ÉPOQUE DE TRANSITION
C'est à l'époque de transition que commence à poindre l'aurore de la vie. Aucun être n'aurait pu subsister pendant
la période plutonienne, sur la brûlante surface du globe. Mais aussitôt que celle-ci se trouva assez refroidie pour que la création d'êtres vivants put s'y manifester, on y vit apparaître simultanément des animaux et des plantes. C'est là le caractère
de cette époque.
La Terre, imparfaitement refroidie, conservait encore partout une température fort élevée ; celle-ci était la même d'un pôle à l'autre, et le soleil ne lui apportait qu'un inutile supplément de chaleur. Il n'y avait ni saisons, ni climats ; la zone torride et les régions polaires étaient peuplées des mêmes plantes et des mêmes animaux : leurs vestiges fossilisés sont identiques sous les glaces du Spitzberg et dans les roches des brûlantes contrées tropicales.
Période silurienne. — Ce nom provient de celui d'une contrée de l'Angleterre habitée par les anciens Silures ; et il a été donné aux terrains de cette époque parce que c'est spécialement sur ce lieu qu'ils ont été étudiés.
Le globe n'était animé alors que par un très-petit nombre d'animaux marins appartenant aux classes dont l'organisation est le plus infime, et paraissant n'avoir été que le produit d'une nature faible et indécise, essayant ses premières forces.
Les mers, encore tièdes, occupaient alors presque toute la superficie du globe, et il n'existait que de forts petits espaces de terres émergées, véritables îlots perdus au milieu d'un océan sans bornes. Des Crustacés, quelques rares Mollusques, des Polypiers et un fort petit nombre de Poissons, voilà tout ce qui en peuplait les abîmes.
Mais, parmi les animaux siluriens, ceux qui prédominèrent surtout furent les Trilobites, dont le nom provient de la disposition de leur corps articulé, formé en quelque sorte de trois longs lobes rapprochés. Aucun vestige animé de ces Crustacés, qui ont été les plus antiques habitants du globe, ne se trouve dans nos mers actuelles ; ils sont absolument retranchés des catalogues de la création 11 8.
Période carbonifère. — Plus tard, les premières couches refroidies se couvrirent d'une végétation luxuriante, dont les débris fossilisés constituent aujourd'hui nos bancs de Charbon de terre, véritables forêts antédiluviennes, que le génie de l'homme exhume des profondeurs du sol pour les besoins de l'industrie ou de ses habitations "9.
Pendant cette période, toute la surface du globe se recouvre d'étranges et épaisses forêts, où dominent superbement une foule de plantes dont les analogues ne jouent aujourd'hui qu'un rôle fort mince. Çà et là des Bambous et des Palmiers; puis de gigantesques Lycopodes qui, maintenant humbles plantes herbacées et rampantes, supportaient alors leur feuillage sur des troncs droits et élevés de vingt-cinq à trente mètres; enfin, des Lépidodendrons, dont la tige rappelle la cuirasse écailleuse des Reptiles, et quelques arbres de notre famille des Conifères, avec leurs rameaux chargés de fruits !
Ces vastes et primitives forêts que le cours des âges devait anéantir, s'élevaient sur des terrains échauffés et marécageux; et ceux-ci en environnaient les hauts arbres d'un fouillis épais et serré de plantes aquatiques herbacées, appelées à jouer un grand rôle dans la formation de la houille.
La végétation luxuriante de la période houillère a été certainement favorisée par l'excessive chaleur que l'écorcc terrestre conservait encore ; puis par l'humidité de l'atmosphère, et très-probablement aussi par l'exubérance d'acide carbonique que celle-ci contenait alors i20.
Si un épais et magnifique manteau de verdure couvrait le globe, tout y était morne, singulier. Partout s'élevaient des Équisétacées et des Fougères gigantesques, puisant une exubérance de vie dans un sol vierge et fécond. Ces dernières, par leur port, simulaient de véritables Palmiers et, au moindre souffle, laissaient mollement onduler leur couronne de feuilles finement découpées, semblables à de flexibles faisceaux de plumes. Un ciel toujours sombre et voilé labourait
forêts de l'époque houillère avaient été abattues ou entraînées par la violence des courants, et que leurs troncs enchevêtrés, après avoir erré comme d'immenses radeaux, s'étaient rassem-
2(J5. Archégosaure, premier Reptile antédiluvien. Archcgosaurus Decheni.
blés dans les criques pour y former des assises de Charbon.
Cependant, cette théorie, qui séduit par sa simplicité, ne peut être admise, parce que ces troncs ne donneraient qu'une
fort mince épaisseur de Houille, malgré leur masse. Élie de Beaumont pense, au contraire, que c'est la végétation serrée et herbacée qui enveloppait les grands végétaux des forêts houillères, qui a joué le principal rôle dans la production du Charbon ; et que c'est en se renouvelant et en. s'altérant sans cesse qu'elle a composé ce dernier, en subissant une transformation analogue à celle qu'éprouvent nos végétaux aquatiques pour se transformer en tourbe. Cette théorie explique mieux l'abondance et l'épaisseur des couches de Houille. On n'apprécie pas exactement la nature des phénomènes chimiques qui ont dû se passer durant une métamorphose si fondamentale; mais ce qui paraît évident, c'est que celle-ci s'est surtout opérée sous l'influence de l'immense pression et de la grande chaleur que les végétaux supportaient pendant que, par des affaissements d'un sol si peu épais, ils se trouvaient plongés sous des couches d'eau.