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LES MONTAGNES. — LES CATACLYSMES ET LES SOULÈVEMENTS DU GLOBE

C'est au milieu des hautes montagnes que la nature développe ses plus magnifiques scènes. Leur éternel linceul de neige, leur diadème de glace et leurs volcans enflammés frappent et émerveillent tour à tour le voyageur. Il semble qu'en s'élevant au-dessus du séjour des hommes, dit J. J. Rousseau, on y laisse tous les sentiments bas et terrestres, et qu'à mesure que l'on approche des régions éthérées, l'âme contracte quelque chose de leur inaltérable pureté !

Là, percent de toutes parts la majesté divine et la faiblesse humaine. En présence de leurs masses colossales, de leurs effrayantes et sombres anfractuosités, on redit avec le vieux mineur allemand: « L'homme n'est qu'un point sur les montagnes; c'est un géant dans les mines. »

L'aspect de la mer est monotone, comparé à celui des crêtes sourcilleuses du globe ; si elle a ses brises et ses tempêtes,

celles-ci ont leurs ouragans et leurs avalanches. Dans l'harmonie du globe, les montagnes ont aussi leur importance. Ces grandes chaînes, dont les sommets percent dans les régions élevées de l'atmosphère, dit de Saussure, semblent être le laboratoire de la nature, et le réservoir d'où elle tire les biens et les maux qu'elle répand sur notre terre, les fleuves qui l'arrosent et les torrents qui la ravagent, les pluies qui la fertilisent et les orages qui la désolent.

Les montagnes ne sont que le résultat des soulèvements de l'écorce terrestre, déterminés par l'effort de la masse incandescente qu'elle enveloppe. Le globe, en se refroidissant, est nécessairement forcé de se contracter. Lorsque l'élasticité de sa croûte a atteint son extrême limite, cette croûte se fend, et ses fragments produisent des saillies dont l'élévation est en raison directe de l'épaisseur de l'enveloppe et de l'intensité de l'effort vulcanien.

Durant ses premiers temps, la superficie de la terre n'offrait pas de montagnes, et celles qu'on y vit d'abord apparaître n'avaient qu'une hauteur insignifiante. La croûte solidifiée étant alors très- mince, n'exigeait que peu d'efforts pour être soulevée; mais à mesure qu'elle devint plus épaisse, les montagnes acquirent une élévation proportionnelle, et il fallut pour la fendre un effort de plus en plus prodigieux.

Les grands bouleversements, comme nous devons ici le redire, ont parfois déchiré le globe presque d'un bout à l'autre. Tel fut, en particulier, le soulèvement qui forma le Nouveau-Monde, et durant lequel on vit apparaître les Cordillères, se déroulant de la mer Glaciale à la Terre de Feu, en produisant la grande faille qui parcourt les deux Amériques.

Lorsque l'on songe aux ravages qu'occasionnent aujourd'hui nos simples tremblements de terre, on suppose immédiatement que les cataclysmes durent être accompagnés d'un fracas et d'une confusion dont notre esprit ne se formera jamais qu'une bien iucomplète image;

L'enfantement des hautes chaînes de montagnes a suscité de grands bouleversements parmi les anciens océans. Ce sont eux qui, ainsi qu'on l'a vu, ont donné lieu à ces désastreuses inondations mentionnées dans toutes les cosmogonies des peuples dont on possède les annales écrites. Selon d'Omalius d'Halloy, Beudant et Élie de Beaumont, la plus imposante catastrophe des temps historiques, notre Déluge mosaïque, n'aurait été probablement que l'effet du plus puissant soulèvement du globe, de celui des Andes ; et l'exhaussement de l'Amérique au-dessus de l'Océan, qui en fut le résultat, aurait donné lieu à l'incommensurable flot qui s'est tumultueusement brisé sur l'ancien continent.

Dans son ouvrage sur les cataclysmes, Frédérik Klee émet à ce sujet quelques opinions fort remarquables. D'après lui, à diverses époques, l'axe du globe aurait subi des déplacements, et ce serait le dernier d'entre eux qui aurait occasionné le terrible événement du déluge.

Rien n'arrête F. Klee dans ses téméraires conceptions. Il pense même que quelques-uns des contemporains de cette grande révolution tellurique ont pu la traverser ; et que c'est a ceux qui y ont survécu que nous devons les récits que l'érudition en retrouve dans quelques anciens écrits. Selon ce géologue, c'est même aux témoins de cet événement inéluctable qu'il faut rapporter les traditions mythiques dans lesquelles il est dit que, durant la catastrophe du déluge, le soleil, la lune et les étoiles ont changé de place au milieu des cieux.

Si, en effet, l'axe du globe a été interverti, l'homme, considérant alors la terre comme immobile au centre de l'univers, a dû naturellement croire que c'étaient les astres qui bouleversaient leur marche en traversant les espaces célestes 135.

On retrouve dans la mythologie Scandinave quelques tableaux des grands événements qui se sont accomplis alors sur la terre et dans le ciel. VEdda nous peint les ravages des érup-

tions volcaniques et des flots d'une mer indomptée. Ce recueil contient même quelques descriptions rapsodiques de nos cataclysmes. Telles sont les prophéties de la Vala, où celle-ci emprunte ses principales images à la sombre catastrophe du déluge. A ce moment, la Sibylle inspirée raconte que le soleil se levait au Sud, et que l'Orient se trouvait envahi par les glaces du pôle. F. Klee considère ces assertions comme venant à l'appui du changement d'axe du globe 13s.

Les naturalistes sont à peu près d'accord sur la cause du grand déluge, mais leurs opinions varient grandement quanta l'époque à laquelle il faut reporter l'apparition de l'Amérique et l'ancienneté de l'espèce humaine. Ici la science moderne retombe dans ses télhérités.

Nos cataclysmes indiquant les diverses étapes d'une force incessante, il est évident que d'autres nous menacent encore. Tout semble présager, en effet, que les siècles à venir verront d'autres phénomènes plutoniens se manifester, et que de nouveaux systèmes de montagnes surgiront. Puis, comme les soulèvements vont en suivant une progression ascendante, tout fait présumer aussi de nouvelles failles et de plus terribles convulsions.

L'homme a pu vérifier ces assertions, et voir lui-même des montagnes sortir du sein de la terre. En 1538, il s'en forma une aux environs de Naples. En 1759, à deux ou trois journées de Mexico, le Jorullo, devenu si célèbre, éleva son plateau volcanique. Au-dessus d'une plaine naguère livrée à la culture, une superficie de dix lieues carrées se trouva ainsi soulevée dans l'air et transformée en cratères nombreux et continuellement actifs.

C'est ici l'instant de dire que plusieurs géologues contemporains professent que les mutations telluriques n'ont pas été l'effet d'une brusque transition, mais d'une progression lente et insensible. A l'école de Cuvier, qui proclamait l'infaillibilité du grand homme, en a succédé une autre, plus sceptique, ad-

mettant qu'au lieu de ces cataclysmes violents, revenant à chaque période bouleverser le globe, celui-ci n'a été régi que par d'harmonieuses lois qui, sans secousses, sans violences, transformaient sa surface, et y perfectionnaient lentement et progressivement l'œuvre de la création. Cette audacieuse école, qui s'assied ainsi sur les débris de celle du célèbre naturaliste, voudrait que l'on rayât de la science le nom de cataclysme. Ses chefs sont Lyell, Lartet et Darwin.

Les géologues modernes citent, à l'appui de cette nouvelle théorie, certaines régions du globe qui, de nos jours, s'élèvent d'une façon incessante. Les anciennes Sagas nous racontent que plusieurs plages de la Baltique, autrefois presque au niveau de cette mer, et sur lesquelles de nombreux troupeaux de Phoques montaient pour jouer ou s'étendre au soleil, étaient le théâtre de grandes chasses de la part des Fennes, qui les y tuaient à coups de flèches. Et de Buch et Lyell ont constaté que ces mêmes endroits se trouvent aujourd'hui placés à une grande hauteur au-dessus des flots, et qu'ils sont tout à fait inaccessibles à ces animaux. « Depuis 800 ans, dit de Humboldt, le rivage oriental de la péninsule Scandinave s'est peut-être élevé de plus de 100 mètres ; et si ce mouvement est uniforme, dans 1200 ans des parties du fond de la mer, couvertes de 50 brasses d'eau, commenceront à émerger et deviendront terre ferme. »

Darwin et plusieurs autres savants ont aussi reconnu que certaines régions très-étendues de l'Amérique méridionale, furent autrefois le théâtre de soulèvements lents et progressifs qui ont donné naissance aux plaines de la Patagonie, toutes jonchées de coquilles marines récentes, qui en attestent éloquemment la jeunesse.

C'est à l'ancien continent qu'appartiennent les plus hautes aspérités du globe. On avait cru que le Chimborazo d'Amérique s'élevait plus qu'aucune autre ; mais quand on eut mieux étudié l'Himalaya, qui domine la chaîne du Thibet et offre

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