Cyprinodons des cavernes du Mammouth
mornes, sous des voûtes ténébreuses dont les détours se trouvent accidentés de mille rochers. Dans ce fleuve souterrain, dont on suit le cours en barque, habite un poisson tout particulier, le Cyprinodon, qu'on dit aveugle et qui doit l'être en effet, car à quoi lui serviraient ses yeux au milieu d'ondes où règne l'obscurité la plus absolue?
Plus loin, dans cette immense grotte du Mammouth remplie de rivières, de cataractes et de lacs souterrains, le voyageur
étonné se trouve en présence d'une grande nappe d'eau sur laquelle glissent lentement quelques barques, dont les flambeaux perdent leur diffuse lueur dans l'obscurité du lointain, sans en éclairer les rivages et les contre-forts139. C'est ce ténébreux et calme amas d'eau qu'on appelle la mer Morte.
Ainsi que dans beaucoup d'anfractuosités du globe, il existe dans la grotte du Mammouth certains abîmes qui semblent sans fond. Les guides y jettent des corps enflammés qu'on voit s'y précipiter en tourbillonnant pendant un temps extrêmement long, et enfin, à la grande surprise des voyageurs, s'éteindre dans leur route obscure, avant d'en avoir touché la limite.
D'autres anfractuosités, qui n'offrent qu'une très-petite étendue, attirent aujourd'hui l'attention des naturalistes bien plus que celles dont nous venons de parler. Ce sont les Cavernes à ossements, dans lesquelles on trouve des amas d'os de carnassiers, principalement d'Ours et d'Hyènes, qui ont vécu à une époque très-rapprochée de nous, sans qu'on s'explique bien nettement comment ils ont pu se rassembler si nombreux dans de tels endroits. Cependant il est probable qu'ils y ont été amenés par des courants d'eau. Et parfois on les y trouve mêlés à des vestiges de l'industrie des plus anciennes races d'hommes et à quelques crânes humains.
Mais les difficultés qu'offre l'exploration des grottes et des mines, les contrées désertes où s'ouvrent leurs gouffres, et l'ignorance des grossiers habitants des montagnes ont toujours voilé à nos regards une grande partie des trésors éparpillés dans le sol. Et, d'un autre côté, ces gaz inflammables dont les affreux ravages portent la désolation dans les mines ; ces vapeurs empoisonnées, ces spiritus lethales, comme les appelle Pline, qui tuent instantanément l'homme et éteignent ses flambeaux, n'étaient-ils pas faits pour glacer d'effroi ceux qui pénétraient dans les gouffres des montagnes?
Aussi , de superstitieux épouv alitements suspendirent-ils
longtemps la conquête des richesses minérales que recèle le sein de la terre. Principalement répandues dans les contrées qui furent le théâtre de ses plus violentes convulsions, ce n'était qu'avec terreur que l'homme en affrontait les sites sombres et sauvages. Là une grossière crédulité répandait même que les mines étaient gardées par des Dragons jaloux de la suprématie de leurs ténébreux domaines. C'était à eux que l'on attribuait tous les désastres qui arrivaient aux mineurs : au mo-