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Libellule fossile de l'époque secondaire

lations de la nature, celle-ci dévoile encore d'autres faits absolument inattendus; des vestiges de certains actes ou de certains phénomènes qui n'ont eu que la durée d'un instant !

L'antiquaire ne retrouve déjà plus sur l'arène aucune trace du pied sanglant de ces conquérants superbes qui promenèrent leurs hordes sauvages d'un bout du globe à l'autre ; tandis que quelques humbles reptiles, quelques oiseaux isolés, dont vingt cataclysmes nous séparent, offrent encore au naturaliste étonné la fugitive empreinte de leur pas sur le sol à

peine ébauché des plus anciens temps du globe. Ailleurs, et l'on n'en peut douter ! on retrouve même des indices des orages des primitives époques de la terre. Des gouttes d'eau, en tombant sur le sable, y ont formé des empreintes que celui-ci nous a conservées en se transformant en grès solide. C'est presque de la pluie fossile 129 !...

Et cependant, malgré cette merveilleuse conservation des anciens êtres, on ne voulut de longtemps voir dans les fossiles

27 G. Empreintes de gouttes de pluie et de pas d'oiseau sur des terrains antédiluviens.

que des jeux de la nature, des lusus naturœ, comme on les appelait autrefois !

En vain la terre s'efïbrçait-elle de nous rendre ses squelettes les plus délicats avec toutes leurs fines arêtes ; en vain nous offrait-elle ses coquilles avec leurs plus charmantes guillochures, parfois même avec leur antique coloration ; en vain aussi retrouvions-nous, au milieu des roches, des Oiseaux encore enveloppés de leurs plumes, des Insectes avec leurs ailes transparentes : jusqu'au seizième siècle, toutes ces choses ne passaient que pour des productions fortuites, engendrées par

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le hasard, et n'ayant que la trompeuse apparence d'êtres que la vie avait animés.

Il fallut se fâcher pour marteler la vérité dans le cerveau réfractaire de quelques savants. Celui qui le premier eut ce courage fut un potier de terre, pauvre de fortune, mais grand par le génie. C'était Bernard Palissy, qu'on vit faire des leçons aux docteurs de Paris, lui qui n'était rien, pour leur démontrer que les coquilles qu'on rencontre dans le sol y ont été apportées parla mer, et qu'anciennement cette mer a occupé les lieux où on les découvre aujourd'hui. C'était cet homme humble et fervent qui devenait ainsi le fondateur de la géologie positive 130.

Mais pendant que se déposaient les divers terrains fossilifères, pendant que la terre renouvelait ses vivantes populations, les forces plutoniques, sans cesse en fermentation, de temps à autre ébranlaient l'écorce du globe ou la fracturaient de place en place. Ses fragments formaient nos montagnes, et celles-ci sortant du fond des mers, portaient jusque dans la région des nuages les ossuaires des animaux qui avaient autrefois peuplé leurs profondeurs.

Lorsque Bufïbn vint, à son tour, soutenir que les Coquilles éparpillées sur les sommets des Alpes et des Apennins n'attestaient que les convulsions du globe, il trouva un contradicteur auquel personne ne se fût attendu. C'était Voltaire, qu'on vit, dans sa Physique, attaquer par de mordantes plaisanteries ceux qui adoptaient cette opinion. 11 prétendait que toutes les coquilles rencontrées dans nos montagnes, y avaient été disséminées par des pèlerins, à leur retour de Rome. On n'avait qu'un mot à répondre à l'immortel écrivain, mais Buffon ne le fit pas : c'est qu'on rencontre partout de ces vestiges fossiles, même dans les deux Amériques, où sans doute ces pieux voyageurs ne les portèrent pas; et que, d'un autre côté, il y a même d'imposantes montagnes qui en sont absolument formées 131 .

Nonobstant la parfaite conservation de beaucoup de fossiles, l'amour du merveilleux, qui dominait nos ancêtres, en faisait méconnaître la nature ; et ils étaient presque constamment rapportés à quelques êtres extraordinaires. Les os d'Ours, que l'on extrayait des cavernes de la Franconie, passaient en Allemagne pour un antidote souverain, et se vendaient dans toutes les pharmacies comme des restes des fabuleuses Licornes.

Pour les Éléphants et les Mastodontes, c'était généralement une autre histoire. Comme plusieurs des os de ces animaux ont, par leurs formes, de frappants rapports avec ceux de l'homme ; à une époque où, enthousiasmés par les récits des anciens temps, l'imagination de nos pères élevait la taille des héros à la hauteur de leur épopée, on rapportait constamment à quelque personnage célèbre les ossements des grands mammifères que l'on rencontrait dans la terre.

C'est ainsi qu'au dire de Pausanias, une rotule d'Éléphant, de la taille d'un disque du cirque, trouvée près de Salamine, fut considérée comme provenant d'Ajax. Les Spartiates se prosternèrent respectueusement devant le squelette d'un de ces animaux, dans lequel ils croyaient reconnaître la dépouille d'Oreste. Quelques restes de Mammouth rencontrés en Sicile furent considérés comme ayant appartenu à Polyphème !...

Les savants ne furent pas plus exempts que le vulgaire de ces sortes d'erreurs. Le P. Kircher, dans son remarquable ouvrage du Monde souterrain, figure ces géants à côté d'hommes de taille vulgaire.

L'ossature d'un Éléphant découverte en Suisse, au pied d'un arbre arraché par le vent, fut considérée par l'anatomiste F. Plater comme le squelette d'un géant de dix-neuf pieds de hauteur. Il le restitua même à l'aide d'un dessin devenu célèbre, et qu'on voyait encore il y a quelque temps à Lucerne, dans un ancien collège de jésuites m.

Sous Louis XIII, on trouva, sur les bords du Rhône, un squelette qui acquit une extrême célébrité. On le montrait comme celui de Teutobocchus, défait par Marius au milieu des plus sanglantes luttes. On prétendait l'avoir exhumé d'un tombeau portant pour inscription : Teutobocchus rcx, où il était accompagné de quelques médailles au même titre. Mais, malgré tous ces témoignages, la dépouille de ce trop fameux roi des Cimbres, qui occasionna tant d'acerbes disputes parmi la Faculté et les médecins de Paris, fut reconnue par de Blainville pour n'être que celle d'un Mastodonte à dents étroites ,33.

La dénomination de Camp des Géants est même souvent imposée aux localités dans lesquelles abondent les os d'Éléphants ou de Mastodontes 13\

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