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Etna. Cascade en feu. Éruption de

Rose. Ce fut de lui que sortit en 1669 ce long fleuve de laves qui roula ses flots embrasés sur une étendue de neuf lieues, vint incendier une partie de Catane, et n'arrêta ses ravages qu'en s'engouffrant dans la mer, au milieu du plus tumultueux combat entre les vagues et le feu.

Malgré ses proportions moindres, le Vésuve a eu lui-même d'épouvantables éruptions. L'une est surtout célèbre par la destruction de deux riches et importantes cités qui s'élevaient à ses pieds, Herculanum et Pompéi. La première a été en partie envahie par un fleuve de laves, et la seconde absolument ensevelie sous une prodigieuse masse de cendres. Cette

éruption eut lieu eu 79, et elle a peut-être eu plus de retentissement à cause de la mort du naturaliste Pline que par ses ravages eux-mêmes.

Durant ses convulsions, de nos jours, le Vésuve a produit des coulées de laves qui ont anéanti quelques petites villes. Torre del Greco, située près de la mer, en 1794, a vu leurs vagues embrasées submerger toutes ses habitations en s'élevant au-dessus de leurs toits. Récemment le volcan a détruit de nouveau une partie de ce bourg que l'on avait reconstruit après son désastre.

Les grandes coulées de laves offrent parfois une surface assez unie, comme celle d'un fleuve descendu paisiblement du sommet de la montagne jusqu'au fond des vallées. Alors, c'est une route toute faite, et j'en ai parcouru plusieurs que le feu des volcans semblait avoir ainsi préparées pour les besoins de l'homme. Mais, le plus souvent ces immenses champs de laves, comme on en observe aux abords de l'Etna, de l'IIécla et de tant d'autres volcans, ont une surface tourmentée, brisée, qui se présente comme une mer en furie, que la baguette d'une fée aurait subitement transformée en pierres fracturées et noircies.... C'est même encore plus horrible que cela. L'homme égaré quelques heures au milieu de ces affreuses solitudes y périrait indubitablement.

Certains volcans offrent aussi des éruptions de boue, et celles-ci constituent parfois un phénomène fort remarquable. Un écrivain japonais très-érudit, Tit-siugh, raconte qu'en 1793, un volcan de l'île de Kiou-siou, l'une des plus grandes du Japon, vomit subitement de tels torrents de matières liquéfiées que plus de 50 000 habitants succombèrent entraînés par leurs flots. Des exemples analogues se sont produits en Amérique. Un grand village de l'Equateur fut totalement détruit on 1797 par un fleuve de boue volcanique.

Cet étrange phénomène est dû à la communication qui se produit entre les cratères et les lacs souterrains cachés dans

les flancs des montagnes. On explique également par ce fait l'énorme quantité de Poissons mêlés aux eaux et à la boue, que vomissent parfois le Cotopaxi et d'autres volcans de l'Amérique. Et cette explication est d'autant plus plausible que l'espèce qui se trouve ainsi rejetée durant leurs éruptions est la même qui seule vit dans les cours d'eau les plus élevés de la Cordillère, à quatorze cents toises d'altitude. Ce poisson appar-

288. Pimélodes des Cyclopes, Pimelodus cyclopum, rejetés par les volcans.

tient au genre Silure, et les naturalistes lui ont donné récemment le nom de Pimélode des Cyclopes, pour rappeler les singulières péripéties de son existence 138.

Ces éruptions poissonneuses ne sont pas rares. De Humboldt rapporte que, daus l'une d'elles, le Cotopaxi jeta une si grande quantité de Pimélodes sur les terres du marquis de Selvalègre que ceux-ci empestèrent l'air dans tous les environs. Vers la fin du siècle dernier, la ville d'Iburra fut ravagée

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par une fièvre pernicieuse qu'on attribua aux miasmes qui s'élevaient d'une énorme masse de ces poissons vomis par un volcan du voisinage.

Émerveillés par la puissance et la variété des phénomènes volcaniques, de tout temps les savants ont voulu en expliquer le mystère. De nombreuses hypothèses ont été produites à cet effet, et successivement elles sont tombées dans l'oubli.

Ne citons que les plus célèbres.

Durant l'ère des encyclopédistes, au dix-huitième siècle, où toutes les théories se produisaient si audacieusement, on expliqua fort diversement les volcans. Une des idées qui alors eut le plus de vogue, c'était qu'ils n'étaient que le résultat de l'embrasement d'amas de houille et de pyrites qui se trouvaient sous les assises des montagnes.

Le chimiste Lémery avait proposé une autre hypothèse. Dans ses expériences de laboratoire, il produisait une sorte de petit volcan artificiel, en mêlant ensemble du soufre finement pulvérisé, de la limaille de fer et un peu d'eau. Après un temps assez court, il s'engendrait dans ce mélange une telle réaction qu'il s'enflammait. Selon le professeur du Jardin du Roi, de telles choses se passaient dans les montagnes ignivomes. Tous ceux qui voyaient faire cette expérience sortaient convaincus. Buffon lui-même adoptait cette hypothèse. « Voilà, disait ce grand homme, ce que c'est qu'un volcan pour un physicien. »

Un autre savant, l'illustre Humphry Davy, proposa aussi une théorie chimique fort ingénieuse; trop ingénieuse peutêtre, ce qui fit qu'elle eut beaucoup moins de vogue que celle de Lémery. Ayant découvert plusieurs métaux, le potassium et le sodium, qui ont la singulière propriété de s'enflammer aussitôt qu'on les met en contact avec l'eau, le chimiste anglais prétendit que les flammes qui s'élancent des volcans n'étaient que le produit de la combustion de ces métaux, qui s'opérait

dans les profondeurs du globe lorsque de l'eau parvenait jusqu'à eux.

Cette hypothèse, malgré le grand nom de son auteur, n'eut qu'une durée fort éphémère; des phénomènes aussi puissants et aussi généraux ne sauraient avoir leur source dans des réactions chimiques locales. Les géologues de notre époque sont à peu près unanimes pour reconnaître que l'on doit attribuer tous les phénomènes volcaniques au feu central du globe, faisant plus ou moins d'efforts pour projeter au dehors l'exubérance de ses masses incandescentes. Ce qu'il y a de certain, c'est que, mieux que toutes les autres, cette théorie explique facilement ce qui se produit durant les éruptions. Et tous ceux qui ont visité des volcans l'admettent sans hésitation.

Cependant, la situation des volcans, presque toujours placés • aux environs de la mer, tend à faire supposer que l'eau joue un certain rôle dans leurs phénomènes. Telle est aussi l'opinion de divers savants de premier ordre. Selon Sainte- Claire-Deville la prétendue fumée des volcans se compose même d'au moins 999 millièmes de vapeur d'eau; et c'est à la condensation de celle-ci dans les hautes régions de l'atmosphère que sont dues les pluies diluviennes qui accompagnent parfois les grandes éruptions. Ainsi se trouverait réalisée l'ancienne légende qui peint l'Etna comme vomissant en vapeur les vagues qui se perdent dans les gouffres de Charybde.

Les tremblements de terre se trouvent essentiellement liés aux phénomènes volcaniques, et souvent les accompagnent. Ils semblent résulter de l'effort que les matières ignées du globe tentent pour s'élancer hors de leurs fournaises. Dans les contrées où il y a des volcans, on les regarde en quelque sorte comme des soupapes de sûreté ; tant qu'ils sont en activité et que le trop-plein central s'épanche par l'orifice ignivome, la contrée est tranquille.

Nul phénomène n'offre aux yeux un aussi déchirant spectacle. Le naturaliste qui explore un volcan dangereux y arrive

armé de patience et de courage ; il connaît le monstre qu'il se propose d'affronter ; sa furie a ses signes précurseurs, tandis que la secousse terrestre, en un clin d'œil, anéantit toute une grande ville.

Le si célèbre tremblement de terre de Lisbonne eut lieu le 1er novembre 1755. Rien n'en avait fait soupçonner l'apparition, lorsqu'à neuf heures trente-cinq minutes du matin, au moment où toute la population se livrait avec calme aux affaires, un effroyable bruit souterrain stupéfia tous les habitants, et, six minutes après, cette grande cité n'était plus qu'un monceau de décombres, sous lesquels gisaient un nombre immense de victimes.

Lors de la catastrophe de Messine, en 1783, le mouvement fut encore plus rapide; en deux minutes, la ville se trouva bouleversée de fond en comble ; et, pour surcroît d'horreur, l'incendie dévora les débris que le tremblement de terre avait amoncelés.

Mais si les secousses concentrent ainsi leur action principale sur un point ; si une cité s'écroule entièrement sans que les lieux voisins éprouvent de notables dommages, l'action vulcanienne a parfois une telle puissance, que souvent aussi elle agite en même temps la croûte terrestre d'un pôle à l'autre. Ainsi, toute l'Europe et une partie de l'Afrique furent ébranlées lors de la commotion de Lisbonne. Les Alpes et les Pyrénées tremblèrent sur leurs bases ; la mer éprouva des oscillations sur les rivages de la Suède, de la Norvège, des îles Britanniques, et jusque sur ceux de l'Amérique. Au moment où Lisbonne s'effondrait, toutes les plus riches cités du Maroc étaient presque entièrement ravagées. Près de la capitale de cet État, une Oasis disparut avec 8 à 10000 habitants qui s'y trouvaient.

Les tremblements de terre s'accompagnent parfois de phénomènes tout à fait insolites. On en a observé d'assez curieux pendant celui qui ravagea toute la Calabre en 1785. D'après

Hamilton, on vit des montagnes qui s'élevaient à un moment et s'affaissaient quelque temps après. Des habitations, avec les gens qu'elles contenaient, furent transportées d'un lieu à un autre, sans le moindre dommage : les unes allèrent se

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