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ÉPOQUE TERTIAIRE

Nous venons de voir se dérouler une phase de la création durant laquelle toute l'animalité s'est trouvée sous la domination d'une légion d'affreux Reptiles; à l'époque tertiaire, tous ceux-ci ont disparu dans les abîmes du globe, et une nature luxuriante et paisible se peuple, pour la première fois, d'abondantes races de Mammifères inoffensifs, qui envahissent toute la terre d'un pôle à l'autre. Parmi les débris de ces animaux que l'on exhume du sol et que reconstruit la science de l'anatomiste, les uns nous étonnent par leurs formes singulières, les autres par leur stature colossale : la création actuelle semble dégénérée en présence de ces géants du règne animal ! Aussi, sous le rapport de son caractère dominant, l'époque tertiaire peut-elle être appelée l'époque des Mammifères. Ce sont eux qui, en effet, abondent partout.

Par l'effet de la succession des siècles, l'écorce du globe augmentant d'épaisseur par son refroidissement successif, était devenue assez compacte pour intercepter la chaleur centrale; aussi l'influence solaire, en devenant prédominante, commence alors à délimiter les climats.

La faune tertiaire présentait une extrême richesse, et parmi les animaux qu'elle offre à profusion, on voit s'accroître notablement la liste de ceux qui appartiennent à nos genres

contemporains ; on y trouve des Singes, des Chauves-souris, des Genettes, des Marmottes; et, pour la première fois, les Cétacés se montrent clans les mers.

Mais les plus remarquables de tous les animaux d'alors furent les Paléothères et les Anoplothères, pachydermes curieux qui apparaissent seulement à cette époque et s'évanouis sent absolument avec elle.

Les Paléothères, par leurs formes lourdes et par leur petite trompe, ressemblaient à nos Tapirs. Ainsi qu'eux, selon Cuvier, ils vivaient sur les rivages des fleuves et des lacs, comme l'indiquent les animaux lacustres et fluviatiles que l'on rencontre éparpillés dans leur linceul calcaire. Ces Mammifères, remarquables par leurs trois doigts à tous les pieds, s'élevaient parfois à la taille du cheval : tel était le Grand Paléothère ; d'autres n'arrivaient qu'à peine à celle du lièvre.

Les Anoplothères possédaient des formes plus effilées et une queue longue et robuste. Selon Cuvier, l'Auoplothère commun avait quelque analogie avec nos Loutres, mais sa taille était plus élevée. Ce savant pense même qu'il plongeait avec facilité pour aller à la recherche des racines ou des tiges succulentes qui composaient sa nourriture.

Les restes des Paléothères et des Anoplothères abondent dans le gypse des carrières des environs de Paris; et il en est dans lesquelles ils se trouvent tellement tassés, que chaque coup de pioche exhume quelques débris de leurs ossuaires antédiluviens. Ce fait prouve, avec évidence, que ces Mammifères vivaient en troupeaux serrés près des rives des anciennes eaux douces du bassin de Paris.

C'est à cette même époque tertiaire que nous découvrons les plus volumineux mammifères terrestres, les Dinothères, analogues aux éléphants pour les formes, mais supérieurs à eux par la taille.

Un animal qui a été l'objet de l'attention de tout le monde, le Grand Mastodonte, appartient à la même période. Nommé

LA GEOLOGIE. 555

d'abord Eléphant de VOhio, pour rappeler sa forme et le lieu où il fut découvert, on a dû, par la suite, en former un genre particulier, à cause de ses dents composées de forts mamelons saillants.

Quoique d'une telle taille, les restes de cette espèce sont extrêmement communs au Canada et à la Louisiane. Le long de la rivière des grands Osages, on en découvre des squelettes presque complets. On a parfois exhumé des Mastodontes entiers et restés debout, dans des dépôts qui semblaient les avoir surpris

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