Le Vampire d'Amérique. Vampirus spectrum, Linnée
bri de leur voracité. Lorsque quelque voyageur surpris par la nuit s'endort en plein air, quand arrive le matin, il se réveille profondément affaibli, peut à peine se tenir debout, et trouve à ses pieds une mare de sang. Ce sont des Vampires, car c'est aussi le nom qu'on leur donne, qui l'ont attaqué pendant son sommeil, et avec tant d'art et de précaution qu'il n'a même pas été réveillé par leur piqûre t4\
Après ces souffrances occasionnées par la chaleur, arrivent
LA GEOLOGIE.
les dangers de l'inondation. Certaines Steppes de l'Amérique se trouvent alors totalement submergées par le débordement des fleuves, et ne représentent plus qu'une vaste mer qui menace les animaux d'une mort imminente. Quelques-uns cherchent un refuge et s'entassent sur les hauteurs. Beaucoup se noient ; d'autres sont attaqués et dévorés par les Crocodiles qui ont reconquis toute leur vigueur. Une redoutable anguille, le Gymnote électrique, s'ajoute encore aux dangers que courent les Mammifères; ses commotions sont tellement puissantes qu'elles tuent les chevaux eux-mêmes 143.
L'aspect du Désert a plus de monotonie. Sauf les oasis qu'il offre de distance en distance, en Afrique, il est complètement aride. Dans l'un de ceux de la haute Égyptc, placé entre le Nil et la mer Rouge, l'œil n'aperçoit partout qu'une nappe de sable unie et brûlante. Sur ses confins, cependant, j'étais tout émerveillé de rencontrer, bravant l'ardeur du soleil et n'étant jamais rafraîchies par une seule goutte d'eau, de nombreuses touffes d'une Asclépiadée, X Asclepias procera de Willdenow, dont les larges feuilles humides et veloutées rayonnaient de fraîcheur. Inexplicable problème !
Mais ce suprême effort de la vie disparaît bientôt, et il ne s'offre devant vous qu'un océan de sable et un horizon de mort. Aucun cri, aucun murmure ne se fait entendre, et c'est à peine si, de place en place, quelque vautour attardé ronge encore les derniers lambeaux d'un chameau tombé sur l'arène, et dont le squelette blanchi va s'ajouter à tant d'autres, pour jalonner les routes du désert. Aucun nuage ne ternit l'azur du ciel, aucun souffle ne rafraîchit l'air; un soleil dont rien ne tempère l'ardeur vous inonde de sa lumière étincelante et de ses rayons embrasés ; il vous brûle à travers vos vêtements. L'atmosphère, immobile et enflammée, laboure le visage de son haleine de feu, et le sable atteint lui-même une température extrême. Mes thermomètres s'étant trouvés brisés, j'ai voulu en apprécier le degré en plongeant simplement mes
mains sous ses couches superficielles; mais, au bout de quelques secondes, une douleur cuisante me forçait à les enlever. Le sol aussi, en réfléchissant les rayons solaires sur ses étincelantes paillettes de Mica ou de Quartz, devient parfois d'un éclat insupportable aux yeux.
Au lieu du roulement des vagues et des froides brises de la mer, ce funèbre empire vomit des rafales brûlantes, véritables fournaises qui semblent s'échapper des portes de l'enfer, c'est le simoun, le «vent du poison, suivant le sens du mot arabe. Le chamelier connaît le redoutable ennemi, et, aussitôt qu'il le voit poindre à l'horizon, il élève ses mains vers le ciel et implore Allah ; les chameaux eux-mêmes semblent terrifiés à son approche. Un voile d'un noir roussâtre envahit le ciel resplendissant, et bientôt s'élève un vent terrible et embrasé, charriant des nuages de sable impalpable, qui offense les yeux et se précipite dans les organes respiratoires.
Les chameaux s'accroupissent, refusent de marcher, et les voyageurs n'ont de salut qu'en se faisant un rempart du corps de leurs montures, etens'enveloppant la tête pour se soustraire au fléau. Des caravanes entières ont parfois péri au milieu de ces tourmentes de sable; ce fut l'une d'elles qui ensevelit toute l'armée de Cambyse lorsqu'elle traversait le désert.
Dans son charmant ouvrage sur le Nil, Maxime du Camp décrit dans les termes suivants une de ces rafales du désert aux moins violentes desquelles on donne en Égypte le nom de Khamsin. « Celui-ci vient vers nous, dit-il, grossissant, s'enflant, s'étendant et s'avançant comme sur des roulettes. Son sommet surplombant est de couleur brique, sa base est rouge foncé, presque noire. A mesure qu'il approche, il chasse devant lui des effluves brûlantes comme l'haleine d'un four à chaux. Il ne nous a pas encore envahis que nous sommes couverts par son ombre. Son bruit est semblable à celui du vent à travers une forêt de sapins. Dès que nous sommes au milieu de cet ouragan, nos chameaux s'arrêtent, tournent le dos, se précipitent
LA GEOLOGIE. Gi9
à terre et couchent leur tête sur le sable. Après le nuage de poussière vient une pluie de pierres imperceptibles, violemment fouaillées par le vent et qui, si elle durait longtemps, ne tarderait pas à écorcher les parties du corps laissées à nu par