LES GLACIERS ET LES NEIGES ÉTERNELLES
Ces glaciers qui étendent leurs vagues immobiles sur les sommets du globe, et l'éblouissant éclat du linceul de neige qui les couvre, impressionnent bien plus encore le voyageur que les aspects de la mer ou du désert.
Tout est effrayant au milieu des solitudes glacées des montagnes, et une horrible mort semble menacer à chaque pas le téméraire qui s'y engage. Là, l'avalanche l'engloutit; ailleurs, sous ses pas s'ouvrent d'affreux précipices où il se brise ; parfois, la fatigue et le froid le tuent. Chaque jour les tables mortuaires inscrivent les noms de quelques nouvelles victimes, et chaque jour quelque voyageur intrépide tente cependant de nouvelles entreprises.
Un chasseur de chamois disait à de Saussure que son grandpère et son père avaient été engloutis dans les glaciers des Alpes, en poursuivant le gibier ; et il ajoutait, avec un sentiment de tristesse, qu'il était certain qu'il aurait le même sort u'eux, et que son sac à provisions lui servirait de suaire!
Mais, malgré cela, il ne voulut jamais renoncer à sa funeste passion. Quelques années après cette conversation, le savant genevois, en retournant dans la contrée, apprit que le triste pronostic du chasseur s'était réalisé
C'est à une altitude de 2700 à 2800 mètres qu'en Europe commencent généralement ces neiges éternelles qui frappent de mort toutes les hautes régions de nos montagnes. Dans l'Amérique équatoriale, la limite de ces frimas incessants est presque de moitié plus élevée, tandis qu'au Spitzberg elle s'abaisse au niveau de la mer.
Cet imposant voile de neige, par sa calme majesté, donne parfois aux cimes élevées une légèreté fantastique. Lorsque celles-ci sont mollement ondulées, dans l'extrême lointain on les prend souvent pour un groupe de nuages immobiles, éparpillés à l'horizon. Telle nous apparut assez souvent la chaîne des Alpes. L'œil y est fréquemment trompé, surtout vers le soir ; et l'on n'acquiert la conviction qu'il s'agit réellement de montagnes, qu'en reconnaissant que ces faux nuages ne subissent pas le moindre changement de forme, tandis que s'il s'agissait là de véritables nuées, quelques minutes suffiraient pour en varier le dessin.
Parfois aussi, le diadème de frimas qui couronne les montagnes est le théâtre des plus insolites phénomènes ; le feu et les glaces y sont aux prises; c'est à qui étouffera l'autre. Tel est ce qui se passe sur l'inabordable Érèbe, volcan des régions polaires, découvert par James Ross. Enveloppé de neige et de glace de la base au sommet, et semblable à un immense bloc de cristal flottant au milieu de la mer, son cratère n'en est pas moins dans une perpétuelle activité. C'est aussi le cas du Cotopaxi (figure 286).
C'est dans ces régions élevées des montagnes que l'on entend gronder le tonnerre des avalanches, leur plus terrible et leur plus imposante scène. Là, le voyageur peut jouir, à chaque instant, de ce spectacle grandiose, car c'est un phé-
nomène presque incessant, partout où la neige et les glaces étendent leur enveloppe sur des plans peu inclinés.
Les avalanches ne sont ordinairement formées que par d'énormes masses de neiges, qui, du haut des montagnes, se précipitent dans les vallées. C'est surtout au printemps et durant l'été qu'elles ont lieu, au moment où la chaleur du jour se fait le plus sentir. La moindre agitation dans l'air en détermine alors la chute. On n'a que trop souvent à déplorer leurs ra-