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ÉPOQUE QUATERNAIRE

Les premières phases de cette époque se lient à la période tertiaire, et c'est durant l'une des suivantes qu'on voit enfin apparaître l'homme, dont l'essence suprême se présente comme l'admirable couronnement de l'œuvre créatrice.

L'époque quaternaire est donc notre époque contemporaine, et presque tous les êtres qui viennent l'animer, sont ceux que nous voyons encore devant nos yeux embellir la nature vivante. Mais cette période, qui comprend peut-être de nom-

breux millénaires d'années, est loin d'avoir présenté le calme que certains savants lui prêtent. Si nous n'y voyons plus ces immenses mers qui roulaient d'un pôle à l'autre leurs vagues indomptées, nous y trouvons de grands déluges, des soulèvements de montagnes et d'horribles envahissements de glace, qui ravagent ou engloutissent tout ce qui existe.

Cette dernière époque est moins abondante en nouvelles formes animales que celles qui l'ont précédée ; mais les êtres qui s'y produisent se font souvent remarquer par l'ampleur de leur taille, par leur nombre et par leur dissémination. Sur tous les points du globe, leurs vestiges exhumés par la patience et le savoir constatent la véracité de ces assertions.

Nous avons vu d'invisibles Infusoires antédiluviens, amoncelés en montagnes par les eaux du globe, franchir une série de siècles, et se présenter à nos yeux étonnés avec tous les détails de leur organisation. Dans le Diluvium, nous retrouvons, au contraire, une population de colosses des anciens temps. Ce sont des Éléphants, des Mastodontes, des Rhinocéros, des Hippopotames, répandus sur des régions loin desquelles ils vivent aujourd'hui. La France elle-même en nourrissait de nombreuses cohortes, et il s'en trouvait jusqu'au milieu des glaces de la Sibérie.

Durant les temps antédiluviens, cette dernière contrée était même peuplée de tant d'Éléphants et de Rhinocéros , que les voyageurs rapportent que le sol de certaines îles de la mer Glaciale est aujourd'hui entièrement bourré de leurs ossements.

L'art qui, depuis l'époque la plus reculée, emploie tant d'Ivoire pour l'ornementation et la statuaire, trouve, sans qu'on y ait fait attention, une mine féconde de cette précieuse substance dans les dents d'Éléphants fossiles qui abondent parmi ces antiques ossuaires. Aujourd'hui, le nord de l'Asie en fournit encore une énorme quantité à notre commerce. Les mines d'ivoire de la Nouvelle-Sibérie et de l'île Lachou sont tellement riches de ces débris que leur sol n'est absolument

formé que d'un amas de sable, de glace et de défenses d'Éléphanl. A chaque orage, les vogues rejettent sur la cote un grand nombre de ces défenses. Quelques-unes pèsent jusqu'à 100 kilogrammes 121 .

La richesse de ces ossuaires des régions boréales et la stature colossale des débris qu'ils renferment, surpassent tout ce que l'on peut imaginer. Les Sibériens et les Tartares en ont eux-mêmes été frappés. L'un de leurs mythes les rapporte à des animaux souterrains qui abhorraient la lumière. A ce sujet, il est même curieux de noter que, dans plusieurs livres chinois fort anciens, il est aussi question des Éléphants fossiles, car c'est de ces animaux qu'il s'agit. Dans le Li-Ki, Traité du cérémonial, écrit cinq cents ans avant l'ère chrétienne, on dit qu'il existe un animal nommé Tin-Schu, ou Souris qui se cache, qui vit dans les cavernes obscures et est de la taille du Buffle; le moindre rayon de soleil ou de la lune le tue instantanément.

Klaproth rapporte qu'on rencontre une fable à peu près analogue dans les manuscrits mantchoux. On y mentionne même que cette Souris colossale atteint la taille d'un Éléphant!

Parmi les plus remarquables découvertes de notre époque, doit figurer celle d'un de ces Éléphants de l'extrême nord, qui fut rencontré par des pêcheurs dans les glaces de l'embouchure de laLéna, en 1799. Seschairs, enveloppées par un bloc glacé, s'étaient conservées depuis des milliers d'années, des millions peut-être ! et les chiens et les ours venaient prendre à même un repas antédiluvien. Le squelette presque entier de cet animal put être recueilli ; on le voit aujourd'hui au Muséum de Saint-Pétersbourg.

En présence de toutes ces races gigantesques englouties par les derniers bouleversements telluriques, l'esprit se reporte en arrière et fouille au milieu de leurs ruines, en s'efforcant de pénétrer les causes de ces grands désastres.

A l'une des Époques les plus rapprochées de nous, lorsque

toute la superficie du sol que nous habitons, éclairée par un soleil radieux, n'était peuplée que de splendides forêts et de magnifiques prairies, au milieu desquelles erraient des troupeaux d'Éléphants, de Mastodontes et de Rhinocéros, tout à coup, cette exubérance de vie disparut dans un même naufrage. Un horrible manteau de neige et de glace couvrit tout le nord de l'Europe, en étendant ses replis jusque dans les plaines de la Germanie. Saisies par le froid, toutes ces grandes races d'animaux succombèrent et s'ensevelirent sous cet âpre linceul ; un astre pâle et voilé éclaira seul ces solitudes inanimées, un silence de mort régna partout.

Quelle fut la cause initiale de ces phénomènes inattendus, de cette véritable Période glaciaire que traversa le globe, précédemment si brûlant? Cette cause restera longtemps ignorée peut-être, mais ses ravages ont laissé partout d'indélébiles empreintes. Les vagues de cette immense mer de glace, en descendant des montagnes, en brisaient des quartiers, les emportaient dans leur mouvement, et les disséminaient partout sur leur passage. Ainsi furent transportés dans les plaines de la Germanie et du Novogorod de nombreux fragments des pics élevés de la Scandinavie. D'autres, violemment arrachés aux sommets des Alpes, se trouvèrent jetés sur les pentes du Jura.

Jusqu'à ce moment, les géologues avaient supposé que ces fragments de rochers, ces Blocs erratiques, comme on les nomme, que l'on rencontre loin des montagnes dont leur structure atteste qu'ils proviennent, n'avaient dû leur transport qu'à une violente impulsion des eaux, qu'ils avaient été entraînés par les flots des déluges. Agassiz, dans son ouvrage sur les Glaciers, a démontré que cette hypothèse était inadmissible, et qu'il fallait attribuer aux grands mouvements des mers de glace le transport des roches que l'on trouve souvent fort loin de leur centre de formation.

C'est à ce refroidissement, qui sévit sur une ample partie de l'Europe, qu'il faut reporter la grande hécatombe de ces

myriades d'Éléphants, de Mastodontes et de Rhinocéros, qui animaient autrefois toutes les contrées de la France, de l'Allemagne et de l'Italie, et dont leur sol nous offre à chaque instant de nombreux vestiges.

Cette cause fut évidemment subite, car si tous ces animaux n'eussent été aussitôt gelés que tués, divers agents en auraient disséminé les restes ; tandis que souvent l'on en retrouve des squelettes entiers sur le lieu où ils expirèrent. On a même découvert, comme nous venons de le dire, des Éléphants emprisonnés dans les glaces et encore enveloppés de leurs chairs, et des longs poils qui les protégeaient de leur épaisse fourrure!

A l'époque quaternaire, d'autres événements retravaillaient encore le globe, c'étaient les grands déluges qui promenaient à sa surface leurs vagues tumultueuses et y déposaient d'abondants débris. Aussi est-ce sous la dénomination de Diluvium que l'on désigne ces terrains.

Mais si l'étude attentive de la terre nous indique avec précision la succession de ses époques, toute la science moderne reste encore indécise et muette lorsqu'on la somme d'indiquer quelle a été la durée de ces grandes phases, et à combien d'années remonte ut exactement tous ces déluges, ces cataclysmes, et enfin la création de l'homme.

Malgré l'apparente jeunesse du Nouveau continent, quelques géologues cependant reportent à une époque fort reculée la production de la grande faille qui lui a donné naissance, en brisant le globe presque d'un pôle à l'autre. L'un des savants dont s'honore le plus l'Angleterre, sir Ch. Lyell, en s'appuyant sur de sérieuses autorités, professe que le Mississipi coule dans son lit actuel depuis plus de cent mille ans. Et le docteur B. Dowler, qui partage cette manière de voir, assure, d'après des considérations de physiologie végétale et l'examen de quelques poteries et de quelques sépultures indiennes, que depuis plus de cinquante mille ans, le Delta du grand fleuve est habité par l'homme ! . . .

Mais, au contraire, G. Cuvier rajeunit considérablement la création, et ne recule point l'apparition de l'homme au delà de la tradition biblique. Selon cet illustre zoologiste, l'histoire de l'humanité atteste que l'homme ne domine à la superficie du globe que depuis un nombre d'années assez restreint.

La nation hébraïque est la seule qui nous offre des annales écrites avant le règne de Cyrus. Homère, le premier des poètes, et Hésiode, son contemporain, vivaient il y a environ deux mille huit cents ans. Hérodote, qui fut le premier historien profane, écrivait il y a à peu près deux mille trois cents ans.

Par orgueil national, les Indiens et les Égyptiens se plurent à perdre leur origine dans les ténèbres des siècles; et pour accréditer leurs récits, ils les entremêlèrent souvent de fables inventées par les mages ou les brames, que beaucoup de raisons ont engagés à altérer l'histoire.

Chez les Indiens, les Védas, ou livres sacrés, qu'ils prétendaient avoir été révélés par Brama dès l'origine du moi] de, ne remontent guère au delà de trois mille deux cents ans. Les Livres d'astronomie de cette nation, et les Tables de l'état du ciel, que l'on avait crus d'abord d'une si prodigieuse ancienneté, ont été reconnus pour être, au contraire, assez modernes. On a découvert que ces Livres et ces Tables étaient antidatés. Les brames annonçaient audacieusement que les plus anciennes de ces tables astronomiques avaient été relevées depuis plus de vingt millions d'années. L'opinion fut trompée un moment parleur assurance et par l'autorité de Bailly. Mais Laplace prouva que leurs calculs avaient été faits après coup, et que ces Tables étaient fausses. Benthley prétendit même qu'elles n'avaient été composées que depuis quelque 700 ans.

Les Égyptiens, quoique moins prétentieux , se donnaient cependant aussi une origine reculée de beaucoup au delà du vrai. Quand Hérodote visita leur pays, les prêtres lui racontèrent qu'ils avaient une histoire qui datait de 11 340 ans. Et, pour donner l'apparence de la véracité à leurs récits, ils ajou-

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taient que, pendant ce laps de temps, le soleil s'était levé deux fois vers l'horizon de son coucher.

Les Monuments cyclopéens, dont le grandiose nous étonne, paraissent le résultat de travaux de l'enfance des sociétés. Les pierres presque brutes qui les forment, et les énormes proportions de leur architecture;, ne se rapprochant en rien des constructions des Grecs, ont fait prêter l'exécution de ces monuments aux premiers hommes de la terre. En en exagérant l'ancienneté, quelques savants les ont regardés comme antérieurs au déluge. Mais ces constructions robustes, plus extraordinaires par leur masse que par le goût qui a présidé à leur érection, semblent avoir été élevées par un peuple navigateur, pour résister aux invasions de la mer. Quoiqu'il y ait dissidence entre les savants relativement à l'époque à laquelle elles remontent, tout semble confirmer qu'elles ont été érigées par les Phéniciens.

Les monuments astronomiques vieillissent encore moins l'ère humaine. Le fameux Zodiaque de Dendérah , auquel Dupuis accorde 15 000 ans d'ancienneté, est regardé par l'astronome Delambre comme étant postérieur à l'époque d'Alexandre. Et, selon Biot, il représente un état du ciel qui s'est offert 700 ans avant Jésus-Christ. D'ailleurs, le temple égyptien dans lequel on a découvert ce singulier zodiaque, a été contruit pendant la domination romaine, ainsi que le prouvent ses inscriptions hiéroglyphiques, dont une consacre même ce sanctuaire au salut de l'empereur Tibère.

Nonobstant toutes ces raisons, qui d'ailleurs ne dérivent que de la civilisation, l'opinion de G. Cuvier a été attaquée par les récentes conquêtes de la science.

Durant les derniers siècles, certains naturalistes théologiens firent tous leurs efforts pour trouver des vestiges d'hommes fossiles, contemporains du déluge. L'un d'eux crut y être parvenu, et donna pompeusement le nom à'homo dilwvii testis aux fragments d'un squelette découvert en Suisse par Scheu-

chzer dans les carrières d'Œningen. Mais Cuvier dissipa le prestige en démontrant que ce précieux homme témoin du déluge, estimé au poids de l'or, et que l'on révérait comme une sainte relique, n'était autre chose que l'ossature d'une Salamandre gigantesque. Le doute n'était pas possible. La tête du reptile avait été prise pour les os des hanches: on en voyait les dents. Et le savant français n'eut qu'à gratter un peu la pierre, pour mettre les pattes à nu l22.

Aujourd'hui cette ardeur biblique semble remplacée par une direction tout opposée. Des faits scientifiques, dont la valeur ne peut être contestée, établissent évidemment l'ancienneté de la race humaine; et, nonobstant, par d'inexplicables raisons, certains géologues font tous leurs efforts pour nier cette grande découverte.

On avait parfois trouvé quelques vestiges de notre espèce parmi les débris des animaux qui se sont éteints durant les dernières révolutions du globe.

D'un autre côté, un savant archéologue, Boucher de Perthes, à l'aide de la plus louable persévérance, est parvenu à rassembler un assez grand nombre d'instruments en silex, ayant évidemment appartenu à des races humaines antérieures aux temps historiques, et qui s'éteignirent au milieu de la grande catastrophe diluvienne.

Aux yeux de l'illustre Ch. Lyell, il ne peut y avoir de doute. Ces instruments en silex taillé, haches, pointes de flèches et couteaux., qu'on trouve dans le Diluvium, ont été façonnés par une race d'hommes qui a précédé la nôtre : race qui fut contemporaine des Ours et des Hyènes des cavernes, et même des Rhinocéros et des Éléphants qui habitèrent anciennement notre sol, et dont nous ne retrouvons plus que les débris fossilisés m.

Les découvertes des géologues et des archéologue nous révèlent donc enfin qu'il existe dans le sol des vestiges d'hommes antédiluviens. Lyell, Lartet et Bouclier de Perthes sont unanimes sur ce point.

Et n'est-il pas singulier d'apprendre qu'en même temps que la science moderne faisait tous ses efforts pour nier la contemporanéité de l'homme et des grandes races de Mammifères du Diluvium, on découvrait que ce fait était en quelque sorte consacré dans toutes les traditions rapsodiques des sauvages du nord de l'Amérique! Jefferson rapporte que les Virginiens sont persuadés que les Mastodontes, dont on rencontre si souvent des ossements dans leur pays, y vivaient en même temps que leurs pères ; mais que, comme ils détruisaient les animaux qui leur étaient utiles, le Grand-Esprit les foudroya tous, à l'exception du plus vigoureux de leurs mâles, dont le front cuirassé secouait les éclals du tonnerre à mesure qu'ils le frappaient l24.

Les habitations lacustres, dont on a récemment découvert tant de vestiges dans les lacs de la Suisse, de l'Ecosse, de l'Italie et du Danemark, attestent aussi l'ancienneté de l'homme à la surface du globe. Il n'est plus possible aujourd'hui de contester que ces singulières constructions, élevées sur pilotis, n'aient servi dans les temps antéhistoriques à abriter les premières races humaines. Le doute n'est plus permis à ce sujet depuis qu'on a rencontré parmi ces primitifs vestiges de l'art divers instruments servant à leurs habitants; des meules de moulin, des couteaux et des armes en pierre ; puis des colliers, des bracelets en bronze ou en ambre de la Baltique, et même des squelettes d'hommes m.

Telles sont les grandes scènes des créations temporaires qui animèrent successivement la surface de la terre, et durant chacune desquelles la sublime essence de la vie semble constamment progresser sur la matière, pour arriver enfin jusqu'à notre espèce, dont le génie apparaît comme le suprême reflet de la Divinité.

Mais c'est dans cette suprématie intellectuelle que l'homme trouve fatalement la source de ses doutes accablants. Sa vie s'épuise vainement à effacer le passé et à sonder l'avenir. Sa pensée, incertaine et curieuse, l'entraîne comme un fleuve

impétueux qui se perd dans un océan sans rivages : semblable aux héros favoris de Goethe et de Byron, tous ses efforts tendent à débrouiller les impénétrables ténèbres de sa destinée. C'est ainsi que des philosophes et des savants de l'ordre le plus élevé, en présence de cette incessante mutation des êtres, se sont demandé si l'espèce humaine était le chef-d'œuvre et le dernier effort de la puissance créatrice; ou si, disparaissant à son tour au milieu d'un nouveau naufrage, des êtres d'une essence plus épurée devront encore lui succéder 126 !

En présence du progrès qu'atteste chaque création, divers savants allemands, avec Bremser, admettent sans hésitation la dernière hypothèse; et il en est même, parmi eux, dont l'audace appelle le secours des chiffres pour en démontrer l'évidence m.

Dans son remarquable ouvrage de géologie , Louis Figuier aussi a écrit sur ce sujet une belle page que nous sommes heureux de pouvoir reproduire. « Il n'est pas impossible, dit-il, que l'homme ne soit qu'un degré dans l'échelle ascendante et progressive des êtres animés. La puissance divine qui a jeté sur la terre la vie, le sentiment et la pensée ; qui a donné à la plante l'organisation ; à l'animal le mouvement, le sentiment et l'intelligence ; à l'homme, en outre de ces dons multiples, la faculté de la raison, doublée elle-même de l'idéal, se réserve peut-être de créer un jour, à côté de l'homme, ou après lui, un être supérieur encore. Cet être nouveau que semblent avoir pressenti la religion et la poésie modernes, dans le type éthéré et gracieux de l'ange chrétien, serait pourvu de facultés morales dont la nature et l'essence échappent à notre esprit....

« On doit se contenter de poser, sans espoir de le résoudre, ce problème redoutable. Ce grand mystère, selon la belle expression de Pline, est caché dans la majesté de la nature, latet in majestate naturœ, ou, pour mieux dire, dans la pensée et la toute-puissance du Créateur des mondes. »

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