LE SOLEIL
Cet astre flamboyant, selon la belle métaphore de Théon de Smyrne, est le cœur de l'Univers, vivifiant tout par ses battements. De tous ceux qui gravitent dans l'immensité du ciel, le Soleil est celui dont l'éclat éblouissant captive d'abord l'attention. Quelle que soit son apparente dimension et sa vive lumière, il ne représente cependant que l'une de ces myriades d'étoiles qui forment la Voie lactée. Mais il est pour nous le centre d'un système ou d'une famille de globes dont il a été le berceau, et qui tous, après s'en être séparés, gravitent éternellement autour de leur père commun. Lui, ainsi qu'un souverain assis sur son trône resplendissant , il siège au centre de
tous ses satellites: et son invisible puissance les soutient dans l'espace, dirige leur course régulière, et dissémine partout le mouvement et la vie. En effet, si son flambeau venait à s'éteindre, avec la nuit éternelle qui envelopperait le globe, arriverait le naufrage de toute la création; ses rayons seuls la protégeant contre l'horrible manteau de glace qui menace sans cesse de l'envahir.
Comparativement à notre globe et aux autres astres qu'il enchaîne dans leur cycle tout autour de lui, le Soleil offre d'énormes dimensions. Il est environ un million et demi de fois plus volumineux que la Terre; et l'on a calculé qu'il représente, à lui seul, sept cents fois la masse de toutes les planètes réunies qui gravitent dans son système.
Les astronomes ne se sont pas contentés de connaître le volume du Soleil, ils ont voulu en évaluer le poids ; et ils l'ont fait. En le comparant aussi à celui de la Terre, ils ont reconnu qu'il faudrait un nombre assez notable de planètes comme la nôtre pour parvenir à l'équilibrer. Si l'on supposait qu'on pût avoir une prodigieuse balance qui permît de mettre le Soleil sur l'un de ses plateaux, pour contre-balancer le poids de cet astre, il faudrait mettre dans l'autre 350000 globes terrestres.
L'orbe de la Terre se trouve inflexiblement tracé à trentehuit millions de lieues du Soleil. Quelques planètes roulent plus près de ce luminaire central; d'autres beaucoup plus loin. Il brûle les unes et semble abandonner les autres à l'empire des glaces éternelles. Mercure, son plus proche voisin, Mercure, presque en combustion, n'en est qu'à quinze millions de lieues; Neptune, glacé, sans doute, et le plus éloigné de tout le cortège, réside sur le dernier orbe du système, à un milliard cent quarante-sept millions de lieues de l'astre embrasé. Aussi n'accomplit-il sa révolution qu'en cent soixante-quatre ans : c'est pour lui l'année !
Quel que soit l'éblouissant éclat du Soleil, on a découvert, il
y a deux cent cinquante ans, que cet astre présentait de place en place quelques taches noires, bien petites, il est vrai, par rapport à l'étendue de sa propre surface, mais en réalité d'une vaste étendue proportionnellement aux dimensions de notre globe. Quoique notre œil ne puisse généralement pas apercevoir ces maculatures, quelques-unes ont cependant jusqu'à 30000 lieues de diamètre: et si, comme on le suppose, elles représentent autant d'anfractuosités de l'enveloppe solaire, la Terre pourrait s'y engouffrer avec la plus grande facilité.