi n'embaumer l'air que durant de rapides moments. Tel est ce qui s'observe sur le magnifique Cactus à grandes fleurs. Absolument inodore quelques instants avant son épanouissement, quand son calice s'ouvre, vers le crépuscule, il en sort un nuage parfumé; puis quand, à minuit, la fleur se meurt et se putréfie, le prestige disparaît.

Ne dédaignant pas d'animer les nuits, quelques fleurs aux mœurs nocturnes ne répandent leurs parfums que durant les ténèbres : ce sont les véritables Chauves-souris de la végétation. Souvent aussi leur coloration sombre et triste a porté les botanistes à leur imposer de disgracieuses dénominations ; ils désignent sous les noms de tristes ou de nocturnes presque toutes les plantes qui offrent cette singularité. Tels sont le Pelargonium triste, le Gladiolus tristis,\e Cestrum nocturnum.

Les émanations des plantes produisent sur nous des effets physiologiques fort dignes d'être étudiés. Par trop concentrées, elles donnent lieu aux plus graves indispositions, à des convulsions, à des spasmes, et parfois même elles déterminent la mort.

Ces divers phénomènes ont surtout été ohservés sur des personnes qui gardent des bouquets près d'elles pendant la nuit. Les Heurs exhalent, on le sait, de l'acide carbonique-, cependant, dans ces circonstances, ce n'est point à ses vapeurs léthifères qu'on doit attribuer les accidents, mais aux exhalaisons odorantes des fleurs, qui agissent, ainsi que le dit Orfila, à l'instar de poisons relatifs, car elles frappent fatalement certains individus, tandis qu'elles épargnent les autres.

A Londres, en 1779, une femme mourut pendant la nuit, pour avoir gardé dans sa chambre un volumineux bouquet de fleurs de Lis. Triller a vu une jeune fille périr de la même manière par l'effet d'un bouquet de Violettes; et l'on rapporte que des ouvriers qui s'étaient imprudemment endormis sur des ballots de Safran, y trouvèrent la mort.

L'odeur des Roses, si recherchée par tout le monde, cause une certaine aversion à quelques personnes et en incommode d'autres. Catherine de Médicis ne pouvait la souffrir; et sa répulsion pour ces fleurs était telle, qu'il lui suffisait d'en apercevoir en peinture pour être prise d'un certain dégoût. Le chevalier de Guise, plus impressionnable encore, s'évanouissait à la vue d'un bouquet de Roses.

On cite même quelques observations dans lesquelles l'odeur des roses a pu produire instantanément la mort; mais ces observations sont peut-être apocryphes91.

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